I. ASPECTS NOUVEAUX DU PROBLÈME ET COMPÉTENCE DU MAGISTÈRE
1. La transmission de la vie
Le très grave devoir de transmettre la vie humaine, qui fait des époux les libres et responsables collaborateurs du Créateur, a toujours été pour ceux-ci source de grandes joies, accompagnées cependant parfois de bien des difficultés et des peines.
En tout temps, l'accomplissement de ce devoir a posé à la conscience des époux de sérieux problèmes; mais l'évolution récente de la société a entraîné des mutations telles, que de nouvelles questions se sont posées: questions que l'Église ne pouvait ignorer, en un domaine qui touche de si près à la vie et au bonheur des hommes.
2. Nouvelles données du problème
Les changements survenus sont effectivement notables et de plusieurs sortes. Il s'agit tout d'abord du rapide développement démographique. Beaucoup manifestent la crainte que la population mondiale n'augmente plus vite que les ressources à sa disposition; il s'ensuit une inquiétude croissante pour bien des familles et pour des peuples en voie de développement, et grande est la tentation pour les autorités d'opposer à ce péril des mesures radicales. En outre, les conditions de travail et de logement, comme aussi les exigences accrues, dans le domaine
économique et dans celui de l'éducation, rendent souvent difficile aujourd'hui la tâche d'élever convenablement un grand nombre d'enfants.
On assiste aussi à un changement, tant dans la façon de considérer la personne de la femme et sa place dans la société, que dans la valeur à attribuer à l'amour conjugal dans le mariage, comme aussi dans la manière d'apprécier la signification des actes conjugaux par rapport à cet amour.
Enfin et surtout, l'homme a accompli d'étonnants progrès dans la maîtrise et l'organisation rationnelle des forces de la nature, au point qu'il tend à étendre cette maîtrise à son être lui-même pris dans son ensemble, au corps, à la vie physique, à la vie sociale et jusqu'aux lois qui règlent la transmission de la vie.
Un tel état de choses fait naître de nouvelles questions. Étant données les conditions de la vie moderne, étant donnée la signification des relations conjugales pour l'harmonie entre les époux et pour leur fidélité mutuelle, n'y aurait-il pas lieu de réviser les règles morales jusqu'ici en vigueur, surtout si l'on considère qu'elles ne peuvent être observées sans des sacrifices parfois héroïques ?
Étendant à ce domaine l'application du principe dit "de totalité", ne pourrait-on admettre que l'intention d'une fécondité moins abondante, mais plus rationalisée, transforme l'intervention matériellement stérilisante en un licite et sage contrôle des naissances ? Ne pourrait-on admettre, en d'autres termes, que la finalité de procréation concerne l'ensemble de la vie conjugale, plutôt que chacun de ses actes ?
On demande encore si, étant donné le sens accru de responsabilité de l'homme moderne, le moment n'est pas venu pour lui de confier à sa raison et à sa volonté, plutôt qu'aux rythmes biologiques de son organisme, le soin de régler la natalité.
3. Compétence du magistère
De telles questions exigeaient du magistère de l'Église une réflexion nouvelle et approfondie sur les principes de la doctrine morale du mariage: doctrine fondée sur la loi naturelle, éclairée et enrichie par la révélation divine.
Aucun fidèle ne voudra nier qu'il appartient au magistère de l'Église d'interpréter aussi la loi morale naturelle. Il est incontestable, en effet, comme l'ont plusieurs fois déclaré Nos Prédécesseurs (1), que Jésus Christ, en communiquant à Pierre et aux apôtres sa divine autorité, et en les envoyant enseigner ses commandements à toutes les nations (2), les constituait gardiens et interprètes authentiques de toute la loi morale: non seulement de la loi évangélique, mais encore de la loi naturelle, expression elle aussi de la volonté de Dieu, et dont l'observation fidèle est également nécessaire au salut (3).
Conformément à cette mission qui est la sienne, l'Église a toujours donné -- et avec plus d'ampleur à l'époque récente -- un enseignement cohérent, tant sur la nature du mariage que sur le juste usage des droits conjugaux et sur les devoirs des époux (4).
4. Études spéciales
La conscience de cette même mission Nous amena à confirmer et à élargir la commission d'étude que Notre Prédécesseur Jean XXIII, de vénérée mémoire, avait instituée en mars 1963. Cette commission qui comprenait, outre plusieurs spécialistes des différentes disciplines concernées, également des couples, avait pour but de recueillir des avis sur les nouvelles questions relatives à la vie conjugale, et en particulier celle de la régulation de la natalité, et de fournir d'opportuns éléments d'information, pour que le magistère pût donner, à l'attente non
seulement des fidèles, mais de l'opinion publique mondiale, une réponse adéquate (5).
Les travaux de ces experts, complétés par les jugements et conseils que Nous fournirent, soit spontanément, soit sur demande expresse, bon nombre de Nos frères dans l'épiscopat, Nous ont permis de mieux mesurer tous les aspects de cette question complexe. Aussi exprimons-Nous à tous de grand cœur Notre vive gratitude.
5. La réponse du magistère
Les conclusions auxquelles était parvenue la commission ne pouvaient toutefois être considérées par Nous comme définitives, ni Nous dispenser d'examiner personnellement ce grave problème, entre autres parce que le plein accord n'avait pas été réalisé au sein de la commission sur les règles morales à proposer; et surtout parce qu'étaient apparus certains critères de solutions qui s'écartaient de la doctrine morale sur le mariage proposée avec une constante fermeté par le magistère de l'Église.
C'est pourquoi, ayant attentivement examiné la documentation qui Nous a été soumise, après de mûres réflexions et des prières assidues, Nous allons maintenant, en vertu du mandat que le Christ Nous a confié, donner notre réponse à ces graves questions.
6. Une vision globale de l'homme
Comme tout autre problème concernant la vie humaine, le problème de la natalité doit être considéré, au-delà des perspectives partielles -- qu'elles soient d'ordre biologique ou psychologique, démographique ou sociologique -- dans la lumière d'une vision intégrale de l'homme et de sa vocation, non seulement naturelle et terrestre, mais aussi surnaturelle et éternelle. Et puisque, dans leur tentative de justifier les méthodes artificielles de contrôle des naissances, beaucoup ont fait appel aux exigences soit de l'amour conjugal, soit d'une "paternité responsable", il convient de bien préciser la vraie conception de ces deux grandes réalités de la vie matrimoniale, en Nous référant principalement à ce qui a été récemment exposé à ce sujet, d'une manière hautement autorisée, par le Deuxième Concile du Vatican, dans la Constitution pastorale Gaudium et Spes.
7. L'amour conjugal
L'amour conjugal révèle sa vraie nature et sa vraie noblesse quand on le considère dans sa source suprême, Dieu, qui est Amour (6), "le Père de qui toute paternité tire son nom, au ciel et sur la terre (7)".
Le mariage n'est donc pas l'effet du hasard ou un produit de l'évolution de forces naturelles inconscientes: c'est une sage institution du Créateur pour réaliser dans l'humanité son dessein d'amour. Par le moyen de la donation personnelle réciproque, qui leur est propre et exclusive, les époux tendent à la communion de leurs êtres en vue d'un mutuel perfectionnement personnel pour collaborer avec Dieu à la génération et à l'éducation de nouvelles vies.
De plus, pour les baptisés, le mariage revêt la dignité de signe sacramentel de la grâce, en tant qu'il représente. l'union du Christ et de l'Église.
8. Ses caractéristiques
Dans cette lumière apparaissent clairement les notes et les exigences caractéristiques de l'amour conjugal, dont il est souverainement important d'avoir une idée exacte.
C'est avant tout un amour pleinement humain, c'est-à-dire à la fois sensible et spirituel. Ce n'est donc pas un simple transport d'instinct et de sentiment, mais aussi et surtout un acte de la volonté libre, destiné à se maintenir et à grandir à travers les joies et les douleurs de la vie quotidienne, de sorte que les époux deviennent un seul cœur et une seule âme et atteignent ensemble leur perfection humaine.
C'est ensuite un amour total, c'est-à-dire une forme toute spéciale d'amitié personnelle, par laquelle les époux partagent généreusement toutes choses, sans réserves indues ni calculs égoïstes. Qui aime vraiment son conjoint ne l'aime pas seulement pour ce qu'il reçoit de lui, mais pour lui-même, heureux de pouvoir l'enrichir du don de soi.
C'est encore un amour fidèle et exclusif jusqu'à la mort. C'est bien ainsi, en effet, que le conçoivent l'époux et l'épouse le jour où ils assument librement et en pleine conscience l'engagement du lien matrimonial. Fidélité qui peut parfois être difficile, mais qui est toujours possible et toujours noble et méritoire, nul ne peut le nier. L'exemple de tant d'époux à travers les siècles prouve non seulement qu'elle est conforme à la nature du mariage, mais encore qu'elle est source de bonheur profond et durable.
C'est enfin un amour fécond, qui ne s'épuise pas dans la communion entre époux, mais qui est destiné à se continuer en suscitant de nouvelles vies. "Le mariage et l'amour conjugal sont ordonnés par leur nature à la procréation et à l'éducation des enfants. De fait les enfants sont le don le plus excellent du mariage et ils contribuent grandement au bien des parents eux-mêmes (8)".
9. La paternité responsable
L'amour conjugal exige donc des époux une conscience de leur mission de "paternité responsable", sur laquelle, à bon droit, on insiste tant aujourd'hui, et qui doit, elle aussi, être exactement comprise. Elle est à considérer sous divers aspects légitimes et liés entre eux.
Par rapport aux processus biologiques, la paternité responsable signifie connaissance et respect de leurs fonctions: l'intelligence découvre, dans le pouvoir de donner la vie, des lois biologiques qui font partie de la personne humaine (9).
Par rapport aux tendances de l'instinct et des passions, la paternité responsable signifie la nécessaire maîtrise que la raison et la volonté doivent exercer sur elles.
Par rapport aux conditions physiques, économiques, psychologiques et sociales, la paternité responsable s'exerce soit par la détermination réfléchie et généreuse de faire grandir une famille nombreuse, soit par la décision, prise pour de graves motifs et dans le respect de la loi morale, d'éviter temporairement ou même pour un temps indéterminé une nouvelle naissance.
