Sœur, Marie-Marthe Chambon
de la Visitation
Sainte-Marie de Chambéry
et
des Saintes Plaies de N.-S.
J.-C.
Dans
la relation des faits contenus en cette notice et dans le choix des
expressions, nous déclarons ne vouloir devancer en rien le jugement de la très
Sainte Église notre Mère, à laquelle nous sommes dévouées et soumises du plus
profond de nos cœurs.
La
Supérieure et !es Religieuses du Monastère de la Visitation Sainte-Marie de
Chambéry.
Dieu
soit béni !
***
ENFANCE ET JEUNESSE
On
ne trouvera pas ici une Vie complète de Sœur Marie-Marthe Chambon, mais
simplement quelques indications biographiques, encadrant un exposé de sa
dévotion préférée : la dévotion aux saintes Plaies.
Françoise Chambon naquit d'une modeste mais chrétienne famille de cultivateurs, au hameau de la Croix-Rouge, sur Chambéry, le 6 mars 1841. Le même jour, elle reçut le saint Baptême dans l'église paroissiale de Saint-Pierre de Lémenc.
Il plut à Notre-Seigneur de se révéler de très bonne heure à cette âme innocente. A peine Françoise avait-elle neuf ans que, sa tante l'ayant conduite un Vendredi Saint à l'adoration de la Croix, le Christ s'offrit à ses regards, déchiré, ensanglanté, comme au Calvaire. Oh ! dans quel état Il était !... dira-t-elle plus tard.
Ce
fut là une première révélation de la Passion du Sauveur qui devait tenir
tant de place dans son existence. Mais l'aurore de sa vie apparaît surtout
favorisée par les visites de Jésus Enfant.
Le jour de sa Première Communion, Il vint à elle visiblement ; et depuis lors, à chacune de ses communions, jusqu'à sa mort, ce sera toujours l'Enfant-Jésus qu'elle verra dans 1a sainte Hostie. Il devient l'inséparable Compagnon de sa jeunesse, la suit au travail, dans les champs, converse avec elle le long du chemin, la ramène à la chaumière paternelle : Nous étions toujours ensemble .... oh ! que j’étais heureuse ! j'avais le Paradis dans le cœur !.. disait-elle en rappelant, vers la fin de sa vie, ces lointains et doux souvenirs.
A l'époque de ces précoces faveurs, Françoise ne songeait même pas à faire confidence de sa vie de familiarité avec .Jésus : elle se contentait d'en jouir, croyant ingénument que tout le monde possédait le même privilège.
Toutefois, la pureté et la ferveur de cette enfant ne pouvaient échapper au digne Curé de la paroisse : aussi l'admettait-il fréquemment à la Table sainte. Et c'est lui qui découvrit en elle la vocation religieuse et vint la présenter à notre Monastère.
PREMIÈRES ANNÉES DE RELIGION
Lorsque la Visitation Sainte-Marie de Chambéry lui ouvrit ses portes, Françoise Chambon avait vingt et un ans. Deux années plus tard, en la fête de Notre-Dame-des-Anges, 2 août 1864, elle prononçait les saints Vœux et prenait place définitivement – sous le nom de Sœur Marie-Marthe – parmi les Religieuses du voile blanc.
Rien,
à l'extérieur, ne prévenait en faveur de la nouvelle épouse de Jésus-Christ. La
beauté de la fille du Roi était vraiment tout intérieure... Dieu qui, sans
doute, se réservait des compensations, avait, sous le rapport des dons
naturels, traité Sœur Marie-Marthe avec une réelle parcimonie ! Des manières et
un langage rustiques ; – une intelligence plutôt médiocre, que nulle culture,
même sommaire, n'était venue développer : Sœur Marie-Marthe ne savait ni lire
ni écrire[1]
– des sentiments qui ne s'élèveront que sous l'influence divine ; – un
tempérament vif et quelque peu tenace ; les Sœurs ses compagnes le disent
volontiers, en souriant : Oh ! pour une sainte, c’était . une vraie sainte !
mais une sainte parfois exerçante !
La
sainte , le savait bien ! Et, dans sa naïveté touchante, elle se plaignait à
Jésus d'avoir tant de défauts : Tes imperfections, lui répondait-il, sont
la plus grande preuve que tout ce qui se passe en toi vient de Dieu. Je ne te
les enlèverai jamais ; elles sont la couverture qui cache mes dons. Tu as bien
envie de te cacher ? J'en ai encore plus envie que toi !..
En
regard de ce portrait, on aimerait à en placer un second aux lignes autrement
attrayantes. Sous les dehors d'un bloc passablement informe, l'observation
plus attentive des Supérieures ne tarda pas, en effet, à deviner, puis à
reconnaître une physionomie morale déjà très belle, et s'embellissant tous les
jours sous l'action de l'Esprit de Jésus. On noterait ici de ces traits
frappés aux signes infaillibles qui révèlent l'Artiste divin... et le révèlent
d'autant mieux que les disgrâces de la nature n'ont point disparu : dans cette
intelligence si fruste, que de lumières, que de vues profondes ! dans ce cœur
sans culture naturelle, quelle innocence, quelle foi, quelle piété, quelle
humilité, quelle soif de sacrifice ! Il suffira, pour le moment. de rappeler le
témoignage de sa Supérieure, Mère Thérèse-Eugénie Revel : L’obéissance est
tout pour elle. La candeur, la droiture, l'esprit de charité qui l'animent, sa
mortification, et, par-dessus tout, son humilité sincère et profonde, nous
paraissent les plus sûrs garants de la conduite de Dieu sur cette âme. Plus
elle reçoit, plus elle entre dans un vrai mépris d'elle-même, étant presque
habituellement écrasée par la crainte d'être dans l'illusion. Docile il aux
avis qui lui sont donnés, les paroles du Prêtre et de la Supérieure ont une
grande puissance pour lui rendre la paix... Ce qui nous tranquillise
surtout, c'est sort amour passionné pour la vie cachée : son besoin impérieux
d'échapper à tout regard humain, et la frayeur qu'elle a qu'on aperçoive ce qui
se passe en elle.
***
Les deux premières années de vie religieuse de notre Sœur s'écoulent à peu près normalement. A part un don d'oraison peu commun, un recueillement perpétuel, une faim et une soif de Dieu toujours croissantes, rien de vraiment particulier et qui fasse prévoir des choses extraordinaires.
Mais, en septembre 1866, la jeune Converse commence à être favorisée des fréquentes visites de Notre-Seigneur, de la Très Sainte Vierge, des Âmes du Purgatoire, des Esprits Bienheureux.
Jésus
crucifié, surtout, lui offre presque chaque jour à contempler ses Plaies
divines, tantôt resplendissantes et glorieuses, tantôt livides ou
ensanglantées, en lui demandant de s'associer aux douleurs de sa sainte
Passion.
VEILLES ET PÉNITENCES CORPORELLES
Les Supérieures, s'inclinant devant des signes certains de la volonté du Ciel – signes sur lesquels nous ne pouvons nous arrêter en cette courte Notice – se décident peu à peu, malgré leurs appréhensions, à la livrer aux exigences de ce Jésus Crucifié.
Sœur Marie-Marthe se voit d'abord invitée à passer les nuits étendue sur le plancher de sa cellule. Puis elle reçoit l'ordre de porter jour et nuit un rude cilice. Bientôt, elle doit se tresser une couronne d'épines aiguës, qui ne lui permet plus de reposer la tête sans ressentir une vive souffrance.
Au bout de huit mois, en mai 1867, non content des nuits passées à terre, avec le cilice et la couronne d'épines, Jésus exige de Sœur Marie-Marthe le sacrifice de son sommeil même, en lui demandant de veiller, seule, pendant que tout dort dans le Monastère, auprès du Très Saint Sacrement.
A de telles exigences, la nature ne trouve guère son compte ! Mais n'est-ce pas le prix habituel des faveurs divines ?... Dans le silence des nuits, Notre-Seigneur se communique à sa servante de la façon la plus merveilleuse. Parfois, sans doute, Il la laisse lutter péniblement, pendant de longues heures, contre la fatigue et le sommeil. Mais, le plus souvent, Il s'empare d'elle immédiatement et l'emporte dans une sorte d'extase. Il lui confie ses peines et ses secrets d'amour, Il la comble de caresses, dérobe son cœur pour le plonger dans le sien. Ses emprises sur cette âme très humble, très simple et docile, vont grandissant chaque jour.
TROIS JOURS DE GRÂCES EXCEPTIONNELLES
Trois jours du mois de septembre 1867, les 26, 27 et 28, furent, pour la chère voyante, trois jours de grâces exceptionnelles...
Toute la splendeur des cieux vint illuminer son humble cellule où descendit la Trinité Sainte. Dieu le Père, lui présentant Jésus dans une hostie, lui dit : Je te donne Celui que tu m'offres si souvent , et Il la communia. Puis Il lui dévoila les mystères de Bethléem et de la Croix, éclairant son âme de vives lumières sur l'Incarnation et la Rédemption.
Tirant
ensuite de Lui-même son Esprit comme un rayon de feu, Il lui en fit don : Il
y a là-dedans, affirma-t-Il, la lumière, la souffrance et l'amour !...
L'amour sera pour moi ; la lumière pour découvrir ma volonté ; la souffrance,
enfin, pour souffrir de moment en moment, comme je veux que tu fasses.
Le
dernier jour, l'invitant à contempler, dans un rayon éblouissant de lumière, la
Croix de son Fils, le Père céleste lui donna de mieux comprendre les Plaies
de Jésus pour son bien personnel . En même temps, dans un autre rayon
partant de la terre pour aboutir au ciel, elle vit comme un appel à
faire valoir les mérites des Plaies de Jésus pour le monde entier.
JUGEMENT DES SUPÉRIEURS ECCLÉSIASTIQUES
La Supérieure et la directrice d'une âme aussi privilégiée ne pouvaient prendre sur elles seules la responsabilité de cette voie extraordinaire...
Elles consultèrent les Supérieurs ecclésiastiques, notamment : M. le Chanoine Mercier, Vicaire général et Supérieur de la Maison, prêtre de grand sens et de grande piété ; le R. P. Ambroise, provincial des Capucins de Savoie, homme de haute valeur morale et doctrinale ; M. le Chanoine Bouvier, surnommé l'Ange des Monts , aumônier de la Communauté, dont la réputation de science et de sainteté franchissait les limites même de notre Province.
L'examen
fut sérieux et complet. Les trois examinateurs s'accordèrent à affirmer que la
voie où marchait Sœur Marie-Marthe portait le cachet divin.
Ils conseillèrent de tout mettre par écrit ; mais, prudents autant qu'éclairés, ils jugèrent, d'autre part, qu'il fallait garder ces faits sous le voile du secret, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de les révéler lui-même .
Voilà aussi pourquoi la Communauté demeura ignorante des grâces insignes dont elle était favorisée en l'un de ses membres, – le moins apte, dans le sens humain, à les recevoir.
