LE COURAGE ET LA COMPASSION

Combien grande et combien terrible la responsabilité de nos chefs religieux, qu'ils soient prêtres, évêques ou cardinaux, qui continuent de décrier l'encyclique Humanae Vitae du Pape Paul VI ou qui refusent de l'enseigner au peuple dont ils ont la charge comme le leur demande Jean-Paul II. Sous couvert d'une fausse compassion, ils se taisent et ne condamnent ni l'avortement ni la contraception. La vérité, c'est qu'ils rougissent de la doctrine du Christ que ses Vicaires ont le courage de proclamer.

Mais tous ne manquent pas à leur devoir. Ainsi,

Aux États-Unis

Voici le texte abrégé d'une Lettre pastorale de l'archevêque Charles Chaput, OFM Cap, de Denver (Colorado), envoyée à l'occasion du 30e anniversaire de la publication de Humanae Vitae. (CWN):

Il y a trente ans, le pape Paul VI publiait sa Lettre encyclique Humanae Vitae (De la vie humaine), qui réaffirmait l'enseignement constant de l'Église sur la régulation des naissances. C'est assurément l'intervention papale la plus mal comprise de ce siècle. Cette encyclique fut l'étincelle qui a conduit à trois décennies de doute et de dissidence chez de nombreux catholiques, particulièrement dans les pays industrialisés. Le passage du temps a cependant prouvé qu'elle était prophétique. Elle enseigne la vérité.

En présentant son encyclique, Paul VI a mis en garde contre quatre grands problèmes (HV, 17) qui surgiraient si l'enseignement de l'Église concernant la régulation des naissances n'était pas observé. Premièrement, il a prévenu que l'usage répandu de la contraception ouvrirait une "voie large et facile (...) à l'infidélité conjugale et à l'abaissement général de la moralité".

Rares sont ceux qui nieraient que les divorces, les foyers brisés, la violence familiale, les maladies vénériennes et les naissances illégitimes ont augmenté massivement depuis le milieu des années soixante. Il est évident que la pilule contraceptive n'a pas été le seul facteur de cette dégradation. Mais elle a joué un rôle important. En fait, la révolution culturelle de 1968, alimentée en partie au moins par une transformation des attitudes à l'égard de la sexualité, n'aurait pas été possible ni durable sans un accès facile à une contraception efficace.

Deuxièmement, le pape Paul VI a prévenu qu'il était à craindre que l'homme "ne finisse par perdre le respect de la femme et, sans plus se soucier de l'équilibre physique et psychologique de celle-ci, n'en vienne à la considérer comme un simple instrument de jouissance égoïste, et non plus comme sa compagne respectée et aimée". En d'autres termes, selon le pape, la contraception ferait figure de libération pour les femmes, mais les véritables "bénéficiaires" en seraient les hommes.

Trois décennies plus tard, exactement comme Paul VI l'avait suggéré, la contraception a soustrait les hommes - à un degré jamais encore atteint dans l'histoire - à la responsabilité de leurs agressions sexuelles. Une des ironies les plus étranges du débat de la génération passée sur la contraception a été la suivante : bien des féministes ont attaqué l'Église catholique à cause de son prétendu mépris pour les femmes mais l'Église, dans Humanae Vitae, identifiait et rejetait l'exploitation sexuelle des femmes bien des années avant que ce message ne fasse partie du courant de pensée culturel.

Troisièmement, le Saint-Père avertissait également que l'usage répandu de la contraception serait une "arme dangereuse que l'on viendrait à mettre ainsi aux mains d'autorités publiques peu soucieuses des exigences morales". Nous l'avons découvert depuis: l'eugénisme n'a pas disparu avec les théories raciales nazies en 1945. Les politiques de contrôle démographique font maintenant partie de presque toutes les discussions sur l'aide aux pays étrangers. L'exportation massive de contraceptifs, de facilités d'avortement et de stérilisation par les pays industrialisés aux pays en voie de développement - fréquemment imposée comme condition préalable à l'aide en dollars et souvent en contradiction directe avec les traditions morales locales - constitue une forme à peine déguisée de guerre démographique et de ré-ingénierie culturelle.