La paternité responsable comporte encore et surtout un plus profond rapport avec l'ordre moral objectif, établi par Dieu, et dont la conscience droite est la fidèle interprète. L'exercice responsable de la paternité implique donc que les conjoints reconnaissent pleinement leurs devoirs envers Dieu, envers eux-mêmes, envers la famille et envers la société, dans une juste hiérarchie des valeurs. Dans la tâche de transmettre la vie, ils ne sont par conséquent pas libres de procéder à leur guise, comme s'ils pouvaient déterminer de façon entièrement autonome les voies honnêtes à suivre, mais ils doivent conformer leur conduite à l'intention créatrice de Dieu, exprimée dans la nature même du mariage et de ses actes, et manifestée par l'enseignement constant de l'Église (10).
10. Respecter la nature et les finalités de l'acte matrimonial
Ces actes, par lesquels les époux s'unissent dans une chaste intimité, et par le moyen desquels se transmet la vie humaine, sont, comme l'a rappelé le Concile, "honnêtes et dignes (11)", et ils ne cessent pas d'être légitimes si, pour des causes indépendantes de la volonté des conjoints, on prévoit qu'ils seront inféconds: ils restent en effet ordonnés à exprimer et à consolider leur union. De fait, comme l'expérience l'atteste, chaque rencontre conjugale n'engendre pas une nouvelle vie. Dieu a sagement fixé des lois et des rythmes naturels de fécondité, qui espacent déjà eux-mêmes la succession des naissances. Mais l'Église, rappelant les hommes à l'observation de la loi naturelle, interprétée par sa constante doctrine, enseigne que tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie (12).
11. Deux aspects indissociables: union et procréation
Cette doctrine, plusieurs fois exposée par le magistère, est fondée sur le lien indissoluble, que Dieu a voulu et que l'homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l'acte conjugal: union et procréation. En effet, par sa structure intime, l'acte conjugal, en même temps qu'il unit profondément les époux, les rend aptes à la génération de nouvelles vies, selon des lois inscrites dans l'être même de l'homme et de la femme. C'est en sauvegardant ces deux aspects essentiels, union et procréation, que l'acte conjugal conserve intégralement le sens mutuel et véritable amour et son ordination à la très haute vocation de l'homme à la paternité. Nous pensons que les hommes de notre temps sont particulièrement en mesure de comprendre le caractère profondément raisonnable et humain de ce principe fondamental.
12. Fidélité au dessein de Dieu
On remarque justement, en effet, qu'un acte conjugal imposé au conjoint sans égard à ses conditions et à ses légitimes désirs, n'est pas un véritable acte d'amour et contredit par conséquent une exigence de bon ordre moral dans les rapports entre époux. De même, qui réfléchit bien devra reconnaître aussi qu'un acte d'amour mutuel qui porterait atteinte à la disponibilité à transmettre la vie, que le Créateur a attachée à cet acte selon des lois particulières, est en contradiction avec le dessein constitutif du mariage et avec la volonté de l'Auteur de la vie. User de ce don en détruisant, fût-ce partiellement, sa signification et sa finalité, c'est contredire à la nature de l'homme comme à celle de la femme et de leur rapport le plus intime, c'est donc contredire aussi au plan de Dieu et à sa volonté. Au contraire, user du don de l'amour conjugal en respectant les lois du processus de la génération, c'est reconnaître que nous ne sommes pas les maîtres des sources de la vie humaine, mais plutôt les ministres du dessein établi par le Créateur. De même, en effet, que l'homme n'a pas sur son corps en général un pouvoir illimité, de même il ne l'a pas, pour une raison particulière, sur ses facultés de génération en tant que telles, à cause de leur ordination intrinsèque à susciter la vie dont Dieu est le principe. "La vie humaine est sacrée, rappelait Jean XXIII; dès son origine, elle engage directement l'action créatrice de Dieu (13)."
13. Moyens illicites de régulation des naissances
En conformité avec ces points fondamentaux de la conception humaine et chrétienne du mariage, Nous devons encore une fois déclarer qu'est absolument à exclure, comme moyen licite de régulation des naissances, l'interruption directe du processus de génération déjà engagé, et surtout l'avortement directement voulu et procuré, même pour des raisons thérapeutiques (14).
Est pareillement à exclure, comme le magistère de l'Église l'a plusieurs fois déclaré, la stérilisation directe, qu'elle soit perpétuelle ou temporaire, tant chez l'homme que chez la femme (15).
Est exclue également toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation (16).
Et on ne peut invoquer comme raisons valables, pour justifier des actes conjugaux rendus intentionnellement inféconds, le moindre mal ou le fait que ces actes constitueraient un tout avec les actes féconds qui ont précédé ou qui suivront, et dont ils partageraient l'unique et identique bonté morale. En vérité, s'il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d'éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand (17), il n'est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu'il en résulte un bien (18), c'est-à-dire de prendre comme objet d'un acte positif de volonté ce qui est intrinsèquement un désordre et par conséquent une chose indigne de la personne humaine, même avec l'intention de sauvegarder ou de promouvoir des biens individuels, familiaux ou sociaux. C'est donc une erreur de penser qu'un acte conjugal rendu volontairement infécond, et par conséquent intrinsèquement déshonnête, puisse être rendu honnête par l'ensemble d'une vie conjugale féconde.
14. Licéité des moyens thérapeutiques
L'Église, en revanche, n'estime nullement illicite l'usage des moyens thérapeutiques vraiment nécessaires pour soigner les maladies de l'organisme, même si l'on prévoit qu'il résultera un empêchement à la procréation, pourvu que cet empêchement ne soit pas, pour quelque motif que ce soit, directement voulu (19).
15. Licéité du recours aux périodes infécondes
À cet enseignement de l'Église sur la morale conjugale, on objecte aujourd'hui, comme Nous l'observions plus haut, que c'est la prérogative de l'intelligence humaine de maîtriser les énergies offertes par la nature irrationnelle et de les orienter vers un but conforme au bien de l'homme. Or certains se demandent: dans le cas présent, n'est-il pas raisonnable, en bien des circonstances, de recourir au contrôle artificiel des naissances, si on obtient par là l'harmonie et la tranquillité du foyer et de meilleurs conditions pour l'éducation des enfants déjà nés ?
À cette question il faut répondre avec clarté: l'Église est la première à louer et à recommander l'intervention de l'intelligence dans une œuvre qui associe de si près la créature raisonnable à son Créateur, mais elle affirme que cela doit se faire dans le respect de l'ordre établi par Dieu. Si donc il existe, pour espacer les naissances, de sérieux motifs dus soit aux conditions physiques ou psychologiques des conjoints, soit à des circonstances extérieures, l'Église enseigne qu'il est alors permis de tenir compte des rythmes naturels, inhérents aux fonctions de la génération, pour user du mariage dans les seules périodes infécondes et régler ainsi la natalité sans porter atteinte aux principes moraux que Nous venons de rappeler (20).
L'Église est conséquente avec elle-même quand elle estime licite le recours aux périodes infécondes, alors qu'elle condamne comme toujours illicite l'usage des moyens directement contraires à la fécondation, même inspiré par des raisons qui peuvent paraître honnêtes et sérieuses. En réalité, il existe entre les deux cas une différence essentielle: dans le premier cas, les conjoints usent légitimement d'une disposition naturelle; dans l'autre cas ils empêchent le déroulement des processus naturels. Il est vrai que, dans l'un et l'autre cas, les conjoints s'accordent dans la volonté positive d'éviter l'enfant pour des raisons plausibles, en cherchant à avoir l'assurance qu'il ne viendra pas; mais il est vrai aussi que dans le premier cas seulement ils savent renoncer à l'usage du mariage dans les périodes fécondes quand, pour de justes motifs, la procréation n'est pas désirable, et en user dans les périodes agénésiques, comme manifestation d'affection et sauvegarde de mutuelle fidélité. Ce faisant, ils donnent la preuve d'un amour vraiment et intégralement honnête.
16. Graves conséquences des méthodes de régulation artificielle de la natalité
Les hommes droits pourront encore mieux se convaincre du bien-fondé de la doctrine de l'Église en ce domaine, s'ils veulent bien réfléchir aux conséquences des méthodes de régulation artificielle de la natalité.
Qu'ils considèrent d'abord quelle voie large et facile ils ouvriraient ainsi à l'infidélité conjugale et à l'abaissement général de la moralité. Il n'est pas besoin de beaucoup d'expérience pour connaître la faiblesse humaine et pour comprendre que les hommes -- les jeunes, en particulier, si vulnérables sur ce point -- ont besoin d'encouragement à être fidèles à la loi morale, et qu'il ne faut pas leur offrir quelque moyen facile pour en éluder l'observance. On peut craindre aussi que l'homme, en s'habituant à l'usage des pratiques anticonceptionnelles, ne finisse par perdre le respect de la femme et, sans plus se soucier de l'équilibre physique et psychologique de celle-ci, n'en vienne à la considérer comme un simple instrument de jouissance égoïste, et non plus comme sa compagne respectée et aimée.
Qu'on réfléchisse aussi à l'arme dangereuse que l'on viendrait à mettre ainsi aux mains d'autorités publiques peu soucieuses des exigences morales. Qui pourra reprocher à un gouvernement d'appliquer à la solution des problèmes de la collectivité ce qui serait reconnu permis aux conjoints pour la solution d'un problème familial ? Qui empêchera les gouvernants de favoriser et même d'imposer à leurs peuples, s'ils le jugeaient nécessaire, la méthode de contraception estimée par eux la plus efficace? Et ainsi les hommes, en voulant éviter les difficultés individuelles, familiales ou sociales que l'on rencontre dans l'observation de la loi divine, en arriveraient à laisser à la merci de l'intervention des autorités publiques le secteur le plus personnel et le plus réservé de l'intimité conjugale.
Si donc on ne veut pas abandonner à l'arbitraire des hommes la mission d'engendrer la vie, il faut nécessairement reconnaître les limites infranchissables au pouvoir de l'homme sur son corps et sur ses fonctions; limites que nul homme, qu'il soit simple particulier ou revêtu d'autorité, n'a le droit d'enfreindre. Et ces limites ne peuvent être déterminées que par le respect qui est dû à l'intégrité de l'organisme humain et de ses fonctions, selon les principes rappelés ci-dessus et selon la juste intelligence du "principe de totalité" exposé par Notre Prédécesseur Pie XII (21).