Voilà aussi pourquoi, tenant pour une consigne sacrée l'avis des Supérieurs ecclésiastiques, notre
Mère Thérèse-Eugénie Revel se mit à relater jour par jour, avec une exactitude scrupuleuse – allant jusqu'au respect de certaines fautes, fruits de l'ignorance on du manque de mémoire, – les récits de l'humble Converse, à qui, d'ailleurs, Notre-Seigneur donnait l'ordre de ne rien cacher à sa Supérieure.
Nous
déposons ici, en la présence de Dieu et de nos Saints Fondateurs, par
obéissance et le plus exactement possible, ce que nous croyons nous être envoyé
du Ciel par une prédilection tout amoureuse du divin Cœur de Jésus, pour le
bonheur de notre Communauté et pour le bien des âmes.
Dieu semble avoir choisi dans notre humble
famille l'âme privilégiée qui doit renouveler en notre siècle la
dévotion aux saintes Plaies de Notre-Seigneur
Jésus-Christ. C'est notre humble petite Sœur domestique, Sœur
Marie-Marthe Chambon, que le Sauveur gratifie de sa présence sensible.
Il lui montre chaque jour ses divines Plaies, afin qu'elle en fasse valoir
constamment les mérites, pour les besoins de la sainte Église, la conversion
des pécheurs, les nécessités de notre Institut, – et surtout pour le
soulagement des âmes du Purgatoire.
Jésus en fait son jouet d'amour et la victime
de son Bon Plaisir... – et nous, pleines de reconnaissance, nous éprouvons à
chaque instant l'efficacité de ses prières sur le Cœur de Dieu.
Telle est la déclaration par laquelle s'ouvre le récit de notre Mère Thérèse-Eugénie Revel, digne confidente des faveurs d'En-Haut. – C'est à ses notes que sont empruntées toutes les citations qui vont suivre.
L'ÉLUE DE JÉSUS CRUCIFIÉ
Une.
chose me fait de la peine, disait le doux Sauveur à sa
petite servante, c'est qu'il y a des âmes qui regardent la dévotion à mes
Plaies comme étrange, comme méprisable, comme une chose qui ne convient pas...
c'est pour cela qu'elle tombe et qu’on l'oublie.
Au Ciel, j'ai des Saints qui ont eu une
grande dévotion à mes saintes Plaies, mais sur la terre, il n'est presque plus
personne qui m'honore de cette manière-là.
Cette plainte n'est que trop fondée ! Dans un monde où jouir semble l'unique préoccupation, combien de personnes, même chrétiennes, ont comme perdu le sens du sacrifice !... Trop peu d'âmes comprennent la Croix ! Trop peu s'attachent à méditer la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que saint François de Sales appelle si justement la vraie école de l'amour, le plus doux et le plus violent motif de la piété .
Or, Jésus ne veut point que reste inexploitée cette mine inépuisable, que demeurent oubliés et perdus les fruits de ses saintes Plaies. Il se choisira – n'est-ce pas sa coutume ? – le plus humble des instruments pour accomplir son œuvre d'amour.
Le 2 octobre 1867, Sœur Marie-Marthe assistait à une Prise d'Habit, lorsque la voûte des cieux s’entrouvrant, elle vit s'y dérouler la même cérémonie dans une splendeur bien autre que celle de la terre. Toute la Visitation du Ciel était présente : Les premières Mères se tournant vers elle, comme pour lui annoncer une bonne nouvelle, lui dirent, joyeuses :
Le Père Éternel a donné à notre saint Ordre
son Fils en trois manières :
1e Jésus-Christ, sa Croix et
ses Plaies, à cette Maison plus particulièrement.
2e
Son Cœur Sacré.
3e
Jésus Enfant. Il faut que vous ayez toute la simplicité de l'enfant dans vos
rapports avec lui.
Ce triple don ne semble pas nouveau. En remontant aux origines de l'Institut, nous retrouvons, dans la vie de notre Mère Anne-Marguerite Clément, contemporaine de sainte Jeanne de Chantal, ces trois dévotions dont toutes les Religieuses formées par elle portèrent le cachet.
Peut-être. et nous aimons à le croire, est-ce cette âme, également favorisée qui, de concert avec notre Sainte Mère et Fondatrice, vient aujourd’hui les rappeler à l'élue de Dieu.
Quelques
jours plus tard, notre Mère Marie-Pauline Deglapigny, décédée depuis
dix-huit mois, apparaît à son ancienne fille et lui confirme ce don des saintes
Plaies : La Visitation avait déjà une grande richesse, mais elle n'était pas
complète. Voilà pourquoi est heureux le jour où j ai quitté la terre,
parce que, dès ce jour, au lieu d'avoir seulement le Cœur Sacré de
Notre-Seigneur, vous aurez toute la sainte Humanité, c'est-à-dire, ses sacrées
Plaies. J'ai demandé cette grâce pour vous.
Le Cœur de Jésus ? ah ! qui le possède ne possède-t-il pas tout Jésus ? tout l'amour de Jésus ?... Sans doute. Mais les saintes Plaies sont comme l'expression prolongée – et combien éloquente – de cet amour. Aussi, Jésus veut-il que nous l'honorions tout entier, et qu'en adorant son Cœur blessé, nous sachions ne pas oublier ses autres Plaies, ouvertes, elles aussi, par l'amour. – Et il n'est pas sans intérêt, à ce propos, de rapprocher le don de l’humanité souffrante de Jésus, fait à notre Sœur Marie-Marthe, de celui dont fut gratifiée à la même époque notre vénérable Mère Marie de Sales Chappuis : le don de l’Humanité sainte du Sauveur.
Saint François de Sales, notre bienheureux Père, qui, très souvent, visitait sa chère fille pont l'instruire paternellement, ne manque pas de l'affermir dans la certitude de l'élection divine .
Un
jour qu'ils s'entretenaient ensemble : Mon Père, lui dit-elle avec sa
naïveté ordinaire, vous savez que nos Sœurs n'ont guère confiance en mes
affirmations, parce que je suis bien imparfaite.. – Ma fille, répondit le
Saint, les vues de Dieu ne sont pas celles de la créature – la créature juge
selon les vues humaines, – Dieu donne ses grâces à une misérable qui n'a rien,
afin que toutes retournent à Lui. Tu dois être bien contente des imperfections
que tu as, parce qu'elles cachent les dons de Dieu. – Dieu t’a choisie pour
compléter la dévotion au Sacré-Cœur : le Cœur a été montré à ma fille
Marguerite-Marie et les saintes Plaies à ma petite Marie-Marthe !... C'est un
besoin pour mon cœur de Père, que cet honneur soit rendu par vous à Jésus
Crucifié ! Cela fait le complément de la Rédemption que Jésus a tant désirée
!
La
Très Sainte Vierge vint aussi, un jour de la Visitation,
confirmer la jeune Sœur dans sa voie. Accompagnée de nos saints Fondateurs,
de notre sainte Sœur Marguerite-Marie : Je donne mon Fruit à la Visitation,
comme je l'ai porté à ma cousine Élisabeth, lui dit-elle avec bonté. –
Ton saint Fondateur a reproduit les travaux, la douceur et l'humilité de mon
Fils ; ta sainte Mère de Chantal, ma générosité, en passant par-dessus tous les
obstacles pour s'unir à Jésus et faire sa sainte volonté ; ta bienheureuse Sœur
Marguerite-Marie a reproduit le Sacré Cœur de mon Fils pour le donner au
monde... Et toi, ma fille, tu es choisie pour arrêter la justice de Dieu, en
faisant valoir les mérites de la Passion et des saintes Plaies de mon unique et
bien-aimé Fils, Jésus !...
Et
comme Sœur Marie-Marthe opposait quelques objections : Ma fille, reprit
l’immaculée Vierge, vous n'avez pas à vous inquiéter, ta Mère et toi, mon
Fils sait bien ce qu'il doit faire....Pour vous, faites seulement, jour par
jour, ce que veut Jésus.
Les
invitations et les encouragements de la Très Sainte Vierge iront, d'ailleurs,
se multipliant et prendront toutes les formes : Si vous voulez des
richesses, il faut aller puiser dans les saintes Plaies de mon Fils... Toutes les
lumières du Saint-Esprit sortent des Plaies de Jésus, mais vous recevrez ces
dons à proportion de votre humilité...
Je
suis votre Mère et je vous dis : allez puiser dans les Plaies de mon Fils !...
Sucez le sang jusqu'à l’épuiser, ce qui n'arrivera cependant jamais.
– Il faut que toi, ma fille, tu appliques les
Plaies de mon Fils sur les méchants pour les convertir.
Après
les interventions des premières Mères de notre saint Fondateur et de la Sainte
Vierge, nous ne saurions oublier, dans ce tableau, celles de Dieu le Père, pour
qui notre chère Sœur ressentit toujours une tendresse, une confiance d'enfant
et qui en fut vraiment divinement gâtée. – On sait comment Il l'avait instruite
de sa mission future. De temps à autre, Il la lui rappelle : Mon enfant, je
donne mon Fils pour t'aider tout le long du jour, afin que tu puisses payer
tout ce que tu dois à ma justice pour tous.
Tu prendras constamment dans les Plaies de
Jésus de quoi payer les dettes des pécheurs.
La
Communauté faisait des processions et des prières pour différents besoins : Tout
ce que vous me donnez là n'est rien, déclara Dieu le Père ..... Si ce
n'est rien, riposte l'audacieuse enfant, je vous offre alors tout ce que
votre Fils a fait et souffert pour nous. – Ah ! reprend le l'ère Éternel, ceci
est grand !...
De
son côté, Notre-Seigneur, pour fortifier sa servante, lui renouvelle, à
plusieurs reprises, l'assurance qu'elle est bien réellement appelée à raviver
la dévotion aux Plaies rédemptrices : Je t'ai choisie pour réveiller la dévotion à ma sainte Passion
dans les temps malheureux où vous vivez. Puis, lui montrant ses saintes
Plaies comme un livre on Il veut lui apprendre à lire, le bon Maître
ajoute : Ne bouge pas les yeux de dessus ce livre et tu en apprendras plus
que les plus grands savants. La prière aux saintes Plaies comprend tout.
Une
autre fois, pendant le mois de juin, tandis qu'elle était prosternée aux pieds
du Très Saint Sacrement, Notre-Seigneur, ouvrant son Cœur Sacré comme la source
de toutes les autres Plaies, insiste encore : J'ai choisi ma fidèle
servante, Marguerite-Marie pour faire connaître mon divin Cœur, et ma petite
Marie-Marthe pour insinuer la dévotion à mes autres Plaies !... Mes Plaies vous
sauveront infailliblement : elles sauveront le monde. Dans une autre circonstance : Ton chemin, lui dit-il, c'est
de me faire connaître et aimer, surtout dans l'avenir. Il lui demande
d'offrir incessamment ses divines Plaies pour le salut du monde : Ma
fille, le monde sera plus ou moins troublé, suivant que tu auras fait ta
tâche... Tu es choisie pour satisfaire ma justice. – Enfermée dans ta clôture,
tu dois vivre ici-bas comme l'on vit au Ciel, m'aimer, me prier sans cesse par
mes Plaies pour apaiser ma vengeance.
