Fondateur dit: pionnier, bâtisseur, organisateur

Pourquoi Kateri Tekakwitha est-elle une des fondatrices

de l’Église du Canada ?

par le père Jacques Bruyère, s.j.

 

            Fondateur dit : pionnier, bâtisseur, organisateur. On com­prend très bien que Mgr de Laval en soit un. Il a bâti l'Église du diocèse de Québec, en fut le premier évêque, travailla inlassablement à développer son diocèse. Les religieuses de la Chanté de Montréal et les Dames de la Congrégation méritent ce titre pour avoir été les premières en Nouvelle-France à créer des institutions telles que les hôpitaux, les hospices et les écoles pour les jeunes. Plus tard, Mère E. Bruyère fonde les Sœurs de la Charité à Ottawa et grâce à elle se développe ce diocèse, tout en appuyant l’effort missionnaire en Amérique et au-delà des mers.

            Mais comment une petite fille affaiblie par la petite vérole, au point d’en devenir presque aveugle, peut-elle être reconnue comme une des fondatrices de l’Église canadienne ?

 

            Tout d'abord, Kateri Tekakwitha est née dans ce qui est aujourd'hui le nord-ouest des États-Unis, sur les bords de la rivière Mohawk. Ce n'est qu'à l'âge de 20 ans, une fois baptisée par le Père Lambervllle, qu'elle s'enfuit vers le nord, pour aboutir à la Mission de Ste-Made­leine de Laprairie, et qu'elle com­mence à briller parmi les siens comme un ange de charité et de piété. Ce ne fut pas long qu'elle servait de modèle aux autres Agniers, surtout après avoir déménagé avec eux à la Mission de Saint-François-Xavier (la Côte Sainte-Catherine d'aujourd'hui). Elle y engagea des jeunes Agnières, ne pouvant réaliser son rêve de devenir religieuse avec des com­pagnes indiennes, pour aller con­vertir tous les siens de la Vallée des Mohawks. Ce fut la bande à Kateri qui se dévoua auprès des vieillards, des malades et de tous les fidèles de la Mission. Pendant les 4 ans qu'elle vécut sur les bords du Saint-Laurent, elle fut admirée par les siens, surtout par les missionnaires qui tour à tour lui servirent de Pères spirituels : les Pères Chauchetière, Frémin et Cholenec.

            I1 a fallu attendre après sa mort, en 1680, pour la reconnaître comme une sainte et sa réputation se répandit rapidement grâce aux Relations des Jésuites et aux missionnaires eux-mêmes, qui la firent connaître à Québec, au lac St-Jean et en Europe.

 

            Mais pour quel motif spécial la considère-t-on comme fondatrice de l’Église canadienne? C'est qu'à deux reprises au moins, elle sauva la mission du Canada de l’extermination des mains des Iroquois.

 

            Voici comment le P. Henri Béchard, s.j., dans son livre si bien documenté sur Kateri, Kaiatanoran Kateri Tekakwhita, rapporte ces faits authentiques.

 

            « Mais la plus grande grâce de Kateri est sans contredit la conservation de la mission. Le P. Cholenec affirme : « Nous ne pouvons attribuer cette conservation qu’à ses prières et à ses précieux ossements que nous possédons.  Elle est une puissante protectrice contre tous les ennemis visibles et invisibles de cette mission et de toute la colonie française.

 

            Car n'est-ce pas une merveille bien surprenante qu'une petite poignée de gens, tels que sont les nôtres au Sault en comparaison de cinq nations iroquoises, tiennent tête cependant à ce grand nombre d’ennemis animés contre eux jusqu’à la fureur, les battent, les tuent et les vont prendre esclaves jusqu'à la porte de leur village. Il est rai que nous avons perdu, dans cette longue guerre, tous nos braves anciens et la meilleure partie de nos guerriers ;  mais pour une centaine que nous avons perdus, on en compte plus de 700 de leurs plus braves tués, ou par nos Indiens seuls ou par nos Indiens et les Français combattant ensemble contre eux. »

 

