Les merveilles de la Messe
Le trésor de la Messe
Les merveilles du Saint Nom
Notre-Dame de Liesse
Le Saint Esprit
Les merveilles de la Confession

LES MERVEILLES DE LA MESSE

 

par le père Paul O’Sullivan, o.p. (E.D.M.)

 

Traduit de l’anglais par Jean-Claude Lemyze
avec la permission de St. Martin Apostolate, Dublin, Irlande


"Car du Levant au Couchant, grand est mon nom parmi les nations. En tout lieu un sacrifice d’encens est présenté en mon nom, ainsi qu’une offrande pure, car grand est mon nom parmi les nations, dit le Seigneur, le tout-puissant. " - Malachie 1.11


Ces magnifiques pages sur la Messe ont reçu l’approbation de :

Son Éminence le Cardinal Cerejeira
Son Éminence le cardinal Pietro Ciriaci, nonce du Pape, Lisbonne
Son Excellence l’Archevêque de Braga
Son Excellence l’Archevêque d’Evora
Son Excellence l’Archevêque d’Aveiro
Monseigneur l’Évêque de Coimbra
Monseigneur l’Évêque de Beja
Monseigneur l’Évêque de Portalagre


TABLE DES MATIÈRES

1. Les merveilles de la Messe
2. Qu’est-ce que la Messe ?
3. La joie des saints à la Messe
4. Les prêtres sont les plus heureux des hommes.
5. Les grâces de la Messe
6. Les prêtres - des anges sur la terre
7. Comment entendre la Messe avec profit.

 

Chapitre 1

LES MERVEILLES DE LA SAINTE MESSE



Les saints ne sont jamais si éloquents que lorsqu’ils parlent de la Messe. Ils sont intarissables sur ce sublime sujet, car saint Bonaventure dit que les merveilles de la Messe sont aussi nombreuses que les étoiles dans le ciel et les grains de sable sur toutes les plages du monde.
Les grâces, les bénédictions et les faveurs accordées à ceux qui assistent à ce Divin Sacrifice dépassent toute compréhension.
La Messe est la plus grande merveille du monde. Il n’existe rien sur terre qui puisse lui être comparé et il n’est rien au Ciel de plus grand.

L’autre plus grande merveille est l’indifférence et l’ignorance des catholiques concernant la Sainte Messe. Comment se peut-il que tant de catholiques ne vont pas à la Messe?
Le grand Sacrifice du Calvaire est offert tout près de leur maison, presque à leur porte, et ils sont trop indolents pour y assister.
Le Sacrifice du Calvaire ?! Oui, car la Messe est réellement et véritablement l’exacte répétition de la Mort de Jésus sur la Croix.
Pourquoi les mères, pourquoi les catéchistes, pourquoi les maîtres n’inculquent-ils pas dans l’esprit de ceux dont ils ont la charge les merveilles de la Messe ? Les prêtres sont tenus de le faire par le Concile de Trente.
Les protestants peuvent bien demander à ces catholiques qui négligent d’entendre la Messe chaque jour s’ils croient vraiment à la naissance de Dieu sur l’autel et que Dieu meurt sur l’autel comme Il est mort sur le Calvaire ? S’ils le croient vraiment, pourquoi n’assistent-ils pas à la Messe ?
Saint Augustin nous rapporte que les païens et les Gentils de son temps demandaient avec une ironie mordante aux chrétiens tièdes et indifférents s’ils croyaient sincèrement que le Dieu de toute miséricorde descendait sur leurs autels ! Vous, chrétiens, ajoutaient-ils, vous nous accusez d’adorer de faux dieux, mais au moins nous croyons qu’ils sont des dieux et nous les honorons; alors que vous méprisez Celui que vous appelez le Vrai Dieu!
S’il savait seulement ce qu’est la Messe, pas un chrétien intelligent et éclairé ne manquerait d’y assister.

SAINT LOUIS ET LA MESSE

Saint Louis de France, qui a travaillé plus durement peut-être qu’aucun sujet de son royaume et qui fut un des meilleurs et des plus glorieux souverains qui régnèrent jamais sur le royaume de France, trouvait le temps d’entendre deux à trois Messes par jour !
Des courtisans lui ont suggéré que peut-être il se surmenait en assistant si souvent à la Messe. Le roi a répondu : " Si je passais bien plus de temps à m’adonner aux plaisirs de la chasse, ou à recevoir mes amis au cours de banquets somptueux, ou si je fréquentais plusieurs heures par jour les théâtres et les lieux d’amusement, vous ne me reprocheriez pas de consacrer trop de temps aux plaisirs.
Vous oubliez, mes bons amis, qu’en entendant Messe je n’obtiens pas seulement pour moi-même d’innombrables bénédictions, mais que je confère ainsi à mon royaume les avantages les plus importants, bien plus que je ne pourrais le faire d’aucune autre manière. "

Cette réponse de St Louis pourrait être adressée à ces milliers de chrétiens indifférents et apathiques qui pourraient facilement entendre la Messe chaque jour et qui ne le font pas.
Même si c’était au prix d’un grand sacrifice, les bénédictions et les faveurs qu’ils recevraient dépasseraient leurs plus grands espoirs. Mais, en réalité, beaucoup pourraient entendre la Messe sans faire aucun sacrifice, ou à un prix si dérisoire que leur culpabilité, en négligeant ce Divin Sacrifice, est en vérité incompréhensible. Seule une lamentable ignorance peut expliquer pourquoi tant de catholiques négligent d’entendre la Messe chaque jour.
S’ils entendaient la Messe, la journée aurait pour eux plus de valeur que mille jours, si merveilleux seraient les grâces et les avantages qu’ils en recevraient.
Loin de perdre du temps, leurs affaires prospéreraient et ils arriveraient à un degré de félicité qu’ils ne pourraient espérer atteindre autrement.

SIMON DE MONFORT

Le célèbre général et héros, Simon de Montfort, avec seulement 800 cavaliers et quelques fantassins, se trouva surpris dans la ville de Muret par une armée de 40 000 hommes conduite par le roi d’Aragon et Raimond VI, comte de Toulouse, qui avait épousé la cause des Albigeois hérétiques. Il entendait la Messe lorsque ses officiers vinrent lui annoncer que l’armée des assiégeants était en marche pour attaquer la ville.
" Laissez-moi d’abord finir la Messe, répliqua-t-il, après quoi je serai à vous. "
Il se hâta ensuite de rejoindre l’endroit où ses forces déjà rassemblées l’attendaient, les invita à mettre en Dieu leur confiance et, donnant l’ordre d’ouvrir toutes grandes les portes de la ville, il chargea en plein cœur de l’armée qui s’approchait, sema la panique dans ses rangs, abattit le roi d’Aragon lui-même et remporta une glorieuse victoire.
Baronius déclare que l’empereur Lothaire entendait chaque jour ses trois Messes, même sur le champ de bataille avec ses troupes.
Au cours de la Grande Guerre (la Première Guerre mondiale), on sait que le maréchal Foch, commandeur en chef des armées françaises et britanniques, entendait la Messe chaque jour, même lorsque la situation était le plus critique.
L’empereur germanique Otton avait un jour convoqué un conseil de ses officiers supérieurs et de ses conseillers qui devait avoir lieu aux petites heures dans le palais de Worms.
Le duc de Bohème, un des princes qui devait assister au conseil, avait pour habitude d’entendre la Messe chaque jour et il arriva par conséquent en retard au palais royal.
Ce retard mit l’empereur en furie et, sans attendre le duc, il commença le conseil en donnant l’ordre à tous ceux qui étaient présents de ne pas rendre hommage au duc ni de le saluer lorsqu’il arriverait.
Peu de temps après, le duc pénétra dans la chambre du conseil et à la surprise générale, l’empereur, qui parut d’abord étonné, se leva en hâte et témoigna de grandes marques de respect au duc. Après qu’on eut discuté des importantes affaires du royaume, l’empereur Otton, remarquant la mine surprise des seigneurs et des princes devant son changement d’attitude, expliqua: " Comment, dit-il, vous n’avez pas vu qu’il est entré accompagné de deux anges, un de chaque côté ? Je n’ai pas osé lui manifester mon ressentiment. "

De semblables merveilleuses faveurs sont accordées au plus humble des fidèles, à tous ceux qui entendent la Messe avec dévotion.
Voici quelques exemples.

L’ANGE ET LES ROSES

Depuis de nombreuses années, un pauvre fermier avait coutume d’entendre la Messe tous les jours.
Un froid matin d’hiver, il traversait un champ couvert de neige, en route vers l’église. Il lui sembla entendre des pas derrière lui et, se retournant, il aperçut son ange gardien portant un panier rempli de magnifiques roses qui exhalaient un délicieux parfum. " Tu vois, lui dit l’ange, ces roses représentent chaque pas que tu fais pour te rendre à la Messe, et chaque rose représente aussi une glorieuse récompense qui t’attend dans le Ciel. Mais bien plus grands encore sont les mérites que tu as obtenus de la Messe elle-même. "

COMMENT FAIRE PROSPÉRER SES AFFAIRES

En France, deux commerçants résidaient dans la même ville. Tous deux travaillaient dans la même ligne, mais les affaires de l’un étaient prospères tandis que l’autre gagnait péniblement sa vie, même s’il travaillait plus fort et se levait plus tôt que son ami.
Réduit à toute extrémité, il se résolut d’aller demander conseil à son riche collègue dans l’espoir d’apprendre le secret de son succès.
" Mon bon ami, répliqua le riche marchand, je n’ai pas de secret; je travaille tout comme tu le fais. S’il existe une différence dans nos méthodes, la voici: je vais chaque jour à la Messe. Tu n’y vas pas. Suis mon sincère conseil, va entendre la Messe chaque jour et je suis sûr que Dieu bénira ton travail. "
Le pauvre fit ce qui lui avait été conseillé et bientôt, de façon inexplicable, ses difficultés prirent fin et son commerce prospéra au-delà de toute espérance.

Chapitre 2

QU’EST-CE QUE LA MESSE?



1. Dans la Messe, le Fils de Dieu devient homme de nouveau, de sorte qu’à chaque Messe le stupéfiant Mystère de l’Incarnation, avec tous ses infinis mérites, se répète aussi véritablement que lorsque le Fils de Dieu a pris chair pour la première fois dans le sein de la Vierge Marie.
St Augustin : " Quelle sublime dignité que celle du prêtre, quand dans ses mains le Christ devient homme une fois de plus ! "

2. La Messe est la naissance de Jésus-Christ. Il naît réellement sur l’autel chaque fois que la Messe est dite, tout comme Il est né à Bethléem.
St Jean Damascène: " Si quelqu’un désire savoir comment le pain est changé pour devenir le Corps et le Sang du Christ, je vais le lui dire. L’Esprit Saint couvre le prêtre de son ombre et agit sur lui comme Il a agi sur la sainte Vierge Marie. "
St Bonaventure: " Dieu, lorsqu’Il descend sur l’autel, ne fait pas moins que ce qu’Il fit lorsqu’Il devint homme pour la première fois dans le sein de la Vierge Marie. "

3. Le Sacrifice de la Messe est le même que le Sacrifice du Calvaire. Au cours de ce Sacrifice, Dieu meurt comme Il est mort le premier Vendredi Saint. Il a la même valeur infinie du Calvaire et fait descendre sur les hommes les mêmes grâces inappréciables.
La Messe n’est pas une imitation ou un souvenir du Calvaire, elle est identiquement le même sacrifice et ne diffère du Calvaire qu’en apparence.
À chaque Messe, le Sang du Christ est à nouveau versé pour nous.
St Augustin: " Dans la Messe, le Sang du Christ coule de nouveau pour les pécheurs. "

4. Il n’y a rien sur terre, ni même dans le Ciel, qui donne plus de gloire à Dieu et qui nous obtient plus de faveurs qu’une simple Messe.

5. Par la Messe, nous offrons à Dieu la louange la plus haute, la gloire la plus parfaite qu’Il puisse jamais désirer. Nous lui témoignons la gratitude la plus parfaite pour toutes les grâces qu’Il nous a accordées. Nous faisons une meilleure réparation pour nos fautes que par les plus sévères pénitences.

6. Nous ne pouvons rien faire de mieux pour la conversion des pécheurs que d’offrir pour eux le Saint Sacrifice de la Messe. Si les mères voulaient seulement entendre et faire dire des messes pour leurs enfants égarés, et les épouses pour leurs maris, combien heureuses seraient leurs familles !

7. Aucune prière, aucun suffrage, quelle qu’en soit la ferveur, ne peut aider autant les saintes âmes que la Messe. Oh! pensons aux âmes du Purgatoire ! Nos chers parents, nos amis sont peut-être parmi elles. C’est en entendant la Messe pour elles que nous pouvons les aider le plus facilement et soulager leurs souffrances le plus efficacement.

CE QUE LES SAINTS DISENT DE LA MESSE

Afin de rendre plus évident encore ce que nous venons de déclarer, nous voulons citer les paroles mêmes des saints et des saints docteurs.

St Laurent Justinien: " Il n’existe pas de prière ou de bonne œuvre qui soit aussi grande, aussi agréable à Dieu et aussi utile pour nous que la Messe. "
St Alphonse: " Dieu lui-même ne pourrait rien faire de plus saint, de meilleur ou de plus grand que la Messe. "
St Thomas enseigne que la Messe n’est rien de moins que le Sacrifice du Calvaire renouvelé sur l’autel et que chaque Messe apporte aux hommes les mêmes grâces que le Sacrifice de la Croix.
St Jean Chrysostome: " La Messe a exactement la même valeur que le Calvaire. "
St Bonaventure: " La Messe est un compendium de tout l’amour de Dieu, de toutes Ses grâces accordées aux hommes et chaque Messe confère au monde une grâce qui n’est en rien inférieure à celle qu’il a reçue par l’Incarnation. "
St Hanon, évêque de Cologne, vit un jour un globe d’un éclat et d’une beauté extraordinaires tourner autour du calice à la Consécration avant de pénétrer dans le vaisseau sacré. Il était si rempli de crainte révérencielle qu’il avait peur de poursuivre la Messe, mais Dieu lui révéla que cela se produisait chaque fois que la Messe était célébrée, bien que les yeux humains ne puissent le voir.
L’Hostie n’est rien d’autre que le Dieu éternel et tout-puissant qui remplit le Ciel de sa Majesté. Pourquoi ne pouvons-nous en prendre conscience ?
St Odon de Cluny: " Le bonheur du monde vient du Sacrifice de la Messe. "
Timothée de Jérusalem: " Sans la Messe, le monde aurait été détruit depuis longtemps en raison des péchés des hommes. "
" Rien n’apaise autant la colère de Dieu, rien ne nous obtient autant de grâces que la Messe. "
St Laurent Justinien: " Nulle langue humaine ne peut décrire les immenses faveurs et les bénédictions que nous recevons de la Messe. Le pécheur obtient le pardon, le juste devient plus saint, nos fautes sont corrigées et nos vices extirpés en entendant la sainte Messe. "
Fornerius: " Par une seule Messe que nous entendons en état de grâce, nous donnons à Dieu plus de plaisir et nous obtenons pour nous-mêmes plus de grâces et de faveurs que par les plus durs pèlerinages. "
Marchant: " Si nous devions offrir à la sainte Trinité toutes les pénitences, toutes les prières, toutes les bonnes œuvres de tous les saints, si nous devions offrir des torrents de sang, toutes les souffrances des douze apôtres et des millions de martyrs, tout cela Lui donnerait moins de gloire et de plaisir que la Messe ! Pourquoi ? Parce que la Messe est vraiment et réellement le Sacrifice du Calvaire. Dans la Messe, Jésus-Christ offre à son Père éternel toutes les souffrances, les humiliations et tous les mérites infinis de sa Passion et de sa Mort. "
La Messe nous obtient les plus grandes grâces, les bénédictions et les faveurs les plus hautes, tant spirituelles que temporelles - des grâces qu’il nous serait impossible de recevoir autrement.
La Messe nous sauve de dangers innombrables et nous délivre des maux qui nous menacent.
St Alphonse demande : Quelle est la raison de tout cela ?
Il répond que la valeur de la Messe est infinie; tandis que toutes les prières et les bonnes œuvres des anges comme des saints, bien que leur mérite soit extrêmement grand et qu’elles rendent à Dieu une indicible gloire, sont cependant finies et ne peuvent par conséquent être comparées avec le Sacrifice de la Messe qui est infini.
De même que la création tout entière, les cieux, la terre, la lune et les étoiles, les montagnes et les océans, tous les hommes et tous les anges ne sont rien en comparaison de Dieu, ainsi il n’est pas de bonnes œuvres, si saintes soient-elles, qui égalent une seule Messe. La Messe est Dieu lui-même.

LES ANGES ET LA MESSE

St Grégoire: " Les Cieux s’ouvrent et une multitude d’anges viennent assister au saint Sacrifice. "
St Augustin: " Les anges entourent et aident le prêtre lorsqu’il célèbre la Messe. "
St Jean Chrysostome: " Lorsque la Messe est célébrée, le sanctuaire est rempli d’une infinité d’anges qui adorent la Divine Victime immolée sur l’autel. "
L’efficacité de la Messe est si merveilleuse, la miséricorde et la générosité de Dieu sont si illimitées, qu’il n’y a pas de moment plus propice pour demander des faveurs que lorsque Jésus prend corps sur l’autel. Ce que nous demandons alors, nous sommes presque certains de le recevoir et ce que nous ne recevons pas dans la Messe, nous pouvons à peine espérer le recevoir par toute autre prière ou pénitence, ou par des pèlerinages.
Les anges le savent fort bien et ils viennent en multitude adorer Dieu et présenter leurs pétitions en cette heure de miséricorde.

Nous lisons dans les révélations de Ste Brigitte : " Un jour que j’assistais au Saint Sacrifice, j’ai vu un nombre immense de saints anges descendre et se rassembler autour de l’autel en contemplant le prêtre. Ils chantaient des cantiques célestes qui ravissaient mon cœur; le Ciel lui-même semblait contempler le grand Sacrifice. Et pourtant, pauvres et misérables créatures que nous sommes, nous assistons à la Messe avec si peu d’amour, de ravissement et de respect !
Oh, si Dieu voulait nous ouvrir les yeux, que de merveilles ne verrions-nous pas ! "
Lorsque le bienheureux Henri Suso, le saint dominicain, disait la Messe, les anges se rassemblaient en formes visibles autour de l’autel et certains s’approchaient de lui dans des ravissements d’amour.
C’est cela qui se produit à chaque Messe, même si nous ne le voyons pas.

Les catholiques pensent-ils parfois à cette extraordinaire vérité ? À la Messe, ils prient en compagnie de milliers d’anges du Seigneur.

Chapitre 3

LA JOIE DES SAINTS À LA MESSE



St Dominique avait l’habitude de passer la nuit en prière devant le Saint Sacrement. Le matin, il célébrait la Messe avec la ferveur d’un séraphin, et il était parfois si rempli d’amour et de ravissement que son corps s’élevait dans les airs et que son visage rayonnait d’une lumière surnaturelle.

St Jean de la Croix disait la Messe avec un amour et une dévotion extraordinaires.
Un jour, après avoir prononcé les paroles de la Consécration, une lumière si brillante irradiait de son visage que beaucoup de ceux qui étaient présents dans l’église se sont rassemblés autour de l’autel pour admirer cette merveilleuse lumière.
Après la Messe, le supérieur le pria de dire ce qui s’était passé et le saint répondit : " Au moment de la Consécration, Dieu s’est révélé à moi dans une telle majesté et une telle gloire que j’ai craint de ne pouvoir continuer la Messe. "

Le bienheureux Jean d’Alverne disait la Messe avec une dévotion semblable. Le jour de la fête de l’Assomption, son âme était si remplie de sainte crainte et d’émotion qu’il s’efforça vainement de prononcer les paroles de la Consécration. Il commença et s’arrêta; puis il recommença et s’arrêta de nouveau. Son supérieur, voyant son trouble, l’aida à réciter toute la formule.
À peine eut-il fini de prononcer les paroles que le bienheureux Jean vit la sainte Hostie prendre la forme du Divin Enfant et il était si bouleversé que deux prêtres ont dû l’aider à terminer le Saint Sacrifice.
Puis il tomba dans une extase d’amour.

Thomas de Cantimbre, le célèbre évêque dominicain, renommé pour son grand savoir et sa profonde piété, décrit un miracle dont il fut lui-même témoin avec plusieurs autres.
Ayant appris que Notre Seigneur s’était rendu visible dans une hostie consacrée dans l’église de St-Amand, à Douai, il s’y rendit en hâte et pria les prêtres d’ouvrir le tabernacle et de découvrir le fragment sacré. De nombreuses personnes s’étaient rassemblées dans l’église à l’annonce de la venue de l’évêque et eurent le privilège de voir une nouvelle fois notre Divin Seigneur.
L’évêque nous rapporte ce qu’il a lui-même pu voir : " J’ai vu mon Seigneur face à face. Ses yeux étaient clairs et exprimaient un merveilleux amour. Ses cheveux étaient abondants et flottaient sur ses épaules. Sa barbe était longue. Son front était haut et large, ses joues étaient pâles et sa tête légèrement inclinée. À la vue de mon Seigneur bien-aimé, mon cœur fut bien près d’éclater de joie et d’amour.
" Peu de temps après, la face de mon Seigneur prit une expression de profonde tristesse, semblable à celle qu’il dut avoir au moment de la Passion. Il était couronné d’épines et son Visage baignait dans le sang.
En voyant l’expression de mon doux Sauveur changer ainsi, mon cœur fut transpercé d’une profonde tristesse, des larmes jaillirent de mes yeux et il me semblait sentir les pointes des épines rentrer dans ma tête. "

St Jean de l’ordre des augustiniens brûlait d’un tel amour pour la Messe qu’il avait coutume de se lever très tôt pour satisfaire son ardent désir de célébrer le Saint Sacrifice aussi tôt que possible. Sa dévotion était en vérité admirable et son âme était emplie de ravissement, spécialement au moment de la Consécration.
Ceux qui servaient sa Messe se plaignaient cependant à leur supérieur que le bon Père les fatiguait par la longueur extraordinaire de ses Messes, ce qui les empêchait de remplir leurs autres devoirs. Le supérieur lui demanda de finir ses Messes plus rapidement, comme les autres membres de la communauté.
Le bon prêtre suivit ces instructions, mais après quelques jours il se jeta aux pieds du prieur en l’implorant de l’autoriser à consacrer plus de temps à la célébration de la sainte Messe.
Pressé de donner à son supérieur les raisons d’une dévotion aussi inhabituelle, le père Jean lui révéla les faveurs divines qu’il recevait et que le Seigneur Jésus apparaissait visiblement sur l’autel, ajoutant des détails qui remplirent le prieur d’une telle crainte et d’une si grande émotion qu’il faillit en perdre connaissance.
Le récit de ces faits communiqua au supérieur une ferveur ardente et renouvelée à la sainte Messe pour le reste de ses jours.

Saint Raymond de Peñafort, supérieur général de l’ordre des dominicains, disait la Messe avec une ferveur angélique. Un jour, un globe de feu recouvrit sa tête et ses épaules, telle une glorieuse auréole, depuis la Consécration jusqu’à la Communion.

Le bienheureux François de Possadas, qui appartenait au même ordre, obtint une faveur non moins grande. Son visage fut illuminé d’une extraordinaire splendeur et devint beau à l’extrême, comme s’il avait reçu une vie nouvelle. Un jour, une flamme de lumière brillante sortit de sa bouche et vint illuminer le missel alors qu’il lisait l’évangile. À deux reprises durant la fête de la Pentecôte, une splendeur émana de tout son corps pour illuminer l’autel.
Comme il prononçait les paroles de la Consécration, le Seigneur lui dit avec un amour infini : " Mon fils, Je suis le Je suis. " Après avoir consommé l’hostie, le bienheureux Francis fut élevé et resta suspendu dans les airs.

