UN FILM
SUR LA PASSION DE JESUS-CHRIST INTERDIT A HOLLYWOOD
Le phénomène est
assez rare à Hollywood pour qu'on le remarque: l'acteur Mel Gibson est un catholique
pratiquant. Il est revenu à la foi chrétienne il y a quelques années, grâce à
des prêtres traditionalistes, ce qui montre, en passant, que la « nouvelle
évangélisation » n'implique pas forcément que l'on édulcore la foi de
toujours. Il a ensuite financé de ses deniers la construction d'une église à
Malibu, en Californie, pour les catholiques fidèles à la messe de S. Pie V.
Puis il a voulu mettre son art au service de sa foi, en tournant un film
racontant l'histoire de la Passion, qui en est aussi le titre. Il met en scène
les dernières heures de la vie terrestre du Christ.
En mars dernier,
des articles ont paru dans la presse taxant ce film d'antisémitisme, avant que
personne ne l'ait vu. Seul le script avait circulé, remis par une main anonyme
à un rabbin de Chicago. L'avocat de Mel Gibson a indiqué qu'il avait été volé à
Icon Productions, producteur du film. Alertés par cette campagne de presse,
Eugène Fisher, du secrétariat des évêques catholiques, associé à Abraham
Foxman, directeur de la Ligue juive antidiffamation, ont écrit à Mel Gibson.
Les deux hommes lui proposèrent de former un groupe de spécialistes, composé de
juifs et de catholiques, afin de « conseiller » le réalisateur de la Passion.
En clair, il s'agissait d'instaurer une censure préalable, pratique abolie dans
les pays démocratiques depuis un moment déjà, et qui, s'agissant de tout autre
film, eût provoqué l'insurrection des belles consciences.
Mel Gibson n'a
pas donné suite. Le groupe de « conseillers » judéo-catholiques n'a pas renoncé
pour autant. Ils ont transmis leurs recommandations, pour expurger le scénario,
au père Fulco, choisi par Mel Gibson pour traduire une partie des dialogues
entre hébreux, grec, araméen et latin. En vain. Deux semaines plus tard, la
Conférence des évêques et la Ligue antidiffamation recevait une lettre de
l'avocat de l'acteur catholique leur reprochant d'une part, d'utiliser un
script volé - cela s'appelle du recel - et d'autre part, de vouloir imposer au
film leurs propres « conceptions religieuses ».
En réalité, le
procès en antisémitisme se fonde moins sur le film, que la plupart n'ont pas vu,
que sur des déclarations du... père de Mel Gibson, qui a 84 ans: si ce n'est
pas toi, c'est donc ton père. Il vit retiré près de Houston, loin du cinéma.
Après avoir mis en cause Vatican II, il aurait confié à un journal son doute
quant au nombre de morts de l'holocauste. A cela, son fils a répliqué: « Je ne
veux pas être présenté comme tenant mon père à distance. Il n’a jamais nié
l’holocauste. Il a seulement dit qu’ils étaient moins de 6 millions. » Ces
sentiments filiaux honorent M. Gibson, mais peu importe ce qu'a dit ou n'a pas
dit son père: dans cette affaire, il s'agit de savoir si son film sur la
passion est ou non antisémite, ce qui est sans rapport avec l'holocauste,
intervenu 2000 ans plus tard.
Sur la chaîne de
télévision Fox News, au journaliste qui lui demandait si son film pouvait
heurter les spectateurs juifs, il a répondu honnêtement: « C’est possible.
Il n’est pas fait pour ça. de pense qu'il est fait pour dire la vérité (...) Le
Christ est mort et a souffert pour toute l 'humanité. » Les Évangiles aussi
heurtent leurs lecteurs juifs. Qu'on se souvienne de l'exclamation de la mère
juive de sainte Edith Stein quand celle-ci se convertit au catholicisme: « Mais
pourquoi s’est-Il fait Dieu ! »
Les détracteurs
de La Passion lui reprochent, notamment, de présenter le gouverneur
romain, Ponce Pilate, comme cédant à la pression d'une foule juive unanime à
demander la condamnation de Jésus. Certes ! Mais le cinéaste n'a rien inventé,
il suffit de lire l’Évangile pour s'en apercevoir.
Bien entendu,
après une telle cabale, voire un procès en « sorcellerie », le film qui devait
sortir en février 2004 n'a pas trouvé de distributeur. Gibson espère donc le
projeter dans des circuits parallèles, lors d'assemblées de fidèles ou sur des
chaînes câblées religieuses accueillantes. Il semblerait que les communautés
protestantes du Sud lui fassent meilleur accueil que les paroisses catholiques.
Ce film subit
donc une censure de fait. Et pourtant, selon Le Monde, qui évidemment le
dénonce, ceux qui ont pu en voir un montage provisoire « se sont dits
bouleversés par sa force d 'évocation. » Sa valeur artistique n'est donc
pas niée.
Nos fiers
défenseurs de la liberté d'expression, là-bas comme ici, ne bougent pas le
petit doigt.
Qu'on se
souvienne pourtant comment ils se sont mobilisés à chaque fois qu'un navet
blasphématoire s'en prenait au Christ ou à la Vierge, proclamant le droit
imprescriptible du réalisateur à la création « artistique » ! Même si, pour
cela, ils devaient piétiner ce que les chrétiens tiennent comme le plus sacré.
Antisémite le film de Gibson ? Le grand public ne pourra pas en juger car on le
lui interdit. Ce dont nous sommes sûrs, en revanche, c'est que le juif le plus
malmené, moqué, insulté, piétiné par le cinéma contemporain est Jésus-Christ,
sans que la Ligue de diffamation antijuive s'en émeuve jamais, quand elle ne
rejoint pas le camp des insulteurs.
Le Bulletin
d’André Noël – Semaine du
13 au 19 octobre 2003