17. L'Église garante des authentiques valeurs humaines
On peut prévoir que cet enseignement ne sera peut-être pas facilement accueilli par tout le monde: trop de voix -- amplifiées par les moyens modernes de propagande --s'opposent à la voix de l'Église. Celle-ci, à vrai dire, ne s'étonne pas d'être, à la ressemblance de son divin Fondateur, un "signe de contradiction (22)" mais elle ne cesse pas pour autant de proclamer, avec une humble fermeté, toute la loi morale, tant naturelle qu'évangélique. Ce n'est pas elle qui a créé cette loi, elle ne saurait donc en être l'arbitre; elle en est seulement la dépositaire et l'interprète, sans pouvoir jamais déclarer licite une chose qui ne l'est pas à cause de son intime et immuable opposition au vrai bien de l'homme.
En défendant la morale conjugale dans son intégralité, l'Église sait qu'elle contribue à l'instauration d'une civilisation vraiment humaine; elle engage l'homme à ne pas abdiquer sa responsabilité pour s'en remettre aux moyens techniques; elle défend par là même la dignité des époux. Fidèle à l'enseignement comme à l'exemple du Sauveur, elle se montre l'amie sincère et désintéressée des hommes, qu'elle veut aider, dès leur cheminement terrestre, "à participer en fils à la vie du Dieu vivant, Père de tous les hommes (23).
18. L'Église "Mater et Magistra"
Notre parole ne serait pas l'expression adéquate de la pensée et de la sollicitude de l'Église, Mère et Maîtresse de toutes les nations, si, après avoir rappelé les hommes à l'observance et au respect de la loi divine au sujet du mariage, elle ne les encourageait pas dans la voie d'une honnête régulation de la natalité, même au milieu des difficiles conditions qu'éprouvent aujourd'hui les familles et les peuples. L'Église, en effet, ne peut avoir, vis-à-vis des hommes, une conduite différente de celle du Rédempteur: elle connaît leurs faiblesses, elle a compassion de la foule, elle accueille les pécheurs; mais elle ne peut renoncer à enseigner la loi, qui est en réalité celle d'une vie humaine rendue à sa vérité originelle et conduite par l'esprit de Dieu (24).
19. Possibilité de l'observance de la loi divine
La doctrine de l'Église sur la régulation des naissances, qui promulgue la loi divine, pourra apparaître à beaucoup difficile, pour ne pas dire impossible à mettre en pratique. Et certes, comme toutes les réalités grandes et bienfaisantes, cette loi requiert une sérieuse application et beaucoup d'efforts, individuels, familiaux et sociaux. On peut même dire qu'elle ne serait pas observable sans l'aide de Dieu, qui soutient et fortifie la bonne volonté des hommes. Mais si l'on réfléchit bien, on ne peut pas ne pas voir que ces efforts sont ennoblissants pour l'homme et bienfaisants pour la communauté humaine.
20. Maîtrise de soi
Une pratique honnête de régulation de la natalité exige avant tout des époux qu'ils acquièrent et possèdent de solides convictions sur les vraies valeurs de la vie et de la famille et qu'ils tendent à acquérir une parfaite possession d'eux-mêmes. La maîtrise de l'instinct par la raison et la libre volonté, impose sans nul doute une ascèse, pour que les manifestations affectives de la vie conjugale soient dûment réglées, en particulier pour l'observance de la continence périodique. Mais cette discipline, propre à la pureté des époux, bien loin de nuire à l'amour conjugal, lui confère au contraire une plus haute valeur humaine. Elle exige un effort continuel, mais grâce à son influence bienfaisante, les conjoints développent intégralement leur personnalité, en s'enrichissant de valeurs spirituelles; elle apporte à la vie familiale des fruits de sérénité et de paix, et elle facilite la solution d'autres problèmes; elle favorise l'attention à l'autre conjoint, aide les époux à bannir l'égoïsme, ennemi du véritable amour, et approfondit leur sens de responsabilité. Les parents acquièrent par là la capacité d'une influence plus profonde et plus efficace pour l'éducation des enfants; l'enfance et la jeunesse grandissent dans la juste estime des valeurs humaines et dans le développement serein et harmonieux de leurs facultés spirituelles et sensibles.
21. Créer un climat favorable à la chasteté
Nous voulons à cette occasion rappeler l'attention des éducateurs et de tous ceux qui ont des tâches de responsabilité pour le bien commun de la société, sur la nécessité de créer un climat favorable à l'éducation de la chasteté, c'est-à-dire au triomphe de la saine liberté sur la licence par le respect de l'ordre moral.
Tout ce qui, dans les moyens modernes de communication sociale, porte à l'excitation des sens, au dérèglement des mœurs, comme aussi toute forme de pornographie ou de spectacles licencieux, doit provoquer la franche et unanime réaction de toutes les personnes soucieuses du progrès de la civilisation et de la défense des biens suprêmes de l'esprit humain. Et c'est en vain qu'on chercherait à justifier ces dépravations par de prétendues exigences artistiques ou scientifiques (25), ou à tirer argument de la liberté laissée en ce domaine par les autorités publiques.
22. Appel aux pouvoirs publics
Aux gouvernants, qui sont les principaux responsables du bien commun et qui peuvent tant pour la sauvegarde des valeurs morales, Nous disons: ne laissez pas se dégrader la moralité de vos peuples; n'acceptez pas que s'introduisent, par voir légale, dans cette cellule fondamentale de la société qu'est la famille, des pratiques contraires à la loi naturelle et divine. Tout autre est la voie par laquelle les pouvoirs publics peuvent et doivent contribuer à la solution du problème démographique: c'est la voie d'une prévoyante politique familiale, d'une sage éducation des peuples, respectueuse de la loi morale et de la liberté des citoyens.
Nous sommes bien conscients des graves difficultés dans lesquelles se trouvent les pouvoirs publics à cet égard, spécialement dans les pays en voie de développement. À leurs légitimes préoccupations, Nous avons consacré Notre encyclique Populorum Progressio. Mais avec Notre Prédécesseur Jean XXIII Nous répétons: "Ces difficultés ne doivent pas être résolues par le recours à des méthodes et à des moyens qui sont indignes de l'homme, et qui ne trouvent leur explication que dans une conception purement matérialiste de l'homme lui-même et de sa vie. La vraie solution se trouve seulement dans le développement économique et dans le progrès social, qui respectent et promeuvent les vraies valeurs humaines, individuelles et sociales (26)." Et l'on ne saurait, sans une grave injustice, rendre la divine Providence responsable de ce qui dépendrait au contraire d'un défaut de sagesse de gouvernement, d'un sens insuffisant de la justice sociale, d'un accaparement égoïste, ou encore d'une blâmable indolence à affronter les efforts et les sacrifices nécessaires pour assurer l'élévation du niveau de vie d'un peuple et de tous ses enfants (27).
Que tous les pouvoirs responsables -- comme certains le font déjà si louablement -- renouvellent généreusement leurs efforts. Et que l'entraide ne cesse de s'amplifier entre tous les membres de la grande famille humaine: c'est un champ d'action presque illimité qui s'ouvre là à l'activité des grandes organisations internationales.
23. Aux hommes de science
Nous voulons maintenant exprimer Nos encouragements aux hommes de science, qui "peuvent beaucoup pour la cause du mariage et de la famille et pour la paix des consciences si, par l'apport convergent de leurs études, ils s'appliquent à tirer davantage au clair les diverses conditions favorisant une saine régulation de la procréation humaine (28)". Il est souhaitable, en particulier, que selon le vœu déjà formulé par Pie XII, la science médicale réussisse à donner une base suffisamment sûre à une régulation des naissances fondée sur l'observation des rythmes naturels (29). Ainsi les hommes de science, et en particulier les chercheurs catholiques, contribueront à démontrer par les faits que, comme l'Église l'enseigne, "il ne peut y avoir de véritable contradiction entre les lois divines qui règlent la transmission de la vie et celles qui favorisent un authentique amour conjugal (30)".
24. Aux époux chrétiens
Et maintenant Notre parole s'adresse plus directement à Nos fils, particulièrement à ceux que Dieu appelle à le servir dans le mariage. L'Église, en même temps qu'elle enseigne les exigences imprescriptibles de la loi divine, annonce le salut et ouvre par les sacrements les voies de la grâce, laquelle fait de l'homme une nouvelle créature, capable de répondre dans l'amour et dans la vraie liberté au dessein de son Créateur et Sauveur, et de trouver doux le joug du Christ (31).
Que les époux chrétiens, dociles à sa voix, se souviennent donc que leur vocation chrétienne, commencée au baptême, s'est ensuite spécifiée et confirmée par le sacrement du mariage. Par lui, les époux sont affermis et comme consacrés pour accomplir fidèlement leurs devoirs, pour réaliser leur vocation jusqu'à la perfection et pour rendre chrétiennement le témoignage qui leur est propre en face du monde (32). C'est à eux que le Seigneur confie la tâche de rendre visibles aux hommes la sainteté et la douceur de la loi qui unit l'amour mutuel des époux à leur coopération à l'amour de Dieu, auteur de la vie humaine.
Nous n'entendons aucunement dissimuler les difficultés, parfois graves, qui sont inhérentes à la vie des époux chrétiens: pour eux, comme pour chacun, "étroite est la porte et resserrée est la voie qui conduit à la vie (33)". Mais l'espérance de cette vie doit illuminer leur chemin, tandis qu'ils s'efforcent courageusement de vivre avec sagesse, justice et piété dans le temps présent (34), sachant que la figure de ce monde passe (35).
Que les époux affrontent donc les efforts nécessaires, soutenus par la foi et par l'espérance qui "ne trompe pas, car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné (36)"; qu'ils implorent par une persévérante prière l'aide divine; qu'ils puisent surtout dans l'Eucharistie à la source de la grâce et de la charité. Et si le péché avait encore prise sur eux, qu'ils ne se découragent pas, mais qu'ils recourent avec une humble persévérance à la miséricorde de Dieu, qui est accordée dans le sacrement de la pénitence. Ils pourront de cette façon réaliser la plénitude de la vie conjugale décrite par l'Apôtre: "Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église (...). Les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps. Aimer sa femme, n'est-ce pas s'aimer soi-même? Or personne n'a jamais haï sa propre chair; il la nourrit, au contraire, et l'entretient, comme le Christ le fait pour l'Église (...). Grand est ce mystère, je veux dire par rapport au Christ et à l'Église. Mais en celui qui vous concerne, que chacun aime son épouse comme lui-même et que l'épouse respecte son mari (37)".
