Wanted : séminaristes chastes

Tous au pilori

 

Même si la plupart des prêtres demeurent courageusement fidèles à leur vœu de chasteté, les scandales sexuels éclaboussent l'ensemble du clergé.

 

            L’autre jour, je faisais la queue à la caisse du supermarché », racontait récemment le bon curé d'une paroisse du Maine, « lorsqu'un petit garçon qui se trouvait devant moi avec sa mère me lança un cor­dial salut. ‘Chut! Ne parle pas à cet homme !’ le réprimanda-t-elle en apercevant mon col, et elle l'at­trapa vivement comme pour l'écar­ter d'un potentiel prédateur. » Ce genre de scène, lequel des 42 000 prêtres américains ne l'a-t-il pas vécue au cours de ces dernières semaines ? Souffrance imméritée pour l'immense majorité d'entre eux, qui l'offrent à Dieu en répa­ration des péchés de leurs mal­heureux frères. Pas un jour sans que télé, radio et journaux ne martèlent les révoltants abus de clercs pédophiles. À en croire les médias, le prêtre qui ne serait pas pathologiquement attiré par les garçonnets serait l'exception. Conclusion « logique »: le célibat les rend pervers. « Laissez les prêtres se marier », titrait Time, le 25 mars. Et en sous-titre: « Donnez l'ordination aux femmes. Il est temps d'opérer des changements radicaux. » « La prêtrise attire des hommes sexuellement tourmentés », renchérit Newsweek, qui pendant huit ans a élevé le dépravé Bill Clinton au rang de héros.

 

Récupération

 

            Anti-catholiques et hérétiques battent le même tam-tam. Ils savent, bien sûr, que la pédophilie n'est pas plus répandue parmi les prêtres que parmi les pasteurs pro­testants qui, eux, sont mariés. Ils savent que le célibat n'a aucun rap­port avec le scandale – et l'ordina­tion des femmes encore moins. Qu'importe. En utilisant l'exemple d'une poignée de fautifs pour semer la méfiance, ils poursuivent un but précis : diminuer la crédi­bilité de l'Église, affaiblir son auto­rité morale, paralyser son influen­ce politique sur des sujets aussi essentiels que l'avortement, le clonage et la pornographie. Prêtres et évêques ne sauraient dénoncer l'injustice de ces attaques venimeuses sans se voir taxer d’hypocrisie et d'insensibilité vis-à-vis des victimes. Aux laïcs revient donc le devoir de défendre le Corps Mystique du Christ contre cette « fumée de Satan » que Paul VI avait détectée dès 1972.

 

            Comment ? En rappelant que l'Église est composée de pécheurs et que sans l'assistance constante du Saint-Esprit, jamais elle n'au­rait pu survivre 2 000 ans. Il arri­ve que des âmes choisies par Dieu Le trahissent. Chaque fois, Il inspire de grands saints qui la remet­tent sur le droit chemin. Le Père Roger Landry, de Falls River, Massachusetts, dans une homélie diffusée sur Internet, cite trois exemples. D'abord, saint Matthias, qui meurt martyr après avoir remplacé Judas. Ensuite, saint François d'Assise. À un frère lui demandant: « Que feriez-vous si vous saviez que le prêtre célébrant la messe entretenait trois concubines ? », il répond: « Au moment de communier, j'irais recevoir le Corps de Notre-Seigneur des mains consacrées du prêtre. » Enfin, saint François de Sales. Au lendemain de la Réforme, réponse erronée au libertinage d'une partie du clergé, il lance cet avertissement: « Ceux qui commettent de tels actes sont coupables de l'équivalent spi­rituel du meurtre. Mais ceux qui laissent de tels scandales détruire leur foi sont coupables de suicide spirituel. » La seule réponse adéquate à la crise actuelle est donc... la sainteté ! La purification de l'Église est à ce prix. 

