COMMENT SAVONS-NOUS SI UN SACREMENT EST VALIDE OU NON?
par le père Peter Joseph

Les sacrements jouent un rôle crucial dans la vie chrétienne, car ils confèrent le don très précieux de la grâce divine, la restaure lorsqu’elle a été perdue ou l’augmentent dans l’âme qui cherche une plus grande sanctification. Rien n’est plus troublant pour un catholique consciencieux que de recevoir un sacrement invalide ou d’entretenir des doutes quant à la réception de la grâce.

Plusieurs causes peuvent rendre un sacrement invalide, pouvant aller d’une faute quelconque dans la matière, la forme, chez le ministre qui l’administre ou la personne qui le reçoit.

La matière utilisée peut être inadéquate. On ne pourrait pas baptiser avec du jus de fruit ou tout autre liquide que de l’eau. La forme ou la formule pourrait être déficiente. Ainsi, celui qui dirait " Je te baptise au nom de la Sainte Famille ", rendrait le baptême invalide et il faudrait le recommencer correctement. Ou il pourrait y avoir une faute quelconque chez le ministre, la personne qui accomplit le rite.

Ministre du sacrement

Un laïc se faisant passer pour un prêtre, par exemple, est incapable de donner l’absolution même s’il prononce les paroles exactes. Il se pourrait aussi que l’incapacité de recevoir le sacrement réside chez la personne elle-même, par exemple un pécheur impénitent qui se confesse ou la personne qui voudrait recevoir l’Onction des malades sans être baptisée; le rite, dans ce cas, serait inopérant.

Par ministre, j’entends celui qui accomplit le rite sacramental, clerc ou laïc.

La première qualification d’un ministre est d’être qualifié pour administrer cet office. Pour tous les sacrements, à l’exception du Baptême et du Mariage, il doit appartenir à un Ordre. Le Baptême peut être administré par un laïc en cas de nécessité; le Mariage est conféré mutuellement par le chrétien et la chrétienne [Le prêtre (ou le diacre) qui assiste à la célébration du mariage reçoit le consentement des époux au nom de l’Église et donne sa bénédiction. La présence du ministre de l’Église (et aussi des témoins) exprime de façon visible que le mariage est une réalité ecclésiale. (CEC 1630)] Tous les autres sacrements exigent la présence d’un prêtre ou d’un évêque pour être authentiques ou valides.

Extérieurement, le ministre doit employer les termes appropriés (ou des mots ayant le même sens), accomplir les actions et utiliser les substances prescrites (l’eau pour le Baptême, l’huile pour l’Onction des malades)

Intérieurement, il doit avoir l’intention de faire ce que fait l’Église, ou faire ce que font les catholiques ou les chrétiens. Si le ministre est dûment qualifié et si les conditions sont remplies, le sacrement est valablement et véritablement conféré. Le Concile de Trente a défini, " Si quelqu’un dit que lorsqu’ils confèrent les sacrements les ministres ne doivent pas au moins avoir l’intention de faire ce que fait l’Église, anathema sit [qu’il soit anathème] " (DS 1611).

Cette " intention " du ministre demande quelques explications. Une intention se définit comme, " l’acte de la volonté par lequel on décide de faire quelque chose " – dans le cas présent, la volonté délibérée de conférer un sacrement. Nous distinguons intention et attention, cette dernière étant un acte de l’intellect, " l’application de l’esprit à ce que le l’on fait dans le moment présent ".

Pour la validité d’un sacrement, l’attention n’est pas requise car il n’est pas toujours possible d’éviter totalement les distractions. On distingue l’intention de la connaissance. Il est possible d’avoir l’intention sans une connaissance claire de ce qui se passe. Pour qu’un sacrement soit valide, il suffit d’avoir une intention implicite et indistincte de " faire ce que fait l’Église ".

J’ai entendu des personnes demander dans des cas d’abus : " Comment ces Messes peuvent-elles être valides? Le célébrant nie ouvertement la Présence Réelle. Ne doit-il pas penser faire ce que l’Église croit? " La réponse se trouve dans la l’expression cruciale du Concile de Trente : " faire ce que fait l’Église " (facere quod facit Ecclesia). Le sens véritable de cette formule doit être compris à travers l’histoire et les théologiens qui l’ont employée et par la pratique ancienne de l’Église. La formule, utilisée d’abord au XIIIe siècle, a été adoptée dans les documents du magistère et finalement canonisée par le Concile de Trente.

" Faire ce que fait l’Église " : notez qu’il est dit faire ce que fait l’Église et non ce que l’Église pense faire ou croit. Pour qu’il y ait validité, le ministre n’a pas à penser ce que pense l’Église ou croire ce qu’elle croit, mais simplement avoir l’intention de faire ce que fait l’Église.