Saint Ignace avait coutume de dire la Messe avec une dévotion extasiée. Un jour, l’assistant vit une flamme brillante lui tourner autour de la tête et se précipitait pour l’éteindre lorsqu’il s’aperçut que c’était une lumière surnaturelle qui enveloppait la tête du saint !

Le bienheureux François de l’ordre des Frères Mineurs avait depuis de nombreuses années de graves douleurs dans les jambes qui le faisaient souffrir à chaque mouvement.
Mais sa dévotion à la Messe était si grande que durant toute ces années, plein de foi, il se levait de sa couche le matin et célébrait les divins mystères sans la moindre gêne.
Le bienheureux Jean, un dominicain de Ravenne, fut fréquemment enveloppé d’une splendeur céleste durant la Messe.

Les vies de saints sont remplies de merveilles semblables. Ce que nous devons garder à l’esprit, cependant, c’est qu’à chaque Messe que nous entendons, si humble que soit le prêtre, les mystères sont les mêmes, en nombre infini, comme dit St Bonaventure. C’est le même Dieu éternel, infini, omnipotent qui naît sur l’autel et qui s’offre aussi véritablement qu’Il le fit sur le Calvaire, pour ceux qui assistent à la Messe.


Chapitre 4

LES PRÊTRES SONT LES PLUS HEUREUX DES HOMMES



Non seulement les saints mais tous les prêtres dévots éprouvent la même profonde satisfaction et la même joie lorsqu’ils célèbrent la Messe. Il leur suffit de savoir :
1. Qu’ils sont en conversation intime, immédiate et personnelle avec Dieu lui-même; qu’ils Le tiennent dans leurs mains, le regardent et conversent avec Lui et qu’Il regarde au fond de leur cœur avec un ineffable amour.
2. Qu’ils Lui rendent la joie et la gloire la plus grande que Lui-même pourrait jamais désirer, une gloire plus grande que celle que tous les saints et tous les anges Lui rendent au ciel.
3. Qu’ils appellent sur eux-mêmes, sur le monde et sur leur pays natal d’innombrables grâces.
4. Qu’ils sont entourés pas une foule de saints anges qui observent chacun de leurs gestes.
5. Finalement, qu’ils aident, consolent et réjouissent les saintes âmes du Purgatoire. Comment un prêtre dévot et intelligent pourrait-il savoir et ressentir tout cela sans être rempli de joie ?

LA MESSE DE LÉON XIII

" J’ai pu un jour assister à la Messe du pape Léon XIII, nous a dit un vénérable prêtre, et aucun livre que j’ai pu lire sur la Messe ni aucun sermon que j’ai entendu prononcer n’a produit sur moi une aussi profonde impression.
Cinquante années ont passé depuis cet heureux jour et jamais je n’ai oublié cette Messe et le Saint Père. Je n’ai moi-même jamais célébré la Messe sans tenter d’imiter la dévotion qu’il a manifestée dans sa Messe.
Le Pape avait alors quatre-vingt-cinq ans et il me parut faible et bien courbé lorsqu’il entra dans la chapelle. Mais en se dirigeant vers l’autel, il était rempli d’une vie et d’une énergie nouvelles.
Il a commencé le Saint Sacrifice absorbé dans une profonde dévotion. Tous ses gestes, tous ses mouvements, sa prononciation lente et distincte des paroles montraient clairement qu’il se sentait en présence même de Dieu. Au moment de la Consécration, son visage s’éclaira d’une magnifique lumière, ses grands yeux brillèrent et toute son expression suggérait qu’il regardait le Tout-Puissant et conversait avec lui.
Il prit l’Hostie entre ses mains avec une révérence extrême et prononça les paroles solennelles de la Consécration, de toute évidence avec la pleine compréhension de l’acte extraordinaire qu’il accomplissait.
Puis il s’agenouilla comme s’il se trouvait devant le trône de Dieu dans le ciel, il éleva l’Hostie et la fixa avec ravissement avant de la déposer lentement sur le corporal.
Il manifesta la même onction et la même foi vivante à la Consécration du très Précieux Sang.
Jusqu’à la communion, sa ferveur était à chaque instant visible.
À l’Agnus Dei, il semblait parler face à face avec Dieu.
Je n’ose décrire avec quel amour il consomma la sainte Hostie et but le Précieux Sang de Jésus.
Et pourtant la Messe ne durait pas très longtemps, toute la cérémonie était simple, mais si impressionnante que, comme je l’ai dit, elle est restée vivante devant mes yeux depuis cinquante longues années. "

UN PROTESTANT CONVERTI PAR LA MESSE

Un groupe de touristes anglais, des protestants, assistaient au Saint Sacrifice dans la cathédrale de Florence. Le célébrant disait la Messe avec une profonde dévotion, sans se douter qu’il était observé avec attention par ce groupe d’étrangers. Le groupe ayant satisfait sa curiosité s’éloigna de l’autel et continua à admirer les beautés de l’édifice sacré. Un des touristes, cependant, demeura sur place et continua à observer chacun des mouvements du prêtre jusqu’à la fin du Saint Sacrifice.
Il était évidemment fort ému et avait été particulièrement frappé par la foi et la joie qu’il pouvait lire sur le visage du prêtre alors qu’il descendait les marches de l’autel pour se rendre à la sacristie. De retour en Angleterre, ce gentleman demanda d’être instruit dans la foi et devint un catholique fervent.

LES MESSES RAPIDES ET IRRÉVÉRENCIEUSES

Bien différents, nous dit St Alphonse, sont les tristes effets obtenus sur ceux qui assistent à des Messes célébrées à la hâte et de façon irrévérencieuse.

LE PÈRE MATEO CRAWLEY

Le père Mateo Crawley fut sans doute un des plus grands missionnaires du monde. On ne pouvait cependant trouver une personne plus aimable, plus modeste et plus engageante. Même quand il s’agissait des plus grands pécheurs que la vie l’avait amené à rencontrer, il parlait d’eux avec bonté et pitié.
Mais il est un fait qu’il rapporte avec une grande tristesse. C’est lui-même qui nous raconte l’histoire. " Mon père, dit-il, était protestant, un homme droit, honnête et honorable. Ma mère était catholique et avait élevé ses enfants dans la foi catholique. Son plus ardent désir était de voir mon père se convertir. Elle agissait avec beaucoup de tact et de prudence. Elle plaçait son espérance dans la prière et dans l’exemple plutôt que dans la persuasion, mais trouvait quand même le moyen de faire connaître à mon père, en évitant de l’ennuyer, les vérités de la foi catholique.
Ses espoirs étaient sur le point de se réaliser, à tel point qu’un jour mon père lui promit de nous accompagner à la Messe.
Ce qu’il fit, mais malheureusement le prêtre célébra la Messe avec tant de hâte et d’irrévérence que mon père en revint très déçu et déclara que plus jamais il ne songerait à devenir catholique.
Nous étions nous aussi fort désappointés, d’autant plus que mon père refusa ensuite qu’on lui parle de la foi catholique. Les années passèrent et nous avons continué à prier.
Un soir, un prêtre missionnaire de l’ordre des Passionistes nous rendit visite et mon père, toujours hospitalier, l’invita à rester.
La Providence voulut que la conversation de ce missionnaire eut sur mon père un effet frappant ! Il consentit une nouvelle fois à entendre la Messe, célébrée cette fois par le missionnaire.
Ce père Passioniste célébra la Messe très simplement, mais avec une grande piété et, grâce au Seigneur tout-puissant, mon brave père suivit peu de temps après un cours de catéchèse et entra dans l’Église. "

Chapitre 5

LES BIENFAITS DE LA MESSE



Saint Thomas, prince des théologiens, parle merveilleusement de la Messe.
"La Messe, dit-il, obtient pour les pécheurs en état de péché mortel la grâce du repentir. Pour le juste, elle obtient la rémission des péchés véniels et le pardon de la peine due au péché. Elle obtient une augmentation de la grâce [sanctifiante] habituelle, ainsi que les grâces nécessaires pour leurs besoins particuliers. "

Saint Paul l’Ermite, se tenait un jour à la porte de l’église où les gens entraient. Il vit l’âme d’un homme, un grand pécheur, dans un tel état de corruption qu’il en fut effrayé. Il vit également un diable qui se tenait à ses côtés et semblait le maîtriser complètement. À la sortie de l’église, il vit le même homme si totalement transformé qu’il l’appela et lui demanda confidentiellement s’il regrettait ses péchés. Le pauvre homme confessa immédiatement qu’il avait commis un grand nombre de péchés graves mais que durant la Messe, il avait lu dans son livre de prières, " Si vos péchés sont rouges comme l’écarlate, je les rendrai blancs comme neige. J’ai aussitôt demandé à Dieu de me pardonner, je regrette mes péchés et je veux me confesser immédiatement. "
Saint Paul vit que l’homme, par son acte de repentir sincère et grâce aux mérites infinis de la Messe, avait été pardonné de tous ses péchés.

Notre Seigneur a dit à sainte Mechtilde: " À la Messe, je viens avec une telle humilité, qu’il n’y a aucun pécheur, si dépravé qu’il puisse être, que je ne sois prêt à recevoir si seulement il le désire. Je viens avec une telle douceur et une telle miséricorde que je pardonnerai à mes plus grands ennemis s’ils me demandent leur pardon. Je viens avec une telle générosité, que nul n’est si pauvre que je ne veuille le combler de la richesse de mon amour. Je viens avec une si céleste nourriture qu’elle redonnera de la force aux plus faibles, avec une lumière telle qu’elle illuminera les plus aveugles, avec une telle plénitude de grâces qu’elle ôtera toutes les misères, vaincra toute les obstinations et dissipera toutes les craintes. "
Quelles paroles de divin réconfort - des paroles de Dieu lui-même! Si l’on n’entendait rien d’autre à propos du Divin Sacrifice de la Messe, ces paroles ne suffisent-elles pas à nous remplir de foi et de confiance dans les Divins Mystères?

Saint Grégoire de Nysse. Dans la vie de ce grand saint, nous lisons que son père était tombé dangereusement malade et se mourait. Le malade était dans un tel état de faiblesse qu’il pouvait à peine faire le moindre mouvement. Son pouls était très faible et il était incapable de se nourrir. Finalement, il perdit totalement connaissance.
Sa famille, ne comptant plus sur les moyens humains, plaça sa foi en Dieu. Ils se rendirent à l’église où une Messe fut dite pour le rétablissement du malade.
À leur retour, tout danger était écarté et le patient recouvra bientôt la santé.

Le saint curé d’Ars était gravement malade et malgré les soins des médecins son état s’aggravait rapidement de sorte que l’on perdait tout espoir de le voir revenir à la vie.
Il demanda qu’une Messe soit célébrée à l’autel de sainte Philomène. À la fin de la Messe, il était complètement guéri.

Dans la ville de Lisbonne, une dame se mourait d’une maladie mortelle. Les médecins avaient perdu tout espoir de la guérir. Elle souffrait d’un cancer malin qui était si développé qu’aucune opération n’était possible.
Son confesseur suggéra que l’on dise une Messe pour qu’elle soit complètement guérie.
La mourante accepta le conseil avec joie. La Messe fut offerte en l’honneur de saint Dominique et grâce à son infinie efficacité, la malade recouvra rapidement la santé à la grande joie de ses amis et à la totale surprise de ses médecins.

Combien de fois ne voit-on pas dans les foyers chrétiens des parents, des frères ou des sœurs près de la mort. On fait venir les plus grands médecins, on achète les remèdes les plus coûteux, on ne s’épargne aucune peine pour sauver des êtres chers de la mort et hâter leur guérison.
Tout cela est bien ainsi, mais pourquoi oublier, pourquoi négliger le plus puissant des remèdes, la sainte Messe?
Combien d’hommes et de femmes qui gisent maintenant dans leur tombeau pourraient être vivants et en bonne santé si des Messes avaient été offertes pour eux, comme pour cette dame de Lisbonne?
Combien de malheurs et d’accidents pourraient être évités si les hommes avaient confiance dans les mérites infinis du Saint Sacrifice?
Si les catholiques comprenaient seulement l’efficacité de la Messe, les églises ne seraient pas assez grandes pour accueillir les foules qui voudraient assister aux célébrations des Divins Mystères.
Si seulement les mères allaient à l’église et offraient des Messes pour leurs familles et, mieux encore, si elles apprenaient à leurs chers petits, dès leur enfance, à assister à la sainte Messe.

LA MESSE NOUS OBTIENT UNE MORT HEUREUSE

La grâce suprême de notre vie est une mort heureuse et sainte. À quoi bon une longue et joyeuse existence après avoir joui de tous les conforts que la richesse peut procurer, de tous les honneurs que le monde peut nous accorder, si à la fin nous mourons d’une mauvaise mort?
Une mauvaise mort signifie une éternité de misère et de malheur.
On ne meurt qu’une fois, et si c’est d’une mauvaise mort il n’est plus possible de réparer la faute. Une mauvaise mort plonge l’homme dans les feux de l’Enfer pour l’éternité.
Il est donc de la plus haute importance que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir, que nous utilisions tous les moyens possibles pour nous assurer une heureuse mort.
Les auteurs sacrés recommandent plusieurs méthodes excellentes par lesquelles nous pouvons assurer notre salut et nous devrions toutes les utiliser le mieux que nous pouvons. Tous s’entendent, cependant, pour dire que le meilleur et le plus facile de ces moyens est l’assistance fréquente à la Messe.

Notre Seigneur a assuré sainte Mechtilde qu’il réconforterait et consolerait tous ceux qui seraient assidus à la Messe et qu’il enverrait autant de ses grands saints pour les assister à l’heure de la mort qu’ils avaient entendu de Messes au cours de leur vie.

Penellas rapporte qu’un homme dévot était si confiant dans l’efficacité de la Messe qu’il faisait tout son possible pour assister au Saint Sacrifice aussi souvent qu’il le pouvait. Il tomba gravement malade et mourut dans la joie et avec une grande paix. Le curé de sa paroisse regrettait beaucoup la perte d’un fidèle aussi exemplaire et offrit bien des prières pour son âme.
Grande fut sa surprise lorsque le défunt lui apparut rayonnant de joie pour le remercier de sa charité, ajoutant en même temps qu’il n’avait pas besoin de prières, car ses nombreuses assistances à la Messe lui avaient valu d’être admis directement au Ciel.

Mgr Nautier, évêque de Breslau, malgré ses lourdes tâches et ses grandes responsabilités, s’efforçait d’assister le plus souvent possible aux Messes qui étaient célébrées dans sa cathédrale.
À l’heure de sa mort, on vit son âme monter vers le Ciel accompagnée de nombreux anges glorieux qui chantaient de doux cantiques de joie et de louange.
Tous les bons chrétiens feraient bien de suivre ces saints exemples et de demander à Dieu, chaque fois qu’ils entendent une Messe, de leur accorder la grâce d’une sainte mort et d’échapper aux feux du Purgatoire.

NE MANQUEZ PAS LA MESSE

L’obligation d’assister à la Messe le dimanche et les jours saints est très grave et c’est un péché mortel de manquer à ce devoir ces jours-là. Non seulement le pécheur perd-il ainsi de nombreuses grâces qu’il ne pourra plus jamais recevoir, mais Dieu peut aussi le punir sévèrement comme cela s’est souvent produit.
Voici quelques exemples que nous pourrions mentionner.
Les faits qui suivent sont survenus à Rome. Trois hommes d’affaires se sont rendus à la foire de Cisterno et, après avoir terminé leurs transactions, deux d’entre eux se préparèrent à rentrer à la maison un dimanche matin. Le troisième leur fit remarquer que cela leur ferait manquer la Messe. Les deux hommes s’esclaffèrent en répliquant qu’ils pourraient aller à la Messe un autre jour. Puis ils montèrent à cheval et entreprirent leur voyage de retour.
Leur compagnon assista à la Messe et partit à son tour. Mais quelle ne fut pas sa consternation d’apprendre que ses deux amis avaient perdu la vie, victimes d’un terrible accident!
Celui qui écrit ces lignes se souvient d’une autre terrible punition infligée par le Tout-puissant à un malheureux dans la ville même de Rome. Cet homme était maçon et au lieu d’assister à la Messe le dimanche il travaillait publiquement, causant ainsi un scandale certain.
Le jour de la Pentecôte, il poursuivait comme d’habitude son occupation coupable au sommet d’un échafaud élevé lorsque, malheur, il fut précipité sur le sol et tué instantanément!

Saint Antonin de Florence mentionne un autre cas de mort inopinée comme punition pour ne pas assister à la Messe.
Deux jeunes hommes sont allés chasser ensemble. L’un avait entendu la Messe, l’autre non. Un orage accompagné de tonnerre et d’éclairs éclata soudain au-dessus d’eux. Le jeune homme infortuné qui n’avait pas assisté à la Messe fut frappé par la foudre et tué sur le coup, tandis que son compagnon fut épargné et rentra sain et sauf.
Une des premiers devoirs de tout chrétien est d’entendre la Messe le dimanche, le seul jour de la semaine qui soit consacré à Dieu. Il est en vérité bien téméraire de négliger cette obligation.

COMMENT UN PAUVRE GARÇON EST DEVENU ÉVÊQUE, PUIS CARDINAL, PUIS SAINT

Pierre Damien a perdu son père et sa mère peu après sa naissance. Un de ses frères l’a adopté, mais l’a traité avec une extrême dureté, l’obligeant à de pénibles travaux et lui donnant à peine de quoi manger et se vêtir.

Un jour, Pierre trouva une pièce d’argent qui représentait pour lui une petite fortune. Un ami lui dit qu’il pouvait en conscience la garder pour lui puisque le propriétaire était introuvable.
La seule difficulté était de décider ce dont il avait le plus besoin, car il manquait de tout.
En retournant la question de sa tête, l’idée lui vint qu’il pourrait faire mieux encore, c’est-à-dire faire dire une Messe pour les âmes du Purgatoire, spécialement pour le repos de l’âme de ses chers parents. Au prix d’un grand sacrifice, il mit son projet à exécution et fit dire une Messe.
Sa fortune connut alors un changement immédiat.
Son frère aîné lui rendit visite et, horrifié par les brutalités infligées à cet enfant, fit en sorte qu’il fût confié à ses soins. Il le vêtit et le nourrit comme son propre fils, l’éleva et prit soin de lui avec la plus grande affection. Il reçut grâce sur grâce. Ses merveilleux talents furent bientôt révélés et il accéda rapidement à la prêtrise; peu de temps après, il fut élevé à l’épiscopat et, finalement, il fut fait cardinal Des miracles attestaient de sa grande sainteté de sorte qu’à sa mort, il fut canonisé et déclaré docteur de l’Église. Toutes ces merveilleuses grâces ont découlé, comme d’une fontaine, de cette seule Messe.

Chapitre 6

LES PRÊTRES - DES ANGES SUR LA TERRE



En comprenant la divine dignité de la prêtrise, nous comprendrons plus complètement l’infinie grandeur de la Messe.

Saint Ignace, martyr chrétien, dit que la prêtrise est la plus sublime de toutes les dignités créées.
Saint Éphrem l’appelle une dignité infinie.
Cassian dit que le prêtre de Dieu est exalté au-dessus de toutes les souverainetés terrestres et au-dessus de toutes les hauteurs célestes. Il n’est inférieur qu’à Dieu seul.
Le pape Innocent III dit que le prêtre est placé entre Dieu et l’homme; inférieur à Dieu, mais supérieur à l’homme.
Saint Denis appelle le prêtre un homme divin et la prêtrise une divine dignité.
Saint Éphrem dit que le don de la dignité sacerdotale dépasse toute compréhension.
C’est pourquoi saint Jean Chrysostome dit que celui qui honore un prêtre honore le Christ, et celui qui insulte un prêtre insulte le Christ.
Saint Ambroise appelait l’office du prêtre une divine profession.
Saint François de Sales, après avoir donné des ordres à un saint ecclésiastique, s’aperçut qu’en sortant il s’était arrêté à la porte comme pour donner préséance à quelqu’un d’autre. Interrogé par le saint, il répondit que Dieu lui accordait la faveur de voir son ange gardien qui, avant qu’il eût reçu la prêtrise, se tenait toujours à sa droite et le précédait, mais qu’à partir de son ordination, son ange marchait à sa gauche et refusait de le précéder. C’est donc un saint combat avec l’ange qui le faisait arrêter devant la porte.

Selon saint Thomas, la dignité de la prêtrise dépasse même celle des anges.
Saint Grégoire de Nysse a dit que les anges eux-mêmes vénéraient la prêtrise.
Tous les anges rassemblés ne peuvent remettre un péché. Les anges gardiens procurent aux âmes dont ils ont la charge la grâce d’avoir recours à un prêtre afin qu’il les absolve.
Saint François d’Assise avait coutume de dire : Si je voyais un ange et un prêtre, je m’agenouillerais d’abord devant le prêtre, puis devant l’ange.
Saint Augustin: L’Église entière ne peut rendre à Dieu plus d’honneur ni obtenir autant de grâces qu’un seul prêtre en célébrant une seule Messe. Ainsi, par la célébration d’une seule Messe dans laquelle il offre Jésus Christ en sacrifice, un prêtre rend plus d’honneur au Seigneur que si tous les hommes, en mourant pour Dieu, lui offraient le sacrifice de leur vie.
En ce qui a trait au pouvoir des prêtres sur le corps réel de Jésus Christ, il est de foi que lorsqu’ils prononcent les paroles de la Consécration, le Verbe Incarné s’est obligé lui-même à obéir et à venir entre leurs mains sous les espèces sacramentelles.
Saint Ignace, martyr: Les prêtres sont la gloire et les piliers de l’Église, les portes et les gardiens du Ciel.
Saint Alphonse: si le Rédempteur devait descendre dans une église et s’asseoir dans un confessionnal et si un prêtre devait s’asseoir dans un autre confessionnal, Jésus dirait à chaque pénitent: Ego te absolvo. Le prêtre dirait aussi à chacun de ses pénitents : Ego te absolvo, et les pénitents des deux seraient également absous. Ainsi, la dignité sacerdotale est la plus noble de toutes les dignités de ce monde.
St Ambroise dit qu’elle transcende toutes les dignités des rois, des empereurs et des anges. La dignité du prêtre est autant au-dessus de la dignité du roi que la valeur de l’or dépasse celle du plomb.
Saint Cyprien dit que tous ceux qui avaient le véritable esprit de Dieu étaient saisis de crainte et de tremblement lorsqu’ils étaient contraints de prendre l’ordre de la prêtrise.
Saint Épiphanius écrit qu’il ne trouva personne disposé à être ordonné prêtre, tant on craignait une si divine dignité.
Saint Grégoire de Nysse dit, dans sa vie de saint Cyprien, que lorsque le saint apprit que son évêque voulait l’ordonner prêtre, par humilité, il s’est caché. On relate également dans la vie de saint Fulgence que lui aussi a fui et s’est caché.
Saint Ambroise, comme il l’atteste lui-même, résista longtemps avant de consentir à être ordonné prêtre.
Saint François d’Assise ne consentit jamais à être ordonné.

