POUR UNE SAINE CHASTETÉ

POUR UNE SAINE CHASTETÉ

 

 The National Federation of Catholic Physicians’ Guilds[1]

 

Exposé de position de The National Federation of Catholic Physicians’ Guilds (1981)

 

            « Qu'ils [les enfants et les jeunes gens] reçoivent une éducation sexuelle positive, prudente, qui progressera au fur et à mesure qu'ils grandiront. »[2]

 

            Ces quelques mots ont donné lieu à une controverse sans cesse grandissante. D’un côté, il y a ceux qui cherchent à incorporer des cours d’éducation sexuelle (CES) dans les programmes scolaires des écoles catholiques ; de l’autre, une coalition plus ou moins organisée de parents, de pasteurs et de professionnels qui considèrent que les CES ne sont pas une « éducation sexuelle positive, prudente ».

 

            Les partisans des CES ont reçu un appui considérable.  Dans certains États, les évêques catholiques ont imposé des CES dans toutes leurs écoles paroissiales et la Conférence des Évêques des États-Unis a publié un programme, intitulé Education in Human Sexuality for Christians, qui contient l’exhortation suivante :

 

« Toutefois, si des parents ne veulent pas que leurs enfants suivent un programme basé sur ces ‘Orientations’, ils doivent se rappeler qu’ils ont la responsabilité de chercher d’autres formes d’éducation formelle à la sexualité humaine pour leurs enfants. »[3]

 

            La National Federation of Catholic Physicians’ Guilds, dont les membres viennent quotidiennement en aide aux familles et aux individus ayant des difficultés dans le domaine conjugal, sexuel et familial, adresse cet exposé de position aux évêques, pasteurs, parents et enseignants de toute la communauté catholique.  Notre connaissance de l’éducation sexuelle repose sur notre expérience collective et sur des conceptions tant anciennes que modernes de la nature humaine : d’une part, de la psychologie de l’enfant et de l’adulte ; d’autre part, de notre foi catholique et de l’enseignement de l’Église.

 

Position de la National Federation of Catholic Physicians’ Guilds

 

            La position de la National Federation of Catholic Physicians’ Guilds est que la sexualité appartient autant au domaine affectif que cognitif ; que la sexualité adulte est une réponse personnelle et pas seulement une fonction intellectuelle ; qu’un enfant apprend principalement la sexualité en répondant affectivement au comportement affectif de ses parents ; et que par conséquent une sexualité saine ne peut être enseignée dans une salle de classe, ni par des étrangers, ni en dehors de la famille.  Lorsque des parents manquent à leur responsabilité envers leurs enfants, ce sont les parents qui doivent être éduqués, car, pour le meilleur et pour le pire, c’est eux qui feront l’éducation de leurs enfants dans ce domaine.

 

            La formation que l’enfant reçoit de la famille est naturellement renforcée, testée, transformée, raffinée ou minée par une infinité d’influences dans l’environnement de l’enfant.  À l’école, par la télévision et la radio, et inévitablement « dans le ruisseau », l’enfant est assailli de stimuli, d’allusions et d’idées à caractère sexuel.  Malgré tous leurs effets bénéfiques ou néfastes, ces influences demeurent secondaires par rapport à celles du foyer.

 

            Chaque enfant de chaque famille et de chaque culture reçoit une certaine forme d’éducation en matière de sexualité.  Cette éducation peut être bonne ou mauvaise ;  c’est-à-dire qu’elle peut le préparer à une maturité de personne adulte bonne, ou entraver cette maturation et maintenir la personne dans une perpétuelle immaturité.  Mais la maturité (dans tous les domaines et pas seulement en matière de sexualité) est directement proportionnelle à la générosité.  La personne mature est devenue capable de don gratuit.  Une telle maturité est facilement identifiable comme fondamentale pour une vie familiale et un mariage heureux.  C’est dans la mesure où l’éducation de l’enfant favorise ou empêche une telle maturité que cette éducation peut être considérée comme adéquate ou déficiente.