 

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Wanted : séminaristes chastes

 

            Dans une culture hyper-sexualisée depuis les années 60, les prêtres sont soumis, comme tout chrétien, aux tentations de la chair. La plupart résistent, mais certains (1 à 2 %} succombent. Parmi leurs victimes, on trouve très peu de femmes et – malgré le vacarme de la presse face aux agresseurs pédophiles – un nombre infime de jeunes enfants. Presque toujours, dans 90 à 95 % des cas selon le Père Donald Cozzens, qui a publié en 2000 Le visage changeant de la prêtrise, il s'agit de garçons adolescents. Pourquoi ?

 

            Dans une enquête parue juste avant que le scandale éclate, Goodbye Good Men (Adieu hommes pieux !)  le journaliste conservateur Michael Rose apporte une réponse choquante. Il révèle l'existence à l'intérieur de l'Église américaine d'un véritable réseau gay que certains séminaires sont chargés d'approvisionner en « chair fraîche ». Rose montre que le vice a pénétré une part de ces instituts de formation, dont sont exclus une foule de candidats vertueux qui refusent d'en devenir complices. Depuis deux générations, écrit-il, la « mafia lavande » impose sa loi.  « Que je puisse devenir un bon prêtre ou non ne fut jamais la question », se souvient Joseph Kelleny, ancien étudiant au plus grand séminaire américain, Mundelein, près de Chicago, dans les années 70. « La clique gay avait le droit de veto sur chaque ordination. » « Le séminaire St. Mary's, à Baltimore, ressemblait lors de mes visites à La Cage aux Folles, témoigne le Père John Trigilio. « Certains séminaristes n'hésitaient pas à se vêtir de soie rose », ce qui valut à l'établissement le surnom de Pink Palace.

 

            Combien de candidats hétérosexuels, après avoir été contraints d'endurer propositions malsaines, harcèlements et menaces, ont-ils préféré abandonner leur vocation ? demande Rose. Et comment ceux qui sont restés ont-ils pu être formés correctement dans une atmosphère aussi manifestement contraire aux enseignements de l'Église ?

 

            Ce n 'est pas tout. Le contenu des cours a de quoi décourager plus d'un futur prêtre. Des milliers de séminaristes ont été forcés de lire des manuels écrits par des hérétiques notoires tels que Hans Küng, Charles Curran ou Richard McBrien, ce théologien de l'université Notre-Dame qui lors d'un récent débat télévisé n'a su que déplorer les effets des scandales sur « l'image de l'Église » et a jugé inutile de citer Celui dont elle est l'épouse.

 

            À l’Athenium de Cincinnati, il fallut l'intervention outrée du journal traditionaliste The Wanderer pour qu'un ouvrage intitulé Notre sexualité, saturé de descriptions pornographiques, cesse d'être imposé à tous les séminaristes. La Sœur Barbara Fland y enseigna pendant dix-sept ans la prétendue nature androgyne de Dieu tandis qu'un autre professeur, Aaron y tournait en dérision la doctrine du péché originel.

 

            Avant de recevoir le sacrement de l'ordre, encore faut-il, aux États-Unis, être évalué par un psycho­logue dont le bilan devient ensuite parole d’Évangile. Or, il n'est pas rare que ledit psy soit membre d'une loge maçonnique ou d'une secte de type Rose-Croix. Voire des deux, comme Joseph Wicker, qui en quelques lignes trouva moyen de briser la vocation du jeune Rich Birch, un séminariste du Kentucky réputé intelligent et pieux. Parce qu'il osa dire qu'il ne se masturbait point et n'était ni « homo » ni « bi », il fut déclaré « sexuellement

immature » - donc incompétent. D'après Rose, un autre fut tancé pour possession d'une soutane et refus de lire Playboy. En 1999, la Catholic Medical Association publia un rapport prouvant que ces cas sont loin d'être isolés. Partager la magnifique vision de Jean-Paul II sur le sens de la sexualité vaut souvent d'être étiqueté « coincé ». Célébrer sa première messe risque alors de devenir un rêve inaccessible.

 

Armelle Signargout

L’homme nouveau, No 1281 – 2 juin 2002