Sel et Lumière

SEL ET LUMIÈRE

           

            À quelques jours des JMJ de Toronto, le Saint-Père proposait à la jeunesse du monde entier l’exemple lumineux de Sainte Maria Goretti : « Sainte Maria Goretti est un exemple pour les nouvelles générations, menacées par une mentalité de désengagement, qui a du mal à comprendre l’importance de valeurs sur lesquelles il n’est jamais juste de faire des compromis » (Jean-Paul II, de la place Saint-Pierre, 7 juillet 2002).

 

            Et à Toronto, Jean-Paul II évoquait la Bienheureuse Kateri Tekakwitha : « Dans les moments difficiles de l'histoire de l’Église, le devoir de la sainteté devient encore plus urgent. Et la sainteté n'est pas une question d'âge. La sainteté, c'est vivre dans l'Esprit Saint, comme l'ont fait Kateri Tekakwitha, ici en Amérique, et de nombreux autres jeunes » (Jean-Paul II, Toronto, Downsview Park, 28 juillet 2002).

 

            Or Kateri Tekakwitha et Maria Goretti ont en commun – avec Sainte Philomène, Fille de Lumière – d’avoir défendu leur virginité au péril de leur vie.  Elles ont été, et continuent d’être, le sel de la terre et la lumière du monde.

 

            « Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde ! », a proclamé le Saint-Père à des centaines de milliers de jeunes rassemblés à Toronto pour la Journée Mondiale de la Jeunesse, et ceux qui recouraient nombreux au Sacrement de Pénitence et de Réconciliation offraient un spectacle bien édifiant.

 

            Certains commentaires entendus sur les ondes l’étaient cependant beaucoup moins.  Je retiens en particulier les propos d’un jeune homme que l’on a vu souvent apparaître à l’écran en compagnie d’un prêtre. 

 

            Ce jeune homme a commencé par expliquer que si les jeunes ne vont plus à la Messe, c’est qu’elle est terriblement ennuyeuse !  Il est donc selon lui impératif de la rendre plus attrayante si l’on veut y voir autre chose que des têtes chenues.  Jésus est un homme extraordinaire, un modèle, mais il n’est pas question de croire qu’il a institué une Église avec à sa tête un Vicaire et un magistère inspirés par l’Esprit Saint et dont l’enseignement, en matière de foi et de morale, est infaillible.  C’est pourquoi il faut accepter la contraception et ne pas s’imaginer que l’encyclique Humanae vitae représente l’enseignement de l’Église.  Il faut d’ailleurs savoir « lire entre les lignes » et comprendre que Paul VI n’a fait que donner son opinion personnelle...  Ce devait être aussi l’avis du prêtre car il n’a pas soufflé mot.

 

            Parmi les jeunes filles, on nous a plusieurs fois fait entendre une jeune personne qui a déclaré tout de go qu’il fallait accepter l’avortement « parce qu’il peut toujours y avoir des accidents ».

 

            Quand on pense que ces propos sont tenus par des gens qui se disent chrétiens et catholiques, il y a de quoi rester pantois. Mais que leur a-t-on enseigné ? Ignorent-ils vraiment que « le sacrifice du Christ et le sacrifice de l’Eucharistie sont un unique sacrifice » ?  Il n’est pas possible de dire que l’on s’ennuie à la Messe en sachant que « Dans ce divin sacrifice qui s’accomplit à la messe, ce même Christ, qui s’est offert Lui-même une fois de manière sanglante sur l’autel de la Croix, est contenu et immolé de manière non sanglante. » (Catéchisme de l’Église catholique, n. 1367).

 

            Le mal est profond et n’atteint pas seulement que les laïcs.  Au cours de la catéchèse du Cardinal Lustiger, la question est évidemment revenue sur le rituel de la Messe qui n’attire plus les jeunes et sur ce qu’on pourrait faire pour qu’ils la trouvent moins ennuyeuse.  Fort pertinemment, le Cardinal a essayé de leur communiquer l’émotion qu’il éprouvait lorsque, sous ses mains, le pain et le vin deviennent le Corps et le Sang du Christ qu’il peut ensuite distribuer aux fidèles. Réaction unanime et spontanée du jeune homme et du prêtre qui commentaient la catéchèse : « Le Cardinal n’a pas compris la question ! »

 

            Lorsque Jésus a été immolé de façon sanglante sur le Golgotha, il y avait aussi beaucoup de spectateurs indifférents ou ennuyés, parce qu’ils ne savaient pas, ou ne voulaient pas savoir, la signification de ce sacrifice.  « Père, pardonne-leur, a dit Jésus, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Devant ces catholiques qui disent ne pas venir à Messe parce qu’ils s’y ennuient, on est tenté de dire : « Père, pardonne-leur, car eux qui devraient savoir, ils ne savent plus ce qu’ils disent. »

 

            L’essentiel du message de Jean-Paul II à la jeunesse du monde tient dans cette phrase : « ... une mentalité de désengagement, qui a du mal à comprendre l’importance de valeurs sur lesquelles il n’est jamais juste de faire des compromis. »  Car c’est à force de faire des compromis – sur la foi et sur la morale – que le sel perd de sa saveur et qu’on le foule aux pieds. Il ne faut pas chercher ailleurs la désaffection des nouvelles générations pour l’Église et la Messe.

 

            Quant à être la lumière du monde, comment voulez-vous qu’elle éclaire lorsqu’on la garde sous le boisseau ?  J’en veux pour exemple cette anecdote que m’a racontée dernièrement un vieux prêtre qui refuse de s’habiller pour passer inaperçu au milieu des laïcs.  Il marchait sur le trottoir lorsqu’une voiture s’arrête à sa hauteur. La portière s’ouvre et un jeune homme lui fait signe de monter.  « Mon Père, lui dit en substance ce jeune homme, je m’en allais me suicider et j’ai demandé à Dieu de me faire un signe s’il voulait m’en empêcher.  Je vous ai aperçu en soutane et je veux vous dire merci. »  C’est une histoire vraie, et qui ne risque malheureusement pas d’arriver à des messieurs en cravate.

 

Jean-Claude Lemyze,

4 août 2002

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