            Un jour, les guerriers de Kahnawakon accompagnèrent un convoi au fort Cataracoui. En cette saison, il ne restait à demeure que les vieillards, les femmes et les enfants qui s'activaient à transporter le village, charriant, portant, traînant leurs effets jusqu'au quatrième emplacement (Kanatakwenké) de la mission sur la rivière Suzanne, près des rapides de Lachine.  L’ennemi n'ignorait pas la situation et une vingtaine de guerriers aurait suffi à supprimer toute la population. Mais il ne se passa rien, seule une troupe investit l'ancien village. Des guerriers dissimulés près de l'endroit où Kateri Tekakwitha avait été enterrée virent arriver cinq ou six canots remplis de trente femmes, dont certaines étaient des plus réputées et de la bande à Kateri. Ils leurs dressèrent un guet-apens et, à l'accostage, ils firent pleuvoir une grêle de coups sur leurs embarcations. Une des plus vieilles et braves femmes se mit à dire à haute voix les litanies de Notre-Dame. Les femmes réussirent à s'éloigner sans la moindre atteinte, quoique plusieurs ennemis, fous de rage, s'étaient jetés à l'eau pour se saisir de leurs canots.  La vue de la tombe de Kateri « aveuglait nos ennemis et inspirait cette assurance et cette présence d'esprit à ces pauvres femmes pour se retirer de leurs mains », dit le P. Cholenec.

 

            Une autre bande de chrétiennes rencontra dans les bois un corps d'année venu du canton agnier. Plusieurs étaient parentes de guerriers. Ceux-ci se voyant découverts et craignant que l'alerte fût donnée, voulurent rebrousser chemin. Ils cherchèrent à ramener ces femmes avec eux, mais elles résistèrent. Ces chrétiennes préféraient mourir plutôt que de renoncer à la prière. Libre à eux de les tuer comme leurs esclaves ! Étonnés de cette attitude, mais ne voulant pas se venger sur elles, ils prirent le parti de les conduire à Sault, pour conclure une trêve avec les chefs de la Mission. Tout le monde pensa que seule une attention particulière de la vierge agnière pour ses compatriotes pouvait expliquer la bonne tournure des événements, grâce à ces courageuses Iroquoises.

 

            Ainsi, la vierge agnière était devenue la sainte de la Nouvelle-France, celle sur qui l’on pouvait compter, celle qui attirait à son tombeau les liens de toutes condi­tions et de toutes races : «Tous les Français de ce nouveau monde, écrit le P. Cholenec, ont aussi une vénération particulière pour notre Kateri. Ils en parlent partout avec éloge et ils la regardent, aussi bien que les Indiens, comme une puis­sante patronne que Dieu leur a donnée au ciel, pour le conservation du pays... et partout on l'invoque comme telle. »

 

            La mission conservée, comme on le sait, contribua à le sauvegarde de toute la colonie française, et par sa position stratégique dans la Nouvelle-France et par ses valeu­reux guerriers dévoués par-dessus tout à défendre et à propager leur foi. De plus, comme les convertis chrétiens ne faisaient plus qu'un avec leurs aillés français, ils formaient ainsi un important réseau intérieur ;  ils arrêtaient souvent dans l’œuf les pires foyers d'exter­mination des ennemis de la colonie, qui se trouvaient par le fait même les ennemis de leur foi.

 

Certains furent fidèles jusqu’au martyre

 

            Le grand historien F.-X. de Charlevoix, – mandaté par Louis XIV pour faire le récit de ce qui s’était passé en Nouvelle-France jusqu'à cette époque, et qui séjourna à Kahnawaké vers 1721, – écrit en ces termes l'éloge de cette sainte fille, si célèbre sous le nom de Catherine Tegahkouita : « La Nouvelle-France a eu ses apôtres et ses martyrs et a donné à l’Église des Saints dans tous les états ;  et je ne crains point de dire que les uns et les autres auraient fait honneur aux premiers siècles du Christianisme. J'en ai fait connaître plusieurs, autant que me l’a permis la suite de cette Histoire. On a donné au pu­blic la vie de quelques-uns ;  mais Dieu, qui en a tiré sa gloire pen­dant leur vie, par les grandes choses qu'Il a faites par eux ;  par l’éclat que leur sainteté a jeté dans ce vaste Continent ;  par le courage qu'Il leur a inspiré, pour fonder avec des travaux immenses une nouvelle Chrétienté au milieu de la plus affreuse Barbarie, et pour la cimenter de leur sang, n'en a choisi aucun pour déployer sur leurs tombeaux toutes les richesses de sa puissance et de sa miséri­corde ;  et I1 a fait cet honneur à une jeune néophyte, presqu'inconnue à tout le pays pendant sa vie, Elle est depuis plus de soixante ans universellement regardée comme la Protectrice du Canada, et il n’a pas été possible de s’opposer à une espèce de culte, qu’on lui rend publiquement. »

 

La fête de la Bienheureuse Kateri Tekakwitha est célébrée le 17 avril

 

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