Je veux que, par cette dévotion, que non seulement
les âmes avec lesquelles tu vis deviennent saintes, mais beaucoup d'autres
encore ! – Un jour, je te demanderai compte si tu as bien pris dans ce trésor
pour toutes mes créatures.
Vraiment,
lui dira-t-il encore plus tard, vraiment, mon
Épouse, j'habite en ce lieu et dans tous les cœurs !... J'y établirai mon règne
et ma paix, je détruirai par mon pouvoir tous les obstacles, parce que je suis
le Maître des cœurs et que je connais toutes les misères... Toi, ma fille, tu
es le canal de mes grâces. Apprends que le canal n'a rien de lui-même, il n'a
que ce que l'on fait passer dedans. Il faut, comme canal, que tu ne gardes
rien et que tu dises tout ce que je te communique. – Je t'ai choisie pour faire
valoir les mérites de ma sainte Passion pour tous ; mais je veux que tu sois
toujours cachée. – A moi de faire connaître plus tard que c'est par ce moyen
que le monde sera sauvé – et par les mains aussi de ma Mère Immaculée !...
MOTIFS DE LA DÉVOTION AUX SAINTES PLAIES
En
confiant à Sœur Marie-Marthe cette tâche magnifique, le Dieu du Calvaire se
plaisait à révéler à son âme ravie les innombrables motifs d'invoquer les
Plaies divines, comme aussi les bénéfices de cette dévotion.
Chaque jour, à chaque instant, pour l'exciter à s'en faire l'ardente apôtre, Il lui dévoile les inappréciables trésors de ces sources de vie :
Aucune âme, après ma sainte Mère, n'a eu
comme toi, la grâce de contempler, jour et nuit, mes
saintes Plaies.
Ma fille, reconnais bien le trésor du monde
!... le monde ne veut pas le connaître. – Je veux que tu les voies ainsi, afin
que tu comprennes mieux ce que j'ai lait en venant souffrir pour toi.
Ma fille, chaque fois que vous offrez à mon
Père les mérites de mes divines Plaies, vous gagnez une fortune immense. Vous
êtes semblables à celui qui trouverait dans la terre un grand trésor ; mais
comme vous ne pouvez pas conserver cette fortune, Dieu la reprend, et ma divine
Mère aussi, pour vous la rendre au moment de la mort et en appliquer les
mérites aux âmes qui en ont besoin : car vous devez faire valoir la fortune de
mes saintes Plaies.
Il
ne faut pas rester pauvres, parce que votre Père est bien riche !... Votre
richesse ? c'est ma sainte Passion ! Il ne faut pas vous en écarter. Il faut
que vous puisiez constamment dans le trésor de ma Passion et dans les trous de
mes Plaies sacrées.
Celui
qui est dans le besoin, qu'il vienne ici ; c'est le trésor et la richesse.
Une
de mes créatures m'a trahi et a vendu mon Sang, mais vous pouvez si facilement
le racheter goutte à goutte pour purifier la terre !... – Une seule goutte
suffit... et vous n'y pensez pas !... vous n'en connaissez pas le prix !
Les
bourreaux ont bien fait en me perçant le côté, les mains et les pieds,
puisqu'ils ont ouvert par là des fontaines d'où couleront éternellement les
eaux de ma miséricorde. C'est seulement le péché qui en a été la cause qu'il
faut détester.
Mon
Père se complaît dans l'offrande de mes sacrées Plaies et des douleurs de ma
divine Mère. Offrir mes Plaies au Père
éternel, c'est lui offrir sa gloire, c'est offrir le Ciel au Ciel.
Voilà de quoi payer pour tous ceux
qui ont des dettes ! – Car, en offrant à mon Père le mérite de mes saintes
Plaies, vous satisfaites pour les péchés des hommes[2].
Jésus
la presse – et nous presse avec elle, – de venir à ce trésor : Il faut tout confier à mes divines Plaies et travailler au salut des
âmes par leurs mérites.
Il
nous demande de le faire avec humilité : Lorsque mes saintes Plaies ont été
faites, il y a eu de la vanité pour l'homme qui croyait qu'elles finiraient.
Mais non, elles seront éternelles, et éternellement elles seront vues de toutes
mes créature. Je te dis ceci, afin que tu ne les regardes pas par manière de
routine, mais que tu les vénères avec grande humilité.
– Votre vie n'est pas de ce monde ;
enlevez les Plaies de Jésus et vous deviendrez terrestres...
Vous êtes trop matériels pour comprendre
toute l'étendue des grâces que vous recevez par leurs
mérites... – Vous ne regardez pas assez le
soleil dans sa plénitude... – Mes Prêtres eux-mêmes ne montrent pas assez le
Crucifix : Je veux que l'on m'honore tout entier. Il ne faut pas craindre de
montrer mes Plaies aux âmes... Le chemin de mes Plaies est si simple et si
facile pour aller au Ciel.
Il
nous demande de le faire avec des cœurs de Séraphins. – Désignant un groupe de
ces Esprits angéliques se pressant autour de l'autel, pendant la sainte Messe,
il dit à Sœur Marie-Marthe : Ils contemplent la beauté, la sainteté de Dieu
!... ils admirent, ils adorent... ils ne peuvent pas imiter. Quant à vous,
il faut surtout contempler les souffrances de Jésus pour vous conformer
à LUI. – I1 faut venir à mes Plaies avec des cœurs bien
chauds, bien ardents, et faire, avec grande ferveur les aspirations pour
obtenir les grâces que vous sollicitez.
Il
nous demande de le faire avec une foi ardente : Elles sont toutes fraîches,
il faut les offrir comme pour la première fois.
Dans
la contemplation de mes Plaies, on trouve tout pour soi et pour les autres.
Je te les fais voir pour que tu y
entres.
Il nous demande de le faire avec confiance :
Il
ne faut pas t’inquiéter des choses du temps, ma fille, tu verras dans
l’Éternité ce que tu auras gagné par mes Plaies.
Les
Plaies de mes pieds sacrés sont un océan. Amène-moi là toutes mes créatures ;
ces ouvertures sont assez grandes pour les y loger toutes.
Il
nous demande de le faire avec esprit d'apostolat, et sans jamais nous lasser :
Il faut beaucoup . prier pour que mes saintes Plaies se répandent dans le
inonde.
Des Plaies de Jésus, aux yeux de la voyante, partirent, un jour, cinq rayons lumineux, cinq
rayons de gloire qui enveloppèrent le globe. Mes
saintes Plaies soutiennent le monde.
1l
faut me demander l'affermissement dans l'amour de mes Plaies, parce qu'elles
sont la source de toutes les grâces. Il faut souvent les invoquer... y porter
le prochain... Il faut en parler et y revenir fréquemment, afin d'en imprimer
la dévotion dans les âmes...
Il
faudra longtemps pour établir cette dévotion, travaillez-y avec courage.
Toutes les paroles dites au sujet de
mes saintes Plaies me font plaisir, un plaisir indicible... Je les compte
toutes.
Quand
même il y en a qui ne veulent pas venir à mes Plaies, il faut que toi, ma
fille, tu les y fasses entrer.
Un
jour que Sœur Marie-Marthe éprouvait une soif ardente, son bon Maître lui dit
: Ma fille, viens à moi, et je te donnerai une eau qui te désaltérera ! Dans
le Crucifix, il y a tout : il y a de quoi se désaltérer – il y a pour toutes
les âmes ! Ma fille, je veux que tu puises dans mes Plaies pour donner aux petits.
Vous
avez tout avec mes Plaies ! Elles ont fait des œuvres solides, non par la
jouissance, mais par la souffrance.
Vous êtes des ouvrières qui travaillez au champ du Seigneur : avec
mes PMies, vous gagnez beaucoup et sans peine.
Offre-moi tes actions et celles de tes Sœurs, unies à mes saintes Plaies ; rien ne peut les rendre plus méritoires, ni plus agréables à mes yeux : il y a des richesses incompréhensibles, même dans les plus petites. Il est bon de le remarquer ici : dans les manifestations et confidences dont nous venons de parler, le divin Sauveur ne se présente pas toujours à Sœur Marie-Marthe avec l'ensemble de ses Plaies adorables : parfois Il ne lui en montre qu'une seule à part des autres.
C'est
ainsi qu'un jour Il lui découvre son pied droit en disant : Combien dois-tu
respecter cette Plaie et t'y; cacher comme la colombe !
Une
autre fois, Il lui fait voir sa main gauche : Ma fille, prends dans ma main
gauche mes mérites pour les âmes, afin qu'elles soient à ma droite pour
l’Éternité... Les âmes religieuses seront à ma droite pour juger le monde, mais
auparavant, je leur demanderai compte des âmes qu'elles devaient sauver.
LA COURONNE D'ÉPINES
Une chose frappante, c'est que Jésus réclame pour son auguste Chef couronné d'épines, un culte très spécial de vénération, de réparation et d'amour.
La
Couronne d'épines fut pour Lui une cause de souffrances particulièrement
cruelles : Ma couronne d’épines m'a fait plus souffrir que toutes mes
autres Plaies, confie-t-il à son épouse, elle a été ma plus cruelle
souffrance après le Jardin des Olives. Pour l’alléger, il faut bien observer
votre Règle.
Elle
est, pour l'âme fidèle jusqu'à l'imitation, une source de mérites : Voilà, dit-il,
cette tête qui a été percée pour ton amour et par les mérites de laquelle tu
dois être couronnée un jour. Heureuse l'âme qui aura bien contemplé et encore
mieux pratiqué !... – Voilà où est votre vie ; marchez-y simplement et vous
marcherez assurément.
Si
vous contemplez ma couronne d'épines sur la terre, vous serez un jour ma
couronne de gloire au Ciel.
Pour
un instant que vous contemplerez cette couronne ici-bas, je vous en donnerai
une pour l’Éternité... C'est elle, c'est la couronne d’épines qui vous vaudra
celle de gloire.
Elle
est le don de choix que Jésus fait à ses privilégiés : Ma couronne
d’épines, je la donne à mes privilégiés. Elle est le bien propre de mes épouses
et des âmes favorisées. – Elle est la joie des Bienheureux, mais pour mes
bien-aimés sur la terre, elle est une souffrance. (A la place de chaque
épine, notre Sœur voyait sortir un rayon de gloire impossible à décrire.) Mes
vrais serviteurs essayent de souffrir comme moi, mais aucun ne peut atteindre
le degré de souffrance que j'ai enduré.
De
ces âmes-là, Jésus sollicite une plus tendre compassion pour son Chef adorable.
Entendons ce cri du cœur qu'Il adresse à Sœur Marie-Marthe en lui révélant
sa tête ensanglantée, toute percée, et exprimant une souffrance telle, que la
pauvrette n'aurait su en quels termes la rendre : Voilà Celui que tu
cherches .... vois dans quel état Il est !... Regarde .... arrache les épines
de mon Chef en offrant à mon Père le mérite de mes Plaies pour les pécheurs...
– Va à la recherche des âmes.
On
le voit, dans ces appels du Sauveur, toujours revient, comme un écho de
l'éternel sitio, la préoccupation des âmes à sauver : Va à la
recherche des âmes.
