UNAM SANCTAM

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La Sainte Messe catholique fondement de l'unité de l’Église

Mgr. Eder, archevêque de Salzbourg, se pose en vaillant défenseur de l'unité de l'Église, fondée sur la Sainte Eucharistie dans la lettre pastorale Ut unum sint qu'il publiait à l'automne 2000. Cette lettre pastorale fut lue dans toutes les églises de son diocèse, le dimanche 12 novembre 2000. En voici un extrait traduit de l'allemand et paru dans la revue française "La Nef' de janvier 2001, p. 13.

Le langage clair et net de Mgr Eder est apte à faire comprendre à qui veut bien l'entendre que la confusion largement répandue dans l'Église actuellement en ce qui concerne la doctrine catholique de l'Eucharistie, a assez duré. Aucune unité des chrétiens ne pourra jamais se faire si ce n'est dans la foi authentique à la Très Sainte Eucharistie. Pour réaliser l'unité tant souhaitée, il n'y a donc rien de plus urgent qu'un consentement inconditionnel de tous les chrétiens à la foi traditionnelle de l'Église au sujet du dogme eucharistique.

Depuis l'époque des Apôtres, l'Église affirme que dans cette «Eucharistie  », le sacrifice unique du Christ sur la Croix n'est pas répété mais actualisé par le prêtre qui prononce ces paroles en tenant la place du Christ, chef de l'Église (caput Ecclesiae). Il n'en reste pas moins que l'on voit se développer, chez ceux qui croient au Christ, une aspiration à redevenir une Église unique et à se rassembler autour d'un seul autel et à louer Dieu d'une seule voix. Cependant, le chemin qui mène à la pleine unité est beaucoup plus long et ardu qu'on ne l'a cru dans l'euphorie initiale du concile. Sur qui, sur quoi pourrait se fonder l'unité ?

On pourrait penser que l’Évangile seulement - qui est, après tout, commun à tous les chrétiens - devrait nous mener nécessairement à l'unité. Ce n'est malheureusement pas le cas: toutes ces Églises prêchent en effet cet Évangile, mais elles y lisent des choses si différentes que de nouveaux groupes chrétiens ne cessent de naître. Plus j'y réfléchis et plus il m'apparaît que, au bout du compte, c'est l'Eucharistie, l'unique Eucharistie, célébrée par l'unique grand prêtre, Jésus-Christ. Mais, aujourd'hui, cela n'est pas possible. En effet, ainsi que l'a récemment déclaré une haute responsable protestante, «mondes séparent  » encore les conceptions que l'on peut avoir de l'Église, du ministère et du sacerdoce. Ainsi, par exemple, les protestants ne connaissent pas d'Eucharistie mais simplement la «Cène  ». Ils n'ont pas le sacrement du mariage ; et certaines communautés ont perdu bien d'autres choses encore.

C'est pourquoi, lorsqu'un prêtre célèbre l'Eucharistie avec un ministre d'une autre communauté chrétienne - lequel, en tant que laïc, n'a aucun pouvoir sacerdotal - il s'agit d'un simulacre d'Eucharistie. En effet, selon la doctrine catholique, cette célébration est invalide. Les prêtres de l'Église catholique qui font ce genre de choses induisent leurs paroissiens en erreur : au lieu de leur donner le Corps et le Sang du Christ, ils ne leur donnent que du pain et du vin. Cela a par ailleurs des effets très dommageables sur la foi catholique et sur l'unité de l'Église, sans compter que cela fait très nettement reculer le mouvement œcuménique.

Avec amertume, nous constatons que nombre de ceux qui vont à la messe le dimanche ne savent pas grand chose de ce qu'est fondamentalement la Sainte Messe. Comment cela se fait-il ? Qu'a-t-on prêché sur ce sujet au cours de ces trois dernières décennies ? Comment se fait-il que, malgré le renouveau de la liturgie, on sache de moins en moins ce qu'est l'Eucharistie ? Les questions s'accumulent. Nous qui avons été appelés par le Seigneur à être des gardiens vigilants, nous avons mal rempli notre mission, mal accompli notre devoir. Nous les évêques, nous ne nous sommes pas suffisamment occupés de notre troupeau, nous avons laissé entrer les loups rapaces dans la bergerie. Pendant des années, dans les facultés de théologie, des professeurs ont neutralisé le dogme catholique de l'Eucharistie - ainsi d'ailleurs que d'autres vérités catholiques. Dans l'enseignement religieux, les vérités sur l'Eucharistie ont été - et sont encore - très mal transmises. Oui, les pasteurs ont failli, le sel s'est affadi, et bientôt on le foulera aux pieds.