DIEU RÉCOMPENSE CEUX QUI AIDENT LES PRÊTRES

Un humble commerçant habitait une petite ville d’Irlande avec sa femme et son fils. Ils possédaient très peu des biens de ce monde mais ils étaient très dévots et allaient à la Messe aussi souvent qu’ils le pouvaient.
Un jeune prêtre, en raison de sa mauvaise santé et d’un surcroît d’études, perdit son équilibre mental et fut incapable de remplir ses devoirs de prêtre. Il errait de lieu en lieu, doux et gentil, sans gêner personne.
Le bon marchand proposa à sa femme de lui donner une petite chambre dans leur modeste demeure et de le nourrir. Le prêtre accepta avec joie leur invitation et passa plusieurs années avec eux, allant et venant à sa guise.
Avant sa mort, il revint à la raison et, assit sur son lit de mort, il pria Dieu avec ferveur de bénir abondamment ces braves gens: " Multipliez par mille, Seigneur, tout ce qu’ils m’ont donné à moi, votre prêtre. Bénissez spirituellement et bénissez-les temporellement. " Et en disant cela, il rendit d’âme.
Merveilleusement, le modeste commerçant connut une telle prospérité que son fils devint millionnaire, quatre de ses sœurs se firent religieuses ainsi que quatre des sœurs de sa femme. Lui-même vécut jusqu’à un âge avancé.

Ceux qui contribuent généreusement à l’éducation des étudiants à la prêtrise reçoivent de grandes récompenses, car ils ne pourraient rien faire de plus grand que d’offrir un bon prêtre à Dieu. Personne sur terre ne peut autant rendre gloire à Dieu qu’un prêtre dévot.


Chapitre 7

COMMENT ENTENDRE LA MESSE AVEC PROFIT



1. La première condition pour entendre bien la Messe est de bien comprendre l’infinie sainteté du Saint Sacrifice et les grâces qu’il obtient.
Pour cela nous devons lire non pas une fois mais souvent ce petit livre sur la Messe.
La Messe, comme nous l’avons vu, est un stupéfiant mystère. Notre esprit, d’un autre côté, est faible et lent à comprendre. Nous devons donc lire fréquemment et réfléchir sérieusement sur les merveilles de la Messe. Une seule Messe entendue avec intelligence et dévotion nous obtient plus de grâces qu’une centaine entendues avec distraction et dans l’ignorance de ce qu’est la Messe.

2. Nous devrions faire une règle absolue d’arriver à l’église quelques minutes avant la Messe, premièrement, pour être préparés et recueillis lorsque le prêtre arrive à l’autel et deuxièmement, pour éviter de causer des distractions aux autres.

3. Nous ne devrions pas seulement entendre la Messe, mais nous devrions offrir la Messe avec le prêtre. De plus, nous devrions avoir l’intention d’entendre et d’offrir toutes les Messes qui sont dites en même temps partout dans le monde. De cette façon, nous recevons une partie de toutes ces innombrables Messes!

LA CROIX

4. Nous remarquons immédiatement qu’un crucifix se trouve sur chaque autel, que les vêtements du prêtres sont tous marqués du signe de la croix, que le prêtre commence la Messe par le signe de croix. Pourquoi? Pour nous montrer clairement que la Messe est vraiment le Sacrifice de la Croix, que dans la Messe le Christ est crucifié, qu’Il répand son précieux Sang et qu’Il meurt pour nous. Nous ne devons avoir aucun doute que nous assistons réellement au Sacrifice de la Croix.

LES PRIÈRES DE LA MESSE

Nous pouvons utiliser toutes les prières que nous voulons et qui nous aident le plus, mais il est généralement admis qu’il est préférable d’utiliser le livre de prières et de suivre, aussi fidèlement que nous le pouvons, la Messe avec le prêtre.
Le Confiteor. Lorsque le prêtre s’incline au commencement de la Messe et récite le Confiteor, nous devrions nous unir nous aussi avec Jésus dans son agonie, nous devrions humblement confesser nos fautes et demander son pardon par les mérites de l’agonie du Christ.
Nous suivons ensuite les prières que dit le célébrant.
Au Sanctus, nous devrions nous souvenir que les anges descendent pour assister en foule à la Messe et que nous sommes au milieu d’eux, et que nous devrions joindre nos voix aux leurs en adorant et en louant Dieu. Ils présentent nos prières à Dieu.
À la Consécration, nous devrions être remplis d’amour et de la plus profonde révérence, car Jésus naît vraiment dans les mains du prêtre, comme il est né à Bethléem. Lorsque le prêtre élève la sainte Hostie, nous devrions contempler notre Dieu dans une extase de joie, comme les anges le contemplent au Ciel et dire, " Mon Seigneur et mon Dieu ".
À la Consécration du Précieux Sang, nous devrions nous rappeler que tout le Précieux Sang que Jésus a répandu sur le Calvaire se trouve dans le calice et nous devrions l’offrir à Dieu avec le prêtre pour la gloire de Dieu et pour nos propres intentions.
Il est bien de nous placer nous-mêmes, avec nos péchés, toutes nos intentions, tous ceux qui nous sont chers, et toutes les âmes du Purgatoire dans tous les calices offerts en cet instant dans le monde entier.
Nous devons être remplis d’amour et d’une crainte révérencielle depuis la Consécration jusqu’à la Communion. Nous sommes au milieu d’une infinité d’anges en adoration.
C’est en vérité un signe de douloureuse ignorance de manifester de l’irrévérence, de regarder autour de soi ou de parler durant cet instant très sacré. Il est bien plus grave encore de quitter l’église et d’abandonner Dieu qui meurt sur l’autel pour nous. Rien sinon la plus urgente nécessité ne devrait nous amener à partir, au moins avant la Communion du prêtre.
Rappelez-vous, chers lecteurs, que le jour où vous entendez la Messe vaut plus pour vous que mille autres jours et que toutes les peines et tous les travaux d’une journée, d’une semaine ou même d’une année entière, ne sont rien en comparaison du prix d’une seule Messe.

UN MOT AUX PÈRES ET AUX MÈRES

À la lecture des merveilleuses paroles des saints et des docteurs de l’Église, comment une mère ou un père chrétiens peuvent-ils ne pas désirer ardemment qu’un de leurs fils devienne prêtre?
Les parents recherchent sincèrement le bien-être de leurs enfants; ils s’efforcent de leur procurer tous les bonheurs, tous les avantages, tous les honneurs.
Comme il est triste, alors, qu’ils recherchent si rarement pour eux le plus grand de tous les honneurs, c’est-à-dire la prêtrise.
Il est vrai qu’il existe quelques familles qui comptent jusqu’à trois, quatre, six enfants qui sont devenus prêtres, mais elles sont, hélas, extrêmement rares!




LE TRÉSOR DE LA MESSE

par saint Léonard de Port-Maurice

Introduction

Ce petit livre me fut offert, jadis, par un pieux chrétien, tout animé du zèle de l’apostolat, qui s’en est fait le propagateur. À mon tour, je voudrais le répandre, afin que beaucoup d’âmes en recueillent le profit spirituel et que, dans le monde, l’étiage de la vertu, de la charité, de la vie surnaturelle en soit exhaussé, car c’est un véritable trésor. Car, si la sainte Messe était quotidiennement entendue par tous les fidèles à qui cet effort n’est pas impossible, et si tous les fidèles, qui assistent au Sacrifice divin, s’y unissaient avec plus de foi, plus d’intelligence et plus de ferveur, il y aurait dans le monde, une surabondance de grâces qui suffiraient à rétablir la concorde et la sérénité.

Et ceci, je ne le dis point de mon autorité personnelle; en l’affirmant, je me borne à répéter les paroles d’un grand saint, lui-même interprète exact et approuvé de la plus pure doctrine et de tout l’enseignement de la sainte Église.

De ce petit livre, en effet, ce qui constitue la très haute et très précieuse valeur, c’est qu’il fut composé, voici bien longtemps, par Saint Léonard de Port-Maurice, apôtre de la sainte Messe. En le lisant, vous n’entendez donc point la voix plus ou moins sûre et plus ou moins autorisée d’un bon chrétien, rempli seulement d’excellentes intentions: vous recueillez, des lèvres d’un saint, la moelle de sa science théologique et le suc de ses méditations au pied du Tabernacle.

Écoutez-le donc et gardez avec soin tout ce qu’il vous dira. Ce qu’il vous dira, c’est le prix infini de la sainte Messe, renouvellement multiple et quotidien du Sacrifice du Calvaire, offert à l’autel comme au Golgotha, par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, et que chacun de nous peut offrir avec Jésus-Christ. Ce qu’il vous dira, ce sont les infinis bienfaits qu’une seule Messe, étant elle-même un trésor infini, peut répandre sur les âmes et sur toute la terre. Ce qu’il vous dira, c’est dans quelles dispositions intimes, c’est à quelles intentions personnelles ou générales, vous devez assister, je veux dire prendre part, au divin Sacrifice. Ce qu’il vous dira, c’est quelles grâces incommensurables vous laissez perdre étourdiment, lorsque, pouvant entendre la Messe, vous négligez cette faveur insigne.

Et je devine, ici, que beaucoup de mes lecteurs vont me répondre que, toutes ces vérités, ils les connaissent depuis longtemps. À cette objection, je pourrais répliquer, simplement, que tout homme a besoin de réapprendre et d’approfondir les vérités qu’il connaît; car, parmi les choses que l’on sait, combien d’essentielles à quoi l’on ne pense plus! Mais, j’irai plus outre et j’oserai leur dire:

Non! Ces vérités, vous ne les connaissez pas!… Croyez-moi! J’en ai fait l’expérience personnelle. Moi aussi, je me flattais de savoir, autant que je le puis, ce qu’est la sainte Messe; or, en lisant le petit traité de Saint Léonard de Port-Maurice, j’ai constaté mon ignorance. Il y a, dans ces pages, une si intense et si douce lumière, que l’on découvre, à sa clarté, des beautés nouvelles et jusqu’alors inaperçues, comme un visage, illuminé soudain d’un puissant rayon, révèle à l’observateur des détails ignorés. Et puis surtout, les méditations du saint apôtre sont animées d’une telle ardeur d’amour, d’une force et d’une chaleur de persuasion si conquérantes et pénétrantes, que, l’intelligence en fut-elle insuffisamment convaincue, le cœur en serait totalement saisi.

L’auteur a terminé son écrit par quelques résolutions pratiques. Et certes, en précisant les conclusions du livre, et en orientant la conduite des lecteurs, elles offrent une évidente et précieuse utilité; mais je crois pouvoir dire qu’elles sont presque superflue tellement les résolutions proposées par saint Léonard jaillissent déjà de toutes les pages et s’imposent à notre volonté!…

François Veuillot.

Le trésor caché

Si rare et si précieux qu’il soit en réalité, un trésor ne saurait être estimé qu’autant qu’il est connu. Voilà sans doute, cher lecteur, pourquoi le très Saint Sacrifice de la Messe n’est point apprécié d’un grand nombre de chrétiens dans la mesure de sa réelle valeur: il est la plus belle richesse, la plus divine gloire de l’Église de Dieu; mais c’est un trésor caché que trop peu connaissent. Ah! si tous savaient quelle est cette perle du paradis, il n’est pas sur la terre un homme qui ne donnât volontiers en échange tout ce qu’il possède ici bas.

Savez-vous donc ce qu’est, en réalité, que la sainte Messe? Elle n’est rien de moins que le soleil du christianisme, l’âme de la foi, le cœur de la religion de Jésus-Christ; tous les rites, toutes les cérémonies, tous les sacrements s’y rapportent. Elle est, en un mot, l’abrégé de tout ce qu’il y a de beau et de bon dans l’Église de Dieu.

Ce Sacrifice est vraiment le plus vénérable et le plus parfait; et, afin qu’un pareil trésor obtienne de vous l’estime qu’il mérite, nous examinerons ici rapidement, en peu de mots, quelques-uns de ses titres. Je dis quelques-uns: les embrasser tous serait chose impossible à l’intelligence humaine.

 

1 - Le sacrifice de la Messe est le même que Celui du Calvaire.

Le premier et principal caractère d’excellence de la sainte Messe, c’est que nous devons la considérer comme étant essentiellement et absolument le même Sacrifice que celui qui fut offert au Calvaire. Une seule différence se présente: sur la croix il fut sanglant et il n’eut lieu qu’une seule fois, et cette seule fois il eut assez de vertu pour expier pleinement toutes les iniquités de l’univers: sur l’autel, il n’y a point de sang répandu; de plus, le Sacrifice se renouvelle à l’infini, et son objet direct est d’appliquer à chacun en particulier, la rédemption générale acquise par Jésus dans sa douloureuse immolation.

Le Sacrifice sanglant a été le principe de notre rançon, le Sacrifice non sanglant nous met en possession de cette rançon; le premier nous ouvre le trésor des mérites de Notre-Seigneur, l’autre nous en assure l’usage.

Remarquons-le attentivement, du reste: la sainte Messe n’est point une simple représentation, un simple mémorial de la passion et de la mort du Sauveur: c’est une reproduction réelle et certaine de ce qui s’est accompli sur la croix: en sorte qu’on peut dire, en toute vérité, que dans chaque Messe notre Rédempteur subit de nouveau pour nous la mort, d’une manière mystique, sans mourir en réalité. Il vit tout à la fois et il est immolé. "J’ai vu, dit saint Jean, l’Agneau qui était comme égorgé."

Le jour de Noël, par exemple, l’Église nous représente comme actuelle la naissance de Jésus; à l’Ascension et à la Pentecôte, elle nous le montre triomphant, quittant la terre, ou bien envoyant aux Apôtres le Saint-Esprit; sans que pour cela il soit vrai qu’à pareil jour le Seigneur monte au ciel et que l’Esprit-Saint descende visiblement sur les fidèles.

Or, il ne serait pas permis de raisonner ainsi quand au Sacrifice de la Messe: là, ce n’est point une simple représentation, c’est exactement le même Sacrifice que celui du Calvaire; seulement il n’est plus sanglant. Ce même corps, ce même sang, ce même Jésus qui s’offrit sur la croix, sont offerts sur l’autel.

"C’est, dit l’Église, c’est l’œuvre même de notre rédemption qui s’accomplit de nouveau." Oui, elle s’accomplit très certainement, oui, c’est le même Sacrifice, absolument le même, que le Sacrifice du Calvaire.

Ô merveille inexprimable! Avouez-le sincèrement: si, lorsque vous allez à l’église entendre la Messe, vous réfléchissiez que vous montez au Calvaire pour assister à la mort de Notre-Seigneur, vous verrait-on si peu recueilli, si dissipé, si mondain? Qu’eût-on pensé de Marie-Madeleine si on l’avait rencontrée au pied de la croix couverte de ses plus beaux vêtements, parfumée, parée comme au temps où elle s’abandonnait à ses passions? Que faut-il dire de vous, quand vous vous rendez au saint lieu comme vous iriez à une réunion vulgaire?

Et que serait-ce, grand Dieu! si vous vous oubliiez jusqu’à profaner cette action, de toutes la plus sainte, par des regards et des signes inconvenants, par des rires, des conversations, des rencontres coupables, des sacrilèges?

Le péché est chose horrible en tout lieu et en tout temps; mais celui qui se commet pendant le temps de la Messe, à côté même des saints autels, attire plus que tout autre la malédiction de Dieu.

"Maudit, s’écrie le prophète Jérémie, maudit l’homme qui fraude dans l’œuvre divine." — Pensez-y sérieusement. — Mais il est dans ce Trésor admirable d’autres merveilles encore et d’autres excellences.

2. - Le prêtre principal, à la sainte Messe, est Jésus-Christ lui-même.

Dans le nombre des prérogatives sublimes de cet adorable Sacrifice, aucune semble-t-il, n’est plus admirable que d’être non pas seulement la copie mais l’original même du Sacrifice de la croix: et pourtant il en est une supérieure encore à celle-là, qui est d’avoir pour ministre et pour prêtre un Dieu-Homme.

Dans une action aussi sainte que celle du Saint Sacrifice, il y a trois choses à considérer spécialement: le prêtre qui offre, la victime qui est offerte, la majesté de celui à qui on l’offre. Eh bien! ici nous trouvons, à ce triple égard, l’Homme-Dieu, Jésus-Christ, pour prêtre; la vie d’un Dieu pour victime; Dieu lui-même pour fin.

Excitez donc votre foi, et reconnaissez dans le prêtre qui est à l’autel la personne adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est le prêtre principal, non seulement parce que c’est lui qui a institué cet auguste Sacrifice, et lui a donné par ses mérites toute son efficacité, mais encore parce qu’à chaque Messe, il daigne changer pour nous le pain et le vin en son Corps adorable et son Sang précieux.

Voici le plus grand privilège de la sainte Messe; c’est d’avoir pour prêtre l’Homme-Dieu!

Sachez donc, quand vous voyez le célébrant à l’autel, que son principal mérite est d’être le ministre de ce prêtre éternel et invisible Notre-Seigneur Jésus-Christ.

C’est pour cela que le saint Sacrifice de la Messe ne cesse pas d’être agréable à Dieu, lors même que le prêtre qui l’offre est sacrilège; parce que le prêtre principal est Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que celui que vous voyez n’est que son ministre.

Si quelqu’un fait l’aumône par la main de son serviteur, c’est à lui qu’on l’attribue, et lors même que ce dernier serait un scélérat, si le maître est juste, son aumône est sainte et méritoire.

Béni soit donc le Seigneur de nous avoir accordé ce Prêtre saint, la sainteté même, chargé d’offrir au Père éternel l’auguste Sacrifice non seulement en tous lieux puisque la foi est désormais répandue dans l’univers entier, mais en tout temps, chaque jour, à toute heure même, car le soleil ne disparaît à notre horizon que pour se lever sur d’autres contrées.

C’est pourquoi, à chaque heure, sur chaque point du globe, ce Prêtre très saint présente à Dieu son Sang, son Âme, sa Personne entière: il les présente pour nous, et cela autant de fois qu’il se célèbre de Messes dans le monde.

Ô trésor immense! Ô source d’inappréciables richesses! Ah! que ne pouvons-nous assister à toutes les Messes qui se disent! quels mérites nous gagnerions! que de grâces en cette vie et quelle gloire dans l’autre nous pourrions acquérir!

3. - Dignité à laquelle est élevé le fidèle qui assiste à la Messe.

Mais que parlé-je d’assister? Entendre la sainte Messe, ce n’est pas seulement cela, c’est l’offrir soi-même. Oui, le simple fidèle peut et doit être appelé sacrificateur, ainsi que nous le lisons au chapitre V de l’Apocalypse: "Vous avez fait de nous, Seigneur, votre royaume et vos prêtres."

Le célébrant à l’autel, c’est le ministre de l’Église agissant au nom de la communauté; il est le médiateur de tous les fidèles, spécialement de ceux qui sont présents, auprès de Jésus-Christ le prêtre invisible, uni à lui, il offre à Dieu le Père, tant au nom de tous qu’en son nom particulier, le prix divin de la rédemption des hommes.

Mais comprenons-le bien, il n’agit pas seul dans une si auguste fonction: chacun de ceux qui assistent à son sacrifice concourt avec lui à l’accomplir et à l’offrir, et c’est pourquoi, lorsque après l’offertoire, il se tourne vers le peuple, il dit: Priez, mes frères, pour que mon sacrifice qui et aussi le vôtre soit agréable au Dieu tout-puissant; afin que nous entendions par là que, bien qu’il fasse les fonctions de principal ministre, tous ceux qui sont présents offrent avec lui le saint Sacrifice.

Ainsi toutes les fois que vous assistez à la Messe, vous faites en un certain sens l’office du prêtre. Oserez-vous maintenant entendre la Messe en causant, en regardant de côté et d’autre, peut-être même en dormant, vous contentant de réciter tant bien que mal quelques prières vocales, sans faire aucune attention aux fonctions redoutables de prêtre que vous exercez ?

Ah! je ne puis m’empêcher de m’écrier ici: Monde insensé, qui ne comprend rien à ces sublimes mystères! Comment est-il possible que l’on se tienne auprès de l’autel, l’esprit distrait et le cœur dissipé, pendant que les anges contemplent dans une sainte ferveur l’accomplissement d’une œuvre merveilleuse.

Vous êtes peut-être étonné de m’entendre dire que la Messe est une œuvre pleine de merveilles. N’est-ce pas, en effet, une merveille digne de toutes nos admirations, que le changement opéré par les paroles d’un simple mortel?

Qui, non seulement parmi le hommes, mais encore parmi les anges, pourra expliquer une telle puissance? Qui pourrait s’imaginer que la voix d’un homme, lequel n’a pas même la force de soulever de terre une paille sans y mettre la main, ait reçu de Dieu le pouvoir merveilleux de faire descendre du ciel sur la terre le Fils de Dieu lui-même.

C’est là un pouvoir plus grand que celui de transporter les montagnes, de dessécher la mer et de bouleverser les cieux. Les paroles que prononce le prêtre à la consécration sont aussi puissantes, en un certain sens, que ce premier Fiat avec lequel Dieu tira du néant toutes choses; il semble même qu’elles surpassent cet autre Fiat, avec lequel la sainte Vierge conçut dans son sein le Verbe éternel.

Car elle ne fit alors que fournir la matière du corps de Jésus-Christ, qui fut formé, il est vrai de son sang, mais non par elle; tandis que le prêtre, instrument, ministre du Seigneur dans l’acte de la consécration, il produit lui-même Jésus-Christ d’une manière ineffable, sacramentellement, autant de fois qu’il offre le Saint Sacrifice.

Le bienheureux Jean de Mantoue, dit le Bon, avait pour compagnon un ermite, qui ne pouvait comprendre comment les paroles d’un simple prêtre avaient le pouvoir de changer la substance du pain et du vin, en celle du Corps et du Sang de Jésus-Christ; il avait même prêté quelque consentement au doute que le démon lui avait suggéré sur ce point.

Le bon serviteur de Dieu s’étant aperçu de son erreur, le conduisit à une fontaine, et y ayant puisé une coupe d’eau, il la lui donna à boire. L’autre l’ayant bue, confessa qu’il n’avait jamais goûté de vin aussi délicieux.

"Eh bien, mon frère, lui dit alors Jean, vois-tu le miracle? Si Dieu a permis que l’eau ait été changée en vin par moi, homme misérable, pourquoi ne croirais-tu pas que, par le moyen des paroles du prêtre, qui sont après tout les paroles de Dieu, la substance du pain et du

vin est changée en la substance du Corps et du Sang de Jésus-Christ?

Qui oserait assigner des limites à la toute-puissance de Dieu?" C’en fut assez pour éclairer l’ermite, qui, chassant de son esprit tous les doutes, fit une pénitence sévère de son péché. Il ne faut qu’un peu de foi, pour reconnaître que les prérogatives contenues dans cet adorable Sacrifice sont innombrables.

Et d’abord, c’est déjà un grand prodige qu’à toute heure, en mille lieux différents, l’humanité sainte de Jésus se multiplie, jouissant pour ainsi dire d’une sorte d’immensité, que ne possède aucun autre corps, et qu’il a méritée en s’immolant à son Père.

C’est ce que déclarait le démon, parlant par la bouche d’une possédée, à un Juif incrédule. Celui-ci se trouvait sur une place où étaient en même temps beaucoup de personnes, et entre autres une femme possédée.

Un prêtre passa en ce moment, portant le saint viatique à un malade, au milieu d’une grande foule de peuple. Tous s’agenouillèrent pour adorer le Saint Sacrement à son passage: le Juif seul se tint debout, sans donner aucun signe de respect.

La femme, à cette vue se leva furieuse, arracha le chapeau du Juif et lui donna un grand soufflet, en disant: "Malheureux, pourquoi n’honores-tu pas le vrai Dieu, qui se trouve en ce divin sacrement?

— Le vrai Dieu? répondit le Juif; si cela était vrai, il y aurait donc plusieurs Dieux, puisqu’il y en a un sur chacun de vos autels, lorsqu’on y dit la Messe?"

