Pensées et réflexions

L’intelligence - La paix - Situation de l’homme sans Dieu - Le moi - La vraie religion - Le royaume - La prière - Le rire - Le pécheur - L’erreur - Le sacrifice - L’amour parfait - La santé - Les lois - Retour aux sources - Maintenant - Le mystère - Sagesse - Purification - La sexualité - La connaissance - Simplicité - Contemplation - L’épreuve - Vérités éternelles - La foi - La mort - L’Église - Récompense - Maranatha - Le serviteur - Le silence - La vie

Lettres aux journaux

 


 

Tout ce qui est reçu
est en celui qui le reçoit
selon sa façon de le recevoir

Saint Jean de la Croix

 

Pensées

 

Les vérités s’écrivent avec du sang.

Nos mains sont refermées sur un caillou et nous ne voulons pas lâcher prise. La souffrance vient de ce que Dieu veut écarter nos doigts un par un pour ôter ce caillou... et le remplacer par un diamant.

Il est vain de vouloir parler de Dieu à celui qui ne le cherche pas encore: autant vouloir parler musique à un sourd.

Le jour, Dieu apparaissait à Israël dans une nuée et la nuit, dans une colonne de feu. C’est que lorsqu’il est éveillé au monde matériel, l’homme perçoit Dieu obscurément et comme à travers un nuage. Mais la nuit, les yeux ne voient plus le monde et Dieu devient lumière. C’est le monde qui voile Dieu à l’homme.


L’histoire d’Adam et Ève qui se cachent après avoir mangé du fruit défendu nous montre que la peur est la première conséquence de la désobéissance. C’est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l’être. En se séparant de Lui, l’homme prend conscience qu’il va mourir, car il s’est coupé de sa source de vie et il prend peur. La peur est la conséquence du péché, le signe que l’on est coupé de Dieu : Car la peur n’est rien d’autre que l’abandon des secours de la raison. (Sg 17.12)

L’homme qui reconnaît que Dieu est son Père ne peut connaître la peur, car la connaissance de l’amour de Dieu chasse la peur.

La paix soit avec vous. Non pas la paix telle que le monde la conçoit, mais la paix de celui qui n’a plus peur. Car je suis là. Je ne vous abandonne pas. Demeurez en moi et moi en vous; ainsi, vous n’aurez plus jamais peur. Parole du Vivant.

Dieu, c’est la paix dans la guerre, le repos dans l’effort, la joie dans la tristesse et la vie dans la mort. Lorsqu’on l’a trouvé, il faut le chercher encore, le chercher toujours.

Il nous a dit, " Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps ", et nous avons encore peur!

Prends garde, à force de mentir, tu ne te croiras plus. À force de voler, il ne te restera plus rien.

Comme l’expérience, la sagesse est incommunicable. L’homme doit l’acquérir : en abondance et à peu de frais s’il écoute Jésus le Christ; chichement et à grand-peine s’il veut suivre un autre chemin. Et même alors, le peu qu’il aura trouvé, viendra du Christ.

Quand l’homme trouve en Dieu ses délices, qui donc lui ôtera sa joie, sinon lui-même?

À l’imitation de Jésus le Christ, les hommes de Dieu sont des lumières et des sauveurs. Lorsqu’ils meurent, ne pleurons pas sur eux, mais sur nous, car ils éclairaient nos ténèbres.

Le Royaume de Dieu commence ici-bas, à l’intérieur de nous. Le Purgatoire aussi. Les flammes du Purgatoire, c’est le repentir devant l’amour infini de Dieu. C’est voir son refus d’avoir aimé l’Amour. Il n’est pas de brûlure plus cuisante.

Attention à ce que nous pensons, car nous devenons cela : les pensées sont des choses.

En plaçant de la terre sur les yeux de l’aveugle, Jésus lui fit voir qu’il n’était que poussière, et il fut guéri.

L’homme de science qui refuse de croire aux miracles parce qu’ils contredisent l’ordre naturel ne connaît rien à l’ordre naturel. C’est simple au point que Jésus prit un pain, rendit grâce à Dieu et distribua des pains à la multitude. Si vous ne croyez pas cela, vous n’êtes pas au bout de vos peines.

De même qu’au centre de la tornade règne le calme, ainsi l’amour de Dieu donne la paix et la joie au milieu des misères, des tribulations et des tourments de ce monde.

L’homme qui, par sa seule raison, prétend résoudre l’énigme de l’homme a entrepris de vider l’océan avec le creux de sa main. Quand bien même Dieu lui accorderait l’éternité, où donc le déverserait-il?

La science explore la création jusqu’aux mystères de l’origine et de l’aboutissement du plan divin dont elle est la servante.

Ne rien désirer que l’harmonie avec la volonté du Père.

N’avoir peur de rien ni de personne. Dieu est Dieu et je suis son enfant. De quoi aurais-je peur? Qui craindrais-je?

Notre Père est en train de fabriquer une merveille et il nous invite à collaborer avec Lui. Courons!

Seigneur, je suis muet d’admiration devant ta sagesse et stupéfait devant la bêtise des hommes qui tournent tes commandements en dérision.

Tout est bien pour qui se laisse docilement guider par le Père. Il n’y a pas de plus grande sagesse, de plus grande force, de plus grande intelligence. Celui-là s’est vaincu lui-même. Il a fait plus qu’un conquérant.

Dieu, notre Père, quelle patience tu as avec tes enfants!

Certains vénèrent Jésus pour ne pas avoir à l’imiter. Ils le placent au ciel, le plus loin possible, pour pouvoir demeurer sur la terre. Ils pratiquent une religion, alors que seul l’amour pourra les établir dans le Royaume.

Quand notre âme aura épousé son Seigneur, elle lui sera fidèle par nécessité, car tous deux ne formeront qu’un seul corps, et l’homme ne séparera plus ce que Dieu a uni.

En réalité, tout est religion. Tout est adhésion, par un acte de foi, à la vérité que nous avons librement choisie.

Il faut chercher Dieu dans les larmes, car grande est la faiblesse d’un Père devant son enfant qui pleure.

Nos désirs sont comblés à partir du moment où nous faisons que notre volonté et celle du Père sont une.

Être parfait, c’est faire tout ce qui est à la mesure de nos moyens. Pour Jésus le Christ, c’était de mourir sur la croix. Pour nous, c’est aussi de faire la volonté de notre Père qui connaît bien les limites de nos forces et ne les dépasse jamais.

Le chemin de la perfection, c’est celui que je suis en ce moment si je ne doute pas que Dieu opère en moi.

Thérèse d’Avila parle de l’âme en la comparant à un château de pur cristal, créé à l’image de Dieu. Il est honteux de ne pas chercher à connaître notre richesse, car nous pouvons posséder ce trésor qui est notre âme. Le corps, objet de nos préoccupations, n’est que le coffret qui renferme ce joyau. Ouvrons le coffret à l’Esprit et la Lumière fera resplendir le diamant. Peu nous importera alors si le coffret est jeté au feu.

Il ne faut s’attacher à rien. Malheur aux riches. Heureux les pauvres en esprit. L’ermite peut être riche de sa pauvreté, le savant de sa science, l’homme de bien de sa bonté, le prêtre de sa prêtrise, l’ascète de ses jeûnes, le sage et l’intelligent de sa sagesse et de son intelligence. Or le riche n’entrera pas dans le Royaume qu’il ne se soit dépouillé de tout.

Tout est grâce, venue du Père, par l’Esprit, au nom du Fils : tel est le commencement et la fin de tout savoir.

Jeanne d’Arc disait toujours, " Dieu premier servi ". C’est la sagesse.

La plupart des hommes sont comme des veaux, avides et ne pensant qu’à téter. Et il leur arrive ce qui arrive aux veaux : ils engraissent et on les mène à l’abattoir.

Tu aimes les pauvres et les opprimés et tu les défends, mais tu hais les riches et les oppresseurs et tu les attaques. Te voilà bien avancé.

Songeons, parfois, que la terre est un atome dans l’univers des mondes, et que l’atome est comme un univers au regard de la science.

Il ne faut pas craindre de scandaliser les faibles, car les brebis ont besoin de nourriture solide.

La honte doit nous envahir dès que nous ne comprenons plus l’Écriture.

La connaissance des mystères divins nous exclurait inévitablement du Royaume. D’abord parce que nous ne serions pas capables de les porter, ensuite parce nous perdrions la possibilité de devenir comme Dieu : être créateur, connaissant le bien et le mal et choisissant librement le bien.

Si fort que nous aimions Dieu, il nous aime plus encore. Au moindre appel, il se précipite vers nous. Dieu brûle d’amour pour tous les hommes. Tel l’amant, il guette la moindre œillade de sa maîtresse qui redevient belle en tournant son regard vers lui, car il est toutes les beautés.

Le véritable ami de Dieu connaît une joie que rien ni personne, hormis lui-même, ne peut lui enlever. Les souffrances ne lui sont pas épargnées, car il n’est pas un bâtard : il est le fils aimé que son père corrige. Mais il sait bien qu’au plus profond de sa détresse, la douceur de l’amour divin ne lui fait pas défaut. Il aime et il est aimé dans la joie et dans la douleur. Il se réjouit de vivre, car il travaille dans la vigne de son Père et la vie lui est un gain. Il ne craint pas de mourir, car il connaîtra alors la joie pure et sans tache de ceux qui sont délivrés du mal. Je suis heureux de vivre, dit saint Paul, mais mourir m’est un gain. Et Jésus affirme : Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi.

La famille humaine doit être spiritualisée, ou elle devient une contrefaçon de la vraie famille. Le couple, la famille, la nation sont des égoïsmes collectifs, coexistence momentanée d’intérêts et de besoins personnels. C’est un amour humain, toujours voisin de la haine. Seul l’Esprit qui est dans le Christ peut nous apprendre à aimer d’un pur amour l’époux, l’enfant, le compatriote : Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère.

Il est menteur celui qui dit aimer Dieu et ne le trouve pas en lui-même et dans son frère, si misérable soit-il. L’amour que nous avons les uns pour les autres est l’exacte mesure de notre amour pour Dieu, mais il commence par lui.

Dieu est. C’est la seule chose qu’il importe de savoir et tout le reste en découle. Celui qui sait ne cherche pas à convaincre. Il enseigne et montre la voie, car la Lumière ne doit pas rester cachée, mais sa foi n’est pas à la merci de l’approbation d’autrui. Il apprend aussi à se taire, car on ne jette pas de perles aux pourceaux.

Enfants, nous avons entendu bien des paroles obscures dont le sens ne sous est apparu que plus tard. Il en est ainsi des Paroles que Dieu nous adresse par les textes sacrés et par ses serviteurs. Et Dieu fait connaître aux hommes ce qu’ils ont besoin de savoir.

La littérature n’est trop souvent qu’un vain bavardage dont les hommes devront un jour rendre compte comme d’autant de paroles inutiles.

Tais-toi et connais que je suis Dieu. Il est bien près de la connaissance parfaite celui qui peut glorifier le Seigneur sans passer par des mots.

Tous les hommes sont inspirés par l’Esprit Saint, mais tous ne l’écoutent pas. Plus vous l’écoutez, plus il vous parle.

Voulez-vous savoir pourquoi vous ne croyez pas en Dieu? Commencez pas lire les Évangiles et demandez-vous ce qu’il faudrait changer en vous pour y adhérer.

Voulez-vous croire en Dieu? Alors, priez. Priez sans vous lasser. Car il est à la porte et il frappe et si vous ouvrez, il entrera et prendra la Cène avec vous. Mais il n’entrera pas avant que vous-même soyez bien sûr que vous désirez sa présence.

Les saints nous enseignent qu’aimer Dieu, c’est être passionnément amoureux. On ne pense qu’à lui, on ne désire que lui et plus rien d’autre n’existe vraiment.

Les nations, comme les hommes, sont punies par où elles ont péché.

C’est appuyés sur le bras de nos frères que nous entrerons dans le Royaume. Cela s’appelle la communion des saints.

" Avant qu’Abraham fût, Je suis ". Que le Christ était beau, élégant et profond, lorsqu’il parlait par la bouche de Lao-tzeu!

En ton Nom je m’incline, ô Jésus, Roi des rois,
Devant ceux qui te servent en ignorant ton Nom.
Ils ne crient pas Jésus, n’arborent pas ta Croix,
Mais ils servent leurs frères, les aiment comme toi.
L’Esprit qui t’animait, Jésus, Christ de Dieu,
A trouvé leurs cœurs purs et peut y habiter.
Et qu’importe les noms que leurs bouches proclament,
Ils sont tes héritiers, tu sauras les trouver.
Ils te reconnaîtront, divin Fils de leur Père,
Car leurs yeux sont amants de la pure Beauté.

Chacun de nos choix, chacune de nos actions est une brique apportée à l’édification de notre demeure éternelle. Toute action qui manque à la loi d’Amour - même si elle peut paraître grandiose aux yeux des hommes - ressemble aux briques que fabriquaient les captifs en Égypte, mélange de paille et de boue. L’acte d’amour est une brique d’or fin. Quand tous les hommes auront complété leur demeure, l’Esprit de Vérité, tel un feu dévorant, purifiera l’or fin et réduira la paille en cendres.

Dura lex, sed lex. L’homme récolte ce qu’il a semé. La dureté de cette loi répugne à beaucoup, et moins encore comprennent la richesse d’amour que recèle cette rigueur divine. Ne blâmons pas nos chefs spirituels, car ils sont tels que nous les voulons. Celui qui cherche le Christ avec sincérité, le trouvera.

Les Écritures, d’Abraham à Jésus, enseignent que la pureté de la foi est inversement proportionnelle au nombre des lois et des actes de dévotion extérieurs.

Tout homme qui n’est pas en conversation avec Dieu est un malheureux qui s’ignore, quelle que soit l’illusion de bonheur dans laquelle il croit être.

 

L’intelligence



Dieu est Un, unique Seigneur. Une seule Loi. Un seul " Je Suis ". Un seul Être, une seule Force créatrice, infinie, éternelle, incréée, située à la fois à l’extérieur et à l’intérieur du temps et de l’espace, force créatrice à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de moi.
Mon être, créé et limité par le temps et l’espace est éloigné de l’Être éternel mais non pas séparé de Lui, car Dieu est Un et rien ne peut être en dehors de Lui. Un lien existe entre le créé et l’incréé, entre l’Homme et Dieu. A travers ce lien, je garde le contact avec l’Être, avec la Loi.
Devenir intelligent, c’est chercher à se conformer à la Loi du " Je suis ", la Loi éternelle de l’Être éternel, source unique de vie et de lumière, de toutes ses forces, de tout son cœur, de tout son esprit, afin de réaliser l’union de l’être avec l’Être.
Car l’homme intelligent sait qu’en se détournant de l’Être de toute chose, il se coupe de la Vie. Entre la Vie et la Mort, la Lumière et les Ténèbres, le Bien et le Mal, chaque jour, l’homme choisit.
Plus l’homme, être du temps et de l’espace, se tourne vers la Lumière qui éclaire tout homme venu en ce monde, plus il devient Lumière. C’est alors seulement qu’il comprend la Loi. Il devient sage, intelligent, libre. Il discerne le bien et le mal. Il devient Dieu.
Cette sagesse et cette intelligence ne sont pas selon le monde. Le monde ne peut les comprendre. La sagesse, l’intelligence et la liberté de l’Être, du Je suis, sont éternels. Le monde passe.
L’être créé, l’homme, en se tournant vers la source de tout Être, de toute Vie, de toute Lumière, discerne dans l’être créé l’Être éternel : il voit Dieu dans son prochain, et il l’aime. Devenant intelligent, l’homme fait pour Dieu ce qu’il voudrait que Dieu fasse pour lui : il fait pour son prochain ce qu’il voudrait que son prochain fasse pour lui. Ainsi, ce n’est plus lui qui vit mais c’est Dieu qui vit en lui. Il devient un avec le Un.
C’est pourquoi Jésus parle des grands commandements en ces termes : Hommes qui cherchez Dieu, apprenez, comprenez, qu’il existe une Force, une Loi, un Éternel tout-puissant en dehors de qui rien ne peut être. Il est en vous et vous Le connaissez, car vous ne Le chercheriez pas si vous ne L’aviez déjà trouvé. La sagesse et l’intelligence, c’est de L’aimer par-dessus toute chose.
Ne préférez rien à Dieu, mais cherchez à connaître et à faire Sa volonté, car I1 est la Vie.
En Lui donnant tout, vous posséderez tout. Aimez vos frères comme vous vous aimez vous-mêmes.
Faites pour eux ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous, pour l’amour du Bien, par obéissance à la Loi, par conformité avec le Divin, gratuitement, comme moi, Jésus, je vous ai aimés jusqu’à donner ma vie pour vous.
Il n’est pas possible d’aimer Dieu sans aimer les hommes. Il n’est pas possible d’aimer les hommes sans aimer Dieu. Celui qui aime Dieu aime les hommes et s’aime lui-même. Il est intelligent celui qui dit: "Seigneur, que Ta volonté soit faite" et qui se met à l’œuvre.
Comprenons. Soyons intelligents. Comprenons que le Christ, qui est la Lumière, la Vérité et la Vie, a toujours été parmi les hommes, depuis Adam. Dieu dit: " Que la Lumière soit. Et la Lumière fut ". N’est-il pas écrit que la Parole " est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la mettes en pratique ". Y a-t-il une autre Parole que celle du Christ? Paul ne dit-il pas que nos pères, au désert, " burent le même breuvage spirituel; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait: ce rocher c’était le Christ ".
Comprenons. Devenons intelligents. Comprenons que Jésus est né pleinement homme. Comprenons que Jésus est mort pleinement Christ. Parce qu’il était homme, comme nous, Jésus connaissait nos faiblesses.
Mais si nous sommes ici par désobéissance, lui est venu par obéissance: " Je ne suis pas venu de mon propre chef, c’est Lui qui m’a envoyé ". Jésus est né d’une Vierge immaculée pour que nous comprenions qu’il n’était pas marqué par la désobéissance; Jésus est né d’une femme pour que nous comprenions qu’il a assumé et pris sur ses épaules la condition de souffrance qui est celle de l’homme détourné de Dieu. Homme, Jésus a souffert, a peiné; il lui a fallu " grandir en grâce et en sagesse ".
Jésus a subi toutes les tentations, mais parce qu’il gardait son regard tourné vers la Lumière, il n’a pas succombé. Il a eu de terribles moments de tristesse; il a pleuré, comme nous. Il a eu peur, il a connu l’angoisse, jusqu’à suer le sang. Mais il a cru à l’Amour du Père, il a accepté sa volonté. Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort. Il est, à jamais, Jésus le Christ. Il est le premier Homme Nouveau. Il est un avec Dieu.
Comprenons. Soyons intelligents. Comprenons qu’Il nous appelle et nous montre le chemin : " Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ". " Nul ne va au Père, sinon par moi ". Comprenons qu’il a vaincu le monde et qu’Il nous en offre le moyen. Dis-moi, homme, quelle excuse invoqueras-tu devant ton Dieu quand il te montrera le Christ?
Comprenons aussi que ce n’est pas en devenant ceci ou cela et en criant Jésus, Jésus, que nous serons un avec Lui comme I1 nous l’a promis. Il faut prendre sa croix et le suivre. Faire comme Lui. Croire. Aimer. Quoi qu’il advienne, tout vient de Dieu. " Les biens et les maux, la vie et la mort, la pauvreté et la richesse, viennent du Seigneur ".
" Tout ce qui t’advient, accepte-le, dans le revers de ton humiliation, sois patient ". Comprends. Sois intelligent. Sois patient. Ne crois pas que tout soit horriblement compliqué. Au contraire, tout est merveilleusement simple. En son temps, l’Esprit te révélera tout ce que tu as besoin de connaître. Sois patient. Sache que Dieu est Dieu et qu’Il est ton Père. Si tu es de bonne volonté, la paix t’est promise.
Et médite les commandements qui résument la loi et les prophètes : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes des forces, et ton prochain comme toi-même. "

La paix


Voulez-vous faire bondir les hommes? Dites-leur : " Rien ne vous arrive que vous n’ayez vous-mêmes préparé pour vous-mêmes, par vos actes et par vos pensées. Vous récoltez toujours ce que vous avez semé. " Rien n’est plus propre à déchaîner leur rage.
Car les hommes cherchent avant tout à trouver un coupable en dehors d’eux-mêmes. Ils trouveront mille façons de démontrer, à l’évidence, qu’ils ne sont pas responsables, qu’ils sont les jouets du hasard et de l’injustice. Chacun se persuade que son sort est injuste et cherche une vérité qui soit la moins douloureuse à regarder en face. Mais en vain. Nous sommes sur terre pour devenir semblables à Dieu : connaissant le bien et le mal, choisissant le bien.
Dans le monde, la bonté et la méchanceté, le bien et le mal, la joie et la souffrance, coexistent. Les hommes pensent qu’ils peuvent changer le monde, éliminer la haine et la souffrance. Cela ne se peut. Le monde alors ne serait plus sous le règne de l’homme, mais de Dieu. Ce règne arrivera, mais seulement lorsque l’homme aura atteint la perfection de son être, qui est divin.
Devant son impuissance à se vaincre lui-même et à triompher du monde, l’homme pourrait être frappé de désespoir. Or, celui qui se nourrit de la parole de Dieu, sans se bercer d’illusions sur la nature humaine, trouve la paix. Pourquoi? Simplement parce que la paix est donnée aux hommes de bonne volonté. Jésus avait la paix. Pourtant il n’a pas changé le monde, ni aboli toutes les souffrances, ni guéri toutes les maladies, ni donné du pain à tous les affamés. Il a simplement fait son devoir, accompli la tâche pour laquelle il avait été envoyé. Pour le reste, il était de bonne volonté.
L’homme qui désire la paix doit prendre exemple sur lui. Que tout homme, avec les moyens dont il dispose, accomplisse la tâche qu’il estime être sienne. Pour le reste, que sa bonne volonté soit totale et sincère. Car il est tenu compte à chacun de ce qu’il a sincèrement voulu, non de ce qu’il a pu réaliser. Et ce qu’il s’imagine avoir réalisé, si l’Esprit de Dieu n’était pas sur lui, n’est que néant.

Situation de l’homme sans Dieu



Quelle vérité peut-on espérer de l’inextricable concert des opinions humaines? Qu’ils l’admettent ou non, tous les hommes sont menteurs et les plus lucides le concéderont sans peine : les vertus, écrivait La Rochefoucauld, se perdent dans l’intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer...
La raison en est que l’homme qui se s’est pas anéanti, qui n’est pas mort à lui-même pour que le Christ vive en lui ne fait jamais que défendre un point de vue personnel lequel, si noble et si pur qu’il puisse lui apparaître, n’a jamais pour fondement que son propre égoïsme.
Tout homme ne défendant que lui-même peut aisément se persuader d’avoir raison et les nations, collections d’égoïsmes provisoirement réunis, en font autant. C’est la tour de Babel, vaste chaos des convictions humaines qui s’entrechoquent indéfiniment dans une confusion extrême et irrémédiable, car elle est, par définition, la situation de l’homme sans Dieu.

