APPARITIONS DE VADIAKKADU

 

L’exhumation du petit Moïse

 

            J’ai enfin vu la vidéocassette de l’ex­humation du bébé Moïse, sorti vivant de la terre, de son linceul en miettes et de sa caisse mortuaire, il y a sept ans.

 

Une information peu crédible

            Il y a longtemps que je n’avais pas parlé de cet événement incroyable, car il met â l’épreuve notre raison. Le 12 juin 1990, ce jeune prématuré de huit mois est venu au monde mort-né, On l’avait d’abord enterré â côté de l’hô­pital, dans un simple linceul à la manière indienne. En novembre 1990, sur « demande de la Vierge », reçue par la voyante Mary on l’avait transféré en sépulture chrétienne, avec un cer­cueil. On l’a retrouvé vivant le 17 juin 1991 au cours d’une exhumation qui dura de 2 h 20 à 6 h du matin.

            Devant une telle accumulation d’in­vraisemblances je concluais dans Chrétiens Magazine de juin 1993 : « Malgré des témoignages concor­dants, sincères mais troublants, la rai­son critique reste sur sa faim et ne peut que suspendre son jugement. » Je le suspendais d’autant plus que je n’avais pu voir la vidéocassette de l’exhumation.

            « Vous la verrez si vous venez en Inde », m’avait-on dit :

            J’ai failli faire le voyage il y a trois ans, mais j’ai dû décliner au dernier moment. La vidéo, dont la publication été « autorisée par la Vierge », est arrivée au Père Prassad, qui achevait sa thèse de philosophie sut la religion, couronnée en juin par l’Institut Catho­lique de Paris et à un Indien de ses relations, Benoît : nouvelle étape de tette laborieuse et progressive, vérifi­cation de l’incroyable. Le 27 juin 1998, il est là chez moi, à Evry, avec son ami indien, Augustin Benoît : Ils répondent à mes questions tandis que le fils de ce dernier, bon technicien, s’occupe de la cassette.

            Ce duplicata est tellement passé et repassé que la qualité de l’image en a par endroits souffert. Mais, quoique l’œil de la caméra parfois clignote, cela ne nuit pas à la perception conti­nue de l’ensemble.

 

Pourquoi en parler ?

 

            Mais d’abord pourquoi avais-je osé infor­mer d’une nouvelle si peu crédible ? Parce qu’il n’est pas de bonne méthode de rejeter a priori un événement du seul fait qu’il choque la raison, dont la dictature et les exclusions ne peuvent éva­cuer a priori une réalité attestée de manière obvie. Que de fois, en histoire, l’événement a eu raison contre la rai­son.

 

Une prédiction

 

            Dans le cas de Vadiakkadu, la proba­bilité s’est imposée progressivement à mon attention selon les étapes sui­vantes :

            Le « miracle » m’avait été annoncé avant sa réalisation. Thomas Kenne­dy, Indien de Papansam (Tamil Nadu), m’écrivait le 1er août 1990: « Notre-Dame va faire un grand miracle à Vadiakkadu. La sœur de Yobu avait donné naissance à un bébé prématuré. Il est mort-né et fut enter­ré à l’hôpital. Mais peu après, Notre­-Dame demanda (Par Mary, la voyan­te de Vadiakkadu) de ramener l’enfant et de l’enterrer selon le rite chrétien, donc dans un cercueil, près de la fenêtre de sa maison. Ce qui fut fait à gauche de la fenêtre, avec une croix sur la tombe et la Vierge dit à Mary : « Je vais redonner vie à cet enfant .» C’est-à-dire qu’elle va le tirer vivant de son cercueil.

            Je n’attachai aucune importance à cette invraisemblable prévision. Mais, le 17 décembre suivant, Kennedy, imper­turbable, me fait envoyer la réponse de la Vierge Marie à mon objection

« Kennedy, mon enfant, écrivez tout clairement en France : Je vais rendre la vie à ce bébé enterré. Quant le miracle sera accompli, le père Lau­rentin viendra de France. »

            A cette date le miracle n’avait toujours pas eu lieu. Je ne voyais pas la moindre raison d’accorder crédit à cette présu­mée prédiction. Or, à ma surprise, au seuil de l’été 1991, plusieurs lettres m’annoncèrent l’accomplissement du miracle prédit sous forme d’une exhu­mation.