Voilà
ton instruction : la souffrance pour toi, – les grâces que tu dois prendre pour
les autres. Une seule âme qui fait ses actions en union avec les mérites de ma
sainte Couronne gagne plus que la Communauté tout entière.
A
ces rudes appels, le Maître sait joindre les encouragements qui enflamment les
cœurs et font accepter tous les sacrifices. C'est ainsi que, dans le
courant d'octobre 1867, Il se présente aux yeux ravis de notre jeune Sœur, avec
cette couronne tout irradiée d'une gloire étincelante : Ma couronne d'épines
illuminera le Ciel et tous les Bienheureux ! Sur la terre, il y a quelques âmes
privilégiées à qui Je la montrerai, mais la terre est trop ténébreuse pour la
voir.
Le
bon Maître va plus loin. Il l'associe à ses triomphes comme à ses
souffrances... Il lui fait entrevoir la glorification future. Lui appliquant
avec de vives douleurs cette sainte Couronne sur la tête : Prends ma
Couronne, et dans cet état, mes Bienheureux te contempleront.
Bonheur des Justes, la sainte Couronne est, par contre, pour les méchants, un objet de terreur. – C'est ce qu'entrevit un jour Sœur Marie-Marthe dans un tableau offert à sa contemplation par Celui qui aimait à l'instruire en lui dévoilant les Mystères de l'au-delà.
Tout illuminé des splendeurs de cette divine Couronne, apparut à ses yeux le Tribunal où les âmes sont jugées. Il en passait continuellement devant le Juge souverain. Les âmes qui avaient été fidèles pendant leur vie se jetaient avec confiance dans les bras du Sauveur. Les autres, à la vue de la sainte Couronne, et au souvenir de l'amour de Notre-Seigneur qu'elles avaient méprisé, se précipitaient, terrifiées, dans les abîmes éternels...
Si impressionnante fut cette vision, que la pauvre enfant, en la racontant, tremblait encore de crainte et d'épouvante.
LE CŒUR DE JÉSUS !
Si le Sauveur découvrait ainsi toutes les beautés et toutes les richesses de ses divines Plaies à l'humble Converse, pouvait-Il ne point lui ouvrir les trésors de sa grande blessure d'amour ?
Voilà la Source où vous devez tout puise, disait-Il, en lui montrant ses Plaies dans une splendeur lumineuse et celle de son Cœur sacré, brillant, parmi les autres, d'un éclat incomparable :
Viens
seulement ici dans la Plaie de mon divin côté... – c'est la Plaie de l'amour
d'où il sort des flammes bien vives.
Jésus lui accordait, parfois plusieurs jours de suite, la vue de sa très sainte Humanité glorieuse. Il se tenait alors auprès de sa servante, s'entretenait familièrement avec elle, comme autrefois, avec notre sainte Sœur Marguerite-Marie Alacoque. Et cette dernière, qui ne quitte jamais le Cœur de Jésus, disait : C'est ainsi que Notre-Seigneur se montrait à moi, tandis que le bon Maître réitérait ses amoureuses invitations :
Viens dans mon Cœur, tu ne craindras
rien... Mets ici tes lèvres pour y puiser la charité et la répandre dans le
monde... Mets ici ta main pour y prendre mes trésors..
Un
jour, Il lui fait part de son immense désir de répandre les grâces dont déborde
son Cœur : Prends. parce que la mesure est comble. Je ne puis plus les
contenir tant j'ai envie de les donner.
Une
autre fois. c'est une invitation à utiliser encore et toujours ces trésors : Venez
recevoir l’épanchement de mon Cœur qui désire déverser son trop-plein ! Je veux
verser en vous de mon abondance, parce que, aujourd’hui, j'ai reçu en ma
miséricorde des âmes sauvées par vos prières.
A
chaque instant, sous des formes diverses, ce sont des appels à une vie d'union
avec son Cœur sacré : Tiens-toi bien collée à ce Cœur pour prendre et
répandre mon Sang.
Si
vous voulez entrer dans la lumière du Seigneur, il faut vous cacher dans mon
Cœur divin... – Si vous voulez connaître l’intensité des entrailles de la miséricorde
de Celui qui vous aime tant, il faut vous aboucher sur l’ouverture de mon Sacré
Cœur avec respect et humilité.
Voilà votre centre. Personne ne pourra vous empêcher de l'aimer, ni
vous le faire aimer sans que votre cœur y corresponde. Tout ce que les
créatures diront ne peut vous enlever votre trésor, votre amour... Je veux que
vous m'aimiez sans appui humain.
Ici, Notre-Seigneur
insiste, en adressant à toutes ses épouses une exhortation
pressante : Je veux que l'âme religieuse soit détachée de tout, car pour
venir à mon Cœur, il ne faut point d'attache, point de fil qui tienne encore à
la terre : il faut aller à la conquête du Seigneur dans le seul à seul avec Lui
; il faut chercher ce Cœur dans votre propre cœur.
Puis Il revient à Sœur Marie-Marthe, mais à travers sa docile servante, Il vise toutes les âmes et plus spécialement les âmes consacrées :
J'ai
besoin de ton cœur pour me dédommager et me tenir compagnie... – Je
t'apprendrai à m'aimer, car tu ne sais pas le faire : la science de l'amour de
Dieu se donne à l’âme qui regarde le Crucifié et lui parle cœur à cœur. Dans
chacune de tes actions, il faut être unie à moi. – Et
Notre-Seigneur lui fait comprendre les conditions et les fruits
merveilleux de l'union intime à son Cœur divin :
L'épouse
qui ne se met pas sur la poitrine de son Époux dans ses peines, dans son
travail, perd son temps. Lorsqu'elle a fait des fautes, il faut qu'elle se
couche sur mon Cœur avec grande confiance. Dans ce foyer ardent disparaissent
vos infidélités ; l'amour les brûle, les consume toutes !... – Il faut m’aimer,
tout m'abandonner. – Il faut vous reposer sur le Cœur de votre Maître comme
saint Jean. – Vous lui procurez une très grande gloire en l'aimant ainsi.
Ah
! que Jésus désire notre amour ! Il le mendie ! Apparaissant un jour dans toute
la beauté de sa Résurrection, Il dit à sa Bien-Aimée : Avec cela, ma fille,
je mendie comme le ferait un pauvre... – J'appelle nies enfants un à un .... Je
les regarde avec complaisance quand ils viennent à Moi... Je les attends !...
Prenant
vraiment l'aspect d'un mendiant, Il lui répétait encore, plein de
tristesse : Je mendie de l'amour, mais le plus grand nombre, même parmi les
âmes religieuses, me refuse cet amour ! .... Ma fille, aime-Moi purement pour
moi-même, sans avoir égard au châtiment ou à la récompense. Lui désignant
notre sainte Sœur Marguerite-Marie dont le regard « dévorait » le
Cœur de Jésus : Celle-ci m'a aimé de cet amour pur et uniquement pour Moi
tout seul !...
Et
Sœur Marie-Marthe s'essayait à aimer de ce même amour. Comme un foyer immense,
le Sacré Cœur l'attirait à Lui par des ardeurs indicibles... Elle se portait
vers son Bien-Aimé dans des élans d'amour qui la consumaient .... mais qui, en
même temps, laissaient en son âme une suavité toute divine ! Et Jésus lui disait
: Ma fille, quand le me suis choisi un cœur pour m’aimer et faire mes
volontés, j’y allume le feu de mon amour. – Cependant, je n’avive pas ce feu
sans interruption, de peur que l’amour-propre ne gagne quelque chose et que
l’on ne reçoive mes grâces par habitude. – Je me retire de temps en temps pour
laisser l’âme à sa propre faiblesse. Elle voit alors qu'elle est toute seule
.... elle fait des fautes : ces chutes la tiennent dans l’humilité... Mais je
n'abandonne pas pour ces fautes l'âme que j'ai choisie, je la regarde toujours.
Je ne suis pas si délicat : je pardonne et je reviens...
Chaque
humiliation vous lie plus intimement à Moi. Je ne vous demande pas de grandes
choses, je
veux l’amour de votre cœur tout simplement.
Serre-toi
contre mon Cœur, tu découvriras toute la bonté dont il est rempli. – C’est là
que tu apprendras la douceur et l’humilité. Viens, mon enfant, te jeter
là-dedans. Cette union n'est pas seulement pour toi, mais pour tous les membres
de la Communauté.
1l
faut que, par l’humilité et l'anéantissement, vos cœurs s’unissent au mien... –
Ah ! ma fille, si tu savais combien mon Cœur souffre de l’ingratitude de
tant de cœurs !... – Il faut unir vos peines à celles de mon Sacré Cœur.
Dis
à ta Supérieure de venir déposer dans cette ouverture toutes les actions de tes
Sœurs, même les récréations : elles seront là comme dans une banque et elles
seront bien gardées.
Détail touchant entre mille autres : lorsque Sœur Marie-Marthe rendit compte ce soir-là, elle ne put s'empêcher de s'interrompre pour demander à sa Supérieure : Ma Mère, qu'est-ce que cela veut dire ce mot de banque ? C'était la question de sa candide ignorance...
C'est
plus particulièrement encore aux âmes chargées de la conduite des autres,
directrices ou supérieures, que le Cœur de Jésus s'ouvre avec ses richesses
: – Tu feras un grand acte de charité en offrant chaque jour mes divines
Plaies pour toutes les directrices de l'Institut.
Tu
diras à ta Maîtresse qu'elle vienne remplir son âme à la Source, et demain, son
cœur sera plein pour répandre mes grâces sur vous. – Je donnerai à toutes la
grâce de comprendre les maximes de
mon Sacré Cœur. Par le travail et la
correspondance de l'âme, toutes y arriveront à l'heure de la mort.
Ma
fille. tes Supérieures sont les dépositaires de mon Cœur, il faut que je puisse
mettre dans leurs âmes tout ce que je voudrai de grâces et de souffrances. Dis
à ta Mère de venir prendre en ces Sources (son Cœur et
ses Plaies) pour tes Sœurs... – Elle doit regarder mon Sacré Cœur et tout
lui confier, sans se soucier du regard des hommes.
PROMESSES DE NOTRE-SEIGNEUR
Notre-Seigneur ne se contente pas de confier à Sœur Marie-Marthe ses saintes Plaies, de lui exposer les motifs pressants et les bénéfices de cette dévotion, en même temps que les conditions qui lui assurent le succès... Il sait aussi multiplier les encourageantes promesses. Ces promesses reviennent si fréquemment et sous des formes si variées, que force sera de nous limiter ; la pensée, d'ailleurs, reste au fond toujours la même.
La
dévotion aux saintes Plaies ne saurait décevoir : Il ne faut pas
craindre, ma fille, de vous « élargir » dans les Plaies, parce que
là, on ne sera jamais trompé, lors même que les choses paraîtraient
impossibles.
J'accorderai
tout ce que l'on me demandera par l'invocation aux saintes Plaies. Il faut en
répandre la dévotion.
Vous
obtiendrez tout, parce que c'est le mérite de mon Sang qui est d'un prix
infini. Avec nies Plaies et mon Cœur divin, vous pouvez tout obtenir.