À ce raisonnement, la possédée saisit un tamis, et, le plaçant devant le soleil, elle dit au Juif de regarder les rayons qui pénétraient par les ouvertures. Puis elle ajouta: "Y a-t-il plusieurs soleils qui passent par les trous de ce crible, ou n’y en a-t-il qu’un seul?

Il n’y en a qu’un seul?

— Pourquoi t’étonnes-tu donc que Dieu, quoiqu’il soit invisible et inaltérable, soit par un excès d’amour, réellement présent sur plusieurs autels à la fois?"

Il n’en fallut pas davantage pour confondre le Juif, et le forcer à confesser la vérité.

Oh! si nous avions un peu de foi, nous nous écrierions aussi, dans la ferveur de notre âme: "Non, il n’est point de bornes à la divine puissance." Sainte Thérèse avait de cette puissance une si haute idée, que souvent elle répétait: "Plus les mystères de notre sainte religion sont élevés, profonds, inaccessibles à l’intelligence humaine, plus il convient de les admettre avec fermeté et amour: car nous savons que Dieu, dont le pouvoir est infini, pourrait réaliser des prodiges plus grands encore."

Ravivez donc votre croyance, je vous en conjure, et confessez que cet auguste Sacrifice est le miracle des miracles, la merveille des merveilles, et que sa prérogative la plus étonnante consiste précisément à dominer notre pauvre et court esprit.

Redites, dans votre admiration: "Oh! le rare, l’inappréciable trésor!" — Si de telles considérations vous laissaient indifférent, voyez encore à quel point la sainte Messe vous est nécessaire.

Nécessité de la sainte Messe pour apaiser la justice de Dieu.

Si le soleil n’éclairait pas le monde qu’arriverait-il? Il n’y aurait plus que ténèbres, horreur, stérilité et misère. Et, sans le saint Sacrifice de la Messe, que serions-nous? Nous serions privés de tout bien, en butte à tous les maux et à tous les traits de la colère de Dieu. On s’étonne que Dieu ait en quelque sorte changé sa manière de gouverner les hommes.

Autrefois il prenait le titre de Dieu des armées, il parlait aux peuples au milieu des nuages et la foudre à la main, et il châtiait avec une justice rigoureuse toutes les fautes.

Pour un seul adultère, il fit passer au fil de l’épée vingt-cinq mille personnes de la tribu de Benjamin, pour le péché d’orgueil que commit David en faisant le dénombrement de son peuple, il enleva en peu de temps par la peste soixante mille personnes.

Pour un regard curieux et irrespectueux jeté sur l’arche par les Bethsamites, il en fit massacrer plus de cinquante mille.

Et maintenant, il supporte avec patience, non seulement les vanités et les légèretés, mais les adultères les plus criminels, les plus grands scandales et les blasphèmes les plus horribles que vomissent à chaque instant tant de chrétiens contre son saint Nom.

D’où vient cette différence dans la manière de gouverner les hommes? Nos ingratitudes sont-elles plus excusables qu’autrefois?

Qui osera le dire? Les bienfaits immenses que nous avons reçus nous rendent, au contraire, sans comparaison plus coupables… Le secret, la raison d’une si touchante clémence, c’est à l’autel qu’il réside; c’est dans le Sacrifice de Jésus immolé pour nous à la sainte Messe,

devenu notre victime d’expiation, qu’il faut le chercher. Oui, voilà le soleil de l’Église catholique, qui dissipe les nuages et rend au ciel sa sérénité; voilà l’arc-en-ciel qui apaise les tempêtes de l’éternelle Justice.

Pour moi, je n’en doute guère, sans la sainte Messe le monde serait à cette heure au fond de l’abîme, entraîné par le poids épouvantable de tant d’iniquités. La Messe, voilà le victorieux levier qui le soutient. Voyez donc, après cela, à quel point le divin Sacrifice nous est indispensable.

Ce serait peu de le comprendre si on ne savait pas, lorsqu’il en est besoin, chercher en lui ce qu’il nous offre. Lorsque nous assistons à la sainte Messe, imitons ce que fit un jour le grand Alphonse d’Albuquerque, conquérant des Indes.

L’historien Osorio raconte que cet illustre capitaine, se trouvant avec une partie de son armée sur un navire que les fureurs de la mer allaient faire sombrer, prit dans ses bras un petit enfant qui était là, et, l’élevant vers le ciel: "Si nous autres sommes des pécheurs, ô mon Dieu, s’écria-t-il, cette innocente créature ne vous a jamais offensé: au nom de son innocence, épargnez les coupables!" Chose merveilleuse! le regard du Seigneur s’arrête avec complaisance sur l’enfant, l’Océan s’apaise, le danger disparaît et l’équipage change en cris de joie et d’action de grâces ses mortelles angoisses.

Que fera donc pour nous Dieu le Père, alors que le prêtre, élevant vers lui l’Hostie sacrée, lui présente avec elle son Fils, la parfaite Innocence? Sa miséricorde pourra-t-elle nous refuser quelque chose? pourra-t-elle résister à cette supplication, ne point calmer les flots qui nous assaillent, ne point subvenir à toutes nos nécessités?

Ah! sans cette admirable et divine Victime, sacrifiée pour nous sur la croix d’abord, et ensuite journellement sur nos autels, tout était fini, tout était perdu, et chacun de nous pouvait dire à son frère expirant: "Au revoir en enfer! l’enfer nous réunira!" Mais maintenant, enrichis de ce trésor protecteur, le fruit de la sainte Messe entre les mains, nous surabondons d’espérance; le Paradis est à nous, et une seule chose nous en écarterait, notre perversité calculée.

Baisons-les donc avec amour, ces saints autels; brûlons autour d’eux l’encens et les parfums; mais surtout environnons-les de vénération et de respect, puisqu’ils nous procurent tant et de si précieux biens.

Avantages de la sainte Messe.

Elle nous permet de satisfaire à toutes nos obligations envers la Justice divine. L’honnête et le sublime sont deux motifs très puissants sur nos cœurs: mais de tous les motifs qui peuvent agir sur nous, l’utile est le plus efficace, et il triomphe presque toujours de nos répugnances.

Si vous appréciez peu l’excellence et la nécessité de la Messe, comment ne seriez-vous pas frappé de la très grande utilité qu’elle procure aux vivants et aux défunts, aux justes et aux pécheurs, pendant la vie et à l’heure de la mort, et même après celle-ci?

Représentez-vous que vous êtes ce débiteur de l’Évangile, lequel ayant à payer dix mille talents, et étant appelé à rendre compte de son administration, s’humilie, implore son créancier, et lui demande du temps pour remplir ses engagements:

"Ayez patience et je vous rendrai tout ce que je vous dois."

Vous devez faire la même chose, vous qui avez contracté tant de dettes envers la justice divine: humiliez-vous, demandez seulement le temps d’entendre une Messe, et c’en est assez pour payer toutes vos dettes.

NOS QUATRE OBLIGATIONS ENVERS DIEU.

Saint Thomas nous dit que nous avons quatre obligations principales envers Dieu, dont chacune est infinie.

La première est de louer et d’honorer son infinie majesté, infiniment digne d’honneur et de louanges;

La seconde est de satisfaire pour tant de péchés que nous avons commis;

La troisième, de le remercier pour tant de bienfaits que nous avons reçus de lui;

La quatrième enfin, de lui demander les grâces qui nous sont nécessaires.

Or, comment nous, misérables créatures, qui avons besoin qu’il nous donne jusqu’au souffle que nous respirons, pourrons-nous satisfaire à toutes ces obligations?

Voici un moyen très facile, qui doit nous consoler tous: entendons souvent la sainte Messe, avec toute la dévotion dont nous sommes capables, faisons dire souvent des Messes à notre intention, et nos dettes, fussent-elles sans nombre, nous pourrons les payer toutes parfaitement, avec le trésor que nous tirons du saint Sacrifice.

Pour que vous compreniez mieux les obligations que nous avons envers Dieu, nous allons les expliquer l’une après l’autre, et vous serez grandement consolés, en voyant l’immense profit et les trésors innombrables que vous pouvez recueillir de cette source infinie et féconde.

1° GLORIFIER DIEU.

Notre première obligation envers Dieu est de l’honorer.

La loi naturelle nous dit elle-même que tout inférieur doit honorer son supérieur, et que plus celui-ci est grand, plus l’hommage qu’on lui rend doit être profond.

Il résulte de là que, Dieu possédant une grandeur infinie, nous lui devons un honneur infini.

Mais où trouver une offrande digne de lui. Jetez les yeux sur toutes les créatures de l’univers, où trouverez-vous quelque chose qui soit digne de Dieu?

Il n’y a qu’un Dieu qui puisse être une offrande digne de Dieu. Il faut donc qu’il descende de son trône comme victime sur nos autels, pour que l’hommage corresponde parfaitement à sa Majesté infinie.

Or, c’est là ce qui se fait au saint Sacrifice; Dieu y est honoré autant qu’il le mérite, parce qu’il est honoré par un Dieu lui-même.

Notre-Seigneur se plaçant dans l’état de victime sur l’autel, adore, par un acte ineffable de soumission, la sainte Trinité, autant qu’elle mérite de l’être; de sorte que tous les autres hommages paraissent, en présence de cette humiliation de Jésus, comme les étoiles devant le soleil.

Le père saint Jure parle d’une sainte âme, qui, éprise d’amour pour Dieu, soulageait son cœur par mille tendres désirs.

"Mon Dieu, lui disait-elle, je voudrais avoir autant de cœurs et de langues qu’il y a de feuilles dans les arbres, d’atomes dans l’air et de gouttes d’eau dans l’Océan, pour vous aimer et vous honorer autant que vous le méritez.

"Oh! si j’avais toutes les créatures en mon pouvoir, je voudrais les mettre à vos pieds, afin qu’elles fondent d’amour pour vous; mais je voudrais vous aimer plus qu’elles toutes ensemble, plus que tous les anges, plus que tous les saints, plus que tout le ciel."

Un jour qu’elle formait ce désir avec plus de ferveur que de coutume, Notre-Seigneur lui répondit: "Console-toi, ma fille, car avec une seule Messe que tu entendras dévotement, tu me rendras toute la gloire que tu désires et infiniment plus encore."

Cette proposition vous étonne? Mais c’est à tort; car notre bon Jésus étant non seulement homme, mais vraiment Dieu, et tout-puissant, quand il s’humilie sur l’autel, il rend à son Père, par cet acte d’humiliation, un hommage et un honneur infinis; et nous, en offrant avec lui ce grand Sacrifice, nous rendons aussi par Lui à Dieu un hommage et un honneur infinis.

Oh! le grand prodige; répétons-le, car il est essentiel qu’on s’en pénètre. Oui, oui, chrétiens, par l’assistance à la sainte Messe, le fidèle rend à Dieu une gloire infinie, un honneur sans bornes.

Secouez votre torpeur, méditez tout émus cette vérité si consolante et si douce: entendre avec dévotion la Messe, c’est procurer à votre Dieu plus d’honneur que ne lui en peuvent apporter dans le ciel tous les anges, tous les saints, tous les bienheureux. Ils ne sont, eux aussi, que de simples créatures, et leurs hommages sont par conséquent finis et bornés; tandis qu’au saint Sacrifice de la Messe, c’est Jésus-Christ qui s’humilie; Lui dont l’humiliation et le mérite ont une valeur infinie: c’est pour cela que l’hommage et l’honneur que nous rendons à Dieu par Lui, à la Messe, sont infinis.

S’il en est ainsi, vous voyez combien nous payons largement à Dieu cette première dette, en assistant au saint Sacrifice.

Ô monde aveugle, quand ouvriras-tu les yeux pour comprendre des vérités si importantes? Et vous, pourrez-vous dire encore: une Messe de plus ou de moins, qu’importe?

2° SATISFAIRE POUR NOS PÉCHÉS.

Notre seconde obligation envers Dieu est de satisfaire à sa justice, pour tant de péchés que nous avons commis.

Dette effroyable! Un seul péché mortel est d’un tel poids dans la balance de Dieu, que pour le mettre en équilibre ce ne serait pas assez des mérites de tous les martyrs et de tous les saints qui sont, qui ont été et qui seront.

Mais nous possédons la sainte Messe, dont le prix intrinsèque est assez grand pour compenser, et au delà, tous les péchés du monde.

Faites-y bien attention, afin de comprendre la reconnaissance extrême que vous devez à Notre-Seigneur.

C’est lui-même qui est l’offensé: et malgré cela, non content d’avoir payé pour vous dans les tortures du Calvaire, il vous a remis et il entretient parmi vous, à votre usage, cette autre source de satisfaction continuelle qui est: le saint Sacrifice.

Là il renouvelle l’immolation que sur la croix il fit de sa Divine

Personne, en rachat de nos fautes; ce même sang adorable qu’il répandit alors en faveur du genre humain coupable, il veut bien l’offrir encore, l’appliquer spécialement, par la Messe, aux péchés de celui qui la célèbre, de ceux qui la font célébrer et de quiconque y assiste.

Ce n’est pas que le Sacrifice de la Messe efface immédiatement et par lui-même nos péchés comme fait le sacrement de pénitence; mais il nous obtient de bonnes inspirations, de bons mouvements intérieurs et des grâces actuelles pour nous repentir, comme il faut, de nos péchés, soit pendant la Messe, soit dans un autre temps opportun.

Dieu seul sait combien d’âmes doivent leur conversion aux secours extraordinaires qui leur viennent de ce divin Sacrifice.

Il ne sert point, il est vrai, comme sacrifice de propitiation à ceux qui sont en état de péché mortel, mais il leur sert comme sacrifice d’impétration; et tous les pécheurs devraient assister souvent à la Messe, afin d’obtenir plus facilement la grâce de se convertir.

Quand aux âmes qui sont en état de grâce, le saint Sacrifice leur donne une force merveilleuse pour s’y maintenir; et, selon l’opinion la plus commune, il efface immédiatement tous les péchés véniels, pourvu qu’on s’en repente au moins en général, comme le dit clairement saint Augustin:

"Si quelqu’un, dit-il, entend dévotement la Messe, il ne tombera point dans le péché mortel, et les péchés véniels lui seront remis."

Et cela ne doit pas vous étonner: saint Grégoire raconte au livre IV de ses Dialogues, ch. 27, qu’une pauvre femme faisait dire tous les lundis une Messe pour l’âme de son mari, qui avait été fait esclave par les barbares, et qu’elle croyait mort.

Or, chaque Messe lui faisait tomber les chaînes des pieds et les menottes des mains, de sorte que, pendant tout le temps qu’elle durait, il restait libre comme il l’avoua à sa femme dès qu’il eut recouvré sa liberté.

Combien plus devons-nous croire que cet auguste Sacrifice sera très efficace, pour briser les liens spirituels des péchés véniels, lesquels tiennent l’âme captive, et ne la lassent point agir avec cette liberté et cette ferveur qu’elle aurait sans eux!

Oh! qu’il est précieux, cet adorable Sacrifice, qui nous rend la liberté des enfants de Dieu, et satisfait pour toutes les peines que nous lui devons à cause de nos péchés!

Il suffira donc, me direz-vous, d’entendre ou de faire dire une seule Messe, pour payer à Dieu toutes les dettes que nous avons contractées envers lui, à cause de nos péchés; car la Messe ayant une valeur infinie, elle donne à Dieu une satisfaction infinie.

La Messe a, en effet, une valeur infinie: mais vous devez savoir que Dieu l’accepte d’une manière limitée et proportionnée aux dispositions de celui qui la dit ou la fait dire ou de ceux qui y assistent.

"Leur foi, Seigneur, vous est connue, leur dévotion est devant vos yeux", dit l’Église dans les prières du Canon.

Et, par là, elle fait entendre ce qu’enseignent expressément les Maîtres de la théologie, à savoir que la satisfaction plus ou moins grande pour les peines dues à nos péchés est déterminée, dans l’application des mérites du Sacrifice, par les dispositions et la ferveur du ministre et des assistants, ainsi que je viens de l’expliquer.

Et ici, considérez la folie de ceux qui courent après les Messes les plus expéditives, les moins édifiantes, ou bien, ce qui est pis, qui s’y tiennent sans recueillement ou avec une dévotion presque nulle, ou bien encore qui s’inquiètent peu, lorsqu’ils les font célébrer pour eux, de s’adresser à un prêtre pieux et fervent.

Sans doute, en tant que sacrement, toutes les Messes ont la même valeur: cependant, observe saint Thomas, elles ne sont plus égales s’il s’agit des fruits qu’on en retire.

Plus la piété actuelle ou habituelle du célébrant sera grande, plus le fruit de son application sera grand aussi.

Il faut dire la même chose de ceux qui assistent à la Messe; et quoique je vous exhorte de tout mon pouvoir à y assister souvent, je vous avertis néanmoins d’avoir moins d’égard au nombre de Messes qu’à la dévotion que vous y apporterez; car si vous avez plus de piété dans une seule Messe qu’un autre en cinquante, cette seule Messe donnera plus d’honneur à Dieu, et à vous plus de profit, même de celui qu’elle produit ex opere operato, que n’en retirera l’autre avec ses cinquante Messes.

"Dans la satisfaction, nous dit saint Thomas, on considère plutôt les dispositions de celui qui offre que la quantité de l’oblation."

Il est certain, comme l’affirme un grave auteur, qu’une seule Messe entendue avec une dévotion singulière, suffit pour satisfaire à la justice divine, pour tous les péchés que nous avons commis, quelque grands et nombreux qu’ils soient.

Et cette vérité est exprimée en termes formels par le saint Concile de Trente.

"Le Seigneur, apaisé par cette oblation et accordant sa grâce avec le don de la pénitence, remet les péchés, les crimes les plus graves."

Cependant, comme vous ne connaissez ni les dispositions intérieures avec lesquelles vous assistez à la Messe, ni le degré de satisfaction qui leur correspond, vous devez prendre vos sûretés le plus que vous pouvez, en y assistant souvent, avec toute la dévotion possible.

Heureux, si vous y apportez une grande confiance dans la miséricorde de Dieu, qui opère des choses merveilleuses en ce divin Sacrifice; et si vous y assistez souvent avec recueillement et dévotion, vous pouvez alors nourrir en votre cœur l’espoir d’aller au ciel sans passer par le Purgatoire. Allez donc souvent à la Messe, et qu’on n’entende plus sortir de votre bouche cette proposition scandaleuse: une Messe de plus ou de moins, qu’importe?

3° REMERCIER DIEU.

Notre troisième dette envers Dieu est celle de la reconnaissance, pour les immenses bienfaits dont il nous a comblés. Réunissez toutes les faveurs, toutes les libéralités, toutes les grâces que vous avez reçues de lui: bienfaits selon la nature et selon la grâce, bienfaits du corps et bienfaits de l’âme, vos sens, vos facultés, votre santé, votre vie; et puis la vie même de Jésus son divin Fils et la mort qu’il a souffert pour nous: toutes ces choses augmentent outre mesure notre dette envers Dieu.

Comment pourrons-nous donc le remercier dignement? Nous voyons que la loi de la reconnaissance est observée par les bêtes féroces, qui deviennent quelquefois dociles envers leurs bienfaiteurs.

À combien plus forte raison doit-elle être observée par les hommes, doués d’intelligence, et comblés de tant de bienfaits par la libéralité divine!

Mais d’un autre côté notre pauvreté est si grande, que nous ne pouvons satisfaire pour le moindre des bienfaits reçus de Dieu; parce que le moindre d’entre eux, nous venant d’une majesté si grande, et étant accompagné d’une charité infinie acquiert un prix infini, et nous oblige à une correspondance infinie.

Malheureux que nous sommes! Si nous ne pouvons soutenir le poids d’un seul bienfait, comment pourrons-nous jamais supporter la masse de ceux dont Dieu nous a comblés? Nous voilà donc réduits à la dure nécessité de vivre et de mourir ingrats envers notre souverain Bienfaiteur.

Mais non: rassurons-nous. Le moyen de satisfaire amplement, parfaitement, à ce nouveau devoir nous est indiqué par le prophète David, qui avait vu en esprit le divin Sacrifice, et qui savait bien qu’avec lui seul nous serions au-dessus de la tâche.

Que rendrai-je au Seigneur, s’écrie-t-il, pour tous les biens qu’il m’a faits? Je prendrai le calice du salut, se répondit-il à lui-même; ou, d’après une autre version, j’élèverai là-haut le calice du Seigneur, c’est-à-dire je lui offrirai un Sacrifice très agréable, et je paierai aussi la dette que je lui dois pour tant de bienfaits signalés.

Ajoutez à cela que ce Sacrifice a été principalement établi par notre divin Sauveur pour reconnaître et remercier la munificence divine: c’est pour cela qu’il s’appelle par excellence l’Eucharistie, c’est-à-dire action de grâces.

Au reste, il nous en a donné lui-même l’exemple, lorsque à la dernière cène, avant de consacrer le pain et le vin dans cette première Messe, il leva les yeux au ciel, et rendit grâce à son

Père.

Ô remerciement divin, qui nous découvre la fin sublime d’un si redoutable mystère, et qui en même temps nous invite à nous conformer à notre Chef, afin que, à chaque Messe à laquelle nous assisterons, nous sachions nous prévaloir d’un si grand trésor et l’offrir à notre éternel Bienfaiteur dans le sentiment d’une immense gratitude; d’autant que le ciel tout entier, la sainte Vierge, les anges et les saints nous voient avec joie payer à notre grand Roi ce tribut de reconnaissance.

La vénérable sœur Françoise Farnèse, lisons-nous dans sa vie, était tourmentée du souci de tout ce qu’elle avait reçu de Dieu et de l’impuissance où elle se trouvait d’acquitter la dette de son cœur pénétré d’amour.

Mais voici qu’un beau jour lui apparaît la très sainte Vierge: elle dépose entre les bras de Françoise le divin Enfant et dit à sa servante: "Prenez-le, ma fille; il est à vous: sachez seulement vous en servir pour ce qui fait le sujet de vos inquiétudes: Jésus suffit à tout..."

Eh bien! dans la Messe, nous recevons non seulement entre nos bras, mais dans notre cœur, le Fils de Dieu: un petit enfant nous a été donné, dit Isaïe, et nous pouvons avec lui remplir entièrement la dette de reconnaissance que nous avons contractée envers Dieu.Et même, à bien considérer les choses, nous donnons en quelque sorte à Dieu dans la Messe plus qu’il ne nous a donné, sinon en réalité, du moins en apparence; car le Père éternel ne nous a donné qu’une fois son divin Fils dans l’Incarnation, et nous le lui rendons un nombre infini de fois dans cet auguste Sacrifice.

Et ainsi jusqu’à un certain point, Dieu serait en retour avec nous, sinon quant à la qualité de l’offrande, car il ne se peut rien de supérieur au Fils de Dieu, du moins quant à la multiplicité des actes qui la lui présentent en satisfaction.

Ô Dieu grand et miséricordieux! Que n’avons-nous un nombre infini de langues afin de vous rendre des actions de grâces infinies, pour le trésor précieux que vous nous avez donné dans la sainte Messe!

Comprenez-vous maintenant combien ce trésor est précieux? S’il a été caché pour vous jusqu’ici, maintenant que vous commencez à le connaître, comment ne vous écrieriez-vous pas, dans un saint étonnement: Oh! quel grand trésor! quel grand trésor!

4° DEMANDER LES GRÂCES DONT NOUS AVONS BESOIN.

Mais ce n’est pas tout: nous pouvons encore dans le saint Sacrifice de la Messe nous acquitter de notre dernière obligation envers Dieu, c’est-à-dire lui demander les grâces dont nous avons besoin.