Mgr Eder, archevêque de Salzbourg

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L'Eucharistie au cœur de l'Église



Un des besoins les plus vitaux de l'Église en ce début du troisième millénaire est que soit renouvelée, chez tous ses enfants, la foi en la sainte Eucharistie. Ne sont pas rares ceux qui ont perdu la foi - du moins une foi vivante - en la présence réelle de Jésus au saint sacrement. Et pourtant cette présence réelle du Sauveur dans l'Eucharistie est le cœur même de l’Église. C'est Jésus-Eucharistie qui au cœur de l'Église est la source vive de toutes les grâces. C'est Jésus-Eucharistie qui répare les blessures infligées à son Église et la rend féconde. C'est Jésus-Eucharistie qui construit son Église et en fait l'unité. Pour que le beau visage de l'Église, souillé par tant de fautes de ses enfants, reprenne toute sa splendeur, il nous faut retrouver la foi des saints dans la sainte Eucharistie. Il nous faut retrouver la foi enflammée d'un saint Pierre Julien Eymard, voyant dans l'Eucharistie, la vie, la puissance et la gloire de l'Église.

L'Eucharistie est la vie de l'Église

La vie d'une épouse privée de son époux n'est plus une vie, c'est l'agonie, le deuil. Mais à côté de son époux, l'épouse est grande et forte, elle est joyeuse; elle possède le cœur de son époux, et elle est heureuse de se dévouer à le servir.

Telle est l'Église en face de l'Eucharistie. L'Eucharistie est le but de son amour, le centre de son cœur, le bonheur et la joie de sa vie.

Elle veille jour et nuit par ses enfants, aux pieds du Dieu du tabernacle, pour l'honorer, l'aimer et le servir ; l'Eucharistie est le mobile, la fin de tout son culte ; elle en est l'âme, et sans l'Eucharistie le culte cesse, n'a plus de raison d'être.
Aussi les sectes protestantes, qui ne jouissent pas de l'Époux divin, abandonnent-elles tout culte extérieur comme superflu et inutile.

L'Eucharistie est la puissance de l'Église

C'est par l'Eucharistie que l'Église est puissante et féconde; ses enfants ne se comptent plus et sont répandus par toute la terre : chaque jour ses missionnaires lui en donnent de nouveaux: elle doit être la mère du genre humain.
Mais d'où lui vient sa fécondité ? Est-ce du Baptême, de la Pénitence ? Sans doute ces sacrements donnent la vie ou la rendent ; mais que deviendront ces enfants qui viennent de naître dans l'eau de la régénération divine ? Il faut les nourrir, les élever.
Ils ont en eux le germe de Dieu; il faut le développer, le faire grandir. Or, c'est par l'Eucharistie que l'Église forme Jésus-Christ en ses enfants. C'est l'Eucharistie qui est le Pain vivant dont elle entretient leur vie surnaturelle. C’est par l'Eucharistie qu'elle fait leur éducation : car, là seulement, les âmes trouvent l'abondance de la lumière et de la vie, la force de toutes les vertus.
Agar, dans le désert, pleurait de ne pouvoir rafraîchir et nourrir son enfant qui allait expirer d'inanition.

La Synagogue, les sectes protestantes, sont cette mère impuissante à satisfaire les besoins de ses enfants; ils demandent du pain, et personne ne leur en donne.

Mais l'Église reçoit chaque matin le Pain du Ciel pour chacun de ses enfants; il y en a pour tous: Quantum isti, tantum ille.

Et c'est le Pain des anges, le Pain des rois ; aussi ses enfants sont-ils beaux comme le Pain qui les nourrit. Ils sont forts, rassasiés du Froment des élus ; ils ont le droit de s'asseoir chaque jour au festin royal ; les tables sont toujours dressées dans l'Église, et elle les invite, les conjure d'y venir puiser la force et la vie.

L'Eucharistie est la gloire de l'Église

Jésus-Christ, son Époux, est Roi; il est le Roi de gloire. Son Père a placé sur sa tête une couronne resplendissante. Mais la gloire de l'époux est la gloire de l'épouse : et l'Église, comme le bel astre des nuits, reflète les rayons divins du Soleil de gloire.

