POPULATION ET DÉVELOPPEMENT

Père Joseph Hattie, O.M.F.

 

            LifeNews.com rapportait le 4 janvier 2004 que le Fonds des Nations unies pour la Population avait été subventionné cette année, à l’exclusion des Etats-Unis,  par 142 gouvernements dont ceux de nombreux pays d'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Il faut se demander pourquoi on consacre tant d'argent à la régulation de la population dans le monde alors que le véritable problème n'est pas la surpopulation mais le sous-peuplement, spécialement dans les pays développés.

 

            Peter R. Drucker, un enseignant, auteur et consultant indépendant pour plusieurs générations d'hommes d'affaires, est de ceux qui ont reconnu ce problème. Sans vouloir prédire l'avenir, il examine avec perspicacité les signes des temps – ce qui est déjà en train de se produire, et les conséquences probables pour l’avenir.

 

            Dans le Harvard Business Review (septembre - octobre 1997), Drucker déclare : « Le facteur dominant pour les affaires au cours des deux prochaines décennies --  hormis une guerre, la peste ou la collision avec une comète -- ne sera pas économique ou technologique. Il sera démographique. Le facteur clé pour les affaires ne sera pas la surpopulation du monde contre laquelle on nous met en garde depuis quarante ans. Ce sera le sous-peuplement croissant des pays développés comme le Japon, les pays européens et d'Amérique du Nord.

 

            « Le monde développé est en train de commettre un suicide collectif. Ses citoyens n'ont pas suffisamment de bébés pour se reproduire eux-mêmes.

 

            « Plus particulièrement, poursuit Drucker, les prévisions officielles de l'Union européenne annoncent une chute de la population en Italie qui passerait de 60 à 40 millions d'ici 50 ans et serait inférieure à 20 millions dans une centaine d'années.» Et Drucker ajoute : « Les statisticiens du gouvernement japonais prévoient que la population de leur pays, qui est actuellement de 125 millions, descendra à 55 millions - une baisse de 56% - au cours du vingt-et-unième siècle. »  Ce qui représente une diminution drastique des consommateurs japonais.

 

            Le sous-peuplement a d'autres conséquences. La France en fournit un bon exemple. Ce pays avait en 1985 et depuis 25 ans une politique de découragement des naissances. Cette année-là, j'ai eu le privilège d'assister à la conférence d'un économiste français qui expliquait que cette politique de régulation des naissances avait entraîné la perte de quelque 800 000 emplois - reliés à la fabrication des couches, des biberons, des aliments pour bébés, des jouets, etc.

 

            Au Canada, la question des pensions de vieillesse est en passe de devenir critique. À mesure que décroît le taux de natalité, la population active nécessaire au paiement des pensions par la perception des impôts diminue. Notre gouvernement fédéral a envisagé une tactique à court terme pour préserver son assiette fiscale : augmenter l'âge de la retraite.

 

Le Québec, qui considère sa population vieillissante et la diminution du nombre des enfants du point de vue de la transmission de sa langue et de sa culture, a choisi de suivre la politique adoptée par le gouvernement français il y a quelques années : subventionner les couples qui ont des enfants.

 

            Nous ne devons pas prendre à la légère les tendances démographiques actuelles. Elles nous dirigent dangereusement vers le sous-peuplement. Dans son numéro de septembre de Geographica, le National Geographic reproduit une carte de l’Europe par la Division de la Population des Nations unies. Elle indique clairement que le taux de natalité de la plupart des pays d’Europe est bien en deçà du taux de remplacement de 2,1 par femme.

 

            Les démographes, et la Division de la Population des Nations unies, ont établi que c’était le sous-peuplement qui était le problème, et non la surpopulation. Alors que dans le passé les alarmistes de la surpopulation craignaient qu’il y aurait « trop de gens » dans le monde et prévoyaient la famine pour des centaines de millions de personnes, ces prévisions se sont révélées fausses et la production alimentaire a toujours été bien supérieure à la croissance démographique. Des pays comme l’Inde, considérés naguère à haut risque pour subvenir aux besoins alimentaires de leur population, sont devenus maintenant des pays exportateurs.