Quatrièmement, le pape Paul VI nous prévenait que la contraception conduirait l'homme à l'impression fausse d'un pouvoir illimité sur son corps, faisant implacablement de la personne humaine l'objet de son pouvoir d'intrusion. Nous avons là une autre ironie: en fuyant vers la fausse liberté promise par la contraception et l'avortement, un féminisme outré a contribué activement à la déshumanisation des femmes. L'homme et la femme participent de façon unique à la gloire de Dieu par leur aptitude à être co-créateurs d'une vie nouvelle avec Lui.

En présentant la nature du mariage chrétien à une nouvelle génération, nous devons expliciter ses aspects profondément satisfaisants aussi bien que ses devoirs. L'attitude catholique envers la sexualité est tout ce que l'on voudra, mais elle n'est ni puritaine, ni répressive ou opposée à la chair. Dieu a créé le monde et il a fait la personne humaine à Son image. C'est pourquoi le corps est bon. En fait, j'ai souvent été très amusé d'entendre incognito des gens se plaindre simultanément d'une prétendue "sexualité refoulée" de la doctrine morale catholique, et de la taille de beaucoup de bonnes familles catholiques. (On serait porté à leur demander: D'où pensez-vous que les bébés viennent ?)

Le mariage catholique - tout comme Jésus lui-même - n'a rien à voir avec le manque mais avec l'abondance. Il n'a rien à voir avec la stérilité mais avec la fécondité qu'engendre un amour unitif et procréatif. L'amour conjugal catholique implique toujours la possibilité d'une vie nouvelle et à cause de cela, il chasse la solitude et affermit l'avenir. Et parce qu'il affermit l'avenir, il devient une source d'espérance dans un monde enclin au désespoir. En fait, le mariage catholique est attirant parce qu'il est vrai.

Mais pourquoi un couple marié ne peut-il pas simplement choisir l'aspect unitif du mariage et bloquer de façon temporaire ou même empêcher définitivement sa fonction naturelle procréative ? La réponse est simple et radicale comme l'Évangile lui-même. Lorsque des époux se donnent honnêtement et entièrement l'un à l'autre, comme la nature de l'amour conjugal l'implique et même l'exige, ce geste doit inclure leur être tout entier - et la part la plus intime et la plus puissante de toute personne est sa fertilité.

La contraception ne fait pas que nier cette fertilité et attaquer la procréation, elle fait aussi nécessairement tort à l'unité. C'est comme si les époux se disaient: "Je vais te donner tout ce que je suis – sauf ma fertilité; j'accepterai tout ce que tu es - sauf ta fertilité." Cette restriction contribue inévitablement à isoler et à diviser les époux; elle détériore entre eux la sainte amitié... peut-être pas immédiatement ni ouvertement, mais en profondeur et, à la longue, souvent de façon fatale pour le mariage.

C'est pourquoi l'Église n'est pas contre la contraception "artificielle". Elle est contre toute contraception. Le caractère "artificiel" n'a rien à voir avec la question. En fait, il tend à embrouiller la discussion en laissant entendre que le débat porte sur une ingérence mécanique dans le système organique du corps. L'Église ne s'oppose nullement à ce que la science intervienne de façon appropriée pour guérir ou améliorer la santé du corps.

Mais l'Église enseigne que toute contraception est moralement mauvaise; et non seulement mauvaise mais gravement mauvaise. L'alliance dans laquelle le mari et la femme entrent lorsqu'ils se marient demandent que tous leurs rapports sexuels demeurent ouverts à la transmission d'une vie nouvelle. Voilà ce qu'implique devenir "une seule chair": un don de soi complet, sans réserve ni exception, tout comme le Christ n'a rien retenu de Lui-même pour son Épouse, l'Église, en mourant pour elle sur la croix.

Naturellement, la planification familiale naturelle (PFN) diffère non seulement pas son style mais par sa substance morale de la contraception comme moyen de régulation de la taille des familles. La PFN n'est pas de la contraception. C'est une méthode de prise de conscience et d'appréciation de la fertilité.

