LE PLURALISME

par D. Q. McInerny

 

            De nos jours, l’élite intellectuelle est généralement d’avis que le pluralisme est une bien bonne chose. Elle en parle par conséquent beaucoup et en répand l’idée avec enthousiasme. Selon les experts, c’est précisément de pluralisme – et de sa sœur jumelle la diversité – dont notre société a besoin pour acquérir santé, richesse et sagesse. Certains vont même jusqu’à affirmer la même chose en ce qui concerne l’Église et nous assurent qu’une bonne dose de pluralisme est exactement ce dont l’Église a besoin pour la guérir de tous ses maux.

 

            Étant donné l’importance qu’on lui accorde actuellement, il est temps d’examiner soigneusement ce pluralisme. Commençons donc par essayer de déterminer ce que les gens ont à l’esprit lorsqu’ils parlent de pluralisme et de sa promotion. Et déjà nous rencontrons de sérieux problèmes – des problèmes de clarté ou, plus précisément, de manque de clarté.

 

            Il est déconcertant de constater que les tenants du pluralisme semblent guidés dans leur enthousiasme et leur réflexion par des idées tout à fait vagues et brumeuses concernant l’objet de leur dévotion. Jamais encore je n’ai obtenu des partisans du pluralisme une quelconque définition exacte de ce qu’ils proposent, et je doute qu’on puisse trouver une telle définition dans leur arsenal intellectuel. (Le fait n’est d’ailleurs pas inhabituel. Il arrive fréquemment que les partisans d’un -isme soient motivés par des idées particulièrement nébuleuses sur sa signification. De plus, il semblerait que plus l’enthousiasme est grand, plus les idées qui entourent cet -isme sont obscures.)

 

            Il serait donc utile de clarifier nos pensées concernant cette importante notion de pluralisme. Qu’est-ce que le pluralisme ? Fondamentalement, et considéré du point de vue de la distinction philosophique classique entre l’unique et le multiple, le pluralisme est simplement « le multiple » par opposition à « l’unique ». En d’autres termes, le pluralisme est le contraire de l’unité.

 

            Si l’on applique cette interprétation philosophique de base à la société humaine – et c’est précisément cette sorte d’application qui intéresse surtout les partisans du pluralisme – nous devons ensuite faire une distinction entre le pluralisme bienfaisant et le pluralisme dangereux. Le pluralisme bienfaisant, quoique différent par définition de l’unité, ne s’oppose pas à l’unité. On pourrait l’appeler le pluralisme naturel. C’est ce pluralisme que l’on rencontre dans les variations et les différences auxquelles on peut s’attendre dans la société humaine, et dont la source première se trouve dans l’unicité de chaque personne individuelle. Le pluralisme bienfaisant, parce que naturel, est une bonne chose. On pourrait représenter le pluralisme bienfaisant comme les variations de l’unité thématique essentielle de toute société. La chose la plus importante à signaler concernant le pluralisme bienfaisant est qu’il n’est pas antithétique à l’unité de la société et qu’il est englobé dans cette unité. Une société qui manquerait de ce genre de pluralisme serait dangereusement homogène et rigidement monolithique. Bien que naturel, le pluralisme bienfaisant peut être supprimé, et c’est précisément ce que les sociétés totalitaires s’efforcent de faire.

 

            Un des traits essentiels du pluralisme bienfaisant est qu’il collabore toujours – et soutient activement dans ses manifestations les meilleures – l’unité essentielle à toute société. Un second trait caractéristique du pluralisme bienfaisant est qu’il se suffit à lui-même. Parce qu’il est un concomitant de toute société saine, il n’a pas besoin d’être activement promu.

 

            Le pluralisme dangereux est malheureusement le genre de pluralisme que préconise aujourd’hui une grande partie de l’intelligentsia. Nous ne devons pas nécessairement en conclure que leur promotion du pluralisme soit malveillante. Leurs intentions peuvent être les meilleures du monde, mais ils jouent néanmoins avec le feu. Ils peuvent souhaiter une société plus saine, mais le pluralisme qu’ils préconisent, s’il est poussé suffisamment loin, entraînera effectivement la dissolution de la société, et cela parce qu’il est directement antithétique à l’unité de la société. Leur pluralisme est planifié et, comme tel, il doit être imposé à la société cible. Ce n’est pas un hasard si de nombreux partisans du pluralisme font montre de tous les instincts fondamentaux des manipulateurs de structures sociales.  Ce sont des gens qui désirent façonner la société selon des critères idéologiques préconçus. Pour eux, la théorie prend le pas sur la réalité.

 

            Le pluralisme tel que ses promoteurs contemporains le comprennent habituellement n’est pas – disons-le franchement – une bonne chose. Il est carrément dangereux car il milite directement contre l’unité sans laquelle aucune société ne peut perdurer. Un royaume divisé contre lui-même ne peut subsister. Le genre de « diversité » (linguistique, culturelle, de style de vie, etc.) que devrait adopter la société entraînerait, à long terme, la mort de cette société. Considérez la diversité culturelle. Aucune société ne peut être véritablement multiculturelle, au vrai sens du terme, et maintenir en même temps son intégrité sociale. Avoir de nombreuses cultures c’est avoir de nombreuses sociétés. Une société peut embrasser différentes sous-cultures subordonnées à la culture dominante qui la définit, mais c’est une toute autre chose et ce n’est pas ce que les partisans du pluralisme ont généralement en tête. Si la promotion active du pluralisme est dangereuse pour toute société civile, elle l’est doublement pour cette société unique qui est l’Église. Une des marques de l’Église, comme nous le savons, est qu’elle est une, et elle reflète en cela l’unité absolue de sa source divine. Une Église pluraliste serait une contradiction dans les termes, du même ordre exactement que la quadrature du cercle.

 

Tiré d’une collection des écrits de D. Q. McInerny intitulée Perennial Wisdom for Daily Life, disponible chez : The Priestly Fraternity of St. Peter (Canada) Inc. P.O. Box 7248 Station V - Vanier, ON, K1L 8E3

 

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