            Que voit-on sur la vidéo que j’ai regar­dée avec le Père Prassad, M. Benoît, son fils, Valery, familiers de Vadiakkadu, précieux pour m’expli­quer les usages du pays ?

 

Veillée de prière en plein air

 

            La vidéo commence donc en ce matin du 17 juin 1991, à 2 h 20. Elle indique les heures, pas à pas.

            Une cinquantaine de personnes sont réunies. Elles prient le chapelet selon la demande de la Sainte Vierge, devant la tombe, sans autre, monument que la croix blanche: C’est la Vierge qui a demandé cette sépulture chrétienne, car les Hindous brûlent les corps. A l’hôpital, celui du petit Moïse avait été enseveli provisoirement dans un linge en attendant sans doute la crémation, m’explique le père Prassad.

            Nous sommes sous la fenêtre de Mary, la caméra est braquée sur la tombe de terre battue dans un jardin non culti­vé. L’image est monotone et insignifiante. Des hommes sont là avec des bêches, environnés d’une cinquantai­ne de personnes en demi-cercle autour de la Croix.

            Aucune précipitation parmi les chré­tiens convoqués à cette veillée insoli­te. Ils prient, comme le demande Mary, qui transmet les avis de Notre-Dame. Elle est née Santi (son nom indien) et a été baptisée sous le nom de Mary. Les Indiens l’appellent Mary-papa (petite sœur Marie), appellation affectueuse, ou mieux Mary-Amma, appel­lation respectueuse qui signifie Mère.

 

Exhumation paysanne

 

            Vers 2 h 25, 4 hommes commencent à bêcher sans hâte ni frénésie. Deux autres les rejoignent. Mary-amma guette derrière sa fenêtre, au contact de la Vierge, dans la pièce où elle lui apparaît habituellement. La caméra mobile alterne les prises de vue entre la tombe et la fenêtre.

            Un des piocheurs est armé d’une barre pour défoncer la terre; là où elle serait plus dure. Il commence. Mary en mandataire indiscutée de Notre-Dame, lui ordonne d’arrêter. La fouille pro­gresse lentement, i1 s’agit de petites bêches élémentaires. Le cercueil a été enfoui à 3 pieds sous terre, soit 1 mètre. Un des hommes reprend la barre, sans doute pour vaincre un obs­tacle.

            A 2 heures 26 minutes, 57 secondes, on entend un cri venant de la pièce où se trouve Mary. « Elle crie », avais­-je interprété, mais les familiers de Vadiakkadu rectifient : « Non, c’est un cri de la Vierge, nous reconnaissons sa voix. Le pieu d’acier risque d’atteindre le cœur de l’enfant. » Enfin, à 2 heures 40 minutes et 50 secondes, on voit apparaître le cercueil au plutôt une petite caisse, de fabrication improvisée, beaucoup plus grande que le corps du bébé. A 2 heures 44 minutes et 45 secondes on la voit plus clairement. Le dessus est entièrement fermé par trois planches non jointives.

            Mary-amma est sortie de la maison à l’invitation de la Vierge qui lui a demandé d’ouvrir le cercueil en enle­vant les trois planches et de prendre le bébé. A 2 heures 48 minutes et 12 secondes, elle essaie d’ouvrir. A 2 heures 49 minutes et 7 secondes elle écarte les planches du cercueil et voit l’enfant. Saisie par l’émotion et 1a crainte, elle s’enfuit chez elle. A défaut de ses consignes, les travaux de dégagement sont interrompus. La prière seule remplit ce temps.

            Par le large interstice ménagé entre deux planches, la caméra laisse voir, grâce au projecteur, une partie da visa­ge et du corps de l’enfant.

            A 3 heures 20 minutes 23 secondes, on entend fort bien son premier cri,  enregistré sur la cassette.

            Encouragée par les gens et soutenue par leur prière, qui continuent discrètement, Mary-Amma, tout en priant parvient à dégager deux planches. A 3 heures 22 minutes il est là, bien visible et bien vivant de la tête aux pieds. Elle s’évanouit. Plusieurs per­sonnes l’assistent avec calme et la ramène dans sa maison.