Les saintes Plaies sanctifient et assurent l'avancement spirituel :
De
mes Plaies sortent des fruits de sainteté. De même que l'or purifié dans le
creuset devient plus beau, de même, il faut mettre ton âme et celles de tes
Sœurs en mes sacrées Plaies ; là, elles se perfectionneront comme l’or
dans la fournaise... Vous pouvez toujours vous purifier dans mes Plaies. Mes
Plaies répareront les vôtres...
Ceux
qui les honorent recevront une vraie connaissance de Jésus-Christ.
En
les méditant, tu y trouveras toujours un nouvel amour.
Mes
Plaies couvriront toutes tes fautes.
Les saintes Plaies donnent du prix à tout :
Ma
fille, plonge tes actions dans mes Plaies et elles deviendront quelque chose. –
Toutes vos actions, même les moindres, trempées dans mon Sang, acquerront par
cela seul un mérite infini et contenteront mon Cœur !...
En
les offrant polir la conversion des pécheurs, encore que les pécheurs ne se
convertiraient point, vous aurez devant Dieu le même mérite que s'ils s'étaient
convertis.
Les saintes Plaies sont un baume et un réconfort dans la souffrance :
Lorsque
vous avez quelque peine, quelque chose à souffrir, il faut vite l'apporter dans
mes Plaies. –
Il
faut souvent répéter auprès des malades cette aspiration : Mon Jésus, pardon et miséricorde, par les mérites de vos saintes
Plaies ! Cette prière soulagera l’âme et le corps.
Les
saintes Plaies ont une efficacité merveilleuse pour la conversion des pécheurs.
Un
jour, Sœur Marie-Marthe, saisie d'angoisse à la pensée des crimes de la
terre, s'écriait : Mon Jésus, prenez soin de vos enfants, ne regardez pas
leurs péchés.
Le divin Maître, répondant à son appel, lui apprit l’aspiration que nous connaissons déjà : Mon Jésus, pardon et miséricorde, etc., puis Il ajouta :
Beaucoup
de personnes éprouveront l'efficacité de cette aspiration. – Je désire, poursuivit
le Sauveur, que les Prêtres la donnent souvent à leurs pénitents au saint
Tribunal.
Le
pécheur qui dira la prière suivante : Père Éternel, je
vous offre les Plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour guérir celles de nos
âmes, obtiendra sa conversion.
Les saintes Plaies sauvent le monde et assurent une bonne mort :
Mes
saintes Plaies vous sauveront infailliblement..., elles sauveront le monde.
Il
faut expirer la bouche appuyée sur ces sacrées ouvertures... – Il n'y aura pas
de mort pour l'âme qui expirera dans mes Plaies, elles donnent la vraie vie.
Les saintes Plaies donnent tout pouvoir sur Dieu :
Vous n’êtes rien par
vous-même, mais votre âme, unie à Jésus, devient puissante ; elle peut même faire
plusieurs choses à la fois : mériter et obtenir pour tous les besoins, sans
qu'il soit nécessaire de rien particulariser. Posant sur la tête de la
chère privilégiée sa main adorable, le Sauveur ajoutait : Maintenant, tu as
mon pouvoir. C'est toujours à ceux qui n’ont rien comme toi, que je me plais à
donner le plus de grâces. – Mon pouvoir est dans mes Plaies : avec elles tu
deviens puissante... Oui, tu peux tout obtenir, tu as tout pouvoir ! Tu
as même, en quelque sorte, plus de pouvoir que Moi ; tu peux désarmer ma
justice, car encore que tout vienne de Moi, je veux être prié, je veux qu’on me
demande.
Les saintes Plaies seront, en particulier, la sauvegarde de la Communauté.
La
situation politique devenant chaque jour plus critique, raconte notre Mère,
en novembre 1873, nous avons fait une neuvaine aux saintes Plaies de Jésus.
Aussitôt, Notre-Seigneur en témoigna sa joie à la confidente de son Cœur. Puis
il lui adressa ces réconfortantes paroles : J'aime tant ta Communauté qu'il
ne lui arrivera jamais de mal.
Que
la Mère ne s'arrête pas aux nouvelles du temps, car souvent les nouvelles du
dehors sont fausses. Ma parole seule est vraie ! – Je vous le dis, vous
n'avez rien à craindre... Si vous laissiez la prière, alors, oui, vous auriez à
craindre... – Ce chapelet de la miséricorde fait contrepoids à ma Justice, il
arrête ma vengeance.
Enfin,
ratifiant de nouveau le don de ses saintes Plaies à la Communauté,
Notre-Seigneur lui disait : Voilà ton trésor !... Le trésor des saintes
Plaies renferme des couronnes que vous devez prendre et donner aux autres en
les offrant à mon Père pour guérir celles de toutes les âmes. – Un jour, les
âmes, à qui vous aurez obtenu une sainte mort par vos prières, se tourneront
vers vous pour vous remercier... – Tous les hommes paraîtront, en ce jour du
Jugement, devant Moi, et je montrerai alors mes épouses privilégiées qui auront
purifié le monde par mes saintes Plaies... Un jour viendra, où vous verrez ces
grandes choses !...
Ma
fille, ceci est pour vous humilier et non pour vous enorgueillir... Sache bien
que tout ceci n'est pas pour toi, mais pour Moi, afin que tu m'amènes des âmes
!...
***
Parmi les promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ, deux seraient à signaler tout spécialement : celles qui concernent l’Église et celles qui concernent les Âmes du Purgatoire.
LES SAINTES PLAIES ET L'ÉGLISE
Notre-Seigneur renouvela souvent a Sœur Marie-Marthe la promesse du triomphe de la sainte Église par le pouvoir de ses Plaies et de la Vierge immaculée :
Ma
fille, il faut bien faire ta charge, qui est d'offrir mes divines Plaies à mon
Père Éternel,
parce que de là doit venir le triomphe de l’Église, – lequel
passera par ma Mère Immaculée.
Mais,
dès le principe, Notre-Seigneur prévient toute illusion, comme toute équivoque.
Il ne saurait être question du triomphe matériel, visible, dont rêvent
certaines âmes !... À la barque de Pierre, jamais les flots ne se plieront
avec une parfaite docilité ; parfois même on pourra trembler devant les fureurs
de leur agitation... Lutter, lutter toujours, c'est une loi de la vie de
l’Église : On ne comprend pas ce qu'on demande en demandant son triomphe...
Mon Église n'aura jamais de triomphe visible..
Toutefois. à travers les luttes et les angoisses, continue de s'accomplir, dans l'Église et par l'Église, l’œuvre de Notre-Seigneur Jésus-Christ : le salut du monde. L’œuvre de Notre-Seigneur Jésus-Christ s'accomplit d'autant mieux que la prière – qui a sa place dans le plan divin – implore davantage les secours du Ciel.
Et
l'on conçoit que le Ciel se laisse spécialement fléchir quand on l'invoque au
nom des Plaies rédemptrices. – Jésus insiste fréquemment sur ce point : Les
invocations aux saintes Plaies lui obtiendront une victoire incessante...
Il
faut que tu puises sans cesse dans ces sources pour le triomphe de mon Église.
Hé ! mon bon Maître, depuis le temps
que vous nie faites faire cela !... et le triomphe ne vient
pas, s'exclama-t-elle dans sa familière simplicité.
– Ma fille, répondit notre bénin Sauveur, vous devriez être déjà
bien contentes de ce que je ne vous châtie pas davantage... Tu retiens mon
bras. – Je te promets de te donner le triomphe, mais petit à petit.
Et
le saint Fondateur vint compléter la leçon du Maître : Lors même que
Notre-Seigneur promet le triomphe par Marie immaculée, il ne faut pas vous
relâcher dans la prière et l'offrande des saintes Plaies.
Au
montent d'une grande persécution de l’Église, Sœur Marie-Marthe demandait
souvent à Jésus de couvrir de la protection de ses saintes Plaies le Souverain
Pontife. Cette prière plaisait beaucoup à Notre-Seigneur. Il fit voir à notre
Sœur que la grâce surabondait sur le Très Saint Père Pie IX et que les prières
faites par la Communauté y contribuaient grandement : De mes Plaies sort
une vertu particulière.
Vers la fin de 1867, Notre-Seigneur lui révéla que Sa Sainteté aurait encore beaucoup à souffrir, qu'il n'y aurait plus de paix, mais que, grâce à la prière, le Pape pourrait subsister sur le Saint Siège, dans la tribulation. On voit que Notre-Seigneur ne veut pas d'illusion !
Ce
qui ne l'empêche pas d'exiger toujours des prières : Je veux que
cette Communauté soit le soutien du Saint-Siège par la prière et surtout par
l'invocation à mes saintes Plaies. – Vous opposez ainsi une barrière à mes
ennemis.
Ni
d'exprimer sa satisfaction pour les prières faites : Je suis content
des prières que ta Communauté fait pour soutenir l’Église. Vous aurez un degré
de gloire de plus pour avoir été de bons soldats du Saint-Père. – Vous serez
toujours dans le cas de l'être : il faut beaucoup prier pour la sainte Église.
Ni
de conclure par l'assurance d'une Protection contre laquelle rien ne saurait
prévaloir : Pendant que mes Plaies vous garderont, vous n'avez rien à
craindre, ni pour vous, ni pour l’Église ! Si ce bien venait à vous
manquer, vous comprendriez alors ce que vous possédez.
LES SAINTES PLAIES ET LES ÂMES DU
PURGATOIRE
Le bénéfice des saintes Plaies fait
descendre les grâces du Ciel et monter au Ciel les Âmes du Purgatoire.
Chaque fois que vous regarderez le
divin Crucifié avec un cœur pur, vous obtiendrez la délivrance
de
cinq âmes du Purgatoire : une à chaque Source. Vous obtiendrez aussi, en
faisant le Chemin de la Croix, si votre cœur est
bien pur et bien détaché, la même faveur à chaque
station, par le mérite de chacune de mes Plaies.
Quand
vous offrez mes saintes Plaies pour les pécheurs, il ne faut pas oublier de le
[aire pour les Âmes du Purgatoire, car il y a peu de personnes qui pensent à
leur soulagement.
Les
saintes Plaies sont le trésor des trésors pour les Âmes du Purgatoire.
C'est
ce que le bon Maître voulut montrer à Sœur Marie-Marthe. Certain dimanche de
Carême, son état de souffrance ne lui permettant pas d'assister à
l'instruction, son Bien-Aimé vint à elle et lui dit : Je vais te donner
une occupation : tu offriras tes souffrances en union avec les miennes divines
pour les Âmes du Purgatoire.
La Sœur commença à faire cette offrande et, chaque fois qu'elle la renouvelait, elle voyait une âme monter au Ciel. Elle en était à la vingtième, lorsque le Père Éternel apparut : Je te donne le même pouvoir qu'à mon Fils, pourvu que tu m'offres ton cœur uni au sien. Elle s'efforça de le faire, et, à chaque acte d'offrande et d'union, c'était vers le Ciel – suivant son expression – une envolée d'âmes, « comme une volée d'oiseaux « .