Nous connaissons par une triste expérience, les désolantes misères auxquelles l’homme est soumis, dans le corps aussi bien que dans l’âme, et par conséquent le besoin que nous avons de l’appui et du paternel secours de Dieu, à tout moment, en toute circonstance. Lui seul est l’auteur et le principe de tout bien, temporel ou spirituel.

Mais d’un autre côté, au nom de quoi, avec quelle espérance solliciteriez-vous de sa miséricorde de nouveaux dons, lorsque telle a été votre insensibilité, votre ingratitude pour des faveurs qu’il vous a déjà prodiguées, ingratitude qui est allée à cet excès de tourner le bienfait même contre le bienfaiteur?

Ici encore, néanmoins, ne perdez pas confiance; reprenez tout espoir. Vous n’êtes pas dignes de ces biens que vous souhaitez et dont vous sentez la nécessité; mais le miséricordieux Sauveur accourt se faire votre intercesseur, se constituer votre caution.

Pour vous il a acquis des mérites infinis, pour vous il devient à la Messe l’hostie pacifique, c’est-à-dire la Victime auguste à l’immolation de laquelle notre Père des Cieux ne peut rien refuser. Oui, dans la sainte Messe, l’adorable, le bien-aimé Jésus, à titre de principal et de souverain prêtre prend en main notre cause, intercède pour nous, se fait notre puissant avocat. N’oublions pas que Marie, elle aussi, joint ses supplications aux nôtres pour tout ce que la foi nous porte à demander à Dieu.

Que faut-il de plus à qui veut être exaucé? La confiance, l’espoir ferme et assuré vous manqueront-ils quand vous songerez qu’à l’autel c’est Jésus-Christ qui parle pour vous, qui pour vous offre son Sang très précieux, qui prend en un mot le rôle de divin intermédiaire?

— Ô Messe bénie, source de tous les bienfaits et de tous les dons!

Mais il faut creuser bien avant cette mine afin de découvrir les grands trésors qu’elle renferme. Oh! que de grâces, de dons et de vertus nous obtient le saint Sacrifice!

Nous y obtenons d’abord toutes les grâces spirituelles, tous les biens de l’âme, le repentir de nos péchés, le triomphe des tentations qui nous viennent, soit du dehors, de la part des mauvaises compagnies et des démons de l’enfer, ou du dedans, de la part de notre chair rebelle.

Nous y obtenons les grâces nécessaires pour nous convertir, ou pour nous maintenir dans la grâce et avancer dans les voies de Dieu; nous y obtenons de saintes inspirations et des mouvements intérieurs, qui nous disposent à secouer notre tiédeur, et nous portent à agir avec plus de ferveur, avec une volonté plus prompte, une intention plus droite et plus pure, et c’est là un trésor inestimable, ces moyens étant très efficaces pour obtenir de Dieu la persévérance finale, d’où dépend notre salut, et cette assurance morale que l’on peut avoir ici-bas de la béatitude éternelle.

Nous y obtenons encore les biens temporels, autant qu’ils peuvent concourir à notre salut: la santé, l’abondance, la paix, avec l’exclusion de tous les maux qui s’opposent au bien de notre âme tels que la peste, les tremblements de terre, la guerre, la famine, les persécutions, les procès, les inimitiés, les calomnies, les injures: en un mot, le saint Sacrifice de la Messe est propre à nous délivrer de tous les fléaux, à nous enrichir de tous les biens.

Il est la clé d’or du paradis: quels biens pourrait nous refuser le Père éternel, après nous l’avoir donnée? Celui qui n’a pas épargné son propre Fils, dit saint Paul aux Romains, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous aurait-il pas donné tout avec lui?

Il avait donc bien raison, ce saint prêtre dont un auteur nous rapporte qu’il disait souvent: "Lorsque au saint autel je demande à Dieu, pour moi ou pour d’autres, quelque faveur insigne, la plus extraordinaire des grâces, il me semble ne rien demander, en comparaison de ce que j’offre moi-même?"

Et il ajoutait, expliquant sa pensée: "Toutes les grâces que je puis solliciter à la sainte Messe sont des biens créés et finis, pendant que mon offrande est sans limite et incréée. Ainsi, en faisant arithmétiquement nos comptes, c’est moi qui suis le créancier, Dieu reste mon débiteur."

C’est pourquoi il demandait de grandes grâces, et il obtenait beaucoup de Dieu. Pourquoi n’en faites-vous pas autant? Si vous suivez mon conseil, vous demanderez à Dieu, toutes les fois que vous assisterez à la Messe, qu’il fasse de vous un grand saint. Ne craignez pas que ce soit trop demander.

Notre bon Maître ne nous dit-il pas dans l’Évangile que, pour un verre d’eau donné en son nom, il nous donnera le Paradis?

Comment ne nous donnerait-il pas cent fois davantage, si c’était possible, lorsque nous lui offrons tout le Sang de son Fils bien-aimé?

Comment pouvez-vous douter qu’il vous donne toutes les vertus et toutes les perfections nécessaires, pour faire de vous un grand saint?

Dilatez donc votre cœur, et demandez à Dieu de grandes choses; car Celui que vous invoquez ne s’appauvrit point en donnant, et plus vous demanderez, plus vous obtiendrez.

Autres bienfaits de la Messe.

Mais ce n’est pas tout encore: outre les biens que nous demandons à la Messe, Dieu nous en accorde beaucoup d’autres, sans que nous les lui demandions, pourvu que nous n’y mettions point d’obstacle de notre côté.

On peut donc dire que la Messe est pour le genre humain comme un soleil qui répand ses splendeurs sur les bons et sur les méchants, et qu’il n’y a point d’âme, si criminelle qu’elle soit, qui n’en remporte quelque grand bien, souvent même sans le demander, et encore plus sans y penser, comme il arriva dans le cas raconté par saint Antonin.

Deux jeunes libertins, dont l’un avait entendu la Messe le matin, étant sortis un jour, pour aller se promener dans un bois, furent assaillis par une violente tempête.

Ils entendirent au milieu du tonnerre et des éclairs une voix qui criait: tue, tue.

Celui qui n’avait point entendu la Messe, fut aussitôt frappé par la foudre et mourut; l’autre, épouvanté, continua sa course, cherchant un lieu de refuge, lorsqu’il entendit de nouveau la même voix répéter ces paroles: tue, tue.

Comme il attendait la mort, il entendit une autre voix crier: Je ne puis, je ne puis, car il a entendu aujourd’hui le Verbum caro factum est; la Messe à laquelle il a assisté m’empêche de le frapper.

Combien de fois, par la sainte Messe, Dieu vous a-t-il préservé de la mort, ou du moins d’imminents périls!

C’est ce que nous assure saint Grégoire, lorsqu’il nous dit au livre IV de ses Dialogues: "Celui qui entend la sainte Messe est délivré de beaucoup de maux et de dangers."

Saint Augustin va plus loin encore: "Celui qui entend dévotement la Messe, nous dit-il, ne périra point de mort subite."

Voilà donc un préservatif admirable pour nous préserver de ce malheur: c’est d’assister tous les jours à la Messe avec dévotion. Au dire de saint Grégoire, "le juste qui entend la Messe se maintient dans la justice."

Ce n’est pas assez, il croît toujours davantage en mérites, en grâces et en vertus, et plaît toujours davantage à Dieu. Bien plus, reprend saint Bernard: "Celui qui entend ou célèbre dévotement la Messe mérite bien plus que s’il donnait tous ses biens aux pauvres et parcourait le monde entier en pèlerinage."

Ces paroles s’entendent de la valeur intrinsèque du saint Sacrifice.

Quels trésors immenses renferme-t-il donc?

Comprenez bien cette vérité: en considérant le saint Sacrifice en lui-même et selon sa valeur intrinsèque, on peut dire que l’on mérite plus, en entendant ou célébrant une seule Messe, que si l’on distribuait tous ses biens aux pauvres, et si l’on parcourait le monde entier en pèlerinage, visitant avec une grande dévotion les sanctuaires de Jérusalem, de Rome, de Lorette, de Compostelle, etc.

Saint Thomas nous en donne la raison: "C’est que, dit-il, la Messe renferme tous les fruits, toutes les grâces et tous les trésors que le Fils de Dieu a répandus si abondamment sur son Église, dans le Sacrifice sanglant de la croix."

Arrêtez-vous ici un instant, fermez le livre, et réunissez par la pensée tous les biens et tous les fruits que procure la sainte Messe; considérez-les en silence, et dites-moi ensuite si vous hésitez à croire qu’une seule Messe, quant à sa valeur intrinsèque, est tellement efficace, qu’au dire de plusieurs docteurs, elle suffirait pour obtenir le salut de tout le genre humain.

Supposez que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’ait point souffert sur le Calvaire, et qu’au lieu du Sacrifice sanglant de la croix, il ait institué seulement celui de l’autel, mais avec l’ordre formel qu’il ne se célébrât qu’une seule Messe dans le monde entier.

Eh bien! cette supposition une fois admise, il est très vrai que cette seule Messe célébrée par le dernier prêtre du monde, aurait suffi, considérée en elle-même et dans sa valeur intrinsèque, pour obtenir de Dieu le salut de tous les hommes.

Oui, dans cette hypothèse, une seule Messe suffirait pour obtenir la conversion de tous les Turcs, de tous les hérétiques, de tous les schismatiques, en un mot, de tous les infidèles et de tous les mauvais chrétiens, pour fermer les portes de l’enfer à tous les pécheurs, et ouvrir celles du purgatoire à toutes les âmes qui souffrent.

Mais, hélas! malheureux que nous sommes, nous bornons la sphère immense de cet auguste Sacrifice, et le rendons inefficace par notre tiédeur.

Ah! je voudrais pouvoir me faire entendre de tous les hommes, pour leur dire: malheureux, que faites-vous? Que ne courez-vous tous dans les églises, pour entendre dévotement autant de Messes que vous pouvez?

Pourquoi n’imitez-vous pas les anges, qui, au dire de saint Jean Chrysostome, descendent en foule du ciel, pendant qu’on célèbre la sainte Messe et se tiennent auprès de l’autel, dans un saint respect, attendant que la Messe commence, afin d’intercéder pour nous plus efficacement: car ils savent bien que c’est là le temps le plus opportun et le moment le plus propice pour obtenir les grâces du ciel.

Confondez-vous donc, et rougissez d’avoir si peu apprécié jusqu’ici la sainte Messe, d’avoir même profané tant de fois une action si sainte.

Vous avez bien plus sujet encore de rougir, si vous êtes du nombre de ceux qui sont assez téméraires pour dire qu’une Messe de plus ou de moins, c’est peu de chose.

La Messe et les Âmes du purgatoire

Je vous prie de remarquer que ce n’est pas sans intention que j’ai dit plus haut qu’une seule Messe, en ne considérant que sa valeur intrinsèque, suffit pour ouvrir les portes du Purgatoire à toutes les âmes qui y souffrent et les faire entrer au ciel: car ce divin

Sacrifice sert aux défunts, non seulement comme propitiatoire, pour payer les peines qu’ils doivent à la justice de Dieu, mais encore comme impétratoire, pour en obtenir la rémission.

Comme on le voit par la coutume de l’Église, laquelle non seulement offre la Messe pour les âmes du Purgatoire, mais y prie encore pour leur délivrance.

Afin d’exciter votre compassion en faveur de ces saintes âmes, considérez donc que le feu où elles souffrent égale, au dire de saint Grégoire, celui de l’enfer, et que, comme instrument de la justice divine, il agit avec une telle puissance, qu’il leur cause des peines insupportables, et supérieures à tous les tourments qui se peuvent imaginer dans ce monde.

Elles souffrent bien plus encore de la privation de la vue de Dieu, comme le dit le docteur angélique; l’impossibilité où elles sont de voir ce souverain Bien, vers lequel elles aspirent, les plonge en des angoisses intolérables.

Rentrez ici un peu en vous-mêmes. Si vous voyiez votre père ou votre mère près de se noyer dans un étang, et que pour les délivrer vous n’eussiez qu’à leur tendre la main, ne seriez-vous pas obligé par charité, et par justice en même temps, à le faire?

Or, vous voyez des yeux de la foi tant de pauvres âmes, parmi lesquelles se trouvent peut-être vos plus proches parents, brûler dans un étang de feu, et vous ne vous astreindriez pas à entendre dévotement pour elles une seule Messe?

Où est donc votre cœur? Qui peut douter que la Messe procure un soulagement considérable à ces pauvres âmes?

Écoutez saint Jérôme, un des grands docteurs de l’Église, qui vous dit expressément que, lorsqu’on célèbre le très saint Sacrifice pour une âme du Purgatoire, ce feu dévorant suspend ses rigueurs, et que, tout le temps que dure la Messe, le supplice s’arrête.

Il affirme en outre, qu’à chaque Messe il en est beaucoup qui sortent du lieu d’expiation pour voler aux joies du Paradis.

Ajoutez à cela que votre charité envers les âmes du Purgatoire tournera tout entière à votre profit.

Je pourrais vous apporter en preuve une multitude d’exemples mais je me contenterai de vous raconter un seul fait arrivé à saint Pierre Damien.

Étant resté orphelin, dans un âge encore tendre, il fut recueilli par un de ses frères, qui le maltraitait d’une manière incroyable, jusqu’à le faire marcher pieds nus, et le laisser dans une extrême pénurie de toutes choses.

Il trouva un jours en chemin je ne sais quelle monnaie; il croyait avoir en main un trésor. Mais qu’en faire?

La nécessité où il était lui suggérait bien des moyens de l’employer, cependant, après y avoir bien pensé, il résolut d’aller porter cette monnaie chez un prêtre, et de lui demander une Messe pour les âmes du Purgatoire.

À partir de ce moment, sa fortune changea: il fut recueilli par un autre frère, meilleur que le premier, qui l’aima comme son fils, le vêtit avec décence, l’envoya à l’école, après quoi il devint ce grand homme et ce grand saint, qui orna la pourpre et soutint l’Église.

Voyez de quels biens cette Messe et la privation qu’il s’imposa furent pour lui la source.Oh! quel précieux trésor, qui sert aux morts et aux vivants, dans le temps et dans l’éternité en même temps.

Ces saintes âmes, en effet, sont si reconnaissantes envers leurs bienfaiteurs, qu’une fois arrivées au ciel, elles se font leurs avocates, et ne se donnent de repos qu’après les avoir vus en possession de la gloire: comme l’éprouva ici-même, à Rome, une femme qui, oubliant son salut éternel, et esclave de ses passions, n’était occupée qu’à faire tomber dans ses filets la jeunesse imprudente.

La seule bonne chose qu’elle fît, c’est qu’il ne se passât pas de jours, où elle ne fît célébrer quelques Messes pour les âmes du Purgatoire.

Celles-ci prièrent sans doute avec tant de zèle pour leur bienfaitrice, que, rougissant un jour de ses péchés, elle renonça à sa vie criminelle, alla trouver un prêtre, lui fit une confession générale, et mourut peu de temps après, bien disposée, laissant à tous les signes évidents de son salut éternel.

Cette grâce extraordinaire, elle la dut aux Messes qu’elle avait fait célébrer pour les âmes du Purgatoire.

Réveillons-nous donc, nous aussi, et ne nous laissons pas précéder dans le royaume de Dieu par les publicains et les femmes perdues.

Nos devoirs envers les défunts.

Si vous étiez du nombre de ces avares, lesquels non seulement manquent à la charité, en omettant de prier pour les défunts, et d’assister à la Messe pour ces pauvres âmes affligées, mais qui de plus foulant aux pieds les droits les plus sacrés, refusent de remplir les legs pieux que leur ont laissés leurs parents, et de faire dire les Messes qu’ils ont mises à leur charge dans leur testament:

Oh! alors, je vous dirais, enflammé d’un saint zèle: allez, allez, vous êtes pires que les démons; car ceux-ci ne tourmentent que les damnés; mais vous, vous tourmentez les élus; ils sont cruels à l’égard des réprouvés, mais vous l’êtes à l’égard des prédestinés.

Non, il n’y a pour vous ni confession ni absolution, si vous ne faites pénitence d’un aussi grand péché, et si vous ne remplissez toutes vos obligations à l’égard des défunts.

Je ne le puis, me direz-vous, mes moyens ne le permettent pas.

Vos moyens ne vous le permettent pas?

Vous savez bien trouver de l’argent pour paraître dans le monde, pour satisfaire votre luxe: vous savez bien en trouver pour ces festins, pour ces dépenses folles et souvent criminelles; et quand il s’agit d’acquitter vos dettes, non seulement avec les vivants, mais encore avec les pauvres défunts, vous n’avez plus rien.

Ah! je vous comprends; il n’y a personne pour vous demander compte de votre conduite, mais Dieu vous le demandera plus tard.

Employez à d’autres usages l’argent que vous ont laissé les défunts pour des œuvres pies, mais je vous annonce de la part du Roi-Prophète des disgrâces sans nombre, des maladies, des banqueroutes, des traverses, des ruines irréparables dans votre fortune, dans votre honneur et dans votre vie.

C’est un oracle divin, il ne peut manquer d’avoir son effet: Ils ont dissipé les sacrifices des morts, et les calamités se sont multipliées.

Oui, oui, des malheurs, des ruines irréparables à ces familles qui ne remplissent point les obligations qu’elles ont envers les défunts.

Parcourez cette ville (la ville de Rome), et voyez combien de familles dispersées, de maisons ruinées, de boutiques fermées, d’affaires interrompues, de faillites, de disgrâces et de malheurs de toute sorte.

Quelle est la cause de toutes ces calamités? Une des causes principales, c’est la dureté envers les pauvres défunts, la négligence à remplir les legs pieux, la cruauté avec laquelle on refuse aux âmes du Purgatoire le soulagement qu’on leur doit.

C’est pour cela qu’il se commet tant de sacrilèges, et que la maison de Dieu est devenue, comme le dit Notre-Seigneur Jésus-Christ, une caverne de voleurs.

Ne vous étonnez pas si Dieu fait pleuvoir ses foudres sur la terre, et nous menace de guerre, de tremblements de terre, et de calamités de toute sorte.

La cause, la voici: Ils ont dissipé les sacrifices des morts, et les calamités se sont multipliées sur leurs têtes.

C’est donc avec raison que le quatrième concile de Carthage excommunie ces ingrats comme de vrais homicides, et que le concile de Valence ordonne de les chasser de l’Église comme des infidèles.

Encore n’est-ce pas là le plus grand des châtiments dont Dieu punit ces âmes insensibles.

C’est dans l’autre vie qu’il réserve ses plus grands supplices; car saint Jacques nous enseigne qu’un jugement sans miséricorde est réservé à celui qui n’a point fait miséricorde.

Dieu permettra qu’ils soient traités de la même manière qu’ils ont employée envers les autres, c’est-à-dire que leurs dernières volontés seront violées aussi, qu’on ne célébrera point les Messes qu’ils auront ordonnées par testament pour assurer leur délivrance; que si on les célèbre, le mérite en sera appliqué à d’autres qui pendant leur vie auront été plus charitables et plus justes envers les défunts.

On lit dans les Chroniques des Frères Mineurs, qu’un frère apparut après sa mort à un autre religieux, et lui révéla les supplices affreux qu’il endurait au Purgatoire, particulièrement pour avoir négligé de prier pour les autres frères défunts.

Il lui dit que jusqu’ici le bien qu’on avait fait pour lui, les Messes qu’on avait dites ne lui avaient servi de rien, parce que Dieu, pour punir sa négligence, les avait appliquées à d’autres qui avaient été pendant leur vie charitables envers les âmes du

Purgatoire, et cela dit, il disparut.

RÉSOLUTIONS À PRENDRE:

1° Faire dire beaucoup de Messes pour les âmes du Purgatoire et pour toutes nos intentions.

Je vous supplie donc, cher lecteur, à genoux et de toute mon âme, de ne pas fermer ce livre avant d’avoir pris la ferme résolution d’assister autant que vos occupations vous le permettent, au saint Sacrifice de la Messe, et de faire dire autant de Messes que vous le pourrez, non seulement pour les âmes des défunts, mais encore pour la vôtre. Et cela pour deux motifs:

2° Pour obtenir une bonne et sainte mort; car c’est l’opinion de tous les saints Docteurs, qu’il n’y a point de moyen plus efficace pour cela que le Saint Sacrifice de la Messe.

Notre-Seigneur Jésus-Christ a révélé à sainte Mechtilde, que celui qui aura eu la pieuse coutume d’assister dévotement à la Messe pendant sa vie, sera consolé à la mort, par la présence des anges et de ses saints patrons, qui le défendront contre toutes les embûches des démons.

Oh! quelle belle mort couronnera votre vie, si pendant celle-ci, vous avez eu soin d’assister à la Messe, toutes les fois que vous l’aurez pu!

3° L’autre motif, c’est que vous mériterez par là de sortir promptement du Purgatoire, et de vous envoler au ciel; car il n’y a pas de moyen plus efficace pour obtenir de Dieu la grâce si précieuse d’aller droit au ciel sans passer par le Purgatoire, ou du moins de rester peu de temps en ce lieu, que les indulgences et le saint Sacrifice de la Messe.

Quand aux indulgences, les souverains pontifes en ont été prodigues envers ceux qui entendent dévotement la sainte Messe.

Nous avons suffisamment démontré plus haut combien elle est efficace pour hâter la rémission des peines du Purgatoire.

L’exemple et l’autorité de Jean d’Avila devraient nous suffire pour nous en persuader.

Ce grand serviteur de Dieu, qui fut l’oracle de l’Espagne, étant sur le point de mourir, on lui demanda quelle sorte de secours il désirait qu’on ménageât à son âme lorsque le Seigneur l’aurait rappelée à lui: "Des Messes, des Messes, des Messes."

Permettez-moi de vous donner à ce sujet un conseil d’un grand poids; c’est de faire dire pendant votre vie toutes les Messes que vous voulez que l’on dise pour vous après votre mort, et de ne point vous fier a ceux que vous laissez en ce monde après vous.

D’autant plus que saint Anselme nous apprend qu’une seule Messe que vous aurez entendue, ou fait dire pour vous, pendant que vous vivez, vous sera plus profitable que mille après votre mort.

Cette vérité fut bien comprise d’un riche marchand de la rivière de Gênes, lequel étant sur le point de mourir, ne laissa rien pour le soulagement de son âme.

Tout le monde était étonné qu’un homme si riche, si pieux, si généreux envers tous, se fût montré à sa mort si cruel envers lui-même.

Mais lorsqu’il fut enterré, on trouva dans son livre le détail de tout le bien qu’il avait fait pendant sa vie, pour le soulagement de son âme.

Deux mille francs pour deux mille Messes; dix mille francs pour doter de pauvres orphelines, deux cents francs pour tel lieu pieux, etc. Et à la fin du livre il avait écrit: "Que celui qui se veut du bien se le fasse pendant sa vie, et ne se fie point à ceux qu’il laisse après lui."

On connaît ce proverbe: qu’une chandelle que l’on porte devant nous éclaire plus qu’une torche derrière.

Tirez profit de cette sentence, et considérant l’excellence et l’utilité de la sainte Messe, déplorez l’aveuglement où vous avez vécu jusqu’ici, en n’estimant point assez ce trésor précieux, qui a été pour vous, hélas! un trésor caché.

Maintenant que vous en connaissez la valeur, ne vous permettez plus de penser, et moins encore de dire, qu’une Messe de plus au de moins, c’est peu de chose.

Renouvelez, au contraire, votre sainte résolution d’entendre, à partir de ce jour, autant de Messes que vous en pourrez trouver l’heureuse occasion, et de les entendre avec les sentiments d’une vraie piété.