            Le petit Moïse bouge dans sa caisse. On discerne son visage et son œil ouvert à travers les planches. A 3 heures 24 minutes, il met sa main dans sa bouche. Les gens disent seulement : « Merci Seigneur. »

            Sans éclat ni emphase. Ils reprennent la prière et commencent à dégager la troisième et dernière planche encore couverte de terre. Les piocheurs l’époussettent précautionneusement pour ne pas salir le petit corps nu.

            On voit maintenant le bébé en son entier. Le linge dans lequel on l’avait enseveli lors de la première sépulture est en morceaux. Il en a un bout dans la bouche. Le document est tout de même assez impressionnant si invrai­semblable soit-il. On n’échappe pas à l’évidence que cet enfant était bien dans la caisse à trois pieds sous terre. La raison imagine l’hypothèse de quelque trucage. Mais la sincérité des témoins convoqués, leur calme, l’im­provisation paysanne, leur prière sans la moindre exaltation, sans cris, sans agitation, le travail des fossoyeurs improvisés, calmes et maladroits dans cette opération insolite, et l’œil même de la caméra devenu le nôtre font exclure tout trucage ou artifice. Il n’y a là qu’une communauté discrètement unie dans un voisinage non chrétien. La Vierge leur est très présente. Ils entendent sa voix, du moins à certains jours et à certaines heures (y compris, le Père Prassad qui m’explique). Mais ils ne la voient pas.

 

Le comble de l’invraisemblance

 

            Comme je commence à accepter l’hy­pothèse d’une résurrection, faute d’au­cune autre, mes amis indiens donnent un dernier choc à ma crédibilité nais­sante.

            « Comme on l’a exhumé à l’hôpital et réenterré ici, ce n’était plus un corps, plutôt un squelette, crâne et os. »

            Le Père Prassad ajoute : « J’ai compris ici le texte d’Ezéchiel : ‘Fils de l’homme, prophétise sur ces ossements !’ Après bien des années de théologie, j’ai compris ainsi, de proche en proche, toute ma théologie. »

            Monsieur Benoît ajoute : « Certains ne croyaient pas à la prédiction et objectaient avant la premiè­re exhumation : ‘C’est trop tard.’ »

            La Vierge a fait savoir par Mary : « Vous trouverez au moins un os, et à la puissance du Seigneur, le sable suffirait pour opérer cette résurrection. » Je note, abasourdi : Tout se déroule à chaque étape selon les consignes de Mary-Amma. Elle est restée dans sa véranda, voisine de la pièce où la Vier­ge lui parle.

            Le corps ne bouge plus pendant un long moment, les yeux se sont fermés. Et voici qu’ils s’ouvrent à nouveau. Le bébé regarde de ses grands yeux, sur­pris, comme qui revient de loin.

            Ici, autre étonnement. Comme l’enfant était mort-né, je m’attendais à voir un prématuré mais il a le développement plus harmonieux d’un nourrisson de 5 à 6 mois : 1’âge qu’il aurait s’il avait vécu normalement.

            Je perds pied comme devant le comp­te-rendu fait par les médecins du XVIIe siècle sur la guérison de l’unijambiste de Saragosse, leur client à qui la jambe a repoussé : car un rapport en bonne et due forme a été enregistré au XVIIe siècle et je l’ai examiné quand je suis passé au grand sanctuaire national espagnol de Saragosse, sans m’y arrêter davantage. Messori vient de lui consacrer un ouvrage étonnant (d’après le père Deroo). [Il Miracolo : Une interview de Vittorio Messori à propos de son livre sur le miracle de Calanda.]

            L’enfant tout nu s’agite à nouveau. En voyant le débat de ma raison dépas­sé, mes amis indiens précisent : « La Vierge a dit a dit : ‘Ça n’est jamais arrivé jusqu’ici et maintenant’. »

            Mary-Amma étant toujours évanouie, on attend les instructions de la Vierge Marie. Rien ne progresse pendant de nombreuses minutes. Les piocheurs époussettent soigneusement la terre et dégagent longuement la caisse en creu­sant tout autour. Le petit Moïse conti­nue à pleurer, plus vigoureusement maintenant. A 5 heures 24 minutes et 10 secondes la caisse est dégagée en profondeur.