C'est une façon totalement différente d'approcher la régulation des naissances. La PFN n'attaque pas la fertilité, elle ne retient rien du don de soi à l'autre, elle ne bloque pas la nature procréative de la relation sexuelle.

L'alliance matrimoniale exige que chaque relation sexuelle soit pleinement un don de soi et demeure par conséquent ouverte à la possibilité d'une vie nouvelle. Mais lorsque, pour de bonnes raisons, les époux limitent leurs relations aux périodes naturelles d'infertilité de la femme, ils ne font qu'observer un cycle que Dieu lui-même a créé dans la femme. Ils ne le subvertissent pas. Ils vivent ainsi dans le cadre de la loi de l'amour de Dieu. L'expérience de dizaines de milliers de couples a montré que la PFN, lorsqu'elle est vécue dans la prière et la générosité, approfondit et enrichit le mariage et engendre une plus grande intimité - et une plus grande joie.

Que ce soit pour empêcher une grossesse ou pour la provoquer, toutes les techniques qui séparent la dimension unitive de la dimension procréative sont mauvaises. Les techniques procréatives qui transforment les embryons en objets et remplacent l'étreinte amoureuse de l'homme et de la femme par un substitut mécanique violent la dignité humaine et traitent la vie comme un produit. Peu importe le caractère positif de leurs intentions, ces techniques font progresser une tendance dangereuse à réduire la vie humaine à un matériau qui peut être manipulé.

L'Amérique des années quatre-vingt-dix, avec sa culture de sexualité désordonnée, de mariages brisés et de familles fragmentées a un urgent besoin de l'Évangile. Comme l'écrivait le pape Jean-Paul II dans son Exhortation apostolique Familiaris consortio (Sur la famille), les couples mariés et les familles ont le rôle critique d'être des témoins de Jésus Christ l'un pour l'autre et face à la culture environnante.

C'est à cette lumière que je demande aux couples mariés de l'archidiocèse de lire et de discuter dans la prière Humanae Vitae, Familiaris Consortio et les autres documents de l'Église qui exposent l'enseignement de l'Église sur le mariage et la sexualité. Bien des couples mariés, ignorant la précieuse sagesse que contiennent ces documents, se sont privés d'une merveilleux soutien pour leur amour mutuel.

J'encourage particulièrement les couples à examiner leur conscience concernant la contraception, et je leur demande de se rappeler que la "conscience" est bien plus qu'une question de préférence personnelle. Elle exige une recherche et une compréhension de l'enseignement de l'Église, et un effort honnête pour y conformer son cœur. Je les exhorte à avoir recours au sacrement de réconciliation pour toutes les fois où ils sont tombés dans la contraception.

En cette fin de siècle, la principale dépendance de la société américaine est une sexualité désordonnée. Directement ou indirectement, cette dépendance nous affecte tous. Il est possible que pour beaucoup, ce message soit difficile à accepter. Mais ne perdez pas courage. Nous sommes tous pécheurs. Et Dieu aime chacun d'entre nous. Peu importe le nombre de nos chutes, Dieu nous délivrera si nous nous repentons en demandant la grâce de faire Sa volonté.

Je demande à mes frères les prêtres d'examiner leurs propres pratiques pastorales, de s'assurer qu'ils présentent fidèlement et avec conviction l'enseignement de l'Église sur ces questions dans toute leur action paroissiale. Notre peuple mérite de connaître la vérité sur la sexualité humaine et la dignité du mariage. Pour accomplir cela, je demande aux pasteurs de lire et d'appliquer le Vade-mecum pour les confesseurs sur certains sujets de morale liés à la vie conjugale, et d'étudier l'enseignement de l'Église sur le mariage et la planification familiale. Je les exhorte à désigner des coordinateurs paroissiaux pour faciliter la présentation de l'enseignement catholique sur l'amour conjugal et la planification familiale - spécialement la PFN.

La contraception est un sujet grave. Les couples mariés ont besoin du bon conseil de l'Église pour prendre les bonnes décisions. La plupart des catholiques mariés accueillent favorablement la guidance de leurs prêtres, et les prêtres ne devraient jamais se sentir intimidés par leur propre engagement au célibat, ou embarrassés par l'enseignement de l'Église.