Les
âmes délivrées par elle venaient parfois la remercier et lui disaient : Que
la fête qui les avait sauvées, la fête des saintes Plaies, ne passe
pas... Nous n'avons connu la valeur de cette dévotion qu'au moment où nous
avons joui de Dieu ! – En offrant les saintes Plaies de Notre-Seigneur à son
Père, vous opérez comme une seconde Rédemption.
Au
nombre de ces âmes, il en est qui tiennent de plus près au cœur d'une
religieuse, ce sont les âmes de ses propres Sœurs. Sœur Marie-Marthe priait et
souffrait pour elles plus particulièrement, et la Sainte Vierge lui en
témoignait de la satisfaction : Les âmes de vos Sœurs en Purgatoire sont
mes filles. Je prends grand plaisir à vous entendre prier pour leur délivrance ....
je souffre tant de les voir dans ce feu... Elles y vont presque
toutes !... – Je suis Reine et je veux que ces âmes règnent avec
Moi ! Malgré tout notre pouvoir, mon Fils et Moi, nous ne pouvons les délivrer
; elles doivent expier. – Mais vous pouvez si facilement les soulager et leur
ouvrir le Ciel, en offrant les saintes Plaies pour elles à Dieu le Père
Offre-les pour tous leurs manquements à la Règle, ajouta, un jour, Notre-Seigneur.
Une de nos Sœurs lui apparaissant glorieuse, peu après sa mort, lui dit : Je croyais bien faire toutes mes actions purement pour Dieu, et lorsqu'elles m'ont été montrées, je les ai vues toutes remplies de mouvements naturels. C'est la confiance que j'ai eue aux saintes Plaies de Jésus, les derniers jours de ma vie, qui a fait ma perfection. – Ah ! qu'il fait bon mourir en passant par les Plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ, disait une autre chère défunte.
LES SAINTES PLAIES ET LE CIEL
Pour donner comme un couronnement à ces magnifiques promesses, Notre-Seigneur montre enfin dans ses Plaies les « arrhes de notre gloire future » et Il fait entrevoir à Sœur Marie-Marthe le bonheur que procure dans les Cieux leur contemplation.
Les
âmes qui prient avec humilité et qui méditent ma Passion, auront un jour une
participation à la gloire de mes divines Plaies, leurs
membres en recevront une beauté et une gloire étincelantes.
Plus
vous aurez contemplé mes Plaies douloureuses sur cette terre, plus vous les
contemplerez glorieuses au Ciel !
Une
âme qui, pendant sa vie, a honoré les Plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ et
les a offertes au
Père Éternel pour les Âmes du Purgatoire,
sera accompagnée au moment de la mort par la Sainte
Vierge et les anges, et Notre-Seigneur en
Croix, tout resplendissant de gloire, la recevra et la couronnera.
Sœur Marie-Marthe pensait un jour, en offrant les saintes Plaies, qu'elle perdait son temps. Notre-Seigneur la reprit :
Est-ce
que mes Bienheureux ne font rien avec Moi parce qu'ils font toujours la même
chose ?... Ils m'aiment, ils m'adorent, ils contemplent mes Plaies et me
remercient... et leur joie est toujours pleine et entière.
Et
Jésus continue : Ma fille, où se sont faits les Saints, sinon dans mes
Plaies ?... C'est dans mes Plaies que mes épouses doivent régner un
jour... Mes Plaies sont pour ma gloire et la vôtre. Les Bienheureux qui
les contemplent depuis tant de siècles n'en sont point rassasiés .... ils les
contempleront toujours et en jouiront toujours... Oh ! que la terre est
peu de chose en vue d'un si grand bien !...
Très
souvent, la vue du Ciel est offerte à cette chère âme, tandis que se fait
entendre la voix de Dieu le Père : Vois, ma fille, tout ceci est le fruit
des souffrances de mon Fils !... Tout ceci t'est montré afin que tu
puisses, avec plus de confiance et de joie, offrir les saintes Plaies de
Jésus...
Et
la douce Reine des élus ajoute, pour stimuler les ardeurs : Si je suis au
Ciel et les Saints aussi, nous y sommes tous par les mérites des Plaies de mon
Fils. – Vous devez exploiter ces Plaies divines et vous deviendrez grandes
aussi.
Toujours
la même perspective, toujours le même programme : Semer ici-bas dans les
sillons des saintes Plaies ; au Ciel, moissonner éternellement dans la gloire.
DEMANDES DE NOTRE-SEIGNEUR
En échange de tant de grâces exceptionnelles, Jésus ne demandait à la Communauté que deux pratiques dont nous allons dire un mot rapidement : l'Heure sainte et le Rosaire des saintes Plaies.
A l'époque du choléra qui, en 1867, fit tant de victimes dans .la région chambérienne, Notre-Seigneur témoigna le désir que, tous les vendredis, l'Heure sainte fût faite par cinq Sœurs dont chacune serait chargée d'honorer une de ses Plaies.
La Très Sainte Vierge unit sa demande à la demande de son divin Fils, par ces paroles où perce un douloureux regret :
Il
n'y a aucune Maison sur la terre où les saintes Plaies de Jésus soient honorées
tout particulièrement le vendredi soir... Il faut pendant cette heure
contempler ces saintes ouvertures et vous y enfoncer.
Elle
apprend à l'heureuse privilégiée comment devrait s'accomplir ce pieux exercice
: Ma fille, lui dit-elle, la première lois que j'ai contemplé les
Plaies de mon cher Fils, c'est lorsque son très saint Corps fut déposé entre
mes bras. J'ai médité ses douleurs et j'ai tâché de les faire passer dans mon
cœur... J'ai regardé ses pieds divins l'un après l'autre .... de là je suis
allée à son Cœur, où j'ai vu cette grande ouverture, la plus profonde pour mon
Cœur de Mère .... j'ai contemplé la main gauche, puis la droite, et ensuite la
couronne d’épines. Toutes ces Plaies me perçaient le Cœur !... Voilà ma Passion
à Moi !... – Sept glaives sont en mon Cœur, et c'est par mon Cœur qu'il faut
honorer les Plaies sacrées de mon divin Fils !...
Ce fut environ à la même époque (1868-1870) que, pour entrer dans les intentions de Notre-Seigneur, les Supérieures établirent la récitation quotidienne de la COURONNE DE MISÉRICORDE.
Voici comment nous avons coutume de réciter ce rosaire :
Comme
introduction, avant les dizaines, la belle prière inspirée à un prêtre de Rome
:
0
Jésus, divin Rédempteur, soyez-nous miséricordieux pour nous et pour le monde
entier. – R. Amen. Dieu fort, Dieu
saint, Dieu immortel, ayez pitié de nous et de tout le monde. – Amen.
Grâce,
miséricorde, ô mon Jésus, pendant les dangers présents ; couvrez-nous de votre
Sang précieux. – R. Amen.
Père
Éternel, faites-nous miséricorde par le Sang de Jésus-Christ votre Fils unique
; faites-nous miséricorde, nous vous en
conjurons. – R. Amen, amen, amen.
Sur
les petits grains :
MON JÉSUS, PARDON ET MISÉRICORDE.
R. PAR LES MÉRITES DE VOS SAINTES PLAIES.
Sur
les gros grains :
PÈRE ÉTERNEL, JE VOUS OFFRE LES PLAIES DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
R. POUR GUÉRIR CELLES DE NOS ÂMES.
Ces deux dernières invocations sont celles qu'avait indiquées Notre-Seigneur lui-même et auxquelles Il a fait des promesses si belles !
En 1912, l’Église les a enrichies de 300 jours d'indulgence chacune (toties quoties) en faveur des Religieuses de la Visitation.
Ce ne fut pas sans difficulté que les Supérieures purent faire adopter la récitation du Rosaire des saintes Plaies ; de même qu'à Paray, par un zèle extrême de la Règle, on se permit plus d'une réclamation. Et nos Mères, ainsi que la pauvre Converse, en recueillirent bien des souffrances.
Mais
Notre-Seigneur les encourageait : Ma fille, les grâces de Dieu ne sont pas
données sans qu'il y ait de la difficulté pour accomplir mes volontés... Mais,
plus vous rencontrerez d'oppositions et d'obstacles, plus ma grâce sera
abondante.
Il
ne faut rien craindre, il faut marcher par-dessus les obstacles ; là est le
vrai amour... Celui qui vous tient ne peut être ébranlé : toujours je serai
votre défenseur !... mais il faut cette souffrance.
Dieu
le Père, tenant une clé à la main, semblait menacer d'un air sévère : Si
vous ne faites pas ce que je veux, je fermerai les Sources et je les donnerai à
d'autres.
Avec une fermeté pleine de patience et d'humilité, nos Mères Thérèse-Eugénie et Marie-Alexis parvinrent à faire accepter cette pratique, si peu onéreuse du reste. – Jésus les soutint manifestement :
Une Sœur, dont la haute intelligence et le solide jugement faisaient autorité dans le Monastère, se trouvait la plus fortement opposée à la nouvelle dévotion. Or, elle vit un jour venir à elle l'humble Converse, chargée d'un message de la part du Maître ; elle s'entendit révéler une chose absolument secrète, qui s'était passée entre elle et Lui, dans l'intime de son âme, chose qu'elle n'avait jamais confiée à personne... et que, dès lors, Sœur Marie-Marthe ne pouvait savoir que de Dieu...
Devant une telle preuve, la Sœur se rendit loyalement, et voulut réparer son opposition passée en faisant de petites images des saintes Plaies, pour en propager le culte.
La
dévotion à mes Plaies est le remède pour ce temps d'iniquité , assurait le Sauveur. C'est Moi qui le veux : il faut faire vos
aspirations avec grande ferveur.
Ma
fille, je vois tout, je compte tout. – Dis à ta Mère que, chaque aspiration
qu'elle fait, j'en tiens compte. Il faut qu'elle fasse tout ce qu'elle pourra
pour maintenir la couronne DE
MISÉRICORDE.
Je
suis content de vous voir honorer mes saintes Plaies : je puis maintenant
déverser plus largement les fruits de ma Rédemption.
Il
faut que vous, qui connaissez mes volontés, soyez doublement ferventes... Si
vous vous relâchiez dans la dévotion à mes Plaies, vous perdriez beaucoup.
Comme
il y a une armée dressée pour le mal, il y a aussi une armée dressée pour Moi.
Avec cette prière, vous êtes plus puissante qu'une armée pour arrêter mes
ennemis.
Vous
êtes bien heureuses, vous à qui j'ai appris la prière qui me désarme : Mon Jésus, pardon et miséricorde, par les mérites de vos saintes
Plaies. – Les grâces que vous recevez sont des grâces de feu... Elles
viennent du Ciel, il faut qu'elles retournent au Ciel...
Dis
à la Supérieure qu'elle sera toujours exaucée pour quelque besoin que ce soit,
lorsqu'elle me priera par mes saintes Plaies, en
faisant dire la COURONNE DE MISÉRICORDE.
Vos
Monastères attirent les grâces de Dieu sur les diocèses où ils se trouvent ;
quand vous offrez à mon Père mes saintes Plaies, je vous regarde comme tendant
les mains au Ciel pour avoir des grâces !... – En vérité, cette prière n'est
pas de la terre, mais du Ciel !... elle peut tout obtenir !
