AVANT-PROPOS

NOTRE-DAME DU ROSAIRE DE FATIMA

AVANT-PROPOS

Ce petit livre que vous lirez avec intérêt et profit spirituel veut glorifier Dieu et être un hommage filial à la Divine Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ravivera vos sentiments de confiance envers Marie en vous racontant simplement les merveilles de Fatima et en vous aidant à en tirer les leçons pratiques qui s'en dégagent pour vous, à l'heure actuelle.

Il ne veut pas faire double emploi avec les excellents ouvrages parus sur le même sujet. Mais il vous offre un récit plus court, mieux adapté et plus populaire des apparitions de la Sainte Vierge aux trois petits enfants de Fatima. I1 est ainsi un ouvrage sérieux et vivant, à la portée de toutes les intelligences et de toutes les bourses.

Vous y trouverez un bon nombre d'applications pratiques aux problèmes religieux actuels, la méditation des quinze mystères du Rosaire et un programme inédit pour le Quart d'heure de Notre-Dame de Fatima.

Puisse ce premier ouvrage canadien consacré à Notre-Dame de Fatima pénétrer dans tous les loyers, être dans toutes les mains et faire à un grand nombre d'âmes le plus de. bien possible !

A. G. Albert, O. P.
Docteur en Théologie, Professeur de Philosophie au Séminaire de Québec.

Montréal, le 31 août 1945

PREMIÈRE PARTIE

LES EVÉNEMENTS DE FATIMA

CHAPITRE I

LES TROIS BERGERS DE PATIMA

Fatima est situé à quelque soixante milles au nord de Lisbonne. Formé de plusieurs hameaux disséminés dans les replis d'une montagne de faible altitude, ce bourg comptait en 1917 environ deux mille cinq cents habitants. C'est là que se déroulèrent les faits que nous allons d'abord raconter.

Dans le hameau d'Aljustrel, près du bourg de Fatima, vivaient deux beaux-frères, Antonio dos Santos, époux de Maria-Rosa Marto, et Manuel-Pedro Marto, frère de Maria-Rosa et époux de Olympia de Jésus. Antonio dos Santos était le père d'un garçon et de quatre filles dont la cadette, née le 22 mars 1907, avait nom Lucie de Jésus (C'est une coutume des Portugais que d'ajouter aux noms de leurs enfants celui de Jésus ou de Marie, ou encore celui des principales fêtes de la Très Sainte Vierge. Beaucoup de Portugaises portent les beaux noms de Marie de la Conception, de la Purification, de l'Assomption, des Douleurs, du Carmel, etc.).

La famille de Manuel-Pedro comptait onze enfants dont les deux plus jeunes étaient François, né le 11 juin 1908, et Jacinte, née le 10 mars 1910. François et Jacinte et leur cousine Lucie furent les trois enfants privilégiés que la Sainte Vierge choisit pour transmettre au monde le message de Fatima.

François et Jacinte s'étaient liés d'amitié avec leur cousine Lucie. On les voyait presque toujours ensemble. Madame Marto, qui craignait pour ses petits le contact des gamins du hameau, s'en réjouissait, Lucie étant une enfant très pieuse. Mais Lucie se vit bientôt confier la garde d'un troupeau de brebis, ce qui l'obligea de passer ses journées aux champs, au grand regret de François et de Jacinte qui voulurent l'y suivre. Madame Marto refusa d'abord, mais finit par céder à leurs supplications; pour les contenter, elle consentit à leur laisser la garde de quelques brebis confiées jusque-là à une sœur plus âgée. Grande joie pour François et Jacinte et pour leur cousine Lucie ! Chaque matin, nos trois petits pâtres s'entendirent pour faire la jonction de leurs troupeaux, ce qui leur permit de passer leurs journées ensemble aux champs.

On s'étonnera peut-être de ce que ces enfants ne fréquentaient pas l'école. Dans leur pays au sol ingrat, la vie n'était pas rose aux paysans. Il fallait travailler dur pour gagner le pain quotidien. Les familles envoyaient un ou deux enfants à la classe et retenaient les autres à la maison pour qu'ils prêtassent main-forte aux travaux domestiques et aux travaux des champs. Mais les mamans savaient remplir leur beau rôle d'éducatrices. Chaque soir, elles groupaient leurs enfants, pour leur enseigner le catéchisme, l'histoire sainte, les traditions de la famille et du pays. Formés à cette école du foyer, François et Jacinte savaient déjà les principales vérités de la religion et ils étaient très pieux. Tous les jours, fidèles aux instructions reçues, ils récitaient ensemble le chapelet pendant qu'ils gardaient leurs brebis.

CHAPITRE II

PREMIÈRE APPARITION

Nous sommes au mois de mai 1917. La première guerre mondiale fait rage depuis trois ans et ne paraît pas près de finir. Benoît XV vient de demander à l'univers de s'unir dans une grande croisade de prières pour obtenir, par l'intercession de la Très Sainte Vierge, reine de la paix et médiatrice de toute grâce, la cessation du conflit qui ensanglante l'Europe.

En ce 13 mai, qui est un dimanche, Lucie, François et Jacinte ont entendu la messe et ils ont ensuite conduit leurs brebis au pâturage. Comme de coutume, ils ont opéré la jonction de leurs deux troupeaux qu'ils ont dirigés cette fois dans un petit vallon appelé Cova da Iria (Vallon d'Irène). Ce vallon forme une espèce d'amphithéâtre naturel et peut avoir huit ou neuf arpents de largeur; il est situé à un peu plus d'un mille du bourg de Fatima.

Ayant dîné et récité leur chapelet à l'ombre d'un olivier, nos petits pâtres s'adonnent à leur jeu favori qui consiste à construire des maisonnettes avec de minuscules cailloux. Soudain un éclair éblouissant traverse le ciel. On n'y voit pourtant aucun nuage et le soleil brille au zénith. Lucie croit que ce peut être un orage qui s'en vient caché par les montagnes environnantes. Les trois petits bergers s'empressent de réunir le troupeau et le poussent vers le village. Soudain un second éclair fend le ciel, plus brillant que le premier. Muets de crainte, les enfants hâtent leur marche, mais une clarté fulgurante les enveloppe, et ils aperçoivent, dans une auréole lumineuse, une belle Dame brillante comme le soleil, qui se montre à quelques pas au sommet d'un petit chêne vert. Effrayés, ils vont fuir, quand l'Apparition les retient, leur dit de ne pas avoir peur. C'est une toute jeune Dame, d'une beauté extraordinaire, vêtue d'une robe blanche et d'un long manteau blanc brodé d'or qui lui ceint la tête et descend jusqu'à ses pieds. Ses pieds nus et roses reposent sur un petit nuage blanc. Lucie rassurée ose interroger l'Apparition.

- D'où êtes-vous, Madame ?

- Je viens du Ciel.

- Pourquoi êtes-vous venue ?

- Pour vous demander de venir ici six fois, le 13 de chaque mois. Je vous dirai en octobre qui je suis et ce que le veux de vous.

L'entretien se poursuit entre la Dame et Lucie qui parle au nom de ses deux compagnons.

Lucie, seule survivante des trois petits bergers de Fatima, a récemment révélé, à l'occasion du XXVe anniversaire des apparitions, plusieurs détails qui étaient jusque-là restés inconnus. Elle nous a appris qu'à cette première apparition, la belle Dame avait demandé aux enfants de dire le chapelet tous les jours pour la paix et pour la conversion des pécheurs.

" Voulez-vous, leur dit-elle, offrir des sacrifices au bon Dieu et accepter toutes les souffrances qu'Il vous enverra, pour réparer les péchés nombreux qui l'offensent ? Voulez-vous souffrir pour la conversion des pécheurs, pour réparer les offenses faites au Cœur Immaculé de Marie ? " Les trois enfants acceptent avec empressement. La Dame leur témoigne combien cette générosité lui est agréable et elle leur dit: " Il vous faudra beaucoup souffrir, mais la grâce de Dieu vous soutiendra ". A ces mots, elle écarte ses mains jointes et il en jaillit sur les petits voyants une lumière brillante qui, selon les propres paroles de Lucie, " les fit se voir eux-mêmes en Dieu plus nettement que dans le miroir le plus clair ". Mus par une impulsion irrésistible, ils tombent à genoux en disant: " 0 sainte 'Trinité, je vous adore et le vous aime ".

La Dame disparue, les enfants reviennent à eux-mêmes, s'aperçoivent que les brebis en ont profité pour s'éloigner. Vite ils les rassemblent, mais ne pensent plus à jouer. Quelle douceur, quelle joie, quelle paix leur a laissée dans l'âme la vision inattendue de la belle Visiteuse ! Tout l'après-midi, ils se répètent l'un à l'autre: " Comme elle était belle cette Dame ! "

En rentrant au village, ils s'entendent pour ne pas souffler mot de ce qui s'est passé, mais la petite Jacinte, habituée de tout raconter à sa mère, ne peut garder le secret d'une si grande joie. La maman s'épouvante en entendant Jacinte dire avec un grand, sérieux qu'elle a vu la Sainte Vierge à la Cova. Madame Marto se demande si sa fillette ne devient pas folle. Elle court le lendemain chez sa belle-sœur pour éclaircir ce mystère et bientôt la nouvelle de l'apparition s'ébruite. Les commères du hameau s'en emparent et s'en amusent; les uns disent: " Ces enfants sont menteurs ou ils sont fous; pour voir si la Sainte Vierge va apparaître à de la marmaille comme ça !" D'autres s'en prennent aux parents qui laissent raconter à leurs enfants des histoires semblables. Ces propos parviennent aux oreilles de Madame Santos. Effrayée des ennuis que peuvent lui causer ces rumeurs d'apparition, elle décide d'y couper court en contraignant Lucie d'avouer qu'elle a menti. " Tu vas aller de porte en porte, lui dit-elle, détromper les voisins, leur dire que tu t'es moquée d'eux et leur demander pardon, sinon je t'enferme dans une chambre noire d'où tu ne sortiras plus jamais ". Les sœurs de Lucie prennent parti pour leur mère contre leur jeune sœur qu'elles accablent de sarcasmes et de reproches. Monsieur Santos est très mécontent lui aussi; il craint que ces bruits de visions n'attirent les piétons dans sa pièce de foin et dans le champ de patates qu'il cultive à la Cova. Chez les Marto, on ne croit pas davantage aux récits des enfants, quoique l'on se garde bien de leur adresser de trop durs reproches. Mais les laissera-t-on retourner à la Cova le mois suivant, au jour fixé par la Dame ? Madame Santos s'y refuse absolument. Mais le jour de la seconde apparition, elle se résout à laisser partir Lucie avec ses deux petits cousins.

CHAPITRE III

DEUXIÈME APPARITION

Le 13 juin étant la fête de saint Antoine, qui est le patron du Portugal et aussi le patron de la paroisse de Fatima, nos trois bergers, comme c'est la coutume des jours de fête, ont conduit les brebis au pâturage de grand matin et les ont ramenées de bonne heure au village. Leur besogne terminée, ils s'empressent vers la Cova da Iria. Un peu avant midi, ils sont au rendez-vous et ils récitent ensemble le chapelet.

Plusieurs personnes, plus curieuses sans doute que convaincues, les ont précédés. " A l'heure convenue, rapporte un témoin digne de foi, les trois enfants arrivèrent; ils commencèrent à réciter le chapelet à .genoux, sous le grand chêne vert qui se trouve à une cinquantaine de mètres plus haut que l'endroit des apparitions. Ayant terminé le chapelet, Lucie se leva, arrangea son châle, le foulard qui lui couvrait la tête, ainsi que ses habits, comme elle aurait fait pour entrer dans une église; puis elle se tourna vers l'est, attendant la vision. On lui demanda s'il y avait longtemps à attendre; elle répondit non. Les deux autres enfants demandèrent qu'on commençât un second chapelet. Au moment même, Lucie eut un mouvement de surprise et s'écria: " Voilà l'éclair ! La Dame arrive ! " Lucie s'empressa de descendre, suivie de ses cousins, vers le bas de la pente, près du petit chêne vert des apparitions.

Durant cette seconde vision, comme pendant la première, les trois enfants voient la Dame; Lucie seule lui parle; Lucie et Jacinte l'entendent: François la voit mais ne l'entend pas. Il en sera de même aux apparitions suivantes. "Que voulez-vous de moi ?" demande Lucie à la Dame. Celle-ci répond que les enfants doivent revenir le 13 du mois suivant et réciter quotidiennement le chapelet. La Dame révèle qu'elle viendra bientôt chercher Jacinte et François, mais que Lucie restera plus longtemps sur la terre et que Dieu se servira d'elle pour établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.

Comme à la première apparition, la Dame écarte les mains; il en jaillit un rayon pénétrant. Devant sa main droite, les enfants aperçoivent un cœur entouré d'épines et comprennent que c'est le Cœur Immaculé de Marie qui demande pénitence et réparation.

Cette deuxième vision, comme la première, a duré environ dix minutes. La Dame disparue, les enfants rentrent chez eux. Les témoins qui ont entendu Lucie converser avec un personnage invisible éparpillent la nouvelle dans toutes les régions environnantes. Alarmée de cette publicité croissante, Madame Marto blâme sévèrement Jacinte et François. Madame Santos, plus incrédule que jamais, juge qu'il est de son devoir de battre durement sa fillette pour vaincre son entêtement et lui faire avouer qu'elle a menti.

Quelques jours après la seconde apparition, Monsieur le Curé de Fatima demanda à Madame Marto et à sa belle-sœur de lui amener les trois enfants. Ceux-ci s'attendaient à des réprimandes très sévères. Il n'en fut rien. Monsieur le Curé se montra très affable. Il s'enquit avec une grande douceur de tout ce qui s'était passé, mais refusa de se prononcer. Il se contenta d'affirmer: "Ce peut être une ruse du diable, l'avenir nous le dira".

Lucie fut d'abord très contente; monsieur le Curé ne l'avait pas punie; il ne lui avait pas fait de reproche et ne lui avait pas défendu de retourner à la Cova. Mais un doute cruel venait d'entrer dans son cœur. "Ce peut être une ruse du diable", lui avait dit son Curé. La pauvre petite n'avait pas songé à cela. Cette pensée maintenant l'obsédait et la torturait. .Jacinte et François étaient plus fermes dans leur conviction. "La Dame vient certainement du Ciel, disaient-ils. Le démon est très laid et il habite sous terre, dans l'enfer. La Dame est belle et nous l'avons vue remonter au Ciel".

CHAPITRE IV

TROISIÈME APPARITION

Tourmentée par le doute et découragée par l'hostilité acharnée de sa famille, Lucie tomba dans un profond abattement. Elle en vint à ne plus vouloir retourner à la Cova. Le 12 juillet au soir, elle appela ses cousins et leur fit part de sa décision. Mais le lendemain, mue par une impulsion mystérieuse, elle décida d'aller de nouveau à la Cova. Elle se rend chez son oncle et trouve François et Jacinte en prière; la petite Jacinte pleure à chaudes larmes parce qu'elle n'ose aller à la Cova sans sa cousine. "Venez, leur dit Lucie, je ne veux pas manquer au rendez-vous de la Dame". Les trois voyants se mettent en route, accompagnés cette fois de monsieur et madame Marto qui commencent à croire à la sincérité des enfants et à la vérité des apparitions.

Une foule considérable s'était rendue à la Cova. Près du petit chêne vert où s'était montrée la belle Dame, environ cinq mille personnes attendaient anxieuses l'arrivée des trois petits pâtres. Il n'y avait pas que des curieux dans cette foule; il y avait des gens qui croyaient sincèrement et qui déjà avaient voulu manifester leur reconnaissance envers la Reine du Ciel en lui élevant un arc rustique.

A midi, la Dame annonce sa venue par un éclair et se montre à ses trois confidents. "Que voulez-vous de moi ?" demande encore Lucie, un peu confuse de ses hésitations et de ses doutes. Avec la même bonté, la Dame demande à ses petits amis de ne pas manquer au rendez-vous du mois suivant. De nouveau elle insiste pour qu'ils disent le chapelet tous les jours en l'honneur de la Sainte Vierge afin d'obtenir la fin de la guerre. Lucie demande à la céleste Visiteuse de dire son nom et de donner un signe pour que tous croient à la vérité des apparitions. "Continuez de venir tous les mois", répond la Dame. "En octobre, je vous dirai

qui je suis et je ferai un grand miracle. Faites pénitence pour les pécheurs et dites souvent en faisant des sacrifices: "O Jésus, c'est pour votre amour, pour la conversion des pécheurs et en réparation des offenses faites au Cœur Immaculé de Marie".

La vision terminée, les assistants demandent à Lucie pourquoi elle a poussé des soupirs et paru si triste.

- C'est un secret, dit la fillette.

- Est-il bon ou mauvais ? répliquent-ils.

- Pour certains il est bon; pour les autres, il est mauvais.

Un petit nuage blanc avait été vu par la foule, couvrant les trois enfants et le lieu où apparaissait la Dame. Les spectateurs avaient également constaté une diminution considérable de la lumière du jour pendant la durée de l'apparition.

Depuis trois ans, nous savons partiellement en quoi consistait le secret confié par la Sainte Vierge lors de cette troisième visite. En 1942, à l'occasion du jubilé qui marqua le XXVe anniversaire des Apparitions de Fatima, l'autorité ecclésiastique a permis de manifester certaines choses que la Sainte Vierge avait dites à ses trois petits amis. Voici ce que Lucie, devenue religieuse, a écrit par pure obéissance et avec la permission du Ciel:

"Le secret consiste en trois choses distinctes; je vais exposer deux d'entre elles.

"Lorsqu'Elle disait les dernières paroles rapportées ci-dessus, Notre-Dame ouvrit de nouveau les mains comme les deux fois précédentes. Le faisceau de lumière projeté sembla pénétrer la terre et nous vîmes comme une grande mer de feu. En cette mer étaient plongés, noirs et brûlés, des démons et des âmes sous forme humaine, ressemblant à des braises transparentes. Soulevés en l'air par les flammes, ils retombaient de tous les côtés comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu de grands cris et de hurlements de douleur et de désespoir qui faisaient trembler et frémir d'épouvante.

"Les démons se distinguaient des humains par leurs formes horribles et dégoûtantes d'animaux épouvantables et inconnus, mais transparents comme des charbons embrasés. "Cette vue dura un instant et nous devons remercier notre bonne Mère du Ciel, qui, d'avance, nous avait prévenus par la promesse de nous prendre en Paradis. Autrement, je crois, nous serions morts de terreur.
" Alors, comme pour demander secours, nous levâmes les yeux vers la Sainte Vierge qui nous dit avec bonté et tristesse:
"Vous avez vu l'enfer où vont aboutir les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, le Seigneur veut établir dans le monde la dévotion à mon. Cœur Immaculé.
"La guerre va vers la fin, mais si l'on ne cesse pas d'offenser le Seigneur, sous le prochain pontificat, il en recommencera une autre pire.
"Quand vous verrez une nuit éclairée par une grande lumière inconnue, sachez que c'est le signe que Dieu vous donne qu'il est prochain le châtiment du monde par la guerre, la famine et les persécutions contre l'Église et contre le Saint-Père.
"Pour empêcher cela, je viendrai demander la consécration du monde à mon Cœur Immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis du mois.

"Si l'on écoute mes demandes, la Russie se convertira et l'on aura la paix. Sinon, elle répandra ses erreurs par tout le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Église; beaucoup de bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir; plusieurs nations seront anéanties...

" Lorsque vous récitez le chapelet, dites à la fin de chaque dizaine: Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l'enfer, et conduisez au ciel toutes les âmes, spécialement celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde ".

CHAPITRE V

QUATRIÈME APPARITION

INTERVENTION DU SOUS-PRÉFET D'OUREM

Pour mieux comprendre ce qui va suivre, rappelons brièvement la situation dans laquelle se trouvait le catholicisme au Portugal, en 1917. Depuis la proclamation de la République, en octobre 1910, l'Église du Portugal était en butte à de violentes persécutions. Maîtres du pouvoir, libres-penseurs et francs-maçons faisaient ce qui leur est coutumier; ils confisquaient les biens de l'Église, bannissaient les évêques, chassaient les prêtres et les religieux; maîtres de puissants journaux, ils s'en faisaient un instrument de propagande anticléricale et antireligieuse dans tout le pays.

