Sa Sainteté Sri Sri Ravi Shankar

 

            L’oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal s’apprête à ouvrir ses portes à l’enseignement du dernier gourou à la mode, Sri Sri Ravi Shankar, apôtre du Nouvel Âge et fondateur de L'Art de Vivre, un organisme non gouvernemental des Nations unies.

 

            Ce « maître spirituel »  ayant apparemment la caution des autorités ecclésiastiques de l’oratoire, il convient de présenter l’essentiel de son message et de ce que « Sa Sainteté » pense de Jésus-Christ et de l’enseignement de l’Église catholique. L’extrait qui suit, traduit de l’anglais, est tiré d’une conférence intitulée  Un Dieu, une vérité, un monde.

 

Source des conflits religieux 

 

Il existe certains textes dans les Écritures de chaque tradition qui, interprétés de façon étroite ou mal compris, sont cause de problèmes et de malentendus. Dans l’Évangile chrétien, Jésus dit : « Je suis le chemin. Nul ne va au Père que par moi. » Pour un grand nombre de chrétiens, cela signifie qu’il n’est pas possible d’entrer dans le Royaume des Cieux si l’on ne croit pas en Jésus. Mais Krishna et Bouddha ont dit la même chose : « Venez à moi et à moi seul. Je suis l’unique chemin. »

 

Comment interpréter cette contradiction apparente dans le fait que les fondateurs de trois des principales traditions ont affirmé être l’unique chemin ? Il faut pour cela prendre un peu de recul et considérer ces déclarations sous un angle différent. Il existe un Dieu éternel et omnipotent qui n’est pas limité par sa façon d’exprimer Sa vérité à travers les âges. La Conscience une qui a créé le monde possède une vaste intelligence et un grand amour pour le monde. Elle fait surgir ce qui est nécessaire au moment où cela est nécessaire. Peut-on imaginer que Dieu n’ait pas été là pour tous les peuples à travers tous les âges ? Peut-on limiter ainsi l’ampleur et la miséricorde de Dieu ?

 

D’autre part, lorsque Jésus, Krishna et Bouddha déclarent « Je suis le seul chemin », on peut aussi considérer qu’ils disaient que ce qui est abstrait ne peut être abordé qu’à travers le personnel, et non directement. Le maître, l’éclairé, sert alors de pont pour que vous puissiez passer de ce que vous pouvez voir et connaître à ce qui est invisible et inconnu, de ce qui est changeant et éphémère à ce qui est impérissable.

 

Déclarer « Je suis le seul chemin » c’est aussi une façon de concentrer l’attention. Il existe dans toutes les religions des paroles sur lesquelles l’attention se focalise. Jésus a dit : « Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands. » Il voulait dire par là vous pensez à des prophètes qui sont venus avant moi et vous ne tenez pas compte de ce qui est présent actuellement. Ces prophètes vous volent votre esprit et votre attention. Moi, je suis ici et maintenant. Venez à moi et à moi seul. N’allez pas regarder ailleurs. Krishna disait lui aussi la même chose : Regardez uniquement ici. Je suis le seul. Et Buddha a dit : « Je suis le passé, le présent et l’avenir. Je reviens dans tous les âges. » Le fils éternel de Dieu est venu plus d’une fois – Il s’est manifesté bien souvent. Dans la grande générosité du gourou, il revient sans cesse, apportant la sagesse d’âge en âge.

 

Il existe bien des déclarations spirituelles conflictuelles entre les religions, et bien des écrits contradictoires à l’intérieur de chaque religion. Par exemple, on décrit Jésus comme le Fils unique de Dieu, mais il enseigne ensuite à ses disciples à prier : « Notre Père qui es au cieux. » Y a-t-il un seul fils ou plusieurs ? Ce sont ces choses qu’il nous faut considérer. »

 

            « Sa Sainteté » aurait la faveur de nombreuses personnalités politiques dans le monde et aux Nations unies. Cela n’a rien d’étonnant lorsqu’on sait l’aspiration onusienne à une religion syncrétique mondiale préparée notamment par le sommet des responsables religieux en 2000 dans le cadre du Millenium et que dénonce Mgr Michel Schooyans : « Il s'agissait de déclarer que toutes les religions se valent, ce qui est la meilleure manière de démobiliser et désactiver celles qui risquent de faire obstacle à l'action de l'O.N.U. Le cardinal Arinze, qui représentait le Saint-Siège, ne pouvait évidemment signer un document d'un relativisme et d'un agnosticisme intégraux. Je crois que c'est en écho à cette discussion que la Congrégation de la doctrine de la foi a publié sa déclaration Dominus Iesus, qui est une réaffirmation de la foi de l'Église. »

 

            On aimerait croire que les autorités de l’oratoire ont agi par ignorance en accueillant un tel « maître spirituel », mais si c’est par cupidité qu’elles sont prêtes à ouvrir les portes de la basilique à tous les spectacles, je préférerais encore voir le Cirque du Soleil évoluer sous le dôme majestueux de ce temple dédié à saint Joseph. À tout prendre, ce serait moins dangereux pour les croyants et moins humiliant pour le Frère André.

 

Jean-Claude Lemyze

10 août 2004

 

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