25. Apostolat entre foyers
Parmi les fruits qui proviennent d'un généreux effort de fidélité à la loi divine, l'un des plus précieux est que les conjoints eux-mêmes éprouvent souvent le désir de communiquer à d'autres leur expérience. Ainsi vient s'insérer dans le vaste cadre de la vocation des laïcs une nouvelle et très remarquable forme de l'apostolat du semblable par le semblable: ce sont les foyers eux-mêmes qui se font apôtres et guides d'autres foyers. C'est là sans conteste, parmi tant de formes d'apostolat, une de celles qui apparaissent aujourd'hui les plus opportunes (38).
26. Aux médecins et au personnel sanitaire
Nous avons en très haute estime les médecins et les membres du personnel sanitaire, qui, dans l'exercice de leur profession ont à cœur, plus que tout intérêt humain, les exigences supérieures de leur vocation chrétienne. Qu'ils continuent à promouvoir en toute occasion les solutions inspirées par la foi et par la droite raison, et qu'ils s'efforcent d'en susciter la conviction et le respect dans leur milieu. Qu'ils considèrent aussi comme un devoir professionnel l'acquisition de toute la science nécessaire dans ce domaine délicat, afin de pouvoir donner aux époux qui les consultent les sages conseils et les saines directives que ceux-ci attendent d'eux à bon droit.
27. Aux prêtres
Chers fils prêtres, qui êtes par vocation les conseillers et les guides spirituels des personnes et des foyers, Nous Nous tournons maintenant vers vous avec confiance. Votre première tâche, spécialement pour ceux qui enseignent la théologie morale, est d'exposer sans ambiguïté l'enseignement de l'Église sur le mariage. Soyez les premiers à donner, dans l'exercice de votre ministère, l'exemple d'un assentiment loyal, interne et externe, au magistère de l'Église. Cet assentiment est dû, vous le savez, non pas tant à cause des motifs allégués que plutôt en raison de la lumière de l'Esprit Saint, dont les Pasteurs de l'Église bénéficient à un titre particulier pour exposer la vérité (39). Vous savez aussi qu'il est de souveraine importance, pour la paix des consciences et pour l'unité du peuple chrétien, que dans le domaine de la morale comme dans celui du dogme, tous s'en tiennent au magistère de l'Église et parlent un même langage. Aussi est-ce de toute Notre âme que Nous vous renouvelons l'appel angoissé du grand apôtre Paul: "Je vous en conjure, frères, par le nom de Notre Seigneur Jésus Christ, ayez tous un même sentiment; qu'il n'y ait point parmi vous de divisions, mais soyez tous unis dans le même esprit et dans la même pensée (40)".
Ne diminuer en rien la salutaire doctrine du Christ est une forme éminente de charité envers les âmes. Mais cela doit toujours être accompagné de la patience et de la bonté dont le Seigneur lui-même a donné l'exemple en traitant avec les hommes. Venu non pour juger, mais pour sauver (41), il fut certes intransigeant avec le mal, mais miséricordieux envers les personnes. Au milieu de leurs difficultés, que les époux retrouvent toujours, dans la parole et dans le cœur du prêtre, l'écho de la voix et de l'amour du Rédempteur.
Parlez avec confiance, chers fils, bien convaincus que l'Esprit de Dieu, en même temps qu'il assiste le magistère dans l'exposition de la doctrine, éclaire intérieurement les cœurs des fidèles, en les invitant à donner leur assentiment. Enseignez aux époux la voie nécessaire de la prière, préparez-les à recourir souvent et avec foi aux sacrements de l'Eucharistie et de la pénitence, sans jamais se laisser décourager par leur faiblesse.
28. Aux Évêques
Chers et vénérables frères dans l'épiscopat, avec qui Nous partageons de plus près le souci du bien spirituel du Peuple de Dieu, c'est à vous que va Notre pensée respectueuse et affectueuse au terme de cette encyclique. À tous Nous adressons une pressante invitation. À la tête des prêtres, vos coopérateurs, et de vos fidèles, travaillez avec ardeur et sans relâche à la sauvegarde et à la sainteté du mariage, pour qu'il soit toujours davantage vécu dans toute sa plénitude humaine et chrétienne. Considérez cette mission comme l'une de vos plus urgentes responsabilités dans le temps présent. Elle comporte, comme vous le savez, une action pastorale concertée dans tous les domaines de l'activité humaine, économique, culturelle et sociale: seule, en effet, l'amélioration simultanée dans ces différents secteurs permettra de rendre non seulement tolérable, mais plus facile et plus joyeuse la vie des parents et des enfants au sein des familles, plus fraternelle et plus pacifique la vie en commun dans la société humaine, dans la fidélité au dessein de Dieu sur le monde.
Vénérables frères, chers fils, et vous tous, hommes de bonne volonté, grande est l'œuvre d'éducation, de progrès et d'amour à laquelle Nous vous appelons, sur le fondement de l'enseignement de l'Église, dont le successeur de Pierre est, avec ses frères dans l'épiscopat, le dépositaire et l'interprète. Grande œuvre, en vérité, Nous en avons l'intime conviction, pour le monde comme pour l'Église, puisque l'homme ne peut trouver le vrai bonheur, auquel il aspire de tout son être, que dans le respect des lois inscrites par Dieu dans sa nature et qu'il doit observer avec intelligence et amour. Sur cette œuvre Nous invoquons, comme sur vous tous, et de façon spéciale sur les époux, l'abondance des grâces du Dieu de sainteté et de miséricorde, en gage desquelles Nous vous donnons Notre bénédiction apostolique.
Paul VI
25 juillet 1968
1. Cf. Pie IX, Enc. Qui Pluribus, 9 nov. 1846, Pii IX P. M. Acta, Vol. I. pp. 9-10; S. Pie X, Enc. Singulari Quadata, 24 sept. 1912, AAS 4 (1912), p. 658; Pie XI, Enc. Casti Connubii, 31 déc. 1930, AAS 22 (1930), pp. 579-581; Pie XII, Alloc. Magnificate Dominum à l'Épiscopat du monde catholique, 2 nov. 1954, AAS 46 (1954), pp. 671-672; Jean XXIII, Enc. Mater et Magistra, 15 mai 1961, AAS 53 (1961), p. 457.
2. Cf. Mt 28, 18-19.
3. Cf. Mt 7, 21.
4. Cf. Catechismus Romanus Concilii Tridentini, 2ème partie, ch. VIII; Léon Xlll, Enc. Arcanum, 10 février 1880, Acta L. XIII,
2 (1881), pp. 26-29; Pie XI, Enc. Divini Illius Magistri, 31 déc. 1929, AAS 22 (1930), pp. 58-61; Enc. Casti Connubii, AAS 22 (1930), pp. 545-546; Pie XII Alloc. à l'Union Italienne médico-biologique de Saint-Luc, 12 nov. 1944, Discorsi e Radiomessaggi, V1, pp. 191-192; au Congrès de l'Union Catholique italienne des sages-femmes, 29 oct. 1951, AAS 43 (1951), pp. 853-854; au Congrès du Front de la Famille et de l'Association de Familles nombreuses, 28 nov. 1951, AAS 43 (1951), pp. 857-859; au 7e Congrès de la Société Internationale d'Hématologie, 12 sept. 1958, AAS 50 (1958), pp. 734-735; Jean XXIII, Enc. Mater et Magistra, AAS 53 (1961), pp. 446-447; Codex Iuris Canonici, can. 1067; 1068 par. 1; 1076 par. 1-2; Conc. Vatican Il, Const. pastorale Gaudium et Spes, nn. 47-52.
5. Cf. Allocutions de Paul VI: au Sacré Collège, 23 juin 1964, AAS 56 (1964), p. 588; à la Commission pour l'Étude des Problèmes de la Population, de la Famille et de la Natalité, 27 mars 1965, AAS 57 (1965) p. 388; au Congrès National de la Société Italienne d'Obstétrique et de Gynécologie, 29 oct. 1966, AAS 58 (1966), p. 1168.
6. Cf. I Jn 4, 8.
7. Cf. Ép 3, 15.
8. Cf. Conc. Vatican Il, Const. Pastorale Gaudium et Spes, n. 50.
9. Cf. S. Thomas, Summ. Theol. I-H, q. 94, a. 2.
10. Const. pastorale Gaudium et Spes, nn. 50 et 51.
11. Ibid., n. 49.
12. Cf. Pie XI, Enc. Casti Connubii, AAS 22 (1930) p. 560; Pie XII, AAS 43 (1951), p. 843.
13. Jean XXIII, Enc. Mater et Magistra, AAS 53 (1961), p. 447.
14. Cf. Catechismus Romanus Concilii Tridentini, 2e partie, ch. VIII; Pie XI, Enc. Casti Connubii, AAS 22 (1930), pp. 562-564; Pie XII, Enc. Discorsi e Radiomessaggi VI (1944), pp. 191-192; AAS 43 (1951), pp. 842-843; pp. 857-859; Jean XXIII, Enc. Pacem in Terris, 11 avril 1963; AAS 55 (1963), pp. 259-260; Gaudium et Spes, n. 51.
15. Cf. Pie XI, Enc. Casti Connubii, AAS 22 (1930), p. 565; Décret du S. Office, 22 fév. 1940, AAS 32 (1940), p. 73; Pie XII, AAS 43 (1951), pp. 843-844; AAS 50 (1958), pp. 734-735.
16. Cf. Catechismus Romanus Concilii Tridentini, 2e partie, ch. VIII; Pie XI, Enc. Casti Connubii, AAS 22 (1930), pp. 559-561; Pie XII AAS 43 (1951), p. 843; AAS 50 (1958), pp. 734-735; Jean XXIII, Enc. Mater et Magistra, AAS 53 (1961), p. 447.
17. Cf. Pie Xll, Alloc. au Congrès National de l'Union des Juristes
Catholiques Italiens, 6 déc. 1953, AAS 45 (1953), pp. 798-799.
18. Cf. Rm 3, 8.
19. Cf. Pie XII, Alloc. au Congrès de l'Assoc. Ital. d'Urologie,
8 oct. 1953, AAS 45 (1953), pp. 674475; AAS 50 (1958), pp. 734-735.