 

            On se demande alors pourquoi tant de gens considèrent qu’il existe un problème de surpopulation, et pour quelle raison des gouvernements consacrent des sommes énormes pour résoudre un problème qui n'en est pas un. Quelle est leur motivation ? Serait-ce leur intérêt personnel ? Des expressions chargées d’émotivité comme « bombe démographique » et, un « monde surpeuplé à court de ressources renouvelables », ont-elles déclenché des réponses irrationnelles ? Ou est-ce en partie parce que la vente de condoms et de contraceptifs chimiques génère de grands profits ?

 

            Le fait de croire qu’il puisse y avoir « trop de monde »  a eu des conséquences désastreuses. Aux États-Unis, les riches ont commencé à vouloir limiter la croissance démographique dans les pays pauvres et à financer des programmes de limitation des naissances. Comme l'a signalé le Dr John Billings, « l'argent de ces programmes servait à éduquer et à motiver les personnes influentes et puissantes dans les gouvernements, les universités et les autres secteurs de la vie publique ». Ensuite, « les subventions au développement ont été soumises à l'acceptation de programmes structurés de régulation démographique financés par les États-Unis et d'autres pays riches comme le Japon et la Scandinavie ».

 

            Les partisans du contrôle des populations ont affirmé qu'il n'était pas possible de sauver le monde de la surpopulation et d'un dangereux épuisement des ressources naturelles sans employer des mesures drastiques. La seule solution était le contrôle de la croissance démographique par le contrôle du taux de natalité. Ainsi, un accès facile à la contraception, à l'avortement sans risque et à la stérilisation devenait un droit nécessaire pour les femmes. Les partisans de ce point de vue ont par la suite considéré que l'Église catholique, en raison de sa grande fidélité à l'évangile de la vie, devenait un sérieux obstacle.

 

            Leur action s'est poursuivie pour atteindre un sommet en 1994, durant l'Année de la Famille, à la Conférence du Caire sur la Population et le Développement organisée par les Nations unies et parrainée  par la Banque mondiale. Les organisateurs de la conférence avaient mis l'accent sur le contrôle démographique et non sur la population et le développement. Ils soulignaient également la nécessité d'accorder aux femmes le droit universel à l'avortement et à la contraception. La délégation du Vatican a présenté le document de travail « Dimensions éthiques et pastorales des évolutions démographiques » qui invitait à réexaminer calmement  les faits, à interpréter soigneusement les chiffres, et à remettre l’accent sur le « développement »

 

            Les organisateurs de la conférence et Planned Parenthood International affirmaient que la croissance démographique était le résultat d'un taux de natalité élevé. La délégation du Vatican a présenté les statistiques des démographes de la Division de la Population des Nations unies elle-même pour montrer que le taux de natalité (croissance démographique) avait atteint un sommet entre 1965 et 1970, et qu'il déclinait continuellement depuis cette période. Par conséquent, la croissance continue de la population mondiale ne pouvait pas être attribuée à une augmentation du taux de natalité.

 

            L'explication scientifique se trouve plutôt dans ce que l'on appelle une transition démographique. Dans cette transition, il y a un décalage dont la durée peut être de 40 à 50 ans entre le commencement du déclin dans le taux de natalité et celui du chiffre total de la population (voir le graphique no 2). Et lorsque ce second déclin commence, il se produit très rapidement. Les deux exemples cités plus haut de l'Italie et du Japon illustrent cette augmentation et ce déclin.

 

            La raison pour laquelle le chiffre de la population continue de croître, malgré une baisse de la natalité, c'est que la médecine moderne permet à bien des gens de vivre plus longtemps. Ce qui est vrai pour les personnes âgées comme pour les bébés et les enfants. À mesure que les bienfaits de la médecine moderne sont parvenus aux pays pauvres dans la deuxième moitié du siècle dernier, l'espérance de vie durant ces années est passée de 53 à 65 ans. L'action de l'UNICEF par des programmes d'immunisation a sauvé la vie à des millions d'enfants.

 

            La délégation du Vatican a demandé que les leaders mondiaux prennent sérieusement en considération cette « transition démographique » et suggéré que le Fonds des Nations unies pour la Population tienne compte des travaux de sa propre Division de la Population des Nations unies (projections démographiques) qui avait publié des statistiques montrant que nous étions au seuil d'un rapide déclin du chiffre de la population mondiale.