 

            Dès l’enfance, l’enfant apprend normalement la sexualité à travers les actions, les attitudes et l’exemple de ses parents.  À deux ans, le garçon (ou la fille) sait quel est son sexe.  Il apprend à s’identifier avec son parent de même sexe et envisage sa croissance vers la virilité ou la féminité.  Il voit et intègre la façon dont ses parents se traitent l’un l’autre, non seulement dans la chambre à coucher mais aussi au salon ou au supermarché.  À mesure qu’il grandit, il établit des relations avec des pairs de son propre sexe et du sexe opposé.  Au cours de son éducation, il lit la grande littérature et apprend à connaître les grands thèmes de l’amour romantique, et il vit en imagination les conflits émotionnels et moraux des grands héros.  Il apprend les principes de la science et de la biologie.  Si son éducation est catholique, il apprend les lois morales et naturelles.  S’il est élève d’une bonne école secondaire ou d’un collège catholiques, il étudie les profonds messages hebdomadaires du Pape Jean-Paul II sur la signification nuptiale du corps.

 

            Ainsi, l'enfant qui grandit au foyer avec des parents aimants, qui a de bons maîtres catholiques et qui interagit normalement avec ses pairs sera bien éduqué en matière de sexualité sans jamais avoir été exposé à des CES .

 

            Un tel scénario existe-t-il ?  A-t-il jamais existé ?  Le peut-il ?  Ces questions sous-tendent la controverse actuelle.  Ceux qui soutiennent les CES maintiennent qu’une telle éducation informelle en matière de sexualité est tellement inadéquate qu’elle doit être remplacée par des CES formels.  Ceux qui s’opposent à des CES affirment que seule l’éducation décrite plus haut est « positive, prudente » et que les CES sont fondamentalement négatifs et imprudents.  La National Federation of Catholic Physicians’ Guilds appuie la seconde position.

 

Le contexte culturel

 

            Avant d’examiner les arguments pour et contre les CES, il est nécessaire de comprendre le contexte culturel de la controverse.  Deux points de vue contradictoires sur la sexualité humaine prévalent actuellement : le concept traditionnel selon lequel la sexualité est inextricablement reliée au mariage et à la famille, à l’amour et aux enfants, à l’union personnelle et à la procréation – et le concept néo-puritain qui voit la sexualité comme un amusement, une activité occasionnelle et « naturelle » (en fait, séparée de la nature), neutre du point de vue des valeurs et orientée principalement vers le plaisir de l’individu. Le premier point de vue est non seulement celui des religions judéo-chrétiennes, mais aussi de toutes les cultures traditionnelles à travers le monde et même du père de la psychologie moderne, Sigmund Freud, qui écrivait :

 

« Nous tenons de fait une activité sexuelle pour perverse lorsqu’elle a abandonné l’objectif de la reproduction et poursuit la recherche du plaisir comme un but indépendant de celle-ci. »[4]

 

            Le point de vue néo-puritain est défendu par des groupes et des individus aussi importants que Masters and Johnson, Playboy, Planned Parenthood, et le Sex Information Council of the United States (SIECUS) – le promoteur le plus actif et le plus en vue des CES.  Les CES sont en fait inséparablement reliés à « révolution sexuelle », c’est-à-dire le passage d’une conception traditionnelle à un point de vue néo-puritain de la sexualité dans  la société occidentale.

 

            La révolution sexuelle est fondamentalement anti-sexuelle.  Ce n’est qu’une nouvelle facette des concepts cathares, albigeois, manichéens, jansénistes et autres hydres du gnosticisme que l’Église combat depuis des millénaires.[5]  Cette révolution est une réaction disproportionnée au victorianisme ainsi que le mécanisme de refus du puritanisme par ceux qui la promeuvent.  Mary Calderone, directrice de SIECUS, a déclaré :

 

     « Quelles sortes de personnes sexuelles voudrions-nous que nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants deviennent ?... Nous voudrions croire qu’elles ne seront pas : furtives, méfiantes, culpabilisées, pathétiques, compulsives, tristes.  En d’autres termes, différentes de nous ! »[6]

 