Les milliers de personnes présentes à la troisième apparition, en avaient porté la nouvelle partout. On parlait déjà de Fatima dans tout le Portugal. La rumeur qu'une Dame était apparue à trois petits bergers, qu'elle devait leur apparaître encore et surtout qu'elle avait promis un grand miracle pour l'apparition du 13 octobre, causait de l'émoi dans tout le pays. Contrairement à la presse et au clergé catholiques qui gardaient le silence, la presse antireligieuse se mit à crier les hypothèses les plus fantastiques et les mensonges les plus effrontés, afin de discréditer des événements qui déjà commençaient de remuer la foi du peuple portugais. Une pareille invasion de surnaturel avait évidemment de quoi alarmer et enrager la Libre Pensée. Comme on peut le supposer, le zèle très énervé qu'elle déploya dans l'occurrence ne servit qu'à accroître le crédit et la publicité des apparitions. Plus alarmés qu'ils n'auraient voulu le laisser voir, les partisans de la politique anticléricale avisèrent aux moyens d'enrayer cet incident dont ils pressentaient la menace. Ils tinrent conseils, mais ils ne se souvinrent pas du célèbre avis que Gamaliel avait donné au Sanhédrin: "Messieurs, laissez cette affaire; si elle vient des hommes, elle tombera d'elle-même; si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire".

Fatima était sous la juridiction civile du Conseil d'Ourem. L'Administrateur de ce Conseil, qui avait nom Arthur d'Oliveira Santos, était un apôtre fervent de la Libre Pensée. Mis en alerte par le bruit des apparitions, il crut d'abord qu'on ne devait pas s'énerver. Mais quand il apprit que la prétendue Dame promettait un miracle et qu'on accourait de partout à la Cova, ce fut autre chose. Il décida d'en finir d'un seul coup avec toutes ces histoires.

Le matin du 13 août, jour où la Dame devait se montrer de nouveau, il se rendit en voiture au hameau d'Aljustrel. Il annonce aux trois petits voyants que monsieur le Curé d'Ourem veut les interroger d'urgence. Il s'offre à les conduire lui-même et leur assure que, s'il le faut, il les ramènera ensuite en automobile jusqu'à la Cova, pour qu'ils ne soient pas en retard au rendez-vous. Les parents permettent, les enfants acceptent, et l'Administrateur les conduit à Ourem. Il les amène aussitôt chez lui, et déclare qu'il faut d'abord penser à dîner. Après le dîner, il fait remarquer que l'heure de l'apparition est passée et qu'il veut savoir le secret de la Dame. Comme les enfants refusent de le dévoiler, il les met sous arrestation et les fait enfermer dans une chambre jusqu'au lendemain matin.

Le lendemain dans la matinée, sur leur nouveau refus de dévoiler le secret, les enfants sont conduits devant l'Administration. On les soumet à de longs interrogatoires. Ils racontent avec franchise tout ce qui s'est passé, mais refusent absolument de faire connaître le secret, la Dame leur ayant demandé de n'en rien dire. Paroles doucereuses, promesses, ruses, questions ambiguës, colères, imprécations, menaces, rien ne les ébranle. On les enferme dans la prison publique en leur disant qu'on les brûlera s'ils s'entêtent à ne pas parler. Dans la prison, la petite Jacinte pleure, pensant qu'elle va mourir sans revoir sa maman. François la rassure et lui dit: "Offrons ce sacrifice pour les pécheurs".

A ce moment, les enfants se rappellent qu'ils n'ont pas encore dit leur chapelet pour les pécheurs. Ils s'agenouillent aussitôt et se mettent en prière. Surpris et touchés, les autres prisonniers s'agenouillent et prient avec eux.

Vers le soir, on fait encore comparaître les enfants devant le Conseil. Les interrogatoires recommencent, mais en vain. Dès qu'il est question du secret, les enfants sont muets. Soudain l'Administrateur se lève, feignant une grande colère; il ordonne qu'on prépare une poêle d'huile bouillante pour y plonger celui qui refusera de parler. On enferme les enfants dans une chambre voisine. Lucie, François et Jacinte, convaincus qu'on va les mettre à mort, se recommandent à la sainte Vierge et offrent le sacrifice de leur vie. Interrogés à tour de rôle sous la menace immédiate du supplice, les trois enfants demeurent inflexibles. De guerre lasse, l'Administrateur les ramène à son domicile, où ils passent la nuit. Le lendemain matin, il les reconduit à Fatima, non sans avoir tenté un dernier et très inutile interrogatoire.

L'avant-veille, le 13 août, vingt mille personnes s'étaient rendues à la Cova en récitant le chapelet. Lorsque, vers midi, les enfants ne paraissant pas, le bruit circula que l'Administrateur les avait fait enlever, il y eut dans la foule une explosion de colère et cette foule parlait déjà d'aller demander des comptes à l'audacieux Administrateur, quand un prodige vint fixer son attention. Un brillant éclair sillonna le ciel sans nuage, et un formidable coup de tonnerre se fit entendre. Tout arriva ensuite comme si la Dame et les enfants eussent été là. Près du petit chêne vert, un nuage blanc apparut pendant dix minutes environ. La foule rassurée se dit: Les enfants n'ont pu venir parce qu'on les en a empêchés, mais la Sainte Vierge a été fidèle au rendez-vous et elle reviendra le mois prochain.

Quatre jours après leur remise en liberté, le 19 août, Lucie et François gardaient leur troupeau dans les environs d'Aljustrel, à un endroit appelé Valinhos. Jean, un des frères de François, était avec eux. Soudain ils s'aperçurent que la lumière du jour prenait les mêmes teintes qu'à la Cova pendant les apparitions et Lucie vit l'éclair qui annonçait ordinairement la venue de la Dame. Jean courut chercher Jacinte. Dès qu'elle fut arrivée, la Dame se montra aux enfants de la même façon qu'à la Cova. Elle commença par leur dire qu'elle n'avait pas aimé les mauvais traitements qu'on leur avait infligés en les empêchant de venir à son rendez-vous, et elle déclara qu'à cause de tant de mauvaise foi de la part des méchants, le miracle annoncé pour le mois d'octobre aurait moins d'éclat. Leur ayant recommandé de se rendre à la Cova en septembre et en octobre au jour et à l'heure fixés, elle les exhorta de nouveau à prier et à se mortifier. "Priez beaucoup, dit-elle en les quittant, priez et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d'âmes vont en enfer parce qu'il n'y a personne qui se sacrifie pour. elles".

CHAPITRE VI

CINQUIÈME APPARITION

Les ruses et les violences de l'Administrateur d'Ourem n'avaient fait qu'accroître le prestige des trois enfants et que mieux démontrer leur parfaite sincérité. Elles avaient produit tout juste le contraire de ce que monsieur l'Administrateur attendait. Dès le matin du 13 septembre, quoiqu'on fût au plus fort de la période des vendanges, les routes qui mènent à Fatima débordaient de gens qui se rendaient à la Cova en récitant le chapelet et en chantant des cantiques à la Sainte Vierge. A dix heures de l'avant-midi, une foule de trente mille personnes s'était massée dans le petit vallon et récitait le chapelet à genoux. A l'arrivée des trois enfants, des hommes furent obligés de leur frayer un chemin dans la foule compacte qui se précipitait sur eux pour les voir ou leur recommander diverses intentions. A la demande de Lucie, tout le monde se remit à prier. Une immense supplication s'éleva vers la Reine du Ciel. Exactement à midi, le soleil commença à perdre de l'éclat, quoiqu'il n'y eût aucun nuage au firmament, et, comme aux apparitions précédentes, la lumière du jour prit une teinte dorée. Tout à coup, Lucie interrompt son chapelet et s'écrie: "La voilà ! je la vois !" Presque en même temps la foule crie: "Regardez là-bas !" Un globe lumineux vient d'apparaître aux yeux de cette foule enthousiaste et s'avance avec lenteur dans le firmament, de l'est à l'ouest. A la fin de l'apparition, la foule le verra remonter au ciel dans la direction de l'est. Un vicaire général du diocèse de Lisbonne, venu incognito à la Cova et plutôt prévenu contre les faits extraordinaires qu'on lui avait racontés a fait de ce prodige un rapport circonstancié. A son avis, ce globe lumineux servait de véhicule à la Très Sainte Vierge pour la porter du ciel à la terre et la ramener au Paradis.

Au cours de l'apparition la foule vit encore une nuée blanche qui s'élevait du sol jusqu'à la hauteur d'une vingtaine de pieds, couvrant les enfants et le petit chêne vert; elle s'évanouissait comme une fumée que le vent dissipe et quelques instants après se reformait.

La foule fut témoin d'un autre spectacle extraordinaire. Des flocons ronds et brillants qui ressemblaient à des pétales blancs, se mirent à descendre lentement vers le sol dans un brillant faisceau de lumière. Ce prodige se renouvela plus tard, le 13 mai 1918 et 1924, au cours des pèlerinages à la Cova. Ces pétales mystérieux disparaissaient avant de toucher le sol et s'évanouissaient dans la main de celui qui tentait de les saisir. On en a cependant photographiés.

Pendant que la foule contemplait ces prodiges, Lucie s'entretenait avec la Dame qui recommanda encore aux enfants de continuer la récitation du rosaire pour obtenir la cessation de la guerre. Elle promit qu'elle reviendrait en octobre avec l'Enfant-Jésus et saint Joseph. Comme Lucie lui demandait de guérir des malades qui s'étaient recommandés à ses prières, la Dame répondit: "J'en guérirai quelques-uns mais pas tous, car le Seigneur ne se fie pas à eux". Au cours d'une apparition précédente, à une demande semblable, elle avait répondu : "Je les guérirai pendant l'année, mais il faut qu'ils commencent par se convertir".

Depuis plusieurs semaines, un grand nombre de visiteurs accouraient de partout chez les Marto et les Santos dans le but d'interroger les trois enfants. Pour s'éviter l'ennui de les envoyer chercher aux champs à toute minute, Madame Marto avait dû confier la garde des brebis à son fils Jean; madame Santos avait vendu les siennes. A l'un de ces visiteurs qui se rendirent en 1917 au hameau d'Aljustrel, pour interroger les voyants, nous sommes redevables de renseignements précieux. Dès qu'il entendit parler des événements extraordinaires de Fatima, Monseigneur Jean Lima Vidal, Administrateur du patriarcat de Lisbonne, désigna pour les surveiller de près le chanoine Manuel Nunes Formigaô. Ce prêtre était professeur de théologie au séminaire patriarcal de Lisbonne et il devint par la suite l'historien de Fatima sous le pseudonyme de Vicomte de Montelo. Ce prêtre affable et intelligent sut, dès sa première visite à Aljustrel, gagner la confiance des petits voyants et de leurs familles. Il obtint facilement des réponses tranches et complètes à toutes ses questions. Ayant assisté, le 13 septembre, à la cinquième apparition, il se présenta quelques jours plus tard, chez les parents de Lucie et interrogea minutieusement l'un après l'autre les trois enfants. Le 11 octobre, il visita la famille Gonçalves, une des plus notables de Vila Nova d'Ourem, pour obtenir divers renseignements sur les familles Marto et Santos. Le même jour, il vint de nouveau à Aljustrel interroger successivement madame Santos, Lucie, la petite Jacinte et François. Le soir du 13 octobre, il visita la famille Marto et interrogea longuement Lucie, Jacinte et François qui répondirent de bon cœur à toutes ses questions. Ses comptes-rendus qu'il rédigeait aussitôt après avoir interrogé, sont des documents précieux. (Ils sont publiés in-extenso dans la partie documentaire de l'ouvrage du chanoine Barthas.)

CHAPITRE VII

SIXIÈME APPARITION

Comme il fallait s'y attendre, le miracle annoncé pour le 13 octobre suscitait un grand émoi dans tout le Portugal. Des amis de la famille Santos disaient à Lucie et à ses cousins: "Mes enfants, si le prodige que vous avez annoncé ne se produit pas, la foule est capable de vous brûler vifs". Le bruit courait que des sectaires feraient exploser des bombes pour tuer les voyants au moment de la dernière apparition. A cette menace, les enfants répondaient en souriant: "Tant mieux si l'on nous tue ! Nous irons plus tôt avec la Très Sainte Vierge au Paradis."

Dès le matin du 12 octobre, des véhicules de tous genres encombrèrent les routes de Fatima. Par tous les chemins, on voyait s'avancer des foules de pèlerins dont plusieurs marchaient pieds-nus en disant le chapelet et en chantant des cantiques. En dépit de la fraîcheur de la saison, tous ces gens avaient décidé de passer la nuit suivante en plein air pour avoir une meilleure place le lendemain. Toute la matinée du 13, malgré la pluie battante, les pèlerins continuèrent d'affluer. Vers onze heures, plus de soixante mille (Certains parlent de soixante-dix mille) personnes, trempées jusqu'aux os par la pluie qui tombait toujours, avaient envahi la Cova et attendaient l'arrivée des voyants. Lorsqu'ils parurent, il fallut leur constituer une forte garde de corps pour empêcher la foule de les écraser. Pressée de tous côtés par les flots de cette mer humaine, Jacinte, prise de panique, se mit à pleurer. Arrivés à l'endroit de l'apparition, les enfants récitent le chapelet comme à l'ordinaire. Tout à coup Lucie aperçoit l'éclair et, regardant le ciel, s'écrie: "La Voici ! La Voici !" La Dame a paru sur le petit chêne vert. La foule voit se former au-dessus des enfants une nuée blanche qui s'élève trois fois dans l'air.

- Qui êtes-vous, Madame, et que voulez-vous de moi ? demande Lucie... L'Apparition répond:

- Je suis Notre-Dame du Rosaire, et je veux ici une chapelle en mon honneur.

Pour la sixième fois, la Sainte Vierge recommande la récitation du chapelet et elle annonce que la guerre touche à sa fin.

Lucie lui ayant présenté de nombreuses suppliques, la Sainte Vierge répond: "J'en exaucerai quelques-unes, les autres non". Puis elle ajoute avec un accent de profonde tristesse: "Il faut que les hommes se corrigent, qu'ils demandent pardon de leurs péchés et qu'ils cessent d'offenser Notre-Seigneur déjà trop offensé !" Telles furent ses dernières paroles. Elle les prononça avec un accent si douloureux que les enfants les gravèrent à jamais dans leur cœur.

Comme la Dame allait partir, elle écarta les mains dans un geste connu, comme pour diriger les regards de ses trois confidents vers le soleil, devenu tout à coup visible. La foule fut alors témoin d'un spectacle inouï. "Tout d'un coup la pluie s'est arrêtée et les nuages opaques depuis le matin sont dissipés. Le soleil apparaît au zénith semblable à un disque d'argent que les yeux peuvent fixer sans être éblouis, et il se met à tourner sur lui-même comme une roue de feu projetant dans toutes les directions des gerbes de lumière dont la couleur change plusieurs fois. Le firmament, la terre, les arbres, les rochers, le groupe des voyants et la multitude immense, apparaissent successivement teintés de jaune, de vert, de rouge, de bleu, de violet. L'astre du jour s'arrête quelques instants. Puis il reprend sa danse de lumière d'une manière plus éblouissante encore. Il s'arrête de nouveau pour recommencer une troisième fois, plus varié, plus coloré, plus brillant encore, ce feu d'artifice si fantastique qu'aucun artificier n'aurait pu en imaginer de semblable... Tout à coup tous ceux qui composent cette multitude, tous sans exception, ont la sensation que le soleil se détache du firmament et, par bonds en zigzag, se précipite sur eux. Un cri formidable sort à la fois de toutes les poitrines..."

Tous les assistants virent 1e prodige qui dura environ dix minutes. Des gens qui se trouvaient à plusieurs milles de la Cova le virent également et furent saisis d'une profonde stupeur.

Un grand quotidien libre penseur de Lisbonne, le journal O Seculo, qui avait publié déjà plusieurs articles de calomnies railleuses sur les événements de Fatima, avait dépêché ses meilleurs reporters au lieu des apparitions. Ces messieurs virent le miracle comme tous les autres spectateurs et furent, à leur grand regret, obligés de le raconter.

Pendant que s'accomplissaient les prodiges solaires, les trois voyants aperçurent la Sainte Famille qui apparaissait dans le ciel à côté du soleil. Lucie vit Notre-Seigneur bénissant la foule, et la Très Sainte Vierge vêtue comme Notre-Dame des Sept Douleurs et comme Notre-Dame du Mont-Carmel.

La Dame avait tenu sa promesse. Elle était revenue le 13 octobre; elle avait dit son nom et confirmé son message par un miracle inouï opéré à la vue d'une foule immense.

CHAPITRE VIII

VIE ÉDIFIANTE DES PETITS VOYANTS

François et Jacinte n'en avaient pas pour longtemps sur la terre; la Sainte Vierge le leur avait dit. En décembre 1918, ils furent atteints en même temps de la grippe espagnole. François parut se rétablir après quelques semaines de maladie, mais fut emporté peu après, le 4 avril 1919.

Chez Jacinte, le mal dégénéra en pleurésie. Elle languit plus d'un an et mourut à la suite d'une intervention chirurgicale qu'elle savait inutile et qui lui fit endurer d'atroces douleurs.

Des trois enfants privilégiés qui avaient vu la Sainte Vierge, il ne restait que Lucie. Séparée de ses deux petits compagnons, elle continua d'aller à la Cova. Prier en ce lieu béni où .la Sainte Vierge lui était apparue, était sa plus grande joie. Elle tâchait de se dissimuler dans la foule des pèlerins qui y affluaient déjà, n'ayant pas de plus cher désir que de passer inaperçue. Mais comme le clergé s'abstenait de toute participation officielle à ces pèlerinages, Lucie se trouvait malgré elle le guide religieux des foules qui se rendaient à la Cova.

Monseigneur José da Silva, évêque du diocèse de Leiria, nouvellement rétabli, crut bon d'éloigner la voyante pour un temps. Il voyait là un moyen d'éprouver les sentiments des pèlerins et aussi de protéger Lucie de la curiosité et de la malignité publiques, tout en éprouvant sa sincérité. Lucie fut confiée à la directrice d'un pensionnat de Porto, dirigé par les Sœurs de Sainte-Dorothée. Cette mesure opportune fut le résultat d'une décision prise d'un commun accord entre l'évêque de Leiria, le curé de Fatima, la famille de Lucie et la voyante elle-même. Monseigneur José da Silva fit une triple recommandation à Lucie, l'avant-veille de son départ: "Mon enfant, vous ne direz à personne où vous allez; au pensionnat, vous ne direz

à personne qui vous êtes et vous ne parlerez à personne des apparitions de Fatima".

Lucie observa parfaitement la consigne du silence et la directrice de l'orphelinat qui ne croyait pas aux apparitions, veilla avec le plus grand zèle à ce que rien ne put révéler l'identité de sa pensionnaire, ni lui apporter la moindre nouvelle de ce qui se déroulait à Fatima.

Elle lui changea son nom en celui de Marie des Douleurs.

Pendant les quatre ans de solitude que la voyante passe au pensionnat, elle prie, elle étudie et elle s'applique à demeurer inaperçue. Elle sent bientôt que Dieu l'appelle à la vie religieuse.

En 1925, au sortir du pensionnat, elle est admise comme postulante chez les sœurs de Sainte-Dorothée. Son identité demeure toujours secrète. Seule sa supérieure en est informée. Tout le Portugal parle de Lucie, mais personne ne sait où elle est, pas même les compagnes qui vivent à ses côtés.

Le 30 octobre 1928, elle prononça ses premiers vœux. Six ans plus tard, elle fut admise aux vœux perpétuels. Monseigneur José de Silva, jugeant opportun de ne pas cacher plus longtemps l'identité de la voyante, vint présider lui-même la cérémonie. Quelque temps après, il demanda à Sœur Marie des Douleurs de mettre par écrit tout ce qu'il lui était permis de révéler sur les apparitions de Fatima et sur la vie des trois petits voyants. Bien qu'il en coûtât à son humilité, Marie des Douleurs se rendit au désir de son évêque et ses écrits nous ont appris des choses bien touchantes que les trois voyants avaient cachées avec le plus grand soin.

Un an avant les apparitions, un ange leur était apparu plusieurs fois, pour les préparer à leur mission; il leur avait appris à prier les Sacré-Cœur de Jésus et de Marie et à faire des sacrifices pour la conversion des pécheurs.

Sur la propriété de Monsieur Santos, ils avaient maintes cachettes où ils aimaient à se retirer pour parler des choses du ciel. Ils y priaient souvent des heures entières à l'abri des regards indiscrets.

Dès la première apparition, nous l'avons dit, la Sainte Vierge leur avait demandé "d'offrir des sacrifices en réparation des péchés qui offensent la Divine Majesté... et le Cœur Immaculé de Marie". Les enfants répondirent à cette invitation avec une ardeur qui pourrait déconcerter la prudence humaine, mais que soutenaient des grâces et des lumières exceptionnelles. Nous avons parlé des persécutions dont les trois voyants furent l'objet. Ils les acceptèrent généreusement, heureux de souffrir comme la Sainte Vierge le leur avait demandé.