Le moi



L’exploration du moi est une entreprise proprement absurde, puisqu’en ce faisant, c’est vous-même qui peuplez le non-être. Car le moi enfle à mesure qu’on l’explore. C’est un ballon que vous remplissez avec du vent.
Seule l’opération inverse est salutaire. La connaissance du moi, c’est la conscience de son néant. Et si l’Esprit n’est pas la nourriture du moi, alors il se nourrit nécessairement d’erreur. Et l’erreur engendre la peur, angoisse mortelle du non-être.
La connaissance de soi, de la grandeur de notre âme et de la misère de notre être, est le plus grand des trésors ici-bas.

La vraie religion



La vraie religion, c’est de faire la volonté de notre Père.
Ne vous préoccupez pas de savoir si vous devez être ceci ou cela, si vous devez aller ici ou là. Cherchez plutôt à connaître la volonté de Dieu. Si vous êtes de bonne volonté: " Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ", vous la trouverez. Dieu répond toujours à qui demande d’un cœur sincère.
" Frappez et l’on vous ouvrira. " Cette promesse est certaine. Priez dans le secret, mais que vos actions manifestent Dieu devant les hommes. La vraie prière est un élan d’amour qui rejaillit en actes. Soyez patient, surtout avec vous-même. Et ne vous imaginez pas devoir accomplir de grandes choses aux yeux de ce monde. Celui-là fait la volonté du Père qui n’accuse personne et ne rejette pas la faute sur les choses, les événements ou les autres hommes. Pardonnez rapidement et oubliez vite les offenses.
Sachez qu’un simple sourire est un acte divin. N’ayez jamais peur, mais demandez la Sagesse afin de mesurer vos forces et de ne pas entreprendre un ouvrage qui vous dépasse. Ayez à cœur de raffermir la foi de ceux qui vous entourent, car c’est appuyé sur leur bras que vous entrerez dans le Royaume. Soyez patient et confiant. Dieu est Dieu.
Acquittez-vous d’abord de votre tâche avant d’en réclamer une autre. Travaillez avec humilité. Acceptez les pouvoirs et les charges qui vous sont donnés, mais n’allez pas en demander avant d’avoir démontré l’usage que vous faites de ceux que vous possédez déjà. Chaque chose viendra en son temps, selon la Sagesse. Soyez patient. Tel arbre pousse vite, mais son bois est fragile. Le chêne croît lentement, et résiste au temps.
N’ayez pas peur des mots et ne laissez pas réduire votre connaissance. Pensez que la Vérité est, que l’Amour est, que la Vie est. Mais surtout soyez des ouvriers du bien. Écoutez et suivez la petite voix intérieure. Elle vous dit de ne plus avoir peur. Le monde, tel Goliath, rugit autour de vous. Votre peur seule le rend terrifiant et il a suffi d’un caillou à David pour abattre ce monstre tonitruant.
Ne croyez pas que la connaissance des mystères vous aidera. La Justice incréée est parfaite et vous avez, ici et maintenant, tout ce qu’il vous faut pour choisir entre la vie et la mort. Acceptez-vous tel que vous êtes et mettez-vous à l’œuvre. Ne cherchez pas à vous justifier : vous ne vous tromperez pas vous-même et on ne se moque pas de Dieu. Tout peut vous paraître montagnes, mais vous savez que la foi les déplace. Demandez et vous recevrez. Ainsi, vous connaîtrez et posséderez la paix promise seulement aux hommes de bonne volonté.

Le royaume



Le royaume des cieux est semblable à un corridor fermé de plusieurs portes et qu’il faut parcourir en un temps donné. Certains, munis d’un trousseau aux clefs innombrables, essayent fébrilement d’ouvrir la première porte et parviennent rarement à la septième. D’autres utilisent un passe-partout qui porte le nom du Fils de l’Homme, car ce nom leur sera demandé pour franchir la dernière porte.

***


Le Royaume des cieux est semblable à une école, dans laquelle le bon maître enseigne à ses élèves. Le bon maître ne s’épargne aucun effort, aucun sacrifice, car il veut amener tous ses élèves là où il est déjà, et leur communiquer tout son savoir. Il souhaite pour chacun la couronne de lauriers.
Le bon maître connaît ses élèves et leurs faiblesses. Il reprend doucement celui-ci qui est fragile, mais parle avec autorité à celui-là. Tous, il les encourage dans un même amour. Si cela était bon pour eux, le bon maître accorderait maintenant et à chacun la couronne du vainqueur, mais il sait qu’elle n’aurait pas de prix pour celui qui la recevrait sans avoir travaillé et passé ses épreuves avec succès.
Aussi, le bon maître, dans sa sagesse, est-il juste. Il accorde à chacun la note qu’il mérite.
A celui qui triche, il montre que c’est lui-même qu’il vole. Le bon élève, qui a suivi l’enseignement du maître et a fait de son mieux avec les moyens dont il disposait, n’est pas anxieux au jour de l’examen. Il exulte, au contraire, car il sait que le maître le jugera avec rigueur, mais aussi avec Amour et Justice. Il mesure son ignorance mais il connaît sa bonne volonté et il sait que le maître lui montrera ses fautes
afin qu’il puisse les corriger et devenir parfait. Car notre Père du ciel est un maître parfait.
Il est sage, l’élève qui, dès maintenant écoute le bon maître et se met au travail, car le jour de l’examen, nul ne le connaît, sinon le maître.

La prière


Si le Seigneur ne veut pas vous laisser entrer dans le Royaume et si votre désir d’y entrer est plus fort que votre désir de vivre, criez et tempêtez, roulez-vous sur le sol en hurlant, harcelez-le sans relâche. Il n’aura jamais le cœur de vous chasser et pour avoir la paix, il vous laissera entrer, après vous avoir purifié.

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" Ce que je vous dis, je le dis à tous: veillez. " Le Messie a été annoncé et il est venu. Il a annoncé son retour, et i1 reviendra. Gardez votre lampe allumée, la flamme de l’amour de Dieu, car que vous soyez morts ou vivants, il viendra vers vous et vous interrogera sur l’amour. " Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment. "

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Ne cherchons pas : l’adorateur parfait de Dieu, c’est Dieu. Pour glorifier et adorer Dieu parfaitement, il faut devenir Dieu.

***


0 mon Père, à 1’imitation et au nom de celui qui fut sur terre, le Fils obéissant et qui, retourné auprès de toi, nous envoie l’Esprit de Vérité, je te prie, afin que ta bénédiction descende sur nous.
Je te prie pour mes frères, ceux d’abord à qui dans ta sagesse, Tu as envoyé ton Messie
afin qu’ils poursuivent Ton œuvre et que le monde croie que comme Tu as envoyé Jésus dans le monde, Jésus les envoie eux aussi.
Père très saint, pleinement manifesté par le sacrifice de ton envoyé Jésus le Christ, en son nom je te prie de me guider afin qu’à mon tour en ce moment du temps et en ce point de l’espace où je suis, je puisse manifester par ce que je suis ta présence éternelle parmi les hommes.

***


J’irais volontiers prier avec tous les fidèles de n’importe quelle église qui glorifie le Père annoncé par Jésus le Christ. Et moins il y aura de rites, mieux je pourrai prier. Mais notre chambre intérieure est l’endroit le plus propice à la vraie prière.

***


Nous prions ainsi : Père, je t’en prie, donne-moi ceci... Mon Dieu, accorde-moi cela... Seigneur, prends pitié de moi et fais que...
Mais en réalité, Dieu seul peut nous inspirer la vraie prière. Inutile de parler beaucoup en priant, car notre Père sait bien ce dont nous avons besoin, et d’avance i1 nous l’accorde. Il est dans la nature de Dieu de donner, mais l’homme doit apprendre à demander et à recevoir. C’est en donnant qu’on apprend à recevoir.
Nous demandons souvent ce qui nous serait fatal et notre Père, qui est bon, nous le refuse, afin de nous préparer à recevoir ce qui est vraiment désirable, mais que nous sommes encore incapables de supporter.
Celui qui, tel l’enfant intelligent, fait confiance à son Père du Ciel, vit dans la paix et la joie du Royaume dont il est déjà ici-bas l’héritier.
Ne demandez force et richesses qu’avec l’assurance que vous pourrez les utiliser pour le bien, sinon, elles seront pour vous un fardeau.

***.


Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation.
Dès lors que notre esprit perd le contact avec Dieu qui habite en nous, nous marchons dans le noir et les fruits de nos actions, quelles que soient ces actions et si justes qu’elles puissent nous paraître, les fruits de nos actions sont mauvais.
Mais veiller et prier ne signifie pas seulement marmonner des paroles ou assister à des services religieux. Veiller et prier, c ‘est garder Dieu présent en soi-même, être tourné vers lui en esprit tout en agissant dans le monde.
Celui qui est tourné intérieurement vers Dieu est en prière et toutes ses actions sont sanctifiées. Ne pas prier, c’est dormir, d’un sommeil de mort.

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La prière est un cri. Un cri pour vivre et pour aimer. Plus il est bref, plus il est fort, et mieux il est entendu. Dieu répond toujours, à proportion du désir de vivre et d’aimer révélé par le cri. Abba, Père!
Mais la prière qui perce les nuées pour retentir au cœur de Dieu, c’est l’adoration en esprit,
élan d’amour muet qui seul peut dire l’indicible désir de l’ineffable union. Noce spirituelle aux clameurs de silence.
Car le temps viendra et il est venu, où l’homme priera le Père en esprit et en vérité.

Le rire


Dieu a créé l’homme à son image. C’est pour cela que le rire est le propre de l’homme.

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Au cœur du rire il y a les larmes. Au cœur des larmes, le rire et la joie.

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Quand on me parle de Dieu d’un air triste et sérieux, j’ai envie de rire.

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Méfions-nous de ceux qui ont toujours l’air triste ou sérieux.

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Dire qu’il y a des sots pour se scandaliser si on leur dit que Dieu est l’humour même.

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On dit que des saints ont été pris pour des fous, parce qu’ils riaient toujours.

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On n’est jamais si éloigné de Dieu que lorsqu’on est triste.

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Le pécheur



Charles Baudelaire fut, pour les hommes de son temps, un poète maudit, un pécheur, un objet de scandale. C’est vrai. Mais il a, du trésor de son cœur, tiré des poèmes dont le parfum est monté jusqu’à Dieu et ses larmes ont baigné les pieds de son Seigneur :

Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux saintes voluptés!

Je sais que vous gardez une place au Poète
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions.
Et que vous l’invitez à l’éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, des Dominations.

Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu’il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.

Mais les bijoux perdus de l’antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
A ce beau diadème éblouissant et clair;

Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs.

Marie-Madeleine fut pour les hommes de son temps, une femme maudite, une pécheresse, un objet de scandale. C’est vrai. Mais Jésus, se tournant vers elle, dit au pharisien scandalisé: " Tu vois cette femme. Je suis entré, dans ta maison: tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds, mais elle a baigné mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas donné de baiser, mais elle depuis qu’elle est entrée, elle n’a pas cessé de me couvrir les pieds de baisers. Tu ne m’as pas répandu d’huile odorante sur ma tête, mais elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Si Je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu, montre peu d’amour ".
Comprenons que la maison dans laquelle le Seigneur est entré, c’est notre cœur.

L’erreur



L’erreur de l’homme ne lui est jamais comptée comme une faute s’il agit avec conviction.
La faute ne condamne l’homme que s’il persiste dans son erreur et refuse l’Esprit. Le péché contre l’Esprit ne peut pas être pardonné.
Voyez comment l’Esprit a agi avec Paul sur le chemin de Damas. Paul haïssait et poursuivait les disciples de Jésus. Il avait approuvé la lapidation d’Étienne. Il était un ennemi acharné du Christ. Il était dans l’erreur, mais avec passion et avec la ferme conviction qu’il servait Dieu.
Dieu vomit les tièdes mais il reçoit les passionnés. L’Esprit de Vérité s’est manifesté devant Paul. Paul a vu et accepté la Lumière. Son erreur a été corrigée et il est devenu le disciple passionné du Christ.
Il faut chercher Dieu avec passion et sans crainte de se tromper, sachant que toute erreur sera corrigée et que nous trouverons la Lumière. On comprend que Paul ait pu dire: " Tout ce qui ne procède pas d’une conviction de foi est péché ".

Le sacrifice



Comprenons bien ceci : tout a un prix qu’il faut payer. La porte du Royaume est ouverte, mais elle est étroite. Le chemin qui y mène est tracé, mais il monte. La table du banquet est dressée, mais il faut revêtir la robe blanche pour y prendre place. C’est en cela que l’on peut dire que le don est gratuit.
Mais l’homme peut dire oui ou non à cette grâce. S’il dit non, il souffrira et il mourra - je parle ici de la seconde mort - la seule qui soit à craindre.
S’il dit oui, il souffrira aussi, jusqu’à la limite de sa foi et tant que la main divine jugera bon de l’embellir, et il vivra éternellement, un avec l’Éternel incréé et Créateur éternel, et pourtant conscient d’être lui-même, en parfaite harmonie avec l’Amour infini.
La justice de Dieu est parfaite et nul ne pourra dire mon sort est injuste, car chacun a récolté, récolte et récoltera selon ses œuvres.
Mais vous ne voulez point, dites-vous entendre parler de religion, de Dieu, de Messie, de prophète. Fort bien. N’en parlons pas. Mais puisque nous vivons ensemble sur cette planète et que vous et moi aspirons naturellement au bonheur, il nous sera sûrement possible de convenir de certaines choses qui nous permettront de l’atteindre.
En vérité, le sommet de la pensée philosophique et de la raison humaine aboutit à cette affirmation : Aimez-vous les uns les autres. Il tombe également sous le sens que sans la grâce, les hommes n’y parviendront jamais. Car le moment vient toujours où l’amour requiert le sacrifice, et aucun homme ne peut abandonner tout ce qu’il possède et rester dans la joie sans l’espérance de vie que Jésus le Christ est venu nous apporter.
C’est pour cela qu’il fallait qu’il vienne parmi nous et prêche par l’exemple. C’est pour cela qu’il a pu dire que nul n’ira au Père, c’est-à-dire à la Vérité éternelle sans passer par lui. Sans lui, nous n’aurions jamais su l’Évangile, la bonne nouvelle de l’Amour parfait, du pain qui rassasie, du bien impérissable qui fait que l’homme accepte de tout perdre et tient pour peu de chose ce qu’il abandonne parce qu’il a trouvé Dieu

L’amour parfait



Saint Jean de la Croix écrit: " L’état de perfection, qui consiste au parfait amour de Dieu et mépris de soi-même, ne peut être sans ces deux parties, connaissance de Dieu et de soi-même. "
Jésus a dit : Si tu n’abandonnes pas tout pour moi, si tu ne te hais pas toi-même ainsi que tes proches ou tous ceux qui peuvent s’interposer entre toi et moi, alors, tu n’es pas digne de moi.
Que ces paroles sont belles et limpides! Quelle consolation, quel amour elles renferment!
Car connaître Dieu est la connaissance suprême, la seule qui soit nécessaire à l’homme : c’est savoir que Lui et Lui seul est la Vie et la Lumière.
Se connaître soi-même, c’est savoir que l’homme privé de Dieu n’est que mort et ténèbres.
Ainsi donc, il apparaît à l’évidence que tout ce qui est humain et s’interpose entre nous et Dieu, c’est-à-dire entre nous et l’Amour parfait, libre de tout égoïsme, tout ce qui nous empêche d’imiter le Fils qui a donné sa vie pour chacun d’entre nous, qui a aimé tous les hommes au point de mourir crucifié, tout ce qui maintient prisonnier de l’humain, doit nous paraître haïssable et méprisable. Et cela inclut l’amour de soi et des siens qui, sans la dimension spirituelle, n’est qu’une forme déguisée d’égoïsme et d’amour de soi.
Tous les esprits lucides savent ce qui est au fond du cœur de l’homme. Pas un seul, dit l’Écriture, qui ne soit pécheur et corrompu.
De nos jours, les analystes de la psyché ne peuvent que révéler à l’homme son égoïsme foncier et les instincts animaux qu’il ne réprime souvent que par impuissance à pouvoir les satisfaire entièrement, acceptant ainsi de vivre dans un humiliant compromis.
L’amour humain, parce que l’homme est déchu, n’est qu’un égoïsme qui se cache et le monde se meurt de cet amour-là. Il ne vaut strictement rien et ne mène qu’à la mort. Quel mérite avez-vous, dit Jésus, si vous aimez ceux qui vous aiment, ceux que vous appelez vos amis, vos parents, vos enfants? Aucun. Car même ceux qui n’aiment pas Dieu en font tout autant. Le loup, mieux que l’homme, soigne ses petits, les défend jusqu’à la mort et ne commet pas d’erreur dans leur éducation.
Parce que nous aimons, disons-nous, nos proches, nos parents, nos enfants, nous fermons commodément les yeux sur la douleur des autres. Nous feignons de ne pas voir que tous les hommes sont les enfants du même Père et donc nos frères.
Oui, chaque homme est le gardien de son frère et s’il faut appartenir à une famille, que ce soit celle du Christ qui a dit: Celui-là est mon frère qui fait la volonté de mon Père. Voilà ma vraie famille.
Celui-là qui n’a pas appris à considérer tous les enfants comme ses enfants, tous les hommes comme ses frères, celui-là n’a pas encore commencé à aimer Dieu, à le connaître; et si mon père, ma mère, mon enfant ou moi-même devenons un obstacle à cet amour universel que Dieu seul peut faire naître au cœur de l’homme, alors je dois haïr ce père, cette mère, cet enfant, et moi-même.
Si je devais ramener le problème à sa plus simple expression, voilà ce que je dirais:
Tout homme est à la recherche de la paix et de la joie. Il veut être heureux. Profondément, l’homme reconnaît que l’amour est le fondement de toute joie. Il sait qu’il ne peut être heureux sans aimer et sans être aimé. Il y a équation entre l’amour parfait et la joie parfaite.
Tout homme se sent assujetti à son humanité. Il sait que l’amour parfait exige le don total de soi - la mort du moi égoïste - mais il en est incapable tant qu’il demeure prisonnier de son humanité. Celle-ci lui impose ses priorités - charité bien ordonnée commence par soi-même, dit le monde - et des limitations. Selon la sagesse humaine, c’est à soi d’abord qu’il faut penser.
L’homme selon le monde ne peut connaître l’amour parfait, qui exige la mort à soi-même, puisqu’il ne peut supporter l’idée de cesser d’être. Cette proposition lui est impensable.
Partant, la paix et la joie parfaite lui sont inaccessibles.
Au mieux, le monde est condamné à la médiocrité.
Tout différent est le sort de l’homme spirituel. Car il sait, de science certaine, que c’est bien au contraire en mourant à lui-même, à ses égoïsmes et à son moi inférieur, qu’il fera place nette pour que l’Esprit de Dieu - qui anime toute chose - puisse vivre en lui.
Il agit alors selon la volonté de Dieu qui est Amour parfait et il connaît, lui et lui seul, la paix et la joie qui dépassent tout entendement. Cette vérité est d’une grande simplicité. Elle est accessible à l’enfant comme au sage. Elle est éternelle.