            Cette nouvelle licence sexuelle est puritaine car elle tente de séparer les rapports sexuels de la vie et de l’amour. Alors que les victoriens exaltaient le sentiment romantique et réprouvaient l’amour physique,  les néo-puritains exaltent les rapports physiques et veulent éviter la dimension émotionnelle, morale et spirituelle de la sexualité.  Les anciens puritains voulaient faire de la relation sexuelle un mal, les néo-puritains veulent la rendre banale.  Alors que la relation sexuelle est de fait sainte, les néo-puritains voudraient qu’elle ne soit qu’un amusement.  Alors que la véritable joie des rapports sexuels est inhérente à la relation personnelle intime du mariage monogame permanent et porteur de vie, les néo-puritains ne recherchent que la « joie » de nouveaux et de meilleurs orgasmes.  Le néo-puritanisme dépouille l’acte sexuel de sa dimension procréative (par la contraception, la stérilisation, l’homosexualité et l’avortement) et de sa dimension unitive (par le divorce, les liaisons de rencontre, la masturbation, etc.)  Les CES sont une stratégie intégrale de la révolution néo-puritaine.

 

Les CES sont-ils la solution ?

 

            Les problèmes auxquels les CES proposent d’apporter une solution tombent sous trois catégories générales.  Premièrement, les partisans des CES signalent le grand nombre de grossesses chez les adolescentes et de maladies vénériennes.  Les parents sont amenés à croire que les CES vont protéger leurs enfants.  Deuxièmement, on donne aux parents le sentiment qu’ils sont eux-mêmes en partie responsable du problème à cause de leur ignorance de la biologie et de la « sexologie », et parce qu’ils éprouvent une certaine gêne émotionnelle (« complexes ») à parler de sexe.  Troisièmement, on a récemment découvert l’existence d’un nouveau coupable : le « sexisme », c’est-à-dire l’adhésion par la plupart des familles à l’idée que le rôle des hommes et des femmes est différent.

 

            En ce qui concerne le premier problème, il est sans doute vrai que les grossesses chez les adolescentes, les maladies vénériennes, les avortements et la promiscuité (comme le suicide, la délinquance, la drogue, etc.) ont augmenté de façon dramatique.  Mais admettre que l’ignorance en est la cause et que les CES sont la solution à ces problèmes, cela est non seulement dénué de tout fondement mais également contraire à ce que l’on peut constater.  En fait, les CES sont généralement suivis d’une augmentation de l’activité sexuelle avec toutes les conséquences qu’elle entraîne.[7]   Les enquêtes auprès de jeunes filles enceintes ont continuellement montré que leur connaissance de la contraception ne faisait pas défaut mais que, consciemment ou non, la grossesse était un choix.[8]  Les maladies vénériennes sont « un incroyable problème ... Nous estimons qu’entre 50.000 et 80.000 jeunes filles et jeunes femmes (aux États-Unis) sont rendues stériles par la blennorragie chaque année.[9]  Les taux de maladies vénériennes sont les plus élevés dans les communautés offrant des CES.  (Pareillement, lorsque les enfants suivent des cours sur les dangers d’utilisation des drogues illégales, l’expérimentation augmente.)

 

            « Les résultats d’une étude menée par Planned Parenthood montrent que sur une période de cinq ans, plus d’information sur l’usage des contraceptifs auprès des adolescents a conduit à plus de grossesses en dehors du mariage, plus d’unions illégitimes, plus d’avortements, plus de maladies vénériennes et plus de cancers de l’utérus. »[10]

 

            La réplique habituelle à ceux qui contestent les CES est qu’ils essayent de « cacher la vérité », la vérité qui « peut faire mal ». On crie à la « censure » et à « l’autodafé de livres ».  Comment peut-on s’élever contre les « réalités de la vie », surtout lorsque « de toute façon, ils vont les apprendre », et il vaudrait bien mieux qu’ils les apprennent dans une salle de classe plutôt que « dans le ruisseau ».

