PÉNURIE DE NAISSANCES

Père Jim Whalen

 

            On estime à six milliards la population mondiale actuelle. Les faits nous indiquent la présence de problèmes démographiques mondiaux comme la distribution des ressources alimentaires, les techniques agricoles, l'hygiène, la régulation naturelle des naissances, problèmes auxquels s'ajoutent des facteurs de consumérisme et de corruption. Les préoccupations actuelles à propos de la surpopulation dans le monde sont apparues vers les années soixante-dix avec un renouveau d'intérêt pour le livre du Rév. Thomas Malthus, paru en 1798, Essay on the Principles of World Population. Malthus pensait que les possibilités de croissance démographique étaient infiniment supérieures aux capacités de la terre pour assurer la subsistance de l'humanité. Son équation a été rendue caduque par les énormes progrès réalisés en agriculture et en conservation des aliments ainsi que par les innovations technologiques dans le traitement des aliments.

 

            La surpopulation est un mythe répandu et entretenu par les pays riches qui affirment que leur avenir est menacé par la masse numérique des pauvres. «Les pays riches considèrent le chiffre des populations dans les pays pauvres comme une menace à leur sécurité.» (The New World Order and Demographic Security, Michael Schooyans, 1995). Ils affirment que les gens sont pauvres parce qu'ils sont trop nombreux. En réalité, c'est l'inverse qui se produit : «Les gens peuvent devenir trop nombreux parce qu'ils sont pauvres.» La population est en rapport avec une situation donnée, laquelle peut être modifiée par l'intervention humaine pourvu que l'homme en ait le désir politique et moral. Les pays riches prônent la doctrine de l'espace vital pour leur propre intérêt et dans l'intention de préserver leur bien-être, affirmant leurs droits de préemption sur les ressources naturelles, la connaissance et le savoir-faire. Ils cherchent à prévenir l'apparition de rivaux potentiels (par exemple, la population de la Chine : 1 225 400 000; celle de l'Inde : 969 963 000).

 

            Leur propagande est souvent accompagnée d'un avertissement concernant la détérioration de l'environnement et l'épuisement des ressources naturelles. La raison nous affirme cependant qu'il n'est pas possible de déterminer les limites des capacités de la terre pour subvenir aux besoins alimentaires de la population mondiale, car on ne peut déterminer la limite des possibilités d'intervention de l'homme dans le monde. L'homme peut modifier des situations par l'organisation, l'enseignement et la fourniture d'équipements. L'intervention doit toujours respecter le principe de subsidiarité et les droits fondamentaux de l'homme, qui sont la base de la démocratie. L'autorité publique ne devrait pas utiliser n'importe quel moyen, à n'importe quel prix. Le fait est que la limitation démographique, quel qu'en soit le coût, est une priorité pour de nombreuses organisations des Nations unies (par exemple, la Banque mondiale, le FNUAP, l'UNICEF, USAID, CIDA, l'Organisation mondiale de la Santé, et International Planned Parenthood Federation). Ces organisations promeuvent des politiques malthusiennes par des campagnes massives et scandaleuses comprenant habituellement des mesures obligatoires de contrôle de la fertilité, la promotion de l'avortement, de la contraception, de la stérilisation et de l'avortement comme solutions au problème de la pauvreté. En Inde, la stérilisation en masse des hommes et des femmes en 1954 et en 1976 a conduit à la chute du gouvernement de Mme Gandhi. Elle et son fils voulaient imposer la stérilisation obligatoire. Au Brésil et au Mexique, 40% des femmes utilisant des méthodes de contrôle de la fertilité ont été stérilisées. Au Pérou, en 1997, une campagne gouvernementale de stérilisation touchant plus de 100 000 femmes a été mise en œuvre par le ministère de la santé publique, en violation de leurs droits humains.

 

            Le pape Jean-Paul II l'a déclaré, «les droits de l'homme transcendent tout ordre constitutionnel. Ces droits sont innés en chaque homme. Ils ne résultent nullement de décisions consensuelles sans cesse renégotiables au gré des rapports de force ou des intérêts en présence. L'existence même de ces droits, reconnus et déclarés solennellement en 1948, n'est nullement tributaire des formulations plus ou moins heureuses qu'on trouve dans les constitutions et les lois (cf. article 2,2). Toute constitution, toute loi, qui prétendrait limiter la portée de ces Droits déclarés ou en trafiquer la signification, devrait être aussitôt dénoncée comme discriminatoire et, ainsi que le suggère le Préambule de la Déclaration, comme suspecte de ferments totalitaires» (Déclaration sur la chute de la fécondité dans le monde, Conseil pontifical pour la famille, 27 février 1998).