Il faut le dire à la Mère, se le rappeler, l’écrire pour l'avenir, afin
que vous y ayez recours de préférence.
Les recommandations de Notre-Seigneur n'ont pas été vaines. L'usage s'est maintenu du recours quotidien à cette prière du ciel . Que surgissent de grandes difficultés, des besoins graves, des dangers menaçants, les invocations se font plus nombreuses et plus pressantes... Et après une expérience de cinquante ans, la Communauté peut déclarer qu'elle a toujours eu à se féliciter de sa confiance ! Ce n'est pas que les épreuves nous aient été épargnées, ni que la mort ait espacé ses visites... Loin de là ! Mais l'épreuve elle-même s'adoucit de tant de consolation ! Et les morts sont si douces à l'ombre des saintes Plaies !
LES PÉCHEURS
Une
fois que la Communauté se fut pliée aux demandes de Notre-Seigneur sur ces deux
points, Jésus ne cessa pas pour autant ses appels. Il se fit même de plus en
plus pressant à présenter ses Plaies comme sources de grâces pour les
pécheurs, et comme leçons éloquentes pour les âmes religieuses :
Il y a bien longtemps, – c'est toujours Jésus qui parle, – que je désire vous voir distribuer les fruits de ma Rédemption ! Vous faites main tenant ce que je veux pour le salut du monde. – À chaque mot que vous prononcez de la COURONNE DE MISÉRICORDE, le laisse tomber une goutte de mon Sang sur l'âme d'un pécheur.
Les
hommes foulent aux pieds mon Sang, je veux que vous, mes épouses, vous m'aimiez
et travailliez pour mon amour.
Si,
avec toutes les richesses dont mes Plaies sont remplies pour vous, vous n'en profitiez
pas, vous seriez bien coupables...
Les
âmes qui ne vénèrent pas mes saintes Plaies, et qui, au contraire, les
ridiculisent, – ces âmes-là, je les rejette.
Les
pécheurs méprisent le Crucifix : je prends patience, mais un jour viendra où je
me vengerai. Viens avec ton Cœur, mon épouse, viens avec ton Cœur bien vide,
parce que Moi, j'ai de quoi le remplir : viens à la conquête des âmes.. Et lui faisant voir dans le monde une quantité de pécheurs : Je te
les montre, afin que tu ne perdes point de temps.
En
temps de Carême ou de Retraites, la vision de Jésus souffrant durait parfois
des journées entières :
Ma
fille, j'ai autant souffert pour une seule âme, que pour toutes ensemble... La
Rédemption a été abondante ! , Et le Sang rédempteur
coulait à flots des blessures adorables, et Jésus murmurait avec amour : C'est
le Sang de ton Époux !... de ton Père !... C'est pour vos âmes qu'il a
été versé ! – Il n'y a que Moi qui puisse verser ainsi ce Sang divin !...
– Ma fille, je suis ton Époux ! Je suis tout à toi pour les âmes ! .....
Quelquefois, elle voyait la justice de Dieu irritée, prête à s'appesantir sur le monde : Ne me prie pas, je veux punir, disait le Christ dans son indignation. Le monde, pour être régénéré, aurait besoin d'une seconde Rédemption. Le Père Éternel, intervenant, déclarait : Je ne puis donner mon Fils une seconde fois. Mais notre Sœur comprenait que, par l'offrande réitérée des saintes Plaies, nous pouvions opérer cette rédemption. – A mesure qu'elle les offrait, elle voyait la colère divine se changer « en une douceur de grâces qui se répandaient sur le monde ».
Ma fille, – disait une autre fois le Seigneur Jésus, – il faut remporter la palme de la victoire : elle vient de ma sainte Passion... Au Calvaire, la victoire paraissait impossible, et cependant, c'est de là que mon triomphe a éclaté. – Je désire constamment que vous profiliez de ma Rédemption par la correspondance à mes grâces que tant d’hommes méprisent... – Notre-Seigneur l’épouvanta en lui donnant une vue de sa justice excitée par les péchés des hommes... Alors, tout éperdue, elle s'écria, en s'humiliant profondément : Mon Dieu, ne regardez pas notre misère, mais regardez votre miséricorde. Et elle recommençait à apaiser le Sauveur par les invocations multipliées aux saintes Plaies.
Offre-les-moi
souvent pour le gagner des pécheurs, encourageait le
bon Maître, car j'ai faim des âmes !...
LES SAINTES PLAIES ET LES ÂMES RELIGIEUSES
Dans
la Maison de Dieu, il faut vivre unies à mes Plaies ! dit le Sauveur. – Vos vœux sortent de mes Plaies !....
Un
jour, Sœur Marie-Marthe étant au Chemin de la Croix et arrivant à la dixième
station, Jésus fait comprendre à son épouse le mérite de son dépouillement en
regard du vœu de pauvreté, lui demandant d'offrir les saintes Plaies – pour
celles de ses épouses qui ont besoin de dépouillement, afin qu'elles sachent le
revêtir par une pratique plus exacte du vœu de pauvreté. Puis, au
Crucifiement, Il ajoute – qu'étant vouées à Lui, nous devions être
clouées à la Croix avec Lui .... – lorsque nous suivons notre propre volonté,
nous nous déclarons ennemis de la Croix... – Il faut vous laisser gouverner par
votre Supérieure, comme Moi. tendant les mains, je me suis laissé attacher à la
Croix.
Il
lui demande encore de prier – pour celle qui voudraient se déclouer de la
Croix, en manquant à l'obéissance...
Ma
fille, redit-Il une autre fois, regarde ma
couronne, et tu verras la mortification, – mes mains étendues, et tu apprendras
l'obéissance, – tu comprendras la pauvreté en me voyant tout nu sur la Croix, –
la pureté en Celui que tu adores et qui est si pur !...
Il
lui enseigne que les âmes religieuses sont aussi des âmes vouées à la
souffrance : Je voudrais voir toutes mes épouses des Crucifix !... – Ne
faut-il pas que l’épouse ressemble à son Époux ? déclare Celui que la
sainte Amante des Cantiques dépeint ainsi : Mon Bien-Aimé est blanc et
vermeil.
Je
te donnerai des souffrances pour toute la journée, lui
promet-Il, afin que tu ailles plus souvent aux Sources heureuses de mes
divines Plaies.
Je
veux que tu sois crucifiée avec Moi ; je le veux de toutes manières... – A
mesure que tu diras : oui, je te crucifierai davantage.
Ma
fille, regarde ma couronne ! je n'ai pas dit : elle me fait trop souffrir – je
l'ai acceptée de mon Père, pour vous ! – Regarde mes mains ! je n'ai pas dit :
je ne les donne pas, cela me fera trop souffrir ! – et de même pour mes pieds.
Puis,
Jésus montre à sa servante sa chair sacrée, déchirée, en lambeaux : Partout
tu trouveras des Plaies en ton Époux ! – Je veux que tu sois ainsi ! –
Contemple-moi sur la Croix : lorsque j'y étais, je ne regardais ni les
bourreaux ni leurs outrages .... je regardais mon Père. –- Il faut ainsi
accomplir votre devoir, en faisant ce que je veux, sans autre regard vers la
créature... comme Moi je regardais mon Père uniquement !
Un
autre jour, lui apparaissant sur la Croix tout décharné, n'ayant que la
peau sur les os, ce tendre Maître s'écrie : Voilà, ma fille, où doivent
passer ceux que je me suis choisis et qui veulent arriver à la gloire, – non
pas ceux qui lèvent la tête. – Ma Mère a passé par ce chemin... Il est bien
rude pour ceux qui vont par force et sans amour ; mais doux et consolant est le
chemin des âmes qui portent leur croix avec générosité. – Il faut que les épouses
de Jésus-Crucifié souffrent... – Je n'ai plus que mes épouses pour me
dédommager.
Dans
un autre entretien, Jésus dit encore : Ma fille, il faut bien aimer
le Crucifix et vous crucifier pour aimer Jésus, afin de pouvoir mourir comme
Jésus et ressusciter dans la vie comme Lui. – Je renouvelle maintenant les
grâces de ma Passion... – c'est à vous d'en répandre le bénéfice sur le monde
entier.
COMMENT SŒUR MARIE-MARTHE SUT RÉPONDRE AUX
DÉSIRS DE JÉSUS
Remuée jusqu'aux plus intimes profondeurs de son être par de semblables révélations, notre chère Sœur s'en laissait imprégner tout entière. Elle était éprise d'un tel amour pour tes Plaies adorables du Sauveur, qu'il lui semblait qu'elle allait les dévorer. Son plus ardent désir était de susciter dans l'univers les sentiments d'amour et de reconnaissance qu'elles doivent inspirer, prête à donner sa vie pour l'extension d'un culte qu'elle voulait immense, passionné, sans limite !
Si,
d'ailleurs, son ardeur se ralentissait, si les invocations se pressaient moins
nombreuses sur ses lèvres, Jésus ne tardait pas à se présenter à elle dans
l'état pitoyable où l'ont réduit nos iniquités et, montrant ses Plaies, lui
faisait d’amoureux reproches : Elles te regardent toujours, quand tu les
oublies, toi, qui devrait toujours les regarder... – Tu dois t'appliquer à
guérir mes blessures en contemplant mes Plaies. – Je te les ai déjà fait il
voir si souvent que cela devrait te suffire, mais non, il faut toujours que je
réveille ta ferveur.
Ou
encore : Les inventions des bourreaux pour me faire souffrir, c'est moi qui
les voulais. Je les voulais par amour pour vous et pour satisfaire à mon Père :
tout se faisait par ma volonté !... – A présent, ma fille, je te ferai souffrir
aussi, parce que je le veux. – Je désire et je veux que tu me dédommages des
outrages que je reçois !... ~ Je te veux victime debout... --
Il faut élever vos Cœurs et vous jeter dans mes Plaies.
Se
présentant à elle comme dans un tableau : Il faut me copier , –
suppliait-Il un jour, avec un accent d'indicible tendresse et d'ardent désir, --
il faut me copier !... Les peintres font des portraits à peu près
conformes à l'original, mais ici, c'est Moi qui suis peintre et qui fais mon
image en vous, si vous me regardez.
Revenant
sur cette même invitation, notre divin Sauveur lui enseignait un autre jour : Ma
fille, quand un peintre veut faire un tableau, il prépare d'abord la toile
qui doit recevoir son pinceau. – Bon Maître, je ne sais pas ce que cela
veut dire ? interrogea-t-elle dans son extrême ignorance. Et Jésus dut
expliquer que son âme était cette toile d'attente : Ma fille, prépare-toi à
recevoir tous les coups de pinceau que je voudrais te donner.
Quelque
temps plus tard, Il lui demandait : Ma fille, veux-tu être crucifiée avec
moi, ou bien veux-tu être glorifiée ? – Ah ! mon bon Jésus, j'aime mieux être
crucifiée !... – A ces mots Sœur Marie-Marthe fut soudainement envahie
par une grande appréhension et se mit à énumérer ses nombreux défauts, comme un
obstacle aux grâces de Dieu : Tes défauts, répliqua son tendre Maître, paraîtront
tous au jour du Jugement, mais pour ta gloire ?... – Je reçois toutes tes
actions et tes souffrances pour les pécheurs et pour les âmes du Purgatoire,
mais il faut que tu demeures collée à mon Cœur, à mes Plaies, ne faisant qu'un
avec moi... – Il ne faut pas sortir de mon Cœur, car je ne pourrais plus me
communiquer à toi.