 

            En admettant pour le moment la prémisse que les CES ne cherchent qu’à fournir de l’information, il n’est d’aucune façon démontré que toute connaissance est bonne, ou même inoffensive.  On n’enseigne pas l’algèbre aux élèves de première année, et ils ne sont pas tenus de lire les tragédies de Shakespeare.  Pourtant, les « orientations » de la Conférence des Évêques catholiques des États-Unis disent à propos des enfants de 6 à 8 ans : « Si l’information est demandée à ce niveau, on donnera à l’enfant une connaissance de base des menstruations et des relations sexuelles. » (Si l’information est demandée ?)  De 9 à 11 ans, les enfants « apprendront la terminologie relative au fonctionnement psycho-sexuel et discuteront des rapports sexuels avec les parents ou une personne qui a la confiance des parents... »  Aux enfants âgés de 12 à 14 ans, « on présentera les données scientifiques concernant les méthodes de régulation des naissances et l’enseignement de l’Église sur cette question. »[11]

 

            Non seulement ce programme ne tient pas compte des besoins de l’enfant et de sa préparation, mais il introduit des concepts bien avant que l’enfant le plus mature de la classe ne soit prêt à les recevoir.  Car ces « réalités » sont tout aussi troublantes que le serait l’algèbre pour des élèves de première année ;  et l’enseignement de la sexualité implique inévitablement de très fortes émotions chez l’enseignant comme chez les élèves.

 

            La présentation explicite de concepts sexuels à un auditoire captif de pré-adolescents signifie que l’on ne tient aucun compte de la période de latence, ce temps dans le développement psycho-sexuel de l’enfant où il sublime sa pulsion sexuelle pour sortir de son attachement infantile à ses parents et se préparer à un nouvel éveil de la puberté.  Sans être encombré par des préoccupations sexuelles explicites durant sa période de latence, l’enfant va canaliser ses énergies vers une active poursuite de maturité intellectuelle, sociale et émotionnelle. Mais s’il est prématurément entraîné de force dans la turbulence de l’adolescence par des CES, il aura été privé d’une occasion irremplaçable de développer la force de caractère qui lui aurait permis de faire face avec maturité à ses sentiments sexuels. Les partisans des CES s’appuient sur certaines critiques récentes du concept de latence, qui n’ont pas réussi à démontrer de façon convaincante son invalidité.  Il n’est pas nécessaire d’avoir une connaissance approfondie de la théorie psychologique pour comprendre que les CES, en traitant de questions personnelles et intimes en public, envahissent le domaine privé de l’enfant et sont un affront à sa pudeur naturelle.  Ces cours désensibilisent l’enfant et augmentent la possibilité d’une expérimentation sexuelle.

 

            Les planificateurs en éducation évitent soigneusement de bouleverser et d’effrayer les enfants des écoles paroissiales avec des concepts de péché et de culpabilité dans leur présentation du Sacrement de Réconciliation. Faut-il prendre moins de précautions dans l’enseignement de la sexualité qui concerne les niveaux les plus profonds des émotions et de la psyché ?  La négation du contexte émotionnel de la sexualité et la prétention qu’on devrait être (ou qu’on puisse être) calme et objectif au sujet du sexe sont des idées fondamentalement puritaines.

 

            Cependant, l’idée que les CES sont simplement des faits de communication est généralement avancée uniquement à l’intention des parents sceptiques. Certains partisans des CES sont prêts à admettre que les CES ont réellement pour objectif de transformer les attitudes et le comportement.

 

« La classe d’éducation sexuelle est très différente des autres classes ... Le but de l’éducation sexuelle n’est pas simplement de combler des vides dans la connaissance des adolescents ... Les objectifs de l’éducation sexuelle sont beaucoup plus audacieux ;  ils impliquent ... le changement des attitudes et des comportements. »[12]

 

            S’il s’agissait uniquement d’informer les adolescents sur les faits biologiques de la reproduction, nous n’aurions certainement pas besoin de myriades d’experts et de publier des séries de manuels scolaires allant « du jardin d’enfants à l’école de médecine »[13]  Au contraire, les CES constituent une arme importante de la révolution sexuelle.  Non seulement les CES ne sont pas un remède contre les maladies vénériennes et les grossesses chez les adolescentes, mais en éveillant la sexualité et, inévitablement, les passions sexuelles chez les jeunes, ils favorisent l’activité sexuelle et sont la cause de maladies vénériennes et de grossesses.