 

            Le Vatican a encouragé les gouvernements à concentrer leurs ressources pour faire face à la menace grandissante d’un sous-peuplement et à ses répercussions sur les projets d’aide et les pratiques de développement. Car le fait de se tromper d'objectif en s'attaquant au taux de natalité aggrave aussi d'autres problèmes. En concentrant l'aide et le financement sur les techniques de reproduction, on réduit souvent l'accès à d'autres ressources médicales importantes et nécessaires pour la santé des femmes dans les pays en développement. Le Kenya en est un bon exemple. Le Dr Margaret A. Ogala le dit très simplement et avec force lorsqu'elle parle de l'expérience des médecins dans les cliniques de village : « Le médecin s'aperçoit que s'il n'est pas en mesure de sauver la vie d'une femme qui se meurt d'une simple pneumonie parce qu'il n'a pas une seule ampoule de pénicilline, laquelle ne coûte que quelques cents, il pourrait lui implanter autant de DIU (dispositifs intra-utérins) qu'elle voudrait au cours de son agonie. »

 

            Avec des politiques d'aide qui donnent priorité à la régulation démographique par la baisse du taux de natalité, et l'épidémie de sida, le Dr Ogala déclare : « Il est possible que l'Afrique redevienne un jour le continent inhabité qu'il a jadis été au temps du fléau de la variole... » (The Catholic Report, août -septembre 1994, pp. 26-7).

 

            L'intervention calme du Vatican a de fait empêché les organisateurs du FNUAP et leurs alliés d'utiliser la Conférence pour imposer leur politique démographique au monde entier. On ne comprend pas pourquoi les Nations unies consacrent autant d'efforts et de temps à réduire le taux de natalité. En fait, une telle action ne fera qu'aggraver le problème véritable auquel nous devons faire face : un taux de natalité en baisse dans les pays en développement et, dans les pays développés, un taux de natalité déjà insuffisant pour remplacer la génération actuelle.

 

            Le Vatican a encouragé les délégations à la conférence à se rappeler que c’est la population d’une nation qui constitue sa vraie richesse, et à promouvoir l’enseignement du planning familial naturel. Il a également signalé la nécessité de tenir compte de l'ordre moral et culturel, et de l'impact du matérialisme, de l'individualisme et de la sécularisation sur la baisse du taux de natalité. Ces idéologies obligent de plus en plus de femmes à entrer sur le marché du travail avec pour résultat une diminution du nombre d'enfants. Dans les pays développés, ces idéologies ont créé ce que l'on a appelé un hiver démographique. L'hiver est une saison où on ne sème rien, et il n'y aura pas de récolte.

 

            Les démographes ont créé l'expression « Plus de cercueils que de berceaux » pour exprimer avec réalisme la façon dont les gens pourront reconnaître les conséquences d'un faible taux de natalité. Nous en avons eu un exemple saisissant en 2003 alors que, durant les sept premiers mois de l'année, la population de la Russie a diminué de 500 000 habitants.

 

            Cependant, le mythe persiste qui voudrait que la surpopulation soit une véritable menace pour le monde. Et les gens essayent encore d'y remédier. Tout cela a pour effet une « peur de l'enfant » comme on l'a vu récemment en Colombie où un producteur de cinéma, William Tell, « combat la tyrannie de la fertilité » en accordant une terre aux hommes qui ont subi une vasectomie.

 

            Mais ce dont l’avenir du monde et de l’économie a réellement besoin, c’est d’avoir plus d’enfants. En 1981, le Pape Jean-Paul II écrivait : « L’avenir de l’humanité passe par la famille. » Au cours des dernières années, j’ai eu le privilège de conduire durant l’été des retraites pour des familles nombreuses qui n’ont pas peur d’avoir des enfants et qui contribuent généreusement à l’avenir de l’humanité. Elles sont des signes d’espérance. Joignons-nous à ces héros méconnus en ne craignant pas d’accueillir la plus grande bénédiction de Dieu : l’enfant.

–––––

RETOUR Â PPVC