L’Église croit et a l’intention de faire un grand nombre de choses lorsqu’elle baptise : remettre le péché, conférer la grâce, accueillir dans l’Église, procurer le salut éternel et le caractère baptismal, etc. Mais le ministre du baptême n’a pas besoin d’être conscient de toutes ces choses. Il suffit qu’il veuille baptiser comme le fait l’Église.

Les fondamentalistes

Il n’est pas nécessaire que le ministre ait l’intention de conférer la grâce par le moyen du rite; il n’a même pas à croire que ce rite contient le pouvoir de donner la grâce. Les fondamentalistes croient généralement aujourd’hui que le baptême est une cérémonie purement extérieure qui ne cause aucun changement dans l’âme. Mais s’ils baptisent convenablement, c’est-à-dire en lavant avec l’eau et en prononçant la formule Trinitarienne, le Baptême a vraiment lieu. Si les baptisés veulent plus tard devenir catholiques, l’Église catholique les recevra mais ne les rebaptisera pas; ils sont déjà validement baptisés.

Ainsi, pour qu’un sacrement soit valide, il n’est pas nécessaire qu’un ministre ait la foi ou la sainteté. Le Concile de Trente a défini comme un dogme que la foi (chez le ministre) n'est pas nécessaire pour la validité d'un Baptême : " Si quelqu’un dit que le Baptême, même administré par les hérétiques, au nom du Père et du Fils du Saint-Esprit, avec l’intention de faire ce que fait l’Église, n’est pas un vrai Baptême, anathema sit " (DS 1617). L’Église enseigne également que le Baptême administré par un juif ou un païen est valide (DS 646, 1315, 2536). Ce qui s’applique au ministère du Baptême concernant la foi s’applique également aux autres sacrements.

Trente définit également que l’état de grâce n’est pas exigé chez le ministre du sacrement : " Si quelqu’un dit qu’un ministre en état de péché mortel, même s’il observe tous les essentiels appartenant à l’administration du sacrement, ne confère pas ce sacrement, anathema sit. " (DS 1612; cf. 1315, 1262, 793). Ainsi, selon le Concile de Trente, la Messe offerte par un prêtre en état de péché est un sacrifice valide. Les donatistes au IVe-Ve siècles ont rejeté comme invalides les sacrements administrés par un pécheur public. La valdésiens (XIIe), Wycliff (XIVe) et les anabaptistes (XVIe) ont répété la même erreur.

Ceci nous aide à comprendre le sens de la formule, adoptée par le Concile de Trente : les sacrements opèrent ex opere operato " en vertu du rite accompli ". Ce n’est pas en vertu de la sainteté ou de la croyance du ministre. Le Baptême administré par des hérétiques ou des incroyants est valide parce que la condition de leur âme n’affecte pas la validité de leur acte. La raison en est que la vertu de ce qu’ils font ne vient pas d’eux, mais du Christ. Le Christ est le ministre principal de tous les sacrements, ce qui signifie qu’Il œuvre par la voix et les mains des ministres terrestres. Saint Augustin nous dit : que ce soit Pierre, Paul ou Judas qui administre le Baptême, c’est toujours le Christ qui baptise (Traité sur saint Jean, 5, 18).

L’essentiel

Cet enseignement sur l’intention minimum requise est enseignée par saint Thomas d’Aquin : " Aussi, de même que la charité du ministre n'est pas requise pour l'accomplissement du sacrement, puisque les pécheurs peuvent administrer les sacrements comme nous venons de le voir la foi n'est pas davantage requise ; et un infidèle peut procurer un vrai sacrement du moment que toutes les autres conditions nécessaires sont réalisées; (...) il peut donc, en dépit de son incroyance, avoir l'intention de faire ce que fait l'Église, tout en croyant que cela ne sert de rien. Une telle intention suffit pour le sacrement, car, nous l'avons vu le ministre du sacrement agit comme représentant de toute l'Église dont la foi supplée ce qui manque à la sienne. (Summa, p. III, qu. 64, art. 9, c. et ad 1).

Même un prêtre qui a perdu la foi dans la Présence Réelle célèbre validement la Messe. Une telle doctrine est une consolation pour les laïcs qui peuvent par conséquent avoir une parfaite confiance dans les rites de l’Église sans avoir besoin de connaître l’état personnel du ministre. Il serait impossible de s’assurer de chaque prêtre chaque fois qu’il administre un sacrement. Il est suffisant de savoir que s’il utilise la matière et la forme nécessaires, et accomplit le rite, le Christ agit à travers lui pour accomplir le reste.
[Le père Joseph est vice-recteur du séminaire Vianney College.]


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