Être embarrassé par l'enseignement de l'Église, c'est être embarrassé par l'enseignement du Christ. L'expérience pastorale et le conseil d'un prêtre sont d'une grande importance pour des questions comme la contraception, précisément parce que le prêtre apporte au couple une perspective nouvelle et qu'il parle au nom de toute l'Église. De plus, la fidélité dont témoigne le prêtre envers sa propre vocation donne aux personnes mariées la force de vivre leur vocation plus fidèlement.

Pour terminer, nous sommes en présence d'une occasion qui ne se présente qu'une fois en de nombreuses décennies. Malgré tous ses défis, nous vivons un temps d'extraordinaire possibilité pour l'Église et la bonne nouvelle est que l'Église d'aujourd'hui, comme celle de tous les temps, possède les réponses propres à remplir les vides que Dieu a formés dans les cœurs.

Ma prière sera donc toute simple: Que le Seigneur nous accorde la sagesse de reconnaître le grand trésor que renferme notre enseignement sur la vie conjugale et la sexualité humaine, la foi, la joie et la persévérance de le vivre dans nos propres familles - et le courage qu'a eu Paul VI de le prêcher à nouveau.

Au Canada

Il y a des années que Mgr Vincent Foy nous met clairement en garde contre les tragiques conséquences d'un refus d'adhérer à l'enseignement de Humanae Vitae. Ses déclarations, depuis son premier fascicule De Winnipeg à Fully Alive, suivi quelques années plus tard par De Humanae Vitae à Veritatis Splendor et par sa plus récente publication (1997) Paul VI a-t-il approuvé la Déclaration de Winnipeg ? Recherche de la vérité, ont été à fois prophétiques et pastorales.

Dans un récent "Plaidoyer pour la Vie", il demandait récemment aux évêques du Canada de révoquer la Déclaration de Winnipeg et de proclamer leur adhésion à Humanae Vitae :

L’encyclique Humanae Vitae, signée le 25 juillet 1968 et publiée le 29 juillet 1968, fête cette année son 30e anniversaire. On en mesure toute l’importance si l’on considère que, comme le disait le Pape Jean-Paul II, "L’avenir de l’Église passe par la famille". Le rejet de Humanae Vitae entraîne avec lui un cortège de maux qui détruisent la vie familiale : avortement, stérilisation, contraception, infidélité, divorce, absence de vocations à la prêtrise et à la vie religieuse, et perte de la foi. On pourrait dire que le progrès ou le recul de l’Église dépendent en grande partie de l’acceptation ou du rejet de Humanae Vitae.

Le Canada et Humanae Vitae

Tout en célébrant un anniversaire mémorable, nous devons déplorer que Humanae Vitae n’ait pas été fidèlement enseignée et acceptée au Canada. Les statistiques peuvent varier, mais nous ne sommes pas loin de la vérité en disant que près de 90% des catholiques canadiens mariés croient qu’ils peuvent utiliser la contraception sans pécher et que cette pratique ne leur interdit pas de recevoir la sainte communion. Au Canada, le pourcentage des personnes qui ont recours à l’avortement et à la contraception, qui se font stériliser ou qui divorcent, est à peu près le même chez les catholiques que chez les non catholiques. Pourrait-on imaginer un plus sinistre augure pour l’avenir de l’Église au Canada?

Le désastre de la bonne foi

Même lorsque les couples utilisent la contraception en toute bonne foi parce qu’ils ont été mal instruits, les multiples fruits néfastes des pratiques contraceptives persistent. La mariage lui-même pourrait être invalide en raison d’une intention contraire au droit d’avoir des enfants, que cette intention soit temporaire ou permanente. Des avortements pourraient être causés par des pilules ou des dispositifs abortifs et l’acte d’amour du mariage est ainsi transformé en un geste d’abus mutuel, de sorte qu’un hédonisme égoïste remplace alors l’affection sacrificielle. Les couples qui utilisent la contraception adoptent un état d’esprit anti-familial. S’ils ont des enfants, ceux-ci seront forcément influencés par la relation corrompue de leurs parents. Une association de cette nature n’est ni favorable aux vocations religieuses ni à la transmission de la foi.