La santé



Dieu est. L’homme peut être.
Toute dérogation à l’ordre divin entraîne la mort. Le choix entre la vie et la mort s’opère dans le temps et dans l’espace. Ainsi, la non-conformité à la loi, désobéissance mortelle, voit ses conséquences
étalées dans le temps et l’espace. C’est donc à la lumière de l’expérience que l’homme choisit entre la vie et la mort
" La justice de Dieu est parfaite ".
Par la désobéissance l’homme obscurcit la conscience qu’il a d’être un avec Dieu. Il devient hors-la-Loi, hors-l’Amour, hors-la-Vie. Il meurt. Sur terre, dans le temps et dans l’espace, la sentence de mort n’est pas immédiate, mais l’infraction à l’ordre divin entraîne des conséquences : violence, maladies, guerres, catastrophes, sont autant de rappels à l’ordre.
L’homme sourd et aveugle - et qui est déjà mort - " Laisse les morts enterrer les morts ", disait Jésus - ne comprend plus ces signes. Sous le regard des anges, la Vérité est éclatante et la conduite des hommes déroutante. En effet, à la lumière de la Vérité, la triple nature de l’homme, comme la triple nature de Dieu, leur apparaît dans toute sa simplicité: l’homme est un, mais corps, esprit et âme.
Dieu est un, mais Père, Fils et Saint-Esprit.
Le regard spirituel de l’homme, obscurci par les ténèbres - qui sont la conséquence de la désobéissance, de la non-conformité à la loi divine - le regard spirituel de l’homme de ce monde
ne perçoit plus ces réalités. Dans notre génération, les chefs temporels ou spirituels qui ont pleinement conscience de la loi divine et de la nature de l’homme ne sont pas légion. Des aveugles, souvent, conduisent d’autres aveugles et la confusion est grande.
Notre monde est malade. L’homme en santé, l’homme physiquement et mentalement sain
se fait rare. La raison en est que la santé et l’équilibre physique, du corps - psychique. de l’esprit et
spirituel, de l’âme, sont tous trois indissociables. L’homme en santé doit obéir à des lois éternelles
dont le fondement est Dieu, principe éternel et incréé, un dans son essence - Je suis le Je suis - et trin dans sa manifestation : Père, Fils et Saint-Esprit, puisqu’il faut bien passer par des mots.
Ainsi de l’homme, créé à l’image de Dieu corps, esprit et âme. De même que le Saint-Esprit,
agissant par le Fils obéissant accomplit la volonté du Père, de même l’âme peut informer l’esprit.
Libre de choisir entre le bien et le mal, la vie et la mort, la lumière ou les ténèbres, l’homme de bonne volonté choisit, avec ses facultés psychiques, de se conformer à l’ordre spirituel : il écoute son âme.
A partir du moment où, comme dans Jésus le Christ l’esprit et l’âme, ne font plus qu’un, alors, et alors seulement, l’homme a recouvré la santé.
Il devient tout-puissant. Il est maître de son corps et du monde. Il accomplit ce que nous appelons des miracles. Il régénère les corps malades. Il ressuscite les corps abandonnés par l’Esprit.
Il crée, en multipliant les pains. Ce que nous appelons des miracles ne sont que la conséquence normale de l’harmonie parfaite entre l’âme, l’esprit et le corps.
C’est pour atteindre à cette harmonie, c’est pour parvenir à cette perfection, que nous sommes sur terre : " Soyez parfaits, comme votre Père du ciel est parfait ".
Ce que j’ai fait, a dit Jésus, vous aussi vous pouvez le faire, et vous ferez même des choses plus grandes encore, car, par moi, l’Esprit Saintsera plus que jamais parmi les hommes, pour ceux qui l’acceptent.
Nous sommes toujours tentés de voir et de comprendre les paroles de Jésus le Christ
du point de vue de ce monde. Mais son royaume n’est pas de ce monde. Lorsque Jésus nous dit que nous ferons des choses plus grandes encore que celles qu’il a faites lui-même il ajoute bien, " parce que je vous enverrai l’Esprit Saint". Il y a Jésus, toujours présent dans l’Eucharistie sous les espèces du pain et du vin. Il y a l’Esprit-Saint, envoyé par le Père. L’Esprit-Saint, pleinement reçu par Jésus a fait de lui Jésus le Christ, le Fils obéissant : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Aujourd’hui, je l’ai engendré. "
Jésus nous a quitté lorsque son Corps ressuscité est remonté vers le Père : " I1 est bon pour vous
que je m’en aille "et l’Esprit Saint est venu en abondance. C’est pourquoi nous pouvons faire
plus que lui, comme il l’affirme. Mais quelles choses?
Rappelons-nous le paralysé de Capharnaüm. Voyant la foi de ces gens, Jésus dit au paralysé
" Mon fils, tes péchés sont pardonnés ". Il ne le guérit pas physiquement. Jésus fait une chose
plus grande encore : I1 guérit son esprit. Pour qui n’est pas aveugle, c’est la seule chose qui compte. Et vous êtes aveugle et sourd si vous croyez qu’il n’existe pas en ce moment, sur cette terre, des êtres au corps meurtri mais dont l’esprit est fort et sain, et qui vivent dans la paix et la joie de l’Esprit du Christ qui était dans Jésus.
Or, c’est le corps qui meurt et retourne en poussière. Voilà pourquoi il est plus grand
de dire, " Tes péchés te sont pardonnés ", que de dire, " Lève-toi, prends ton brancard et marche".
Le curé d’Ars, grand confesseur des âmes, a fait des choses bien plus grandes encore, tout comme Jésus l’avait prédit, car Jésus est venu s’offrir en sacrifice, mais il n’a pas dit très souvent, " Va, tes péchés te sont pardonnés ", ce que n’importe quel prêtre peut faire dans le secret du confessionnal.
Parce que leur entendement spirituel était obscurci par le péché et que Jésus voulait que les hommes sachent que le Fils de l’Homme avait autorité pour pardonner les péchés sur la terre, alors, Jésus fit les deux, il guérit l’esprit et il guérit le corps de ce paralytique. Mais c’est la guérison des péchés qui importe vraiment.
Le péché est une désobéissance, une infraction à l’ordre divin, à la loi d’Amour. Comme un poison, il affecte le corps spirituel, le rend malade, infirme. Tôt ou tard, selon la Sagesse, les maladies de l’esprit se répercutent sur le corps physique. Peu à peu, tel un poison, le péché mène à la mort. Je parle de la seconde mort. La mort de l’esprit.
Jésus voyait, spirituellement, l’esprit des hommes. Il les connaissait bien. C’est pourquoi il a pu dire de certains, " Vous êtes déjà morts ". Exactement comme un médecin peut dire à celui qui absorbe jour après jour, des doses d’arsenic, " Tu es déjà mort ". Le péché est l’arsenic de l’esprit. Pardonner les péchés c’est rétablir l’esprit dans sa pureté, effacer les marques et les conséquences du poison mortel.
" Tes péchés, dit Dieu, je ne m’en souviendrai plus ". Merveille des merveilles! Pour qui a encore des yeux et des oreilles, que ces paroles ont de suavité.’ Mais que fallait-il pour que ce seul véritable miracle s’accomplisse? D’abord, il fallait que l’Esprit Saint fût présent.
Sur terre, l’Esprit Saint passe par les hommes. C’est là leur gloire. Cet homme était Jésus.
Ensuite, il fallait que le pécheur, l’homme malade, soit de bonne volonté, que son esprit accepte la Vérité, qu’il ait choisi de croire, qu’il croie que Jésus avait en lui l’Esprit et qu’il était le Christ. Il fallait qu’il ait la foi : " Voyant leur foi, Jésus dit... ". La justice de Dieu est parfaite. Sa puissance est sans limites. Pensons-y bien. Il est plus grand de guérir l’esprit que le corps. Guérir l’esprit, c’est pardonner les péchés.
L’Esprit qui était dans Jésus n’a jamais été totalement absent du monde, mais depuis Jésus le Christ, la grâce surabonde là où le péché abonde. Voilà pourquoi nous pouvons faire, selon sa parole, ce qu’il a fait lui-même, et bien plus encore. Car lui, l’homme Jésus, n’a pas converti grand monde, et il était bien seul au Jardin des Oliviers et sur la Croix. Mais à partir de sa résurrection et de son ascension auprès du Père, quelle force! quelle victoire!
Il a vaincu le monde. Il est le Vivant. Oui, depuis sa naissance, sa vie, sa mort et sa résurrection,
ceux qui acceptent l’Esprit accomplissent bien des choses. Le signe de la guérison, c’est de dire : Père, que ta volonté soit faite. Alors seulement, l’homme est guéri. Alors seulement, il a recouvré la paix, la joie.
Le médecin a une grande et noble lâche lorsqu’il se fait l’ouvrier du Père, mais la guérison de 1’homme, de l’homme total, ne peut s’opérer contrairement à l’Esprit. Il existe entre le corps, l’esprit et l’âme un lien que seule la mort va dissoudre. La première mort sépare le corps de l’esprit. La seconde mort, la seule qui soit à craindre, peut séparer l’esprit de l’âme. " Même ce qu’il a lui sera enlevé ". C’est tout l’homme qu’il faut guérir et il est vain de rafistoler l’homme physique si l’homme psychique demeure malade:
Celui-là n’est pas guéri qui se nourrit de mort. De même, 1 ‘homme psychique ne peut retrouver 1’équilibre, la paix et la joie s’il est en contradiction avec son être supérieur, 1’homme spiritue1, qui l’habite et le guide : " Que votre corps, votre esprit et votre âme soient gardés irréprochables ".
C ‘est 1’illusion mortelle de notre temps que de prétendre à l’équilibre et à la santé psychique, sans référence à l’être spirituel de l ‘homme. C’est une entreprise illusoire, nécessairement vouée à l’échec et dont le motif profond est toujours le même: l’autojustification, le refus de la responsabilité, le rejet de la faute sur ceci ou cela. Et lorsqu’il s’agit de trouver une excuse, une explication, l’imagination de l’homme est proprement délirante.
Cette attitude est évoquée dans les Écritures dès la création : Ce n’est pas moi, dit l’homme, c’est la femme. Ce n’est pas moi dit la femme, c’est le serpent. Saisi de honte devant sa nudité, c’est-à-dire son indigence, et piqué dans son orgueil, l’homme pécheur, c’est-à-dire celui qui s’est détourné
du bien, se trouve dans une alternative : faire retour sur lui-même, c’est-à-dire se convertir, ce qui efface la faute et mène à la vie, ou demeurer dans son péché, c’est-à-dire se pervertir, ce qui retient la faute et mène à la mort. Par la conversion l’homme grandit et se fortifie, car de la pierre d’achoppement il a fait un marchepied pour monter vers Dieu. Par la perversion, l’homme diminue, car il se détourne de l’unique source de vie et épuise ses talents, ses richesses spirituelles, dont il lui faudra rendre compte au jour de sa mort physique.
Les morsures de honte et d’orgueil, les remords, sont insupportables. Ce sont les flammes de l’enfer. Pour échapper à leur brûlure l’homme tentera de se justifier. C’est une entreprise vaine mais toujours recommencée. Étant donné la nature trinitaire de l’homme: corps, esprit et âme - physique, psychique et spirituelle -, la justification s’opère aux deux premiers niveaux.
Au premier niveau l’homme tentera de nier la partie psychique et spirituelle de son être.
Pour ces hommes-là, seul existe ce qui est perceptible aux cinq sens. L’homme n’est qu’un corps, assemblage fortuit de molécules constituant une mécanique plus ou moins parfaite dont il faut corriger les imperfections, et la santé ne peut être rétablie que par des moyens mécaniques ou chimiques.
Au second niveau, c’est à la psyché qu’on accorde la préséance. Les hasards de la naissance et des expériences conditionnent l’équilibre mental. Celui-ci se répercute sur le corps mais, comme toujours, l’homme se dégage de toute responsabilité
Méfions-nous des médecins de l’esprit qui repoussent le Seigneur et ne veulent pas connaître Jésus le Christ, sa naissance, sa vie, sa mort et sa résurrection. Celui qui est déjà mort ne peut donner la vie. Moi, dit Jésus, je suis la Vie.
Ils ne peuvent donner la paix, car ils ne la possèdent pas. Moi, dit Jésus, je vous donne la paix. Leur paix à eux est un engourdissement sommeil de mort, peuplé de cauchemars : " Ceux qui se faisaient fort de chasser d’une âme malade les frayeurs et les troubles étaient eux-mêmes malades d’une crainte risible. "
La loi de Dieu est pour toujours. Notre esprit n’aura pas raison devant notre âme immortelle. Nous n’étoufferons pas la voix de la liberté, de la volonté, de la responsabilité. Jamais. La raison se perdra dans l’infini de la sagesse incréée, et l’homme aura peur, " car la peur n’est rien d’autre que l’abandon des secours de la raison ".
Aveugles qui conduisent d’autres aveugles. " Malheur à eux, car ils me fuient! Ruine sur eux, car ils se sont révoltés contre moi ". Celui-là qui voudrait entrer dans la paix du royaume sans passer par le Fils et par sa croix est un menteur et un voleur. " La sagesse, c’est le livre des commandements de Dieu c’est la loi qui existe pour toujours; tous ceux qui s’attachent à elle iront à la vie, mais ceux qui l’abandonnent mourront ".
Ce que le Christ est venu nous révéler, c’est la misère mais aussi la grandeur des l’homme. Cette grandeur, c’est l’amour dont il est aussi capable, un amour qui va jusqu’au sacrifice de sa vie, ainsi que Jésus l’a montré. Mieux que n’importe qui, Jésus connaissait les horreurs de la nature humaine. Mais il savait aussi que l’homme est appelé à la perfection et qu’il en est capable : c’est lui qui nous en a montré le chemin. Lorsque l’homme aura exploré toutes les impasses de ses aveuglements, il deviendra capable de guérir, non pas en apparence, mais dans les profondeurs de l’âme, où la science humaine n’a pas accès.
Beaucoup perçoivent l’inanité d’une " guérison " qui ne tient pas compte de la dimension spirituelle de l’homme. Car l’homme n’est guéri que lorsqu’Il a compris qu’il y a une loi, qui est amour, qui est Dieu. Que cette loi est suprême et qu’il faut la chercher de toutes ses forces. Que l’homme qui accepte cette loi a Dieu en lui, qu’il est par conséquent capable de s’aimer et d’aimer les autres parce qu’il aime Dieu par-dessus tout.
C’est une grande pitié que beaucoup jugeront cette vérité irrecevable, car ils penseront que reconnaître la souveraineté du divin c’est, pour tous les hommes, retourner dans la giron de l’institution catholique romaine. Hélas, ceux qui vont à la messe sont parfois plus éloignés de Dieu que ceux qu’ils appellent pécheurs. Mais si le visage des chrétiens cache parfois celui de Dieu, cela ne servira d’excuse à personne, car le divin, le Christ, est en chacun de nous et nous sollicite constamment.
Tout homme, fera face, un jour, à la Lumière, et nul ne pourra dire alors, mon sort est injuste.

Les lois



Les lois sont un bon indice de la santé spirituelle d’une société. Leur prolifération est le signe avant-coureur d’une désagrégation morale d’abord, physique ensuite de la communauté. C’est à cause de la dureté de notre cœur que la loi devient nécessaire.
Cela est vrai pour le monde spirituel comme pour le monde matériel. L’homme respectueux du bien commun et soucieux du bien-être de son prochain ne volera pas, ne trompera pas l’État, ne commettra pas d’infraction, ne mettra pas en danger la vie de ses frères, préférera subir une injustice plutôt que d’en infliger une aux autres. Cet homme-là est heureux lorsqu’il rend les autres heureux. Les lois pour lui ne sont pas une contrainte ni même une nécessité, car toutes sont inscrites en son cœur, gravées en un seul texte : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
L’homme qui porte Dieu en son cœur, lui non plus, n’a pas besoin de lois. Il n’a pas besoin de temple, car son corps est le temple du Seigneur. Il purifie son esprit et son corps afin que son Dieu habite en lui. " Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour comme, en observant las commandements de mon Père, je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. "
L’homme qui porte Dieu en son cœur n’a pas besoin d’un endroit de prière, d’un temple, d’une église ou d’une mosquée, car c’est en lui-même qu’il se recueille. Quoi qu’il fasse, qu’il dorme ou qu’il veille, il a le regard tourné vers Dieu, vers le Royaume qui est au-dedans de lui. Le Juste est au-dessus de la loi et le temple qu’il purifie afin d’y accueillir son Dieu, c’est lui-même.
Moins ils seront vertueux, plus les hommes seront brimée par des lois. Semblablement, si tous les hommes faisaient de leur corps un temple pur et saint habité par l’Esprit, toute la terre serait une église et chaque homme la prêtre de Dieu.
" Le temps viendra, et il est venu ou chaque homme adorera le Père en esprit et en vérité. "

Retour aux sources

 

" Chaque fois - écrit saint Justin - que les adeptes des doctrines stoïciennes ont (...) fait preuve de sagesse dans leur discours moral à cause de la semence du Verbe présente dans tout le genre humain, ils ont été, nous le savons, haïs et mis à mort " .
(Splendeur de la Vérité, n. 94)



S’il est un air pour lequel le poète donnerait tout Rossini, tout Mozart et tout Weber, il est un penseur pour qui j’échangerais bien de soi-disant penseurs de tous les temps. Je parle de Socrate.
Combien d’obscurs discours n’a-t-on pas entendus depuis ce divin maître, pourtant si lumineux? De l’humanisme au marxisme, combien d’explications de l’homme n’a-t-on pas proposées à nos âmes inquiètes? Toutes ont eu leur vogue : c’est que l’erreur contient toujours une part de vérité qui lui permet de flotter quelque temps à la surface des connaissances humaines avant de sombrer dans le ridicule ou dans l’oubli. Le trousseau de clés s’alourdit, mais la porte de la Vie et de la Vérité demeure fermée, n’en déplaise aux "Lumières" et aux "Révolutions".
Mais l’urgence se fait plus pressante. Toute erreur porte des fruits de mort et les conséquences sont désormais planétaires. D’aucuns pensent qu’il ne nous reste plus beaucoup de temps; assez, tout au plus, pour revenir aux sources.
Si je fais à rebours le chemin qu’a suivi la pensée depuis vingt-cinq siècles, je vois se lever au bout de ma route une vive lumière éclairant le monde du Levant au Couchant.
Elle point à l’Orient dans les paroles prophétiques de Confucius :
La nature parfaite de l’homme moral est vaste et embrasse tout. Elle est profonde et insondable comme la source jaillissante d’où procède la vie. Dès qu’un tel homme fera son apparition en ce monde, chacun le vénérera. Tout ce qui vit et respire l’honorera et l’aimera. C’est pourquoi nous pouvons dire : Il est semblable à Dieu.

Elle brille, cette lumière, dans les Nobles Vérités du Bouddha qui nous parle de Perfection, de Compassion et de Sagesse, lui qui sait déjà qu’il n’est qu’un voyageur sur la terre.
Elle resplendit enfin dans l’enseignement de Socrate qui écoutait les voix du Ciel et savait que sans la vertu, l’homme n’est ni libre ni heureux, que c’est en regardant Dieu que nous trouverons le plus beau miroir des choses humaines pour reconnaître la vertu de l’âme.
Étrange coïncidence que les trois hommes dont la pensée a le plus influencé leur temps et le nôtre aient tenu dans le même siècle et sans se concerter un discours en profondeur si semblable, tandis qu’à la même époque Cyrus permettait aux Juifs captifs à Babylone de rentrer à Jérusalem, là où devait s’élever la Croix du Fils de l’Homme, terme des espérances humaines.
Socrate possédait l’intelligence et la sagesse ultimes qui consistent à savoir que toute vérité réside en Dieu seul, que l’homme n’est rien, ne sait rien et ne peut rien par lui-même. Il savait que sans Dieu il n’était guère possible d’aller plus loin dans la connaissance et qu’il ne restait plus qu’à attendre Celui qu’annonçaient les prophètes d’Israël, le Fils de Dieu qui nous ferait connaître Dieu.
Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, dit l’Ecclésiaste. Les hommes aiment à penser qu’ils peuvent jeter sur l’homme quelque lumière et il est dangereux de les contredire : Socrate l’a payé de sa vie. Ils refusent d’admettre que ce qui est sagesse à leurs yeux est folie aux yeux de Dieu, qu’à écrire des livres il n’y a pas de fin, et que tout est vanité et poursuite de vent.
Et les voilà ainsi prisonniers volontaires d’une cyclothymie où alternent des périodes d’excitation euphorique et de dépression mélancolique. C’est le mythe d’Icare toujours recommencé. Que la raison humaine remporte quelque succès, et voilà les fils de Dédale qui s’exaltent et se lancent à l’assaut du Soleil que seuls les Anges ont le droit d’approcher. Mais leur sagesse humaine fond comme cire au soleil. C’est l’éternelle leçon de Sagesse qui fut donnée au fils de Noé, bâtisseurs de la tour de Babel qui crurent pouvoir escalader le Ciel avant de sombrer dans la confusion.
Les vols d’Icare se sont multipliés au cours de l’histoire et leurs conséquences ne cessent de s’aggraver. Plus près de nous, l’humanisme de la Renaissance a trouvé son aboutissement dans le scientisme du XIXe siècle dont nous sommes loin d’être guéris, mais l’Avenir de la Science est lourd d’inquiétudes. Le scepticisme pyrrhonien n’a entraîné que la décadence de la Grèce socratique, mais son frère jumeau, le relativisme moderne, est un cancer qui continue de ronger l’Occident, qui pourrait en mourir.
Les hommes sont en désarroi et ils ont de bonnes raisons d’être angoissés, car si tout se vaut et qu’il n’y a pas de Vérité, l’histoire récente leur enseigne qu’ils peuvent s’attendre au pire. Et les conséquences de l’erreur ne sont plus désormais circonscrites dans le temps et l’espace : elles affectent tous les hommes sur toute la planète, à la manière des catastrophes écologiques.

Maintenant



Avant que l’Esprit ne descende sur nous, avant la mort et la résurrection du Fils de l’Homme, nous étions incapables d’obéir à la loi divine: Autrefois, on vous disait.... mais moi, à présent, je vous dis... Parce que le Christ est venu, l’Esprit est descendu sur nous en abondance et nous pouvons maintenant trouver la force de suivre ses commandements et d’obéir à Dieu.
Mais il faut être si fortement entés sur le cep, il faut avoir le sentiment si vif d’être un sarment nourri par la vigne qui est le Christ, que si l’on devait en être séparé on aurait véritablement conscience de mourir. Et l’on mourrait en vérité, car il n’y a de Vie et de Paix pour l’homme que dans l’exécution des devoirs que lui dicte sa conscience éclairée par l’Esprit. Cela fait, l’Esprit lui indiquera la prochaine étape à franchir.
C’est ainsi que, peu à peu, dans la patience et dans les petites choses, l’homme devient parfait comme son Père céleste est parfait
Tenons bien la main qu’Il nous tend.

Le mystère



Le mystère de ce que nous appelons Dieu est aussi nécessaire qu’éternel. On pourrait définir l’homme comme un être ayant le sens du mystère. Celui qui ne l’éprouve pas est déjà mort, disait Einstein. Ceci dit, la complication ne vient pas de Dieu mais des hommes.
Évitons premièrement de nous engager dans l’inextricable jungle des demi-vérités qui prolifèrent dans les sciences humaines sous la forme de systèmes, grilles, théories, hypothèses, conjectures et élucubrations de toutes sortes, car, sous leur apparente rigueur scientifique, elles exigent en fait qu’on y adhère par un acte de foi. L’humaniste athée croit à l’humanisme athée.
Examinons plutôt ce que les hommes de sciences dites pures ont à nous dire. Le physicien, le chimiste, le biologiste, l’astronome travaille sur des faits observables, mesurables, quantifiables. La matière, l’énergie, constituent son champ de recherche. La pensée, l’intellect, sont ses instruments d’investigation. Or, toute réflexion sur l’univers aboutit à cette alternative, à ce choix fondamental : la pensée a-t-elle engendré la matière, ou vice versa?
Il est bien certain que la réponse à cette question ne résout pas le mystère de l’Être créateur, de la Pensée incréée. Le mystère de Dieu reste entier, quelle que soit la réponse. Mais on mesure les implications.
Si vous faites de la pensée l’aboutissement d’une évolution qui a commencé par la rencontre mystérieuse mais fortuite d’atomes et de molécules qui ont, par hasard, produit l’homme, tout est permis. Car au nom de qui et de quelle loi m’interdirez-vous alors de faire ceci ou cela, d’éliminer celui-ci ou celui-là, si mon but avoué est le bien de l’humanité tel que je le conçois? La raison et la morale sont totalement impuissantes devant les arguments du nazisme et du marxisme tout comme devant ceux des partisans de l’avortement et de l’euthanasie qui se disent au service de l’humanité souffrante. C’est une question de religion et de foi.
Par contre, si vous croyez que "Au commencement était le Verbe", le Logos, la Pensée, enfin ce que nous appelons Dieu, et que, selon saint Jean, ce Dieu que personne n’a jamais vu, le Christ nous l’a fait connaître, il s’ensuit que Dieu, la Vie, la Loi sont des réalités dont il faut non seulement tenir compte, mais qu’il est essentiel et vital de chercher à connaître puisqu’elles sont à la source de toute création; car c’est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Ici encore, c’est à l’homme qu’appartiennent le choix, l’adhésion, le consentement. C’est toujours une question de foi et de religion.
Toutes les sciences humaines sont orientées selon l’une ou l’autre de ces options, que ce choix soit conscient ou non, implicite ou explicite. Positivisme, évolutionnisme, existentialisme, behaviourisme, structuralisme ou autres grilles à la mode ne sont jamais, sous le couvert de la science, que des prises de position face à ce choix fondamental qui informe tout le reste.
Ordinairement prudent sur ce chapitre, l’homme de science moderne n’hésite cependant plus à déclarer aujourd’hui qu’il est plus vraisemblable que l’univers soit le produit d’une Pensée que du hasard.
Le matérialisme marche à rebours en utilisant l’esprit, fruit de la matière, pour interpréter la matière, ce qui en soi est absurde; tandis que le spiritualisme, qui reconnaît l’existence de Dieu, transcende l’univers créé pour remonter à l’Esprit, source originelle et incréée.
Dieu n’est plus hors de notre portée. Jésus, par son sacrifice, a rétabli le lien qui existait entre l’homme et son Créateur. C’est être simplement intelligent que d’aimer l’Incréé plus que le créé, Dieu plus que le monde et que soi-même, que de comprendre qu’il faut mourir pour vivre et que celui qui veut sauver sa vie en agissant égoïstement et contrairement à l’ordre divin, la perdra.