 

Programmes à l’intention des parents

 

            Le second « problème » auquel les CES doivent apporter une solution est que les parents sont désespérément naïfs, pétris de conflits émotionnels, incapables d’enseigner à leurs enfants, et que leur rôle doit par conséquent être assumé par les écoles.

 

            Cette affirmation suppose de nouveau qu’une information libre de toute émotion est préférable à des attitudes transmises par l’exemple.  Pourtant, à travers les âges, les hommes et les femmes ont été capables de se marier et d’élever des enfants sains et heureux en dépit de leur ignorance non seulement des produits de la recherche « sexologique » moderne (qui n’est rien de plus qu’un voyeurisme avec électrodes) mais aussi des faits les plus élémentaires de la reproduction.  Ici encore, il est clair que le problème n’est pas l’ignorance et que la connaissance n’est pas la solution.

 

            Et les attitudes parentales ?  Et ce vieux puritanisme probablement si généralisé parmi les parents ?  Il est bien possible que les Américains, spécialement les anglo-saxons et les personnes originaires d’Europe du Nord, souffrent d’un fonds de puritanisme, bien que les parents des élèves d’aujourd’hui ont bien plus de chance d’être des néo-puritains que des anciens Puritains.  Les CES sont-ils la réponse à ce problème ?  Même avec l’improbable supposition que les enseignants sont de quelque manière à l’abri de ce puritanisme dominant, les CES peuvent-ils corriger les imperfections du foyer ?  À la lumière de l’expérience qui s’accumule rapidement dans les écoles publiques, la réponse doit être négative.  Il est ironique de voir les CES accueillis avec enthousiasme dans les écoles catholiques alors que de plus en plus d’éducateurs des écoles publiques se prononcent contre ces cours.  La vérité est que l’école ne peut tout simplement pas remédier aux imperfections du foyer.  Les attitudes de l’enfant concernant le sexe (et la vie en général) sont fondamentalement établies avant son entrée au jardin d’enfants.

 

            Si les parents catholiques ne parviennent pas à éduquer leurs enfants de manière « positive, prudente », ce sont eux qui ont besoin d’aide, car eux seuls sont capables de former leurs enfants.  Et c’est la formation, et non l’information qui importe. L’école ne peut pas remplacer les parents, même si elle le voulait.  Si elle tente de le faire, elle échouera non seulement à la tâche des parents, mais à la sienne propre.

 

« Accepter plus d’argent pour les programmes d’éducation sexuelle dans la situation actuelle frise l’imposture éducationnelle. Nous accepterions de l’argent sous un faux prétexte : espérer une diminution de l’activité sexuelle chez les adolescents ... Entre-temps, on fera un bien meilleur usage de ces fonds là où l’école peut avoir une réelle influence sur les élèves – dans les cours d’anglais et de maths, en science, dans les arts et la formation professionnelle. »[14]

 

            Plusieurs programmes destinés à aider les parents dans l’éducation positive et prudence de leurs enfants ont été développés. Ces programmes devraient être encouragés dans tous les diocèses.

 

Éducation sexuelle et féminisme

 

            Le troisième « problème » que les plus récents programmes d’éducation sexuelle sont censés résoudre est celui du « sexisme ».  Par exemple, la populaire Benziger Family Life Series tente manifestement de faire passer l’idéologie féministe chez les élèves catholiques.  Les rôles traditionnels du père comme soutien de famille et chef du foyer, et de la mère comme ménagère et cœur du foyer, sont négligés, tandis que des exemples de styles de vie alternatifs (le père sert le petit déjeuner alors que maman se prépare à aller travailler) apparaissent continuellement.

 

            Le féminisme réduit la sexualité à la génitalité et présume que le genre n’est rien d’autre qu’une variation de l’anatomie pubienne.  En niant que la sexualité pénètre au cœur de la personne et définit les rôles et les relations de l’être humain, la mentalité unisexe-féministe est anti-sexuelle, un remous dans le courant du puritanisme. Les ennemis du « sexisme » sont en fait les ennemis du sexe.