Que la bénédiction de Dieu descende aujourd’hui sur vous. Ainsi soit-il.

4° Assister souvent à la Messe, et si possible, tous les jours.

Ceux qui font des difficultés d’assister tous les jours à la Messe trouvent bien des prétextes pour excuser leur tiédeur.

Lorsqu’il s’agit des misérables intérêts de cette terre, vous les trouvez pleins de zèle, d’ardeur et d’activité.

Toute fatigue est légère alors; aucune incommodité ne les retient.

Mais lorsqu’il est question d’assister à la Messe, quoiqu’il n’y ait aucune affaire plus importante que celle-ci, ils sont froids et sans volonté, ils savent trouver mille prétextes frivoles pour s’en dispenser; ils mettent en avant des occupations graves, leur peu de santé, des intérêts de famille, le manque de temps, la multitude de leurs affaires, etc.

En un mot, si la sainte Église ne les obligeait sous peine de péché mortel, à entendre la Messe au moins les jours de fêtes, Dieu sait s’ils visiteraient jamais une église, s’ils ploieraient jamais les genoux devant un autel.

Quelle honte, et quel malheur en même temps.

Ah! combien nous sommes déchus de la ferveur de ces premiers fidèles lesquels, comme nous l’avons vu plus haut, assistaient chaque jour au saint Sacrifice, et se nourrissaient du pain des anges dans la sainte communion.

Et cependant ils avaient aussi leurs affaires; mais c’est précisément par le moyen de cette pieuse pratique qu’ils savaient si bien ménager leurs intérêts spirituels et temporels

Monde aveugle, quand ouvriras-tu les yeux pour reconnaître ton erreur? Réveillons-nous tous de notre torpeur, et que notre dévotion la plus chère soit d’entendre chaque jour la sainte Messe, et d’y faire la sainte communion.

Pour obtenir un but aussi saint, je ne connais point de moyen plus efficace que l’exemple; car c’est une maxime irréfutable que nous vivons tous d’exemples, et trouvons facile ce que nous voyons faire à ceux qui sont comme nous.

Saint Augustin lui-même s’encourageait en se disant: "Quoi, tu ne pourrais pas ce qu’ont pu ceux-ci ou ceux-là?"

Et après avoir pris modèle sur de plus pieux que nous, devenons nous-mêmes des exemples! Quels fruits ne recueillerons-nous pas du bien que nous aurons ainsi fait aux autres, même à notre insu.

La Messe et les Honoraires.

Je voudrais conclure par deux remarques très opportunes.

La première, c’est l’ignorance profonde d’un grand nombre de chrétiens, lesquels n’appréciant point les richesses immenses que renferme le saint Sacrifice, lui attribueraient volontiers une valeur purement matérielle.

De là viennent ces manières de parler de certaines personnes, qui, voulant avoir une Messe, ne craignent pas de dire au prêtre à qui elles la demandent.

"Voulez-vous dire la Messe pour moi, ce matin? Je vais vous la payer?"

Comment, payer la Messe! Mais quelle somme pourrait égaler la valeur d’une Messe, puisque celle-ci vaut plus que le ciel tout entier?

Quelle ignorance lamentable!

Cet argent que vous donnez au prêtre, vous le lui donnez pour le faire vivre, mais non comme paiement de la Messe qu’il dit pour vous.

Je vous ai engagé, dans cette brochure, il est vrai, à assister tous les jours au saint Sacrifice, et à faire dire autant de Messes que vous pouvez.

Or, je m’imagine que le démon peut très bien vous suggérer des réflexions comme celle-ci: "Les prêtres nous exhortent par de bonnes raisons à faire dire beaucoup de Messes. Mais sous l’apparence d’un beau zèle, ils cherchent leur intérêt, et tout se fait et tout se dit pour de l’argent.

Quelle erreur! Je remercie Dieu de m’avoir fait embrasser un institut, où l’on professe la plus stricte pauvreté, où l’on ne reçoit aucune aumône pour les Messes.

Nous offrît-on cent écus pour en dire une, nous ne pourrions les accepter.

Je puis donc vous parler hardiment sans craindre ni vos soupçons, ni vos accusations; car étant désintéressé dans cette question, je ne puis avoir en vue que votre bien.

Or, ce que je vous ai dit, je vous le répète encore. Entendez beaucoup de Messes, je vous prie, et faites-en dire le plus que vous pourrez; vous acquerrez ainsi un grand trésor qui vous profitera en ce monde et dans l’autre.

La seconde vérité dont vous devez être bien pénétrés, c’est l’efficacité du saint Sacrifice pour nous obtenir tous les biens, et nous délivrer de tous les maux, mais particulièrement pour nous ranimer dans nos défaillances et nous fortifier contre les tentations.

Laissez-moi donc vous répéter: allez à la Messe, allez à la Messe tous les jours, si cela vous est possible, et compatible avec les devoirs de votre état, mais assistez-y avec une grande dévotion.

Vous éprouverez en peu de temps, je vous l’assure, un changement merveilleux en vous-mêmes, et toucherez de la main, pour ainsi dire, le bien qu’en retirera votre âme.

FIN

Nihil obstat Parisiis, die 18e oct. 1933

A. Gabon

Imprimatur : Lutetiæ Parisiorum,

die 19e octobris 1933 V. Dupin, v. g.


LES MERVEILLES

DU SAINT NOM

par le père Paul O’Sullivan, o.p. (E.D.M.)

Traduit de l’anglais par Jean-Claude Lemyze
avec la permission de St. Martin Apostolate, Dublin, Irlande

 

"Aussi Dieu l’a-t-il exalté

et lui a-t-il donné le nom

qui est au-dessus de tout nom,

pour que tout, au nom de Jésus,

s’agenouille, au plus haut des cieux,

sur la terre et dans les enfers."

- Philippiens 2.9-10

 

Approuvé par Son Éminence

le Cardinal Patriarche de Lisbonne

4 mars 1947

***

Ce petit livre est dédié avec tendresse

à la douce Mère de Dieu

Personne n’aime autant qu’elle

le nom de Jésus.

 

Lettres d’approbation

De nombreux archevêques et évêques ont témoigné leur fervente approbation envers Les Merveilles du saint nom. Nous citons d’eux d’entre eux:

Palais cardinalice, Lisbonne

le 4 mars 1947

J’approuve et je recommande de tout mon cœur

le petit livre intitulé "Les Merveilles du Saint Nom".

Cardinal Patriarca

 

Nonciature apostolique au Portugal

le 7 mars 1947

Cher père O’Sullivan,

Je vous remercie cordialement pour votre beau livre, Les Merveilles du Saint Nom, que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt. Je vois qu’il explique avec précision et une grande clarté la doctrine du saint nom, doctrine si chère à l’Église.

Une lecture attentive de ce livre éveillera certainement dans le cœur de ses lecteurs une confiance illimitée dans la toute-puissance du saint nom.

Je suis par conséquent très heureux d’approuver chaleureusement ce dernier ouvrage, précieux maillon dans la longue chaîne de vos ardentes et utiles publications.

Je vous accorde de tout cœur mes bénédictions et vous prie de croire à ma très haute considération.

Très sincèrement,

Peter Ciriaci, archevêque de Tarse

Nonce apostolique

Lettre du maître général de l’ordre dominicain

Santa Sabina,

le 29 août 1945

Au Révérend Père Paul H. O’Sullivan

Cher Révérend Père,

Nous savons combien vous vous consacrez, depuis cinquante ans, à toute sorte de propagande catholique, spécialement la propagande écrite.

Votre activité est en vérité merveilleuse. Vous avez maintenant lancé une véritable croisade pour le saint nom de Jésus, croisade qui a été couronnée de succès.

Tout cela remplit de joie notre cœur et nous vous envoyons ainsi notre paternelle bénédiction avec celle de notre saint Patron, St Dominique.

Nous vous prions d’accepter l’assurance de notre sincère affection.

P. M. S. Gillet, o.p.

Maître général

AU LECTEUR

Cher ami,

Lis ce petit livre lentement et avec attention, non pas une fois, mais souvent, et tu en remercieras Dieu le reste de ta vie.

Il t’apportera beaucoup de bonheur et te permettra d’obtenir de Dieu des grâces et des bénédictions merveilleuses.

Il enseigne les merveilles du saint nom de Jésus, que bien peu de chrétiens comprennent.

La répétition fréquente de ce divin nom t’épargnera bien des souffrances et te sauvera de grands dangers.

Les plus terribles calamités menacent le monde. Chacun de nous peut faire beaucoup pour se sauver des maux à venir, et nous pouvons beaucoup pour aider le monde, l’Église et notre saint Père le Pape en répétant simplement, "Jésus, Jésus, Jésus".

- L’auteur

LES MERVEILLES

DU SAINT NOM

Chapitre I

LES MERVEILLES DU SAINT NOM

Nous entendons répéter depuis notre enfance le saint nom de Jésus, mais hélas, nombreux, trop nombreux sont ceux qui n’ont pas une juste idée des grandes merveilles de ce saint nom!

Que connaissez-vous, cher lecteur, du nom de Jésus? Vous savez que ce nom et saint et que vous devez vous incliner avec révérence en le disant. C’est très peu. C’est comme si vous regardiez un livre fermé en jetant un rapide coup d’œil sur le titre de la couverture. Vous ne savez rien des merveilleuses pensées qu’il contient.

Même lorsque vous prononcez le nom de Jésus vous connaissez très peu les trésors qu’il renferme.

Ce nom divin est en vérité une mine de richesses; il est la source de la sainteté la plus élevée et le secret du plus grand bonheur que l’homme puisse espérer connaître sur cette terre. Lisez et voyez.

Il est si puissant, si assuré, qu’il ne manque jamais de produire dans notre âme les plus merveilleux effets. Il console le cœur le plus affligé et rend fort le pécheur le plus faible. Il nous obtient toutes sortes de faveurs et de grâces, spirituelles et temporelles.

Il y a deux choses que nous devons faire. Premièrement, nous devons clairement comprendre le sens et la valeur du nom de Jésus.

Deuxièmement, nous devons prendre l’habitude de le dire avec dévotion, fréquemment, des centaines et des centaines de fois chaque jour. Loin de devenir un fardeau, cela nous procurera une joie et une consolation immenses.

 

Chapitre 2

QUE SIGNIFIE LE NOM DE JÉSUS ?

Le saint nom de Jésus est, avant toute chose, une prière toute-puissante. Notre-Seigneur lui-même a promis solennellement que tout ce que nous demanderons au Père en son nom, nous le recevrons. Dieu ne manque jamais à sa parole.

Par conséquent, lorsque nous disons "Jésus", demandons à Dieu tout ce dont nous avons besoin avec l’absolue confiance d’être entendus.

C’est pour cette raison que l’Église termine sa prière avec ces paroles "par le Christ Jésus", ce qui donne à la prière une nouvelle et divine efficacité.

Mais le saint nom est quelque chose de plus grand encore:

nous procurons à Dieu une joie et une gloire infinies, car nous lui offrons les mérites infinis de la Passion et de la Mort de Jésus Christ.

saint Paul nous dit que Jésus a mérité le nom de Jésus par sa Passion et sa Mort.

Chaque fois que nous disons "Jésus", nous devons clairement vouloir offrir à Dieu toutes les messes dites partout dans le monde pour toutes les intentions. Nous participons ainsi à ces milliers de messes.

Chaque fois que nous disons "Jésus", nous gagnons 300 jours d’indulgence*, que nous pouvons appliquer aux âmes du Purgatoire, soulageant et libérant ainsi de très nombreuses saintes âmes dans de terribles souffrances. Elles deviennent alors nos meilleures amies et prient pour nous avec une indicible ferveur.

Chaque fois que nous disons "Jésus", nous accomplissons un acte d’amour parfait, car nous offrons à Dieu l’amour infini de Jésus.

Le saint nom de Jésus nous sauve d’innombrables maux et nous délivre spécialement du pouvoir du diable qui cherche continuellement à nous nuire.

Le nom de Jésus emplit graduellement notre âme d’une joie et d’une paix que nous ne connaissions pas auparavant.

Le nom de Jésus nous donne une telle force que nos souffrances deviennent légères et faciles à porter.

QUE DEVONS-NOUS FAIRE ?

saint Paul nous dit que nous nous devons toujours agir, que ce soit par la parole ou par l’action, au nom de Jésus. "Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père." (Colossiens 2. 17)

De cette façon, tout ce que nous faisons devient un acte d’amour et de mérite et, de plus, nous recevons des grâces pour accomplir nos actions parfaitement.

Nous devons par conséquent nous efforcer de prendre l’habitude de dire, "Jésus, Jésus, Jésus", très souvent chaque jour. Nous pouvons le faire en nous habillant, en travaillant – peu importe ce que nous faisons – tout en marchant, dans les moments de tristesse, chez nous et dans la rue, partout.

Rien n’est plus facile si nous le faisons méthodiquement. Nous pouvons le dire chaque jour un nombre incalculable de fois.

Gardez à l’esprit que chaque fois que nous disons "Jésus", 1) nous rendons gloire à Dieu, 2) nous recevons de grandes grâces, 3) et nous aidons les âmes du Purgatoire.

Voici maintenant quelques exemples qui vous montreront le pouvoir du saint nom.

 

Chapitre 3

LE MONDE EN DANGER EST SAUVÉ

PAR LE SAINT NOM

En l’an 1274, de graves menaces pesaient sur le monde. L’Église étaient assaillie par de féroces ennemis, à l’intérieur comme à l’extérieur. Le danger était si grand que le Pape, Grégoire X, convoqua un concile des Évêques à Lyon afin de déterminer par quel moyen la société pourrait être sauvée de la ruine qui la menaçait. Parmi les nombreux moyens proposés, le Pape et les Évêques choisirent celui qu’ils considéraient le plus facile et le plus efficace de tous, c’est-à-dire la répétition fréquente du saint nom de Jésus.

Le saint Père pria alors les Évêques du monde entier et leurs prêtres d’invoquer le nom de Jésus et d’exhorter leurs peuples à mettre toute leur confiance dans ce nom tout-puissant, en le répétant constamment avec une confiance sans limite. Le Pape confia spécialement aux dominicains la glorieuse tâche de prêcher les merveilles du saint nom dans tous les pays, ce dont ils s’acquittèrent avec un zèle sans borne.

Leurs frères franciscains les secondèrent efficacement. Saint Bernardin de Sienne et saint Léonard de Port-Maurice ont été d’ardents apôtres du saint nom.

Leurs efforts furent couronnés de succès, si bien que les ennemis de l’Église furent renversés, que les dangers qui menaçaient la société disparurent et la paix régna en souveraine une fois de plus.

Ce qui est pour nous une très importante leçon, car dans les jours que nous vivons, de nombreux pays sont écrasés par de terribles souffrances et des fléaux encore bien plus grands menacent tous les autres.

Les gouvernements ne semblent ni assez forts ni assez sages pour endiguer ce torrent de fléaux. Il n’y a qu’un seul remède, et c’est la prière.

Chaque chrétien doit se tourner vers Dieu et lui demander d’avoir pitié de nous. La plus facile de toutes les prières, comme nous l’avons vu, est le nom de Jésus.

Tous, sans exception, nous pouvons invoquer ce saint nom des centaines de fois par jour non seulement pour nos propres intentions, mais aussi pour demander à Dieu de délivrer le monde d’une ruine imminente.

Il est prodigieux qu’une seule personne qui prie puisse sauver son pays et la société. Nous lisons dans l’Écriture sainte que Moïse a sauvé le peuple d’Israël de la destruction par sa prière, et qu’une pieuse femme, Judith de Béthulie, a sauvé sa ville et son peuple alors que les chefs étaient au désespoir et se préparaient à se rendre à leurs ennemis.

Nous savons aussi que les deux villes de Sodome et Gomorrhe, que Dieu a détruites par le feu en raison de leurs péchés et de leurs crimes, auraient obtenu le pardon si seulement dix justes avaient prié pour elles !

Maintes fois nous lisons que des rois, des empereurs, des hommes d’États et de célèbres chefs militaires qui avaient mis leur confiance dans la prière ont ainsi accompli des merveilles. Si la prière d’un seul homme peut faire tant de choses, que ne pourraient accomplir les prières d’un grand nombre ?

Le nom de Jésus est la prière la plus courte, la plus facile et la plus puissante de toutes. Tout le monde peut la dire, même au milieu des occupations quotidiennes. Dieu ne peut refuser de l’entendre.

Invoquons le nom de Jésus, demandons-lui de nous sauver des calamités qui nous menacent tous.

 

Chapitre 4

LA PESTE DE LISBONNE:

LA VILLE EST SAUVÉE PAR LE SAINT NOM

Une peste dévastatrice s’est déclarée à Lisbonne en 1432. Tous ceux qui le pouvaient ont fui dans la terreur, transportant ainsi la peste dans tous les coins du Portugal.

Ce mal cruel a emporté des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants de toutes les classes de la société. L’épidémie était si virulente que les hommes mouraient partout, à table, dans la rue, dans les maisons, dans les magasins, sur la place du marché, dans les églises. Les historiens rapportent que la peste se répandaient comme l’éclair d’homme à homme, par un manteau, un chapeau ou un vêtement quelconque qui avait été en contact avec le pestiféré. Prêtres, médecins et infirmières étaient emportés en si grand nombre que beaucoup de leurs corps gisaient sans sépulture dans les rues; les chiens léchaient le sang et mangeaient la chair des cadavres, devenant eux aussi infectés par la terrible maladie et contribuant ainsi à la répandre plus largement parmi cette infortunée population.

Parmi ceux qui venaient en aide aux mourants avec un zèle inlassable, il y avait un vénérable évêque, Monseigneur André Dias, qui habitait le couvent ou le monastère de Saint-Dominique. Ce saint homme, voyant que l’épidémie, loin de diminuer, devenait chaque jour plus virulente et désespérant des secours humains, exhorta le malheureux peuple à invoquer le saint nom de Jésus. On le voyait partout où la maladie sévissait le plus gravement, implorant les malades et les mourants autant que ceux qui n’avaient pas encore été frappés en les exhortant à répéter, "Jésus, Jésus". "Écrivez-le sur des cartes", leur disait-il, "et conservez ces cartes sur vous; placez-les le soir sous votre oreiller; mettez-les sur vos portes; mais par dessus tout, invoquez constamment de vos lèvres et dans votre cœur ce nom très puissant."

Il allait partout, tel un ange de la paix, remplissant les malades et les mourants de courage et de confiance. Les malheureux sentaient revenir en eux une vie nouvelle et, invoquant Jésus, ils gardaient ces cartes sur leur poitrine ou les mettaient dans leur poche.

Puis, il les rassembla dans la grande église de Saint-Dominique pour leur parler une fois encore du pouvoir du nom de Jésus et il bénit l’eau par le même saint nom, ordonnant au peuple d’en asperger le visage des malades et des mourants. Merveille des merveilles ! Les malades ont guéri, les mourants sont sortis de leurs souffrances, la peste prit fin et la ville fut délivrée en quelques jours du plus affreux fléau qu’elle ait connu.

La nouvelle se répandit dans tout le pays et tous, d’une seule voix, se mirent à invoquer le nom de Jésus. Avec une incroyable rapidité, tout le Portugal fut libéré de la terrible maladie.

Le peuple reconnaissant, se rappelant les merveilles dont il avait été témoin, continua à témoigner son amour et sa confiance dans le nom de notre Sauveur, de sorte que dans toutes leurs difficultés, dans tous les dangers, quels que soient les maux qui les menacent, ils invoquent le nom de Jésus. Des fraternités se formèrent dans les églises, des processions au saint nom eurent lieu tous les mois, des autels furent élevés en l’honneur de ce saint nom, et la plus grande calamité qui ait jamais frappé le pays est devenue la plus grande bénédiction.

Pendant de long siècles cette grande confiance dans le nom de Jésus s’est maintenue au Portugal pour se répandre ensuite en Espagne, en France et dans le monde entier.

 

Chapitre 5

GENSÉRIC LE GOTH

Durant le règne de Genséric, roi arien des Goths, un des courtisans favoris du roi, le compte Armogasto, fut converti de l’arianisme et rejoignit l’Église catholique.

En apprenant cela, le roi se mit dans une violente colère et, faisant venir le jeune noble en sa présence, il tenta par tous les moyens en son pouvoir de le faire abjurer et revenir à la secte arienne. Promesses et menaces furent également vaines. Le compte refusa toutes les ouvertures et demeura fermement établi dans sa foi nouvelle. Genséric laissa alors libre cours à sa furie et ordonna qu’on attache le jeune homme avec des liens serrés aussi fort que le pouvaient les vigoureux bourreaux. Le tourment était intense mais la victime ne montrait aucun signe de douleur. Le comte répéta deux ou trois fois, "Jésus, Jésus, Jésus", et voilà que les cordes se cassèrent comme des fils d’araignée et tombèrent à ses pieds !

Furieux au-delà de toute mesure, le tyran ordonna qu’on apporte des nerfs de bœuf, aussi durs et résistants que des câbles. On lia de nouveau le comte et le roi ordonna aux bourreaux d’user de toutes leurs forces. Leur victime invoqua une fois de plus le nom de Jésus et les nouveaux liens, comme les autres, cassèrent net comme des fils. Genséric, écumant de rage, ordonna qu’on pende le martyr par les pieds à la branche d’un arbre, la tête en bas.

Souriant à cette nouvelle torture, le comte Armogasto croisa les bras sur sa poitrine et, répétant doucement le saint nom, il tomba dans un sommeil tranquille comme s’il était couché sur un divan moelleux et confortable.

 

Chapitre 6

D. MELCHIOR SOURIT

À SES BOURREAUX

Un autre incident similaire nous est rapporté au sujet d’un martyr chinois, le vénérable évêque dominicain, Mgr D. Melchior.

Au cours d’une des nombreuses persécutions qui ont fait rage en Chine et donné tant de saints à l’Église, ce saint évêque fut emmené, et, après avoir subi les tortures les plus brutales, condamné à une mort cruelle.

On le tira sur la place du marché au milieu d’une foule hurlante venue se réjouir à la vue de ses souffrances.

Ils lui enlevèrent ses vêtements et cinq bourreaux, armés d’épées émoussées, entreprirent de lui couper les doigts un par un, phalange par phalange, puis les bras et les jambes en lui causant d’atroces souffrances. Finalement, il lui tailladèrent les chairs et brisèrent les os de son pauvre corps.

Durant ce long martyre, l’évêque ne montra aucun signe visible de douleur. Il souriait et répétait lentement et à voix haute, "Jésus, Jésus, Jésus", ce qui, à la grande surprise de ses bourreaux, lui donnait une force mystérieuse.

Pas un cri ni un gémissement ne sortit de ses lèvres et, finalement, après des heures de torture, il rendit calmement son dernier souffle, le visage toujours empreint du même beau sourire.

Quelle merveilleuse consolation ne pourrions-nous pas connaître nous aussi lorsque nous sommes contraints de garder le lit par la maladie ou si, accablés de douleur, nous répétions dévotement le nom de Jésus.

Bien des gens ont de la peine à s’endormir.

Ils trouveront secours et consolation en invoquant le saint nom durant ces moments d’insomnie, et tomberont probablement dans un sommeil paisible.

SAINT ALEXANDRE ET

LE PHILOSOPHE PAÏEN

Durant le règne de l’empereur Constantin, la religion chrétienne put faire de constants et rapides progrès.

À Constantinople même, les philosophes païens voyaient avec peine beaucoup de leurs adeptes déserter la vieille religion pour adopter la nouvelle. Ils plaidèrent leur cause devant l’empereur lui-même, demandant à être entendus en justice et qu’il leur soit permis de tenir un débat public avec les évêques des chrétiens. Saint Alexandre, qui occupait alors le siège de Constantinople, était un saint homme mais un piètre logicien.

