PATERNITÉ VÉRITABLE

par le père Jim Whalen

 

            Un vrai père doit « mourir » s’il veut donner la vie à sa femme et à ses enfants. Il doit accepter de se sacrifier, d’offrir sa vie pour sa famille. La paternité implique nécessairement la responsabilité de nourrir, de protéger et d’enseigner, mais ce n’est pas suffisant. Un vrai père est appelé à revêtir l’esprit du Christ et à devenir un modèle vivant d’amour, de vérité et de sainteté. Un vrai père est appelé à devenir un homme vrai – l’âme de sa famille. « L'amour envers sa femme devenue mère et l'amour envers ses enfants sont pour l'homme la route naturelle menant à la compréhension et à la réalisation de sa paternité … la place et le rôle du père dans et pour la famille sont d'une importance unique et irremplaçable. »[1]

 

            Dans la société moderne, la vie humaine et la vie familiale sont continuellement menacées d’annihilation. Le mensonge et le relativisme sont devenus la norme. Les concepts de base de la femme véritable et de l’homme véritable, la maternité et la paternité, ont été déformés et demeurent incompris. En raison du péché originel et des efforts de Satan pour détruire la vie familiale, « le monde est peuplé d’hommes blessés et brisés qui ne savent plus comment être de vrais hommes, et de femmes qui ont rejeté tout ce qui constitue leur féminité »[2]. On peut voir dans certains cas des générations de paternités inadéquates, une rupture dans l’ordre et le plan de Dieu pour les hommes produisant des enfants et des familles dysfonctionnels.

 

            Il semble y avoir de nombreux scénarios. Certains pères font tout, depuis changer les couches jusqu’à prier avec leurs enfants. D’autres ne font rien. Certains embrassent leur famille et d’autres n’ont aucune relation avec leurs enfants. Il semble y avoir deux extrêmes : un père totalement absent, ou un trop grand nombre de pères. Certains sont absents parce qu’ils sont devenus des bourreaux de travail ou ont abandonné leurs responsabilités parentales. D’autres ont disparu en raison de problèmes d’alcool ou de drogues. Parfois, ce sont les familles qui les évitent pour des raisons de violence physique ou de dénigrements incessants. Des sentiments de peur, de dévalorisation et de confusion sexuelle règnent chez ces enfants à la recherche de l’image d’un père qui les aime, les encourage, les guide et leur consacre du temps.

 

            Si les hommes veulent retrouver leur masculinité et leur paternité, ils feraient bien de considérer attentivement trois modèles : Dieu le Père, Dieu le Fils, Jésus-Christ, et saint Joseph, père nourricier de Jésus et époux de Marie. Il faut revenir au principe du père, avec des hommes qui endossent de nouveau le privilège du leadership paternel en tant que chefs de famille et acceptent leur rôle de protecteurs, de gardiens, de pourvoyeurs et d’éducateurs. Il y a un besoin réel de redécouverte et de retour à ce qu’ils sont au regard de Dieu pour vivre en accord avec leur vocation de masculinité et de paternité. « … c’est en Dieu, source de toute paternité, c’est dans sa façon d’agir avec les hommes, révélée dans les Saintes Écritures, que vous pouvez trouver le modèle d’une paternité capable d’exercer une impression positive sur le processus éducationnel de vos enfants, sans étouffer leur spontanéité d’une part, et sans abandonner d’autre part leur personnalité immature aux expériences traumatisantes de l’insécurité et de la solitude. »[3]

           

            La paternité divine nous est présentée dans les Écritures qui nous montrent Dieu créateur de l’univers et veillant sur ses créatures : « Dieu créa l’homme à son image… » (Gen. 1.27-28). « Comme un homme châtie son fils, l’Éternel, ton Dieu, te châtie » (Deut. 8.5). La paternité divine est particulièrement évidente dans sa relation avec son Fils qui l’appelle : « Abba, Père » (Rom. 8.15). Dans une perspective catholique, depuis le Christ, on peut voir que notre relation avec Dieu est celle d’un Père avec ses enfants. Les vrais pères doivent eux-mêmes vivre une vie d’amour, de discipline et d’obéissance au Père des pères avant de pouvoir l’enseigner ou s’y attendre dans leur famille. « Un père doit être assez fort pour permettre au reste de la famille de s’appuyer sur lui. Comme Dieu le Père qui est amour, miséricorde et tendresse, un homme doit posséder ces vertus dans une grande mesure. Sa virilité même doit toujours s’exprimer dans cet amour, cette tendresse, cette miséricorde et cette compréhension. »[4]