Leur soif d'immolation leur fit inventer mille moyens de se mortifier. Pendant qu'ils gardaient leurs brebis, dans les champs d'Aljustrel, il leur arrivait de donner leur dîner à des enfants pauvres qu'on envoyait mendier. Cette charité les obligeait à jeûner jusqu'au soir; tout allait bien dans la matinée, mais vers la fin de l'après-midi, l'épuisement se faisait durement sentir et il leur fallait tromper la faim ou la soif en mangeant des mûres et en suçant des herbes.

Un jour, la petite Jacinte traverse une talle d'orties et s'aperçoit que ces plantes lui causent de cuisantes démangeaisons. Elle s'en flagelle aussitôt les jambes, toute heureuse d'avoir trouvé un autre moyen d'offrir des sacrifices pour la conversion des pécheurs. Chrétiens qui tremblez devant les plus légères souffrances, qu'en pensez-vous ?... Qu'en pensez-vous, cœurs pusillanimes qui ne voulez plus entendre parler de pénitence et qui cherchez tant de raisons pour vous justifier de ne pas souffrir ?

Entre la quatrième et la cinquième apparition, nos trois petits amis trouvèrent une corde sur la route. L'un d'eux se l'étant mise au poignet constata qu'elle meurtrissait la peau. Tout à la joie de leur précieuse trouvaille, ils la partagèrent avec une pierre et chacun s'en attacha un bout autour des reins. Ils la portèrent d'abord jour et nuit, mais la Sainte Vierge, dans son apparition du 13 septembre, après leur avoir dit que Notre-Seigneur aimait beaucoup leurs sacrifices, leur demanda de la porter pendant le jour seulement.

Pareilles mortifications chez des enfants de cet âge supposent une force d'âme extraordinaire. On comprend mieux maintenant qu'ils n'aient pas fléchi devant les menaces du sous-préfet d'0urem. La grâce leur avait communiqué un amour ardent du sacrifice et cet amour les armait d'un courage invincible. La force prodigieuse de ces âmes d'enfants illustrait une fois de plus les paroles de l'Apôtre: "Infirma mundi elegit Deus ut confundat fortiora - Dieu a choisi ce qui est faible selon le monde pour confondre ce qui est fort" (I Cor., I, 27). Les habitants d'Aljustrel qui voyaient passer tous les jours les trois petits bergers avec leur troupeau étaient loin de soupçonner qu'il y eût tant de grandeur et de pareilles beautés dans ces âmes d'enfants. Depuis que le Verbe s'est revêtu de notre humanité, depuis qu'il s'est incarné dans le sein de la Vierge, depuis qu'il s'est comme anéanti, selon le mot de saint Paul, en prenant notre condition d'esclave, on dirait que Dieu aime à se déguiser, à se dérober pour nous confondre et nous instruire. Depuis que le Fils de Dieu s'est montré sous les traits gracieux d'un enfant, qu'il a posé comme condition d'admission dans son royaume, de ressembler à des enfants, ne dirait-on pas que le cœur de ces petits est sa cachette préférée ? "Vous êtes vraiment un Dieu caché !" s'écriait déjà le Prophète dans son très beau cantique (Is., XLV, 15).

Le jeune François était ravi par la pensée de la présence de Dieu en lui. Cette idée faisait ses délices et le plongeait dans des méditations profondes. Consoler Notre-Seigneur attristé par les péchés des hommes, était une autre de ses constantes préoccupations. Il s'absorbait des heures entières dans cette pensée, avec une attention telle qu'il lui arrivait de ne pas entendre son nom crié à quelques pas de lui. Il mourut dans une grande paix, après avoir dit à sa mère :"Regarde, maman, la belle lumière qui vient".

La petite Jacinte parlait souvent comme une grande mystique. Au cours de sa crucifiante maladie, elle répétait: "J'aime tant Notre-Seigneur et la Sainte Vierge que je ne me fatigue. jamais de le leur dire". Lucie lui ayant apporté une image du Sacré-Cœur, Jacinte la gardait constamment avec elle et la baisait en disant d'une voix très douce: "Je baise le cœur de Celui que j'aime le mieux". Quand Lucie revenait de l'église après avoir communié, Jacinte la faisait placer près d'elle "pour être plus près de Notre-Seigneur".

Cette fillette qui n'avait pas dix ans supporta avec la plus grande patience les cruelles souffrances de sa longue maladie. Elle s'offrait en victime à Dieu pour sauver les pécheurs, pour les empêcher de tomber dans les flammes de l'enfer que la Sainte Vierge lui avait fait voir lors de la troisième apparition. Cette vision effrayante l'avait beaucoup impressionnée et le sentiment dominant qui lui en était resté était une pitié extrême pour les pauvres âmes qui vivent dans le péché.

A Lucie qui venait souvent la voir dans sa chambre de malade, elle disait: "Je pense à Notre-Seigneur, à sa divine Mère, aux pécheurs et à la guerre qui doit venir. il mourra tant de monde. Il y en a tant qui vont en enfer !... Il y aura tant de maisons détruites, tant de prêtres morts !..."

A l'été de 1919, on la conduisit à l'hôpital de Vila-Nova de Ourem où elle passa les mois de juillet et d'août. Son état ne fit que s'aggraver et on la ramena chez elle. La Sainte Vierge qui lui était déjà apparue au cours de sa maladie, lui apparut de nouveau. "La Sainte Vierge m'a annoncé, confia-t-elle à Lucie, que j'irai à Lisbonne dans un autre hôpital. Je ne te reverrai plus, ni mes parents. Après avoir beaucoup souffert, je mourrai seule". C'est, en effet, ce qui arriva. La petite Jacinte expira à l'hôpital Dona Stefania de Lisbonne, le 20 février 1920, à dix heures du soir, n'ayant qu'une garde de nuit à son chevet, loin de ceux qu'elle aimait, mais consolée sans doute par l'espérance de revoir au ciel, pour n'en être jamais plus séparée, la belle Dame qui avait daigné lui apparaître plusieurs fois sur la terre.

CHAPITRE IX

LES PÈLERINAGES DE FATIMA

Avant toute intervention et toute approbation de l'Église, les pèlerins se rendirent au lieu des apparitions. Ils y affluèrent par milliers et par dizaine de milliers, notamment le 13 de chaque mois, de mai à octobre. Au printemps de 1919, les pèlerins y bâtirent d'eux-mêmes une petite chapelle, le curé de Fatima ayant reçu l'ordre du Patriarcat de Lisbonne de ne se mêler de cette affaire en aucune façon.

En 1920, le gouvernement du Portugal voulut, lui, se mêler de nouveau de ce qui ne le regardait pas. Il décida de mettre un terme au mouvement de foi populaire que l'autorité ecclésiastique n'approuvait ni ne condamnait. Le matin du 13 mai, il fit placer des troupes de la Garde Républicaine sur toutes les routes qui mènent à la Cova, avec ordre d'arrêter les pèlerins. Contraints à une besogne qui leur répugnait, les soldats laissèrent passer les pèlerins et demandèrent à leurs officiers la permission d'aller eux aussi prier à la Cova.

Dans la nuit du 6 mars 1922, des fanatiques vinrent dynamiter la petite chapelle élevée au lieu des apparitions. Cet attentat souleva une vive indignation dans tout le pays. On prépara pour le 13 mai suivant un pèlerinage de réparation. Malgré tous ses efforts, le gouvernement ne parvint pas à l'empêcher. Soixante mille personnes accoururent de toutes les parties du Portugal pour faire amende honorable à la Sainte Vierge qu'une poignée de sectaires avaient bassement outragée à la face de tout un peuple définitivement conquis à l'auguste Reine du Ciel.

Le diocèse de Leiria auquel appartenait la paroisse de Fatima avait été supprimé par Léon XIII, en 1881; il fut juridiquement rétabli en janvier 1918 et Rome lui donna pour évêque Monseigneur José da Silva. Dès son accession au siège épiscopal, en août 1920, le nouvel évêque se mit à l'étude des événements de Fatima. Il interrogea maintes fois Lucie, la seule survivante des trois voyants. Le 13 octobre 1921, il autorisa la célébration d'une messe à la Cova et s'occupa d'y organiser le culte, les pèlerins continuant de s'y rendre de plus en plus nombreux, les 13 de chaque mois. Bientôt une source qu'on crut miraculeuse jaillit près du lieu des apparitions, dans le roc où des ouvriers creusaient une citerne pour recueillir l'eau des pluies. Le 13 mai 1922, Monseigneur da Silva ouvrit l'enquête officielle de l'Église sur les événements de Fatima. Il institua une commission de sept membres, chargés de les examiner et fit un précepte à tous les fidèles de son diocèse de déclarer à cette commission tout ce qu'ils savaient pour ou contre les apparitions. L'enquête dura sept ans, et quand tous les travaux de la commission furent terminés, Monseigneur da Silva prit six mois pour examiner encore tous les documents et préparer sa décision, et ce n'est que le 13 octobre 1930 qu'il publia le décret déclarant dignes de foi les visions des petits bergers et autorisant officiellement le culte de Notre-Dame de Fatima.

Le peuple portugais accueillit le décret avec une allégresse sans borne. Tout le clergé cette fois s'unissait au peuple pour acclamer la Reine du Ciel qui avait daigné favoriser le Portugal d'une si insigne faveur. Un pèlerinage national d'action de grâces s'organisa aussitôt; il eut lieu le 13 mai 1931, sous la présidence de son Éminence le Cardinal Cerejeira, patriarche de Lisbonne. Trois cent mille pèlerins et tous les évêques du pays y prirent part.

Dès l'année 1928, le nombre des pèlerins venus à Fatima avait dépassé le million. Depuis, ce nombre s'est considérablement accru. On estime que, chaque année, un Portugais sur six fait son pèlerinage à Notre-Dame de Fatima. En 1929, un prêtre de Bavière ayant participé au pèlerinage du 13 mai disait: "C'est un spectacle unique au monde. J'ai assisté à Rome à la canonisation de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, j'ai vu cette foule débordante de plus de quatre-vingt mille personnes remplissant St-Pierre et inondant la gigantesque place. Mais qu'était-ce en comparaison de cette multitude immense et pleine d'esprit de sacrifice et de dévotion à la Vierge et au Saint-Sacrement !"

Le Père Gonzague Cabrai S. J., prédicateur officiel au pèlerinage du 13 mai 1930, a écrit: " Ce jour-là, j'eus devant moi un auditoire de plus de deux cent mille et peut-être de trois cent mille pèlerins ". Le nonce apostolique de Lisbonne, Monseigneur Jean-Bède-Cardinale disait du pèlerinage du 13 mai 1932: "J'avoue n'avoir jamais assisté à un spectacle comme celui que Fatima m'a offert le 13 de ce mois. Cette multitude énorme acclamant la Vierge dans un délire de foi et d'amour..., c'est une chose qui en émouvant jusqu'aux larmes, fait sur l'esprit une impression profonde, inoubliable". Au pèlerinage anticommuniste du 13 mai 1938, le nombre des pèlerins fut évalué à environ cinq cent mille.

Ces foules qui le 13 de chaque mois, particulièrement de mai à octobre, se rendent en pèlerinage à Fatima, s'imposent de dures pénitences. Plusieurs pèlerins viennent de très loin et font le voyage à pieds en disant le chapelet. L'accès du sanctuaire n'est pas facile. Fatima n'a ni hôtels, ni lieux de commodité. "Les pèlerinages à Notre-Dame de Fatima, a dit Monseigneur José da Silva, doivent conserver leur caractère primitif de piété, de pénitence et de charité. On va à Fatima pour prier et faire des mortifications".

Dès la veille du pèlerinage, c'est-à-dire le douze du mois, les foules arrivent à la Cova. Le soir, à dix heures, on fait la procession aux flambeaux. Les milliers de cierges allumés illuminent le petit vallon comme en plein jour. De puissants haut-parleurs répercutent de tous côtés la voix d'un prêtre qui dirige les chants et les prières. Le Credo chanté à l'unisson par la foule termine la procession. A minuit, commence l'adoration nocturne. On récite le Rosaire; entre chaque dizaine, un prêtre explique le mystère à méditer et recommande aux assistants diverses intentions. Vers deux heures du matin, on se relaie dans l'office de la prière pour permettre aux plus fatigués de se reposer un peu. La plupart se contentent de s'étendre sur le sol. Des prêtres

sont à la disposition de qui veut se confesser. Au lever du jour, ils célèbrent la messe aux autels du sanctuaire.

Sur le palier du porche de la basilique en construction, on dresse un autel où, vers sept heures, un des évêques présents célèbre la messe de communion générale. Au cours des grands pèlerinages des mois d'été, les prêtres ont souvent distribué plus de trente mille communions.

A midi, on transporte solennellement la statue de la Sainte Vierge, de la chapelle des apparitions à l'autel où va être célébrée la messe des malades. Au passage de la statue, les pèlerins les plus rapprochés lancent des fleurs; dans tout le vallon, les mouchoirs s'agitent comme des drapeaux; toutes les bouches crient des invocations; la foule salue la Sainte Vierge dans une immense clameur; et on pleure de joie comme si elle apparaissait encore à l'heure de midi dans ce vallon béni.

Les malades qui viennent implorer leur guérison sont admis dans une enceinte réservée. Il y en a toujours plusieurs centaines. La messe terminée, le Saint-Sacrement est porté, comme à Lourdes, devant chacun d'eux. Un bureau de constatation, institué par l'évêque de Leiria, a enregistré jusqu'à date plus de huit cents miracles.

Après la bénédiction du Saint-Sacrement et l'allocution d'adieu, la statue de la Sainte Vierge est reconduite triomphalement à sa chapelle et les pèlerins s'en retournent, l'âme débordante de reconnaissance, emportant dans leurs foyers l'inoubliable souvenir d'un spectacle grandiose, d'une manifestation de foi et d'amour telle qu'on n'en vit jamais dans aucun pays...

DEUXIÈME PARTIE

QUELQUES LEÇONS

CHAPITRE I

GIFLE FORMIDABLE A L'INCRÉDULITÉ

A aucune époque de l'histoire, le Surnaturel n'a été raillé avec plus de désinvolture, combattu avec plus d'acharnement, renié avec plus de fureur. Une vaste conspiration s'est tramée contre lui au XVIIIe siècle. Voltaire et ses pareils l'ont attaqué avec une haine de démon, et ils ont osé dire qu'en l'attaquant ils défendaient la Raison. Le XIXe siècle a continué la guerre au nom de la Science. Plus la Science nous montrait Dieu dans la beauté, la perfection, l'harmonie du monde, plus elle s'acharnait à nier Dieu. C'est l'un des

phénomènes les plus étranges et l'une des aberrations les plus invraisemblables de l'histoire. La lutte contre le surnaturel ne s'est pas ralentie en notre siècle. Même elle produit déjà des fruits épouvantables. Les récents événements commencent de nous montrer, dans une évidence terrible, où va l'humanité et à quoi elle doit s'attendre, quand elle a la prétention de se passer de Dieu.

Mais le matérialisme athée s'obstine à ne pas voir et il ne désarme pas. Il continue sa lutte impie. L'homme, déclare-t-il, n'a pas besoin d'être religieux; il peut, sans l'être, vivre en paix sur la terre; son bonheur est dans ce monde, dans les biens de la vie présente; la Science prouve qu'il n'y a pas de surnaturel, pas de réalité supraterrestre; c'est la Science qui va maintenant remplacer la Religion; c'est la Science qui civilise les peuples et les rend libres; l'Église catholique est l'ennemie de la civilisation et ses dogmes, pas plus que sa morale, ne tiennent devant la Science. Ainsi parle le matérialisme contemporain négateur du bon sens et de la foi.

Dans sa lutte contre le surnaturel, l'incrédulité savante s'en prend avant tout au miracle comme au représentant le plus dangereux d'un monde qu'elle déclare illusoire, mais qu'elle redoute quand même. Renan affirmait avec beaucoup d'optimisme que la science faisait reculer le miracle, et le cher homme voulait dire par là qu'il n'y avait jamais eu de miracles, qu'il ne pouvait y en avoir. Les événements de Fatima sont extrêmement embarrassants pour ses disciples et pour tous ceux qui espèrent encore pouvoir en finir avec le surnaturel par une étude plus critique de l'histoire ou une meilleure intelligence des lois physico-chimiques. La voici, une bonne fois, très embêtée cette prétendue science matérialiste ! La voici dans une fameuse impasse et elle ne l'a, certes, pas volé. Il y a assez longtemps qu'elle dupe la société moderne et qu'elle insulte à la vérité. Elle a osé mettre le surnaturel au défi, elle lui a crié de se montrer, elle l'a sommé de comparaître devant des hommes formés à ses disciplines et supposés capables de lui faire son procès. Dieu a relevé le défi et il faut que sa miséricorde soit vraiment sans limite pour qu'Il daigne donner à la race incrédule et méchante que nous sommes un signe si formidable et si peu mérité.

La science ne peut nier les événements de Fatima au nom de l'histoire; ils sont contemporains; ils ont été constatés par des milliers de témoins, croyants et incroyants, qui vivent encore, et ils sont arrivés de telle manière que toute tentative de les expliquer par des causes naturelles serait une abdication de l'usage même de la raison.

La soi-disant critique historique qui faisait si bon marché des miracles de l'Évangile, ne peut plus fonctionner ici, ayant affaire à des faits actuels. Et voilà que s'écroulent du même coup toutes les hypothèses adroites ou maladroites, toutes les conjectures ingénieuses ou venimeuses, et tous les systèmes pseudo-scientifiques échafaudés depuis cent ans par des cerveaux rationalistes ou modernistes afin de démontrer l'impossibilité du miracle. Les événements de Fatima ne laissent à l'incrédulité savante qu'une alternative: fermer définitivement la "gueule" ou capituler.

CHAPITRE II

SOTTISE ET HYPOCRISIE DÉMASQUÉES

L'Église catholique est loin d'être crédule. Ceux qui lui portent cette accusation ne la connaissent pas ou la calomnient effrontément. Voulez-vous savoir quelle est son attitude, quand elle doit se prononcer sur le caractère miraculeux d'un événement ? Voyez ce qu'elle a fait à Fatima. Elle a mis treize ans à étudier et à discuter des faits dont le caractère surnaturel parut évident dès la première heure à la plupart de ceux qui en furent témoins.

Les ennemis de la religion, nous l'avons dit, ne furent pas si patients. Avant toute enquête, avant tout examen, avant toute considération sérieuse, ils se prononcèrent et se prononcèrent contre les événements de Fatima. L'Église n'avait pas ouvert son enquête, les apparitions ne faisaient que commencer, les premières rumeurs s'en répandaient à peine, que toute la presse irréligieuse du Portugal avait déjà rendu son verdict. Contrairement à la presse catholique qui se taisait, les journaux libres-penseurs criaient déjà à l'imposture dans tout le pays. Ils avaient fait exactement la même chose en France, un demi-siècle plus tôt, lors des apparitions de Lourdes. Les catholiques n'en avaient encore rien dit, la plupart même n'en avaient pas entendu parler que toute la presse irréligieuse établissait la fausseté des apparitions, démontrait l'impossibilité du miracle et dissertait sur les inconséquences de la religion. Où était-elle l'inconséquence ? Chez les incrédules ou les catholiques ? Que pensez-vous de ces hommes qui affirment n'admettre d'autres lois que les faits, et qui, mis en présence des faits, concluent avant de les regarder, parce qu'ils craignent qu'en les regardant l'évidence ne les force de conclure contre leurs théories ? Est-ce là l'attitude du savant ? Ces hommes méritent-ils qu'on les écoute, quand ils s'en prennent au surnaturel au nom de la science ? De quels droits osent-ils nous parler de science, eux qui en méconnaissent ou en méprisent si ostensiblement le principe, et cela au moment même où ils déclarent guerroyer en son nom ? Avant de se déclarer si emphatiquement libres de préjugés et de nous accuser d'en avoir, qu'ils se rappellent donc l'attitude qu'ils ont prise et les sottises qu'ils ont faites en jugeant de façon prématurée Lourdes et Fatima l

Les événements de Fatima, comme ceux de Lourdes, ont de nouveau mis à nu une autre forme d'hypocrisie du fanatisme antireligieux. Les ennemis de l'Église, pour la plupart, parlent continuellement de liberté. Ils préconisent la liberté pour tout et pour tous, et ils font n'importe quoi au nom de la Liberté. Chose curieuse, ces gens qui combattent la religion revendiquent la liberté de conscience et ils accusent l'Église catholique de ne pas la respecter comme eux. Chose étrange encore, ils proclament la liberté absolue de parole et de croyance, et ils oppriment le catholicisme par tous les moyens, dès qu'ils en ont l'occasion. Ces hommes qui nient la Vérité au nom de la Science se font persécuteurs au nom de la Liberté l

Le mal qu'ils se sont donnés pour étouffer les événements de Lourdes en France et ceux de Fatima au Portugal, est inouï. Ils ont essayé de tout, mais sans succès. Ils avaient affaire à la Sainte Vierge dont la puissance invisible déjouait visiblement tous leurs desseins. Railleries, calomnies, machinations secrètes, ruses, mesures vexatoires, subtilités légales, tout échoua dans leurs tentatives d'enrayer le flot envahissant du surnaturel. Ils eurent finalement recours à la force armée qui, elle aussi, s'avéra inutile. La Dame mystérieuse des Apparitions séduisait jusqu'aux soldats chargés d'arrêter les pèlerins qu'une puissance invisible conduisait vers un lieu béni.