Bon
Maître, faites-moi le catéchisme, demanda-t-elle une
fois, avec sa candeur et sa hardiesse d'enfant : . Viens dans ta demeure,
mon épouse, répond Jésus en lui montrant ses Plaies, viens dans ta
demeure .. là tu trouveras tout !... Je serai ton prédicateur et je
t’apprendrai à t'immoler pour moi et pour le prochain.
Le
Crucifix, voilà ton livre !... Toute la vraie science est dans l’étude de
mes Plaies. Quand toutes mes créatures les étudieraient, toutes y trouveraient
assez de lumières sans avoir besoin d'aucun livre. – Le livre de ma Passion est
celui où tous mes Saints lisent et liront éternellement : c'est le seul que
vous devez affectionner.
Quand
vous puisez dans mes Plaies, lui confie encore
Notre-Seigneur, vous soulagez le divin Crucifié ! – Puis
s'adressant à saint François de Sales et lui montrant sa petite Privilégiée : Voilà
ton fruit ! une de tes filles qui puise dans les trous sacrés pour donner aux
âmes et apaiser ma Justice.
Notre
Sœur, dévorée qu'elle était de l'amour de Dieu, profite de cet instant pour
demander à notre bienheureux Père de lui obtenir d'aller bientôt dans la
Patrie, jouir du Bien souverain. Mais il répondit à ses supplications : Ma
fille, il faut faire ta tâche !... Nul ne peut entrer au Ciel avant
d'avoir accompli sa tâche ici-bas. – Si tu venais ici, en voyant que ta tâche
n'est pas faite, tu voudrais retourner sur la terre pour l'achever, considérant
la gloire rendue au divin Maître, et combien tu apaises la Justice de Dieu si
fort irritée...
Ainsi, Sœur Marie-Marthe était constamment soutenue, encouragée dans « sa tâche », selon l'expression qui revient sans cesse sur ses lèvres. Cette tâche, nous l'avons vu, c'était, en premier lieu, de faire valoir continuellement les mérites des saintes Plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour tes besoins de l’Église militante et de l’Église souffrante. C'était ensuite de travailler à renouveler, dans les limites du possible, cette salutaire dévotion dans le monde entier.
La première partie la regardait personnellement : Notre-Seigneur l'y avait engagée par des promesses solennelles, anciennes déjà et rédigées par la main maternelle :
Je,
Sœur Marie-Marthe Chambon, promets à Notre-Seigneur Jésus-Christ de m'offrir
tous les matins à Dieu le Père, en union avec les divines Plaies de
Jésus-Crucifié, pour le salut du monde entier et pour le bien et la perfection
de ma Communauté. – Je l’adorerai dans tous les Cœurs qui le reçoivent dans la
Sainte Eucharistie... Je le remercierai de ce qu'il veut bien venir dans tant
de Cœurs qui sont si peu prépares... – Je promets à Notre-Seigneur d'offrir
toutes les dix minutes, avec le secours de sa grâce et en esprit d'obéissance,
les divines Plaies de son Sacré Corps au Père Éternel ..., d'unir toutes mes
actions à ses saintes Plaies, selon les intentions de son Cœur adorable, pour
le triomphe de la sainte Église, pour les pécheurs et les âmes du Purgatoire,
pour tous les besoins de ma Communauté, ceux du Noviciat, du Pensionnat, et en
expiation de toutes les fautes qui s'y commettent... Tout ceci, par amour, sans
obligation de péché.
L'invocation : Père Éternel, je vous offre les Plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour guérir celles de nos âmes , telle est la formule de cette offrande...
Sœur
Marie-Marthe avait promis toutes les dix minutes, mais il ne se passait guère
de moment dans la journée, où sa bouche ne la renouvelât, en y joignant la
seconde invocation : Mon Jésus, pardon et miséricorde, par les mérites de
vos saintes Plaies.
L'existence de notre chère Sœur devint ainsi une prière ininterrompue : L'union à Dieu, un silencieux recueillement se lisaient sur sa physionomie. En la voyant, on était frappé de ses yeux presque toujours fermés, de ses lèvres murmurant sans cesse une prière. Au chœur surtout, elle se perdait vraiment en Celui qui daignait se montrer aux yeux de son âme, comme un Père et un Ami.
***
Quant à la seconde partie de la tâche, celle de réveiller dans les âmes la dévotion aux saintes Plaies, elle ne dépendait pas uniquement de la générosité héroïque de Sœur Marie-Marthe...
Notre-Seigneur
avait pris soin de lui en laisser entrevoir les longueurs et les difficultés : Ton
chemin, c'est de me faire connaître et aimer surtout dans l'avenir.
Il faudra longtemps pour établir cette dévotion. Le voile de l'avenir semble bien s'être levé partiellement devant le regard de Sœur Marie-Marthe dans une sorte de vision dont notre T. H. Mère Thérèse-Eugénie Revel déplore, avec un sensible regret, l'obscurité : Nous n'avons pu en savoir davantage sur la fin de cette vision et sur sa signification[3]. Sans entrer nous-mêmes dans le détail de ce récit, sans chercher une interprétation qui ne pourrait être que personnelle et, sans doute, fantaisiste, constatons simplement les faits réels :
Sœur
Marie-Marthe avait, avec l'aide de ses Supérieures, introduit la dévotion aux
saintes Plaies dans la Communauté : c'était un premier pas.
De
nombreux Monastères ont suivi cet exemple et adopté la dévotion : c'est un
second pas.
La
concession de 300 jours d'indulgence en faveur de toutes les Visitations du
monde est un troisième pas.
Le quatrième pas date de la publication de cette brochure. Il se poursuit magnifiquement : la lecture des grâces accordées à notre Sœur, la bienfaisante influence des paroles de Jésus concernant sa sainte et amoureuse Passion, le zèle des âmes religieuses et de tant de cœurs dévoués, les hauts encouragements reçus... ont provoqué un renouveau d'amour envers le divin Crucifié, si bien qu'à travers le monde entier se multiplient les confiantes invocations aux saintes Plaies.
DERNIÈRES ANNÉES ET MORT DE SŒUR
MARIE-MARTHE
Le
but de cette Notice était simplement de donner un aperçu de la vie de Sœur
Marie-Marthe en tant que dépositaire et apôtre des saintes Plaies.
Mais ce n'est là qu'un côté de sa vie intérieure. On en trouvera le complément dans un volume plus détaillé[4].
***
Les grâces et les communications divines remplissent vraiment toutes les heures de cette vie exceptionnelle, pendant vingt ans ! c'est-à-dire jusqu'à la mort de notre Mère Thérèse-Eugénie
Revel (30 décembre 1887).
Bien longtemps auparavant, Jésus, montrant à Sœur Marie-Marthe les deux Mères qui avaient le secret de toutes ses grâces, lui avait posé cette question : Ne m'en ferais-tu pas le sacrifice ? .... Et cette âme, dégagée de tout ce qui n'était pas Jésus, avait acquiescé – avec une réserve, toutefois : c'est que, dès lors, rien ne paraîtrait plus des faveurs dont Il la comblait ..., que tout resterait bien caché entre eux deux seulement.
Jésus promit et tint parole. Après la mort de notre bonne Mère Thérèse-Eugénie, Il couvrit d'un voile toujours plus impénétrable celle qu’Il avait résolu de tenir cachée jusqu'à son dernier jour. Dieu permit – par un concours de circonstances trop longues à rapporter, – que les Supérieures qui vinrent ensuite n'eussent qu'une connaissance très vague des grâces reçues : les cahiers qui en contenaient le récif étant déposés en d'autres mains tant qu'elle vécut.
Pendant les vingt dernières années, c'est-à-dire jusqu'à sa mort, rien ne parut à l'extérieur de ces grâces merveilleuses, rien, sinon les longues heures où Sœur Marie-Marthe demeurait au pied du Très Saint Sacrement, immobile, insensible, comme en extase !... Et personne n'osait l'interroger sur ce qui se passait dans ces instants bénis, entre son âme ravie et l'Hôte divin du Tabernacle.
Cette trame continue de prières, de travail et de mortification .... ce silence, cet effacement absolu, nous semble une preuve de plus – et non des moins convaincantes – de la vérité des faveurs inouïes dont elle fut comblée. Une âme d'humilité suspecte, ou même ordinaire, eût essayé d'attirer l'attention, se serait fait une gloire de l’œuvre que Jésus opérait en elle et par elle... Sœur Marie-Marthe, jamais !...
Elle se plongeait avec délices dans l’ombre de la vie commune et cachée... Mais, comme le grain de sénevé jeté en terre, la dévotion aux saintes Plaies germait dans les Cœurs.
***
Pendant
la dernière nuit de Noël que notre Sœur passa sur la terre, Jésus – nous aimons
à le croire –
l'avait avertie de son prochain départ de ce monde, et, en même temps, des souffrances qu'Il voulait lui demander encore.
Une Sœur, près d'elle, pendant la Messe de Minuit, l'entendit s'écrier avec angoisse : 0 mon Jésus, pas cela !... tout, oui tout, mais pas cela !... – Cela ! ce devait être la maladie pénible, douloureuse... Cela !... , ce devait être surtout le délaissement intérieur, l'absence du Bien-Aimé !... Elle, habituée à sa chère présence, à sa conversation quotidienne, ne pouvait – sans un déchirement douloureux – en accepter la privation.
Aussi, avions-nous remarqué, dès ce jour, une tristesse profonde empreinte sur sa physionomie.
Atteinte d'un gros rhume, auquel vinrent se joindre diverses complications très graves, elle reçut avec joie l’extrême-onction, au début du Carême de 1907.
Un
douloureux Calvaire lui restait à gravir : plusieurs semaines de suprêmes
purifications pendant lesquelles son Sauveur l'identifia, plus que jamais,
pour la rendre davantage semblable à Lui, aux agonies physiques et morales de
sa Passion. – A l'avance, Il l'avait prévenue : Le mal qui te donnera
la mort sortira de mes Plaies.
Nous sentions qu'il y avait quelque chose de mystérieux dans ce dernier combat de la nature...
Le 21 mars, après une nuit de souffrances terribles, un grand calme, un grand silence se fit...
Toute la Communauté entourait la mourante, en récitant des milliers de fois les chères invocations aux saintes Plaies.
Enfin, à huit heures du soir, aux premières Vêpres de sa Compassion, Marie venait chercher l'enfant à qui elle avait appris à aimer Jésus !... Et l’Époux recevait pour toujours dans la blessure de son Cœur sacré, l'épouse dont Il avait fait ici-bas sa Victime bien-aimée, sa Confidente et l'Apôtre de ses saintes Plaies.
MOT FINAL
Lorsque, vers la fin de décembre 1923, les événements nous amenèrent à publier ces pages, nous pensions qu'elles ne franchiraient pas l'enceinte familia