 

            Un corollaire de cet état d’esprit est la redéfinition (explicitement enseignée par Benziger) de la « famille » pour appliquer ce terme à tout groupe d’individus qui partagent la même habitation.  Une des techniques utilisées pour promouvoir cette idéologie est la « clarification des valeurs », un procédé qui consiste à enseigner aux enfants à mettre en doute les valeurs morales du foyer et à les remplacer par des normes déterminées individuellement.  La discussion en profondeur de cette question dépasse le cadre de cette étude.  Qu’il nous suffise de dire que la plupart des familles catholiques ne se rendent pas compte que leurs enfants sont en train d’être remodelés à l’image d’un humanisme séculier et d’un féminisme radical qu’elles auraient peu de chance d’approuver si elles en avaient connaissance. 

 

Les CES dans les écoles catholiques

 

            On pourrait faire valoir que les programmes de CES mis au point pour les écoles catholiques incorporent explicitement des valeurs chrétiennes et non des valeurs humanistes séculières.  Il est exact que l’on a tenté de greffer quelques éléments de christianisme aux CES de style SIECUS.  Les similarités demeurent cependant profondes et les différences ne sont que superficielles.  Les CES restent fondamentalement puritains.  Tout comme le néo-puritanisme de Playboy, Masters and Johnson, Planned Parenthood et SIECUS, les CES dans les écoles paroissiales sont puritains parce qu’ils séparent la sexualité de la vie. Par leur nature même de cours séparés, les CES isolent la sexualité de la littérature, de la science, de la religion – de tous les contextes qui lui donnent un sens.  Ils y concentrent tous leurs feux dont l’éclat obscurcit plutôt qu’il n’éclaire la complexité et la richesse de la sexualité dans la vie humaine. Tout comme la chevalerie a, en un certain sens, dégradé la femme et la plaçant sur un piédestal, les CES dégradent le sexe.  Ils veulent préparer les enfants à gérer leur sexualité, laquelle est profondément enracinée dans les passions les plus profondes, en prétendant qu’elle est simplement rationnelle. Reconnaissant du bout des lèvres les dimensions émotionnelles de la sexualité tout en présumant que l’ignorance est la cause des problèmes sexuels et que le remède est dans la connaissance, les CES stimulent les passions de l’enfant avant qu’il ait pu développer la force de caractère nécessaire pour les contrôler.  Encourageant l’enfant à s’intéresser à ses sentiments, ses désirs et ses « besoins » plutôt qu’à ses responsabilités pour établir des relations humaines sérieuses,  les CES empêchent la croissance d’une maturité altruiste sans porter la marque d’une bonne éducation.[15]

 

            Bien que les éducateurs sexuels négligent le rapport entre le sexe et la passion et entre le sexe et la vie, ce n’est pas le cas de leurs victimes, les adolescents « sexuellement actifs ».  Des interviews auprès d’adolescentes enceintes révèlent que l’activité sexuelle engendre inévitablement le désir d’une intimité plus profonde que celle créée par des liaisons de rencontre et que la grossesse est une tentative pour combler ce désir (en provoquant l’amour du père de l’enfant, de ses parents ou du bébé lui-même pour l’adolescente).  C’est ainsi que les adolescents à la conduite immorale finissent par découvrir les vérités que les éducateurs sexuels ne leur ont jamais dites : Le sexe signifie l’amour.  Le sexe signifie des bébés.  Malheureusement, cette découverte n’est souvent faite qu’après que leur vie a été gâchée.

 