CHAPITRE III

CONFIRMATION DU CULTE MARIAL ET DE

L'ENSEIGNEMENT DES PAPES

Le culte marial se justifie de lui-même, si l'on admet que le Christ est Dieu et que la Très Sainte Vierge est sa Mère. Aussi l'Église catholique n'a pas attendu les miracles de Lourdes ni ceux de Fatima pour acclamer, honorer et prier d'une manière spéciale Celle qui, dans son Magnificat, a chanté que "toutes les nations l'appelleraient bienheureuse". Point n'est besoin d'argumenter longtemps pour admettre la légitimité du culte marial. Si, comme tous en conviennent, il est à propos de vénérer la mère d'un grand roi, il est encore bien plus à propos de vénérer la Mère de Dieu. Les honneurs rendus à la mère d'un roi ne diminuent en rien le prestige et la gloire de celui-ci. Bien au contraire, ce roi n'a qu'à s'en féliciter; c'est une reconnaissance implicite de sa propre excellence. Pourquoi en serait-il autrement quand il s'agit du Christ et de la Sainte Vierge ? Si la Sainte Vierge est si grande, n'est-ce pas parce que son Fils est plus grand encore ? Et n'est-ce pas l'honorer Lui-même que d'honorer Celle qu'il s'est choisie pour Mère ?

Dans leur parti pris de protester contre tous les usages de l'Église catholique, les Protestants ont passé outre à ces raisons comme à tant d'autres. Les prodiges de Fatima sont bien embarrassants pour eux. Ce sont des faits contemporains qu'ils n'ont pas la ressource de fausser par le truc de l'interprétation arbitraire, cher aux fervents du Libre Examen.

Or ces faits confirment non seulement la légitimité du culte marial, mais encore la légitimité de l'Église qui préconise ce culte. Si les Protestants sont dans la vérité, si, comme ils le prétendent, leur religion est l'authentique christianisme apporté par Jésus-Christ sur la terre, pourquoi Dieu ne fait-il chez eux des miracles comme il en fait chez nous ? C'est un fait que, de

toutes les Églises qui se déclarent aujourd'hui chrétiennes, l'Église catholique seule offre le signe de miracles multiples et authentiques. Aux Protestants comme aux athées, aux hérétiques comme aux païens, Lourdes et Fatima sont des signes irrécusables.

Lourdes et Fatima confirment d'une manière éclatante l'enseignement des Souverains Pontifes.

A Fatima, la Sainte Vierge nous a recommandé avec beaucoup d'insistance la récitation quotidienne du chapelet. On comprend que cette dévotion lui soit agréable. C'est Elle qui a enseigné le Rosaire à saint Dominique et à ses fils, leur confiant la mission de le prêcher partout comme un moyen très efficace de convertir les hérétiques et les pécheurs.

Le Rosaire est une prière très simple qui peut se réciter partout et qui convient à tous, au laïc comme au prêtre et au religieux, aux personnes du cloître comme aux personnes du monde, aux ignorants comme aux lettrés, aux maîtres de la théologie, aux savants, aux intellectuels et aux artistes comme aux plus humbles gens. Il associe admirablement la prière mentale à la prière vocale; à chaque dizaine d'Ave, il rattache une courte méditation empruntée à la vie de Notre-Seigneur ou de la Sainte Vierge et appelée mystère du rosaire. La facile récitation du Pater et de l'Ave laisse au cœur et à l'esprit la plus entière liberté de méditation et d'oraison. En nous proposant ces méditations, le Rosaire apparaît comme un moyen particulièrement apte à combattre deux maux caractéristiques de notre temps: l'irréflexion et l'ignorance religieuse.

Il n'est donc pas étonnant que l'Église ait si fortement encouragé cette prière et l'ait enrichie de si nombreuses indulgences. Plus de cinquante papes ont élevé la voix pour en proclamer l'excellence et la merveilleuse efficacité. Saint Pie V lui attribua la célèbre victoire de Lépante. A son appel, les catholiques du monde entier récitèrent le Rosaire, pendant que la flotte chrétienne détruisait la flotte musulmane dans le golfe de Lépante.

Depuis un siècle, les Papes, à tour de rôle, nous proposent le Rosaire comme le remède par excellence aux misères de notre époque. Grégoire XVI affirmait que cette prière est "le moyen le plus merveilleux pour détruire le péché et recouvrer la grâce de Dieu".

Au milieu des épreuves et des afflictions nombreuses de son pontificat, Pie IX écrivait: "Nous sommes remplis de joie à la pensée que la Sainte Vierge détruira comme autrefois les erreurs monstrueuses de notre siècle, et qu'elle saura déjouer les attaques sacrilèges des impies, à condition que les fidèles récitent souvent et partout le saint Rosaire". En 1877, Pie IX disait encore: "Grande est la force d'une armée qui tient en main, non l'épée, mais le chapelet".

C'est surtout Léon XIlI, successeur de Pie IX, qui a expliqué et répété à toute l'Église l'importance du Rosaire. Il l'a fait avec une insistance telle qu'on l'a appelé le Pape du Rosaire. Du haut du Vatican, ce grand pontife a vu venir sur le monde moderne une tempête affreuse et nous a proposé le Rosaire comme le meilleur moyen de la conjurer. Le premier septembre 1883, il publie une encyclique ordonnant que, dans toutes les églises catholiques, le mois d'octobre suivant soit consacré au saint, Rosaire. Le 24 décembre de la même année, il demande, par un Bref, qu'on prenne l'habitude de réciter tous les jours le Rosaire, et il ajoute aux Litanies l'invocation: "Reine du Très Saint Rosaire, priez pour nous". En 1884, nouvelle encyclique sur le saint Rosaire. L'année suivante, une autre encyclique ordonne de prêcher partout la pénitence et le Rosaire. En 1886, dans une lettre au Cardinal vicaire, le Souverain Pontife ordonne que le Rosaire soit récité tous les jours dans les églises de Rome dédiées à la Sainte Vierge. En 1887, il adresse une lettre aux évêques d'Italie sur le mois d'octobre et le saint Rosaire. En 1889, nouvelle encyclique dans laquelle il rappelle que l'heure est grave et qu'il faut plus que jamais avoir recours au Rosaire. De 1891 à 1896, il publie chaque année une nouvelle encyclique pour promouvoir la dévotion au Rosaire. En 1897 et en 1898, il insiste de nouveau sur la nécessité d'avoir recours à la prière du Rosaire. Il y revient encore, le 8 septembre 1901, dans une lettre apostolique écrite à l'occasion de la consécration de la Basilique du Rosaire à Lourdes.

Pie X, qui n'avait pas à insister sur le magistral enseignement que Léon XIII venait de donner dans une douzaine d'encycliques, écrivait avant de mourir: "La prière du Rosaire est de toutes la plus belle, la plus riche en grâces et celle qui touche le plus le cœur de la Mère de Dieu... Si vous voulez que la paix règne dans vos foyers, récitez-y le chapelet en commun".

Désolé par le spectacle de la première guerre mondiale, Benoît XV s'adressa à Marie. Après avoir tenté d'inutiles démarches auprès des belligérants pour faire cesser le conflit qui ensanglantait l'Europe, il invita tous les fidèles à demander la paix par l'intercession de la Très Sainte Vierge. Le 5 mai 1917, il écrivit à son secrétaire d'État une lettre dans laquelle il lui disait: "Puisque toutes les grâces que l'Auteur de tout bien daigne nous accorder sont par un dessein amoureux de sa divine Providence, dispensées par les mains de la Sainte Vierge, nous voulons plus que jamais en cette heure redoutable que se tourne vive et confiante vers l'auguste Mère de Dieu, la demande de ses enfants très affligés. En conséquence, Nous vous chargeons de faire connaître à l'Épiscopat du monde entier notre ardent désir que l'on ait recours au Cœur de Jésus, trône des grâces, et qu'à ce trône on ait recours par Marie". Huit jours plus fard, le 13 mai, la Sainte Vierge apparaissait aux trois petits bergers de Fatima. Au cours de ses apparitions, elle leur demanda de prier pour la cessation de la guerre et elle leur dit: "Seule Marie peut obtenir cette grâce aux hommes". La voix de la Très Sainte Vierge répondait à celle de Benoît XV; elle répondait aussi à celle de Léon XIII et de tous les Souverains Pontifes qui avaient recommandé au monde la récitation du Rosaire. A Lourdes, la Sainte Vierge a dit: "Je suis l'Immaculée Conception ", quatre ans après que Pie IX eût défini solennellement le dogme de l'Immaculée-Conception; à Fatima, elle s'est nommée "Notre-Dame du Rosaire", et elle a demandé à chaque apparition ce que Léon XIII avait demandé avec une insistance extraordinaire du commencement à la fin de son pontificat.

SAINT MICHEL ARCHANGE, défendez-nous dans le combat et soyez notre protecteur contre la méchanceté et les embûches du démon. Que Dieu lui commande; nous vous en supplions; et, vous, prince de la milice céleste, par le pouvoir divin qui vous a été confié,

précipitez au fond des enfers Satan et les autres esprits mauvais, qui parcourent le monde pour la perte des âmes.

Amen

CHAPITRE IV

NÉCESSITÉ URGENTE DE NOUS CONVERTIR

En moins d'un siècle, la Sainte Vierge est apparue trois fois pour nous en avertir. Le fait est sans précédent dans l'histoire. Les dangers et les malheurs qui nous menacent doivent être extrêmement sérieux pour que notre Mère du ciel vienne à trois reprises nous avertir d'une façon aussi exceptionnelle. En 1846, elle se montrait en pleurant à deux petits bergers de in Salette et leur disait: "Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils". Ce message fut peu écouté; il eut chez les catholiques eux-mêmes des adversaires acharnés.

Quelques années plus tard, la Sainte Vierge revenait à Lourdes pour nous dire: "Pénitence l pénitence l" Quoique le message de Lourdes eût été confirmé par des milliers de miracles éclatants, nous ne l'avons pas écouté. Mère infiniment patiente, la Sainte Vierge a daigné nous revenir encore et nous avertir une troisième fois en confirmant cette fois son message par des miracles inouïs. "Il faut que les hommes se corrigent, qu'ils demandent pardon de leurs péchés, a-t-elle dit aux petits bergers de Fatima; qu'ils n'offensent plus Notre-Seigneur qui est déjà trop offensé l" Allons-nous comprendre enfin ?

Hélas l ce grave avertissement remonte à plusieurs années déjà et au lieu de s'amender le monde se déprave; il se précipite avec une frénésie accrue dans la luxure et l'irréligion.

A sa troisième apparition, Notre-Dame avait dit aux trois petits voyants de Fatima que la guerre d'alors (1917) allait vers in fin, mais que, si les hommes ne s'amélioraient pas, il y en aurait une autre qui serait pire.

La tragédie qui vient de se dérouler sur le vieux continent et qui n'est peut-être pas aussi finie qu'on le croit, est terrible, plus terrible que tout ce que peut exprimer la parole humaine. Une imagination dantesque accumulant toutes les horreurs ne suffirait pas même à la concevoir. Quoique la radio en ait parlé jour et nuit depuis six ans, quoique les journaux l'aient racontée en d'innombrables colonnes, quoique le cinéma et les revues illustrées nous aient saturés de scènes affreuses, l'idée que nous avons de cette guerre est inadéquate. Le bilan des dégâts, le chiffre exact des mutilés et des morts n'est pas encore connu et ne le sera probablement jamais. Le relevé de toutes les atrocités est impossible; le compte-rendu de toutes les tortures physiques et morales est plus impossible encore. Et quand quelqu'un pourrait nous révéler toutes ces choses, quand nous saurions tout ce qui s'est passé depuis six ans, en Europe, en Asie, en Océanie, dans tous les pays en guerre et sur tous les océans du globe, notre idée de la grande tragédie resterait insuffisante; cette idée serait encore trop abstraite. Nous n'avons pas entendu le fracas des canons, des bombes, des cités qui brûlent et qui s'écroulent; nous n'avons pas entendu le cri de ceux qui sont morts dans les flammes ou dans les ruines, le cri des mères et des enfants dans les villes assiégées ou bombardées. Nous n'avons pas vu les vraies mêlées, les vrais corps-à-corps, les hommes que la mitraille fauche ou qui s'éventrent à la baïonnette. Nous n'avons pas vu les membres fracassés ou arrachés, les entrailles répandues, les cervelles coulant des crânes ouverts. Nous n'avons pas vu les monceaux de morts, les cadavres qu'on empile au bord des routes et qu'on charrie à pleins camions. Nous n'avons pas vécu des semaines et des mois dans l'attente immédiate de la mort, sous la constante menace des balles et des bombes, torturés par la faim, la soif, le froid, l'insomnie, et le cœur déchiré par tous les deuils. Pendant que des millions de malheureux enduraient ces tortures, nous avons vécu d'heureux jours dans un pays paisible.

Avons-nous au moins changé ? Sommes-nous devenus meilleurs pendant que la colère divine frappait si dur au delà des mers ? Y a-t-il maintenant plus de loyauté dans nos consciences, plus d'honnêteté dans nos mœurs, plus de sincérité dans nos vies ? Les droits de Dieu sont-ils plus respectés ? Dieu est-Il mieux servi ? Voit-on plus de fidèles dans nos églises, plus de pénitents autour des confessionnaux, plus de communiants à la Table Sainte ? Y a-t-il plus de charité dans nos cœurs et dans nos actes, plus de justice, plus de droiture dans nos affaires ? Voit-on plus de décence dans les rues de nos villes, plus de pudeur dans nos usines et sur nos plages ? La conduite de nos jeunes gens et de nos jeunes filles est-elle plus édifiante ? Les lois du mariage sont-elles plus respectées ? En un mot, sommes-nous meilleurs ou pires ? Qu'avons-nous fait pour nous convertir, pendant que des événements d'une extrême gravité nous avertissaient qu'il est temps de nous convertir ? N'avons-nous pas peur que la colère divine ne nous visite à notre tour, sur cette terre d'Amérique où le mépris des lois de Dieu est devenu partout flagrant ? Ne nous endormons pas dans une fausse sécurité en oubliant que les châtiments de Dieu sont des réalités, et qu'ils sont terribles. Ne nous endormons pas en nous disant que les populations du vieux monde les méritaient plus que nous, ces châtiments. Convertissons-nous, revenons à Dieu, et au plus tôt l N'attendons pas que des malheurs épouvantables rendus nécessaires par notre endurcissement et notre aveuglement volontaire, nous tombent d'aplomb sur la nuque, pour admettre que nous aussi nous avons gravement offensé Dieu. Prions pour que le message pressant de Notre-Dame de Fatima soit connu, compris et accepté au plus tôt dans notre pays et spécialement dans notre province, pour que tous tombent à genoux, touchés par la grâce du repentir et ayant véritablement compris qu'il faut demander pardon par une grande croisade de pénitences et de prières.

CHAPITRE V

FAISONS PÉNITENCE

Un grand nombre de chrétiens, imbus des idées païennes du siècle, ne se souviennent plus de leurs fins dernières. Ils ne s'intéressent plus qu'aux choses d'ici-bas; seule la vie présente a maintenant pour eux valeur de réalité; ils ne savent plus la regarder à la manière chrétienne, c'est-à-dire dans la perspective de l'éternité.

Notre-Dame de Fatima est venue nous retracer cette perspective d'éternité. A ses trois petits confidents, elle a parlé de Dieu, de l'au-delà, du salut des âmes, du bonheur éternel, du péché, de ses terribles conséquences dans cette vie et dans l'autre, de la nécessité de prier et de faire pénitence pour obtenir son salut.

Le message de pénitence de Notre-Dame de Fatima est une autre confirmation de la voix de l'Église qui, dans notre siècle d'irréligion et de sensualisme, prêche la pénitence comme elle l'a toujours prêchée. Fidèle aux enseignements du Christ qu'elle a pour mission de conserver intacts et d'annoncer à toutes les nations jusqu'à la fin des siècles, l'Église catholique seule élève encore la voix pour dire aux hommes: "Repentez-vous l Faites de dignes fruits de pénitence". C'est ce que criait le Précurseur dans le désert de Juda. C'est ce que le Christ proclamait Lui-même en inaugurant la prédication de l'Évangile. " Dès lors Jésus commença à prêcher en disant: "Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche" (Mat., IV, 17). "Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous", a-t-il déclaré, un jour qu'on vint lui parler des Galiléens massacrés par Pilate (Luc, XIII, 2).

La pénitence est d'abord une détestation du péché, une douleur d'avoir offensé Dieu, et la ferme résolution de ne plus l'offenser; la pénitence est aussi la volonté de satisfaire pour l'injure que le péché fait à Dieu.

En mourant sur la croix, le Christ a payé la dette de tous nos péchés et satisfait surabondamment à la justice divine; il a offert une satisfaction de valeur infinie qui expie entièrement et parfaitement tous les péchés des hommes pour toute la durée des siècles. Dieu, en nous appliquant les effets de cette satisfaction, nous libère de la peine éternelle due au péché, mais ne nous libère pas toujours de toute la peine temporelle due au péché. Le pardon qu'Il nous accorde avec la grâce de la pénitence nous laisse une part d'expiation à fournir. "La perfection de la justice divine, dit le Concile de Trente, semble bien exiger qu'autres soient les conditions de la rentrée en grâce de ceux qui, avant le baptême, ont péché par ignorance et de ceux qui, une fois délivrés de la servitude du péché et du démon et gratifiés du don de l'Esprit-Saint, n'ont pas craint de profaner le temple de Dieu et de contrister le Saint-Esprit. Il convient à la divine clémence qu'elle ne nous remette aucun péché sans satisfaction, de peur que nous ne prenions occasion de cette clémence pour sous-estimer la gravité de nos péchés et faire honteusement injure à l'Esprit Saint, en tombant dans des fautes plus graves, nous amassant un trésor de colère pour le jour du châtiment; tandis que les peines de la satisfaction sont de souveraine efficacité pour nous détacher du péché en rendant les pénitents plus prudents et plus vigilants pour l'avenir et en portant remède aux suites du péché, à ces habitudes vicieuses qu'une mauvaise vie nous a fait contracter et qui s'opposent à l'exercice de la vertu" (Sess. XIV, chap. 8).

En nous élevant par la grâce sur un plan surnaturel, Dieu nous met en état de collaborer avec le Christ à l'œuvre de notre salut. Il veut qu'en union avec son Fils nous présentions notre modeste part de satisfaction. Ne faut-il pas que le chrétien, qui est un autre Christ, porte la croix du Christ et participe à la passion du Christ ? "Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive"(Mat., XVI, 24). "Quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple" (Luc, XIV, 27). Le Christ nous a tous sauvés en mourant sur la croix, mais nous n'obtenons le salut que si nous participons aux souffrances de sa croix. Nous devons, dit l'Apôtre, partager ses souffrances si nous voulons partager sa gloire (Rom., VIII, 17). N'est-ce pas parce qu'ils l'ont tous compris que les saints ont tant fait pénitence ? Ils ont accompli dans leur chair ce qui, dit encore l'Apôtre, manque à la passion du Christ (Col., I, 24).

Chrétiens, puisque nous sommes les membres de Jésus-Christ, nous ne pouvons nous soustraire à l'obligation de souffrir et de satisfaire en union avec le Christ souffrant. Les épreuves et les multiples contrariétés de la vie nous sont autant d'occasions de porter la croix et de satisfaire pour nos péchés. Ces satisfactions deviennent méritoires par la charité et d'autant plus méritoires qu'elles sont acceptées avec une plus grande charité. Nous pouvons aussi satisfaire à la justice divine en nous imposant des peines ou mortifications volontaires.

Nous touchons ici un sujet qui effarouche bien des gens. Beaucoup se récrient, quand on leur parle de mortifications volontaires, de sacrifices, d'austérité, de renoncement. Ces vocables épouvantent et en même temps révoltent les gens du monde et ceux qui ont l'esprit des gens du monde.

