La RÉSURRECTION et la PURETÉ

La résurrection et la pureté

Père D. Parsons

Afin de voir en quoi l’espérance de la résurrection de la chair devrait inciter le chrétien à vivre chastement, il nous faut considérer :

  1. Que le corps ressuscité de Notre Seigneur est identique à celui qui pendait sur la croix, bien que transfiguré dans la gloire.
  2. Que cette résurrection de la chair est le modèle et l’assurance de notre propre résurrection. Le Christ est la causa exemplaris qui " transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire " (Ph 3 21).
  3. Il s’ensuit que notre chair a été créée pour participer, comme celle du Christ, à la vie de la Sainte Trinité et doit être traitée en conséquence comme une chose sacrée.

Telles sont les doctrines que nous considérons brièvement dans les paragraphes qui suivent.

 

  1. LE CORPS RESSUSCITÉ ET GLORIFIÉ DU SEIGNEUR EST LE MÊME QUE CELUI QUI FUT OFFERT SUR LA CROIX COMME PRIX DE NOTRE RÉDEMPTION.

Au tombeau, le corps de Notre Seigneur n’a pas connu la corruption et restait uni par hypostase à la divinité.

Il est normal que la chair de Notre Seigneur n’ait pas connu la corruption. C’est la chair du Dieu-homme; une chair qui n’a pas connu et ne pouvait connaître le péché ni la concupiscence; une chair par laquelle une adoration d’une valeur infinie fut offerte au nom des pécheurs au Père éternel et immolée sur la croix en sacrifice propitiatoire pour les péchés de l’humanité déchue; une chair unie par hypostase à la divinité à chaque moment de son existence éternelle. C’est ce que nous lisons dans les Écritures : " Car David dit à son sujet (...) Aussi mon cœur s’est-il réjoui et ma langue a-t-elle jubilé; ma chair elle-même reposera dans l’espérance que tu n’abandonneras pas mon âme à l’Hadès et ne laisseras pas ton saint voir la corruption. " " Il [David] a vu d’avance et annoncé la résurrection du Christ qui, en effet, n’a pas été abandonné à l’Hadès, et dont la chair n’a pas vu la corruption " (Ac 2 25-31). Voyez comment Dieu, pour témoigner de la sainteté de ses serviteurs, permet que leur corps partage plus ou moins cette prérogative de Notre Seigneur en le préservant pour un temps de la corruption.

Le corps de Notre Seigneur fut réanimé le troisième jour.

" Il est ressuscité dans la véritable résurrection de son corps et dans la véritable restauration de son âme dans ce corps avec lequel, après avoir mangé et bu, Il est monté aux cieux (...) " (D 422)1. " Il est descendu [aux enfers] en son âme, Il est ressuscité en sa chair, Il est monté aux cieux en son âme et en sa chair " (ibid. 429 et 462).

Notre Seigneur a annoncé la résurrection de son corps dans les Évangiles en disant que le plus grand signe donné pour attester de la dignité messianique sera le signe de Jonas. Tout comme Jonas est demeuré trois jours dans le ventre de la baleine, le corps du Fils de l’homme allait demeurer trois jours dans les profondeurs de la terre avant de ressusciter dans la gloire.

Au matin de Pâques, le tombeau dans lequel le corps de Notre Seigneur avait reposé, bien que gardé par des soldats, fut trouvé vide, témoin silencieux de la résurrection de son corps.

Le Seigneur ressuscité est alors apparu à ses apôtres et à ses disciples, " Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois " (1 Co 15 3-8). Il a permis à saint Thomas de le toucher en disant, " Porte ton doigt ici : voici mes mains; avance ta main et mets-là dans mon côté et ne sois plus incrédule mais croyant " (Jn 20 27), et il a mangé pour démontrer qu’Il n’était pas un fantôme, mais de chair et de sang. " Nous devons déclarer avec les disciples que [après être ressuscité, étant donné que ces opérations en rapport avec la génération et la nutrition prennent fin à la résurrection], Il a mangé non par nécessité mais par un acte de volonté et de puissance (...) " (D 344).

Le corps de Notre Seigneur est ressuscité transfiguré

Les circonstances des apparitions relatées dans Mt 28; Mc 16; Lc 24; Jn 20 21; 1Cor 15 3 et suiv. montrent clairement que le Seigneur est ressuscité dans la gloire. Le Christ ressuscité conserve les plaies de sa passion dans son corps transfiguré en témoignage de son triomphe sur la mort par son abaissement et sa souffrance.

Avant d’être un mystère de foi, la résurrection de Notre Seigneur est un fait historique de la plus grande importance apologétique.

À la défense de cette vérité, le Pape saint Pie X a condamné et proscrit dans son décret Lamentabili les deux propositions suivantes :

" La résurrection du Sauveur n'est pas proprement un fait d'ordre historique, mais un fait d'ordre purement surnaturel, ni démontré ni démontrable, que la conscience chrétienne a peu à peu déduit d'autres faits " (D 2036).