L’Église, devant le Dieu de l'Eucharistie, est belle aux jours des fêtes de son Époux, parée de ses vêtements d'honneur, chantant des hymnes solennels, conviant tous ses enfants à se réunir pour honorer le Dieu de son cœur. Elle est heureuse de rendre gloire à son Roi et à son Dieu; à l'entendre, à le voir, on se croirait transporté dans la Jérusalem céleste, où la cour angélique glorifie, dans une fête perpétuelle, le Roi immortel des siècles.

Elle est triomphante quand elle déploie, au jour de la Fête-Dieu, ses longues processions, cortège du Dieu de l'Eucharistie; elle s'avance alors comme une armée rangée en bataille, accompagnant son chef ; et alors, rois et peuples, petits et grands, chantent la gloire du Seigneur, qui a établi sa demeure au milieu de son Église.

Le règne de l'Eucharistie, c'est le règne de l'Église, et là où l'Eucharistie est oubliée, l'Église n'a que d'infidèles enfants, et bientôt elle pleurera une ruine nouvelle.

S. Pierre Julien Eymard, La Divine Eucharistie, 1ère série: La présence réelle, Librairie Eucharistique, Montréal, 1944, p. 108-110.


 


Témoignage personnel sur le bienheureux Jean XXIII

 

Ayant eu le privilège de vivre à Rome durant tout le pontificat de Jean XXIII, et ayant pu très souvent entendre sa parole de pasteur suprême de l'Église, les lignes qui suivent expriment bien imparfaitement mon témoignage personnel d'admiration et d'affection filiale à l'égard de ce bon Père.

Le pape Jean XXIII n'était ni de droite ni de gauche, si l'on entend par ces termes quelque tendance excessive, sortant de la simplicité évangélique. Il était avant tout un homme de Dieu, un homme de prière, un homme qui rayonnait dans toute sa personne une bonté paternelle qui lui gagnait tous les cœurs. C'était un pontife qui avait une foi en même temps simple et profonde. Élevé à l'honneur du suprême pontificat, il conservait l'humilité et l'innocence d'un petit enfant: ce qui fait qu'on se sentait bien en sa présence. On pressentait que son âme était très proche de Jésus et aussi de la Très sainte Vierge et du bon saint Joseph. À l'entendre dans ses prédications et son enseignement, il semblait qu'il n'y eût dans son cœur sacerdotal que de l'amour et de la miséricorde. Il n'aimait pas du tout les sentiments négatifs, pessimistes, qui voient le mal partout et s'expriment en zèle amer. A l'école de l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ, qu'il paraissait connaître par cœur, et aussi à l'école de la petite Thérèse, il avait appris la confiance: une confiance sans bornes en la miséricorde infinie de Dieu incarnée en Jésus-Christ. C'est pourquoi il avait confiance aussi en l'homme, c'est-à-dire en la possibilité pour tout être humain de se tourner vers Dieu, pour en être illuminé, régénéré, transformé. Pour lui, aucune situation humaine, si désastreuse fût-elle, ne pouvait être désespérée, car il croyait de façon concrète qu'absolument « rien n'est impossible à Dieu ».

Les maux, les malheurs qui affligent tant de personnes et sociétés, il n'était pas sans les voir, mais il les voyait avec le regard compatissant de Jésus. Que de maux, de souffrances, de désordres le monde pourrait s'éviter, s'il acceptait la doctrine libératrice du saint évangile! Ainsi, pensait-il, ainsi enseignait-il.

Son rêve, son projet apostolique était de conduire toutes les personnes, les familles, les sociétés à Jésus-Christ, afin qu'elles en retirent la lumière, la force, l'unité, la paix, le vrai bonheur. Pour conduire le monde à son unique Sauveur Jésus-Christ, il avait la conviction absolue - et il ne la cachait pas - que le seul chemin direct et certain était la sainte Église catholique, divinement fondée sur Pierre. Mais comment aujourd'hui annoncer à un monde largement enfoncé dans les ténèbres de l'incrédulité et de l'indifférence les richesses insondables du Christ? Comment présenter à un monde prisonnier de ses préjugés et de ses peurs la véritable image, rayonnante de beauté, de l’Église, épouse bien-aimée de Jésus-Christ? Il ne fallait plus, pensait-il, user de sévérité et brandir l'arme à deux tranchants des anathèmes. Il fallait, certes, réaffirmer la doctrine sans rien minimiser de ses exigences, mais surtout la présenter dans toute sa splendeur, de manière à apporter une réponse positive à la soif de vérité et de beauté qui habite toute âme.