La filière Winnipeg

La Déclaration de Winnipeg, ce commentaire sur Humanae Vitae signé par des évêques canadiens le vendredi 27 septembre 1968, est en grande partie responsable du rejet de l’encyclique au Canada.

Parmi d’autres affirmations controversables, les évêques canadiens ont dit à propos de la contraception qu’il y avait des circonstances dans lesquelles  "quiconque choisit cette voie qui lui semble juste agit ainsi en bonne conscience" (n. 26). Qui pourrait mesurer le tort causé aux âmes, aux familles et à l’Église par ce sophisme trompeur?

John F. Kippley, autorité internationalement reconnue en matière de mariage et fondateur de Couple to Couple League, déclarait à propos du paragraphe 26 de la Déclaration de Winnipeg : " Il serait difficile d’imaginer une déclaration plus trompeuse. Il n’existe aucun principe de théologie morale qui autorise une personne à choisir de s’engager dans des actes considérés comme objectivement immoraux par l’enseignement de l’Église, que ces actes soient l’adultère, la contraception, la fornication ou la sodomie. Et naturellement, ce qui s’applique à un comportement s’applique également à tout le reste.  (Sex and the Marriage Covenant, Couple to Couple League Int’l, 1991, p. 145).

Notre Saint-Père a déclaré qu’en disant qu’il existe des circonstances dans lesquelles la contraception est licite équivaut à dire qu’il existe des circonstances dans lesquelles Dieu cesse d’être Dieu. Pourtant, un nombre incalculable de catholiques ont été faussement assurés par des textes et des cours approuvés qu’il existe des circonstances dans lesquelles ils peuvent pratiquer la contraception sans pécher. L’autorité invoquée n’est ni Dieu ni l’Église, mais la Déclaration de Winnipeg.

Voici un exemple parmi beaucoup d’autres de la façon dont la Déclaration de Winnipeg continue d’être utilisée pour entraîner des jeunes couples dans une vie de péché et d’indigence morale. Le Mosaic Marriage Preparation Course déclare : "Aux couples qui éprouvent des problèmes, les évêques du Canada ont dit que ceux qui ‘ont choisi la voie qui leur semble la meilleure’ vivent dans l’amour de Dieu." (Couple’s Book Creating a Family, Novalis, 1980, pp. 8-9)

La grâce de Dieu est suffisante

La Déclaration de Winnipeg communique l’idée fausse que pour certains l’observance de Humanae Vitae n’est pas possible. Au Canada, de nombreux cours de préparation au mariage se sont enfermés dans cette erreur. Même un document de travail de la C.E.C.C., publié en principe pour soutenir le Synode sur la Famille, persiste dans cette erreur que la loi de Dieu est trop exigeante pour certains. On peut y lire : "Déclarer que tout le monde est en mesure de suivre cette loi (contre la contraception artificielle) risquerait de créer chez les fidèles un sentiment de désespoir et de culpabilité." ( C.C.C.B. Working Paper: Responsible Procreation, 1983, p. 52). Les coupables ne devraient-il pas se sentir coupables précisément pour les amener à la conversion et à la paix?

Nier que la grâce puisse être suffisante est contraire à l’enseignement de l’encyclique, de la révélation divine et de la doctrine définie par l’Église (cf. Concile de Trente, session VI, ch. XI).