Le monde, qui est l'ennemi déclaré du renoncement, se trouve, de ce fait, l'ennemi de son propre bonheur; car un certain renoncement s'impose à l'homme, alors même qu'il n'aurait pas d'autre ambition qu'un bonheur terrestre. Le renoncement est une arme dont il a besoin pour se défendre contre lui-même, pour mâter ses convoitises, ses passions révoltées, ses instincts méchants. C'est un contrepoids nécessaire à son égoïsme et à sa sensualité.. Le renoncement est nécessaire à l'établissement et au maintien de son équilibre intérieur. Sans cette force qui lui donne son aplomb et qui l'arme contre sa faiblesse, il devient aisément l'esclave de ses sens et de ses vices. Quand l'austérité ne le défend plus, la guerre civile éclate en lui, les passions

secouent le joug de la raison et imposent à l'âme leur régime anarchique et tyrannique. Quand l'homme n'est plus son maître parce que la passion le domine, il est comme désaxé; il est comme un astre qui, sorti de son orbite, menacerait de heurter d'autres astres. L'homme est membre de la société et il devient directement ou indirectement perturbateur de l'ordre social, quand l'ordre n'est plus en lui. La peur du renoncement, le mépris et le rejet de l'austérité ne font pas que le malheur des individus; ils préparent la ruine des sociétés en ébranlant leurs bases; il font que peu à peu les société se désagrègent par le triomphe des égoïsmes particuliers sur les vertus nécessaires au maintien de l'ordre social. En sortant de la voie de l'austérité, l'homme peut croire qu'il se libère et qu'il gagne beaucoup; en fait, il court à sa perte; il rompt le lien qui l'arrêtait au bord du gouffre. Quand le renoncement ne le retient plus, il dévale sur la pente de l'intempérance avec la vitesse sans cesse accrue des corps en chute. Le rejet de l'austérité conduit souvent les individus et les peuples à des crimes qui poussent à bout la patience de Dieu et font pleuvoir sur les sociétés d'effroyables cataclysmes. Le renoncement est, en somme, la condition de l'équilibre intérieur de l'homme et la clef de voûte de tout l'édifice social. Le problème de la paix mondiale serait déjà énormément simplifié, si tous les chrétiens voulaient comprendre qu'ils ont l'obligation de porter la croix à la suite de leur Maître.

Notre-Dame de Fatima nous a dit que "beaucoup d'âmes vont en enfer parce qu'il n'y a personne qui se sacrifie pour elles". Ces paroles révèlent la lâcheté de beaucoup de chrétiens qui ne veulent pas souffrir et qui ne comprennent pas leur devoir d'apôtres; mais elles nous rappellent aussi le merveilleux pouvoir que possèdent les membres du Corps mystique de Jésus-Christ. En nous donnant la grâce, qui nous fait vivre de la vie du Christ, Dieu nous invite à collaborer à la plus étonnante et à la plus admirable de ses œuvres : la Rédemption. Il veut qu'avec la grâce nous puissions mériter et satisfaire pour nous-mêmes d'abord; Il veut aussi que nous puissions satisfaire et mériter pour d'autres (Nous pouvons mériter pour d'autres d'un mérite de convenance et non d'un mérite de stricte justice). Une merveilleuse solidarité rattache tous les membres du Corps mystique du Christ. Du fait de notre incorporation à Jésus-Christ, nous sommes en relation avec tous ses membres; nous devenons à la fois créanciers et débiteurs d'une foule d'âmes; entre ces âmes et nous s'établit un commerce mystérieux de prières et d'expiations. Notre ferveur ou notre tiédeur, notre lâcheté ou nos généreux sacrifices ont leur répercussion sur une multitude d'âmes que nous ne connaissons pas.

Nos satisfactions ont encore le pouvoir d'apaiser la colère divine. Dieu se laisse toucher par nos prières et nos sacrifices. La Sainte Écriture nous en fournit de nombreux exemples. La prière de Moïse apaisa la colère de Jéhovah au moment où II allait frapper son peuple prosterné devant le veau d'or au pied du Sinaï. Dieu épargna la population de Ninive qui fit pénitence à l'avertissement de Jonas.

Il nous importe souverainement de méditer ces faits à l'heure actuelle. Dieu nous a comblés des plus grandes grâces. Il n'a pas fait pour tous ce qu'Il a fait pour nous, Canadiens français - non fecit taliter omni nationi. Nous sommes nés et nous avons grandi dans la lumière de la vraie foi, soutenus, guidés et protégés plus peut-être qu'aucun peuple par l'Église du Christ. Nous sommes nés catholiques et demeurés catholiques, quoique entourés de peuples qui ne professent aucune foi ou qui nous portent une haine traditionnelle, parce que nourris dans une erreur qui a poussé extrêmement loin la haine et le mépris du catholicisme. Dieu est intervenu visiblement à plusieurs reprises pour nous conserver intact le trésor de la vraie foi. L'Église, qui a veillé avec la plus admirable sollicitude sur notre berceau, demeure notre gardienne. Il n'est pas exagéré de dire que nous lui devons tout. Nous sommes l'un des peuples qu'elle a le plus marqués de son empreinte, l'un de ceux qu'elle a le plus visiblement sauvés et aussi l'un de ceux qui lui sont aujourd'hui le plus profondément attachés.

Ayant reçu de telles grâces, il n'est pas téméraire de croire que Dieu a sur nous de grands desseins, qu'Il nous destine à de grandes choses. Mais prenons garde; ces grâces exceptionnelles nous créent des obligations exceptionnelles. Nous n'avons pas le droit de ne pas être des chrétiens de race, un peuple de chrétiens fervents. Nous avons encore bien moins le droit de passer outre aux commandements de Dieu et de l'Église et de nous abandonner au dévergondage du siècle. Qu'un peuple enfanté et nourri dans l'hérésie redevienne païen d'idées et de mœurs et qu'il le montre, la chose s'explique. Il est plausible, pour ne pas dire normal, que les races qui ont renié l'Église du Christ, finissent par renier le Christ lui-même; qu'elles passent du Libre Examen à la Libre Pensée et de la Libre Pensée à la plus abjecte immoralité.

Mais qu'un peuple né dans la lumière, enraciné dans la foi la plus pure, nourri des plus authentiques traditions chrétiennes, commence lui aussi le même plongeon et les mêmes prostitutions, c'est une chose étrange et aussi extrêmement redoutable.

Sous l'ancienne Loi, Jéhovah s'était choisi un peuple pour préparer les voies du Messie et se conserver un petit groupe d'adorateurs fidèles au milieu des nations idolâtres. Ce petit peuple fit alliance avec ses voisins; il voulut imiter leurs mœurs et leur prendre leurs idoles. Dieu le punit par des châtiments effroyables. Prenons garde. N'imitons pas les apostasies de ce peuple. Ne nous laissons pas tenter par les idoles du siècle. N'adorons pas les Baals ou les Astartés de nos voisins, de peur que Dieu ne nous rejette loin de sa face et ne suscite contre nous ces peuples impétueux et féroces dont les chevaux, comme dit le Prophète, sont plus légers que les léopards et plus ardents que les loups du soir (Hab., 1, 8).

C'est un fait que la foi est en baisse chez nous. Le paganisme ressuscité par les peuples qui nous cernent, commence de nous contaminer. Prenons garde; cessons nos infidélités; cessons d'offenser Dieu, cessons d'abuser de ses grâces. Revenons à Lui par la voie d'une sincère pénitence. Hâtons-nous de nous convertir, si nous ne voulons pas qu'Il soit forcé de nous parler bientôt par la voix terrible des châtiments de sa colère. Écoutons le message de pénitence de Notre-Dame de Fatima. Les gens de Ninive écoutèrent Jonas. Malheur à nous si nous refusons d'écouter la voix de la Reine du Ciel l " Le jour de Yahweh, dit le Prophète, est très grand et très redoutable, et qui pourrait le soutenir ? Mais maintenant encore - oracle de Yahweh - revenez à moi de tout votre cœur, avec des jeûnes, avec des larmes et des lamentations. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et revenez à Yahweh, votre Dieu; car il est miséricordieux et compatissant, lent à la colère et riche en bonté, et il s'afflige du mal (qu'il envoie). Qui sait s'il ne reviendra pas et ne se repentira pas " (Joël 11, 12).

Chapitre VI

RÉCITONS LE CHAPELET TOUS LES JOURS

La conversion des peuples comme celle des individus ne se fait pas sans la grâce, et le Rosaire est l'une des prières les plus aptes à l'obtention de cette grâce. C'est la prière préférée de la Médiatrice de toutes les grâces. C'est la prière que la Très Sainte Vierge a tant recommandée aux trois petits bergers de Fatima. Mais la publicité extraordinaire qu'elle a voulu donner à ses apparitions et les miracles dont elle les a confirmées nous avertissent que son message n'est pas pour quelques privilégiés seulement, mais pour toutes les âmes, pour le monde entier. N'est-ce pas à chacun de nous que Notre-Dame du Rosaire est venue recommander la récitation quotidienne du chapelet ?

Vous pouvez tous et facilement réciter le chapelet tous les jours. Cette dévotion est aussi simple qu'elle est belle et vous la connaissez. Le chapelet est une prière courte qui ne prend que quelques minutes de votre journée. La trouvez-vous trop longue encore: vous avez le droit de séparer les dizaines du chapelet, de les espacer, de les répartir le long de votre journée, de les intercaler dans vos occupations quotidiennes.

Il n'est pas toujours nécessaire de vous mettre à genoux pour prier. Le geste de s'agenouiller pour la prière est le plus beau geste de l'homme. L'homme qui s'agenouille prend l'attitude du suppliant et nulle attitude ne convient mieux à la créature, qui est, devant Dieu, l'indigence même. L'homme, a-t-on dit, n'est grand qu'à genoux. Nous ne voulons, certes, pas vous détourner d'un geste si auguste; mais comprenez qu'il n'est pas essentiel à votre prière. Quand Notre-Seigneur nous avertit qu'il faut toujours prier, il ne nous demande certainement pas d'être toujours à genoux; il nous demande de ne pas trop compartimenter nos vies, de ne pas y mettre d'étanches cloisons entre la prière et le travail.

La prière que vous faites le matin ou le soir n'est pas une permission que vous demandez, encore moins un droit que vous obtenez d'exclure le bon Dieu du reste de la journée. Ayant besoin du bon Dieu à chaque instant, c'est à chaque instant que vous devez le prier.

Votre travail et votre repos même deviennent une prière excellente si vous savez les offrir à Dieu de temps à autre par une courte invocation, ou, plus simplement encore, par une bonne pensée accompagnée d'un acte intérieur de charité. La prière est d'abord un acte intérieur, une élévation de votre cœur et de votre âme. Il est normal que cette prière intérieure s'exprime par des paroles ou des gestes et qu'elle devienne ainsi l'hommage de l'homme tout entier, l'hommage de l'âme et du corps. Mais l'homme peut parler à Dieu sans prononcer aucune parole, sans aucun geste ou signe extérieur, et cette prière cachée en lui est comme la respiration de son âme; pas plus que celle du corps cette respiration ne doit s'interrompre.

Ne vous étonnez pas si nous vous conseillons de séparer les dizaines de votre chapelet au lieu de les dire toutes à la suite, et aussi de les intercaler dans les occupations de votre journée. Cette pratique peut sans doute comporter quelques inconvénients, mais aussi offrir des avantages qui l'emportent sur les inconvénients. Elle peut vous apprendre à moins séparer le travail de la prière, à faire des prières moins longues mais plus fréquentes, et, qui sait ? plus attentives peut-être, la récitation d'une seule dizaine de chapelet demandant un effort d'attention moins soutenu que la récitation de tout un chapelet.

N'attendez pas que le soir soit arrivé, n'attendez pas de vous endormir, de tomber de fatigue au pied de votre lit, pour commencer votre chapelet. Commencez-le plutôt à votre lever, dites-en une ou deux dizaines tous les matins; il n'y a pas de meilleure façon d'offrir votre journée.

Sortez de votre chambre, si la prière faite dans votre chambre vous ennuie ou vous incommode. Priez en allant à l'ouvrage et en revenant chez vous. Le bon Dieu est présent partout; vous le portez même dans votre cœur d'une façon ineffable quand vous êtes en état de grâce. C'est chose assez facile d'égrener quelques Ave en tenant un chapelet sous votre paletot ou dans votre poche. Ayez l'excellente habitude de porter toujours votre chapelet et qu'il soit bénit, rosarié, et pas trop coûteux - vous craindrez moins de l'égarer en le portant partout. Profitez d'un loisir, d'un moment de solitude ou d'un travail qui demande peu d'attention pour commencer ou continuer votre chapelet. Tout en vaquant à vos besognes ordinaires, ne perdez pas de vue la plus importante: la récitation fervente de votre chapelet.

Cette suggestion de dire quelques Ave à des moments ou dans des lieux où vous n'avez pas coutume de prier, vous surprend, mais pensez-y; vous allez voir qu'elle n'est pas du tout imbécile; vous allez même la trouver si pleine de bon sens, que la tentation vous viendra probablement de l'essayer. Vous ne soupçonnez pas les changements heureux qu'elle peut faire dans votre vie.

Peut-être objectez-vous qu'il faut de la solitude pour prier. Celui qui aime la solitude la trouve partout, même dans les rues pleines de passants, où il peut très bien, en coudoyant la multitude indifférente, se sentir aussi seul, aussi loin des hommes, qu'au centre du désert. Prier en travaillant est peut-être plus facile encore, si vous êtes à la campagne. L'homme des champs a sur le citadin plus d'un avantage. Le Poète ancien voyait un privilégié dans cet homme. "Trop heureux agriculteurs, s'écriait-il, s'ils comprenaient les biens qui sont leur partage. - 0 fortunatos nimium sua si bona norint agricolas !"

La pureté de l'air et du ciel, les larges horizons, le calme et la beauté des champs sont en effet des biens précieux, même si ceux qui en jouissent habituellement ne les apprécient pas toujours à leur réelle valeur. Tâchez donc de les goûter mieux, vous qui cultivez en paix vos terres, loin des cités tristes et ahurissantes. Votre labeur est dur souvent, mais n'enviez pas le sort des autres hommes; il ne vaut pas le vôtre. En dépit de tous vos âpres travaux, vous êtes encore l'une des classes les plus favorisées de la grande famille humaine où la misère de l'esclavage revit sous d'autres formes et d'autres noms dans ce siècle industrialisé. Soyez de véritables hommes et de véritables chrétiens. Rappelez-vous plus souvent la recommandation qui vous est faite dans le Sermon sur la Montagne de ne pas vous inquiéter pour rien. Regardez tes oiseaux du ciel et les fleurs dont Dieu prend soin. Pensez plus souvent à Dieu qui se fait plus visible dans la paix et la beauté des champs. Tout vous invite à prier Dieu dans vos champs. Voyez comme tout est beau aux premières lueurs de l'aube, comme tout se recueille à la tombée du soir ! Et ce n'est pas pour rien qu'à ces moments-là vous entendez l'Angelus qui tinte au clocher de votre village. C'est une invitation à prier la Très Sainte Vierge. Priez-la donc dans vos champs. Portez sur vous son chapelet, et en suivant le pas tranquille de vos chevaux ou en vous reposant une minute sous un ombrage propice, mettez un peu de joie ou un peu de patience dans votre âme en récitant quelques Ave.

Ce conseil est aussi pour vous qui passez la journée captive à la maison, où vous retiennent le soin des enfants, l'entretien de la famille et du ménage. Vous pouvez vous aussi réciter le chapelet tous les jours et l'intercaler dans la trame de vos occupations. Sachez deux ou trois fois pendant la journée interrompre vos besognes et vous reposer quelques minutes; allez vous agenouiller ou vous asseoir dans votre chambre, juste le temps de reprendre haleine, de vous calmer un peu en saluant la Très Sainte Vierge par une bonne dizaine d'Ave. Ces courtes prières vous seront fort bienfaisantes et elles ne peuvent retarder votre travail; au contraire, elles vont l'avancer en prévenant un surcroît de lassitude qui nécessairement vous rendrait moins prompte, et aussi en vous conservant ou en vous rendant la joie qui donne du courage à l'ouvrage, de la lucidité à l'esprit, de l'agilité aux membres et plus d'acuité à tous les sens. La récitation du chapelet répartie le long de vos journées vous consolera de tous vos ennuis, renouvellera votre provision de patience, vous gardera ou vous redonnera votre gaieté, votre entrain, votre bonne humeur, votre sourire. Ces contacts fréquents avec le ciel communiqueront plus de charme à votre sourire, plus de douceur et plus d'onction à vos paroles, et quand votre mari reviendra le soir, la sérénité de votre âme passera dans la sienne.

Ici une objection nous arrête. Plusieurs lecteurs et aussi plusieurs lectrices voudraient nous dire: - Mais pour qui nous prenez-vous donc! Sommes-nous des saints pour dire du chapelet à toutes les heures du jour ? - Rassurez-vous; vous pouvez très bien dire le chapelet tous les jours de la façon que nous avons suggérée, et vous aurez encore beaucoup à faire pour

être des saints. Et, de grâce, ne soyez pas si étonnés quand on vous recommande de mêler un peu de prières à tous vos travaux ! Ah ! si vous soupçonniez seulement tout le bien que pourrait vous faire ce conseil, quels soulagements, quels changements, quels relèvements merveilleux il pourrait vous apporter ! En vous disant de moins séparer le travail et la prière, et de prier partout, nous ne vous demandons pas d'exhiber une piété indiscrète; nous ne vous demandons pas de ne plus prier désormais qu'à l'ouvrage ou dans la rue. Nous voulons tout simplement vous rappeler que la prière fait partie de vous-même et de votre vie; qu'elle est un élan du cœur et de l'âme, une activité vivante, et non pas une sorte de mécanique qu'on monte et qui fonctionne à des jours déterminés ou à des heures fixes.

Peut-être aussi trouverez-vous qu'on exagère en vous demandant de réciter le chapelet tous les jours. Mais alors que diriez-vous si quelques amis pieux osaient vous proposer de réciter non plus un chapelet mais trois chapelets tous les jours, c'est-à-dire le Rosaire en entier ? Vous crieriez sans doute à l'impossible. Prenez garde. Des personnes vivant comme vous dans le monde récitent le Rosaire tous les jours, en dépit d'occupations nombreuses, et si vous voulez réfléchir un peu, force vous sera d'admettre qu'après tout ce n'est pas encore tellement extraordinaire. Qui, par exemple, n'est pas capable de réciter son chapelet matin et soir, en admettant que ce chapelet peut très bien tenir lieu de prière du matin et du soir ? L'addition d'un autre chapelet intercalé dans les occupations de la journée est encore chose très plausible, si l'on admet qu'on peut prier partout. C'est parce que nous avons l'habitude de compartimenter nos vies et de les compliquer, c'est surtout parce que nous excluons à peu près continuellement le bon Dieu de tous nos actes, que la récitation quotidienne du Rosaire nous paraît un si grand prodige. Si l'Église distribuait autant d'argent que d'indulgences à ceux qui récitent le Rosaire, tout le monde trouverait facilement le moyen et le temps de le dire chaque jour et ceux qui prétextent de leurs occupations pour ne jamais prier seraient très probablement les plus empressés et aussi les plus habiles pour profiter de l'aubaine. Comme nous manquons de logique, hélas ! quand il s'agit de nos âmes et des choses de Dieu !

CHAPITRE VII

LE CHAPELET EN FAMILLE

La prière en famille est une de nos belles traditions qui s'est malheureusement perdue dans beaucoup de foyers. Sa disparition a compliqué bien des choses, l'éducation en particulier. En ne priant plus tous les jours ensemble, parents et enfants se sont privés d'une foule de grâces; les enfants sont devenus moins pieux et moins soumis, les parents moins courageux et moins clairvoyants. Si la tradition de la prière en famille s'était maintenue, nos foyers subiraient avec moins d'avaries l'assaut du paganisme contemporain et devant ce péril grandissant l'éducation grandirait en force; ayant aujourd'hui à faire face à des ennemis plus nombreux et plus redoutables, l'enfance et la jeunesse trouveraient dans le milieu familial une meilleure éducation, une véritable formation humaine et chrétienne qui les armerait contre les graves périls du siècle.

Certains parlent de la prière en famille comme d'une chose extraordinaire, quand elle est, en fait, ce qu'il y a de plus normal au monde. L'homme, créature sociable, doit prier individuellement et socialement. Puisqu'il naît au sein d'une petite société qui s'appelle la famille, il doit, comme membre de cette société, un culte à Dieu. N'est-il pas naturel que les membres d'une même famille, unis par le même sang et les mêmes affections, vivant sous le même toit et partageant le même pain, prient tous les jours ensemble le même Dieu ?

Le message de Notre-Dame de Fatima nous apporte une belle occasion de rétablir chez nous la coutume de la prière quotidienne en famille. Puisque Notre-Dame de Fatima est venue nous demander avec instance la récitation quotidienne du chapelet, nos familles ne devraient-elles pas maintenant faire tous les jours ensemble cette prière si chère à Marie ? C'est ce que le Portugal a fait et la Sainte Vierge l'a miraculeusement transformé et sauvé. La récitation du chapelet en famille a été recommandée à l'univers catholique par Léon XIII (Salutaris, 24 déc. 1883).