Sagesse



Il y a trois modes d’action possibles : agir conformément à la nature divine dans laquelle le Christ nous a rétablis; agir contrairement à cette nature divine; agir sans direction.
Agir conformément à la nature divine, c’est manifester l’Esprit et la Sagesse. L’homme qui vit selon l’Esprit porte les fruits de l’Esprit : patience, douceur, générosité, amour du prochain. Il a le cœur pur et voit d’abord le bien en toutes choses. Il vit dans la paix et la joie de celui qui possède d’innombrables richesses que nul ne peut lui enlever. L’Esprit lui donne l’intelligence qui lui enseigne à ne plus agir selon les deux modes inférieurs. Peu à peu, dans la patience et par l’épreuve, il devient parfait.
Agir contrairement à la nature divine, c’est placer au-dessus de tout la satisfaction de ses plaisirs égoïstes. L’homme qui vit selon son être inférieur ne supporte pas la contradiction ou les obstacles à ses appétits. Il n’est jamais satisfait, ne se soucie des autres que si cela peut lui être profitable, ne cherche que son intérêt et voit la même intention secrète chez autrui; ce qui le rend méfiant et malveillant. Il vit dans la crainte de perdre ce qu’il possède et ne connaît ni la paix ni la joie. Peu à peu, il devient un monstre.
Ceux qui agissent sans direction sont les tièdes de l’Évangile. Ils sont sans conviction et se laissent ballotter à tous vents de doctrine. Ils en prennent et ils en laissent, mais ne s’engagent jamais de tout leur être ni dans le bien ni dans le mal. Ils ont des engouements, des sautes d’humeur. Tantôt joyeux, tantôt tristes, ils recherchent surtout le bruit, la foule et les divertissements, fuyant la solitude qui les oblige à se retrouver seuls avec eux-mêmes. Ils examinent tout rapidement et superficiellement, saisissant la moindre occasion de retourner à un mou scepticisme. Peu à peu, ils sombrent dans l’informe et le néant.
Le premier agir mène à la seconde naissance et à la Vie.
Le deuxième agir mène à la destruction et à la Mort. Mais il peut faire prendre conscience à l’homme du néant de son action et provoquer un retour, un repentir fulgurant
Le dernier agir est celui de la masse des tièdes que le Seigneur vomira de sa bouche.

Purification



Je me souviens d’un jour de printemps et d’une longue promenade le long d’un chemin de campagne. J’avançais sans hâte, attentif à la beauté des arbres, respirant l’odeur balsamique des sapins, lorsque le charme fut brutalement rompu par l’empreinte de l’homme : des sacs d’ordures gisaient éventrés sur le bord du fossé. J’allais détourner mon regard de ce lamentable spectacle et me préparais à accélérer le pas lorsque je remarquai une fleur qui avait poussé sur ce tas d’immondices. La laideur ni la puanteur ne l’avaient empêchée de fleurir, d’offrir sa beauté et son parfum. Je songeais que bientôt le temps aurait réduit ces détritus en un terreau fertile, que la fleur se fanerait mais qu’elle ne mourrait pas, car sa semence allait proliférer. Ainsi, par cette fleur, le monde serait plus beau, le monde était déjà plus beau.
J’atteignis bientôt l’endroit où le fossé rejoint un ruisseau. L’eau printanière coulait abondante et claire parmi les pierres et je me mis à l’écoute du ruisseau. Son message était irrésistiblement joyeux, pur et joyeux. J’étais frappé par la clarté, la transparence de l’eau qui chantait à mes pieds et mon regard fut attiré par un couple de mésanges qui s’ébrouaient dans la fraîcheur du courant, au terme d’une journée active et bien remplie. La plume luisante, les oiseaux disparurent soudain dans l’ombre du sous-bois et seul leur pépiement témoignait de leur gaieté.
Je fus saisi d’un violent désir de me laver à mon tour, de me purifier dans cette eau claire, fraîche et joyeuse qui me débarrasserait des poussières du chemin. J’aurais voulu me sentir propre et léger comme ces oiseaux. Je les enviais et songeais aussi combien notre condition est semblable à la leur car, pas plus que l’oiseau, l’homme ne peut vivre une seule journée sur terre sans se salir. Où que nous allions, quoi que nous fassions, l’air transportera des poussières et des germes qui se colleront à notre peau. Notre corps lui-même produira des déchets. Mais rien ne résiste, au terme de la journée, à un bon bain et l’eau qui ruisselle entraîne bien loin toutes les impuretés. Notre peau respire de nouveau. On se sent propre et rafraîchi. Je comprenais mieux pourquoi les hommes chantent sous la douche.
Se laver. Se débarrasser de ce qui est contaminé. Sagesse élémentaire.
Je pensais qu’il n’existe pas, dans le monde médical, de découverte scientifique qui puisse se comparer en importance à cette simple mesure d’hygiène. L’ignorance de cette loi élémentaire a coûté la vie à des millions d’êtres humains. Elle a permis à des fléaux de se propager à travers des continents entiers. Au Moyen Âge, l’Europe fut décimée pour avoir ignoré que l’homme doit se laver, purifier son corps et ses vêtements lorsqu’ils sont contaminés.
Mieux encore, il n’y a guère plus d’un siècle que le monde médical a admis, non sans de vives résistances, cette vérité élémentaire. À Vienne, au siècle dernier, les sommités médicales de l’époque ont chassé du pays le Dr Semmelweiss, un médecin juif hongrois qui avait eu la folie de prétendre qu’il était nécessaire de se laver les mains avant d’aller accoucher ou ausculter les femmes en couche lorsqu’on venait de disséquer un cadavre. L’ignorance et l’entêtement des médecins de l’époque a entraîné la mort de milliers de femmes et de nouveau-nés. Quant au médecin juif, il fut déclaré fou et interné. Ironie suprême, une société chrétienne refusait de se conformer à une loi mosaïque et devait en payer le prix, tout comme les juifs de l’Ancien Testament qui négligeaient d’observer la loi de Moïse. Car la Torah enseigne qu’il faut se laver, se purifier avec l’eau et brûler les vêtements contaminés.
L’eau est un symbole de purification. Que l’on cesse d’en user pour notre corps et il se couvrira de crasse. Notre peau nourrira une multitude de germes et de microbes. La vermine s’installera dans nos vêtements, nous sentirons mauvais et on s’éloignera de nous.
Il en est ainsi des choses de l’esprit. Car le monde est spirituellement contaminé. La saleté de l’esprit, c’est ce que les religions chrétiennes appellent le péché; elle est tout autour de nous - elle est aussi dans notre cœur.
Il n’est pas possible de côtoyer les hommes sans en être sali. Il n’est pas possible de vivre sans engendrer nous-mêmes la saleté du péché. C’est la condition de l’homme séparé de Dieu.
Jésus, après avoir trop longuement fréquenté les hommes, éprouvait le besoin de se retirer, de s’éloigner d’eux. Il partait seul, le plus loin possible, souvent au désert ou sur une montagne et là, il priait. Il se tournait vers son Père. Il conversait avec lui et se lavait l’esprit des impuretés du monde. Il reprenait des forces et redescendait de la montagne propre, rafraîchi, régénéré.
Jésus priait souvent. Presque toujours seul. D’ailleurs, la seule fois où il a demandé à ses amis de prier avec lui, ils se sont endormis - tout comme nous.
Comme toujours, Jésus nous montre la voie. En l’imitant, nous devenons forts nous aussi. Notre esprit est lavé de ses souillures. Il devient sain et résistant aux maladies spirituelles qui affligent l’humanité.
Protégeons-nous de la lèpre. Lavons-nous le corps, mais lavons-nous aussi l’esprit par la prière
Prier, c’est tourner son regard vers Dieu. Dieu, c’est la Loi, le Bien, la Vie, le Principe incréé que nul homme vivant ne peut voir mais que Jésus nous a fait connaître. Il se manifeste par un flot, une rivière d’amour qui déferle sur nous et nous purifie lorsque nous disons, à l’exemple du Fils,
Père, mon Père, notre Père à nous, les hommes, qui sommes tous frères, ma volonté c’est que tous nous reconnaissions que tu es le Bien suprême, la perfection de l’Être.
Que ton Nom soit sanctifié. Je veux que tu règnes sur le monde; que ta volonté, qui est la perfection de l’amour, soit manifestée ici comme dans ton royaume.
Je crois en toi et je sais que tu es bon. Je te demande de veiller sur mon corps, de le nourrir et de le vêtir. Veille aussi sur mon esprit. Purifie-le et donne-lui à manger. Sa nourriture, c’est ta Parole et Ton Fils dans l’Eucharistie.
Ta loi est inflexible. Elle déclare que je serai pardonné dans la mesure même où je pardonne aux autres. Je dis que cette loi est juste et belle. Je l’accepte de tout mon cœur et je te prie de m’aider à l’observer.
Père, je comprends qu’il est nécessaire que je sois mis à l’épreuve. Toute la vie m’enseigne la sagesse de cette vérité. Mais quand vient le temps de l’épreuve, soutiens-moi, car Toi seul es ma force. Si je me détourne de Toi, si je doute, je sombre.
Je te parle ainsi à l’exemple de celui que tu m’as envoyé, ton Fils, Jésus le Christ. J’ai reconnu sa voix et je perçois faiblement l’immensité d’amour dont sa Vie et sa Mort témoignent parmi nous.

La sexualité


Il n’y a pas, dans l’Occident dit chrétien, de bourbier comparable à celui dans lequel la sexualité s’est enlisée. Les théories freudiennes ne pouvaient prendre naissance et se développer que dans une culture où la sexualité avait été pervertie jusqu’à devenir pathologique. Le miroir freudien reflétait le visage de l’homme occidental.
On est toujours puni par où l’on a péché. Aussi l’Occident chrétien obnubilé par la sensualité en est-il devenu la proie au point de ne plus pouvoir et de ne plus savoir en jouir. C’est toujours la même chanson, l’homme perd ce qu’il ne veut pas lâcher, alors que c’est en donnant qu’il recevrait : En vérité, je vous le déclare, personne n’aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l’Évangile, sans recevoir au centuple maintenant, en ces temps-ci, maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers.
De tous les plaisirs des sens, l’acte conjugal est celui qui se rapproche le plus de ce que l’on est convenu d’appeler l’extase mystique. Jean de la Croix nous apprend qu’il n’est pas rare que le désir d’union avec le divin s’accompagne de sensations. Ce phénomène est connu et, comme le souligne Jean de la Croix, il est le fait de ceux qui n’ont pas encore traversé la nuit des sens et ne sont pas encore en paix avec leur sensualité. Et qui n’avance pas recule. Que ceux qui ont des oreilles entendent.
De là les paroles de Jésus à propos de ceux qui se font eunuques - qui deviennent maîtres de leur sexualité - pour le Royaume.
Comme tout ce que la Terre offre de bon, l’amour physique est admirable et constitue, comme toute chose bonne, un chemin pour aller vers Dieu. Mais un chemin n’est qu’un chemin. Il mène à la maison mais il n’est pas la maison.
Les amants enlacés connaissent bien cette indicible ivresse alors que chacun aspire à se fondre dans l’autre pour ne plus former qu’une seule chair. Il leur vient le désir de se consumer dans cette étreinte, pour l’éternité. Ce désir ne peut être assouvi que spirituellement. D’où la morosité qu’engendre l’amour physique qui n’est que le symbole de l’union de la créature avec son Créateur dont nous parle le Cantique des Cantiques. On comprend pourquoi cette union est incommunicable : il est plus facile d’expliquer la lumière à un aveugle que de décrire l’infinie splendeur de l’union spirituelle.
La vision occidentale de la sexualité est gravement faussée et pervertie, et la misère est immense à cet égard, même parmi les chrétiens dont beaucoup seraient scandalisés si on leur disait : Époux, avant l’étreinte, joignez vos esprits dans une prière commune à Dieu, hors de qui rien n’existe et qui n’est étranger à rien, afin qu’il bénisse votre union, prémices de votre union spirituelle avec lui. Et ceux qui n’en seraient pas scandalisés avoueront n’y avoir jamais pensé.
Ce qui n’est pas surprenant quand on sait la confusion qui a longtemps régné dans l’Église à ce sujet. Il est effarant de penser que pour la majorité des chrétiens, le péché d’Adam fut d’avoir fait l’amour avec Ève : pensons à ce qu’évoque l’idée de croquer la pomme dans la conscience populaire...
La chasteté est sublime, mais c’est un combat redoutable. Jésus enseigne : avant d’aller au combat, mesurez vos forces; avant de vider et de balayer votre maison, assurez-vous que l’Esprit viendra y demeurer; avant de rejeter les petits poissons, soyez certains d’avoir découvert le gros qui vous fera tenir tous les autres pour peu de chose. La méconnaissance de cette sagesse élémentaire peut faire bien des malheureux.
Si Jésus et Paul après lui enseigne que certains se font eunuques pour le Royaume et qu’il et bon que l’homme s’abstienne de la femme, c’est qu’il est bon de ne pas gaspiller sa force, car la chasteté confère une force qu’il est bon d’acquérir pour supporter la puissance de l’Esprit. L’Esprit Saint est une force. Personne, sinon Jésus, n’aurait pu supporter la force de l’Esprit qui descendit sur lui devant Jean le Baptiste. Paul la connaissait cette force qui l’a terrassé et rendu aveugle. Les apôtres aussi, au jour de la Pentecôte, ont éprouvé la force de l’Esprit alors que toute la maison en a tremblé. Il n’y a que les imbéciles qui ne savent pas que l’Esprit peut les terrasser.
Un autre imbroglio : l’homme et la femme. Les chrétiens n’y comprennent plus rien. Quand on leur lit ce que disent les Écritures, et surtout les Lettres de Paul sur le mariage, ils ont envie de se cacher sous la table.
C’est que le malentendu est profond. En effet, selon ce qui est écrit, Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance : Le jour où Dieu créa l’homme, il le fit à la ressemblance de Dieu, mâle et femelle il les créa. Il les bénit et les appela du nom d’homme au jour de la création. (Gn 5.1)
Dieu est Esprit et selon l’Esprit, c’est-à-dire en vérité et éternellement - et non selon les apparences de la chair, qui est mortelle - l’homme est mâle et femelle, à l’image de Dieu : Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa; mâle et femelle il les créa. (Gn 1.27)
La séparation entre le mâle et la femelle, et le mariage entre le mari et la femme, sont le résultat du péché et de la chute, comme nous le confirme Jésus : Ceux qui appartiennent à ce monde-ci prennent femme ou mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des morts ne prennent ni femme ni mari. C’est qu’ils ne peuvent plus mourir, car il sont pareils aux anges : ils sont fils de Dieu, puisqu’ils sont fils de la résurrection. (Lc 20.35-36)
Ici-bas, en chacun de nous, homme ou femme selon la chair, il y a le mâle et il y a la femelle, l’homme et la femme. En chaque être humain, homme ou femme, c’est l’élément femelle qui devient l’agent de la tentation : La femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea. (Gn 3.6)
Le véritable mariage, c’est l’union indissoluble et spirituelle du mâle et de la femelle qui se prépare ici-bas mais ne se consomme que là-haut. Ce sont les noces spirituelles de l’amant et de l’amante, chantées par le Cantique des Cantiques, qui s’unissent pour devenir une seule chair - la chair selon l’Esprit dont parlait Jésus lorsqu’il disait : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. Et l’homme alors ne séparera plus ce que Dieu a uni.
Comme toutes les aventures terrestres, le mariage en ce monde est une illusion s’il ne devient un chemin qui mène à l’union véritable, un prélude à l’hymen du Cantique des Cantiques : Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à (...) sa femme, (...) il ne peut être mon disciple. (Lc 14.26).
C’est à la lumière de ces vérités spirituelles que les paroles de Paul prennent tout leur sens et demeurent vraies aujourd’hui comme hier :

Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de dominer l’homme. Qu’elle se tienne donc en silence. C’est Adam en effet qui fut formé le premier. Ève ensuite. Et ce n’est pas Adam qui fut séduit, mais c’est la femme qui, séduite, tomba dans la transgression.

Se soumettre au mâle, c’est suivre la voix de Dieu en soi, ou dans le conjoint. Si le mâle parle par la femme, que l’homme la suive. C’est ce que fit Joseph.
Il y a entre le monde d’en haut et le monde d’en bas de grandes similitudes et ce n’est pas un hasard si l’on né homme ou femme. Chacun vient au monde dans l’état le plus propre à son développement spirituel, qui est le but de toute existence. Si, comme le dit saint Paul, la femme ne doit ni enseigner ni dominer l’homme, on comprendra que les mariages les plus parfaits ici-bas sont ceux qui se conforment à ce modèle spirituel :

Épouses, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur. Maris, aimez vos femmes et ne vous aigrissez pas contre elles. Enfants, obéissez à vos parents, voilà ce que le Seigneur attend de vous. Parents, n’exaspérez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent. (Col 3.1821)

Vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres; femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur. Car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l’Église, lui le Sauveur de son corps. Mais, comme l’Église est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris. Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé son Église et s’est livré pour elle; il a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l’eau qui lave et cela par la Parole; il a voulu son Église sainte et irréprochable. C’est ainsi que le mari doit aimer sa femme, comme son propre corps. Celui qui aime sa femme, s’aime lui-même. Jamais personne n’a pris sa propre chair en aversion; au contraire, on la nourrit, on l’entoure d’attentions comme le Christ fait pour son Église; ne sommes-nous pas les membres de son corps? C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne seront qu’une seule chair. Ce mystère est grand : je déclare qu’il concerne le Christ et l’Église. (Ep 5.21-32)

Comprenne qui peut comprendre.
L’homme et la femme qui ont faim et soif de Vérité ne peuvent pas plus trouver l’absolu dans le mariage que dans n’importe quelle autre entreprise humaine, si elle n’est pas spiritualisée.
Tel qu’il est engagé, sans relation avec l’Être spirituel, le problème du mariage, de l’égalité des sexes et des relations entre l’homme et la femme, est sans issue.

La connaissance


Toute connaissance scientifique est momentanée, toujours sujette à révision et en constante évolution. L’esprit véritablement scientifique ne peut affirmer qu’une chose : tout se passe comme si... Mais toute science est vaine et l’homme ne sait rien s’il n’a appris d’où il vient, qui il est, pourquoi il est sur terre, ce qu’il doit y faire et où il va.
En chacun de nous, il y a deux hommes : le vieil homme et l’homme nouveau, l’homme selon la chair et l’homme selon l’Esprit. Par l’homme spirituel, l’homme du souffle de l’Esprit, nous apprenons que nous venons de Dieu, que nous sommes fils de Dieu mais séparés du Père comme le fils prodigue et que nous pouvons, comme lui, retourner vers notre Père. Nous savons cela parce notre Père a envoyé son Fils, Jésus, qui nous a rachetés au prix de son Sang. Nous avons entendu sa parole et reconnu sa voix. En adhérant librement à sa parole nous redevenons dignes de retrouver notre qualité première d’enfants de Dieu. Mais d’abord il faut l’adhésion.
Il en est fait ensuite selon ce que nous avons cru et chacun trouve les preuves qu’il veut trouver, car la liberté de chacun est préservée. Il en est ainsi pour toute cosmologie, tout système, toute grille, toute interprétation de l’univers et de l’homme.
Tel penseur, prophète, philosophe, fondateur de religion vous séduit : d’abord, vous adhérez à sa parole. Ensuite, les preuves s’accumulent - car il en est fait selon ce que vous avez cru. De là l’irréductibilité des doctrines et la conviction des adhérents.
Celui qui nie le Père, c’est-à-dire celui qui n’accomplit pas la Parole du Père mais adhère à la parole d’un autre, celui-là devient fils de l’esprit qui était en cet autre. S’adressant aux scribes et aux pharisiens hypocrites, Jésus déclare : Vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes.
Toute explication ou interprétation de l’univers et de l’homme est une doctrine - quelles que soient ses prétentions scientifiques - et celui qui nie le Père, le Fils et l’Esprit pour adhérer à une doctrine devient fils de l’esprit qui l’a engendrée. Il est déjà mort.
Mais ne nous y trompons pas : ceux qui ont fait l’expérience de Dieu, tels les apôtres lorsque l’Esprit descendit sur eux, ou Paul, lorsqu’il fut aveuglé par la Lumière, atteignent un degré de certitude, un absolu dans la connaissance qui dépasse infiniment celui de l’homme de science. Et on reconnaît l’arbre à ses fruits.