La propagation du virus de Winnipeg

Le message déviant de la Déclaration de Winnipeg n’a pas été confiné aux frontières du Canada. Les dissidents de nombreux pays s’en sont emparé pour justifier leur rébellion contre Humanae Vitae. Littéralement, trois millions d'exemplaires du livre de Anthony Wilhelm, Christ Among Us, qui cite le paragraphe 26 de la Déclaration de Winnipeg, ont circulé dans tous les pays de langue anglaise avant que le Saint-Siège n’ordonne à Mgr Gerety, évêque de Newark, de retirer son imprimatur. Wilhelm a quitté la prêtrise peu de temps après la première édition de son ouvrage qui est resté en librairie pendant 15 ans. Le texte Path Through Catholicism, de Mark Link, s.j., publié en 1991 avec l’imprimatur de l’évêque de Dallas (Texas), a transporté à l’extérieur des frontières son assentiment à une fausse idée de la conscience fondée sur la Déclaration de Winnipeg. D’autres textes et des cours utilisés en Angleterre et même en Australie ont cité la Déclaration de Winnipeg pour tenter de justifier l’utilisation des contraceptifs.

Un article de Kenneth Overbury, s.j.,  Formation of Conscience with Birth Control as an Example, qui date pourtant du milieu des années quatre-vingt, est encore largement en circulation dans les paroisses. Après avoir cité le paragraphe 26 de la Déclaration de Winnipeg, ce texte dit : "Après que Paul VI eut reçu un exemplaire de la déclaration canadienne, l’archevêque Clarizio, délégué apostolique au Canada, a informé les évêques que le Pape était très satisfait de leur interprétation et que lui-même (Clarizio) appréciait que les évêques aient expliqué un document aussi important dans la fidélité et le respect que l’on doit au Pape". Cette affirmation est fausse, (cf. mon livre Did Pope Paul VI Approve The Winnipeg Statement? A Search for the Truth, Life Ethics Information Centre, Toronto, 1997).

La Déclaration de Winnipeg devrait être révoquée

En juillet 1978, le conseil administratif de la C.E.C.C. annonçait qu’à l’avenir, la C.E.C.C. se concentrerait de façon spéciale à la vie familiale chrétienne - à la consolidation de la famille chrétienne. Malheureusement, on n’a jamais reconnu qu’il n’est pas de consolidation possible si l’on rejette Humanae Vitae. L’archevêque de Vancouver, Mgr Carney, est allé au cœur du problème lorsqu’il a déclaré, en octobre 1987 : "L’Église ne connaîtra aucun renouveau profond tant que les fidèles n’accepteront pas l’enseignement de l’Église qui déclare la contraception artificielle gravement immorale, et qu’ils ne formeront pas leur conscience en accord avec cette norme."

Toute tentative de renouveau familial sera un échec tant que la Déclaration de Winnipeg sera invoquée ou faussement utilisée pour justifier l’utilisation des contraceptifs.

Une solution proposée

Bien qu’il soit de plus en plus évident que la Déclaration de Winnipeg et les approbations qu’elle a obtenues ont porté à la vie familiale un coup presque mortel, particulièrement au Canada, je crois qu’il est irréaliste, à l’heure actuelle, d’espérer sa révocation. Elle aura lieu, un jour béni et glorieux.

La solution réaliste actuelle consiste à ce qu’un groupe d’évêques demande à Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II et à la Congrégation pour la doctrine de la Foi une évaluation de l’orthodoxie doctrinale et pastorale de la Déclaration de Winnipeg. Le cardinal Ratzinger a déjà exprimé l’opinion que les déclarations de la hiérarchie d’un pays qui ont des répercussions au-delà des frontières nationales devraient d’abord être soumises au Saint-Siège. Bien qu’il soit maintenant trop tard pour cela, le fait de soumettre après coup la Déclaration de Winnipeg à l’analyse du magistère serait un bienfait d’une valeur incalculable pour le Canada et le monde catholique.

Seriez-vous disposé à vous joindre à un Appel des Évêques adressé au Saint-Siège sur cette question? Dans ce cas, je serais heureux et honoré d’ajouter votre nom à ceux qui vont entreprendre ce saint projet, et de le leur communiquer. Puis-je espérer avoir de vos nouvelles?

Les catholiques du Canada tiendront assurément en haute estime les pasteurs épiscopaux qui participeront à la réparation de ce qui fut un grand mal.

Que le Seigneur vous bénisse, vous protège et vous guide dans la voie de la Vie et de l’Amour.

Très respectueusement vôtre en Jésus et Marie,

Mgr Vincent Foy
Ancien officialis, Tribunal de Toronto



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