Mères chrétiennes, permettez que nous vous demandions à vous d'abord de prier tous les jours la Très Sainte Vierge avec vos enfants. Si vous comprenez ce qu'est la belle prière du chapelet et les raisons urgentes que nous avons tous aujourd'hui de le réciter, vous aurez certainement à cœur d'en organiser la récitation commune et quotidienne dans votre maison. Vous y arriverez facilement, si vous voulez y mettre votre bonne volonté et votre bon sens. Prévoyez-vous que votre mari ou vos grands enfants ne feront pas trop bon accueil à cette prière collective: commencez par la réciter vous-même avec vos enfants plus jeunes. L'exemple finira probablement par entraîner les hésitants ou les récalcitrants. Expliquez d'abord à vos jeunes les raisons pour lesquelles vous allez tous les jours réciter le chapelet avec eux; montrez-leur-en la beauté et l'importance; apprenez-leur comment il faut le réciter; montrez-leur que vous y tenez beaucoup; il est probable que vos enfants ne demanderont pas mieux que de le réciter tous les jours avec vous.

Pour éviter de les fatiguer, vous pourriez le partager, en réciter une partie dans la matinée et une autre le soir en y ajoutant une courte prière du matin et du soir.

S'il vous est impossible de grouper tous vos enfants à une heure matinale, priez avec un ou deux, avec deux ou trois, et faites en sorte que les autres viennent d'eux-mêmes se joindre à votre groupe. Attirez-les par votre exemple, votre douceur, votre bonté. Ici, comme pour toute autre chose, vous aurez sur eux d'autant plus d'autorité que vous saurez mieux gagner leurs cœurs. Établir chez vous, la coutume d'une courte prière matinale est facile, en somme, si vous y mettez du tact. Soyez patiente; n'allez pas trop vite; n'imposez pas trop cette prière collective à coups de règlement. Usez de persuasion plus que de contrainte, la contrainte pouvant faire haïr ce qu'il faut avant tout faire désirer et faire aimer. Si vous vous y prenez bien, il est probable que vos enfants viendront bientôt d'eux-mêmes vous trouver tous les marins pour la prière en commun; elle sera pour eux comme une petite fête, parce que, en mère intelligente et bonne, vous aurez commencé par la leur faire aimer. Ah! quel charmant spectacle que celui de ces marmots accourant dès leur réveil, sans même qu'on les appelle, au rendez-vous de la prière ! Voyez-les, tous agenouillés près de leur mère, dans leur déshabillé matinal, pieds nus, cheveux en désordre, leurs joues roses encore toutes boursouflées de sommeil, mais les mains jointes, les yeux baissés et recueillis comme de petits anges. Jamais impératrice environnée de sa cour, jamais reine dans toute sa gloire, jamais femme dans toute sa grâce ne fut ravissante comme cette chrétienne qui offre à Dieu sa journée et sa belle gerbe d'enfants.

Que cette prière du matin ne retarde pas vos travaux; qu'elle ne laisse pas en souffrance les besognes qui pressent, par exemple, la préparation du déjeuner pour les hommes qui vont à l'ouvrage. Si quelque imprévu vous empêche de prier avec vos petits, laissez-les pour une fois s'arranger; qu'ils prient ensemble; faites-leur cette confiance, vous rappelant qu'une véritable éducatrice est celle qui fait confiance.

Si vous êtes pieuse, et, encore une fois, si vous usez de tact, il vous sera tout aussi facile et peut-être plus facile encore de grouper de nouveau vos enfants le soir pour la récitation de la dernière partie du chapelet, suivie d'une courte prière du soir.

Avant d'inaugurer cette coutume de la prière commune, consultez votre mari. S'il est pieux, il vous encouragera et prendra part à cette prière toutes les fois qu'il le pourra. Si la dévotion n'est pas son fort, avisez aux moyens de ne pas lui déplaire; arrangez-vous pour que la prière en commun ne dérange pas trop ses habitudes. En priant avec vos enfants, n'ayez pas l'air de protester contre ses abstentions ou ses absences. Par votre charité, votre délicatesse, votre patiente douceur, tâchez de l'attirer, de l'amener à participer à cette prière en famille qui attirera sur vous et sur vos enfants la protection de la Très Sainte Vierge et d'innombrables grâces.

CHAPITRE VIII

UNE RÉCITATION ATTENTIVE ET FERVENTE DU CHAPELET

La routine, sorte de corruption de l'habitude, s'introduit facilement dans nos vies. Elle mécanise nos actes; elle est comme une sclérose qui tend à ralentir le courant de notre vie intérieure en matérialisant pour ainsi dire nos actions. La routine s'attaque à la prière dans son essence même, puisqu'elle transforme en automatisme ce qui, par définition, est activité consciente, élan de l'âme, pensée, affection et vie.

Le grand préservatif contre le mal de la routine est une vie surnaturelle intense. Voulez-vous bien prier: commencez par vivre, par bien vivre. Approchez-vous des sacrements qui sont les sources de la grâce, pratiquez toutes les vertus de votre état; travaillez chaque jour à la discipline de vous-même; n'excluez pas de votre vie les renoncements qui s'imposent à tout homme et plus encore à tout chrétien.

Voulez-vous bien prier: demandez-en la grâce à Celui qui a dit: "Sans moi vous ne pouvez rien faire" (Jean, XV, 5); demandez-en la grâce à la Médiatrice de toutes les grâces; enfin correspondez à la grâce en apportant à la récitation de votre chapelet toute l'attention et toute la ferveur dont vous êtes capable. Efforcez-vous de le dire tous les jours comme vous l'avez déjà dit peut-être, lorsque vous vouliez obtenir une grâce ou une faveur extraordinaire. Que l'amour, plus encore que l'intérêt, vous fasse donner toute votre mesure.

Avant de commencer votre chapelet ou telle dizaine de votre chapelet, rappelez-vous que vous allez prier et que la prière que vous allez faire est un acte important de votre journée. Évidemment votre pouvoir d'attention a ses limites et le bon Dieu ne vous demande pas l'impossible. Il ne vous impute pas les distractions involontaires, mais remarquez que vos distractions sont considérablement réduites, quand vous mobilisez toute votre puissance d'attention.

La prière, qui est une activité vivante, doit revêtir quelque chose de vous-même. Si elle vient de votre cœur et de votre âme, elle porte nécessairement votre empreinte; elle est marquée à l'effigie de votre personne; elle est, comme tous vos actes, individualisée. Il y a une façon de prier qui vous convient à vous et qui n'est pas nécessairement celle d'un autre, et la façon qui vous convient aujourd'hui n'est pas nécessairement celle qui vous conviendra dans un an ou dans dix ans. On peut même dire qu'il y a une méthode de prier, c'est-à-dire une façon intelligente d'apporter son concours à l'œuvre de la grâce dans l'acte même de la prière.

Appliquez-vous donc à trouver la manière ou la méthode de prier qui vous convient le mieux dans la récitation quotidienne du chapelet. Ici, comme en tout, soyez vous-même; ayez de l'initiative, mettez à contribution toutes vos ressources; non pas évidemment pour modifier le chapelet dans ce qu'il a d'essentiel, mais pour en adapter la pratique régulière et fervente à votre vie.

Il y a des prières communes et des lois communes à toute prière et il n'est pas de votre compétence de vouloir les changer. Avant de vous demander quelle sera pour vous la. façon la plus pratique de réciter tous les jours le chapelet, demandez-vous d'abord ce qu'est le chapelet; car, en l'adaptant aux exigences concrètes de votre vie, vous ne pouvez pas le modifier dans ce qu'il a d'essentiel.

Le chapelet ne consiste pas uniquement dans une récitation de cinq dizaines d'Ave entrecoupées par le Gloria et le Pater. Si belles, si excellentes que soient ces prières, elles pourraient à la longue nous lasser et elles nous exposeraient à de nombreuses distractions, s'il nous fallait les réciter toujours en évoquant dans le même ordre le sens immédiat des paroles. Pour obvier à cet inconvénient, une courte méditation, appelée mystère du Rosaire, a été rattachée à chaque dizaine. Si vous voulez bien dire votre chapelet, il faut d'abord vous renseigner sur les quinze mystères du Rosaire

Nous vous donnerons à la fin de cet ouvrage un résumé qui pourra vous aider, mais que vous devrez enrichir par des lectures et surtout faire vôtre par un travail personnel de méditation.

Les quinze mystères du Rosaire mettent devant nos yeux les principaux événements de la vie de Notre-Seigneur et de la Très Sainte Vierge. On les a répartis en trois groupes comprenant cinq mystères joyeux, cinq mystères douloureux et cinq mystères glorieux. Les deux derniers mystères glorieux, l'Assomption et le Couronnement de la Vierge, nous viennent de la tradition de l'Église; la Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres est racontée au Livre des Actes qui nous fait aussi le récit de l'Ascension; les autres mystères du Rosaire nous sont connus par l'Évangile, principalement par les deux premiers chapitres de saint Luc pour les mystères joyeux, et par le récif de la passion dans les quatre évangiles, pour les mystères douloureux.

Les mystères du Rosaire nous apportent d'inépuisables sujets de méditation et en même temps les plus beaux sujets de réflexions. En nous présentant un abrégé de la vie de Notre-Seigneur, ils déroulent devant nous tout le christianisme, tous les grands mystères de notre foi, Trinité, Incarnation, Rédemption. En nous montrant dans le Christ et la Très Sainte Vierge deux parfaits modèles, ils nous offrent toutes les vertus à méditer. Les quinze mystères du Rosaire sont un abrégé magnifique de toute la Théologie.

"Mais, direz-vous, comment puis-je les méditer, moi qui ne suis pas théologien et qui n'ai jamais étudié la Théologie ?" Le catéchisme est lui aussi un abrégé de la Théologie. Pour beaucoup malheureusement il n'est qu'un livre comme les autres, une simple matière scolaire dont on n'a plus à s'inquiéter, quand on est sorti de l'école, et voilà pourquoi tant de catholiques passent leur vie dans l'ignorance à peu près complète de leur religion.

Une étude personnelle du catéchisme vous serait aujourd'hui facile. Qui de vous n'est pas capable d'en lire une ou deux pages tous les dimanches ? Le sermon que vous entendez une fois la semaine ne peut à lui seul vous instruire suffisamment des vérités de votre religion; il ne dure le plus souvent que quelques minutes, et quand il durerait une heure - ce qui aujourd'hui mécontenterait bien des gens - il ne saurait suppléer l'effort personnel de réflexion que vous devez fournir si vous voulez que la vérité ne reste pas en vous lettre morte, si vous voulez qu'elle soit féconde, qu'elle prenne racine dans votre cœur et fructifie. La vérité est un aliment de l'âme et ne profite qu'à l'âme qui s'en nourrit, c'est-à-dire l'assimile par un acte personnel de réflexion et de méditation.

Ne serait-il pas convenable qu'un catholique consacrât chaque dimanche quelques minutes de son repos à lire et à méditer une page de catéchisme ? Savez-vous qu'une telle lecture serait non seulement utile mais intéressante pour vous ? En relisant maintenant le catéchisme, vous y comprendriez une foule de choses restées incomprises autrefois. Les années et l'expérience ont mûri votre esprit. Vous allez vous en rendre compte en relisant votre catéchisme. Vous feriez probablement la même constatation en relisant tous vos anciens livres de classe. Vous pourriez aujourd'hui, sans l'aide d'aucun maître, rien qu'avec vos livres, refaire pratiquement toutes vos premières études. Cette idée est loin d'être chimérique, et si vous lui accordiez quelque attention, elle vous amènerait peut-être à des résolutions capables de transformer votre vie. Que celui-là comprenne qui peut comprendre! Notre but ici est de vous rappeler qu'en relisant votre catéchisme, vous connaîtriez mieux votre religion, ce qui ferait de vous de meilleurs chrétiens et vous mettrait en même temps plus en état de méditer les mystères du Rosaire, qui sont l'abrégé de toute la doctrine chrétienne.

Une meilleure connaissance de la Liturgie vous y aiderait aussi; car la plupart des mystères du Rosaire sont l'objet des plus belles fêtes liturgiques de l'Église. Que de choses utiles vous pourriez apprendre par vous-même en vous servant d'un missel pour entendre la messe et en vous donnant la peine de le comprendre un peu. Mais ce livre en appelle un autre beaucoup plus important, auquel il emprunte un grand nombre de passages: l'Évangile.

Les catholiques qui lisent assidûment l'Évangile sont peu nombreux. Il n'est pas facile d'expliquer que de vrais disciples de Jésus-Christ soient si peu curieux de connaître la vie de leur Maître et si peu intéressés au livre qui la leur raconte. L'Évangile est le premier livre que vous devez consulter pour vous préparer à bien méditer les mystères du Rosaire. Commencez par bien prendre contact avec les faits historiques de la vie du Christ racontés dans l'Évangile. Nous vivons dans un siècle qui se vante de tabler sur les faits et nous n'aurions pas le droit de l'en blâmer, s'il les aimait et les respectait autant qu'il le dit. Or, l'Évangile nous rapporte des faits et si grands, si extraordinaires, si éloquents en eux-mêmes qu'il nous les livre sans commentaires.

Une connaissance meilleure de ces faits comblerait une lacune chez un grand nombre de chrétiens d'aujourd'hui. Ce qui nous manque le plus peut-être, c'est une idée précise et vivante du Christ. Nous le regardons de trop loin; nous le voyons, par notre propre faute, à travers trop de bruines, dans une sorte de pâle et vague crépuscule, par delà un monceau de siècles défunts... Mais pourquoi ? parce que nous négligeons la lecture assidue de l'Évangile et peut-être aussi parce que, lorsqu'il nous arrive de le lire, nous manquons de réalisme, ce qui est un paradoxe formidable pour des gens de notre temps. Nous oublions trop l'humanité du Christ. Le Christ était Dieu, mais il était homme aussi. Il était l'Homme-Dieu, par conséquent un homme véritable, et pour mieux nous le prouver il s'est chargé, comme dit le Prophète, de toutes nos misères, sauf le péché. La Sainte Vierge, sa mère, était une femme, une vraie femme, semblable extérieurement à ses contemporaines de Galilée et de Judée. Ah! sans doute il devait y avoir sur les traits du Christ une beauté et une majesté extraordinaires; il devait y avoir dans le regard de sa Mère une profondeur et un rayonnement jamais vus dans aucun regard de femme. Mais pour ceux que la foi n'éclairait pas, le Christ n'était qu'un pauvre homme du peuple - le fils du charpentier - et sa mère rien de plus qu'une obscure juive perdue dans la foule des petites gens de Galilée. Maintenant que l'Évangile a été prêché à toutes les nations et que la grande Lumière annoncée par Isaïe s'est levée sur le monde, nous savons quelles majestés se cachaient sous ces humbles apparences. Mais n'allons pas les oublier ces humbles apparences sous lesquelles le Fils de l'Homme a daigné se dérober ! Ne font-elles pas éclater davantage l'incomparable beauté et l'incompréhensible grandeur du mystère de l'Incarnation ? Sachons donc, les retrouver. Retrouvons l'Homme-Dieu vivant parmi les hommes, soumis comme tous ses frères aux vulgarités de la condition humaine, éprouvant comme nous tous la faim, la soif, la fatigue, obligé comme nous de reposer ses membres lassés et de s'abandonner au sommeil après les rudes labeurs.

Voulez-vous que la méditation des mystères du Rosaire vous intéresse et vous touche: lisez l'Évangile et lisez-le comme il fut écrit, c'est-à-dire comme un résumé de la vie du Christ, comme un récif de faits constatés et rapportés par d'authentiques témoins. Cherchez comment ces faits s'enchaînent historiquement et appliquez-vous à les voir dans toutes leurs circonstances concrètes. Notre-Seigneur appartenait à la race juive. Il est né à Bethléem. Il a vécu environ trente ans à Nazareth, petit village de Galilée; il a prêché en Galilée et en Judée; il est mort à Jérusalem vers l'âge de trente-trois ans. Pour voir dans leur contexte historique les principaux événements de sa vie, il vous faut certains renseignements sur la situation religieuse, civile et nationale des juifs de Palestine au temps où il a vécu. Vous pouvez facilement vous procurer un petit évangile où ces renseignements vous sont donnés dans une brève introduction. Vous en auriez de bien meilleurs encore dans le magnifique ouvrage du Père M.-J. Lagrange, O. P., l'Évangile de Jésus-Christ.

Retrouver dans leur réalité concrète les principaux événements de la vie du Christ, suppose un certain effort de l'intelligence, mais quand vous aurez mieux lu l'Évangile, cet effort aura un point d'appui; vous reconstituerez avec moins de difficulté la trame de la vie terrestre de Notre-Seigneur et de sa Mère; vous verrez s'animer chaque scène de l'Évangile; les récits évangéliques seront pour vous des tableaux vivants. Vous vous servirez sans doute de votre imagination autant que de votre esprit pour évoquer ou composer ces tableaux, mais ils ne seront pas des créations arbitraires, des reconstitutions fictives; ils répondront à la réalité et cette réalité retrouvée touchera votre cœur.

La méditation des mystères du Rosaire est une prière intérieure à laquelle votre cœur non moins que votre esprit doit participer; c'est une méditation qui appelle l'oraison, qui l'a fait naître et l'alimente; l'oraison à son tour soutient, réchauffe et vivifie cette méditation. Laissez parler votre cœur en méditant les mystères du Rosaire. Faites de votre chapelet ou de votre rosaire quotidien un vrai cœur à cœur avec le Christ et la Sainte Vierge. Ne pensez pas qu'il faille pour cela être un grand mystique. Ne portez-vous pas en vous ce qui ravissait l'âme des grands mystiques ? Par la grâce sanctifiante, vous vivez de la vie de Dieu, vous vivez de la vie du Christ, vous êtes membres du Corps du Christ, vous êtes le frère et l'ami du Christ. Rappelez-vous aussi que la Sainte Vierge est votre mère, et que l'amour qu'elle a pour vous est authentiquement un amour de mère; c'est même beaucoup plus: personne sur la terre n'est capable de vous aimer autant que la Sainte Vierge vous aime.

Voulez-vous que la récitation quotidienne du chapelet vous délecte et vous repose: faites passer votre propre vie, vos joies et vos douleurs, dans les mystères que vous méditez; excellent moyen peut-être de lutter contre une foule de distractions, qui ne sont distractions, en fait, que parce que nous oublions de les faire servir à notre prière en les tournant vers le bon Dieu. Épanchez dans le Cœur du Christ et de sa Mère vos pensées les plus intimes. Dites votre chapelet en empruntant les sentiments de la pécheresse qui pleurait aux pieds du Christ ou ceux du Disciple bien-aimé qui reposait sur la poitrine de son Maître à la dernière Cène. Demandez au Christ, votre ami et votre Dieu, cette tendresse dont votre cœur a faim et que vos amis de la terre sont incapables de vous donner. Pendant que votre bouche répète la belle prière de l'Ave, parlez à la Sainte Vierge avec la tendresse d'un enfant qui se sait compris et qui se sent aimé; dites-lui donc tout ce que vous auriez à lui dire, si cette toute Belle et toute Pure daignait vous apparaître, vous presser sur son cœur en vous disant d'une voix beaucoup plus tendre que toutes les voix de la terre: "Malgré tous tes péchés, malgré toutes tes hontes et toutes tes misères, je t'aime, parce que tu es mon enfant".

CHAPITRE IX

NOTRE SALUT PAR LE ROSAIRE

L'année 1917 marqua pour le Portugal le commencement d'une ère nouvelle; elle fut pour ce pays le point de départ d'une rénovation merveilleuse que l'épiscopat portugais a depuis attribué à Notre-Dame de Fatima. Voici ce qu'en dit une lettre collective des évêques portugais, publiée en 1937: "Depuis que Notre-Dame est apparue en 1917, dans le ciel de Fatima, une spéciale bénédiction est descendue sur la terre portugaise. Le cycle violent des persécutions s'est fermé et une époque nouvelle de pacification des consciences et de restauration chrétienne s'est ouverte ". En 1942, une autre lettre collective de l'épiscopat réaffirme que le relèvement du Portugal est dû à l'intervention de la Très Sainte Vierge. "Il serait injuste, dit cette lettre, de méconnaître l'action vigilante et patriotique de nos gouvernants... Mais la situation est si délicate... que sans le secours spécial d'En-Haut tous les efforts seraient inefficaces... Y a-t-il un seul Portugais croyant qui ne reconnaisse que notre situation privilégiée est une réverbération de cette lumière que la Sainte Vierge apporta à Fatima, et qu'elle projeta sur l'âme des trois petits bergers et, par leur entremise, sur le monde entier ? Mais il n'est pas même nécessaire d'être croyant pour admettre ce fait. Il suffit de Constater ce que notre situation a d'extraordinaire, pour reconnaître qu'une puissance plus haute s'étend sur nous et qu'un cœur tendre et miséricordieux veille amoureusement sur le Portugal. Celui qui aurait fermé les yeux, il y a 25 ans, pour les ouvrir maintenant, ne reconnaîtrait plus le Portugal, tellement est profonde et étendue la transformation opérée par cet humble facteur invisible que furent les apparitions de Fatima".