Simplicité


Quelle confusion dans le monde! Tout est si simple, pourtant. Mais comment faire comprendre aux hommes que tout a un sens, que tout s’ordonne selon une loi immuable à laquelle rien dans la création, ni homme ni bête, ni roc ni arbre, ne peut se soustraire?
Tout est soumis à la loi éternelle de l’Amour, et l’homme ne peut trouver la paix et la joie que dans l’accomplissement de cet impératif divin. L’homme né, vit et meurt uniquement dans ce but. Venir dans le monde, c’est avoir le privilège inestimable de pouvoir se conformer à la volonté divine, c’est-à-dire d’avoir la possibilité de devenir divin.
Il n’y a pas d’autre raison de vivre que de devenir un avec Dieu. Non pas que l’homme devienne le Tout. Mais il devient un avec le Tout, partie du Tout, coexistant, coéternel, cocréateur avec le Tout.
Comment faire comprendre aux hommes le prix de cet héritage auquel ils ont droit? Comment les hommes peuvent-ils ne pas le comprendre?
N’est-il pas lumineusement évident que pour être un avec Dieu il faut que l’humain meure et que le divin le remplace? Il faut qu’Il croisse et que je diminue, disait Paul.
N’est-il pas évident que la vie nous est donnée précisément pour cela, que nous devenions parfaits - comme le Père céleste est parfait - afin que nous soyons capables et dignes de participer à sa divinité?
La vie nous est donnée pour que Dieu croisse en nous, qu’Il croisse jusqu’à occuper toute la place afin que nous aussi nous continuions de croître éternellement en Dieu - car Dieu est croissance et création éternelles. Chaque homme a sur la terre une course à courir et chacun peut être vainqueur, car c’est lui-même que l’homme combat. Au vainqueur revient une gloire telle que toutes les misères et les souffrances de la course sembleront dérisoires au prix de la victoire. La perfection, condition de la victoire, n’est pas hors de notre portée. L’identification au Christ en est le chemin.
0 Dieu, que ces vérités sont claires et simples! Mais c’est avec les yeux de l’âme qu’on peut les percevoir. Et les yeux de l’âme perdent leur faculté dans la mesure exacte où le comportement de l’homme s’éloigne de la loi divine, la loi de l’amour de Dieu et du prochain.
Voilà pourquoi celui qui agit contrairement à cette loi est dans l’obscurité. Il s’enfonce toujours plus avant dans les ténèbres, car il n’a plus d’yeux pour voir la lumière. La comparaison est rigoureuse, car Dieu est Lumière et la meilleure façon de se représenter le Christ, venu parmi les hommes pour éclairer les hommes, c’est de l’imaginer comme une source de lumière, plus éclatante et plus douce à la fois que le soleil de midi. Qu’il est facile de prétendre que ce sont là de belles paroles, que la vie est bien différente, que cette loi est inapplicable et que tout cela n’est qu’un rêve insensé.
Qu’il est facile d’invoquer ceci et cela, de montrer que le monde est cruel, injuste, livré au hasard; que l’homme ne peut compter que sur lui-même, qu’il faut se défendre, que le mal triomphe.
C’est que l’homme est rigoureusement soumis à la Loi, qui est Dieu. Il récolte ce qu’il a semé.
Vous ne comprenez pas, dites-vous, comment cela pourrait s’appliquer aux enfants qui meurent, aux victimes innocentes des guerres et des catastrophes. Mais pour comprendre le plan divin il faudrait d’abord des yeux pour voir l’ensemble du projet, et nous sommes aveugles.
Il nous reste pourtant suffisamment de lumière et de vision pour savoir, profondément, que dans nos vies cela se vérifie. Nous savons bien que nous ne pouvons connaître la liberté, la joie et la paix, en dehors de la loi divine de l’amour. C’est cela, la Vérité. Et tout homme en possède une parcelle. Le Christ la possédait toute. C’est pourquoi, devant l’aveugle de naissance, il put affirmer : Cet homme est né aveugle pour que la gloire de Dieu soit manifestée dans le monde. Seuls ceux qui avaient des yeux et des oreilles - yeux et oreilles de l’âme - pour voir et pour entendre, purent comprendre ses paroles.
La Vérité est simple. Il y a une Loi, qui est Dieu, qui est Amour. Tout homme qui consacre ses forces - le peu qu’il possède de forces - à la recherche de cette Vérité, voit peu à peu, dans la patience, tous les autres problèmes s’ordonner et se résoudre.
Cherchez d’abord -premièrement- le Royaume de Dieu et sa Justice. Tout le reste vous sera donné par surcroît. Cela est vrai, absolument.

Contemplation


Le non-agir et le non-dire sont la forme parfaite de l’adoration. C’est la contemplation. La seule chose qui soit vraiment nécessaire. Elle consiste en une disposition d’esprit illustrée par Marie assise aux pieds du Seigneur et écoutant sa parole.
Le contemplatif, telle Marie, peut vivre dans le monde et passer inaperçu, même des esprits religieux qui se méprennent souvent sur lui et lui reprochent son apparente inaction.
Il ne se démène pas comme un beau diable pour faire le bien. Il ne se perd pas en discussions pour " prêcher la parole ". Mais quoi qu’il fasse ou quoi qu’il dise, il a l’esprit tourné vers Dieu Il est toujours assis aux pieds du Seigneur et il écoute. Il se tait et il écoute. Se taisant et n’agissant pas, il connaît que Dieu est Dieu : Tais-toi, et connais que je suis Dieu.
Il est toujours dans la joie et dans la paix que nul ne peut lui ôter, sinon lui-même. Le vent du monde souffle autour de lui et l’incline parfois, mais tel un poussah lesté de Dieu, il reprend vite sa position verticale, semblable à la flèche d’un clocher dressée ver le ciel.
Il ne connaît plus la peur ni le doute angoissant, car il est mort à lui-même et ce n’est plus lui qui vit mais Dieu qui vit en lui. Parmi les hommes, il passe souvent inaperçu, car il est Lumière et il est Vérité. Pour le voir et pour l’entendre, il faut avoir des yeux qui voient et des oreilles qui entendent. Parce qu’il est intelligent - selon l’Esprit mais non selon le monde qui le tient pour sot - sa seule ambition est la docilité : Père, que ta volonté soit faite et non la mienne.
Ce qu’il a à dire, il le dit. Puis il se tait. Ce qu’il a à faire, il le fait. Puis il s’en va. Car le non-agir et le non-dire ne sont pas le rien-faire et le rien-dire. Il est le contraire du paresseux et du lâche. Il est le bon ouvrier.

Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part; elle ne lui sera pas enlevée.

Marthe et Marie sont en chacun de nous. Et l’une et l’autre sont nécessaires à la vie. Merveille des merveilles, la paix et la joie de la contemplation ne sont pas troublées par les exigences de la vie active.

L’épreuve


Il faut apprendre la valeur de l’épreuve et ne pas repousser la croix qui nous élèvera jusqu’à Dieu. De toute façon, disait le curé d’Ars, vous souffrirez... Il faut plutôt bénir les épreuves; elles sont nécessaires à la croissance spirituelle, car la foi en l’Amour subit l’épreuve du feu.
C’est dans un combat que nous sommes engagés dont l’enjeu est la possession de notre âme. Dans ce combat, l’arme la plus sûre est la croix. Celui qui est résolu à tout perdre, à tout donner, à tout souffrir pour ce bien supérieur qu’est son âme et par amour pour Dieu, celui-là devient alors invincible. Et souvent le combat se gagne par défaut, car le Seigneur ne nous impose rien qui soit inutile et pas un cheveu ne tombe sans sa permission
Plus l’homme peut souffrir en gardant intact son amour pour Dieu, plus il devient semblable à lui, infiniment bon et infiniment libre. C’est pourquoi il est juste et bon de remercier Dieu dans l’épreuve comme dans la joie.
Tel un fils obéissant il faut dire :

Père, si c’est possible, éloigne de moi cette épreuve, mais que ta volonté soit faite et que ta rigueur et ta sévérité soient bénies. Donne-moi la force de supporter la force de ta correction. Tue en moi le vieil homme, Seigneur, et qu’il ne reste plus rien en moi qui puisse te faire obstacle. Brûle-moi, humilie-moi, car c’est au feu qu’on éprouve l’or et au four de l’humiliation ceux qui sont agréés par Dieu.

Seigneur, j’aspire à te servir, à n’être pour toi qu’un instrument de grâce. Utilise-moi. Fais de moi ce qu’il te plaira, car ta volonté est sainte et tes actions parfaites. C’est en donnant tout qu’on obtient tout et comment pourrais-je ne pas tout désirer de toi. Seigneur, fais en moi le vide afin que je sois comblé.

Éloigne de moi, Seigneur, tout ce qui n’est pas toi. Sois mon Père, car je veux être ton enfant.

Toutes les vérités des Évangiles qui nous paraissent si dures, si difficiles à accepter, sont pourtant simples et élémentaires. Que de choses Jésus aurait-il encore pu dire à ses disciples qu’ils n’étaient pas encore en mesure de recevoir
La pitié envers soi-même est une insulte envers soi-même. Qui se plaint pèche, disait saint François de Sales.

Vérités éternelles


Freud était convaincu que tout jeune garçon souhaite tuer son père parce qu’il entretient un secret désir pour sa mère . Il citait l’histoire d’Œdipe à l’appui de sa thèse et fabriqua le " complexe d’Œdipe " qui fit florès. La vérité est pourtant tout autre et dément également la justification de l’homosexualité par l’antiquité grecque.
Europe était fille du roi de Tyr, Agénor, et fut enlevée par Zeus transformé en taureau. Agénor dépêcha ses fils à la recherche de leur sœur. Parmi ces fils, il y avait Cadmos, qui abandonna la recherche pour épouser Harmonie et fonder Thèbes.
L’arrière-petit-fils de Cadmos s’appelait Laïos. Pendant sa minorité, le royaume de Thèbes tomba aux mains d’usurpateurs et Laïos dut s’exiler en Élide, à la cour du roi Pélops, où il devint amoureux de Chrysippos, le fils du roi. Ce fut le commencement des amours contre nature et cette perversion lui valut d’être chassé et maudit par le roi Pélops.
Laïos revint vers Thèbes pour reprendre possession de son royaume. Mais la malédiction de Pélops lui interdisait d’engendrer. S’il passait outre, l’enfant qu’il engendrerait tuerait son père et serait la cause d’interminables malheurs pour toute la famille.
Laïos défia la malédiction et engendra Œdipe. Pour se soustraire à la prédiction, il ordonna que l’enfant fût abandonné dans la montagne et livré aux éléments. Mais Œdipe fut recueilli par des bergers et, devenu adulte, il résolut de connaître l’identité de ses parents en interrogeant l’oracle de Delphes. C’est en se rendant à Delphes qu’il rencontra Laïos et le tua sans savoir qu’il devenait parricide. Poursuivant sa route vers Thèbes, Œdipe débarrassa la ville du Sphinx et fut sacré roi en épousant Jocaste, la femme de Laïos, sa propre mère.
Lorsqu’ils apprirent la vérité, Œdipe se creva les yeux et Jocaste se pendit. La malédiction produisait ses effets et une multitude d’autres catastrophes s’abattirent sur cette famille pendant des générations. C’est également à cette malédiction - fruit des amours contre nature - que se rattachent la mort d’Antigone et la destruction de Thèbes.
En affirmant que l’acte homosexuel est une perversion, un acte contre nature, l’Église ne fait que redire ce que la sagesse humaine affirme de toute antiquité.

La foi


C’est folie de penser que la foi est aveugle, car toute foi est mise à l’épreuve pour devenir solide comme le roc et plus lumineuse que le soleil. Dieu est plus près de nous que notre main droite et notre foi augmente dans l’exacte mesure où elle est manifestée. Nous n’aurons de preuve de l’existence de Dieu que lorsque nous l’aurons trouvé par la foi.
Mais il est vrai que la Vérité qui illumine tout homme n’est accessible que par l’Esprit. Quand Pierre dit à Jésus: Tu es le Messie, Jésus lui répond qu’il ne pouvait connaître cette vérité que par l’Esprit. Or l’Esprit ne peut opérer en nous que si nous le lui permettons. Dieu respecte infiniment l’homme et c’est toujours ce dernier qui choisit. La puissance de l’Esprit n’est limitée que par notre foi. Avec elle, nous pouvons déplacer les montagnes.
On comprend dès lors que l’homme qui dit non à l’Esprit soit incapable d’accepter la parole de Vérité et que sa raison puisse si facilement la tourner en dérision. C’est sans doute là le péché contre l’Esprit dont Jésus nous dit qu’il est le seul qui ne peut être pardonné.
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, raillait Voltaire. Et pourtant, si inacceptable que cela puisse paraître à la raison humaine, tout ce qui nous advient a pour unique objet de nous ramener à Dieu pour être un avec lui. Dure Vérité, accessible seulement à l’homme du souffle, l’homme spirituel, mais caché à l’homme psychique, l’homme de ce monde.
L’homme laissé à sa seule nature n’accepte pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu. C’est une folie pour lui, il ne peut le comprendre, car c’est spirituellement qu’on en juge.

La mort


Il y a des hommes qui vivent comme si la mort n’existait pas, comme s’il ne leur faudra jamais rendre compte. Mais on les voit souvent geindre et trembler, pleurer et supplier à l’heure inexorable.
Qu’on le veuille ou non, nous serons, à notre mort, dans la Lumière du Christ qui éclairera notre visage. Lorsque nous abandonnerons notre corps de chair pour nous présenter devant l’Être de Lumière, de Justice et d’Amour, nous comprendrons qu’il était parmi nous homme parmi les hommes, car il plaidera en notre faveur en disant : J’étais triste et découragé, mais je t’ai croisé et tu m’as souri. Ton sourire m’a réconforté et mon fardeau m’a paru plus léger. J’atteste que tu fus pour moi un ouvrier du bien.
Qu’il sera délectable et surprenant d’entendre : Avec l’argent que tu m’as prêté sans me le réclamer, j’ai pu acheter mon âme. - Tu ne m’as pas reproché mon injustice, et j’ai pu la regretter. - Tu m’as téléphoné, un soir. - Tu as accepté que je t’aide. - Tu n’as pas raillé ma foi. - Je t’ai menti, mais tu as continué à me croire. - Tu as prié pour moi.
Heureux celui qui entendra de tels témoignages, car il sera appelé Fils de Dieu. Déjà il goûte à la joie et à la paix qui n’ont pas de nom et sa coupe débordera.
Il a peur de la mort, celui qui craint de regarder sa vie et doute de l’infinie Miséricorde de Dieu. Mais il a raison de craindre, car Dieu, c’est aussi la Justice.

Ce en quoi l’Église ne doit pas changer


Dans un État de droit, l’épaisseur des codes donne la mesure exacte du caractère vertueux de ses citoyens; et l’État ne cesse de légiférer. Mais les lois édictées par l’État sont humaines et par conséquent imparfaites. Elles peuvent donc être révisées et on a même vu invoquer la multiplication des crimes, des délits et des contraventions pour justifier leur adoucissement : l’avortement n’est désormais plus un crime en deçà d’un certain nombre de semaines de grossesse - et ce nombre varie selon les législations. Certains suivent le même raisonnement lorsqu’ils entreprennent d’expliquer à l’Église ce en quoi elle devrait changer.
On commence souvent par enfoncer une porte ouverte en réclamant que l’Église reconnaisse " la légitimité du plaisir sexuel ". C’est à croire que Vatican II n’a jamais eu lieu, que Gaudium et spes n’a jamais été écrit et qu’on n’a jamais lu le Catéchisme de l’Église catholique (CEC), lequel cite un discours remontant à Pie XII! Soyons précis et citons des textes :

"La sexualité est source de joie et de plaisir." (CEC, n. 2361)

"Trop longtemps - nous l’avons souvent dit - la vie conjugale et en général, tout ce qui concernait le corps ont été interprétés en termes platoniciens : un esprit ‘se discréditait’ en acceptant quelques actes animaux. (...) Dès lors il apparaît que l’union charnelle peut être - et doit être - l’expression des âmes. Un être humain ne peut rejoindre un autre être humain que par le corps : par la parole, par le geste. Précisément les actes de la vie conjugale sont une expression privilégiée d’union, de fusion, de communication, de connaissance et de ‘prise en charge’. En cela, la sexualité humaine se sépare et se distingue de la sexualité animale. Celle-ci n’a d’autre utilité que de rapprocher les sexes pour engendrer des vies nouvelles. La sexualité humaine ajoute une finalité psychologique : celle de la communication des personnes dans l’amour. Il n’y a pas seulement là un ‘moyen’ pour la génération comme certains l’ont cru autrefois, cette valeur peut être recherchée pour elle-même." (Vatican II, L’Église dans le monde de ce temps, Tome II, pp. 428-9)

Et dans Gaudium et spes, sous la signature de Paul VI : "Éminemment humain puisqu’il va d’une personne vers une autre personne en vertu d’un sentiment volontaire, cet amour enveloppe le bien de la personne tout entière; il peut donc enrichir d’une dignité particulière les expressions du corps et de la vie psychique et les valoriser comme les éléments et les signes spécifiques de l’amitié conjugale (...) Il dépasse donc de loin l’inclination simplement érotique qui, cultivée pour elle-même, s’évanouit vite et d’une façon pitoyable." (n. 49)