Il n’a pas craint pour cela de rencontrer le représentant des philosophes païens, un habile dialecticien et un orateur éloquent. Le jour fixé, devant une vaste assemblée de savants, le philosophe se lança dans une attaque soigneusement préparée contre l’enseignement chrétien. Le saint évêque l’écouta un moment puis il prononça le nom de Jésus, qui confondit à l’instant le philosophe; celui-ci perdit non seulement le fil de son discours, mais il fut totalement incapable, même avec l’aide de ses collègues, de revenir à l’attaque.

Sainte Christiana, une jeune chrétienne, était esclave dans le Kurdistan, une région presque entièrement païenne. C’était la coutume dans ce pays, lorsqu’un enfant était gravement malade, que la mère le porte dans ses bras dans la maison de ses amis pour leur demander s’ils connaissaient un remède capable de le guérir. Un jour, une mère apporta son enfant dans la maison où vivait Christiana.

Lorsqu’on lui demanda si elle connaissait un remède pour cette maladie, elle regarda l’enfant et dit: "Jésus, Jésus".

À l’instant, enfant qui était mourant se mit a sourire et à sauter de joie. Il était complètement guéri.

Ce fait extraordinaire fut rapidement connu de tous et arriva aux oreilles de la reine, elle-même invalide. Elle ordonna qu’on fît venir Christiana en sa présence.

Arrivée au palais, la reine demanda à Christiana si elle pouvait, par le même remède, la guérir de son mal qui défiait la science des médecins. Christiania prononça à nouveau avec grande confiance: "Jésus, Jésus", et à nouveau le divin nom fur glorifié. La reine recouvrit instantanément la santé.

Une troisième merveille devait encore se produire. Quelques jours après la guérison de la reine, le roi se vit soudain faire face à une mort certaine. Toute fuite semblait impossible. Se rappelant le pouvoir divin du saint nom dont il avait été témoin dans la guérison de son épouse, il s’écria: "Jésus, Jésus", sur quoi il fut arraché à ce terrible péril. Appelant à son tour la petite esclave, il apprit d’elle les vérités du christianisme qu’il embrassa avec une multitude de ses sujets.

Christiana est devenue une sainte qui a sa fête le 15 décembre.

Saint Grégoire de Tours rapporte que lorsqu’il était enfant, son père était tombé gravement malade et se trouvait à l’article de la mort. Au cours de la nuit, l’ange gardien de Grégoire lui apparut durant son sommeil et lui dit d’écrire le nom de Jésus sur une carte et de la placer sous l’oreiller du malade.

Le lendemain matin, Grégoire fit part à sa mère du message de l’ange, et elle lui conseilla de lui obéir. Il le fit et plaça la carte sous la tête de son père, et, pour la joie de toute la famille, le patient se rétablit rapidement.

Nous pourrions remplir des pages et des pages avec les miracles et les merveilles opérés par le saint nom en tous temps et en tous lieux, non seulement par les saints mais par tous ceux qui invoquent le divin nom avec révérence et avec foi.

Marchese dit: "Je m’abstiens de rapporter ici les miracles et les grâces accordés par Notre-Seigneur à ceux qui vénèrent son saint nom, parce que saint Jean Chrysostome me rappelle que Jésus est toujours invoqué lorsque des miracles sont accomplis par des saints; ainsi, vouloir les énumérer serait tenter de donner une liste des innombrables miracles opérés par Dieu à travers les âges, soit pour accroître la gloire de ses saints ou pour implanter et affermir la foi dans le cœur des hommes."

Cartes du Saint Nom

Des cartes portant le saint nom ont été utilisées et recommandées par de grands adorateurs du saint nom comme Mgr André Dias, saint Léonard de Port Maurice et saint Grégoire de Tours, que nous venons de mentionner.

Nos lecteurs feraient bien d’utiliser ces cartes, de les porter sur eux durant la journée, de les glisser sous leur oreiller le soir et de les placer sur la porte de leur chambre.

 

Chapitre 7

LES SAINTS ET LE SAINT NOM

Tous les saints ont éprouvé pour le nom de Jésus un amour et une confiance extrêmes. Ils ont vu dans ce nom, comme en une claire vision, tout l’amour de Notre Seigneur, toute sa puissance, toutes les choses merveilleuses qu’il a dites et qu’il a faites sur la terre.

Toutes leurs œuvres merveilleuses ont été accomplies au nom de Jésus. Il ont fait des miracles, chassé les démons, guéri les malades et apporté à tous le réconfort en prenant et en recommandant à tous l’habitude d’invoquer le saint nom. Saint Pierre et les apôtres ont converti le monde avec ce nom tout-puissant.

Le prince des apôtres a commencé sa glorieuse carrière en prêchant l’amour de Jésus aux juifs dans les rues, au Temple et dans leurs synagogues. Son premier grand miracle a eu lieu le premier dimanche de Pentecôte alors qu’il allait entrer dans le Temple avec saint Jean. Un infirme, bien connu des juifs qui fréquentaient le Temple, tendit la main pour recevoir une aumône. Saint Pierre lui dit: "De l’or et de l’argent je n’en ai pas; mais ce que j’ai, je te le donne: au nom de Jésus Christ le Nazaréen, marche!." (Actes 3.6)

Et immédiatement, l’infirme se dressa sur ses pieds et bondit de joie.

Les juifs étaient étonnés mais le grand apôtre leur dit: Pourquoi cet étonnement et cette surprise, comme si nous avions rendu la santé à cet homme par notre seul puissance ? Non, c’est par la puissance de Jésus de Jésus que cet homme peut marcher.

Le nom de Jésus a été glorifié d’innombrables fois depuis le temps des apôtres.

Nous mentionnerons quelques-uns de ces innombrables exemples qui nous montent que les saints tiraient toute leur force et leur consolation du nom de Jésus.

Saint Paul

Saint Paul a été d’une façon toute spéciale le prédicateur et le docteur du saint nom. Il fut d’abord un féroce persécuteur de l’Église, animé par un faux zèle et une haine du Christ. Notre-Seigneur lui est apparu sur le chemin de Damas et l’a converti, faisant de lui le grand apôtre des Gentils et lui confiant sa glorieuse mission, qui était de prêcher et de faire connaître son saint nom aux princes et aux rois, aux juifs et aux Gentils de toutes les nations et de tous les peuples.

Saint Paul, plein d’un amour brûlant pour Notre-Seigneur, commença sa grande mission – extirper le paganisme, abattre les fausses idoles, confondre les philosophes de la Grèce et de Rome, ne craignant aucun ennemi et surmontant toutes les difficultés – tout cela au nom de Jésus.

Saint Thomas d’Aquin dit de lui: "Saint Paul portait le nom de Jésus sur son front parce qu’il se glorifiait en le proclamant à tous les hommes; il le portait sur ses lèvres parce qu’il aimait l’invoquer; sur ses mains, parce qu’il aimait l’écrire dans ses épîtres; dans son cœur, car son cœur brûlait d’amour pour lui. Il nous le dit lui-même: ‘Ce n’est plus moi qui vit, mais c’est le Christ qui vit en moi.’"

Saint Paul nous dit à sa manière admirable deux grandes vérités sur le nom de Jésus.

Premièrement, il nous parle de la puissance infinie de ce nom. "Tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers."

Chaque fois que nous disons "Jésus", nous donnons une joie infinie à Dieu, à tout le Ciel, à la sainte Mère de Dieu, à tous les anges et à tous les saints.

Deuxièmement, il nous dit comment l’utiliser. " Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus." Et il ajoute: Que vous mangiez ou que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, faites tout au nom de Jésus.

Ce conseil, tous les saints l’ont suivi, de sorte que chacune de leurs actions était faite pour l’amour de Jésus et chacune de leurs actions et de leurs pensées leur gagnait ainsi des grâces et des mérites. C’est pas ce nom qu’ils sont devenus des saints. Si nous suivons ce même conseil de l’apôtre, nous atteindrons nous aussi un haut degré de sainteté.

Comment pouvons-nous tout faire au nom de Jésus ? En prenant l’habitude, comme nous l’avons dit, de répéter fréquemment le nom de Jésus dans le courant de la journée. Cela ne présente aucune difficulté – cela n’exige que de la bonne volonté.

Saint Augustin, ce grand docteur de l’Église, trouvait ses délices dans la répétition du saint nom. Il nous dit lui-même qu’il trouvait beaucoup de plaisir dans la lecture des livres qui mentionnaient fréquemment de nom de toutes les consolations.

Saint Bernard ressentait une joie et une consolation merveilleuse en répétant le nom de Jésus. Il était pour lui, nous dit-il, comme du miel dans la bouche et une paix délicieuse dans le cœur. Nous ressentirons nous aussi cette immense consolation et la paix descendra dans nos âmes si nous imitons saint Bernard en répétant ce saint nom.

Saint Dominique a passé sa vie à prêcher et à disputer avec les hérétiques. Il allait à pied d’un lieu à un autre, dans la chaleur oppressante de l’été comme dans le froid et la pluie de l’hiver. Les hérétiques albigeois, qu’il a essayé de convertir, ressemblaient plus à des démons sortis de l’enfer qu’à des mortels. Leur doctrine était infâme et leurs crimes abominables. Pourtant, tel un autre saint Paul, il convertit 100.000 de ces méchants hommes, si bien que beaucoup devinrent éminents en sainteté. Épuisé le soir par ses travaux, il ne demandait qu’une seule récompense, c’est de passer la nuit devant le Saint-Sacrement à épancher l’amour de son âme pour Jésus. Lorsque son pauvre corps était à bout de résistance, il appuyait sa tête contre l’autel et se reposait un peu, après quoi il reprenait sa conversation intime avec Jésus. Au matin, il célébrait la messe avec l’ardeur d’un séraphin si bien que son corps s’élevait parfois en l’air dans une extase d’amour. Le nom de Jésus emplissait son âme de joie et de délice.

Le bienheureux Jordan de Saxonie, qui succéda à saint Dominique comme Maître général de l’ordre, était un prédicateur de grand renom. Ses paroles allaient droit au cœur de ses auditeurs, spécialement lorsqu’il leur parlait de Jésus.

De savants professeurs des villes universitaires venaient l’écouter avec ravissement, et un si grand nombre d’entre eux devenaient dominicains que les autres craignaient de venir de peur d’être amenés eux aussi à se joindre à l’Ordre. L’irrésistible éloquence du bienheureux Jordan attirait tant de monde que lorsque sa visite était annoncée dans une ville, le prieur du couvent achetait aussitôt une grande quantité d’étoffe blanche pour confectionner les habits de ceux qui allaient certainement chercher à entrer dans l’Ordre. Le bienheureux Jordan reçut lui-même à l’habit un millier de postulants parmi lesquels se trouvaient les plus éminents professeurs des universités européennes.

Saint François d’Assise, ce brûlant séraphin d’amour, trouvait ses délices dans la répétition du nom bien-aimé de Jésus. Saint Bonaventure dit que son visage s’illuminait de joie et que sa voix montrait pas ses tendres accents combien il aimait invoquer ce très saint nom.

On ne s’étonnera donc pas qu’il ait reçu aux pieds, aux mains et au côté les cinq plaies de Notre-Seigneur, récompense d’un amour brûlant.

Saint Ignace de Loyola ne le cédait à personne pour son amour du saint nom. Il n’a pas donné à son grand Ordre son propre nom mais celui de "Société de Jésus". Ce nom divin a été pour ainsi dire le bouclier et la défense de l’Ordre contre ses ennemis et un gage de la sainteté de ses membres. Glorieuse, en vérité, est la grande Société de Jésus.

Saint François de Sales n’hésite pas à dire que ceux qui ont l’habitude de répéter fréquemment le saint nom peuvent avoir la certitude de mourir d’une mort sainte et heureuse.

Et cela ne fait assurément aucun doute car chaque fois que nous disons "Jésus", nous appliquons à notre âme le Sang rédempteur de Jésus en même temps que nous implorons Dieu de faire ce qu’il a promis, nous accorder tout ce que nous demandons en son nom. Tous ceux qui désirent une sainte mort peuvent se l’assurer en répétant le nom de Jésus. Non seulement cette pratique nous assurera-t-elle une sainte mort, mais elle raccourcira notablement notre temps au Purgatoire et peut très probablement nous délivrer tout à fait de ce terrible feu.

De nombreux saints ont passé leurs derniers jours à répéter constamment, "Jésus, Jésus".

Tous les docteurs de l’Église s’accordent pour dire que le diable réserve ses plus terribles tentations pour nos derniers moments et qu’il remplit alors l’esprit des mourants de doutes, de peurs et de terribles tentations – dans l’espoir de pouvoir, finalement, emporter en enfer cette âme infortunée. Heureux ceux qui auront acquis, au cours de leur vie, l’habitude d’invoquer le nom de Jésus.

Des faits comme ceux que nous venons de mentionner se trouvent dans la vie de tous les grands serviteurs de Dieu qui sont devenus des saints et qui ont atteints les plus hauts degrés de sainteté par ce moyen simple et facile.

Saint Vincent Ferrer, un des plus célèbres prédicateurs que le monde ait jamais entendus, a converti les criminels les plus abandonnés pour les transformer en de très fervents chrétiens. Il a converti 80.000 Juifs et 70.000 Maures, un prodige que nous ne pouvons lire dans la vie d’aucun autre saint. L’Église demande trois miracles pour la canonisation d’un saint; dans la bulle de canonisation de saint Vincent, on en rapporte 873.

Ce grand saint brûlait d’amour pour le nom de Jésus et c’est avec ce nom divin qu’il accomplissait des miracles extraordinaires.

Par conséquent, tout pécheurs que nous sommes, nous pouvons nous aussi avec ce nom tout-puissant obtenir des faveurs et des grâces. Le plus faible des mortels peut devenir fort, le plus affligé peut trouver en lui la consolation et la joie.

Qui donc pourrait être assez sot ou assez négligent pour ne pas acquérir l’habitude de répéter, "Jésus, Jésus, Jésus", constamment. Elle ne nous prend pas de temps, ne présente aucune difficulté et constitue un remède infaillible à tous les maux.

Le bienheureux Gonçalo d’Amarante, atteint un éminent degré de sainteté par la répétition fréquente du saint nom.

Le bienheureux Gilles de Santarem éprouvait tant d’amour et de ravissement à dire le saint nom qu’il était élevé dans les airs en extase.

Ceux qui répètent fréquemment le nom de Jésus éprouvent une grande paix dans leur âme, "cette paix que le monde ne peut pas vous donner", que seul Dieu vous donne et "qui surpasse tout entendement".

Saint Léonard de Port Maurice chérissait une tendre dévotion envers le nom de Jésus et au cours de ses continuelles missions enseignait au peuple qui s’amassait pour l’entendre les merveilles du saint nom. Et il le faisait avec tant d’amour que les larmes coulaient de ses yeux et de tous ceux qui l’entendaient.

Il les suppliaient de mettre une carte avec le divin nom sur leurs portes. Ce qui eut les résultats les plus heureux car beaucoup furent ainsi sauvés de la maladie et de désastres de toutes sortes.

L’un d’eux, malheureusement, fut empêché de le faire, parce qu’un Juif copropriétaire de l’immeuble où il habitait refusait obstinément de voir le nom de Jésus placé sur sa porte. Son partenaire décida donc d’écrire le nom de Jésus sur ses fenêtres. Quelques jours plus tard, un violent incendie se déclara dans l’immeuble qui détruisit tous les appartements du Juif, tandis que les chambres appartenant à son voisin chrétien furent totalement épargnés par le feu.

Le fait fut rendu public et augmenta au centuple la foi et la confiance dans le saint nom du Sauveur. De fait, toute la ville de Ferrajo a été témoin de cette extraordinaire protection.

Saint Edmond avait pour le saint nom une dévotion toute spéciale que le Seigneur lui-même lui avait enseignée.

Un jour, alors qu’il était à la campagne et séparé de ses compagnons, un très bel enfant vint à ses côtés et lui demanda, "Edmond, est-ce que tu me connais?" Edmond répondit que non. L’enfant répliqua alors, "Regarde-moi et tu verras qui je suis." Edmond regarda comme on le lui demandait et vit écrit sur le front de l’Enfant, "Jésus de Nazareth, Roi des Juifs". "Sache qui je suis", dit l’Enfant. "Tous les soirs, fais le Signe de la Croix et dit ces paroles: ‘Jésus de Nazareth, Roi des Juifs’. Si tu fais cela, cette prière te délivrera ainsi que tous ceux qui la diront, d’une mort soudaine et sans préparation."

Edmond accomplit fidèlement ce que le Seigneur lui avait dit. Le diable tenta une fois de l’en empêcher en tenant sa main pour qu’il ne puisse pas faire le signe saint. Edmond invoqua le nom de Jésus, et le diable s’enfuit terrorisé sans jamais plus l’importuner à l’avenir.

Bien des gens pratiquent cette dévotion facile qui les protègent d’une mauvaise mort. D’autres, de leur doigt, tracent sur leur front avec de l’eau bénite les quatre lettres "I.N.R.I." qui signifient Jesus Nazarenus, Rex Judaeorum, les quatre lettres écrites par Pilate sur la Croix de Notre-Seigneur.

Saint Alphonse recommande vivement ces deux dévotions.

Sainte Françoise de Rome avait l’extraordinaire privilège de voir son ange gardien et de converser avec lui. Lorsqu’elle prononçait le nom de Jésus, l’ange irradiait de joie et s’inclinait avec amour et adoration.

Le diable osa quelquefois lui apparaître en cherchant à l’effrayer et à lui faire du mal. Mais lorsqu’elle prononçait le saint nom, il fuyait sa présence dans la terreur, plein de rage et de haine.

Sainte Jeanne Françoise de Chantal, cette très aimable amie de saint François de Sales, apprit de belles et nombreuses dévotions de ce saint docteur qui fut son directeur spirituel pendant bien des années. Elle aimait tant le nom de Jésus qu’elle l’écrivit elle-même avec un fer rouge sur sa poitrine. Le bienheureux Henri Suso avait fait la même chose avec une pointe acérée.

Nous ne pouvons aspirer à ces saintes audaces; nous pouvons avec raison manquer de courage pour inscrire le saint nom sur notre poitrine. Il faut pour cela une inspiration spéciale de Dieu. Mais nous pouvons suivre l’exemple d’une autre sainte, la bienheureuse Catherine de Racconigi, une fille de saint Dominique, qui répétait fréquemment et avec amour le nom de Jésus, si bien qu’après sa mort, le nom de Jésus fut trouvé inscrit en lettres d’or sur son cœur. Nous pouvons tous faire ce qu’elle a fait et le nom de Jésus sera ainsi blasonné sur notre âme pour toute l’éternité, à la vue des saints et des anges dans le Ciel.

Sainte Gemma Galgani. Presque en notre temps, cette sainte fille a également connu le privilège de conversations fréquentes et intimes avec son ange gardien. Gemma et son ange se livraient parfois à une sainte compétition pour savoir lequel des deux prononcerait le nom de Jésus avec le plus d’amour.

Ses contacts avec son ange gardien étaient simples et de nature familière. Elle bavardait avec lui, observait son visage, lui posait beaucoup de questions auxquelles il répondait avec un amour et une affection ineffables.

Il portait ses messages à Notre-Seigneur, à la Sainte Vierge Marie et aux saints, et il lui rapportait leurs réponses.

De plus, cet ange glorieux prenait le plus grand soin de sa protégée. Il lui apprenait comment prier et méditer, spécialement sur la Passion et les souffrances de Notre-Seigneur. Il lui donnait d’admirables conseils et la reprenait avec tendresse si elle commettait quelque petite faute. Sous sa direction, Gemma atteignit rapidement un haut degré de perfection.

 

Chapitre 8

LA DOCTRINE DU SAINT NOM

Nous allons maintenant expliquer la doctrine du saint nom – le chapitre le plus important de ce petit livre – afin de montrer à nos lecteurs d’où vient la puissance et la valeur divine de ce nom, comment les saints ont accompli par lui leurs merveilles et comment nous pouvons nous-mêmes par ce moyen obtenir grâces et bénédictions.

Vous vous demandez peut-être, chers lecteurs, comment il se peut qu’une parole accomplisse de tels prodiges ?

Je réponds que c’est par une parole que Dieu a créé le monde. Par sa parole, il a tiré du néant le soleil, la lune, les étoiles, les hautes montagnes et les vastes océans. C’est par sa parole qu’il maintient l’univers en existence.

Est-ce que le prêtre, pendant la sainte messe, n’accomplit pas prodige sur prodige; ne transforme-t-il pas la petite hostie blanche pour qu’elle devienne le Dieu de la terre et du Ciel par les paroles de la Consécration; et bien que Dieu seul puisse pardonner les péchés, le prêtre dans le confessionnal ne peut-il pas pardonner les péchés les plus noirs et les crimes les plus affreux ?

Comment ? Parce que Dieu donne à ses paroles une puissance infinie.

Ainsi, Dieu, dans son immense bonté, donne également à chacun de nous une parole toute-puissante par laquelle nous pouvons accomplir des merveilles pour lui, pour nous-mêmes et pour le monde. Cette parole est "Jésus".

Rappelez-vous ce que saint Paul nous en dit. Que c’est un "nom au-dessus de tous les noms", et que..

"tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers."

Mais pourquoi ?

Parce que "Jésus" signifie "Dieu-fait-homme", c’est-à-dire l’Incarnation. Lorsque le Fils de Dieu s’est fait homme, Il a été appelé Jésus, de sorte que lorsque nous disons "Jésus", nous offrons au Père éternel l’amour infini, les mérites infinis de Jésus-Christ; par une parole, nous lui offrons son divin Fils lui-même; nous lui offrons le grand mystère de l’Incarnation. Jésus EST l’Incarnation !

Combien peu de chrétiens ont une idée juste de ce mystère sublime, et c’est pourtant la plus grande preuve que Dieu nous a donnée, ou pouvait nous donner, de Son amour personnel pour nous. Elle est tout pour nous.

L’INCARNATION

Dieu s’est fait homme pour l’amour de nous, mais à quoi cela nous sert-il si nous ne comprenons pas cet amour ?

Dieu, le Dieu infini, immense, éternel et tout-puissant, le puissant créateur, le Dieu qui emplit les cieux de sa majesté, a caché toute sa puissance, sa majesté, sa grandeur, pour devenir un petit enfant afin d’être comme nous et de gagner ainsi notre amour.

Il est entré dans le sein très pur de la Vierge Marie où il est resté caché durant neuf mois. Il est né dans une étable entre deux animaux. Il était pauvre et humble. Il a passé 33 années de son existence à travailler, souffrir, prier, enseigner sa merveilleuse religion, accomplir des miracles, et à faire le bien à tous. Il a fait tout cela pour prouver son amour pour chacun de nous et nous forcer ainsi à l’aimer lui aussi.

Ce prodigieux acte d’amour était si grand que même les anges les plus élevés dans le Ciel n’auraient pu le croire possible, si Dieu ne leur avait révélé.

Il était si grand que les Juifs, le peuple élu de Dieu, qui attendaient un Sauveur, furent scandalisés à la pensée que Dieu pouvait s’abaisser à ce point.

Les philosophes des Gentils, en dépit de leur sagesse tant vantée, dirent que c’était de la folie de penser que le Dieu tout-puissant pouvait avoir un tel amour de l’homme.

Saint Paul dit que Dieu a épuisé toutes les ressources de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté en se faisant homme pour nous: "Il s’est donné lui-même tout entier."

Notre-Seigneur confirme les paroles de l’apôtre, car il dit: "Que pouvais-je faire de plus ?"