Nous avons dit précédemment qu'en 1917 le Portugal était dominé par une poignée de sectaires qui persécutaient l'Église. Depuis plusieurs années déjà, l'impiété maçonnique poursuivait sa campagne antireligieuse dans ce petit pays. En mai 1911, la franc-maçonnerie portugaise faisait le bilan de ses succès dans une assemblée solennelle et s'en félicitait. M. Alphonse Costa, président du Conseil des ministres et auteur de la loi de Séparation de l'Église et de l'État, déclarait en présence des délégués des Loges françaises: "Grâce à cette loi, avant deux générations, le Portugal aura éliminé totalement le catholicisme qui est la principale cause de la triste situation où se débat notre pays". Jusqu'en 1917, l'oracle impie parut se réaliser à souhait, mais tout à coup sans que les francs-maçons n'y comprennent rien, la situation change. En 1918, un nouveau gouvernement se montre plus conciliant envers l'Église. L'année suivante la franc-maçonnerie tente vainement un retour à l'anticléricalisme. Les catholiques se réveillent, reprennent courage et se réorganisent. Le 28 mai 1926, le maréchal Gomès da Costa et les généraux Carmona et Cabeçadas établissent un triumvirat militaire et chassent les francs-maçons du pouvoir. En 1928; Salazar devient ministre des finances et commence son œuvre de reconstruction. Il se voit d'abord dans l'obligation d'accabler son pays d'impôts, mais le peuple portugais, qui a compris le message de pénitence de Notre-Dame de Fatima, seconde son chef en acceptant les renoncements nécessaires à son relèvement économique et politique. Avec Salazar le catholicisme retrouve au Portugal sa liberté complète. Bien que la plus grande liberté soit laissée à toutes les opinions philosophiques et religieuses, la foi catholique est aujourd'hui professée fièrement dans tout le pays et ses ennemis se taisent.

Un renouveau de vie chrétienne qui fait penser à une seconde Pentecôte a transformé le Portugal, depuis les apparitions de Fatima; une foule de pécheurs se sont convertis; tièdes et indifférents se sont remis à prier, à fréquenter les sacrements; beaucoup de fidèles communient les premiers vendredis et samedis et le 13 de chaque mois. La dévotion des Portugais à Notre-Dame de Fatima, est extraordinaire. Un Portugais sur six fait annuellement son pèlerinage au sanctuaire de Fatima. Rares sont les familles qui ne récitent pas le chapelet tous les jours. Le nom et l'image de la Vierge de Fatima sont partout l'objet de la plus touchante vénération.

En mai 1935, l'épiscopat inquiété par la propagande communiste promit à Notre-Dame de Fatima d'organiser un pèlerinage extraordinaire, et de consacrer le pays tout entier à son Cœur Immaculé, si Elle protégeait la nation portugaise du fléau du communisme athée. Quelques semaines plus tard, la révolution communiste éclatait en Espagne. Ce malheureux pays devenait un champ de bataille et de massacre. Le Portugal était épargné. Le 13 mai 1938, vingt et un évêques et archevêques et un demi-million de fidèles se rendaient au sanctuaire de Fatima pour remercier la Très Sainte Vierge. Le même jour, dans tout le pays, des centaines de milliers de fidèles remplissaient les églises et, en union avec les pèlerins, offraient à Notre-Dame de Fatima l'hommage de leur fidèle reconnaissance.

En 1942, le peuple portugais célébra par un jubilé d'une splendeur extraordinaire le XXVème anniversaire des Apparitions, remerciant spécialement Notre-Dame du Rosaire de l'avoir préservé de la seconde guerre mondiale. La même année marquait le XXVème anniversaire de consécration épiscopale de Pie XII. Par une coïncidence vraiment singulière, Pie XII avait été consacré évêque, le 13 mai 1917, le jour de la première apparition de la Sainte Vierge à Fatima. Il voulut associer les fêtes de son jubilé à celles des Portugais. Le 31 octobre, dernier jour du mois du Rosaire, il leur adressa en langue portugaise un message radiodiffusé au cours duquel il consacra l'Église et le genre humain au Cœur Immaculé de Marie, répondant par là à un désir que la Sainte Vierge avait exprimé à Lucie de Jésus.

Le message de Notre-Dame de Fatima s'adresse au monde entier, et la merveilleuse rénovation du Portugal est une leçon pour tous les peuples. Puissions-nous comprendre ce message et cette leçon, nous Canadiens français qui, à l'heure actuelle, tout autant que le Portugal, avons besoin d'être secourus et rénovés.

Ah ! sans doute, les ennemis de l'Église n'ont pas encore tenté et réussi chez nous ce qu'ils ont réussi dans trop de pays; ils n'ont pas encore pris le pouvoir pour s'en faire une arme contre l'Église. Mais soyons sur nos gardes. Une province catholique comme la nôtre doit exciter très fortement la convoitise des bannisseurs de prêtres, et nous avons, hélas ! commencé de leur ouvrir nos portes en nous laissant aller à la tiédeur et à l'immoralité. Prenons garde. La foi de notre peuple n'est plus ce qu'elle était. La voix de nos évêques et de nos prêtres n'est pas écoutée comme autrefois. Chez un bon nombre, la religion n'en mène pas large; elle se réduit à une pratique toute extérieure; elle est devenue une sorte de mécanique qui fonctionne vaille que vaille les dimanches et fêtes, une routine que l'on accepte sans gaieté ou qu'on tolère par intérêt. Le relâchement des mœurs avec son triste cortège d'adultères et de crimes contre la vie est entré dans de nombreux foyers. La luxure pourrit une grande partie de notre jeunesse. Le vice a maintenant la permission de ne plus se cacher. L'obscénité peut s'afficher impunément dans nos villes, dans nos campagnes, le long de nos routes et sur nos plages. En dépit des avertissements réitérés de nos évêques et de nos prêtres, nous avons laissé des coutumes et des modes incontestablement païennes s'acclimater chez nous jusqu'au point de passer dans nos mœurs. A l'heure où l'Église demande plus que jamais à tous ses fils d'être forts dans la loi et de s'unir pour combattre la menace grandissante de l'impiété et de l'immoralité, plusieurs, hélas ! croupissent dans une ignorance crasseuse et dans une paresse plus crasseuse encore. Prenons garde. Déjà les semeurs d'ivraie travaillent activement dans nos villes et jusque dans nos paisibles campagnes; ils jettent à pleines mains les idées subversives qui font germer l'irréligion, la haine du prêtre et les révolutions sanglantes.

L'autorité des parents s'en est allée à la débandade dans des milliers de foyers, où les enfants, qui seront la génération de demain, grandissent sans discipline et sans formation, c'est-à-dire sans arme pour affronter la lutte qui les attend à leur sortie du foyer. C'est un spectacle à faire pleurer que de voir dans nos villes et nos villages toute cette jeunesse désœuvrée et ennuyée qui s'attroupe chaque soir à la porte des restaurants, des cafés et des salles de jeu, ne sachant que dire, ne sachant que faire, mais préférant la rue au foyer où elle s'embête. Le Christ ne dirait-il pas: "J'ai pitié de cette foule", en voyant toute cette jeunesse réduite à mendier son bonheur sur les trottoirs. Ces jeunes gens et ces jeunes filles ont pourtant un père et une mère, des frères et des sœurs, et une meilleure éducation aurait pu les tenir, pour la plupart, au foyer en les intéressant, en les attachant à leur famille par les liens d'une forte et réconfortante amitié. Une meilleure éducation aurait pu organiser leur vie en leur donnant un but, une ambition, un idéal, les discipliner en les pliant au joug d'une autorité ferme, mais conciliante, bienveillante et généreuse, établie sur les indispensables bases de la confiance profonde et de l'amour. Si nous l'avions mieux compris ! Si à mesure que le péril grandissait au dehors, l'éducation familiale s'était appliquée à fortifier parallèlement les jeunes cœurs et les jeunes âmes, nous ne serions pas les témoins affligés et impuissants de tant de lamentables chutes. Si les parents s'étaient tous rappelés que l'éducation non moins que la procréation est la fin première du mariage, s'ils avaient mieux compris la souveraine importance de cette grande tâche, s'ils n'en avaient pas tant ignoré les principes essentiels, notre situation actuelle serait différente et nous ne verrions pas la précieuse fleur de notre jeunesse arrachée et emportée au premier choc dans la débâcle de l'immoralité contemporaine.

Ne pas nous accorder, aimer à nous chamailler, diviser nos forces quand plus que jamais il faudrait nous unir et collaborer, n'est-ce pas une autre de nos grandes misères ? et n'est-ce pas aussi une grande sottise ? Il est peu sage de nous affaiblir par des querelles intestines quand il y a près de nous des gens qui nous détestent et qui ne demanderaient pas mieux que de pouvoir légalement ou autrement nous anéantir.

Qu'on soit optimiste autant qu'on le voudra, on ne peut ignorer les maux profonds dont notre peuple souffre actuellement. On suggère beaucoup de remèdes et de réformes, mais qui va les faire et comment les faire ces réformes ? La tâche n'est pas facile, car il y a des hommes et non seulement des choses à réformer, et c'est ici que les mieux intentionnés comme les plus habiles doivent sentir l'inutilité de leurs efforts, si Dieu ne leur vient en aide. Dieu seul est le maître des volontés, des cœurs et des consciences, et c'est d'abord Lui que nous devons gagner à notre cause, si nous voulons que nos projets et tous nos beaux programmes n'aboutissent pas au fiasco. Si Dieu ne met la main à l'ouvrage, c'est en vain que travaillent ceux qui bâtissent; s'Il ne se charge lui-même de protéger la cité, c'est en vain que veille son gardien - frusta vigilat qui custodit eam. N'est-ce pas une autre vérité que la Très Sainte Vierge est venue nous rappeler à Fatima ? Le Portugal, déchiré par l'anarchie, était la proie de la franc-maçonnerie. La Sainte Vierge apparaît à trois petits bergers. Elle leur demande de réciter le chapelet tous les jours. Le peuple portugais comprend le céleste message, il se met à prier Notre-Dame du Rosaire, et voici que tout change; les francs-maçons sont chassés du pouvoir, l'Église recouvre sa liberté, le peuple portugais retrouve sa foi profonde, son équilibre économique et politique, sa paix et sa prospérité.

Écoutons, nous aussi, le message de Notre-Dame de Fatima. Il est temps que nous le comprenions, que nous y réfléchissions. Pleurant sur les ruines de sa malheureuse patrie, le Prophète s'écriait: "Le pays est dans la désolation parce que personne n'a réfléchi dans son cœur " (Jér., XII, 11).

Les événements qui viennent de s'accomplir donnent une actualité extraordinaire à cette plainte. Qu'elle nous soit un avertissement. Réfléchissons dans notre cœur afin de bien comprendre le message de Notre-Dame de Fatima. Notre salut est dans le Rosaire. C'est la Sainte Vierge elle-même qui nous l'a dit. Le merveilleux relèvement du Portugal nous le prouve. Réfléchissons et comprenons.

Parents chrétiens, comprenez-vous que vous avez besoin des grâces de Dieu pour bien accomplir vos devoirs d'état et que la récitation quotidienne du chapelet en famille est un excellent moyen de demander ces grâces ? Sachez que cette prière chère à Marie vous obtiendra les secours surnaturels dont vous avez besoin pour être fidèles à tous vos devoirs d'époux et pour ne pas faillir dans la tâche difficile et importante de l'éducation de vos enfants. Sachez que cette prière affermira votre autorité en faisant naître et en conservant dans vos âmes cette piété utile à tout dont parle l'Apôtre, cette piété qui soutiendra et nourrira la tendresse dont vous avez besoin pour vous rendre maîtres du cœur de vos enfants. Cette prière en famille favorisera entre eux et vous le contact profond des âmes et des cœurs, condition première et essentielle de toute véritable éducation. Cette prière enracinera dans l'âme de vos enfants une piété profonde qui, sachez-le bien, sera la meilleure gardienne de leur vertu, la plus sûre garantie de leur bonheur. Cette prière qui attirera sur votre foyer tant de précieux secours, attirera aussi sur d'autres foyers, sur des milliers de parents et d'enfants, sur tout notre peuple, la protection spéciale de Marie, qu'il importe souverainement d'obtenir à l'heure qu'il est.

Jeunes gens et jeunes filles, dites, vous aussi, le chapelet tous les jours. Vous avez votre part à faire dans la grande supplication qu'il faut actuellement adresser à la Reine du Rosaire. Cette prière que vous ferez pour tous et qui profitera à tous, attirera sur chacun de vous en particulier la protection de la Très Sainte Vierge. Cette prière vous aidera à vous conserver bons ou à le redevenir. Elle vous armera contre un monde qui fait tout ce qu'il peut pour vous enlever toute vertu et vous piétiner dans son pourrissoir. Cette prière vous obtiendra les secours dont vous avez besoin pour lutter contre vous-mêmes, vous relever de vos défaillances et de vos chutes, vous corriger peut-être d'habitudes qui vous tyrannisent et qui sont une menace à votre bonheur.

Vous qui depuis longtemps dites le chapelet tous les jours, parce que vous en avez compris l'excellence et parce que vous aimez la Très Sainte Vierge d'un plus grand amour, vous devez vous sentir particulièrement réconfortés par le message de Fatima. Ce doit vous être une grande consolation d'apprendre que la Très Sainte Vierge est venue nous recommander cette belle prière que vous lui adressez tous les jours. Le message de Fatima vous engage à continuer la récitation quotidienne du chapelet avec toute l'attention et la ferveur dont vous êtes capables; peut-être même vous inspirera-t-il la résolution plus généreuse encore d'honorer chaque jour la Très Sainte Vierge par la récitation complète du Rosaire.

Membres de la Confrérie du Rosaire, associés du Rosaire perpétuel, point n'est besoin de vous dire que le message de Fatima s'adresse à vous aussi et que vous devez en être fiers. Vous comprenez n'est-ce pas ? qu'il ratifie d'une façon éclatante les engagements que vous avez pris en vous enrôlant sous la bannière de Notre-Dame du Rosaire. Vous comprenez aussi que vous devez être au premier rang dans la grande croisade du Rosaire que nous a demandée Notre-Dame de Fatima.

S'agréger à la Confrérie du Rosaire et à l'Association du Rosaire Perpétuel est un hommage tout indiqué à qui veut plaire à Notre-Dame de Fatima. Nous engageons nos lecteurs et nos lectrices qui n'appartiennent pas encore à cette milice des dévots du Rosaire à bien méditer ce point. Nous les exhortons fortement à entrer dans ces deux sociétés qui leur offrent de si précieux et de si nombreux avantages spirituels.

Conscients de nos misères, conscients de la gravité de l'heure présente, et confiants dans la puissante intercession de Notre-Dame de Fatima, faisons tous la prière qu'elle nous a recommandée. Assiégeons-la quotidiennement de sa prière préférée; prenons d'assaut son tendre Cœur de Vierge-Mère, avec les armes qu'elle-même nous a données. Unis dans une même supplication ardente et confiante, faisons monter vers elle la prière invincible qui terrasse les puissances infernales, détruit le péché, convertit les pécheurs, change les cœurs, et attire sur les sociétés et les peuples, non moins que sur les individus, les grâces de repentir, de rénovation et de résurrection. Demandons à Notre-Dame du Rosaire de secourir notre peuple, de le guérir, de le tirer de ses mauvaises voies, de l'arracher à ses misères, de le mettre à l'abri des erreurs et des corruptions du siècle, en un mot, de le défendre contre tous ses ennemis visibles et invisibles. Demandons à la Reine du Rosaire de protéger nos évêques et nos prêtres, nos religieux et nos religieuses, nos foyers chrétiens, nos parents chrétiens, nos jeunes gens et nos jeunes filles et tous nos enfants. Demandons-lui de nous donner de saints prêtres, de saints religieux, de vrais parents chrétiens, de vrais foyers chrétiens, de vrais éducateurs, de grands apôtres, de grands hommes capables d'accomplir dans la paix les réformes qui s'imposent chez nous, des chefs intelligents et forts capables de nous grouper, de nous comprendre et de nous conduire, dans l'union et la concorde, sur la voie qui mène au bonheur les peuples conscients de leur vocation et fidèles à leur destinée.

CHAPITRE X

LE QUART D'HEURE DE NOTRE-DAME DE FATIMA

Lors de sa troisième apparition, la Sainte Vierge a demandé aux trois petits voyants de Fatima de faire amende honorable au Cœur Immaculé de Marie: " Sacrifiez-vous pour les pécheurs, leur a-t-elle recommandé, et dites souvent: Ô Jésus, c'est pour votre amour, pour la conversion des pécheurs et en réparation des offenses faites au Cœur Immaculé de Marie".

Un mois plus tôt, au cours de la deuxième apparition, Lucie ayant demandé à la Sainte Vierge de l'emmener au Paradis avec Jacinte et François, la Sainte Vierge avait répondu: "Oui, Jacinte et François, je viendrai bientôt les prendre. Mais toi, tu dois rester plus longtemps ici-bas. Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie".

La Sainte Vierge a daigné nous enseigner par l'entremise de Lucie une dévotion dont le but est de faire amende honorable à son Cœur Immaculé, et à laquelle elle a attaché une magnifique promesse. Voici en quels termes l'évêque de Leiria nous fait connaître cette dévotion, dans la cinquième édition du Manuel officiel du Pèlerin de Fatima:

"C'est la Sainte Vierge elle-même qui de nos jours (par sœur Lucie de Jésus, la voyante de Fatima) a daigné nous apprendre cette dévotion des cinq premiers samedis, qui a pour but de faire réparation au Cœur Immaculé de Marie, pour toutes les offenses et outrages dont il est l'objet de la part des hommes ingrats. Cette dévotion consiste, ce jour-là, à: 1) se confesser et communier (On peut se confesser dans les huit jours qui précèdent ou qui suivent la communion, pourvu que la communion soit faite en état de grâce.); 2) réciter le chapelet;

3) méditer pendant un quart d'heure les mystères du Rosaire; 4) avoir l'intention de faire réparation au Cœur Immaculé de Marie.

"La Sainte Vierge a dit à Sœur Lucie de Jésus: Regarde, ma fille, mon cœur tout criblé d'épines que les hommes m'enfoncent à tout moment par leurs blasphèmes et ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et fais savoir aux hommes que:

Je promets d'assister à l'heure de la mort avec les grâces nécessaires au salut, tous ceux qui, le premier samedi de cinq mois consécutifs, se confesseront, recevront la Sainte Communion, réciteront le chapelet et me tiendront compagnie pendant un quart d'heure, en méditant sur les quinze mystères du Rosaire dans le but de me faire réparation".

Ici encore Notre-Dame approuve et sanctionne une dévotion déjà existante et approuvée par l'Église. En effet, le 13 juin 1912, le Saint Office accordait une indulgence plénière aux conditions ordinaires à ceux qui accomplissent, le premier samedi du mois, des exercices spéciaux de dévotion en l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée, en réparation des blasphèmes dont son nom et ses prérogatives sont l'objet.

LES MYSTÈRES DU ROSAIRE

LES MYSTÈRES JOYEUX

L'Annonciation

"L'ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, auprès d'une vierge qui était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph, et le nom de la vierge était Marie. L'ange étant entré où elle était, lui dit: "Je vous salue, pleine de grâce; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes". Marie l'ayant aperçu fut troublée par ses paroles et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L'ange lui dit: "Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez en votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, on l'appellera le Fils du Très Haut. Le Seigneur lui donnera le trône de David son père; il régnera éternellement sur la maison de Jacob et son règne n'aura point de fin". Marie dit à l'ange: "Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ?" (1) L'ange lui répondit: "L'Esprit-Saint viendra sur vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre..." Marie dit alors: "Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole " (2) (Luc, I, 26-38).

(1) Hébraïsme qui signifie ici: j'ai formé le dessein, j'ai fait le vœu de rester vierge.

(2) La seconde Personne de la Sainte Trinité attendait cette parole pour revêtir notre humanité en s'incarnant dans le sein de la Très Sainte Vierge.

La Visitation

"En ces jours-là, Marie s'en alla en hâte (1) au pays des montagnes, en une ville de Juda. Et elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. Or, dès qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. Et élevant la voix, elle s'écria: "Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi; car votre voix, lorsque vous m'avez saluée, n'a pas plus tôt frappé mes oreilles, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein... Et Marie dit: "Mon âme glorifie le Seigneur... " (2) (Luc, I, 39-55).