Il y a donc plus de quarante-cinq ans que nous avons lieu d’être satisfaits que l’Église reconnaisse la " légitimité du plaisir sexuel ", si tant est qu’elle l’ait jamais vraiment niée. Il ne nous reste plus qu’à déplorer que les multiples lettres encycliques et exhortations apostoliques des Vicaires du Christ ainsi que le Catéchisme de l’Église catholique, rédigé à la suite de Vatican II, demeurent si souvent lettres mortes. Ce sont pourtant des documents d’une grande intelligence et d’une rare profondeur. Leur lecture enrichirait l’esprit des jeunes comme des plus vieux et permettrait au moins, en les lisant plus soigneusement, de critiquer l’Église en connaissance de cause.
D’autres voudraient que l’Église adopte une autre doctrine que celle prêchée par le Christ, notamment en ce qui concerne le divorce.
La loi mosaïque autorisait les juifs à répudier leur femme à condition qu’ils lui délivrent un certificat de répudiation (!) et ils n’étaient pas non plus très contents que Jésus leur ordonne désormais de ne plus séparer ce que Dieu a uni : " C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; mais au commencement il n’en était pas ainsi. Je vous le dis : si quelqu’un répudie sa femme - sauf en cas d’union illégale - et en épouse une autre, il est adultère. " (Mt 19.8-9) Même les disciples maugréaient et trouvaient que " Si telle est la condition de l’homme envers sa femme, il n’y a pas intérêt à se marier. " (Mt 8-10) Mais lorsqu’un homme s’approche de Jésus pour lui demander ce qu’il doit faire pour avoir la vie éternelle, Jésus lui répond, entre autres choses, Tu ne commettras pas d’adultère.
On invoque habituellement la femme adultère sur le point d’être lapidée et à qui Jésus a pardonné. Certes, il lui a pardonné son péché, mais on oublie souvent de mentionner ce que Jésus a ajouté : " Va, et ne pèche plus ". L’Église ne fait pas autre chose. Elle a reçu le pouvoir de remettre les péchés et elle aussi nous pardonne en disant Va, et ne pèche plus.
" Ainsi, ils ne seront plus deux mais une seule chair. " Qui ne sait que le mariage subira, au fil des ans, de multiples métamorphoses? Mais c’est toujours la même chair et celui qui aime sa femme, dit saint Paul, s’aime lui-même. On ne déchire pas sa propre chair. Le divorce est une tragédie et il survient souvent - sinon toujours - chez les croyants, après un abandon quasi total des pratiques religieuses et d’une foi véritable. Mais la femme qui épouse un homme qui a abandonné son foyer a au moins un avantage sur l’épouse délaissée : elle sait que si un jour elle cesse de lui plaire, il la laissera elle aussi. Et on connaît le taux de succès de ces secondes noces. Familles éclatées, familles monoparentales, familles reconstituées et pourquoi pas, bientôt, familles à orientations sexuelles variables; lorsque les mots ont tout à fait perdu leur sens, on finit par appeler bien ce qui est mal et mal ce qui est bien.
L’Église connaît bien la misère humaine et sait que la séparation peut être certaines fois préférable à la vie en commun, et elle l’autorise. Mais le mariage n’en est pas pour autant annulé. Le croyant qui obéit au premier commandement et qui aime le Seigneur son Dieu par-dessus toute chose verra bien que son Dieu ne l’abandonne pas et que " tout est grâce ".
Il en est qui reprochent à l’Église de ne pas les laisser se masturber en toute bonne conscience. Il semble même qu’un bon nombre de croyants de naguère n’aient jamais pardonné à l’Église d’avoir ainsi voulu réfréner leurs pulsions boutonneuses.
Le mot masturbation vient du latin manus " main ", et de stupratio " action de souiller ". Voilà une étymologie qui n’est guère valorisante. Sans doute les adeptes de ce stupre solitaire devraient-ils songer à lui substituer un euphémisme plus invitant, comme auto-érotisme, par exemple. L’expression, j’en suis sûr, doit plaire à nos sexologues. N’a-t-on pas déjà remplacé l’affreux " avortement " par " interruption volontaire de grossesse "? Ce qui vous a une toute autre allure et qui montre qu’on sait faire usage de sa volonté.
L’Église enseigne que la " chasteté comporte un apprentissage de la maîtrise de soi, qui est une pédagogie de la liberté humaine. L’alternative est claire : ou l’homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux. " (CEC, n . 2339). " Le but d’une authentique éducation sexuelle est de favoriser un progrès continu dans la maîtrise des impulsions, pour parvenir avec le temps à un amour oblatif véritable ", peut-on lire dans une Instruction de la Congrégation pour l’Éducation catholique. Tout est là.
Il n’y a pas d’éducation digne de ce nom qui ne comporte un apprentissage de la maîtrise de soi. C’est là une vérité fondamentale universellement reconnue depuis la nuit des temps. C’est l’enseignement de tous les sages de tous les temps et Socrate, Bouddha ou Confucius n’ont pas dit autre chose. Platon raconte que Sophocle, dans son vieil âge, répondit à quelqu’un qui le plaignait de ne plus pouvoir jouir du plaisir amoureux : " Ah! tais-toi! Je suis trop heureux de lui avoir échappé; j’ai l’impression d’avoir échappé à un maître furieux, sauvage! " Les enseignements de l’Église n’ont pas d’autre objet que de nous aider à domestiquer ce " maître furieux " afin qu’il devienne non plus un maître, mais un serviteur. Comme toutes les mères, l’Église veut que ses enfants soient des maîtres, et non des esclaves.
Le jeûne, nous rappelait récemment Jean-Paul II, est " une thérapie de l’âme (...) qui nous libère de l’esclavage des choses. " Or il existe aussi un jeûne nécessaire qui s’appelle la continence volontaire. La régulation naturelle des naissances - dont on ne parle jamais - exige cette continence volontaire et c’est le sage conseil que donne l’Église aux couples qui veulent protéger leur amour pour éviter, comme l’écrivait Paul VI, qu’il ne s’évanouisse de façon pitoyable comme on le voit si souvent aujourd’hui. Comment voulez-vous que les jeunes à qui on conseille maintenant de se masturber, et qu’une sexologue félicite d’avoir eu un comportement réfléchi (sic) parce qu’ils ont utilisé un condom pendant leurs relations sexuelles avec au moins six partenaires différents avant l’âge de 18 ans, puissent acquérir cette maîtrise de soi " qui est une pédagogie de la liberté humaine "? On a bien l’impression qu’on veut plutôt les convaincre qu’ils sont incapables de maîtriser leurs instincts et que les femmes sont en quelque sorte des déversoirs à trop-plein.
L’Église ne cessera jamais de soutenir ses enfants dans leur combat pour la pureté, car " le baptisé doit continuer à lutter contre la concupiscence de la chair et les convoitises désordonnées " afin de pouvoir aimer " d’un cœur droit et sans partage ". Mais elle a aussi retenu la parole du Christ qui nous prévient que sans Lui, nous ne pouvons rien faire, et elle rappelle la nécessité de la prière en citant l’aveu de St Augustin : " Je croyais que la continence relevait de mes propres forces, (...) et j’étais assez sot pour ne pas savoir que personne ne peut être continent, si tu ne le lui donnes. " (CEC, n. 2520)
La vie est un combat, mais c’est surtout un combat contre soi-même. On apprend cela tôt ou tard, et il est hélas parfois trop tard. Par ses exigences, sa discipline, sa valorisation de l’effort et de la révérence naturelle des élèves envers leurs maîtres, l’école enseignait naguère implicitement cette maîtrise de soi si indispensable à l’homme s’il veut remporter le combat contre son pire ennemi, c’est-à-dire lui-même. Aujourd’hui, à l’heure de la pédagogie du moindre effort et du tutoiement égalitariste, lorsque les résultats sont par trop calamiteux, on abaisse la barre et, en fait de discipline, le directeur d’école qui réussit à éliminer le " taxage " dans son établissement s’estime fort satisfait. La révérence est une notion devenue maintenant étrangère à la nation tout entière et, comme emblème de la maîtrise de soi, on a installé des distributeurs de condoms dans les couloirs de nos écoles.
À la suite de certains évêques dissidents - on ne cesse de s’indigner du sort que l’Église ferait subir aux " exclus ". Mais l’Église n’exclut personne. L’Église ne sait faire qu’une chose, accueillir. Ce sont les hommes qui s’excluent de l’Église. Ou alors il faut bien admettre que le Christ fut en son temps le grand maître de l’exclusion. N’a-t-il pas dit que celui qui se présenterait au banquet sans avoir revêtu la robe blanche serait jeté dehors, et qu’il viendrait lui-même séparer les brebis d’avec les chèvres? Cela pourrait faire beaucoup d’exclus, de pleurs et de grincements de dents.
On accuse aussi l’Église d’être cruelle et de manquer de compassion. C’est que " La vraie religion, nous dit Pascal, enseigne nos devoirs, nos impuissances (orgueil et concupiscence); et les remèdes (humilité, mortification). (...) Nous ne souffrons qu’à proportion que le vice, qui nous est naturel, résiste à la grâce surnaturelle; notre cœur se sent déchiré entre des efforts contraires; mais il serait bien injuste d’en imputer cette violence à Dieu qui nous attire, au lieu de l’attribuer au monde qui nous retient. C’est comme un enfant, que sa mère [l’Église] arrache d’entre les bras des voleurs, doit aimer, dans la peine qu’il souffre, la violence amoureuse et légitime de celle qui procure sa liberté, et ne détester que la violence impétueuse et tyrannique de ceux qui le retiennent injustement. La plus cruelle guerre que Dieu puisse faire aux hommes en cette vie est de les laisser sans cette guerre qu’il est venu apporter. " (Pensées, 493 et 498)
L’Église a toujours considéré les actes d’homosexualité comme " intrinsèquement désordonnés ". Comme toutes les religions du Livre, elle rejoint en cela le jugement naturel de l’antiquité grecque, car le cycle thébain nous apprend que Laïos, le père d’Œdipe, fut maudit par le roi Pélops pour s’être livré à des amours contre nature. C’est d’ailleurs en raison de cette malédiction qu’Œdipe, sans le savoir, tua son père et épousa sa mère; et non pas, comme Freud aurait voulu nous le faire croire avec son célèbre " complexe " d’Œdipe, parce qu’il éprouvait pour sa mère une attirance érotique. Quand on sait l’obsession que peuvent avoir les analystes freudiens pour le sexe, on peut s’étonner qu’ils en fassent le reproche à l’Église.
Mais si l’Église considère contre nature les actes d’homosexualité, elle ne condamne pas l’amitié et ne juge pas anormal qu’il puisse exister entre des personnes de même sexe une profonde amitié. L’Évangile ne nous parle-t-il pas de Jean, le disciple que Jésus aimait? Et c’est Jean qui se trouvait au pied de la croix, avec Marie, à l’heure du sacrifice de Celui qui a tant aimé le monde qu’Il a donné sa vie pour ceux qu’Il aime.
On réclame également plus de démocratie. Dieu merci, on a tout lieu de croire, en effet, que Dieu n’est pas démocrate. Il n’a pas chargé Moïse d’organiser un référendum sur les Tables de la Loi. Il a édicté : " Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne tueras pas ". Pas même dans le sein de la mère, car " Avant de te former au ventre maternel, je t’ai connu; avant que tu ne sois sorti du sein, je t’ai consacré. " (Jérémie 1.5). Il est donc difficilement concevable qu’un croyant se fasse le compagnon d’armes du Dr Morgentaler, un homme qui affirme que " l’idée de Dieu ne résiste pas à l’analyse scientifique (sic) ". (Le Devoir, 24 juin 1987).
Affirmer ses convictions en déclarant que Dieu n’existe pas n’est jamais, en réalité, qu’un acte de foi à rebours, comme l’avoue Morgentaler : " C’est en raison de mes convictions humanistes que j’ai entrepris de combattre pour la légalisation de l’avortement au Canada, au nom du mouvement humaniste ". Mille convictions, hélas, n’ont jamais créé la moindre certitude et il est assez horrible de penser que c’est " au nom du mouvement humaniste " que tant d’enfants continueront de mourir dans le sein de leur mère et que demain, notre compassion ira jusqu’à aider les vieillards, les handicapés et les suicidaires - c’est chose faite à New York - à basculer dans le " néant ". Telle est la nouvelle religion et la nouvelle spiritualité qu’on nous propose.
Jean-Paul II affirme que notre civilisation est malade, que nous vivons dans une culture de mort. Et l’avenir s’annonce sinistre.
En Chine, là où les femmes sont traînées de force dans les avortoirs si elles deviennent enceintes après un premier enfant, on vend des fœtus qui sont consommés comme " aliments naturels ". Cela rend votre peau plus douce et c’est très bon pour les reins, disent les médecins chinois. Les cas ont été rapportés par deux importants journaux de Hong Kong et United Press International a vérifié l’information.
Mieux vaut savoir vers quoi on se dirige. Les consciences, aujourd’hui, sont à ce point émoussées et déformées que plus personne ne réagit et ce qui nous paraît encore maintenant des horreurs sera la réalité demain, principalement au chapitre de la manipulation génétique et de l’euthanasie.
Horrible, impensable et inimaginable chez nous! me direz-vous? Pensez seulement, Mesdames, à votre réaction si l’on vous avait dit, il y a une trentaine d’années, que des fillettes qui ont troussé leur layette à l’âge où vous jouiez encore à la marelle et qui se retrouvent enceintes, peuvent se faire avorter gratuitement sans que leurs parents en soient informés - et cela grâce à la Convention des Nations unies sur les droits de l’enfant! Et saviez-vous que dans notre beau pays civilisé, un hôpital d’Halifax prélève des cellules dans le cerveau de fœtus humains - nécessairement vivants et suffisamment développés - pour les implanter ensuite, jusqu’à présent sans grand succès, dans le cerveau d’adultes atteints de maladies dégénératives? Vous me direz que ce n’est quand même pas comme manger des fœtus pour améliorer la texture de sa peau. C’est vrai. Pas tout à fait.
Étrange déraison qui nous persuade qu’il est criminel de tuer un enfant dans le sein de sa mère s’il est âgé d’un certain nombre de semaines, mais qu’il est parfaitement légal de le tuer avant, et même aux frais de l’État! Comment cet enfant peut-il ne pas être humain avant et le devenir après? Est-il possible d’aller plus loin dans l’illogisme, le non-sens et l’absurde? Ne voit-on pas que suivant la même " logique " on en viendra un jour - si ce jour n’est pas déjà venu - à décider inversement que le vieillard ayant perdu certaines de ses facultés aura soudainement cessé d’être humain et qu’on pourra en disposer à loisir. Qualité de vie oblige. Et comme on respecte les sensibilités, on fait comme pour l’avortement et on parle de mort dans la dignité.
Déjà, le 25 octobre 1946, Georges Bernanos écrivait en parlant de la spiritualité de l’avenir : " Elle m’apparaît si dégradée que personne ne la reconnaîtra. Ou, pour mieux dire, on peut prévoir des perversions de la spiritualité analogues à celles que nous présente le nazisme ou le communisme. Car les bourreaux de Dachau ou de Buchenwald, comme ceux des actuels camps de concentration de la mer Blanche, seraient inconcevables autrement. " On comprend que Jean-Paul II puisse parler des millions de petits êtres humains avortés comme d’un nouvel holocauste, tandis que les prêtresses du Nouvel Âge réclament l’avortement sur demande " par amour de l’enfant "!
L’avortement est un crime, dit Mère Teresa, qui tue non seulement un enfant mais aussi la conscience de tous ceux qui y participent. La perte de la conscience est pour toute nation une maladie fatale, et si l’avortement est un mal, un poison mortel, quelle que soit la dose que vous injecterez dans le corps social, il finira par en mourir. Lorsque les jeunes se suicident ou refusent d’avoir des enfants, n’est-ce pas que, déjà, il y a quelque chose de pourri dans le royaume?
Quant à la question des condoms, on va jusqu’à accuser le Pape d’être responsable de la propagation du sida? Ce reproche que l’on adresse au Saint-Père est soit le signe d’une insondable bêtise ou d’une infernale malice. Car enfin, soyons sérieux, à qui fera-t-on croire que le Pape est écouté par les non-croyants lorsqu’il se prononce contre l’utilisation du préservatif? Les non-croyants se soucient de l’enseignement de l’Église comme d’une guigne! Et comme le vagabondage sexuel n’est pas au nombre des dix commandements, le croyant qui ne se drogue pas et qui n’a pas, comme chantait le regretté Brassens, " un penchant pervers à prendre obstinément Cupidon à l’envers ", ne risque pas plus d’être contaminé par le sida pour avoir eu des relations sexuelles avec six partenaires différents qu’un Inuit d’être piqué par une mouche tsé-tsé.
D’autre part, on connaît le taux d’échec des méthodes de contraception : le risque, pour le condom, peut aller jusqu’à 20%. Comme on peut parier que l’échec sera corrigé par un avortement, et sachant qu’on a détecté dans les condoms la présence de trous 50 fois plus gros que la taille du virus V.I.H., faut-il s’étonner que l’Église continue d’interdire à ses fidèles cette forme de " sexe sans risques "? Quant aux autres, qui de toute façon n’écoutent pas leur Mère, souhaitons-leur bonne chance.
Le Saint-Père, dans son exhortation apostolique La Famille, enseigne que " l’Église s’oppose fermement à une certaine forme d’information sexuelle ne tenant aucun compte des principes moraux et si souvent diffusée aujourd’hui, qui ne serait rien d’autre qu’une introduction à l’expérience du plaisir et pousserait le jeune, parfois même à l’âge de l’innocence, à perdre la sérénité, en ouvrant la voie au vice. " On me permettra d’entretenir des doutes, en effet, sur la nécessité d’apprendre à un écolier de six ans que " le condom sert à empêcher le sperme d’entrer en contact avec les sécrétions vaginales ", comme le prétend une insane bande dessinée en prétextant que Bibi veut tout savoir sur le sida.
L’Église n’a pas le choix. Elle est le sel de la terre, et si le sel perdait sa saveur, il ne serait bon qu’à être foulé aux pieds par les hommes. Voilà la grande menace qui pèse sur l’Église de notre temps.
C’est une erreur funeste de croire que Jésus est venu fonder une œuvre de bienfaisance et de paix à la façon dont le monde l’entend - il nous a même prévenus que c’est le glaive et non la paix qu’il est venu apporter sur la terre. L’Église n’est pas une œuvre de bienfaisance, mais de sanctification. La bienfaisance suit, naturellement : " Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste nous sera donné par surcroît. "
Une Église qui voudrait apprendre " à aimer son prochain comme soi-même " sans commencer par apprendre à aimer Dieu " de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa pensée et par-dessus toute chose " est une Église qui faillit à sa tâche, car, nous dit Jésus, " C’est là le grand, le premier commandement. "
Une Église qui se ferait démocratique (de demos, " peuple ") serait une aberration, une contradiction dans les termes. Lorsque Moïse gravit le Sinaï pour recevoir de Dieu les Tables de la Loi, le " peuple ", laissé à lui-même, s’assembla et décida démocratiquement de dresser un autel au Veau d’Or; et " le peuple s’assit pour manger et boire, il se leva pour se divertir " (Ex 32.6).
Ce n’est pas l’amour de Dieu qui pousse les " exclus " à demander que l’Église renie les Tables de la Loi et la parole du Christ, c’est le fol espoir d’obtenir un jour la justification de leur péché. Une Église qui ferait cela cesserait d’être l’Église du Christ. Il n’est pas impossible que cela arrive un jour, mais ce sera, nous prévient Jésus, le jour de la grande détresse, " Quand vous verrez installé dans le lieu saint l’Odieux Dévastateur, dont a parlé le prophète Daniel - que le lecteur comprenne! " (Mt 24.15)
Pour ce qui est de l’ordination des femmes, le Seigneur, qui sonde les reins et les cœurs, en connaît seul les motivations profondes. Le mot ministre signifie serviteur; si c’est pour devenir les servantes du Seigneur que des femmes veulent devenir ministres du culte, il me semble que les occasions ne manquent pas en dehors de la prêtrise. L’Église, en tous cas, a tranché, et personne ne me fera croire que ce juif qui mangeait à la table des collecteurs d’impôts et des pécheurs, au grand dam des scribes et des pharisiens, et qui a chassé les vendeurs du Temple à coups de fouet, n’a pas choisi de femmes parmi ses apôtres parce qu’il voulait se conformer aux mœurs de son temps. Il me semble aussi que la Vierge Marie aurait été un choix tout désigné. Or les dernières paroles de Jésus sur la croix furent non pas pour lui conférer le titre d’apôtre, mais pour la confirmer dans son rôle de Mère : "Femme, voici ton fils." Et au disciple qu’il aimait : " Voici ta Mère. " Et tous les disciples qui aiment le Christ savent bien qu’ils ont depuis lors une Mère qui prie pour eux, pauvres pécheurs.
Telle est la loi de Dieu et elle est immuable. Il n’appartient pas à l’Église de la changer. C’est une loi d’amour à laquelle Dieu fait subir l’épreuve du feu, car Il n’a que faire des amours mercenaires et intéressées. Mais Dieu ne contraint personne. Il nous laisse libres. Il nous prévient seulement. " Vois : je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur, moi qui te commande aujourd’hui d’aimer le Seigneur ton Dieu, de suivre ses chemins, de garder ses commandements, ses lois et ses coutumes. Alors tu vivras, tu deviendras nombreux, et le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession. Mais si ton cœur se détourne, si tu n’écoutes pas, si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir, je vous le déclare aujourd’hui : vous disparaîtrez totalement, vous ne prolongerez pas vos jours sur la terre où tu vas entrer pour en prendre possession en passant le Jourdain." (Dt 30 15-18)
Cet avertissement lancé par Dieu au peuple que conduisait Moïse a traversé les millénaires pour arriver jusqu’à nous. Ne devrait-il pas résonner aux oreilles d’un autre peuple qui, naguère, traversa l’Atlantique pour venir s’établir en Nouvelle-France avec l’espoir d’y croître et d’y prospérer, dans la fidélité à ses pères et à son Dieu?

Récompense


On mesure toute l’incompréhension des hommes de ce monde lorsqu’ils accusent l’homme de foi de travailler dans l’espoir d’une récompense dans un autre monde, le Paradis. Ce qu’ils ne peuvent comprendre, c’est que le Royaume de Dieu commence ici, et qu’il est à l’intérieur de nous.
Les mots récompense et punition, Paradis et Enfer n’ont pas, dans l’ordre divin, le sens qu’on leur prête ici-bas. Si l’homme de Dieu aspire à se conformer à l’ordre divin, à devenir un avec le Christ, c’est par amour pour Lui. Ce qui transcende toute idée de récompense. Le pur amour ne cherche pas à plaire par espoir de récompense mais parce qu’il aime et qu’il trouve sa joie dans l’accomplissement de la volonté de l’être aimé.
Dieu ne peut être servi dignement que sans idée de récompense ou de salaire, parce qu’il est Dieu et parce que nous sommes des serviteurs inutiles. Inutiles, mais aimés au-delà de toute espérance. Cet amour de Dieu ne peut se feindre, car on ne se moque pas de Dieu. Mais ces serviteurs inutiles, qui n’ont rien demandé que de faire la volonté du Roi des rois, seront récompensés divinement.

Maranatha! le Seigneur vient...


N’allons pas croire, en lisant les Évangiles, qu’il nous aurait été doux d’inviter le Seigneur dans notre maison et de converser avec Lui. Car si nous ne le faisons pas maintenant, nous ne l’aurions pas fait alors. Ce n’est pas la personne physique de Jésus qui importe, c’est son Esprit.
Assis à la table du pharisien, Jésus n’était pas présent pour lui. Il le fut cependant pour la pécheresse qui pleura à ses pieds et l’inonda de parfum et de larmes.
Fidèle à sa promesse, Il se tient à la porte et Il frappe. Et si quelqu’un entend sa voix et lui ouvre la porte, Il entre et Il prend la Cène avec lui. La maison où Il entre, c’est notre cœur. Heureux qui peut alors l’inonder de parfum et de larmes. Il lui sera beaucoup pardonné, parce qu’il a beaucoup aimé.

Viens, ô mon Bien-Aimé, Toi le plus beau des Hommes
Entre dans ma maison, car elle est ta maison
Où rien n’existe plus de ce qui n’est pas Toi.

J’ai fait brûler l’encens, j’ai préparé la myrrhe.
L’or est dans le creuset. Le temple est vide et nu.

J’ai chassé du parvis les vendeurs de chimères.
J’ai mis à nu l’argent, le marbre et le porphyre,
La nacre et les diamants, mille joyaux éteints
Dont ta Lumière seule peut ranimer l’éclat.

J’ai mangé de ton Pain, bu ton Sang de jouvence.
Les années ont passé et je suis belle enfin.
Car j’ai tant admiré ton ineffable image
Que ses traits de beauté en moi se sont empreints.

Partout Tu ne verras qu’un reflet de Toi-même.
Je n’ai rien conservé que le désir de Toi.
Viens! Laisse-moi pleurer sur tes pieds adorables,
Inonder tes cheveux du parfum de ma joie.
Entre chez Toi - enfin!

 

Le serviteur


Il ne faut pas croire en Dieu, mais être un avec Lui, agir par Lui, devenir la main de Dieu, car " Ce ne sont pas ceux qui crient Seigneur, Seigneur, qui seront sauvés, mais ceux qui font la volonté du Père". Aimer, donner, voilà ce que fut l’œuvre du Fils sur la terre.

***


Lorsque vous aurez besoin d’un encouragement, Dieu vous l’enverra. Il trouvera autour de vous un serviteur qui, poussé par l’Esprit, dira la parole, fera le geste, écrira le mot de réconfort. Soyons ce serviteur.

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Dieu d’amour, si tu m’accordes d’être l’instrument de ta grâce, ne serait-ce que pour un seul, je t’en serai éternellement reconnaissant. Quel qu’en soit le prix.

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A l’homme qui dit du bien de vous répondez, comme notre Seigneur, " Non pas moi, mais Dieu en moi ". Maître et Seigneur, serviteur parfait qui plaît au Père, garde-nous de ceux qui pourraient dire du bien de nous.

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Aucun progrès tant que nous n’avons pas compris qu’en servant les hommes, nous servons Dieu, et qu’il n’est pas sur terre de nom plus beau que celui de serviteur du Père.

Servir les hommes, c’est d’abord les ramener à la conscience que Dieu est, en devenant des témoins, en manifestant ce qu’Il est par l’Esprit qui habite en nous. " Voici le fruit de l’Esprit: amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi; contre de telles choses il n’y a pas de loi. "

Nul n’est grand qu’il ne se diminue pour se faire le serviteur de tous.

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Celui qui s’attribue un mérite quelconque se coupe aussitôt de la source de toute perfection qui est en lui, mais non pas lui-même.

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Glorifier Dieu c’est le servir, faire sa volonté et non la nôtre. Jésus a glorifié Dieu en abandonnant sa volonté propre pour accomplir la volonté du Père. " Que ta volonté soit faite, et non la mienne ". Tout homme doit imiter 1’homme Jésus afin que le Christ vive en lui et il sera un avec Jésus-Christ, qui est Dieu.

Seigneur, je sais bien que tu n’as nul besoin de moi et que Je suis un serviteur inutile, mais accorde-moi pourtant d’être l’instrument de ton amour pour les hommes afin que ma joie soit parfaite.

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La terre est une école où l’on apprend à devenir roi. Au bon serviteur qui aura été fidèle dans une toute petite affaire, il sera donné autorité sur dix villes. Parole du Seigneur.

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On mesure toute l’incompréhension des hommes de ce monde lorsqu’ils accusent l’homme de foi de travailler dans l’espoir d’une récompense, qu’ils appellent le Paradis, auquel on accéderait dans un autre monde. Ce qu’ils ne peuvent comprendre, c’est que le royaume de Dieu commence ici, et qu’il est à l’intérieur de nous.
Les mots récompense et punition, paradis et enfer n’ont pas, dans l’ordre divin, le sens qu’on leur prête ici-bas. L’homme de Dieu aspire à se conformer à l’ordre divin, à devenir un avec lui. Il trouve alors la paix dont parle le Christ.
C’est pourquoi il ne peut exister de récompense plus grande que d’être appelé bon serviteur - et serviteur inutile. C’est pourquoi le curé d’Ars pouvait dire qu’il donnerait sa place au Paradis, entendez la conscience qu’il peut avoir d’être un avec la volonté divine - si cela était possible- pour le salut d’une âme, entendez pour amener une créature humaine à la conscience de ce qu’elle peut être.
La récompense du fils de Dieu, c’est de faire la volonté du Père. Il devient alors un avec lui, cohéritier et cocréateur, ce qui transcende toute idée de récompense. Le pur amour ne cherche pas à plaire par espoir de récompense mais parce qu’il aime et qu’il trouve sa joie dans l’accomplissement de la volonté de l’être aimé.
Ultime récompense: pouvoir faire la volonté du Seigneur.