20. Cf. Pie XII, AAS 43 (1951), p. 846.
21. Cf. AAS 45 (1953), pp. 674-6~5; Alloc. aux Dirigeants et Membres de l'Assoc. Ital. des Donneurs de la Cornée, 8 oct. 1953, AAS 48
(1956), pp. 461462.
22. Cf. Lc 2, 34.
23. Cf. Paul VI, Enc. Populorum Progressio, 26 mars 1967, n.
21. 24. Cf. Rm 8.
25. Cf. Conc. Vat. II, Décret Inter Mirifica sur les moyens de communication sociale, nn. 6-7.
26. Cf. Enc. Mater et Magistra, AAS 53 (1961), p. 447.
27. Cf. Enc. Populorum Progressio, nn. 48-55.
28. Cf. Const. pastorale Gaudium et Spes, n. 52.
29. Cf. AAS 43 (1951), p. 859.
30. Cf. Const. pastorale Gaudium et Spes, n. 51.
31. Cf. Mt 11, 30.
32. Cf. Const. pastorale Gaudium et Spes, n. 48; Conc. Vat. II,
Const. dogm. Lumen Gentium, n. 35.
33. Mt 7 14; cf. He 12, 11.
34. Cf. Tt 2, 12.
35. Cf. 1 Co 7, 31.
36. Cf. Rm 5, 5.
37. Ép 5, 25, 28-29, 32-33.
38. Cf. Const. dogm. Lumen Gentium, nn. 35 et 41; Const. pastorale Gaudium et Spes, nn. 48-49; Conc. Vat. II, Décr. Apostolicam Actuositatem, n. 11.
39. Cf. Const. dogm. Lumen Gentium, n. 25.
40. Cf. I Co 1, 10.
41. Cf. Jn 3, 17.
Excellence,
Le Souverain Pontife a appris avec une vive satisfaction que du 20 au 25 août prochain se tiendra à Toronto un grand "Congress and Institute" théologique qui se propose d'étudier quelques-uns des plus grands problèmes religieux de notre temps. Mais ce qui a surtout retenu l'attention du Saint-Père et suscité son approbation, c'est le fait que le Congrès, en s'inspirant des décrets du IIe Concile œcuménique du Vatican, ait choisi pour thème "La théologie du renouveau de l'Église".
Le prestige et l'intérêt que confèrent au Congrès l'élévation et l'actualité de son thème se trouvent encore accrus par le fait qu'il se propose de célébrer le centenaire de la Confédération du Canada, de sorte qu'il aura un caractère non seulement national mais international.
Il s'agit donc d'un événement d'une importance religieuse et nationale exceptionnelle, qui attirera l'attention de tous les citoyens du Canada et offrira à tous ceux qui pourront et sauront en profiter une bonne occasion d'approfondir et d'étaler leurs connaissances religieuses en acquérant à la lumière de la foi chrétienne une expérience plus intime et plus salutaire du mystère du salut.
Le Saint-Père a également été heureux d'apprendre que l'initiative du Congrès est due à la hiérarchie du Canada. Cela est tout à son honneur et permet d'espérer une discussion sereine et fructueuse. De plus, le fait que l'organisation du Congrès ait été confiée à l'illustre et méritant Institut pontifical des éludes médiévales de Toronto, assisté d'un Comité national de coordination, autorise aussi de bons espoirs.
Un rapide coup d'œil sur les thèmes développés au cours de la Conférence fait tout de suite apparaître le lien intime que l'on a voulu établir entre le thème central: "Théologie du renouveau de l'Église" et les actes du IIe Concile œcuménique du Vatican. Le renouveau de la vie de l'Église sera en effet étudié sous tous ses aspects, doctrine, structure, culte, activité apostolique, discipline, rapports avec le monde moderne, et même les moyens de communication sociale que la divine Providence et le progrès humain ont mis à la disposition de l'Église dans notre siècle, afin de rendre plus rapide et efficace l'accomplissement de la mission de salut que notre Rédempteur, avant son ascension au ciel, confia à ses apôtres ainsi qu'à leurs successeurs et collaborateurs.
Chers fils,
Votre présence Nous cause une grande joie, vous qui vous êtes réunis à Rome pour
cette affaire si importante qu'est le Chapitre général de votre congrégation. Ce Chapitre
concerne, certes, en premier lieu votre famille religieuse, mais il sert aussi le bien de toute l'Église, qui trouve dans une vie religieuse florissante une bonne partie de sa vigueur, de son élan apostolique et de sa soif de sainteté. Aussi profitons-Nous volontiers de l'occasion qui Nous est offerte pour vous féliciter et vous dire Notre estime ainsi que Notre reconnaissance.
S. S. PAUL VI ÉVOQUE LE MALAISE DU CLERGÉ
Le 21 février, lors de l'audience traditionnelle aux prédicateurs de Carême de Reims, ainsi qu'au clergé et aux séminaires de la ville, S. S. Paul VI a prononcé les paroles suivantes, après avoir salué ses visiteurs (1):
(...) Divers éléments d'information Nous apprennent, qu'aujourd'hui, un peu partout, un sentiment d'incertitude se répand plus ouvertement dans le clergé. Nous ne savons pas si ce sentiment a pris racine aussi parmi vous; mais les informations et les témoignages que nous possédons sur votre état d'âme et votre ministère Nous permettent heureusement de répondre négativement. Nous avons la preuve de votre sérénité, de votre ferveur, de votre zèle, de votre équilibre. Nous en sommes heureux et Nous en remercions le Seigneur. Nous vous exhortons à persévérer dans cet état d'esprit diligent et sûr. L'un des dons incomparables qui caractérisent notre vocation, c'est la sécurité intérieure. Nous avons conscience de la grâce inestimable qui nous a été donnée d'avoir fait un bon choix, de nous savoir sur la bonne voie, malgré tous nos défauts, intérieurs et extérieurs. Et rien ne semble moins conforme à la psychologie d'un prêtre fidèle que de douter de l'excellence de sa vocation et de son ministère.
Mais, comme on en parle beaucoup, permettez que Nous cherchions à vous prémunir contre les corrosions pouvant résulter de conceptions répandues ça et là, qui donnent une idée malheureuse de la nature et de la fonction du sacerdoce, ainsi que des innovations qui devraient, en conséquence, être apportées à son concept théologique et sociologique, de même qu'à son expression pratique.
Le caractère indispensable du sacerdoce
Sa sainteté
Avant tout, c'est déjà une grande chose qu'aujourd'hui, plus que jamais, tout le monde soit persuadé de l'importance fondamentale du ministère sacré pour que s'accomplisse le plan de salut conçu et instauré par le Christ. L'Église en prend de plus en plus clairement conscience, les fidèles le sentent toujours davantage; de nombreux Frères séparés l'admettent également et reconsidèrent certaines positions négatives; le monde profane pressent le caractère logique de ce ministère, ainsi que sa nécessité. Le Concile nous rappelle solennellement son importance, lorsqu'il nous dit que "le renouveau tant désiré de toute l'Église dépend, en grande partie, d'un ministère sacerdotal animé de l'Esprit du Christ". (Décret sur la formation sacerdotale, préambule.) Donc, aucun doute à ce sujet,
Pareillement, la perfection morale et spirituelle, intrinsèquement exigée par le sacerdoce, ne doit faire l'objet d'aucun doute, Faisons abstraction de toutes les questions qui se posent à ce sujet et contentons-nous de cette conclusion élémentaire: ce qui est exigé du prêtre, c'est la fidélité, la vie de la grâce, l'effort moral. Tout cela se résume en un mot simple, mais riche de sens: la sainteté, Si tout fidèle est appelé à cette plénitude de vie chrétienne, combien plus y est appelé le prêtre qui doit conduire et instruire le peuple de Dieu, par l'exemple encore plus que par la parole !
Mais, dira-t-on, les incertitudes viennent après.
Le relativisme
Parlons des différents points sous forme de dialogue. La vérité religieuse ? Réponse : faites. confiance au magistère ecclésiastique institué et assisté par Notre-Seigneur, précisément pour confirmer les frères (cf. Luc, 22, 32), et ne vous laissez pas misérablement envahir par cette mentalité relativiste qui détruit le concept de vérité objective. Si l'horizon religieux de celui qui doit être le prophète de cette vérité s'obscurcit, si la tristesse l'envahit, n'est-ce pas précisément parce qu'il accueille trop facilement cette manière commode de penser ?Essence et mission du sacerdoce
L'essence et la mission du sacerdoce ? Réponse: le prêtre est avant tout ordonné à la célébration du sacrifice eucharistique, dans lequel, en tant que représentant du Christ et au nom de l'Église il offre à Dieu sacramentellement la passion et la mort de notre Rédempteur, en même temps qu'il en fait un aliment de vie surnaturelle pour lui-même et pour les fidèles, auxquels il doit s'efforcer de le distribuer le plus largement et le plus dignement possible. Le ministère de la parole et celui de la charité pastorale doivent converger vers celui de la prière et de l'action sacramentelle, s'en inspirer et s'appuyer sur lui.
Sens de l'Église
Le prêtre et le monde
Les réformes ? Réponse: oui, en commençant par la réforme intérieure: "Renouvelez-vous spirituellement et révélez l'homme nouveau. Les réformes extérieures ne serviraient de rien sans ce continuel renouveau intérieur, sans le souci de modeler notre pensée sur celle du Christ conformément â l'interprétation que nous en offre l'Église.
Le sens et l amour de l'Église sont les sources de sa perpétuelle jeunesse. Il Nous semble parfois que certains parlent de réformes sans avoir cette cordiale et constructive adhésion à l'Église, à ses lois, à ses traditions, à ses aspirations. Nous dirons avec saint Augustin: "Nous avons... l'Esprit-Saint si nous aimons l'Église; et nous aimons l'Église si nous vivons dans son unité et sa charité." (In Joan,, tract. XXXII, 8; P. L., XXXV, 1646.) Croire que nous prêtres, nous pouvons approcher le monde et avoir sur lui une influence chrétienne en prenant ses façons de penser et de vivre serait une illusion. Notre présence au milieu des hommes n'aurait alors plus pour effet de les faire réagir.
