Vade retro, O.N.U.

 

Austin Ruse

            Son patronyme d’origine française l’a préparé à déjouer les petits futés de l’O.N.U. toujours prêts à truffer leurs documents de vocabulaire ambigu afin de noyer la planète dans l’immoralité.

            Austin Ruse, contemplatif actif depuis sa conversion au catholicisme, se bat au cœur de New York pour faire échouer ce sinistre plan.

 

            C'est en lisant La nuit pri­vée d'étoiles de Thomas Merton dans un bistrot près du Louvre que Austin Ruse décida de tenter la grande aven­ture : je serai catholique ! Moine ? Dieu allait lui ouvrir une autre piste : En plein Man­hattan, Austin Ruse serait appe­lé à lutter sans merci contre le géant universel de la subver­sion à visage humanitaire. Issu d'une famille méthodiste dont les ancêtres colonisèrent le Nouveau Monde avant la guer­re d'Indépendance, il étudia le journalisme et les sciences poli­tiques dans le Missouri avant de travailler pour des maga­zines comme Fortune et Rol­ling Stone. Au début, le chan­gement de perspective fut poli­tique plus que spirituel.

 

            En lisant A Dangerous Place (Un lieu dangereux), dans lequel Daniel Moynihan décrit les fourberies qu'il a pu obser­ver à l'Organisation des Na­tions Unies durant les deux an­nées (1975-1976) qu'il y passa en tant qu'ambassadeur améri­cain, notre aimable gauchiste se rend compte des mensonges qu'il a ingurgités. « Les écailles sont tombées de mes yeux. Je me suis écarté de l'idéologie c'est-la-faute-de-l'Amérique qui contamine tant de gens à gauche. » Il ne soupçonne pas encore le rôle clé que va jouer l'ONU dans sa propre vie. Tou­jours en recherche, il rencontre l'intellectuel catholique Wil­liam Buckley (mort le 27 fé­vrier 2008) et, dans les pages du National Review, l'hebdo­madaire conservateur qu'il a fondé, découvre de nouveaux horizons. Buckley lui fait lire G.K. Chesterton. « J'ai entendu une toute petite voix qui me disait: ‘Viens plus près’, con­fie Austin Ruse. J'ai suivi cette voix jusqu'à l'Église. » Il meu­ble peu à peu son esprit de la sagesse millénaire de l'Épouse du Christ.

 

Engagé pour la vie

 

            Cet enthousiasme, cette bouli­mie de vérité deviendront de puissants atouts lorsque, après quelques détours profession­nels, il rencontre en 1997 à New York une représentante canadienne de Human Life International qui cherche quel­qu'un pour lancer un lobby pro-vie... à l'ONU. L'ONU ? Bien sûr, il connaît un peu. En revanche, il n'a jamais exercé la moindre activité pro-vie. Pourtant, grâce à son passé dans la gestion de diverses pu­blications, il est jugé compétent et embauché sur-le-champ. Tâche monumentale. Et urgen­te : les conférences internatio­nales du Caire en 1994 et de Pékin en 1995 ont dévoilé la détermination féroce de cer­taines agences onusiennes d'imposer universellement la culture de mort. Il manque un effort concerté, sur place, à New York, pour déjouer les pièges incessants de la Mecque du globalisme. Il faut, d'abord, lire chacun des innombrables documents ligne par ligne. En­suite, il faut en écarter tout lan­gage pernicieux visant la famil­le, la vie ou la foi. Enfin, il faut informer les troupes et motiver les combattants. Ce travail minutieux, c'est celui des sept membres de l'équipe du Catho­lic Family and Human Rights Institute (C-FAM), organisa­tion à but non lucratif fondée durant l'été 1997. C-FAM (www.c-fam.org) est la seule organisation pro-vie du monde qui surveille à plein temps les tentacules onusiens. Elle se fo­calise, comme son nom l'indi­que, sur les attaques contre la famille et les droits de l'hom­me. Et s'appuie sur les ensei­gnements de l'Église concer­nant le caractère sacré de toute vie humaine.

 

            La bataille prioritaire du mo­ment, à C-FAM, concerne un traité intitulé CEDAW (Con­vention pour l'élimination de toute forme de discrimination contre les femmes). A priori, pas d'objection. Les documents de l'ONU affichent infaillible­ment de nobles objectifs de ce genre. Mettre fin à la torture, abolir le génocide, préserver l'environnement, qui serait contre ? Pourtant, CEDAW adoptée par l'Assemblée Gé­nérale dès 1979 et ratifiée de­puis par 167 pays, n'est autre qu’un mortel cheval de Trois. Si les États-Unis l’adoptaient eux aussi, ils devraient se plier tous les quatre ans aux mesures coercitives exercées par son redoutable Comité de bureau­crates, qui interprètent à leur façon le langage anodin du texte. Exemples: le « droit de choisir sa profession » devient l'obligation de décriminaliser au plus vite la prostitution ; l'interdiction d'exercer « une distinction, exclusion ou res­triction en raison du sexe » de­vient le devoir de promouvoir le mariage homosexuel ; même la célébration de la Fête des Mères est à bannir car elle « perpétue des stéréotypes tra­ditionnels ». Selon ce traité, qui prévoit de donner libre accès à la contraception et à l'avorte­ment à de très jeunes filles, « les parents et la famille ne comptent plus, déplore Austin Ruse. L'État est chargé de dé­fendre les droits des enfants. » Que faire ? Comme toujours, alerter le plus de personnes possible. 99 % des Américains n'ont jamais entendu parler de CEDAW. En 45 jours, C-FAM vient de rassembler 350 000 dollars pour une massive cam­pagne d'éducation. Une péti­tion en ligne supplie les séna­teurs américains : Ne signez pas ce dangereux traité !

 

            L'énergie nécessaire à cette lutte harassante dépasse les res­sources d'une poignée d'hommes et de billets verts. Aussi Austin Ruse s'astreint-il à une discipline spirituelle de fer. Comme les six autres membres de son équipe et comme son grand ami l'écrivain George Weigel, il assiste chaque jour au Saint Sacrifice de la Messe. Son armure quotidienne inclut aussi le scapulaire, le chapelet, la prière mentale, la lecture et l'étude de l'Écriture Sainte, l'examen de conscience, la pra­tique de la présence de Dieu, ainsi que la méditation de l'œuvre de saint Josemaria Es­criva. Resté longtemps céliba­taire, celui qui se définit com­me un « contemplatif au milieu du monde » est récemment devenu un époux et père com­blé. Sa femme Cathleen n'est autre que l'ex-porte-parole des évêques américains sur les questions pro-vie. « Ma déci­sion de l'épouser fut la plus évidente de ma vie. » Leur fille, Lucy, illumine désormais leur combat commun.           

 

• De notre correspondante aux États-Unis, Annelle SIGNARGOUT

L’Homme Nouveau, no 1419 du 12 avril 2008

 

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