(1) Le motif de cet empressement n'est pas de vérifier l'heureuse nouvelle que l'ange lui a annoncée concernant la grossesse de sa parente mais bien plutôt de l'en féliciter et sans doute aussi d'aider dans les soins de la maison cette parente avancée en âge.

(2) La Sainte Vierge chante ici son beau cantique d'action de grâces que l'Église redit tous les jours à l'office des Vêpres dans les strophes du Magnificat.

La Naissance de Notre-Seigneur

"En ces jours-là fut publié un édit de César Auguste (1) pour le recensement de toute la terre... Et tous allaient se faire recenser chacun dans sa ville. Joseph monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, appelée Bethléem... pour être recensé avec Marie son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu'ils étaient en ce lieu, le temps où elle devait enfanter s'accomplit. Et elle mit au monde son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie "(Luc, II, 1-20).

(1) César Auguste était l'empereur romain. Le petit État juif était sous la tutelle de Rome depuis l'an 63 avant Jésus-Christ.

La Présentation au Temple

La loi juive ordonnait aux mères de se présenter au Temple, quarante jours après la naissance de leurs enfants, pour y accomplir une purification légale en offrant un agneau et une colombe; les pauvres étaient autorisés à n'offrir que deux tourterelles ou deux jeunes colombes. Une autre loi obligeait les parents à racheter leurs premiers-nés, parce qu'ils appartenaient au Seigneur; un garçon était racheté par une somme de cinq sicles.

"Lorsque les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Marie et Joseph portèrent l'enfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur suivant ce qui est écrit dans la loi...

Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon; c'était un homme juste et craignant Dieu. L'Esprit Saint lui avait révélé qu'il ne mourrait point avant d'avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint donc dans le Temple, poussé par l'Esprit. Et comme les parents apportaient le petit Enfant-Jésus... lui aussi le reçut dans ses bras en disant: "Maintenant, ô Maître, vous laissez partir votre serviteur en paix selon votre parole, presque mes yeux ont vu votre salut... (1) Siméon les bénit et dit à Marie sa Mère: " Cet enfant est au monde pour la chute et la résurrection d'un grand nombre en Israël, et pour être un signe en butte à la contradiction; vous-même, un glaive transpercera votre âme " (Luc, II, 22-39).

(1) C'est le Nunc dimitis que l'Église chante à l'office des Complies.

Le Recouvrement

Cependant l'Enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. Or ses parents allaient tous les ans à Jérusalem, à la fête de Pâque. Quand il eut atteint sa douzième année, ils y montèrent, selon la coutume de cette fête; et lorsqu'ils s'en retournèrent, les jours de la fête étant passés, l'Enfant-Jésus resta dans la ville, sans que ses parents s'en fussent. aperçus (1). Pensant qu'il était avec leurs compagnons de voyage, ils marchèrent tout un jour, puis ils le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Ne l'ayant point trouvé, ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher. Au bout de trois jours, ils le. trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous ceux qui l'entendaient étaient ravis de son intelligence et de ses réponses. En le voyant ils furent étonnés; et sa mère lui dit: "Mon enfant, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Votre père et moi, nous vous cherchions tout affligés". Et il leur répondit: "Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il faut que je sois aux choses de mon Père ?" (Luc, II, 40-50).

(1) La chose n'a rien qui doive étonner si l'on se rappelle qu'un enfant de 12 ans sait se débrouiller, surtout en Orient. La distance de Jérusalem à Nazareth était d'environ trente lieues. Les pèlerins faisaient le voyage par étapes. Quand le groupe galiléen prit le chemin du retour, Marie et Joseph n'apercevant pas Jésus, crurent qu'il était dans le groupe avec des parents ou des connaissances.

LES MYSTÈRES DOULOUREUX

L'Agonie

Les mystères douloureux nous reportent à la fin du ministère public de Jésus et nous rappellent les principales étapes de sa passion. Après avoir mangé la Pâque (1) et institué la sainte Eucharistie, Jésus est sorti du cénacle et s'est rendu avec ses apôtres au mont des Oliviers, dans un lieu appelé Gethsémani. Il y était souvent venu (Luc, XXII, 39). C'est là qu'il campait avec ses disciples, quand le temps manquait pour aller coucher à Béthanie. Ce soir-là, les apôtres, selon leur habitude, s'installaient déjà pour dormir, quand Jésus leur dit: "Asseyez-vous ici, pendant que je prierai". "Ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à éprouver de la tristesse et de l'angoisse (2). Et il leur dit: "Mon âme est triste jusqu'à la mort; demeurez ici et veillez avec moi". Et s'étant un peu avancé, il se prosterna la face contre terre, priant et disant: "Mon Père, s'il est possible, que ce calice passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme vous voulez". Il vint ensuite à ses disciples, et, les trouvant endormis, il dit à Pierre: "Ainsi, vous n'avez pu veiller une heure avec moi ! Veillez et priez, afin que vous n'entriez point en tentation; l'esprit est prompt mais la chair est faible" (Mat., XXVI, 37-42). Jésus revient vers ses apôtres une seconde fois et les trouve encore endormis. Ayant prié de nouveau, il revient trouver ses apôtres pour la troisième fois et leur annonce que le traître approche.

Judas, qui connaissait l'endroit pour y être venu souvent lui-même, arrive avec des gens armés chargés d'arrêter Jésus. Sa trahison favorise les desseins des princes des prêtres qui n'osaient arrêter Jésus en public par peur des représailles de la foule (Mat., XXVI, 5).

(1) Un jour plus tôt que les Pharisiens: voyez pour l'explication de cette apparente anomalie l'Évangile de Jésus du Père M.-J. Lagrange, O. P, à la page 495

(2) C'est l'évangéliste saint Luc qui a donné à cette angoisse le nom d'agonie - agonia en grec.

La Flagellation

Arrêté au Jardin de Gethsémani, Jésus est aussitôt conduit chez Arme, puis chez le grand-prêtre Caïphe. Caïphe procède immédiatement à un premier interrogatoire. Dès le lever du jour, tout le Sanhédrin se réunit et condamne Jésus à mort comme coupable de blasphème pour s'être déclaré le Fils de Dieu. Cette sentence de mort ne pouvant être exécutée sans la ratification du gouverneur romain, Jésus est conduit à Pilate. Pilate interroge Jésus et ne trouve en lui rien à condamner. Il essaie de se tirer d'affaire en l'envoyant à Hérode. Hérode, qui craint de se compromettre politiquement, n'ose lui non plus condamner Jésus. Il le renvoie à Pilate. La foule réclamant, selon la coutume, l'élargissement d'un prisonnier, Pilate lui donne le choix entre Barrabas et Jésus. La foule préfère Barrabas.

"Alors Pilate prit Jésus et le fit flageller " (Jean, XIX, 1). Les trois autres évangélistes ne nous en disent pas plus long. Nous savons que la flagellation romaine était horrible. Le condamné, dépouillé de tout vêtement et attaché à une colonne, était frappé de fouets armés de pointes de fer qui labouraient la chair et mettaient les os à nu. Pour Jésus, le supplice fut peut-être plus atroce encore. Il est plausible que Pilate ait demandé aux soldats de ne pas ménager leur victime, espérant que les Juifs se déclareraient satisfaits d'un châtiment aussi cruel (Luc, XXIII, 13-16).

Le Couronnement d'épines

Les bourreaux de la Flagellation étaient des soldats romains. Ces Romains qui méprisaient les Juifs et qui n'aimaient guère les rois, ne manquèrent pas leur chance de s'amuser aux dépens de Jésus qu'on accusait de se poser en roi des Juifs. Ils lui improvisèrent une cérémonie grotesque. L'ayant couvert d'une chlamyde rouge, ils lui tressèrent une couronne avec des épines, trouvées sans doute parmi les branches qui servaient à l'entretien du feu dans la cour du prétoire. "Les soldats du gouverneur... tressèrent une couronne d'épines, qu'ils posèrent sur sa tête et ils lui mirent un roseau dans la main droite; puis, fléchissant le genou devant lui, ils lui disaient par dérision: "Salut, roi des Juifs". Ils lui crachaient aussi au visage, et prenant le roseau, ils en frappaient sa tête" (Matt., XXVII, 27-30).

Le Portement de la Croix

La vue de Jésus flagellé et couronné d'épines n'attendrit pas la foule; en l'apercevant, elle crie plus fort: "Crucifie-le ! Crucifie-le ". Pilate a peur de condamner celui qu'on accuse de se proclamer le Fils de Dieu, mais les Juifs recourent à un argument décisif: "Si tu le délivres, tu n'es point l'ami de César" (Jean, XIX, 12). Pilate comprend qu'on menace de le dénoncer comme traître à l'empereur. Il fait apporter son tribunal, se lave les mains devant la foule et condamne Jésus au supplice de la croix.

C'était le supplice des criminels. Le condamné devait porter sa croix jusqu'au lieu de l'exécution. Comme l'extrême épuisement empêchait Jésus de porter son lourd fardeau, les soldats contraignirent un certain Simon de Cyrène de le porter pour lui. Deux malfaiteurs étaient conduits au supplice avec Jésus. Il était environ midi (1). Dans la foule des curieux qui suivaient le cortège se trouvaient des femmes qui pleuraient sur le sort de Jésus. Sensible à leur douleur, le Christ leur annonce les châtiments qui atteindront les coupables; il en avertit ces femmes pour qu'elles conduisent leurs enfants dans la voie qui leur permettra de les éviter (Luc, XXIII, 27-31).

(1) Midi ou la sixième heure; chez les Romains et chez les Juifs, le jour était partagé en 12 heures et la lère heure correspondait à nos 6 heures.

Le Crucifiement

C'était la coutume romaine de crucifier les criminels à l'entrée des villes pour qu'ils fussent donnés en spectacle et servissent de leçon à tous les passants. Jésus fut crucifié aux portes de Jérusalem dans un lieu appelé Golgotha. Du haut de sa croix, il demanda pardon pour ses bourreaux et pour ceux qui avaient comploté sa mort: "Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font " (Luc, XXIII, 34). Il confia sa mère à Jean, qui se tenait au pied de la croix avec Marie et quelques saintes femmes (Jean, .XIX, 26). Les princes des prêtres, les scribes, les passants et les larrons eux-mêmes insultaient Jésus. Mais saint Luc nous apprend que l'un des larrons, touché par la grâce du repentir, reprit son malheureux compagnon et dit à Jésus: "Seigneur, souvenez-vous de moi, quand vous serez parvenu dans votre royaume". Jésus lui répondit: "Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis" (Luc, XIII, 42). Une tristesse plus affreuse que celle de Gethsémani entra dans son âme et vers la 9ème heure il poussa cette plainte: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?" (Marc, XV, 34). Puis il dit encore: "J'ai soif". Mu par un sentiment de compassion, un soldat lui présenta au bout d'un javelot une éponge trempée dans de l'eau acidulée (1). Jésus dit: "Tout est consommé", puis il s'écria d'une voix forte: "Père, je remets mon esprit entre vos mains". En disant ces paroles il expira" (Luc, XXIII, 46).

(1) Les soldats avaient l'habitude d'apporter avec eux un mélange d'eau et de vinaigre pour étancher la soif.

LES MYSTÈRES GLORIEUX

La Résurrection

Jésus a été enseveli à la hâte par quelques disciples dans le jardin de Joseph d'Arimathie (1). Les princes des prêtres, contents de s'être débarrassés de Jésus, se souviennent qu'il a promis de ressusciter le troisième jour. En conséquence ils prennent leurs précautions. Ils font garder le tombeau et scellent la pierre qui en ferme l'entrée.

"Après le sabbat, dès l'aube du premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l'autre Marie allèrent visiter le sépulcre. Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre; un ange du Seigneur, étant descendu du ciel, vint rouler la pierre, et s'assit dessus... A sa vue, les gardes furent frappés d'épouvante et devinrent comme morts. Et l'ange, s'adressant aux femmes, leur dit: "Ne craignez pas; car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n'est point ici; il est ressuscité comme il l'avait dit..." Elles sortirent du sépulcre et .coururent porter la nouvelle aux disciples. Et voilà que Jésus se présenta devant elles et leur dit: "Salut |" Elles s'approchèrent et embrassèrent ses pieds... Alors Jésus leur dit: "Ne craignez point: allez dire à mes frères de se rendre en Galilée, c'est là qu'ils me verront" (Mat., XXVII, I-11).

(1) Le repos sabbatique commençant le vendredi soir au coucher du soleil, il avait fallu se presser; cet ensevelissement hâtif n'était que provisoire dans la pensée des disciples et des saintes femmes; le lendemain du Sabbat, de grand matin, les saintes femmes s'empresseront de revenir avec des aromates dans le but de donner à Jésus une sépulture définitive.

L'Ascension

"J'ai raconté, dans mon premier livre, toute la suite des actions et des enseignements de Jésus, jusqu'au jour où, après avoir donné, par l'Esprit-Saint, ses instructions aux Apôtres qu'il avait choisis, il fut enlevé au ciel. A eux aussi, après sa passion, il s'était montré plein de vie, leur en donnant des preuves nombreuses, leur apparaissant pendant quarante jours et les entretenant du royaume de Dieu. Un jour qu'il était à table avec eux, il leur recommanda de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'attendre ce que le Père avait promis, "ce que, leur dit-il, vous avez appris de ma bouche; car Jean a baptisé dans l'eau, mais vous, sous peu de jours, vous serez baptisés dans l'Esprit-Saint". Eux donc, étant réunis, lui demandèrent: "Seigneur, le temps est-il venu où vous rétablirez le royaume d'Israël ? " (1) Il leur répondit: "Ce n'est pas à vous de connaître les temps ni les moments que Père a fixés de sa propre autorité. Mais lorsque le Saint-Esprit descendra sur vous, vous serez revêtus de force..." Après avoir ainsi parlé, il fut élevé en leur présence, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient leurs regards fixés vers le ciel pendant qu'il s'éloignait, voici que deux hommes parurent auprès d'eux, vêtus de blanc, et dirent: "Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder le ciel ? Ce Jésus qui, du milieu de vous, a été enlevé au ciel, en viendra (2) de la même manière que vous l'avez vu monter" (Actes, I, 1-12).

(1) Les Apôtres ne pouvaient montrer mieux qu'ils n'avaient rien compris encore à leur mission. Partageant les préjugés de leurs compatriotes, ils attendaient du Messie l'établissement d'un royaume terrestre. La bonne nouvelle de la résurrection avait tout à coup ravivé cette espérance" terriblement éprouvée pu le drame du Vendredi Saint.

(2) Au jour de son second avènement, à la fin du monde.

La Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres

Après l'Ascension, les Apôtres reviennent à Jérusalem et se retirent dans un appartement que le Livre des Actes nomme chambre haute ou cénacle - c'était peut-être là que Notre-Seigneur avait institué la sainte Eucharistie. En compagnie de la Sainte Vierge, de quelques saintes femmes et de plusieurs disciples, ils attendent, dans le recueillement et la prière, la venue de l'Esprit-Saint. Mathias est choisi pour remplacer Judas dans le collège apostolique. "Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils étaient tous ensemble en un même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent qui souffle avec force et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils virent paraître comme des langues de feu qui se partagèrent et se posèrent sur chacun d'eux. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils se mirent à parler d'autres langues, selon que l'Esprit-Saint leur donnait de s'exprimer" (Actes, II, 1-4). Une foule nombreuse accourt; Pierre prend la parole, confesse Jésus crucifié et ressuscité et convertit trois mille Juifs. L'Église est née. L'Esprit-Saint a transformé les Apôtres. Les pêcheurs de Galilée sont devenus des pêcheurs d'hommes. Éclairés et fortifiés par le Consolateur, ils sont prêts à porter l'Évangile à toutes les nations.

L'Assomption

La quasi unanimité des saints Pères sur la réalité de l'Assomption a amené l'Église à instituer en l'honneur de ce mystère l'une de ses plus grandes fêtes. Le mystère de l'Assomption nous rappelle trois choses: la mort de la Sainte Vierge, sa résurrection et son enlèvement au ciel. Le lieu et la date de sa mort ne nous sont pas connus de façon certaine. Selon une antique tradition rapportée par saint Jean Damascène, la Sainte Vierge serait morte à Jérusalem. Les Apôtres, à l'exception de Thomas, se trouvèrent miraculeusement réunis à son chevet au moment de sa bienheureuse mort et ils l'ensevelirent à Gethsémani. Thomas, arrivé trois jours plus tard, voulut la voir une dernière fois. Les Apôtres, ayant ouvert le tombeau, n'y trouvèrent plus le corps de la Vierge. Ils conclurent que le Christ avait ressuscité Marie pour la préserver de la corruption du tombeau et l'avait fait enlever au ciel.

Il était convenable, comme l'affirme toute la Tradition, que celle qui n'avait pas péché et qui avait porté dans son sein le Verbe fait chair, fut préservée de la corruption du tombeau. Ce qui doit s'accomplir à la fin du monde pour tous les justes, s'est accompli pour elle tout de suite après sa mort. Comme le dit saint Jean Damascène, son corps fut transporté dans les honneurs du ciel avant la commune et universelle résurrection.

Le Couronnement

La Sainte Vierge retrouve son Fils au ciel. Elle vient prendre la place qu'il lui a préparée dans son royaume. Il est le roi de ce royaume et elle en est la reine. Son incomparable dignité de Mère de Dieu l'élève au-dessus de tous les élus et de tous les anges. "Celui qu'elle reçut à son entrée dans cet humble monde, la reçoit au seuil de la cité sainte. Point de lieu ne se trouva sur terre plus digne du Fils de Dieu que le sein de la Vierge; point de trône plus sublime au Ciel que celui où le Fils de Marie la fait asseoir à son tour. De part et d'autre, bienheureuses réceptions, ineffables toutes deux, parce que toutes deux elles dépassent la pensée " (1). L'œil humain n'a point vu, l'oreille humaine n'a pas entendu, le cœur de l'homme n'a pas éprouvé, comme dit le Prophète, ce que Dieu réserve à ses élus. La parole humaine ne fait que balbutier, quand elle essaie de parler de la gloire dont rayonnent le Christ et sa Mère dans la bienheureuse éternité...

Ô très puissante et très compatissante Reine, obtenez-nous le désir de contempler et de partager cette gloire de la Patrie céleste, et faites que nous en obtenions la grâce en méditant mieux les mystères de votre saint Rosaire !

(1) S. Bern., in Assumpt. B. M. V. Sermo I.

APPENDICE

L'une des plus importantes révélations de Fatima est la dernière grande vision de 1929. Elle semble être la synthèse complète de tout le message. Lucie de Fatima avait donné connaissance de cette vision au Pape Pie XII, dans une lettre personnelle, mais le texte de Lucie n'a été publié qu'à l'occasion du jubilé d'or de Fatima. Voici la description que Lucie a donnée elle-même de sa vision:

"Soudain toute la chapelle fut illuminée par une lumière surnaturelle, et une croix de lumière apparut au-dessus de l'autel, s'élevant jusqu'au plafond. Dans une lumière brillante, à la partie supérieure de la croix pouvait se voir la figure d'un homme et son corps jusqu'à la taille (représentant le Père), sur sa poitrine il y avait une colombe de lumière (représentant le Saint-Esprit), et cloué sur la croix était le corps d'un autre homme fie Fils, Jésus-Christ). Un peu au-dessus de la taille, je pouvais voir un calice et une grande hostie suspendus dans les airs sur laquelle tombaient des gouttes de sang découlant de la face de Jésus Crucifié et de la Plaie de son coté. Ces gouttes coulaient sur l'hostie et tombaient dans le calice. Notre-Dame était au-dessous du bras droit de la croix (c'était Notre-Dame-de-Fatima avec son Cœur ................ sans glaive ni roses, mais avec la couronne d'épines et les flammes...). Sous le bras gauche de la croix, de grandes lettres comme formées d'une eau claire comme du cristal qui coulait sur l'autel, formant ces mots: GRACES ET MISERICORDE. J'ai compris que c'était le mystère de la Sainte Trinité qui m'était montré, et j'ai reçu des lumières concernant ce mystère qu'il ne m'est pas permis de révéler.

Notre-Dame me dit ensuite: "Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père, en union avec tous les évêques du monde, de faire la Consécration de la Russie à mon Cœur, promenant de la sauver par ce moyen".

Père Jean Bousquet, O.P.
Lecteur en théologie

Imprimatur, Jean. Évêque de Leiria. 26 avril 1968

Prière de l'Ange du Portugal

"Ô Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément. Je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels Il est offensé. Par les mérites infinis du Sacré-Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie, j'implore la conversion des pauvres pécheurs."


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