L'autorité dans l'Église
L'obéissance ? Sur ce point aussi, que d'inquiétude, que de critiques, que d'impatience! Et pourtant, la réponse est toujours la même: l'autorité dans l'Église est voulue par le Christ. Celui qui estime qu'il faut réviser totalement la discipline ecclésiastique, en prétendant que la législation canonique est dépassée et anachronique, n'est pas sur la bonne voie. Il fait tort à l'Église car il désintègre sa structure spirituelle et sociale il se fait tort à lui-même car il se prive du mérite de la docilité spontanée, filiale et virile, ainsi que du réconfort de l'humilité, du bon exemple et de la confiance.
Certes, l'autorité dans l'Église a incontestablement elle aussi de nouveaux et grands devoirs. Elle devra s'orienter, dans l'exercice de ses fonctions vers les formes que le Concile a indiquées et que lui suggérera l'esprit pastoral dont elle s'inspire. Mais l'oboedientia et pax, si chère au Pape Jean, sera le remède à ce genre d'inquiétude qui, parfois, se fait sentir parmi le clergé.
Confiance dans le Seigneur qui nous a appelés
Et ce dialogue pourrait encore se poursuivre longtemps.
Mais qu'il vous suffise pour le moment d'avoir lu dans Notre cœur Notre compréhension pour vous et spécialement pour le malaise que les événements présents de l'Église et du monde peuvent susciter en vous.
Ayez confiance, frères et fils très chers.
Nous vous dirons avec un excellent et pieux contemporain : "Notre joie d'être prêtres ne repose pas sur une meilleure définition du sacerdoce, pas davantage sur une expérience de son efficacité, mais avant tout sur la confiance totale que nous mettons dans le Seigneur qui nous a appelés, malgré notre faiblesse, à participer à son mystère. Nous disons avec saint Paul: "Je sais en qui j'ai mis ma foi et j'ai la conviction qu'il est capable de garder mon dépôt jusqu'au jour de son retour." (2 Tim. 1, 12 -- L. Lochet.)
Ayez confiance. Que vous y encourage Notre Bénédiction apostolique.
DOCUMENTATION CATHOLIQUE, No 1467, 20 mars 1966, p. 481 s.
La foi dans la présence réelle
Homélie prononcée par S. S. Paul VI le Jeudi saint
Le Jeudi saint, 15 avril 1965, le Saint-Père a célébré la messe dans la basilique du Latran et y a prononcé l’homélie suivante:
Vénérables confrères, chers fils,
Que maintenant le silence se fasse dans nos âmes et qu'un grand recueillement nous rende capables d'entendre la voix du Christ. Elle vient à nous de loin, depuis la dernière nuit de sa vie temporelle, comme un ultime salut à celui qui est son disciple et le suit, comme un testament impérissable, comme un précepte que le temps doit non pas consumer, mais accomplir. Ce qu’il a dit, et que maintenant nous écoutons, est un mémorial. Il a voulu que, au cours des années et des siècles qui suivront, ne soient jamais oubliées les paroles qu'il avait prononcées en ce moment intensément désiré par lui. (Luc, 22, 15.) Ces paroles sont comme l'épilogue d'une histoire sortant de la pénombre d'un sens figuratif; elles sont comme le début d'une époque nouvelle, caractérisée par un réalisme surnaturel, le royaume de Dieu, mais encore exprimé, lui aussi, en symboles et en énigmes compréhensibles seulement à la foi; elles sont le prélude d'un avenir lumineux, une merveilleuse palingénésie eschatologique, jusqu'au moment où Jésus reviendra visible et triomphant, au terme de l'histoire: "donec veniat, jusqu'à ce qu'il vienne." (1 Cor., I1, 26.)
Prions, afin que nous entendions non seulement l'écho, mais la vertu de ces paroles, avec l'ardeur et la confiance des humbles. Prions, afin que les paroles pascales du Christ soient si vivantes et agissantes dans nos âmes qu'elles les fassent participer aux mystères qu'il a renfermés en elles, non seulement pour qu'elles en perpétuent le souvenir, mais pour que nous y communiions. Prions, afin que nous qui avons le bonheur d'entendre ces divines paroles, simples et mystérieuses, nous ne soyons pas distraits ou sourds, sceptiques ou réticents, indolents ou satisfaits, mais prompts à les accueillir, à les vivre, à les annoncer à notre tour comme un secret de renaissance et d'immortalité. Et puis, prions afin que ces paroles, écoutées et accueillies ici, en cette église qui est le centre de toutes les églises, aillent vers toutes les Églises avec une fraternelle et heureuse franchise, et reviennent ici comme en un écho fidèle, comme en un chœur, de toutes les Églises en communion avec celle-ci, pour nous dire, pour dire au monde: le Christ vivant est avec nous.
Ces paroles du Christ, que Nous redirons tout à l'heure, au cours de la messe, les voici: "Prenez et mangez, ceci est mon corps qui sera livré pour vous; faites ceci en mémoire de moi... Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci, toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi." (1 Cor., 11, 24-25.) Ces brèves paroles, combien elles sont denses, simples et profondes ! Nous voudrions tout de suite voir quelle est leur intention: ce sont des paroles qui nous invitent à la Cène, pour laquelle le Seigneur a préparé un aliment surprenant, presque déconcertant: son Corps, son Sang, c'est-à-dire lui-même. Mais que signifie un repas où sont offertes cette nourriture et cette boisson, où se réalise cette présence, sinon l’oblation d'une victime, d'un sacrifice ? Mais comment est-il possible de se faire une idée, ne serait-ce que symbolique, d'une réalité aussi inouïe ? Le Seigneur semble nous répondre: arrêtez votre regard sur les apparences sensibles, sur les espèces sacramentelles dont il a voulu que soient revêtue les nouveaux mystères que je vous ai exposée. Et à travers ces apparences du pain et du vin, élevées à la valeur de signe, cherchez à comprendre quelque chose, à savoir, à adorer, à croire et à aimer beaucoup (cf. saint Thomas, III, 61, 1.)
Les objections de la raison humaine
Frères, fils, fidèles, hommes du monde entier, c'est ici que des difficultés se posent. Nous voudrions comprendre, mais notre seule raison ne suffit plus pour comprendre. Les paroles du Christ, si limpides et si claires, deviennent difficiles pour qui y réfléchit. "Ce langage-là est trop fort." (Jean, 6, 60.) L'esprit humain se rebelle. Et alors, il en est qui s'en vont en hochant la tête, bien décidée à sauvegarder leur respectable, mais petite dignité, leur précieuse, mais modeste raison. Cependant, lorsque l'on sort du banquet eucharistique sacrificiel, on s'aperçoit qu'on ne marche pas dans la nuit. Il fait plus noir dehors que dedans. Erat autem nox (Jean, 13, 30.) Il en est d'autres qui luttent et qui cherchent une issue en faisant des comparaisons entre le récit de l’Écriture et les légendes fantastiques des vieux mystères du paganisme. C'est là une érudition vaine et dépourvue d'esprit scientifique qui, d'elle-même, voile la révélation évangélique. D'autres encore veulent réduire la plénitude de la parole divine. Pour eux, il s'agit simplement d'une Cène rituelle, d'une présence symbolique et non pas réelle; ou bien de choses familières auxquelles on a donné une signification supérieure. Alors le mystère, dans le sens d'une chose obscure pour l'intelligence, demeure et s'épaissit; tandis que le mystère, dans le sens de la réalité divine présente et cachée, se dissipe, en même temps que se dissipe et s'évanouit la parole du Christ.
L'acte de foi
Sa parole divine et toute-puissante, sa parole amie, nous demande une seule offrande, un effort d'intelligence non pas humiliant, mais docile, vigilant et aimant; elle nous demande la foi. Celui qui croit dans la parole du Christ atteint la réalité du Christ. Celui qui accepte sa vérité sera sauvé. Les difficultés dont Nous parlions ne se résolvent que dans un acte de foi sincère et intelligent.
Et nous, ce soir, en célébrant cet office sacré et doux entre tous, vraiment humain et divin, nous sommes invités à faire cet acte décisif, à renouveler notre acte de foi devant le "mystère de la foi" par excellence. Cet acte de foi qui laisse entrer, comme par une fenêtre ouverte, la lumière de la parole du Christ dans nos âmes; qui nous apporte sa présence conceptuelle et spirituelle, précédant sa présence réelle et sacramentelle; qui rassemble nos facultés royales de connaissance et de volonté, nos sentiments et leurs expressions, pour en faire hommage à Celui qui est le Maître, le Seigneur, le Sauveur. Cet acte de foi qui transforme notre pensée et notre cœur d'hommes de ce siècle -- rebelles et sans idées préconçues, mais toujours marqués par les siècles précédents, -- pour les mettre a l'unisson de l'histoire du christianisme, de la tradition qui nous unit aux saints et aux maîtres, aux enfants du peuple de Dieu qui nous ont précédés et attendent dans le sommeil de la paix, en vertu du pain de l'immortalité dont ils se sont nourris, le réveil dans l'éternité. Cet acte de foi qui, certes, nous distingue de ces frères qui ne peuvent encore pas le prononcer avec nous, mais nous fait aimer le Christ vivant et vrai, que nous portons en nous, autant qu'il nous fait désirer de partager avec eux un tel bonheur, une telle paix, une telle félicité. Cet acte de foi qui, en cette sainte soirée, nous permet de célébrer ensemble la Pâque de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de le savoir avec nous, avec une ineffable certitude, et, pour ainsi dire, de le sentir avec nous, sous l'effet de tant de signes éloquents et de tant d'expériences significatives; cet acte de foi qui nous permet d'entendre encore une fois sa voix puissante et très douce nous dire: "Voici que je suis avec vous." (Matth., 28, 20.)
DOCUMENTATION CATHOLIQUE, 16 mai 1965, No 1448, p. 874-5.
Le pèlerinage à Fatima, dont les objectifs avaient été définis par le Saint-Père au cours de l'audience générale du 3 mai (1), s'est déroulé comme ses trois précédents voyages, au milieu d'une grande ferveur et d'un grand enthousiasme, malgré les objections soulevées ça et là, les unes de caractère politique, par ceux qui ont cru y voir un appui au gouvernement portugais (2), !es autres de caractère plus spécifiquement religieux, en raison des problèmes posés par le culte marial en général et par le sanctuaire de Fatima en particulier (3). Le Pape, cependant, a voulu se faire l'homme de tous, comme il l'a précisé aux journalistes de toutes tendances qui avaient pris place dans la Caravelle Diu, de la Compagnie aérienne portugaise, dans laquelle il s'est envolé de l'aéroport de Fiumicino, à 6 heures du matin, le samedi 13 mai (4).