            Mais on ne saurait blâmer uniquement l’école pour une attitude qui envahit la société tout entière.  Et les magazines, la télévision, la radio, les films ?  Et les foyers brisés ?  Justement : les écoles ne sont pas seules responsables et il serait également simpliste de croire que l’école pourrait à elle seule combler les manques de la famille et de la société par des CES.  Demandons simplement aux écoles d’assumer leur propre part du fardeau de « l’éducation en matière de sexualité » d’une manière positive et prudente, et non à la façon néo-puritaine.  Que les écoles catholiques enseignent les Dix Commandements, sans en exclure ni en isoler le sixième et le neuvième.  Qu’elles enseignent la biologie comme de la biologie, sans exclusion pudibonde comme sans préoccupation néo-puritaine pour le système reproductif.  Que les écoles enseignent aux enfants à lire et à aimer la lecture, afin qu’ils puissent apprécier et tirer profit de la grande littérature, faire indirectement et sans risque l’expérience des conflits et des émotions de l’existence. Que les écoles respectent la vie privée de leur élèves.  Qu’elles observent le même respect et la même délicatesse pour les problèmes personnels de leurs élèves que pour leurs professeurs (les professeurs viennent-ils en classe pour discuter des problèmes intimes de leurs familles ?  C’est ce que les techniques des CES demandent aux enfants de faire.)  Que les écoles aident les enfants – par l’étude, le sport, des règles disciplinaires équitables et de fréquentes occasions d’interaction avec leurs pairs – à fortifier leur caractère de façon à ce qu’ils puissent dominer plus tard les passions qui surgiront dans leur vie.  Que les écoles conseillent les élèves troublés avec discrétion et charité chrétienne, sans imposer leurs difficultés au reste de la classe.   Que l’école encourage les élèves à avoir fréquemment recours au Sacrement de la Réconciliation et à l’Eucharistie, et qu’elle leur en donne les moyens.

 

L’enseignement du Magistère

 

            Les catholiques doivent se rappeler que tout l’enseignement du Magistère est conséquent.  Les autres déclarations du Magistère aideront par conséquent à clarifier la signification de « positif, prudent » :

 

            Examinons l’enseignement du Pape Pie XI dans son encyclique Sur l’éducation chrétienne de la jeunesse :

 

« Il est un autre genre de naturalisme souverainement périlleux qui de nos temps envahit le champ de l'éducation en cette matière extrêmement délicate qu'est la pureté des mœurs. Très répandue est l'erreur de ceux qui, avec des prétentions dangereuses et une manière choquante de s'exprimer, se font les promoteurs de ce qu'ils appellent ‘l'éducation sexuelle’. Ils se figurent faussement pouvoir prémunir la jeunesse contre les périls des sens uniquement par des moyens naturels, tels que cette initiation téméraire et cette instruction préventive donnée à tous indistinctement, et même publiquement, ou, ce qui est pire encore, cette manière d'exposer les jeunes gens, pour un temps, aux occasions, afin, dit-on, de les familiariser avec elles et de les endurcir contre leurs dangers.

La grande erreur, ici, est de ne pas vouloir admettre la fragilité native de la nature humaine, de faire abstraction de cette autre loi, dont parle l'Apôtre, qui lutte contre la loi de l'esprit, de méconnaître les leçons de l'expérience, montrant à l'évidence que, spécialement chez les jeunes gens, les fautes contre les bonnes mœurs sont moins un effet de l'ignorance intellectuelle que surtout de la faiblesse de la volonté, exposée aux occasions et privée des secours de la grâce. »[16]

 

            Rappelons-nous les condamnations de l’éducation sexuelle explicite par les Papes Pie XII et Paul VI.[17]  Rappelons-nous la primauté de la famille dans toute éducation : « La famille reçoit donc immédiatement du Créateur la mission et conséquemment le droit de donner l'éducation à l'enfant, droit inaliénable parce qu'inséparablement uni au strict devoir corrélatif, droit antérieur à n'importe quel droit de la société civile et de l’État, donc inviolable par quelque puissance terrestre que ce soit. »[18]

 

            Cet enseignement a été réaffirmé par le Pape Jean-Paul II : « ... la délicate responsabilité de l’éducation sexuelle appartient principalement à la famille, où une atmosphère de vivante révérence conduira à une compréhension chrétienne pleinement humaine de la vie et de l’amour. »[19]

 

            Rappelons-nous que la citation en tête de cet exposé n’était pas la seule mention du Concile Vatican II sur « les matières en rapport avec la sexualité ».  Par exemple : « Il faut instruire à temps les jeunes, et de manière appropriée, de préférence au sein de la famille, sur la dignité de l’amour conjugal, sa fonction, son exercice. »[20]

 

Conclusion

 

            The National Federation of Catholic Physicians’ Guild est en faveur de l’éducation sexuelle pour les parents.  Elle est opposée à des programmes formels et distincts d’éducation sexuelle pour les enfants, comme fondamentalement puritains et constituant une violation dommageable de la vie privée des enfants ainsi qu’une usurpation des droits des parents.