La vraie figure de l'Église, épouse du Christ et mère très féconde de la civilisation, est aujourd'hui généralement méconnue, même pas ses enfants. Il importe- et c'est urgent - d'abord pour les enfants de l’Église, de redécouvrir le visage aimant de leur Mère, et de se sentir aimés par elle de l'amour sans limites qui est celui de Jésus. A plus forte raison, cela importe-t-il pour ceux de l'extérieur, afin qu'ils croient qu'en elle Dieu fait resplendir sa Lumière pour éclairer toutes les nations et leur apporter la paix. Tel était l'esprit du bon pape Jean. Et tel était l'esprit selon lequel il conçut l'idée d'un nouveau concile, comme en témoigne l'allocution admirable qu'il prononça lors de son ouverture le 11 octobre 1962.

Abbé J.-Réal Bleau

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Le Sens du Concile Vatican II
       

Dans son allocution d'ouverture du concile, le pape Jean XXIII a énoncé clairement le but qu'il se proposait d'atteindre en promulguant ce concile, et par conséquent le sens particulier qu'il devait prendre dans l'histoire des conciles œcuméniques de l'Église. Il convient de se rappeler les passages les plus importants de son discours pour donner au concile sa véritable interprétation, qui ne peut être que conforme à la grande tradition de l’Église issue de l'Évangile.

Abbé J.-Réal Bleau

Le Devoir primordial du Concile: défendre et promouvoir la vérité

Ce qui importe le plus au Concile œcuménique, c'est que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit gardé et enseigné d'une manière plus efficace,

Cette doctrine embrasse l'homme tout entier, l'homme composé de l'âme et du corps et cette même doctrine ordonne que nous, qui sommes sur cette terre, aspirions en pèlerins à la patrie céleste.

Or cela montre comment doit s'ordonner cette vie mortelle, afin que, remplissant les obligations envers la cité terrestre et envers la cité céleste, nous puissions atteindre la fin que Dieu nous a assignée. Cela veut dire que tous les hommes, soit pris individuellement, soit réunis en société, ont le devoir de tendre sans trêve aux biens célestes, tant que la vie leur est donnée, et, pour atteindre un tel résultat, le devoir d'user des choses de la terre de manière que l'usage des biens temporels ne mette pas en péril leur béatitude éternelle.

En vérité, le Christ Seigneur a prononcé cette sentence: «d'abord le Royaume de Dieu. » (Matt., VI, 33.) Ce mot d'abord exprime en quel sens doivent être principalement orientées nos forces et nos pensées; il n'y a pas à négliger le moins du monde les autres mots du précepte du Seigneur, celles qui suivent immédiatement: «tout cela vous sera donné par surcroît » En réalité, il y en eut toujours dans l’Église, et il y en a encore qui, cherchant de toutes leurs forces à pratiquer la perfection évangélique, font en même temps une œuvre propice à la société civile; l'exemple de leur vie disciplinée et leurs entreprises salutaires de charité fournissent aux valeurs les plus hautes et les plus nobles de la vie sociale une grande vigueur et un accroissement qui n'est pas négligeable.

Mais pour que cette doctrine atteigne les multiples champs de l'activité humaine, celui de la vie individuelle, celui de la communauté familiale, celui de la vie sociale enfin, il est nécessaire, avant tout, que l'Église ne perde jamais de vue le patrimoine sacré de la vérité, reçu des anciens. Mais elle doit, en même temps, regarder le présent, les conditions et les formes de vie qu'il a introduites et les nouveaux chemins qu'il a ouverts à l'apostolat catholique.

Pour cette raison, l’Église n'a pas assisté, inerte, à l'admirable progrès des découvertes du génie humain; elle n'a pas manqué de les juger correctement. Mais, tout en suivant avec vigilance tous ces développements elle ne cesse d'avertir les hommes qu'ils ont à vouloir tourner leurs regards plus haut que les choses sensibles vers Dieu, source de toute connaissance et de toute beauté, et que ceux à qui il a été dit: «la terre et dominez » ( Gen., 1, 28) ne doivent jamais oublier ce précepte très grave: «adoreras le Seigneur ton Dieu et tu le serviras, lui seul » (Matt., IV, 10; Luc, IV, 8), afin que l'attrait fugitif des choses n'empêche pas le véritable progrès.

Comment promouvoir, aujourd’hui, la diffusion de la doctrine

Après cet exposé apparaît clairement, vénérables frères, ce qu'on attend du Concile œcuménique en matière de doctrine.