L'ALLOCUTION AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE PORTUGAISE
Accueilli à l'aéroport de Monte-Real, à 9 h 45, par l'amiral Americo Tomaz, président de la République portugaise, il lui a adressé l'allocution ci-après (5):
MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE,
Profondément touché de la délicatesse empressée de Votre Excellence, Nous la remercions d'être venue Nous accueillir personnellement à Notre arrivée. Nous remercions aussi Votre Excellence pour les paroles cordiales de bienvenue qu'Elle vient de Nous exprimer.
C'est avec la plus grande satisfaction que Nous touchons le sol portugais. De cette terre bénie de sainte Marie est partie dans le passé, pour les régions les plus lointaines du monde, une troupe généreuse de hérauts de l'Évangile.
Aujourd'hui, de partout vers elle, conflue une pieuse multitude de pèlerins.
Nous aussi Nous venons comme pèlerin. C'est Notre ardent désir de rendre un hommage filial à la Mère de Dieu à Cova da Iria. C'est là à présent que Nous dirigeons Nos pas en esprit d'oraison et de pénitence pour supplier Notre-Dame de Fatima de faire régner l'inestimable bien de la paix dans l'Église et le monde.
Notre sollicitude pastorale, comme le sait bien Votre Excellence, Nous pousse en ce moment particulier de l'histoire de l'Église et de l'humanité à employer toutes Nos forces dans la poursuite de deux buts de la plus grande importance.
Le premier regarde la vie intime de l'Église elle-même. Le second se réfère à la contribution d'amour qu'elle cherche à donner aux hommes de ce monde où elle vit.
Et puisque ces deux intentions sont l'objet de Notre très vive préoccupation, Nous allons à Fatima avec l'humilité et la ferveur d'un pèlerin qui affronte un long voyage pour les confier à Celle que l'Église et le peuple chrétien invoquent sous le doux nom de Marie.
Au commencement de cette marche de foi en terre portugaise, Nous désirerions donc adresser une cordiale salutation à Votre Excellence, monsieur le Président de la République, et aux autorités présentes, au cardinal patriarche de Lisbonne et à tous les membres de l'épiscopat, comme aussi au clergé, aux religieux et religieuses, et à tout le peuple de cette très fidèle nation.
Que Notre-Dame de Fatima fasse descendre sur le Portugal catholique les plus abondantes grâces de bien-être spirituel et matériel, de prospérité, de progrès et de paix.
L'HOMELIE PRONONCEE AU COURS DE LA MESSE A LA COVA DA IRIA
De Monte-Real, S. S. Paré VI s'est rendit en voiture au sanctuaire de Fatima, distant d'une cinquantaine de kilomètres, par Leiria, en traversant lentement plusieurs bourgades où la population lui faisait fête. Arrivé à la Cova da Iria un peu après midi, il traversa l'esplanade salué par !es ovations d'une foule estimée de un million et demi à deux millions de personnes. Là il célébra (en portugais) la messe qu'ont pu suivre des millions de téléspectateurs grâce à l'Eurovision et au satellite Telstar, et au cours de laquelle il prononça l'homélie ci-après (6):
Si grand est Notre désir d'honorer la Très Sainte Vierge Marie, Mère du Christ, et par là même Mère de Dieu et notre Mère, si grande est Notre confiance en sa bonté pour la sainte Église, et pour Notre charge apostolique, si grand est Notre besoin de son intercession près du Christ, son divin Fils, que Nous sommes venu, humble et confiant pèlerin, à ce sanctuaire béni, où se célèbre aujourd'hui le cinquantenaire des apparitions de Fatima et où se commémore le 25e anniversaire de la consécration du monde au Cœur immaculé de Marie.
Et Nous sommes heureux de Nous rencontrer avec vous, Frères et Fils très chers, et de vous associer tous à la manifestation de Notre dévotion à Notre-Dame, et à Notre prière, afin que notre commune vénération soit plus manifeste et plus filiale, plus vive aussi et mieux acceptée notre invocation.
Nous vous saluons, Frères et Fils ici présents, vous spécialement citoyens de cette illustre nation qui dans sa longue histoire a donné à l'Église des saints et des grands hommes, un peuple courageux et croyant; Nous vous saluons, pèlerins venus du voisinage ou venus de loin, vous aussi, fidèles de la sainte Église catholique, qui de Rome, de vos pays et de vos demeures, de partout dans le monde, êtes en ce moment tournés vers cet autel, tous, oui tous, Nous vous saluons.
Nous ne voulons exclure personne de Notre souvenir spirituel
Nous célébrons actuellement avec vous et pour vous la sainte messe, et ensemble nous sommes unis comme les fils d'une même famille près de notre Mère du ciel, pour être admis dans la célébration du Saint Sacrifice, à une communion plus étroite et plus salutaire avec le Christ notre Seigneur et notre Sauveur.
Nous ne voulons exclure personne de Notre souvenir spirituel, parce que Nous voulons que tous vous participiez à cette grâce, celle que Nous demandons au ciel : Nous vous portons dans Notre cœur, vous Nos frères dans l'épiscopat, vous prêtres, et religieux et religieuses, consacrés au Christ dans un amour total; vous aussi, familles chrétiennes, vous êtes présentes à Notre pensée, ainsi que vous, très chers laïcs, qui voulez collaborer avec le clergé pour le développement du règne de Dieu; vous encore, jeunes et enfants, que Nous voudrions avoir tous ici autour de Nous; et vous les affligés et les fatigués, et vous les malades, et ceux qui pleurent, vous qui certainement avez à la mémoire comment le Christ vous a appelés à lui pour vous unir à sa Passion rédemptrice et vous réconforter. Notre regard se porte aussi vers tous les chrétiens non catholiques; mais nos frères dans le baptême; pour eux, Notre souvenir est espoir de parfaite communion, dans l'unité voulue par le Seigneur Jésus. Notre regard s'étend à tout le monde, Nous voulons que Notre charité soit sans limite et en ce moment Nous l'élargissons à l'humanité entière, à tous les gouvernants, à tous les peuples de la terre.
Les intentions qui caractérisent le pèlerinage
Vous savez quelles sont nos intentions spéciales, celles qui veulent caractériser ce pèlerinage. Nous les rappelons ici afin qu'elles donnent une voix à notre prière et qu'elles soient une lumière pour tons ceux qui nous écoutent.
La paix intérieure de l'Église et la pureté de la foi au lendemain du Concile
La première intention est l'Église une, sainte, catholique et apostolique. Nous voulons prier, avons-Nous dit, pour sa paix intérieure.
Le Concile œcuménique a réveillé beaucoup d'énergies au sein de l'Église, il a ouvert des perspectives plus larges dans le champ de sa doctrine, il a appelé tous ses fils à une conscience plus claire, à une collaboration plus intime, à un apostolat plus vivant. Il nous importe qu'un tel avantage et qu'un tel renouvellement se conservent et grandissent.
Quel dommage ce serait si une interprétation arbitraire et non autorisée par le magistère de l'Église faisait de ce réveil une inquiétude désagrégeant sa traditionnelle et constitutionnelle consistance, si elle substituait à la théologie des grands et authentiques maîtres des idéologies nouvelles et particulières, dont le résultat serait d'enlever à la règle de la foi tout ce que la pensée moderne, à qui manque parfois même la lumière de la raison, ne comprend pas, n'apprécie pas, et qui transformerait ainsi la préoccupation apostolique de la charité qui sauve en un accord avec les formes négatives de la mentalité profane et des mœurs mondaines.
Combien serait illusoire notre effort de rapprochement universel s'il n'offrait pas à nos frères chrétiens encore séparés de nous, et à l'humanité, à qui manque notre foi dans sa présentation authentique et dans son originelle beauté, le patrimoine de vérité et de charité dont l'Église est dépositaire et dispensatrice ?
Nous voulons demander à Marie une Église vivante, une Église vraie, unie, une Église sainte. Avec vous Nous voulons prier ici afin que les espérances et les énergies suscitées par le Concile mûrissent en fruits abondants sous l'influence de l'Esprit-Saint dont nous célébrons demain la fête de Pentecôte et de qui vient la vraie vie chrétienne; les fruits énumérés par l'apôtre Paul: " La charité, la joie, la paix, la longanimité, la bénignité, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance. " (Gal., 5, 22.) Nous voulons prier afin que le culte de Dieu encore et toujours fleurisse dans le monde et que sa loi forme la conscience et les mœurs de l'homme moderne. La foi en Dieu est la lumière suprême de l'humanité; et cette lumière, non seulement ne doit pas être éteinte dans le cœur des hommes, mais doit plutôt être ranimée par le stimulant qui lui vient de la science et du progrès.
L'Église du silence
Cette pensée qui anime et agite Notre prière porte en ce moment Notre souvenir vers ces pays dans lesquels la liberté religieuse est pratiquement opprimée et où la négation de Dieu est présentée comme représentative de la vérité des temps modernes et la libération des peuples, alors que tout ceci est faux. Nous prions pour ces pays; Nous prions aussi pour nos frères croyants de ces nations afin que la force intime de Dieu les soutienne et que leur soit accordée la véritable liberté civile.
La paix du monde
Et maintenant, la seconde intention de Notre pèlerinage remplit Notre âme : le monde, la paix dans le monde.
Vous savez comment la conscience que l'Église a de sa mission dans le monde, une mission d'amour et de service, est aujourd'hui, après le Concile, rendue claire et plus active. Vous savez comment le monde est dans une phase de grandes transformations à cause de son énorme et merveilleux progrès dans la connaissance et la conquête des richesses de la terre et de l'univers. Mais vous savez et vous voyez combien le monde n'est pas heureux, n'est pas tranquille; et la première cause de cette inquiétude est la difficulté pour l'entente, la difficulté pour la paix. Tout semble pousser le monde à la fraternité, à l'unité; et à l'encontre au sein de l'humanité éclatent encore, épouvantables, des conflits continuels. Deux motifs principaux rendent grave cette situation historique de l'humanité : elle regorge d'armes affreusement meurtrières, et elle n'est pas aussi en progrès sur le plan moral que sur plan scientifique et technique.