            La maman de Moïse et ses deux sœurs, Guna et Tigilla, toujours calmes et recueillies sont restées à leur place, par respect. Le sacré de l’action de grâces retient les réactions humaines normales qu’on attendrait. C’est ce qu’il y a de plus inattendu dans le compor­tement de cette petite foule. Les piocheurs ont improvisé un brancard avec les moyens du bord. Ils posent la cais­se sur le brancard. Il est 5 heures 24 minutes: L’exhumation priante a duré trois heures. Ces détails fortuits confir­ment la cohérence du document.

            La caisse, jusque-là mortuaire, est transportée jusqu’à la véranda de la maison où elle rejoint Mary. On remet l’enfant en premier dans les bras de la grand-mère (présente). C’est elle qui avait dit à la maman, après le désastreux accouchement : « Tu vois, la Vierge ne t’a pas aidée. » Et c’est elle qui reçoit le dérnenti vivant entre ses bras d’aïeule : émue mais calme. Moïse crie et s’agite en bon vivant tout nu dans ses bras. Elle reste très calme comme une bonne grand-mère. Le grand-père sourit à côté d’elle d’un large sourire épanoui.

 

Vigoureuse toilette

            Une femme prend le petit Moïse et fait sa toilette comme on fait à la nais­sance, bien qu’il ne s’agisse point de laver le sang, mais de la terre mêlée aux fragments du linceul en miettes qui parsèment son corps. C’est une infirmière. Elle fait cela rondement, vigoureusement, professionnellement : l’enfant sur le ventre, elle le frictionne sans se soucier de l’extrême délicatesse qu’on met à manier les bébés dans nos pays. Il faut seulement qu’il soit propre comme un sou neuf. Les bébés ne sont pas à ça près puisqu’ils supportent l’accouchement et parfois les forceps.

            Après cette toilette qu’on ne sait comment appeler (mortuaire ou natale, pour ce petit ressuscité ?) Mary-Amma le prend à son tour. Il lui tend les bras. Mary remet l’enfant à sa maman, qui ne s’est pas empressée, mais qui n’en a pas moins intensément vécu ce don incroyable.

            Elle le regarde, elle l’essuie, les yeux dans les yeux puis elle le laisser passer de bras en bras.

 

Une deuxième caméra

            Dans un précédent article, sur le témoignage d’un enquêteur passé en Inde, j’avais cru devoir démentir que deux caméras avaient tourné la scène. « Non ! Mais on a fait des duplicata fragmentaires de la première, et de là semble venir la rumeur des deux vidéos », m’avait dit un voyageur français qui s’était rendu en Inde, mais n’avait pas obtenu de voir les cassettes originales. N’ayant effectivement qu’un duplicata, il avait fait, comme il convient, l’hypothèse la plus critique.

            Une des révélations les plus saisissantes et les plus neuves de mon visionnaire du 27 juin, c’est que la caméra mobile rencontre à plusieurs reprises dams son champ la caméra fixe dont je n’ai pas encore vu la bande.

            J’ai demandé instamment à pouvoir confronter les deux cassettes. Il m’a fallu plusieurs années pour voir enfin la vidéo de la caméra mobile. Combien de temps me faudra-t-il pour voir l’autre. En tout cas, un obstacle a été franchi. On ne me refusait pas de voir la cassette, mais la Vierge aurait dit : « Vous la verrez si vous venez. Il ne nous est pas permis de la diffuser à l’extérieur. »

            Ce premier interdit étant dépassé, j’espère qu’il  en sera de même pour l’autre. J’ai appris à me situer dans la lenteur du temps indien dont témoigne si intensément la foule priante, réunie le 17 juin 1991, il y a sept ans, pour ce rendez-vous nocturne qui me confond. Car si je ne vois pas le moyen d’échapper à la cohérence des faits, je connais et partage assez notre climat culturel, y compris ecclésiastique pour dire : qui le croira ? Je me soucie de ne pas fuit les faits, toujours plus forts que nos idées : les évidences au sens anglais du mot, je me ferais passer pour fou par mes adversaires. Un peu gâteux de la part de mes amis. Je n’ai plus rien à perdre. En fréquentant ce qu’on ne comprend pas, ce qu’on ne veut pas comprendre. Je ne puis que dire en témoin objectif, comme disait Bernadette : « Voilà les faits. Je dois honnêtement le dire. Je ne suis pas chargé de vous le faire croire. »

 

René Laurentin

Chrétiens Magazine – No 115 bis

 

 

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