SENS DU PÉCHÉ

ET COMMUNIONS SACRILÈGES

 

Bons ou mauvais le consomment,

mais pour un sort bien différent,

pour la vie ou pour la mort.

 

Mort des pécheurs, vie pour les justes ;

vois : ils prennent pareillement ;

quel résultat différent !

 

Lauda, Sion, St Thomas d’Aquin

 

 

            Dans sa lettre apostolique Novo millennio ineunte du 6 janvier 2001, le Pape Jean–Paul II écrivait :

 

37. Je viens aussi solliciter un courage pastoral renouvelé pour que la pédagogie quotidienne des communautés chrétiennes sache proposer de manière persuasive et efficace la pratique du sacrement de la Réconciliation. En 1984, vous vous en souvenez, je suis intervenu sur cette question par l'exhortation post–synodale Reconciliatio et pænitentia, qui recueillait les fruits de la réflexion d'une Assemblée du Synode des Évêques consacrée à ce problème. J'invitais alors à réaliser tous les efforts possibles pour faire face à la crise du sens du péché que l'on constate dans la culture contemporaine, mais plus encore j'invitais à faire redécouvrir le Christ comme mysterium pietatis, celui en qui Dieu nous montre son cœur compatissant et nous réconcilie pleinement avec lui. C'est ce visage du Christ qu'il faut faire redécouvrir aussi à travers le sacrement de la Pénitence, qui est pour un chrétien « la voie ordinaire pour obtenir le pardon et la rémission des péchés graves commis après le baptême ».

 

  … Nous ne devons pas démissionner, chers Frères dans le sacerdoce, face à des crises temporaires ! Les dons du Seigneur – et les sacrements sont parmi les plus précieux d'entre eux – viennent de Celui qui connaît bien le cœur de l'homme, et il est le Seigneur de l'histoire.

 

            Le silence d’une grande partie du clergé est malheureusement responsable de la crise du sens du péché que déplore Jean–Paul II. Ce n’est pas souvent, en effet, que l’on ose nous parler, au cours de l’homélie dominicale, des péchés graves que constituent le divorce, l’avortement, la contraception, la profanation du dimanche, les relations sexuelles de toute nature en dehors des liens sacrés du mariage chrétien, la communion sacrilège. On ne nous redit pas assez que « Celui qui est conscient d’un péché grave doit recevoir le sacrement de Réconciliation avant d’accéder à la communion » (CEC. n. 1385). Et quand nous rappelle-t-on qu’il y a un purgatoire et un enfer… et que « la première ruse du diable est de faire croire qu’il n’existe pas » ?

 

            Ce silence a pour conséquence un nombre effarant de communions sacrilèges. Je ne prendrai qu’un seul exemple : 

 

            On peut espérer que la majorité des catholiques pratiquants acceptent l’enseignement de l’Église sur l’avortement, ce crime abominable comme le répète souvent notre Saint–Père le Pape Jean–Paul II. Mais il en va tout autrement de l’utilisation de la pilule dite « contraceptive » : la plupart des catholiques ignorent qu’elle est condamnée par l’Église ou refusent tout simplement cet enseignement. Pourtant, le Pape Paul VI, en 1968, dans son encyclique Humanae vitae sur la régulation des naissances, déclarait qu’il est « absolument à exclure, comme moyen licite de régulation des naissances, l’interruption directe du processus de génération déjà engagé » et, le 31 octobre 2000, l’Académie pontificale pour la vie confirmait une fois de plus cet enseignement :

3. C'est pourquoi, il résulte clairement que l'action « antinidatoire » de la pilule du lendemain n'est autre, en réalité, qu'un avortement réalisé à travers des  moyens  chimiques. Il  n'est  pas cohérent intellectuellement, ni justifiable scientifiquement, d'affirmer qu'il ne s'agit pas de la même chose. D'ailleurs, il apparaît assez clairement que l'intention de ceux qui requièrent ou proposent l'utilisation de cette pilule est finalisée directement à l'interruption d'une éventuelle grossesse en cours, exactement comme dans le cas de l'avortement. La grossesse, en effet, commence à partir de la fécondation et non pas de l'implantation du blastocyste sur la paroi utérine, comme on tente au contraire de le présenter de façon implicite.

4. Il en résulte que, d'un point de vue éthique, l'illégalité absolue de procéder à des pratiques d'avortement subsiste également pour la diffusion, la prescription et l'absorption de la pilule du lendemain. Tous ceux qui coopèrent directement à un tel processus, qu'ils en partagent l'intention ou pas, en sont également moralement responsables.

            « Il n’est pas cohérent intellectuellement… » On peut se demander si un appel à la raison peut encore avoir un effet sur ce monde déboussolé qui légalise la suppression d’une vie humaine jusqu’à un certain nombre de semaines, mais la condamne au delà, tout en se réservant la liberté de prolonger ce droit à l’assassinat, comme ce fut le cas en France où, 25 ans après la loi Veil, les députés ont adopté l'allongement du délai légal de 10 à 12 semaines ! À quand la loi qui décidera qu’au–delà d’un certain âge ?… 

 

            Soucieux de ne pas heurter nos sensibilités délicates par cet horrible vocable, nos législateurs ont opté en français pour « interruption volontaire de grossesse ». On peut se demander pourquoi ils ont tenu à qualifier cet acte de « volontaire », car cela devrait normalement donner à réfléchir.

 

            En effet, pour ceux qui l’auraient oublié, rappelons qu’un péché mortel donne la mort à l’âme en lui ôtant la grâce sanctifiante, et qu’il faut à cela trois conditions : désobéissance à Dieu en matière grave ; plein consentement de la volonté ; et pleine conscience de son acte.

 

            La première condition est évidemment remplie du fait que l’avortement est un crime abominable. La seconde est malheureusement inscrite dans la désignation elle–même de cet acte meurtrier « volontaire » et il faut bien savoir que s’il est ici question d’une désobéissance au cinquième commandement, « Tu ne commettras pas de meurtre », les mêmes conditions s’appliquent à tous les autres commandements de Dieu et de l’Église. Il reste à espérer que la troisième condition – pleine conscience de son acte – soit absente et que tous ceux qui participent directement à ces actes entendront un jour leur Défenseur invoquer le suprême recours : « Père, il faut leur pardonner, car ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient. »  Quant à ceux qui savent – ou qui devraient savoir – et qui se taisent…

 

             « Gardez à l'esprit que l'enseignement du Concile de Trente sur la nécessité de la confession intégrale des péchés mortels est encore en vigueur dans l'Église », déclarait Jean–Paul II dans son discours à la S. Pénitencerie (1981). Nous savons qu’il existe des prêtres que tourmente l’idée d’avoir à déposer le Corps du Christ dans toutes ces mains tendues en sachant pertinemment qu’un grand nombre de ces communiants ont perdu le sens du péché et ne vont plus se confesser pour recevoir l’absolution.

 

          « Je viens aussi solliciter un courage pastoral renouvelé », nous dit le Saint–Père. Les responsables de paroisse devraient trouver ce courage en nous rappelant « à temps et à contretemps » l’avertissement de saint Paul : « Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du Corps et du Sang du Seigneur » (1 Co 11 27). 

 

Jean–Claude Lemyze

Janvier 2005

 

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