Le XXIe Concile œcuménique - qui pourra utiliser les ressources efficaces et combien appréciables d'experts des sciences sacrées, de la pastorale et de l'administration - veut transmettre, pure et intègre, la doctrine catholique sans la minimiser ni la travestir. Cette doctrine est devenue, en dépit des difficultés et des oppositions, un patrimoine commun de l'humanité. Il est vrai que tous ne l'ont pas accepté, mais à tous les hommes de bonne volonté il s'offre comme un immense trésor accessible.

Notre devoir n'est pas seulement de garder ce précieux trésor, comme si nous n'avions d'autre préoccupation que celle du passé, mais de nous consacrer d'une âme ardente, sans aucune crainte, à l’œuvre qu'exige notre temps, et de continuer ainsi la route que l’Église suit depuis près de vingt siècles.

Notre tâche n'a pas pour but premier de discuter de quelques articles fondamentaux de la doctrine de l’Église pour répéter plus abondamment l'enseignement que les Pères et les théologiens, anciens et modernes nous ont légué et dont Nous supposons qu'il vous est toujours bien présent à l'esprit.

Pour de telles discussions, en effet, un Concile œcuménique n'était pas nécessaire. Mais au contraire ce qui est nécessaire actuellement c'est d'offrir la totalité de la doctrine chrétienne, sans la trahir en rien, aux hommes de notre temps, aux âmes sereines et paisibles pour qu'ils la reçoivent avec une nouvelle attention, de la livrer avec cette précision des concepts et des termes qui brille particulièrement dans les Actes des Conciles de Trente et du Vatican I. Il faut, comme tous les hommes sincèrement épris de la vie chrétienne, catholique, apostolique le souhaitent ardemment, que la doctrine soit plus largement et plus profondément connue, qu'elle anime et forme plus pleinement les esprits; il faut que cette doctrine certaine et immuable qui a droit au plus fidèle respect, soit étudiée et exposée selon une méthode que demande notre temps. Autre est en effet le dépôt de la foi, c'est-à-dire les vérités que renferme notre véritable doctrine et autre est la manière de les énoncer. C'est donc à ce mode d'expression qu'il faudra s'attacher et travailler avec patience, si c'est nécessaire: il faudra élaborer les méthodes d'exposition qui s'accordent le mieux avec un magistère dont le caractère est, avant tout, pastoral.

Comment réprimer les erreurs actuelles

Au début du Concile œcuménique Vatican II, il est plus que jamais manifeste que la vérité du Seigneur demeure éternellement. Nous voyons en effet que, dans la suite des âges, les opinions incertaines des hommes s'excluent l'une l'autre, et que les erreurs s'évanouissent, à peine nées, comme une brume chassée par le soleil.

A ces erreurs l’Église n'a pas cessé de s'opposer, souvent même elle les a condamnées, et de la manière la plus sévère. Aujourd'hui cependant, l'Épouse du Christ préfère user du remède de la miséricorde que de brandir les armes de la sévérité. Plutôt que de condamner elle pense qu'il faut répondre aux nécessités actuelles en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine. Ce n'est pas qu'il y ait des doctrines trompeuses, des opinions et des concepts dangereux dont il faille se prémunir ou qu'il faille dissiper. Mais tout cela est si évidemment opposé aux principes de l'honnêteté, cela a donné des fruits si délétères que, désormais, les hommes semblent commencer à en porter condamnation et, en particulier, à réprouver les manières de vivre qui méprisent Dieu et ses lois, la confiance exagérée qu'on avait placée dans les progrès techniques, une prospérité liée uniquement au confort de l'existence. Ils se convainquent toujours davantage que la dignité de la personne humaine et son perfectionnement convenable sont une valeur importante et qui réclame un rude effort. Ce qui compte le plus, c'est que l'expérience leur a appris que la violence extérieure infligée à autrui, la puissance des armes, la domination politique ne suffiront pas le moins du monde à résoudre heureusement les très lourds problèmes qui les étreignent.