 

            C’est par Jésus-Christ, le Fils, que la paternité nous est offerte. Nous ne pouvons aller vers le Père que par le Fils, notre unique Médiateur. Nous sommes appelés par le Christ à devenir des enfants adoptifs, des fils et des filles de Dieu, « notre Père ». Le Christ ressuscité nous enseigne cette vérité fondamentale : « Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20.17). Par le Christ, par le Baptême, par l’esprit de notre adoption, nous sommes « tous enfants de Dieu » (Gal. 3.26). C’est par le Christ que nous allons au Père : « Si vous m’aviez connu, vous auriez connu aussi mon Père ; et dès maintenant vous le connaissez et vous l’avez vu » (Jean 14.6). Les pères ont le devoir de suivre et d’imiter les actions du Christ : « C’est par l’exemple qu’un père prêche ses sermons les plus forts et enseignent ses plus grandes leçons. C’est à travers ses gestes tendres et responsables que ses enfants apprennent le cœur et l’art de l’amour. »[5]

 

            Saint Joseph, père nourricier de Jésus, est un modèle de paternité véritable. Il n’était pas un père biologique mais il donne l’exemple de l’amour et de la responsabilité qu’un père devrait avoir pour le bien-être moral, physique et spirituel des autres. Il a continué et continue encore de nous manifester son attention et sa sollicitude pour tous ceux qui sont dans le besoin. C’est ce qu’a révélé son attitude à l’égard de Marie à qui il a voulu épargner le scandale lorsqu’il a su qu’une vierge à laquelle il était fiancé attendait un enfant. Joseph, qui « … ne voulait pas la diffamer publiquement, résolut de la répudier secrètement » (Mat. 1.19-20). C’est la même responsabilité dont il a fait preuve pour protéger la vie de son fils en fuyant en Égypte avec sa famille lorsque l’ange l’a averti : « Et Joseph, s’étant levé, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Égypte » (Mat. 2.13-14). Cette préoccupation est également évidente dans la réaction de Marie et de Joseph qui retrouvent Jésus dans le Temple après trois jours de recherche : « Ton père et moi nous te cherchions, tout angoissés » (Luc 2.48).

 

            Une paternité véritable invite les hommes à remplir leur plus grande obligation, à aimer de façon inconditionnelle, à vouloir le bien de l’autre sans rien attendre en retour, à se sacrifier pour la famille et pour les autres. L’amour d’un père ressemble à celui du Christ : « Nous, nous l’aimons parce que lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4.19). Cela signifie suivre le modèle de l’amour du Christ, mort volontairement sur la croix pour nous donner la vie éternelle et donner vie à sa Vie nouvelle, une vie abondante qui croît en grâce et en sainteté : « Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit » (Jean 15.5). « La paternité est une responsabilité envers la vie, conçue d’abord dans le sein de la femme, et qui naît ensuite pour qu’un nouvel homme, sang de votre sang et chair de votre chair, puisse être révélé »[6]

 

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[1] Jean-Paul II, Familiaris consortio, 22 nov. 1981, n. 25.

[2] Deacon Dr. Robert McDonald, The Catholic Family, Image and Likeness of God, Queenship publishing, p. 13.

[3] Christopher de Vink, “Pope John-Paul II, Homily”, 19 mars 1981, Fathering, Madonna House Publications, 2000, p. 18.

[4] Catherine Doherty, Dearly Beloved, Vol, 1, Madonna House Publications, 1989.

[5] Catherine Doherty, Dear Father,  Madonna House Publications, 2001.

[6] Pape Jean-Paul II, Homélie, 19 mars 1981.