LA CONVERSION D'ÉMILE ZOLA

 

LA CONVERSION D'ÉMILE ZOLA

par le père Eugène Kuhn, missionnaire du Sacré-Cœur

 

Vox Vitae (89, rue du Trône, Bruxelles, B-1050 - mai 1996) cite le magazine allemand Diagnosen du 1er  janvier 1995, lequel est entièrement neutre en matière de religion.

 

            Zola visitait un jour une église de village, non pour y prier mais pour se moquer des « sottes gens » qui s’y rassemblent.  Ce jour fut cependant le plus remarquable de toute sa vie.

 

            ÉTRANGE GUÉRISON - Ce soir-là, Zola glissa et se fit trois fractures au pied. Pendant que nous cherchions un médecin en ville le pied avait tellement enflé qu’essayer de le soigner parut à peu près hors de question. Deux mois passèrent et son état empira à tel point que les médecins envisagèrent l’amputation de la jambe pour sauver la vie du patient.

 

Le soir de Noël, Zola était alité, incapable de se joindre aux amis venus lui rendre visite. Il fit cette nuit-là un rêve singulier: il était dans l’église même qu'il avait visitée lorsqu'il s’était fracturé le pied. Tout son entourage se réjouissait de l’intégrité de ses membres, mais lui marchait avec des béquilles. Soudain, il aperçut près d'un mur latéral une belle dame tenant un enfant dans ses bras. Elle lui parut d'abord immobile, puis elle se dirigea rapidement vers l’autel et se retourna vers le malade avec un air de reproche: « N’as-tu donc aucune demande à me faire que je pourrais t'accorder ? Jette ces béquilles et marche ! » Le malade obéit, tout en se disant, « Certes, ici je puis bien marcher, mais attendez que je sois dehors. »  Le rêve (l’apparition) ne lui inspirait aucune crainte; au contraire, la dame lui donnait l’impression d’une mère aimante. Et, pendant son sommeil, il se mit à chantonner doucement le « Dominus vobiscum » qu’il avait entendu à l’église.

 

Le lendemain matin, sa femme qui, pendant la nuit, l’avait entendu avec étonnement fredonner ce chant d'église, lui demanda ce que signifiait cet étrange événement. La réponse fut qu'elle devrait aujourd'hui même allumer un cierge devant l’image de la Mère de Dieu.  C’est alors que Zola éprouva dans son pied malade des tiraillements et des élancements étranges.  Il essaya de se lever, ce qu'il fit sans aucune difficulté; il ne sentait plus aucune douleur et il ne restait plus trace de l’enflure.

 

Se conformant au désir du curé du lieu, Zola mit d'abord par écrit le récit complet de cette guérison merveilleuse et il se confessa ensuite à Mgr Sallois, archevêque de Calcédoine, auquel il remit également, signé de sa main, le document qui suit :

 

Le mensonge le plus éhonté qui soit…


            Moi, soussigné, jadis Grand Maître du siège, et aussi ancien grand prêtre (Hiérophante) et Souverain suprême ainsi que « Super Comthur » (détenteur d'un ordre de classe supérieure, ou commandeur), fondateur d'un ordre maçonnique en Égypte et de ses Loges, je déclare par la présente que j’ai été pendant trente ans membre de la secte des francs-maçons, pendant douze ans Souverain suprême de l’Ordre et avoir eu pendant tout ce temps de connaître minutieusement et à fond et d'apprendre le projet et les visées que l’Ordre poursuit.


            Il se donne pour une institution purement philanthropique, philosophique et libérale, qui aspire à la vérité et à l’avancement de la moralité et dont l’objet serait aussi la science, l’art et la bienfaisance. Il donne l’assurance de se comporter avec une égale tolérance à l’égard des diverses confessions de foi, que les questions de la religion et de la politique ne sont absolument pas discutées dans les réunions de l’Ordre. Et, de plus, l’Ordre prétend que la franc-maçonnerie n’est pas une secte religieuse, mais un Temple de la Justice, de la Miséricorde et de l’Amour du prochain.


            À l’encontre de cela, je déclare que la franc-maçonnerie n’est aucunement ce pour quoi elle se donne. Tout le bien qu'on prétend trouver dans ses lois, ses rituels, ce n’est pas vrai. C’est le plus éhonté des mensonges et rien de plus ; tout ce bavardage sur ces vertus hypocritement professées, à savoir : la justice, la miséricorde, la bienfaisance et l’amour, elles sont introuvables soit dans les loges, soit dans les cœurs des francs-maçons, vu que ces vertus leur sont tout à fait étrangères – à peu d'exceptions près – et ne sont pas du tout exercées par eux.  La vérité n’a pas de place dans la franc-maçonnerie et elle est complètement étrangère aux frères des loges.  Dans l’Ordre franc-maçon prévaut un mensonge qui ne recule devant rien et y règne sous le couvert hypocrite de la vérité, tromperie et mauvaise foi qui enchaînent dans les liens de l’erreur le peuple frivole.


            J’affirme que la franc-maçonnerie est une secte religieuse dont le but est de détruire toutes les religions existantes et de s’installer à leur place et de ramener ainsi le monde à l’antique culte des idoles. À présent que je suis totalement convaincu d'avoir été pendant trente ans dans l’erreur, que j’ai reconnu sur quoi est basé tout le système franc-maçon, et après avoir répandu cette doctrine et avoir amené d'autres à la répandre, de sorte qu'une grande masse de gens m'a suivi dans l’erreur, je m'en repens sincèrement.


            Éclairé maintenant là-dessus par Dieu, je me rends compte de tout le mal que j’ai commis par là, en raison de quoi je rejette la franc-maçonnerie et m'en désolidarise, en avouant avec repentir mes erreurs devant l’Église. Je demande pardon à Dieu de tout le mal dont j’ai donné l’exemple pendant le temps de mon appartenance à l’Ordre de la franc-maçonnerie, et j’implore de notre Souverain Pasteur, Sa Sainteté le Pape Léon XIII le pardon, comme aussi de quiconque que j’ai attiré de quelque manière que ce soit dans l’erreur.

 

le 18 avril1896

Émile Zola

 

 

 



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