 

            Nous sommes prêts à participer à des programmes qui aideront les parents à remplir leur rôle dans l’éducation de leurs enfants en matière de sexualité. Ces programmes pourraient être enseignés par les pasteurs, les médecins, ou par toute personne reconnaissant que la formation morale et émotionnelle de l’enfant est beaucoup plus importante pour son développement que sa connaissance de la psychologie, de la « sexologie » ou de la biologie.  Ces enseignants doivent aussi reconnaître que l’enseignement moral traditionnel libère le chrétien qui vit ainsi en harmonie avec sa nature créée, de l’esclavage de sa nature déchue.

 

            L’éducation sexuelle pour les parents devrait être conçue pour contrer le puritanisme au foyer en favorisant la saine chasteté du mariage.  Les enseignants doivent comprendre et embrasser l’enseignement constant du Magistère pour qui la sexualité génitale n’est saine que dans le contexte du mariage permanent, monogame et porteur de vie. Ils doivent être très au fait des nombreuses erreurs courantes dans la société actuelle (même parmi les catholiques) et ils doivent savoir que ces idées sont fausses.  Ils doivent reconnaître que les parents qui vivent en accord avec les lois de la nature et les lois de l’Église seront en mesure d’éduquer leurs enfants de façon positive et prudente en matière de sexualité.

 

            Ce défi est grand.  Le puritanisme est profondément implanté dans le monde moderne.  Personne n’échappe totalement à ses effets.  Que les évêques catholiques, le clergé, les éducateurs, les médecins et les parents travaillent de concert et prient ensemble pour restaurer dans les familles des vies de saine chasteté.

 



[1] Titre actuel : Catholic Medical Association

[2] L’éducation chrétienne, n. 1 (Concile Vatican II)

[3] Education in Human Sexuality for Christians, United States Catholic Conference, 1981 (c’est nous qui soulignons).

[4] Cité par Thomas Szasz, professeur de psychiatrie, Upstate Medical Center, State University of New York, Penthouse, janvier 1981.

[5] Paul Cole Beach et James Licoudis, « Sex Education: The New Manicheanism », Child and Family, Vol. 10, n. 3-4, pp. 242-259 ; 314-329 (tiré à part de Triumph, novembre 1969, pp. 11-19).

[6] Supra 4.

[7] Louise F. W. Eickhoff, « Sex Education and Sex Practice », Child and Family, Vol. 13, n.1, 1974, pp. 41-51.

[8] Family Practice News, 1er avril 1979, p. 43.

[9] Dr Paul J. Weisner, directeur du Center for Disease Control’s Venereal Disease Division, American Medical News, 1er décembre 1978, p. 14.

[10] Dr Eugene F. Diamond, « Teaching Sex to Children », Columbia, juin 1981, p. 34.

[11] Supra 3.

[12] « Une analyse des programmes d’éducation sexuelle et des méthodes d’évaluation aux États-Unis », Mathtech, Inc. (financé par CDC), in The Phyllis Schlafly Report, février 1981.

[13] Randy Engel, « Sexology and the United States Catholic Conference », The Wanderer, 28 mai 1981.

[14] Scott D. Thompson, directeur, National Association of Secundary Schools Principals Newsletter, avril 1981. Vol. 28, 8 novembre.

[15] Dans une lettre récente de The Fellowship of Catholic Scholars adressée aux Évêques des États-Unis pour commenter le document « Education in Human Sexuality for Christians ».

[16] Encyclique « Sur l’éducation chrétienne de la jeunesse », Pie XI.

[17] Pie XII -  Adresses du 23 septembre 1951 et du 13 avril 1953 ; Paul VI – Adresse du 13 septembre 1972

[18] Supra 16.

[19] L’Osservatore Romano – Édition anglaise, 2 mars 1985, p. 5.

[20] Concile Vatican II – Gaudium et Spes, article 49, n. 3 (c’est nous qui soulignons).

RETOUR