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Serviteur de Dieu. Pourquoi n’y a-t-il pas de plus belle récompense que d’être appelé bon et fidèle serviteur? C’est que l’homme dans la création est central. Intermédiaire entre le monde d’en haut, le monde créateur, et le monde d’en bas le monde créé. C’est la gloire de l’homme que l’être incréé et créateur éternel, Dieu le Père, l’Éternel, le tout-puissant, le créateur, passe par l’homme. Et le serviteur ne sera plus appelé serviteur mais ami. Parole du Christ: " Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l’ignorance de ce que fait son maître: Je vous appelle amis parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître ".
Le Créateur crée et donne. Le monde créé reçoit et garde. Pécher, c’est se détourner de Dieu, ne plus être à l’image de Dieu. Pécher, c’est vouloir prendre sans donner.
Pourquoi Jésus pouvait-il, peut-il dire, " le Père et moi, nous sommes un " et " Celui qui m’a vu, a vu le Père ".? C’est qu’il ne s’est jamais détourné de Dieu. Il avait la connaissance et il nous a donné tout ce qu’il avait. Sa vie même. Il n’a rien gardé. Il ne s’est attaché à rien.
L’homme a accédé à la connaissance par désobéissance: " Tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, du bonheur et du malheur, car, du Jour où tu en mangeras, tu devras mourir " et il s’est attaché à tout.
Le bien, le bonheur, c’est donner, c’est aimer jusqu’à la mort, comme Jésus, et vivre.
Le mal, le malheur, c’est prendre et vouloir sauver sa vie sans donner, par amour de soi, et mourir. Je parle de la seconde mort, car la première est sommeil.
L’homme qui veut tout garder sans donner et refuse de mourir à lui-même mourra. Car celui qui accapare s’appauvrit. Il est nu et il aura honte. Mais celui qui donne s’enrichit. Il sera vêtu et glorifié.
Il ne faut s’attacher à rien qu’à Dieu.
Dieu ne peut être servi dignement que sans idée de récompense ou salaire parce qu’il est Dieu. Et cela ne peut se feindre, car " On ne se moque pas de Dieu ". Mais ces serviteurs qui n’ont humainement rien demandé que de faire la volonté du Roi des rois seront récompensés divinement.

Le silence


Il y a la chair et il y a l’Esprit. L’homme selon la chair et l’Homme selon l’Esprit. Il y a le vieil homme et il y a l’Homme nouveau. Le vieil Adam et le Nouvel Adam.
Il y a l’homme naturel et l’Homme surnaturel. Ce qui est de l’Esprit est Esprit " et n’est pas accessible à la chair, à l’homme naturel.
Le corps, avec ses sens, la psyché avec son entendement, sa mémoire et sa volonté sont selon la chair, selon l’homme naturel. La Lumière de 1 ‘ Esprit est ténèbres pour l’homme naturel. Dieu dit : " Que la Lumière soit " et la Lumière fut. La Lumière est venue dans le monde mais le monde ne l’a pas connue. L’homme naturel ne peut pas connaître la Lumière. Mais il peut recevoir la Lumière et celui qui reçoit la Lumière cherche la Lumière. " Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu ". La vraie Lumière en venant dans le monde illumine tout homme.
Cette Lumière surnaturelle qui est Vérité est semblable à une Musique. Lumière ou Musique non pour l’œil et l’oreille selon la chair et les sens ou selon la psyché et l’entendement mais selon 1’Esprit. Que celui qui a des yeux voie et que celui qui a des oreilles entende la Lumière et la Musique qui sont Vérité.
Comprenez alors qu’il faille faire la paix en nous-mêmes qu’il faille apaiser le tumulte des sens
et le tumulte de la pensée si nous voulons recevoir les divines vibrations de la Lumière/ de la Musique qui sont Vérité. " Tais-toi, et connais que je suis Dieu ".

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Le mieux que nous puissions faire devant Dieu c’est de nous taire, de laisser parler l’Esprit
et d’écouter la voix intérieure. Si cette pensée nous scandalise, c’est que nous avons encore beaucoup à apprendre. " Tais-toi et connais que Je suis Dieu ".

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" Tais-toi et connais que je suis Dieu ". Il est bien près de la connaissance parfaite, celui qui peut glorifier le Seigneur sans passer par des mots, car c’est limiter sa connaissance que de s’accrocher à un nom. " Je suis le Je suis ".

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Dans notre quête vers Dieu, nous commençons d’abord par crier : " Moi, moi, moi, Seigneur! ". Puis, nous disons : " Toi, Toi, mon Dieu. " Enfin, nous pensons : " Nous. "
Après quoi, on se tait.

***


Tous les hommes sont inspirés par l’Esprit Saint, mais tous ne l’écoutent pas toujours. Plus on l’écoute, plus il nous parle.

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Toute l’œuvre spirituelle de Jean de la Croix est un commentaire de " Tais-toi, et connais que je suis Dieu ".

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La vie


Ne croyez pas que Jésus le Christ a eu peur de la mort. Bien au contraire. C’est l’indifférence des hommes devant son sacrifice sur la croix qui lui a fait suer le sang mais non la peur de la mort.
Vous devriez vous réjouir avec moi, disait-il à ses disciples, de ce que je retourne d’où je viens.
C’est un baptême que j’ai à recevoir et qu’il me tarde que tout soit accompli.
Mourir, c’est faire face à la Vérité. Celui qui cherche la Vérité d’un cœur pur et l’accueille en lui,
ne craint pas de la rencontrer. Au contraire. Car la Vérité illumine tout et celui qui n’a pas honte de ses actions et des motifs de ses actions, ne craint pas la Lumière. Au contraire. Il est facile de savoir si l’on est dans la Voie: il suffit de penser à sa mort.

***


Jésus est mort, obéissant jusqu’à la croix. Il est devenu, pour 1’éternité, le Vivant, Jésus le Christ. Jésus s’est dépouillé de tout pour être habité par l’Esprit.
L’Esprit ne peut être parfaitement en l’homme que si l’homme fait en lui le vide. Ceux qui veulent suivre Jésus pour devenir à leur tour Un avec lui, devront franchir cette dernière épreuve : le dépouillement, qui va jusqu’à l’inconnaissance, la nuit de l’esprit. "Je suis " est un Dieu jaloux,
qui ne tolère aucun autre dieu devant sa face. Étant 1’Amour parfait, il veut pour l’homme la perfection de l’Amour. L’Esprit doit prendre toute la place. Tout en l’homme doit mourir s’il veut renaître, et celui qui veut sauver sa vie la perdra.
C’est par la foi qu’on traverse cette mort que Jésus a exprimée par son cri: " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné... " C’est alors seulement qu’il a pu dire " Tout est consommé " et qu’Il a rendu l’esprit.
Préparons-nous à la grande épreuve du dépouillement parfait. Tout comme Jésus le Christ a laissé derrière lui la dépouille de l’homme Jésus, il nous faudra nous aussi retourner au Père, nus comme nous sommes entrés dans le monde.
Seigneur, ce n’est que justice si je te rends tout, puisque tout t’appartient. Je te rends, ma volonté, ma connaissance et mes œuvres. Je te rends mon corps, mon esprit, mes enfants, mes amours.
Seigneur, toute lumière et toute connaissance devient ténèbres et néant devant ta Face.
A l’exemple du Ressuscité, pénétrons, par la foi dans l’absolu de la mort. Et nous vivrons.

***


Le corps, l’esprit et l’âme. L’âme, principe immortel divin et incréé, non pas image mais être de l’Être. L’esprit, conscience et volonté d’être un avec le un. Le corps, temple sacré, création et reflet du divin. Le corps, l’esprit et l’âme constituent l’homme, créé à l’image de Dieu. Le corps est poussière et retourne à la terre. Douleur et souffrance de la première mort. L’esprit est conscience d’être un avec l’Être. Mourir à soi-même, c’est mourir même à la conscience d’être, et entrer dans 1’inconnaissance. C’est le chemin de l’union avec l’Être. " Mon Père, mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné". Jésus rendit l’esprit et tout fut consommé. Puis il ressuscita.
Bénie soit la décomposition de mon corps physique symbole de la mort à ce que Je ne suis pas, et prélude au Tout que je suis. Tue-moi, Seigneur, pour que je vive.

***


De même que l’homme est déjà mort qui nourrit son esprit de poison en agissant contrairement
à la loi qui enseigne : " Dieu est un. Aime-le par-dessus toute chose et fais pour les autres ce que tu voudrais qu’ils fassent pour toi ", de même, il est déjà dans l’éternité, déjà dans le Royaume, celui qui se nourrit de la Parole et accomplit la volonté du Père.
Israël, c’est le peuple de ceux qui luttent avec Dieu et avec les hommes et qui obtiennent la victoire: " Tout Israël sera sauvé ". Celui-là qui ne lutte pas est déjà mort.
Il n’est pas possible de vivre mal et de mourir bien.

***


Le Corps et le Sang du Christ qui deviennent notre nourriture dans la communion du pain et du vin, sont une Force, une Force de Vie. Et cette Force viendra nourrir ce qui est dans le cœur de l’homme. C’est pourquoi celui qui mange le pain et le vin indignement le fait pour sa propre perte. Car ce sont les passions de la chair, toujours à la recherche de plaisirs égoïstes, qui seront vivifiées.
Il en est ainsi de la méditation, communion spirituelle aux Forces de Vie. Celui qui s’alimente à ces Forces sans avoir le cœur pur, ne fait que nourrir le vieil homme qui de toute façon doit mourir. " Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ".

***

 

Lettres aux journaux


Acculés à la vertu
BILLET
L’auteur est professeur à
l’Université McGill

Jusqu’où irons-nous dans notre aveuglement et notre inconscience ?

Voilà que l’on discute sérieusement à présent de l’opportunité d’inclure des préservatifs (...) dans les fournitures scolaires et d’ouvrir des cliniques d’avortement à l’intention des enfants de l’école secondaire !

Et cela, bien sûr, sous le couvert de raisons humanitaires.

Je refuse l’argument selon lequel ces mesures seraient nécessaires pour enrayer l’épidémie de maladies vénériennes et de sida ou pour éviter le carnage des avortements de fortune. On ne peut sauver la vie par des mesures qui lui sont contraires et l’avortement est un acte contre nature. C’est vouloir la paix en faisant la guerre et c’est comme si, par humanité, vous vouliez donner de l’eau contaminée à un homme qui meurt de soif alors que c’est d’eau vive dont le malheureux a besoin.

Bien sûr, il faut leur venir en aide. Et sans les juger; sans les condamner; mais aussi sans approuver leur conduite. Or, n’est-ce pas une marque d’approbation tacite que de leur fournir gratuitement des moyens contraceptifs et des facilités d’avortement ? N’est-ce pas, à tout le moins, concéder que le mal n’a pas d’autre remède ?

Il est faux de prétendre que le problème soit sans solution et c’est aux adultes qu’il appartient de le dire - aux enfants. Car on est encore un enfant quand on va à l’école et il est insensé que des enfants s’adonnent à des activités dont ils ne peuvent mesurer ni la portée ni les conséquences.

Il est faux de prétendre que les instincts sont ce qu’ils sont et que l’homme est incapable de les maîtriser. Ceux qui croient cela passent leur vie dans la servitude et l’insatisfaction perpétuelle, car nulle passion ne peut être assouvie. C’est l’origine profonde de la tristesse, du désespoir et des tendances suicidaires qui affligent notre jeunesse.

Vous voudriez donc, me direz-vous, que l’on vive comme des saints ? Hé ! c’est que nous n’avons plus guère le choix. Nous voilà, si j’ose dire, acculés à la vertu...

Et qu’est-ce que la sainteté sinon la prédominance de la vie sur la mort, du divin sur l’humain ? Il conviendrait de démystifier la sainteté, de la faire sortir des calendriers, car c’est elle seule qui peut libérer l’homme des passions égoïstes pour lui permettre de jouir librement des plaisirs terrestres. La sainteté n’est pas une contrainte mais une libération.

Tendre à la perfection, vouloir la mort du "vieil homme" en écoutant et en obéissant à la "petite voix intérieure" qui, dans le silence, parle à tous les hommes de tous les temps, voilà le message éternel, essentiel et vital des sages de toujours. Qu’elle s’exprime par Confucius ou par Gandhi, qu’elle parle par Bouddha ou par Jésus, cette "petite voix" ne dit jamais autre chose et nul n’a parlé plus clairement que le Fils de l’Homme en proclamant : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait !" [...]

L’homme tente désespérément d’échapper à l’ennui profond et à la tristesse. Il n’y parviendra jamais, car, pour citer le mot de Léon Bloy que Marguerite Yourcenar reprenait récemment à son compte, "Il n’y a qu’une seule tristesse, c’est de ne pas être des saints !"

Il y a deux mille ans est venu sur la terre un Homme qui avait le regard tourné vers la Vie et c’est pourquoi il a pu nous montrer comment il fallait vivre, et au besoin mourir.

Enfants, cherchez où vous voudrez, vous ne trouverez pas de modèle plus parfait pour vivre, pour être heureux, pour connaître la paix et la joie véritables. Exercez votre jugement. Regardez autour de vous et jugez l’arbre à ses fruits. Voyez dans quel bourbier les peuples jouisseurs et sans âme peuvent s’enliser. Science sans conscience n’est que mort de l’âme et c’est toujours d’inanité spirituelle que meurent les civilisations.

Il me semble que la nôtre agonise. À moins que...

Jean-Claude Lemyze
Publiée dans Le Devoir, le 28 février 1987.

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Le monde selon Morgentaler
TÉMOIGNAGE
L’auteur est professeur à
l’Université McGill

La logique du Dr Morgentaler est irréfutable et il est vain de vouloir s’y opposer par le raisonnement. Le Dr Morgentaler est un humaniste athée. Puisque, selon lui, il n’y a pas de Dieu et qu’après la mort il n’y a plus rien, l’être humain ne peut avoir pour fin que son propre bien-être et l’on comprend que le maître mot de cet humaniste moderne soit la "qualité de vie".

L’idée n’est pas nouvelle : si les morts ne ressuscitent pas, disait saint Paul en paraphrasant Isaïe, mangeons et buvons, car demain nous mourrons.

La qualité de vie et affaire de goût personnel. On ne discute pas, dit l’adage, des goûts et des couleurs. Ainsi donc, pour reprendre un exemple donné par le docteur lui-même, si un couple décide qu’un voyage dans le Sud est essentiel à sa qualité de vie et qu’une grossesse malencontreuse y fait obstacle, la solution simple et logique consiste à se débarrasser de l’obstacle, en l’occurrence un embryon, lequel n’a rien d’humain puisque, toujours selon le Dr Morgentaler, on peut le comparer à "un tas de briques" qui ne saurait en aucun cas être assimilé à "une maison".

Partant de ces prémisses auxquelles il a librement choisi d’adhérer, le Dr Morgentaler peut donc se considérer comme un bienfaiteur de l’humanité. J’ajouterai qu’il mérite notre respect, car il croit à ce qu’il fait et il a le courage d’aller au bout de ses convictions. Le Christ ne disait-il pas "Que votre oui soit oui; que votre non soit non." Et ailleurs : "Que n’êtes-vous froids ou bouillants !" Personne ne pourra lui reprocher d’être un tiède que le Seigneur vomira de sa bouche.

Si simple et si logique soit-elle, la doctrine du Dr Morgentaler n’en comporte pas moins des coins d’ombre qui se transforment vite, lorsque l’on s’y engage, en d’épaisses ténèbres.

Qui me dira, par exemple, à partir de combien de jours, de semaines ou de mois il me faudra considérer ce "tas de briques" comme une "maison" ? Quand y aura-t-il homicide et qui en décidera ? Si c’est la qualité de vie qui me sert de guide, force m’est de reconnaître qu’elle a connu dans l’histoire des variations inquiétantes. C’est en son nom qu’on a jeté aux chiens des nouveau-nés qui n’avaient pas le sexe souhaité. Et certains régimes n’ont-ils pas décrété que la qualité de vie de leur peuple exigeait que soient éliminés de leur sein des races dites inférieures ou des homosexuels jugés improductifs ?

Quant à la qualité de vie des générations futures, ne serait-elle pas considérablement améliorée si l’on éliminait d’office tous les tas de briques défectueux ?

Eh bien, voyez-vous, tout compte fait, indépendamment même de toute considération d’ordre spirituel ou religieux, je trouve que la sagesse serait encore de suivre les conseils du pape qui nous dit de ne toucher à rien; pas même à la première brique. Et tant pis pour la qualité de vie.

Le Dr Morgentaler a pour habitude de récuser l’avis des hommes qui prennent position contre l’avortement. Cette affaire, selon lui, ne les concerne pas. C’est curieux, car je me suis senti très concerné, au contraire, et tout autant que ma femme, lorsque notre premier-né est venu au monde frappé d’un mal incurable. Je me serais senti vivement concerné si ma femme avait décidé d’interrompre - comme on dit pudiquement de nos jours - ses deux grossesses ultérieures qui nous ont donné, Dieu merci, deux enfants en parfaite santé.

Notre aîné voulait vivre. Il l’a prouvé par l’indescriptible combat qu’il a mené contre la mort pendant près de 20 ans. Je frémis à la pensée que nous aurions pu ne pas le connaître - pour lui avoir préféré un voyage en Floride. Les soins quotidiens que requérait son état ne facilitaient pas les voyages, mais je sais que je préférais sa compagnie à toutes les perles des Antilles.

Sa qualité de vie, aux yeux du monde, pouvait paraître déplorable et pourtant je ne l’ai jamais vu triste. Les joies et les souffrances que nous avons partagées n’ont pas de prix et c’est à lui que je dois d’avoir enfin compris cette invraisemblable parole du curé d’Ars qui aimait à répéter que si les hommes connaissaient la valeur des croix qu’ils ont à porter, ils se les arracheraient les uns les autres.

À la vérité, le monde selon Morgentaler me paraît bien triste. Je préfère le monde selon le Christ, qui nous avertit que "celui qui veut sauver sa vie, la perdra".

Jean-Claude Lemyze
Publiée dans Le Devoir, le 14 avril 1987.


L’avortement n’est pas un geste gratuit
RÉPLIQUE
Henry Morgentaler
L’auteur est médecin

M. Jean-Claude Lemyze, dans un article publié dans Le Devoir du 14 avril sous la rubrique "Témoignage" s’en prend vivement à ma philosophie d’humaniste athée et surtout à ma position sur l’avortement. Il me semble opportun d’engager le dialogue avec M. Lemyze afin de clarifier devant les lecteurs plusieurs points soulevés et surtout apporter un peu de lumière sur ce que c’est l’humanisme scientifique non religieux.

En ce qui concerne la question de l’avortement il est évident que M. Lemyze se base sur son expérience personnelle tragique d’avoir eu un enfant infirme mort à 20 ans.

A partir de là il généralise pour tout le monde contre le droit à l’avortement pour les personnes qui ne partagent pas nécessairement sa philosophie de vie, même s’ils partagent parfois sa religion. Il le fait en employant des arguments frivoles qui n’ont aucun poids si on les analyse à la lumière de nos connaissances actuelles.

Ainsi, une femme qui préfère un avortement à la continuation de sa grossesse parce qu’elle veut aller en Floride, par le fait même démontre qu’elle n’est pas prête à assumer les responsabilités et les sacrifices nécessaires pour materner bien un enfant et il vaut mieux pour elle et pour l’enfant potentiel qu’elle ne devienne pas mère à ce moment-là. Peut-être quelques années plus tard la même femme aurait mûri à tel point qu’elle serait prête et même joyeuse d’entreprendre de donner la vie à un enfant à qui elle pourrait offrir des soins dont l’enfant a besoin.

Toutes les données scientifiques basées sur des milliers de cas nous démontrent clairement qu’un enfant a besoin, dans ses premières années qui forment sa personnalité, d’amour, d’affection et de stabilité émotionnelle. Il est donc essentiel pour le bien-être des enfants qu’ils naissent dans des familles quand ils sont désirés et quand les parents se sentent en mesure de leur donner de bons soins. Voilà pourquoi la contraception et l’accès à l’avortement sont crucials (sic) pour permettre aux couples de planifier le nombre d’enfants à qui ils peuvent donner ce qu’il leur faut.

Voilà une première distinction entre l’humanisme scientifique qui dit que nous devons agir d’après nos connaissances et notre intelligence pour bâtir un monde meilleur et la religion traditionnelle qui nous appelle à la soumission à la soi-disant volonté divine en diminuant notre pouvoir d’agir en êtres intelligents.

Ce qui me vient immédiatement à l’esprit c’est l’exemple effarant de l’opposition de l’Église catholique officielle contre l’avortement, la contraception et l’éducation sexuelle dans un monde surpeuplé où des millions de gens subissent une existence des plus précaires dans la misère, la pauvreté et la faim.

Pour des personnes qui choisissent l’avortement, quel que soit la raison de cette action, la décision est en général basée sur la reconnaissance profonde, consciente ou inconsciente, que la femme ou les couple ne sont pas capables à ce moment de leur vie de donner de bons soins à un enfant. De ce fait toute décision librement choisie en faveur d’un avortement est une décision morale et responsable.

Passons maintenant au sujet de l’humanisme scientifique. Il y a deux piliers de l’humanisme scientifique; le premier c’est l’idéal de la personne épanouie pleinement et en même temps membre responsable de la communauté humaine; l’autre c’est l’acceptation de la méthode scientifique pour déterminer ce qui est vrai ou faux, ce qui est probable ou implausible (sic). Il en découle que nous accepterons les données de la science sur la nature du monde plutôt que les révélations dans des livres saints.

C’est ainsi que nous acceptons des valeurs humaines universelles telles l’amour du prochain, la responsabilité envers soi-même et les autres, les libertés démocratiques et les droits humains dans une société libre et ouverte. Ainsi, même si nous partageons beaucoup de valeurs communes avec des croyants, nous sommes athées parce que l’idée de Dieu ne résiste pas à l’analyse scientifique.

Qu’on croit à Dieu ou non n’a pas tellement vraiment d’importance; c’est la qualité de vie qu’on mène et les valeurs qui nous inspirent qui sont importantes.

Pour les humanistes l’estime de soi-même, la dignité, est intrinsèque et dépend du fait qu’on est humain, point. Comme il n’y a aucune preuve que la vie continue après la mort, les humanistes n’y croient pas. Par conséquent, la qualité de la vie, en effet, est la chose la plus importante. Cela veut dire un projet de vie qui la rendra intéressante, agréable et productive. Ça ne veut pas dire une vie d’oisiveté et de consommation effrénée, mais plutôt une vie qui permet l’utilisation des talents, la créativité, les rapports satisfaisants avec d’autres basés sur l’amour et le respect mutuel.

Publiée dans Le Devoir, le 23 juin 1987.


Les colonnes du temple Morgentaler

Le docteur Morgentaler juge opportun d’entamer un dialogue. J’y consens volontiers - à condition toutefois que soit respectée la nature même du dialogue qui demande que l’on réponde aux questions. Faire la sourde oreille ou les renvoyer comme "frivoles" ne suffit pas.