Plus encore, une grande partie de l'humanité souffre toujours de l'indigence et de la faim, tandis que s'est éveillée en elle la douloureuse conscience de ses besoins face au bien-être d'autrui.
Le monde est en danger
C'est pourquoi Nous disons: le monde est en danger. C'est pourquoi Nous sommes venu au pied de la Reine de la Paix lui demander comme don celui que seul Dieu peut donner : la paix.
Car cette paix, oui, est un don de Dieu, qui suppose l'intervention de son action si bonne, si miséricordieuse et si mystérieuse.
Mais ce n'est pas toujours un don miraculeux; c'est un don qui accomplit ses prodiges dans le secret des cœurs des hommes; un don qui a besoin d'une libre acceptation et d'une libre collaboration. Et alors Notre prière, après s'être tournée vers le ciel, se tourne vers les hommes du monde entier. Hommes, Nous vous disons en ce suprême instant, rendez-vous dignes du don divin de la paix. Hommes, soyez des hommes. Hommes, soyez bons, soyez sages, soyez ouverts à la considération du bien général du monde. Hommes, soyez magnanimes. Hommes, sachez voir votre prestige et votre intérêt non comme étant contraires, mais comme étant solidaires avec le prestige et l'intérêt d'autrui. Hommes, ne pensez pas à des projets de destruction et de mort, de révolution et de subversion; pensez aux projets de commun bien-être et de collaboration sincère Hommes, pensez à la gravité et à l'importance de cette heure qui peut être décisive pour le monde d'aujourd'hui et de demain. Et recommencez à vous approcher les uns des autres avec la volonté de construire un monde nouveau. Oui, le monde des hommes vrais, qui ne pourra jamais être tel sans le soleil de Dieu sur son horizon. Hommes, écoutez à travers notre humble et faible voix résonner l'écho de la parole du Christ : " Bienheureux les doux parce qu'ils posséderont la terre: bienheureux les pacifiques parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu. "
Voyez, Fils et Frères qui Nous écoutez, combien le tableau du monde et de ses destinées se présente ici dans son immensité dramatique. C'est le tableau que la Madone découvre devant nous; le tableau qu'elle contemple avec ses yeux épouvantés mais toujours confiants; le tableau que nous contemplerons toujours, et nous en faisons la promesse, en suivant la recommandation que la Madone elle-même nous a donnée : celle de la prière et de la pénitence; Dieu veuille donc que ce tableau du monde n'ait jamais plus à enregistrer de luttes, de tragédies et de catastrophes, mais bien les conquêtes de l'amour et les victoires. de la paix.
A cette messe participaient, dans la tribune d'honneur, le président Tomaz, le président Salazar, une soixantaine de cardinaux et d'évêques (les cardinaux Tisserant et Cicognani accompagnaient le Pape depuis Rome). On remarquait surtout dans cette tribune, outre les parents de Jacinta et Francesco, les deux petits voyants décédés, sœur Lucia, seule survivante des trois enfants auxquels la Vierge était apparue en 1917 (7).
Notes :
(1) Cf. notre numéro précédent, col. 885.
(2) Citons par exemple cette déclaration faite par un porte-parole du ministère des Affaires étrangères d'Algérie :
Les autorités algériennes ont été surprises par cette visite qui n'a pas manqué d'être exploitée contre les peuples opprimés et dominés par le Portugal.
En Algérie, où les souffles novateurs de l'Église de ces dernières années ont été suivis avec intérêt, on ne peut pas ne pas partager la légitime inquiétude des mouvements de libération des pays sous le joug portugais, qui voient dans ce voyage une caution morale au régime colonialiste, rétrograde et raciste de Salazar. (La Croix, 16 mai 1967.)
Le cardinal DUVAL a cependant tenu à préciser au cours d'une messe célébrée à Notre-Dame d'Afrique dans l'après-midi du 13 mai, le caractère " exclusivement religieux " du pèlerinage, où le Pape se fait " l'ambassadeur de l'humanité tout entière auprès de Dieu le Père pour solliciter de sa bienveillance, par l'intercession de la Vierge Marie, la grâce de la paix ". (La Semaine religieuse d'Alger, 18 mai.)
(3) Le pasteur Richard-Molard, par exemple, écrit dans Réforme du 13 mai, sous le titre : " Un voyage irrecevable " : " Le cœur même de l'irrecevabilité de ce voyage avec le protestantisme est la contradiction de ce qu'il légitime avec l'Évangile du salut en Jésus-Christ, seul Sauveur et seul médiateur... Comment concilier Populorum progressio... avec cet hommage à Fatima ? Comment prôner l'émancipation des peuples, leur éducation, leur accession à la liberté aussi bien morale et spirituelle qu'économique, tout en bénissant des formes religieuses qui maintiennent ces peuples dans un tragique sous-développement culturel ? "
Henri Fesquet écrivait cependant dans le Monde du 11 mai : " Ce que peuvent charrier d'impur, de contestable et de superstitieux de tels pèlerinages est évident, mais ne doit pas masquer le reste, qui est l'essentiel. Enfin, ces actes de piété populaire ne sont-ils pas une des manifestations de l' " Église des pauvres " dont on parle tant aujourd'hui sans toujours en accepter les moyens et les conséquences ? "
(4) Un rédacteur du Journal communiste Paese sera a demandé au Pape : " Très Saint-Père, prierez-vous aussi pour les peuples opprimés d'Angola et du Mozambique ? ", Paul VI a répondu: " Pour tous. " (R. Laurentin, le Figaro, 15 mai.)
(5) Pour ce texte, comme pour ceux qui suivent, nous donnons la traduction française communiquée à la presse par Mgr Vallainc, directeur de la salle de presse du Saint-Siège.
(6) Le texte portugais de cette homélie a été publié dans l'Osservatore Romano du 14 mai 1967. Les sous-titres sont de notre rédaction.
Mgr VENANCIO, évêque de Leiria (sur le territoire duquel se trouve Fatima) a déclaré au lendemain de la visite du Pape:
[...] La télévision portugaise avait offert la retransmission des fêtes du Jubilé à toutes les radios du monde. Deux seulement avaient accepté. Mais quand on sut la venue du Pape, dix-huit nations demandèrent le programme - qui d'ailleurs fut transmis par Eurovision et par le satellite. De plus, les États-Unis ont voulu tout enregistrer et filmer en couleur, pour une retransmission ultérieure [...].
(L'Homme nouveau, 13 mai 1967.)
(7) Le P. Pierre Gallay, envoyé spécial, écrit dans la Croix des 15-16 mai :
Quant aux apparitions et au secret de Fatima, la Pape a eu soin de ne pas les mentionner directement. Certes, sœur Lucia dos Santos, carmélite à Coïmbre, la dernière voyante vivante, était à la tribune d'honneur et elle a été acclamée par la foule quand elle apparut après la messe aux côtés de Paul VI, des mains de qui elle avait communié la première. Mais le Pape n'a pas eu de vrai entretien avec elle, et comme sœur Lucia insistait pour parler plus longuement avec lui, le Pape lui répondit : " Je regrette profondément de ne pouvoir m'entretenir avec vous plus longtemps. Dites à votre évêque tout ce que vous désirez me faire savoir, et il me mettra au courant " ...
À tort ou à raison, Fatima apparaissait à certains comme une forteresse de l'anti-Concile. Au nom de je ne sais quel passé on allait jusqu'à opposer Fatima au Pape et aux évêques. Ce sera beaucoup plus difficile à l'avenir. Fatima a été l'occasion pour le Pape de rappeler la nécessité d'une prière et d'une foi telles que beaucoup de chrétiens la vivent et aussi de demander qu'on s'ouvre réellement à Vatican II. Des prêtres portugais, avec lesquels j'ai pu parler, souhaitent ardemment que Fatima devienne aussi un haut lieu de culture spirituelle. " Très peu d'ouvriers et encore moins d'étudiants et d'intellectuels viennent ici. Ils n'y trouvent pas la pastorale dont ils ont besoin. Tout est encore à faire pour eux ", m'ont-ils dit.
Au sujet du secret de Fatima, nous rappelons les déclarations faites par le cardinal Ottaviani le 11 février dernier (D.C. 1967, n. 1490, col. 541). Au cours d'une interview diffusée par la télévision française dans la soirée du 12 mai, le cardinal Ottaviani a apporté cette précision nouvelle que S. S. Paul VI avait également pris connaissance du " secret ".
Documentation catholique - 4 juin 1967 - No 1495
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Après le pèlerinage de Paul VI à Fatima, l'Osservatore romano (20 mai 1967) a publié, sous ce titre, un éditorial de son directeur, Raimondo MANZINI, dans lequel nous lisons :
Dans son discours aux pèlerins de Fatima, Paul VI a précisé le sens de l'intention de prière pour la " paix intérieure " de l'Église... Il n'y a évidemment pas aujourd'hui de dangers en acte : l'Église n'est pas en guerre, elle n'est pas lacérée intérieurement... Mais cette intention vise des dangers en puissance en ce temps post-conciliaire...
Le Pape dénonce l'ambivalence de ferments qui, s'ils ne sont pas authentifiés et guidés par la docilité et l'esprit surnaturel, peuvent, sans qu'on le veuille, engendrer des résultats négatifs, c'est-à-dire des résultats qui ne servent ni l'union ni le vrai progrès.
S'il ne se rattache pas à la doctrine et à la pratique de toute l'Église - celle d'hier et celle d'aujourd'hui -- le renouveau perdrait son dynamisme le plus puissant et le plus sûr... Certaines positions plus psychologiques que doctrinales donnent l'impression qu'il puisse y avoir un fossé entre le passé et le présent. comme si les définitions du Concile étaient le fruit d'un instant de révélation et non d'un processus cohérent et progressif dans la croissance et le développement de l'organisme ecclésial... Combien cela est loin de ce qu'avait entrevu Jean XXIII !...
On l'a dit et répété: la doctrine du Concile est celle qui est contenue dans les constitutions dogmatiques et pastorales, dans les décrets et déclarations approuvés et promulgués, et non dans les jugements et opinions privés, même si les longs débats conciliaires ont servi à mettre en lumière et à démontrer la vitalité de la recherche, ainsi que la trame mystérieuse et providentielle de l'Esprit-Saint [...].
Documentation catholique - 4 juin 1967 - No 1495