C'est en cette situation que l’Église catholique élève le flambeau de la vérité religieuse grâce à ce Concile œcuménique et veut ainsi se présenter comme la mère de tous, mère pleine d'amour, bonne, patiente, toute indulgence et bénignité à l'égard de ses fils égarés. Au genre humain souffrant de tant de difficultés elle-même, comme le fit autrefois Pierre en faveur du malheureux qui lui demandait l'aumône, elle aussi dit: «l'or ou de l'argent, je n'en ai point; mais ce que j'ai, je te le donne: au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche. » (Act., III, 6.) Oui, ce que l’Église offre aux hommes de notre temps, ce ne sont pas des richesses périssables. Elle ne promet pas une félicité seulement terrestre. Elle leur communique les biens de la grâce, et ceux-ci, en élevant les hommes à la dignité de fils de Dieu, sont une sauvegarde et une aide très solides pour rendre leur vie plus humaine. Elle ouvre les sources de sa doctrine si riche, et ainsi les hommes éclairés de la lumière du Christ sont capables de comprendre ce qu'ils sont vraiment, de quelle dignité ils sont revêtus et quelle destinée ils doivent poursuivre. Par l'activité de ses enfants, aussi, elle déploie partout l'ampleur de la charité chrétienne. Et rien n'est plus apte à extirper les semences de discorde, rien n'est plus efficace pour susciter la bonne entente, la paix juste et la fraternelle unité de tous.

Il faut promouvoir l’unité dans la famille chrétienne et humaine

Une telle sollicitude de l'Église appliquée à promouvoir et à défendre la vérité découle du fait que, suivant le dessein de Dieu «veut le salut de tous les hommes, et qu'ils parviennent à la connaissance de la vérité » (I Tim., II, 4), les hommes ne peuvent, sans le secours de toute la doctrine révélée, parvenir à une solide et complète unité des esprits, unité à laquelle sont liés la vraie paix et le salut éternel.

La famille entière des chrétiens n'a pas encore, hélas, atteint pleinement et parfaitement cette unité visible dans la vérité.

L'Église catholique pense donc devoir déployer ses efforts pour que s'accomplisse le grand mystère de l'unité que le Christ-Jésus, à l'approche de son sacrifice, demanda au Père Céleste avec les prières les plus instantes.

Or cette prière du Rédempteur fut certainement accueillie et exaucée comme elle le devait, et elle obtint son accomplissement dans l'Église catholique; bien plus elle multiplie des fruits bien riches de salut même parmi ceux qui vivent hors des limites de l’Église. Et cette unité même que Jésus-Christ demanda pour son Église semble briller d'un triple rayon de lumière céleste et salutaire auquel correspondent: l'unité des catholiques entre eux, unité qu'ils doivent maintenir très ferme et capable de briller comme un exemple; unité, aussi, des prières et des vœux les plus ardents par laquelle les chrétiens séparés de ce Siège apostolique, demandent d'être réunis avec nous; unité, enfin, d'estime et d'égards envers l'Église catholique de la part de ceux qui professent diverses formes de religion non chrétiennes, qui constituent la plus grande partie du genre humain et ont été rachetés eux aussi par le Sang du Christ, même s'ils ne participent pas encore à ces sources de la grâce divine qui se trouvent en l'Église catholique. Il en découle que l’Église catholique et la force de son unité surnaturelle qui déborde jusqu'à promouvoir le progrès de toute la famille humaine peuvent se voir appliquées les paroles éclatantes de saint Cyprien: « l’Église entourée de la lumière du Seigneur étend ses rayons à travers tout l'univers: unique est, cependant, la lumière qui se répand universellement et l'unité du corps n'est pas divisée. La richesse de sa fécondité lui fait étendre des rameaux sur la terre entière. Elle répand toujours plus largement et plus loin ses ruisseaux abondants. Et cependant unique est le chef, unique l'origine et unique la mère si riche d'une telle fécondité: de son sein nous naissons, de son lait nous sommes nourris, de son esprit nous vivons. » (De Catholicae Ecclesiae Unitate, 5.)

Vénérables frères,
Voilà ce que se propose le Concile œcuménique Vatican II. Tandis qu'il rassemble en un les forces majeures de l'Église et tandis qu'il étudie la manière d'annoncer le salut pour que celui-ci soit accueilli plus volontiers par les hommes, il prépare et consolide, pour ainsi dire, la voie qui conduira à l'unité du genre humain, l'unité qui donnera à la Cité terrestre de pouvoir être établie à la ressemblance de la Cité céleste «le roi est la vérité, dont la loi est la charité, dont la mesure est l'éternité » (cf. Epist. Sancti Augustini, 138. 3).

S.S. Jean XIII

Dans sa simplicité et sa bonté, le pape Jean XXIII ne pouvait prévoir que l'intention qu'il avait eue en convoquant le 21e concile œcuménique - intention qui n'avait absolument rien de révolutionnaire - serait détournée dans la pratique au profit d'une sorte de démangeaison des nouveautés, ou si l'on veut d'une recherche quasi-systématique du changement.



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