" La foi en la résurrection du Christ, à l'origine, porte moins sur le fait même de la résurrection que sur la vie immortelle du Christ auprès de Dieu " (D 2037).

Du point de vue de l’apologétique, la résurrection est le plus grand des miracles de Notre Seigneur. C’est l’accomplissement de nombreuses prophéties, y compris les siennes, et la preuve la plus éloquente que Notre Seigneur a été envoyé par Dieu pour enseigner à l’humanité la religion véritable.

Notre Seigneur est ressuscité par son propre pouvoir (D 286)

  1. LA RÉSURRECTIOIN DU CORPS DE NOTRE SEIGNEUR EST LE MODÈLE DE LA NÔTRE.

Notre Seigneur nous assure que " là où Il est sous serons nous aussi " après les épreuves de cette vie, et alors " nous serons comme Lui ".

Comme Lui, nous serons ressuscités dans le corps que nous avons maintenant.

" (...) c’est de lui [Dieu] que j’espère les recouvrer de nouveau [sa langue et ses mains] ", dit un martyr de l’Ancien Testament (2 M 7 11) dont l’espérance était que le même corps dans lequel il allait souffrir si héroïquement lui serait rendu par la puissance de Dieu. " Ce corps identique, celui qui appartient à chacun d’entre nous au cours de cette vie, bien que corrompu et retourné à sa poussière originelle, sera rappelé à la vie (...) Ainsi, l’homme ressuscitera dans le même corps avec lequel il a servi Dieu, ou fut le serviteur du diable, afin que dans ce même corps il puisse connaître les récompenses et recevoir la couronne du vainqueur, ou subir les peines les plus sévères et les tourments éternels " (Le catéchisme romain).

Comme Notre Seigneur, notre corps ressuscitera transfiguré, " elle sonnera, la trompette, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons transformés " (1 Co 15 51-53).

Saint Paul annonce, " Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils? Avec quel corps reviennent-ils? Insensé! Ce que tu sèmes, toi, ne reprends vie s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un grain tout nu [qui conserve une relation matérielle avec ce qui en sort], du blé par exemple, ou quelque autre semence; et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier ".

Le juste ressuscitera dans une parfaite intégrité, et délivré de toute difformité :

" Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on sème de la corruption, il ressuscite de l’incorruption [i.e. impassible]; on sème de l’ignominie, il ressuscite de la gloire [i.e. beau]; on sème de la faiblesse, il ressuscite de la force [i.e. subtil et agile]; on sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel " (1 Co 15 42-44).

  1. C’EST POURQUOI NOUS DEVONS ÊTRE PURS!

Comme le dit saint Paul, " Si c’est dans des vues humaines que j’ai livré combat contre les bêtes à Éphèse, que m’en revient-il? Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons " (1 Co 15 32).

Si nous n’avons pas en vue la résurrection de notre corps, pourquoi le garder pur? Pourquoi mortifier nos impulsions et nos passions rebelles? Si tout ce qui importe est l’âme, si nous ne connaîtrons après la mort qu’une vague fusion avec le cosmos tout entier, pourquoi ne pas profiter du corps sans nous encombrer de la morale? Pourquoi s'efforcer de conserver chaste une chose que nous devons abandonner à la mort, une chose vaine et indifférente aux yeux de Dieu? " Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes " (1 Co 15 19).

Mais, comme nous l’avons vu, Dieu veut conduire tout l’homme à la gloire, en accordant au corps comme à l’âme une participation à sa félicité éternelle. Cela est également vrai en cette vie. Les fruits de la rédemption s’appliquent à notre âme au moyen de signes visibles qui touchent notre corps mortel et qui, en plus de la grâce sanctifiante, confèrent des grâces " médicinales " par lesquelles nous pouvons résister aux aspirations désordonnées de la chair et les surmonter. Ainsi, écrit saint Augustin, " Votre propre espoir de résurrection, quoique non encore réalisé, est sûr et certain, parce que vous avez reçu ce sacrement ou signe de cette réalité [par le baptême et l’eucharistie, appelés par le Père un gage de gloire future], et vous avez reçu un gage de l’Esprit ". " Du moment même que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. (...) Quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire. " Dès maintenant, nos corps sont des " temples de l’Esprit Saint " destinés à la résurrection et ils doivent être gardés en conséquence; des temples dans lesquels, fortifiés par la grâce de Dieu, des prières et des sacrifices spirituels doivent être offerts à Dieu.

Prenez garde, par conséquent! Ce n’est pas seulement l’âme incroyante et non charitable qui est exclue du ciel, mais également un corps intempérant et non chaste. Dieu ne désire pas seulement une part de nous-mêmes. Ceux qui ne comprennent pas cela tombent inévitablement dans les péchés de la chair en raison de la croyance erronée que tout ce qui importe ce sont les bonnes intentions et les sentiments chaleureux. Ils ont perdu les vrais pouvoirs et la véritable valeur du corps.

" Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal, pour la damnation " (Jn 5 29).

1 Denzinger Enchiridion Symbolorum