           

            Nous assistons aujourd'hui à l'exécution d'un programme d'ingénierie sociale par des marchands de mort, des administrateurs de la mort dont l'objet est la mise en œuvre d'un programme scientifique pour la destruction d'ennemis futurs. Le mal commis maintenant par des organisations qui attaquent la vie humaine, comme Planned Parenthood, dépasse les actions combinées de Hitler et de Staline. Les puissants de ce monde mettent en œuvre dans leur propre intérêt la doctrine de l'espace vital invoquée par leurs précurseurs au nom de la race. L'Allemagne nazie gérait l'avortement qu'elle mettait à la disposition des races prétendument impures mais l'interdisait à la race aryenne. L'Allemagne de Hitler organisait la stérilisation, l'avortement et l'euthanasie ainsi que leur «solution finale» (les chambres à gaz). Notre société les imite aujourd'hui avec ses «cliniques de la mort».

 

            L'Église n'a jamais prétendu qu'il était facile de parvenir à une régulation des naissances, dans une population donnée, par des moyens honorables. Elle considère qu'une maternité et une paternité responsables sont inscrites dans le plan de Dieu. Elle encourage les méthodes naturelles de régulation des naissances (c'est-à-dire la Planification familiale naturelle -W.O.O.M.B.). Elle rejette la contraception, la stérilisation et l'avortement, des méthodes inhumaines et déshonorantes qui mènent au chaos et à la catastrophe. La sexualité humaine est du domaine de la liberté et de la responsabilité humaines et ne peut être déléguée aux techniciens ou abandonnée à la technique. La doctrine sociale de l'Église enseigne que c'est le marché qui a été fait pour l'homme et non l'homme pour le marché. Elle enseigne que les problèmes de démographie et de développement résultent de l'égoïsme, du matérialisme, de l'injustice, de l'incompétence, de la paresse, de la corruption, du déséquilibre dans la distribution des richesses et d'un manque d'organisation. Elle dit que les problèmes démographiques doivent être examinés, mais elle affirme par-dessus tout que les problèmes, occasionnés autant par la croissance démographique que par son implosion, sont d'abord et avant tout de nature morale. Leur solution est rendue difficile en raison des structures de péché qui entraînent d'innombrables distorsions dans le processus de développement. Les réponses à ces problèmes sont les droits de l'homme, le respect, la justice, la paix, la solidarité et l'amour. La tragédie est que beaucoup refusent de mettre en jeu leur style de vie, refusent de se convertir, et sont amenés à mettre en question le droit de vivre des plus déshérités.

 

            Le fait est que la croissance démographique a ralenti dans le monde comme le montre la baisse de la fertilité dans un grand nombre de pays en développement* (dans 133 pays en développement, avec un total de 4 845 697 000 habitants, le taux de fertilité est passé de 6,2 en 1965 à 3,4 en 1997). La principale raison apparente de cet effondrement démographique est que, pour être crédibles, les pays riches et développés devaient «donner l'exemple» en adoptant, en acceptant et en légalisant la contraception, la stérilisation et l'avortement avant de pouvoir endoctriner le tiers-monde (dans 58 pays développés dont la population totale se chiffre à 1 052 813 000 habitants, les taux de fertilité sont passés de 2,5 en 1965 à 1,9 en 1997, une baisse de 24%). Il est ironique qu'en répandant ces pratiques anti-vie dans l'espoir de garder le contrôle sur les pays du tiers-monde, les pays développés ont produit un effet boomerang et sont devenus les premières victimes de leur propagande anti-vie.

 

*Les index de fertilité disponibles peuvent varier mais donnent une idée du problème: Royaume uni: 1.9; Belgique: 1.62; Allemagne: 1.5; Espagne: 1.2; Italie: 1.1; Pologne: 2.1; France: 1.7; Irlande: 1.8; U.S.A: 2.1; Canada: 1.8; Japon: 1.5; Russie: 1.56; Brésil: 1.8; Chine: 1.8; Inde: 3.6; Iran: 5.9; Mexico: 2.7; Éthiopie: 7.1; Pakistan: 6.0; Nigeria: 6.3; Philippines: 3.6; Bangladesh: 4.3; Rwanda: 8.6; Uganda: 7.4; Afghanistan: 6.9; Arabie saoudite: 6.2; Australie: 1.8; etc. (National Demographics Summary, 1997, The Facts of Life, HLI, pp. 356-375).

 

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