Je continue par conséquent de m’interroger sur le fait de savoir si la femme à qui l’on conseille un avortement va tuer un être humain ou début de son existence ou se débarrasser simplement d’une chose encombrante, un peu comme on fait passer un calcul rénal.

Car enfin, docteur, soyons clairs : si c’est un crime abominable de mettre à mort un enfant qui vient de naître, vous conviendrez, j’en suis sûr, qu’il serait tout aussi criminel de le tuer dans le ventre de sa mère quelques jours avant sa naissance. Par conséquent, donnez-moi, je vous prie, avec toute la précision de l’esprit scientifique qui est, dites-vous, le vôtre, le moment précis et magique où la chose est devenue un être humain.

Vous affichez d’ordinaire une telle assurance qu’il me semble impossible que vous ne puissiez, sur ce point, me donner une réponse qui fera, bien entendu - on ne badine pas avec la science - l’unanimité du monde médical.

Pour moi, qui crois au mystère mais non à la magie, le point de départ de la vie humaine, c’est la conception, le moment où les 24 paires de chromosomes sont réunies. Le spermatozoïde pénètre l’ovule et le processus est enclenché, irrévocable. Tout l’être est là, en gestation. Une manière de genèse, quoi. La première cellule, l’embryon, le fœtus, le nouveau-né, le nourrisson, l’enfant, l’adolescent, l’adulte, le vieillard : des étapes, des transformations, mais toujours l’être, l’être humain.

Mon ami qui est paysan et dit ne pas être assez instruit pour pouvoir raisonner de travers, préfère l’exemple de la graine. Il me dit : Tu vois, tu prends la semence, tu la mets en terre, tu arroses, elle commence à germer. Tu laisses faire le temps et puis tu as un arbre. Que tu déterres la semence qui a commencé à germer, que tu arraches la première tige ou que tu abattes l’arbre devenu grand, le résultat est le même : tu as tué un arbre.

Avant d’aborder la question de l’humanisme scientifique et des "piliers" sur lesquels il s’appuie, je voudrais relever l’argument selon lequel la croyance en Dieu diminuerait "notre pouvoir d’agir en êtres intelligents". Ce genre d’affirmation gratuite est une insulte à l’intelligence et ne fait honneur à personne. Vous devriez quand même essayer de comprendre ce que dit saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens. Mais passons, car il est vrai que "l’homme, laissé à sa seule nature, n’accepte pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu. C’est une folie pour lui et il ne peut le comprendre, car c’est spirituellement qu’on en juge."

Je veux aussi corriger l’injustice des accusations que vous portez contre l’Église catholique. Sans être un pilier de sacristie, je respecte profondément attaché à l’Église de Rome et je lui suis infiniment reconnaissant de m’avoir enseigné la Parole et transmis le message évangélique. C’est là sa mission essentielle et elle l’a toujours remplie, à travers bien des erreurs et bien des tribulations. Si le monde suivait ce message, il n’y aurait pas ces "millions de gens dans la misère, la pauvreté et la faim", car l’Église nous dit que chaque homme est le gardien de son frère et nous commande de nous aimer les uns les autres. Ce qui est "effarant", ce n’est pas la position de l’Église, mais bien qu’on refuse d’écouter et de suivre ses commandements.

Quant à l’éducation sexuelle, soyez au moins de bonne foi : l’Église n’est pas opposée à une saine information. Mais si l’éducation sexuelle consiste à informer des enfants qu’il et prudent d’utiliser un préservatif même lors du coït anal, comme si les relations sexuelles chez les jeunes ou la pénétration par l’anus étaient les choses les plus naturelles du monde, je considère que l’Église a raison de s’y opposer.

Venons-en à présent à l’idée de Dieu qui ne résiste pas, selon vous, à l’analyse scientifique! Il me semble au contraire qu’au XXe siècle, ce qui ne résiste pas à l’analyse scientifique, c’est la science elle-même. Le terme même de science exacte est remis en question.

J’ai pour la science en général et la science médicale en particulier un immense respect et une profonde admiration, mais tout médecin sait bien que chaque découverte médicale ne résout un problème que pour en soulever cent autres. Plus la connaissance augmente et plus le mystère s’épaissit. Face à l’infini, la science humaine titube et n’avance qu’à tâtons. Comment pouvez-vous lui demander de prouver la non-existence de Dieu ? Dieu n’existe pas, dites-vous. Mais sur quoi donc s’appuie cette morne assurance ?

Si la science, de nos jours, démontre quelque chose, c’est que l’évolution de la créature humaine va dans le sens d’un accroissement de la conscience. Conscience d’être, de pouvoir dire : Je suis. Conscience croissante d’un sentiment intérieur de liberté, en dépit des contraintes, et par conséquent de dignité et de responsabilité. C’est ainsi que Dieu se propose aux hommes, sans s’imposer par une démonstration scientifique qui ne respecterait ni leur dignité, ni leur liberté, ni leur choix. C’est ainsi qu’Il s’est nommé devant Moïse : Je suis le Je suis, et si vous voulez être mon peuple, je serai votre Dieu. Si vous voulez... C’est toujours en ces termes que Dieu s’adresse aux hommes. Dieu se propose mais ne s’impose jamais : Aujourd’hui, je place devant toi le bien et le mal, la vie et la mort. Choisis !

C’est l’adhésion du cœur, par la foi, qui nous est demandée et c’est pourquoi il est vain - et proprement absurde de demander à la science des hommes de prouver Dieu. L’évidence de Dieu ne sera manifestée qu’à la fin des temps. D’ici-là, Dieu nous propose en la personne du Verbe incarné un modèle parfait, Jésus le Christ. C’est dans la foi, l’intelligence, l’amour et la liberté qu’Il nous commande de Le suivre, et non parce que la science démontrerait Son existence. Dieu n’a que faire des amours mercenaires et intéressées.

Que chacun fasse son choix, c’est tout ce que nous pouvons dire. Rendons à César l’analyse scientifique et pour ce qui est de Dieu, laissons parler les prophètes, car il est difficile pour la créature de parler de l’Incréé sans dire d’énormes bêtises.

Il est un point cependant sur lequel nous sommes entièrement d’accord : c’est la qualité de vie qu’on mène et les valeurs qui nous inspirent qui sont importantes. Ignorez-vous que c’est aussi la position de l’Église après celle de Paul dans l’épître aux Romains ? Paul affirme que ceux qui ne connaissent pas la loi mais font naturellement ce qu’elle commande montrent que celle-ci est inscrite dans leur cœur.

C’est donc la loi inscrite dans notre cœur et non la science des hommes qui doit nous servir de guide. La science n’est jamais qu’un consensus provisoire et mouvant. Si c’est elle qui devait nous montrer la route, nous n’aurions jamais fini d’en changer, et si c’est sur elle que reposer votre "pilier", la première colonne de votre temple est appuyée sur du sable.

Examinons à présent votre deuxième "pilier". Ces belles déclarations de principe font sourire : je suis pour l’épanouissement de la personne humaine! Mais connaissez-vous quelqu’un qui soit contre? Connaissez-vous un chef d’État, un membre du gouvernement, un citoyen au monde qui ne se déclare pas pour la paix? Les Nations unies (unies dans la recherche de leur intérêt particulier) ont même déclaré 1986 l’Année de la Paix... au cours de laquelle cinq millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont morts victimes de trente-six conflits armés !

Soyons sérieux. Parlons de choses concrètes et reprenons le modèle d’épanouissement que vous proposez à une femme qui porte un enfant et qui s’effraie devant les perspectives d’une telle responsabilité parce qu’elle ne croit pas que Dieu est son Père, qu’il est le Père véritable de son enfant, et qu’Il lui viendrait en aide et calmerait toutes ses angoisses si elle le Lui demandait.

A cette femme, vous proposez comme épanouissement de sa personne qu’elle fasse arracher de son ventre un être qui s’accroche à elle. Je parle crûment mais la réalité est ce qu’elle est. Je dis que cet épanouissement n’est qu’une forme d’égoïsme qui cherche à se justifier et qu’il mène à la mort.

Il faut attendre, dites-vous, pour qu’une femme porte un enfant qu’elle ait "mûri à tel point qu’elle serait prête et même joyeuse d’entreprendre de donner la vie". Il semble bien qu’au Québec en tout cas les femmes mûrissent difficilement, et avec notre taux de natalité et vos bons soins on ne parlera bientôt plus des Québécois que dans les livres d’histoire. Bel épanouissement !

L’épanouissement ne passe pas par la recherche de soi mais par le don, car, en définitive - et chacun le sent bien au fond de soi - on ne possède vraiment que ce que l’on a donné, que ce soit de l’argent, du temps, une parole, un sourire, ou la vie - si on a le bonheur de pouvoir être parent.

Votre deuxième colonne m’apparaît tout aussi chancelante que la première. Samson n’aura pas même besoin d’y appuyer les mains pour que s’écroule votre temple : les lézardes sont déjà apparentes.

Jean-Claude Lemyze
Cette lettre, envoyée au journal Le Devoir en juillet 1987, n’a pas été publiée.

 

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Plus d’histoire

J’entends dire que la plus grave menace qui pèse actuellement sur l’État d’Israël ne serait pas celle des canons mais des berceaux. Leur taux de natalité est si faible et les femmes arabes si prolifiques que les musulmans pourraient bien devenir majoritaires dans un État juif. Drôle d’histoire.

L’on dit aussi les musulmans très croyants et les juifs d’Israël beaucoup moins. Mais ceux qui voudraient voir un lien entre la croyance en Dieu et la pérennité de la race nous racontent des histoires. Discours obscurantiste, à coup sûr, car chacun sait que si le taux des naissances en Israël est un des plus bas au monde, cela tient à l’incertitude du lendemain, à la précarité de leur existence et aux difficultés matérielles. Les Palestiniens, eux...

Des statistiques récentes m’apprennent que la population française du Canada poursuit le déclin amorcé il y a 35 ans. Nous représentions alors 29% et ne constituons plus désormais que le quart. Et l’histoire continue.

Naturellement, si notre taux de natalité est l’avant-dernier au monde cela tient, bien entendu, à l’incertitude face au lendemain, à la précarité de notre existence et aux difficultés matérielles. Les générations passées, elles...

Ah ! pauvres chères aïeules des antiques photos des albums de famille. Quand je vous vois entourées d’enfants, si droites et si fières auprès de vos époux sur ces cartons jaunis, mon cœur se serre à la pensée que la sérénité trompeuse de vos visages - reflet apparent d’une conscience en paix et d’une vie bien remplie - masque en réalité le profond désespoir de n’avoir pas connu la libération apportée par la pilule et l’avortement par succion.

Mais je ne peux m’empêcher de penser que si vos petits-enfants étaient demeurés dans votre aveuglement, nous n’aurions guère à présent besoin d’une loi pour défendre notre langue - ou ce qu’il en reste. Quelle histoire.

Pauvres chères grand-mères. Vous aviez la naïveté de faire des pèlerinages à Sainte-Anne lorsque vous redoutiez de demeurer le ventre plat; les murs de vos maisons n’étaient pas ornés d’élégantes croix ouvragées, mais il y pendait au bois un Crucifié qui vous rappelait que le plaisir de la vie n’est pas toujours dans la recherche effrénée des plaisirs. Et vous croyiez ingénument Celui qui vous disait de rechercher d’abord le Royaume de Dieu, que tout le reste vous serait donné par surcroît.

Eh bien, à nous, on ne raconte pas d’histoires. Et nous n’en aurons plus.

Jean-Claude Lemyze
Publiée dans Le Devoir, février 1988.


Disparaître ? Non pas : disparus !
" Ces gens sont d’une race
qui ne sait pas mourir. "

Les Canadiens français, de par leur foi, leur langue et leur culture ne ressemblaient à aucun autre peuple d’Amérique du Nord. Fidèles à eux-mêmes, ils étaient historiquement et naturellement destinés à devenir une nation.

Mais il n’y a plus de Canadiens français. Ou fort peu. A peine un reste et avancé en âge. Les Canadiens français sont devenus des Québécois, " libérés " pour la plupart. On peut mesurer la distance qui sépare les premiers des derniers en écoutant la voix qui parlait à Maria Chapdelaine, "car en vérité, tout ce qui fait l’âme de la province tenait dans cette voix : la solennité chère du vieux culte, la douceur de la vieille langue jalousement gardée..."

Louis Hémon n’a pas seulement écrit un des plus beaux et des plus émouvants romans de ce siècle en conférant l’immortalité à des personnages hors du commun, il nous a laissé aussi une œuvre prophétique où chaque Canadien français peut retrouver son visage... et lire son destin. Car tous les Lorenzo Surprenant ne sont pas partis au mépris de leur âme. Beaucoup sont restés qui l’ont vendue sur place.

De Samuel Chapdelaine à Jean-Paul Belleau1, il y a tout un monde qui n’est pas forcément beau à regarder. A vrai dire, il a bien mauvaise mine et - je parle pour parler - ce n’est pas avec le cœur de ces dames qu’il pourra se refaire une santé.

Le Canada français aurait pu être. Le Québec des Québécois sera ce qu’il est en train de devenir à mesure que s’éteignent ces gens qui sont d’une race qui ne sait pas mourir". Que voulez-vous, mes Lysette, ce sont les Yvette2 qui avaient raison.

Jean-Claude Lemyze
Publiée dans Le Devoir, mars 1989.

1 Personnage libertin d’un roman-feuilleton à la mode
2 Épouse de Claude Ryan, elle avait été prise à partie par Mme Lyse Payette.


L’aspiration vers le bas

C’est le propre des affaires humaines que d’être inextricables, sans issue, sans solution satisfaisante. Tant il est vrai que sans Lui, nous ne pouvons rien faire.

Nous voici à notre tour placés devant l’affreuse alternative d’une société qui a perdu le sens du sacré : interdire l’avortement, c’est le livrer à la clandestinité; le légaliser, ne serait-ce qu’au premier jour, c’est ouvrir la porte à la manipulation et au commerce de l’humain. Des deux côtés les profiteurs attendent. Ils sont même déjà au travail.

A leur tour, n’en doutons pas, nos gouvernants se verront contraints d’opter pour ce qui leur apparaîtra comme la voie du bon sens et du moindre mal. Que pourraient-ils faire d’autre ? Ils ne sont après tout que le reflet d’une société qui, dans sa majorité, réclame avant toute chose " du pain et des jeux " et croit s’affranchir par l’abandon de ses valeurs morales et spirituelles.

Et l’on discutera, sans pleurer et sans rire, pour savoir jusqu’à combien de semaines il sera légal d’empêcher qu’un enfant vienne au monde. Quitte à changer d’avis, comme le Parlement britannique qui vient de ramener de 28 à 18 semaines le statut légal d’être humain.

Pitoyable ridicule d’une société qui se voit réduite à légiférer sur l’humanité de sa progéniture.

" Sans Moi, vous ne pouvez rien faire. " Il y a deux mille ans que nous devrions le savoir et nous continuons de faire la sourde oreille alors même que le mouvement en spirale s’accélère, comme celui d’un réservoir qui se vide.

Il y a du symbolisme dans la technique de l’avortement par succion - c’est celui, hélas, de l’aspiration vers le bas.

Jean-Claude Lemyze
Publiée dans Le Devoir, avril 1990



Lettre ouverte à nos dirigeants

Il n’en est pas moins vrai que ce sont les âmes mystiques qui ont entraîné
et qui entraînent encore dans leur mouvement les sociétés civilisées.
Henri Bergson (Les deux sources de la morale et de la religion)

L’allégorie du navire sur lequel nous sommes tous embarqués n’est pas nouvelle, mais vous me permettrez de la reprendre puisque vous êtes gouvernants, ce qui suppose un gouvernail et par voie de conséquence un cap, une direction que ceux qui ont la main à la barre veulent maintenir.

Si les mots ont encore un sens, vous, gouvernants, avez brigué ce poste de commande parce que vous avez la conviction intime de pouvoir gouverner, c’est-à-dire diriger la nef de la nation pour la mener à bon port. Il s’ensuit logiquement que vous avez un cap et qu’il faut le maintenir contre vents et marées.

Or ce qu’il faut bien voir dans le débat sur l’avortement, c’est que les deux directions proposées sont diamétralement opposées et qu’il ne saurait y avoir de voie moyenne. En effet, si l’on va au fond des choses, l’argumentation qui sous-tend les positions des tenants et des adversaires de l’avortement n’est pas vraiment de savoir si la vie humaine commence dès l’instant de la conception : ce point ne peut être raisonnablement contesté, car il faudrait alors déterminer avec certitude à partir de quel moment la chose deviendrait humaine, ce qui est scientifiquement impossible.

Tout autre est la question fondamentale posée par le débat, question claire et nette à laquelle on ne peut répondre que par oui ou par non : la vie humaine a-t-elle un caractère divin ? Autrement dit, la vie humaine est-elle sacrée ?

Répondre oui à cette question entraîne comme premier corollaire l’interdiction morale - quel que soit le prétexte invoqué - de souscrire à l’avortement comme au suicide ou à l’euthanasie. Le droit de donner et de reprendre la vie n’appartient qu’à Dieu.

Le second corollaire informera toute la vie morale, car si la personne est créée à l’image de Dieu, elle ne peut trouver la joie sans tendre vers la perfection de son être, ce qui ne va pas sans la maîtrise de soi. C’est pourquoi le gouvernant qui respecte le caractère sacré de la vie humaine et désire le bien de la nation ne peut voir de solution aux problèmes actuels que dans une réforme des mœurs : il réprouvera donc la fornication et la recherche déréglée des plaisirs; il prônera la chasteté et la fidélité dans le mariage.

Que l’on ne vienne pas ici nous seriner l’argument imbécile selon lequel on ne ferait ainsi qu’obéir aveuglément aux injonctions d’une autorité religieuse quelconque. Il y a vingt-cinq siècles, Platon avait déjà découvert et démontré cette vérité première que la maîtrise des instincts, la domination des désirs, est une nécessité vitale pour l’individu comme pour la société.

Et on ne doit pas faire de compromis avec les vérités premières comme l’a si admirablement montré Socrate qui savait déjà qu’il ne sert de rien de gagner le monde si l’on a perdu son âme. Après vingt siècles de christianisme, ferons-nous moins que celui qui préféra la mort plutôt que de commettre une action qui serait en contradiction avec sa conscience ?

Mère Teresa affirme que l’avortement est un crime qui tue non seulement un enfant mais aussi la conscience de ceux qui y participent. La perte de la conscience est pour toute nation une maladie mortelle, et une société qui cesse de reconnaître le caractère sacré de la vie humaine n’est plus viable. Si l’avortement est un mal, un poison mortel, quelle que soit la dose que vous injecterez dans le corps social, elle lui sera fatale. Ce n’est qu’une question de temps; le temps nécessaire à ce que les maladies de l’âme se manifestent dans le corps. Lorsque les jeunes se suicident ou refusent d’avoir des enfants, n’est-ce pas que déjà " il y a quelque chose de pourri dans le royaume ? "

C’est pourquoi il faut refuser l’argumentation de Valéry Giscard d’Estaing dont le gouvernement a permis la légalisation de l’avortement. Dans son livre Le Pouvoir et la Vie, l’ancien président français se dit chrétien, opposé en conscience à l’avortement et affirme partager la position de l’Église catholique. Il conclut cependant que son rôle consiste à " veiller à ce que la loi corresponde à l’état réel de société française. "

Si tel est le rôle des hommes politiques, je ne vois pas comment ils peuvent revendiquer le titre de gouvernants ou de dirigeants, car ils ne gouvernent ni ne dirigent. On semble vouloir remettre en question l’existence d’un Sénat. Si gouverner signifie réagir aux sondages, les progrès de l’électronique nous permettraient sans doute de faire aussi l’économie d’un Parlement tout entier.

Coïncidence troublante, la loi française fut votée en 1974 et c’est depuis cette date que le taux de fécondité demeure en dessous du seuil de remplacement avec 1,8 enfants par femme. Le Québec avec ses 1,4 semble plus pressé de s’éteindre.

Sur le plan pratique, on invoque souvent en faveur de l’avortement l’impossibilité d’appliquer le code criminel actuel. Sans vouloir jouer au juriste, je pense qu’il y a matière à réforme. Toute peine d’emprisonnement serait à exclure. L’avortement est un acte désespéré, une décision que l’on prend presque malgré soi dans un état de conscience obscurci par la peur et l’angoisse. Laissons-nous plutôt inspirer par Celui à qui on demandait de condamner la femme adultère et qui lui adressa ces paroles qui lui brûlèrent le cœur : Va, je ne te condamne pas - mais ne recommence plus ! C’est alors qu’elle prit conscience de son action et toute punition est alors superflue. Quant aux médecins-avorteurs, de fortes amendes auraient sans doute un pouvoir de dissuasion suffisant.

Je relève également une grave lacune dans la loi actuelle qui devrait tenir le père responsable au même titre que la mère, à moins que l’avortement ait eu lieu sans son consentement et qu’il ait tout fait pour le prévenir. La loi devrait reconnaître qu’une vie humaine était en danger et qu’il y a eu délit de non-assistance. Toute paternité impose des devoirs et il est odieux de s’y soustraire.

Nos enfants ont été élevés pour la plupart dans un vide moral et spirituel effrayant. Nous en récoltons les fruits et c’est collectivement que nous devons en assumer la responsabilité. Il nous faut prévoir un programme d’aide et de soutien moral et financier qui nous épargnera l’absurde et macabre ridicule de financer la vie par des primes à la naissance et la mort par la légalisation de l’avortement. Et si une mère, malgré le soutien que nous pourrions lui apporter, se montrait incapable de faire face aux conséquences de son geste, il ne manquerait pas de familles pour adopter l’enfant.

Il n’est certes pas facile d’abandonner son enfant, mais entre deux maux il faut choisir le moindre, et il faut être inconscient pour prétendre que le traumatisme de l’avortement est préférable à celui de la mise en adoption. Une mère qui abandonne son enfant lui a quand même donné la vie, le don le plus précieux.

Si vous ne voulez pas de votre enfant, ne le tuez pas, donnez-le moi a déjà dit Mère Teresa. Elle serait trop heureuse, avec ses petites sœurs, de recueillir ces innocents. Ce ne sont pas les considérations matérielles qui l’arrêteraient, car elle sait trop bien que tout ce que l’on demande dans la foi au Père, au nom du Fils, Il nous le donne. L’argent affluerait de toutes parts, mystérieusement...

Il y a trois mille ans, Moïse, le grand législateur, sur le point de quitter son peuple, le laissait devant un choix : C’est la vie et la mort que j’ai mises devant vous, c’est la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance.

Ce choix, c’est à vous, nos gouvernants, qu’il appartient de le faire aujourd’hui.

Jean-Claude Lemyze
Cette lettre, envoyée au journal Le Devoir en août 1988, n’a pas été publiée.