Tout cela Dieu l’a fait non pas pour tous les hommes en général, mais pour chacun de nous en particulier. Pensez, pensez à cela.

Est-ce que tu crois, est-ce que tu comprends, cher lecteur, que Dieu t’aime à ce point, qu’il t’aime si intimement, si personnellement ? Quelle joie, quelle consolation si tu savais et ressentais vraiment que le grand Dieu t’aime, toi – toi, si sincèrement !

Notre-Seigneur a fait plus encore, car il nous a fait don de tous ses mérites infinis pour que nous puissions les offrir au Père éternel aussi souvent que nous le voulons, cent fois, mille fois par jour.

Et c’est cela que nous pouvons faire chaque fois que nous disons "Jésus", si seulement nous nous rappelons ce que nous disons.

Vous êtes peut-être surpris de cette merveilleuse doctrine; peut-être n’en aviez-vous jamais entendu parler ?

Mais à présent que vous connaissez enfin les infinies merveilles du nom de Jésus, dites ce saint nom constamment; dites-le avec dévotion.

Et à l’avenir, lorsque vous dites "Jésus", rappelez-vous que vous offrez à Dieu tout l’amour infini et tous les mérites de son Fils. Vous offrez à Dieu son propre divin Fils. Vous ne pouvez rien lui offrir de plus saint, de meilleur, rien de plus agréable pour lui, rien de plus méritoire pour vous-mêmes.

Quelle ingratitude que celle des chrétiens qui ne remercient jamais Dieu de ce qu’il a fait pour eux. Il y a des hommes et des femmes qui vivent 30, 50, 70 ans sans jamais penser à remercier Dieu pour tout son amour infini.

Lorsque vous dites le nom de Jésus, pensez, également, à remercier notre doux Seigneur pour son Incarnation.

Lorsqu’il était sur la terre, il a guéri dix lépreux de leur répugnante maladie. Ils étaient enchantés et sont partis remplis de joie et d’allégresse, mais un seul seulement est revenu pour le remercier ! Jésus en fut très blessé et il a demandé: "Où sont les neuf autres ?"

N’a-t-il pas bien plus de raisons d’être peiné et blessé par vous et moi qui le remercions si peu pour ce qu’il a fait pour nous dans l’Incarnation et dans sa Passion.

Sainte Gertrude avait l’habitude de remercier Dieu souvent, par une petite prière jaculatoire, pour sa bonté en se faisant homme pour elle. Notre-Seigneur lui apparut un jour et lui dit: "Ma chère enfant, chaque fois que tu honores mon Incarnation par cette petite prière, je me tourne vers mon Père éternel et je lui offre tous les mérites de l’Incarnation pour toi et pour tous ceux qui font comme toi."

N’allons-nous pas nous efforcer de dire souvent, "Jésus, Jésus, Jésus", certains de recevoir une pareille grâce merveilleuse.

LA PASSION

La deuxième signification de la parole "Jésus" est "Jésus mourant sur la Croix", car saint Paul nous dit que Notre-Seigneur a mérité ce très saint nom par ses souffrances et par sa mort.

Par conséquent, lorsque nous disons "Jésus", nous devrions aussi vouloir offrir la Passion et la Mort de Notre-Seigneur au Père éternel pour sa plus grande gloire et pour nos intentions.

Tout comme Notre-Seigneur s’est fait homme pour chacun d’entre nous, comme si chacun de nous était le seul être en existence, Notre-Seigneur est mort aussi non pas pour tous les hommes en général, mais pour chacun en particulier. Lorsqu’il était pendu sur la croix, il m’a vu, il vous a vus, chers lecteurs, et il a offert chacune des souffrances de sa terrible agonie, chaque goutte de son précieux Sang, toutes ses humiliations, ses insultes et tous les outrages qu’il a reçus pour moi, pour vous, pour chacun de nous ! Tous ses infinis mérites, il les a faits nôtres. Nous pouvons les offrir des centaines et des centaines de fois chaque jour au Père éternel – pour nous-mêmes et pour le monde.

Nous faisons cela chaque fois que nous disons "Jésus". En même temps, ayons le désir de remercier Notre-Seigneur pour tout ce qu’il a souffert pour nous.

Il est consternant que tant de chrétiens sachent si peu de ce saint nom et de ce qu’il signifie. À cause de cela, ils perdent chaque jour de précieuses grâces et se privent des plus grandes récompenses dans le Ciel. Triste, déplorable ignorance !

COMMENT PARTICIPER À 500.000 MESSES

La troisième intention que nous devrions avoir en disant "Jésus" est d’offrir toutes les messes qui sont dites partout dans le monde pour la gloire de Dieu, pour nos propres besoins et ceux du monde entier. Environ 500.000 messes sont célébrées chaque jour. Nous pouvons et nous devrions prendre part à toutes ces messes.

La messe fait descendre Jésus sur nos autels. À chaque messe, il est une fois de plus présent ici sur terre aussi réellement que lorsqu’il s’est fait homme dans le sein de sa Mère. Il se sacrifie également sur l’autel aussi réellement et véritablement qu’il le fit sur le Calvaire, quoique d’une manière mystique et non sanglante. La messe est dite non seulement pour ceux qui y assistent à l’église, mais pour toux ceux qui veulent l’entendre et l’offrir avec le prêtre.

Tout ce que nous avons à faire c’est de dire avec révérence, "Jésus, Jésus", avec l’intention d’offrir ces messes et d’y participer. En faisant cela, nous prenons part à chacune d’elles.

C’est une merveilleuse grâce de pouvoir assister à une messe et de l’offrir; qu’en sera-t-il alors si nous offrons 500.000 messes auxquelles nous participons chaque jour!

Par conséquent, chaque fois que nous disons "Jésus", que notre intention soit

1) d’offrir à Dieu tout l’amour et les mérites infinis de l’Incarnation;

2) d’offrir à Dieu la Passion et la Mort de Jésus-Christ;

3) d’offrir à Dieu les 500.000 messes célébrées dans le monde – pour sa gloire et nos propres intentions.

Tout ce que nous avons à faire est de dire une parole, "Jésus", mais en sachant ce que nous faisons.

Sainte Mechtilde avait l’habitude d’offrir la Passion de Jésus en union avec toutes les messes du monde pour les âmes du Purgatoire.

Notre-Seigneur lui un jour montré le Purgatoire ouvert et des milliers d’âmes qui montaient au Ciel comme résultat de sa petite prière.

Lorsque nous disons, "Jésus", nous pouvons offrir la Passion et les messes du monde soit pour nous-mêmes ou pour les âmes du Purgatoire, ou pour toute autre intention que nous choisissons.

Nous devrions toujours les offrir également pour le monde entier et pour notre pays en particulier.

 

Chapitre 9

NOUS POUVONS TOUT DEMANDER

AU NOM DE JÉSUS

Les anges sont nos plus chers et nos meilleurs amis et ils sont parfaitement prêts et capables de nous aider dans toutes les difficultés et tous les dangers.

Il est extrêmement regrettable que beaucoup de catholiques ne sachent pas et n’aiment pas demander l’aide des anges. La façon la plus simple de le faire et de dire le nom de Jésus en leur honneur. C’est ce qui leur donne le plus de joie. En retour, ils nous viendront en aide dans toutes nos difficultés et nous sauveront de bien des dangers.

Disons le nom de Jésus en l’honneur de notre cher ange gardien, qui nous aime tant.

Notre doux Seigneur est présent dans des millions d’hosties consacrées dans les innombrables églises du monde. Pendant de nombreuses heures de la journée et durant de longues nuits, il est oublié et on le laisse seul.

Nous pouvons le consoler et le réconforter grandement en disant, " Mon Jésus, je t’aime et je t’adore dans toutes les hosties consacrées du monde, et je te remercie de tout mon cœur de rester sur tous les autels de monde pour l’amour de nous." Dites ensuite vingt fois, cinquante fois ou plus souvent encore le nom de Jésus avec cette intention.

La meilleure façon de faire pénitence pour nos péchés est de lui offrir la Passion et le Sang de Jésus de nombreuses fois chaque jour avec cette intention.

Le Précieux Sang purifie notre âme et nous élève à un haut degré de sainteté. C’est tellement facile ! Il suffit de répéter avec amour, joie et révérence, "Jésus, Jésus, Jésus".

Si nous sommes tristes ou abattus, si nous avons des craintes et des doutes qui nous inquiètent, ce nom Divin nous procurera une paix délicieuse. Si nous sommes faibles et vacillants, il nous donnera une force et une énergie nouvelles. Jésus, lorsqu’il était sur terre, ne consolait et ne réconfortait-il pas tous ceux qui étaient malheureux ? Il fait encore cela chaque jour pour ceux qui le lui demandent.

Si notre santé est mauvaise, si nous souffrons, si une maladie s’est emparée de notre pauvre corps, il peut nous guérir. N’a-t-il pas guéri les malades, les boiteux, les aveugles, les lépreux ? Est-ce qu’il ne nous dit pas, "Venez à moi, vous tous qui peinez sous un lourd fardeau, et je vous rafraîchirai." Beaucoup pourraient jouir d’une bonne santé si seulement ils le demandaient à Jésus. Assurément, consultez les médecins, prenez des remèdes, mais avant tout, invoquez Jésus !

Le nom de Jésus est la plus courte, la plus facile et la plus puissante de toutes les prières. Notre-Seigneur nous dit que tout ce que nous demanderons au Père en son nom, c’est-à-dire au nom de Jésus, nous le recevrons. Chaque fois que nous disons, "Jésus", nous disons une prière fervente pour tout, tout ce dont nous avons besoin.

Les âmes du Purgatoire. Il est en vérité lamentable que tant de chrétiens oublient et négligent les âmes du Purgatoire. Il est possible que quelques-uns de nos amis très chers souffrent au milieu de ces terribles flammes et attendent, attendent nos prières et notre aide – que nous pourrions facilement leur accorder et que nous ne leur donnons pas.

Nous avons pitié des pauvres que nous voyons dans la rue, de ceux qui ont faim et de tous ceux qui souffrent. Personne n’endure des souffrances aussi terribles que les âmes du Purgatoire car les flammes du Purgatoire, nous dit saint Thomas, sont comme les flammes de l’Enfer!

Combien de fois, chers lecteurs, priez-vous pour les saintes âmes? Les jours, les semaines, les mois peut-être passent et vous faites si peu, peut-être rien du tout, pour elles!

Vous pouvez facilement les aider si vous dites fréquemment le nom de Jésus, parce que a) vous offrez ainsi pour elles le Précieux Sang et les souffrances de Jésus-Christ, comme nous l’avons expliqué, b) vous gagnez 300 jours d’indulgence* chaque fois que vous dites "Jésus".

En prenant l’habitude de répéter souvent le saint nom vous pouvez, comme sainte Mechtilde, soulager des milliers d’âmes qui ne cesseront ensuite de prier pour vous avec une incroyable ferveur.

LE TERRIBLE CRIME D’INGRATITUDE

Nous remercions nos amis avec effusion pour la moindre faveur qu’ils nous accordent, mais nous oublions ou négligeons de remercier Dieu de l’immense amour qu’il a pour nous, de s’être fait homme pour nous, d’être mort pour nous, de toutes les messes que nous pouvons entendre et des saintes communions que nous pouvons recevoir – et que nous ne recevons pas. Quelle noire ingratitude!

En répétant souvent le nom de Jésus, nous corrigeons ce grave défaut, nous remercions Dieu et lui donnons une joie et une gloire immenses.

Ne voulez-vous pas donner à Dieu de la joie? Vous le voulez?

Alors, chers amis, remerciez. remerciez Dieu! Il attend vos remerciements.

DIEU AIME CHACUN D’ENTRE NOUS

Nous avons dit que Notre-Seigneur, dans les terribles souffrances de sa Passion, durant son Agonie dans le Jardin et lorsqu’il était pendu à la Croix, nous voyait tous et a offert pour chacun d’entre nous chaque souffrance, chaque goutte de son Précieux Sang.

Est-il possible que Dieu soit si bon qu’il pense à chacun de nous, qu’il aime chacun d’entre nous à ce point?

Nos cœurs et nos esprits sont pauvres et mesquins, et ils trouvent difficile de croire que Dieu puisse être si bon, qu’il se soucie tant de nous.

Mais Dieu, qui est omnipotent, qui est infiniment sage, est aussi infiniment bon, généreux et aimant. Pour comprendre comment Dieu a pensé à nous durant sa Passion et lorsqu’il était pendu à la Croix, nous n’avons qu’à nous rappeler ce qui arrive au cours des millions de communions reçues chaque jour.

Dieu vient vers chacun d’entre nous avec la plénitude de sa Divinité. Il entre en chacun de nous aussi pleinement et entièrement qu’il est dans le Ciel. Il vient en chacun de nous comme si cette personne était l’unique personne qui le recevait ce jour-là. Il vient avec un amour infini, un amour personnel! Cela, nous le croyons tous.

Et comment entre-t-il en nous? Il ne vient pas seulement dans notre bouche et dans notre cœur – Il vient également dans notre âme. Il s’unit à notre âme si intimement qu’il devient de façon merveilleuse un avec nous.

Réfléchissons un moment à cela que le grand Dieu éternel et tout-puissant est dans notre âme même de la façon la plus intime qui soit, qu’il y est avec tout son amour infini, qu’il y reste non pour un moment mais pour cinq, dix minutes ou plus longtemps encore – et cela non pas une fois, mais chaque jour si nous le voulons.

Si nous pensons à cela et que nous le comprenons, il sera facile de voir comment il a offert tous ses mérites et toutes ses souffrances pour chacun d’entre nous.

 

Chapitre 10

LE DIABLE

ET LE NOM DE JÉSUS

Le grand, le très grand mal, le grand danger qui menace chacun d’entre nous chaque jour et chaque nuit de notre vie, c’est le diable.

Saint Pierre et saint Paul nous avertissent de la façon la plus ferme à nous méfier du diable, car il se sert de son immense pouvoir, de sa puissante intelligence pour nous nuire et nous faire du mal de toutes les manières possibles. Il n’existe pas d’ennemi ni de danger dans le monde que nous ne devions craindre autant que le diable.

Il ne peut attaquer Dieu, c’est pourquoi il retourne son implacable haine et toute sa malice contre nous.

Nous sommes destinés à occuper les trônes que lui et les mauvais anges ont perdus. Ce qui déclenche contre nous sa furie sauvage. Bien des catholiques ignorants et insensés ne pensent jamais à cela; ils ne pensent pas à se défendre eux-mêmes et permettent ainsi au diable de leur infliger des maux infinis et de leur causer d’indicibles souffrances.

Notre remède le plus simple et le meilleur est le nom de Jésus. Il met le diable en fuite loin de nous et nous épargne d’innombrables maux.

Oh, chers lecteurs, dites constamment ce nom tout-puissant et le diable ne pourra vous faire aucun mal. Dites-le dans tous les dangers, dans toutes les tentations. Réveillez-vous si vous dormiez. Ouvrez les yeux devant ce terrible ennemi qui veut constamment votre ruine.

Les prêtres devraient prêcher fréquemment sur cet important sujet. Ils devraient prévenir leur pénitents dans le confessionnal contre le diable. Ils devraient conseiller aux gens d’éviter les mauvais compagnons qui leur font mener de mauvaises vies. L’influence du diable sur eux est incomparablement plus terrible.

Les enseignants, les catéchistes et les mères devraient constamment prévenir leur enfants contre le diable.

Tous leurs efforts seront toujours trop peu!

***

* Bien que l’Église ait modifié ses lois concernant les indulgences et les oraisons jaculatoires, nous pouvons peut-être espérer obtenir de Dieu ces mêmes indulgences, si nous les lui demandons avec une grande confiance. – Note de l’éditeur, 1993





Notre-Dame de Liesse

Source et Cause de notre Joie

Sa légende

Son culte en France

Son culte au Canada

LAVAL GIRARD, S.J.

SANCTUAIRE NOTRE-DAME DE LIESSE

ËGLISE DU GESÙ, 1202 BLEURY

MONTRÉAL, CANADA

Table des Matières

Introduction

La légende
Les trois chevaliers
La princesse Ismérie
La Vierge Marie

Le culte de Notre-Dame de Liesse en France
Naissance et croissance du Pèlerinage
Le Pèlerinage des rois
Les épreuves
Renaissance du Pèlerinage
Le couronnement de la statue
De Liesse à Montréal

Le culte de Notre-Dame de Liesse au Canada
Chaleureux accueil
Le premier pèlerinage

Le Culte gagne le diocèse
Notre-Dame de Liesse répond
Une faveur extraordinaire
Guérisons intérieures
L’ère des pèlerinages
Le reflux des années 1960
Une amoureuse de Notre-Dame de Liesse
Renouveau marial au Gesù
Le rayonnement de Notre-Dame de Liesse

Épilogue

Prière à Notre-Dame de Liesse

Consécration personnelle à Marie cause de notre joie

Bibliographie

************

INTRODUCTION

Montréal, jadis Ville-Marie, a toujours été une ville mariale. C’est Marie qui a inspiré à Messieurs Olier et de la Dauversière d’y fonder une colonie. Aussi les Fondateurs de Ville-Marie se donneront-ils le nom significatif de "Société de Notre-Dame de Montréal". De plus, c’est au mois de mai, un samedi (le 17 mai 1642), que Maisonneuve prit possession des lieux. Et, trois mois plus tard, à l’occasion de la fête de l’Assomption, la nouvelle bourgade et l’Île entière étaient consacrées à la Vierge. On le voit, Montréal est née sous le signe de Marie.

Depuis, l’ex-Ville-Marie est toujours restée fidèle à l’inspiration première. Aujourd’hui, dans le diocèse de Montréal, il y a plus de cinquante églises paroissiales dédiées à la Vierge. On y compte aussi quelques sanctuaires mariaux: les chapelles bien connues de Bon-secours, de Notre-Dame de Lourdes, de Marie Reine des Cœurs ...

Mais, au centre de Montréal, il y a un autre lieu de pèlerinage en l’honneur de la Vierge Marie. C’est un sanctuaire encore peu connu peut-être mais fort sympathique. C’est celui de Notre-Dame de Liesse qu’abrite l’église du Gesù, rue Bleury. On y vénère, sous un vocable réjouissant, une statue dont l’histoire est extraordinaire. C’est une madone assise qui tient son enfant sur ses genoux et qui a beaucoup voyagé. Elle est partie du Caire, en Égypte, et nous est arrivée au Canada en 1877 après avoir connu des siècles de gloire en France.

Nous connaissons les origines de cette statue grâce surtout à deux sources différentes: les œuvres des historiens Bandini et Bosio, respectivement du XVe et du XVIe siècle, et un manuscrit en lettres gothiques du XVe siècle, récemment découvert. Cette légende repose certainement sur un fond historique. Du reste, la substance en a été approuvée par la Sacrée Congrégation des Rites le 1er juillet 1858.

Prenons cette légende pour ce qu’elle est, ni plus ni moins. Elle est plus vraie que l’histoire, dit-on. Cette boutade est moins paradoxale qu’elle en a l’air. Car cette légende est le reflet fidèle de la piété populaire des premières générations du Pèlerinage. Par sa poésie naïve et fraîche, elle nous fait mieux saisir l’âme de la dévotion à Notre-Dame de Liesse que les faits historiques sur lesquels elle est fondée.

 

LA LÉGENDE

Les trois chevaliers

Nous sommes au XIIe siècle, à la fin de la première croisade. Les Croisés ont réussi à délivrer la Ville sainte et à refouler les Musulmans jusqu’à Ascalon, à vingt milles au sud de Jérusalem. Mais au cours d’un combat, au mois d’août 1134, les soldats chrétiens sont pris en embuscade et vaincus. Plusieurs d’entre eux sont faits captifs dont trois frères, tous trois seigneurs français de Picardie et chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. On les conduit au Caire et on les présente au Sultan comme prisonniers de marque.

Le prince tente alors "avec des paroles gracieuses et emmiellées" de les gagner à la religion de Mahomet. Les chevaliers répondent fièrement qu’ils sont disciples de Jésus-Christ et qu’ils le resteront même au prix de mille morts. Furieux, le sultan les fait jeter dans un cachot, au fond d’une tour. Il ordonne au geôlier de ne leur "donner pour toutes viandes que du pain et de l’eau". Puis, il fait venir les marabouts "les plus suffisants qui fussent en Égypte" et les envoie à la prison avec ordre de les convertir à tout prix. Peine perdue, ils reviennent vaincus. Impossible, disent-ils, de "dimouvoir" ces chrétiens de leur religion. Le sultan, en colère, les congédie en les traitant "d’ignorans et de lourdeaux".

Il restait à notre homme un dernier moyen, peu louable. Il n’hésita pas à y recourir.

La princesse Ismérie

Le prince musulman avait une fille du nom d’Ismérie. Elle était "galante dame, belle au possible, bien emparlée" et fort instruite "en la loy mahométane". Les chevaliers, pense-t-il, ne résisteront pas aux arguments "ensorcelés par la beauté et les charmes d’Ismélie". Il l’envoie donc vers eux, l’adjurant de ne reculer devant aucun moyen: reproches, promesses, charmes, caresses et, si nécessaire, le sacrifice même de son honneur.

Mais la Mère de Dieu veillait sur ses bons et "feaux" serviteurs! Et elle enveloppait déjà de sa protection cette jeune princesse qu’un père sans âme était prêt à vouer au déshonneur.

La première discussion jeta mille doutes dans l’âme d’Ismérie sur la religion de Mahomet. A la seconde entrevue, les chevaliers, pleins de l’Esprit Saint, lui racontèrent l’Incarnation du Verbe, les miracles la mort et la résurrection de Jésus-Christ, les vertus et l’incomparable virginité de la Mère de Jésus. La princesse en était toute remuée! "Leurs paroles estoient pour elle autant de flamesches ardentes qui, par l’opération du Saint Esprit, allumoient en son âme, peu à peu, les lumières de la foi et embrasoient son cœur d’une sainte affection de l’embrasser".

Les visites suivantes ne firent qu’attiser davantage ces ardents désirs. Elle était surtout portée vers la Vierge Marie. Elle y pensait jour et nuit. Tant et si bien qu’elle conçut "un extrême désir de voir la pourtraicture de la Mère de Dieu, dont elle avait ouï si hautement parler".

Un jour donc, elle demande aux chevaliers s’ils n’auraient pas une image de cette très sainte Vierge. Ils lui répondent que non.

-- "Est-ce qu’aucun de vous ne pourrait m’en faire une ?"

-- "Nous ferons ce que nous pourrons, dit l’aîné des trois frères, pourvu que vous nous fournissiez du bois et des outils".

Ismérie les quitte, transportée de joie. Mais eux, les voilà bien pris. Aucun des trois "oncques" n’avait manié le ciseau. Le lendemain, la princesse apporte bois et outils. Nouvel embarras! Le soir venu, ils prient et supplient la Vierge de "pourvoir à leur présente nécessité". Puis ils s’endorment.

La Vierge Marie

"Voici que sur la minuict, la Mère de Dieu leur envoie une sienne image très dévote et miraculeuse. Ceste image, aussi tost, rend cette obscure et puante prison éclairée d’une si grande lumière et parfumée de si soëfves odeurs, qu’on eut dit que mille bougies bruloient dans le cachot et qu’on y respiroit les parfums du Paradis". On pouvait, de plus, ouïr un chant rare, gracieux et entièrement angélique".

Réveillés par tous ces phénomènes merveilleux, les chevaliers se prosternent devant cette statue descendue du ciel et passent le reste de la nuit "louans et remercians la divine bonté de son signalé bienfait".

Au petit jour, la jeune "damoiselle" s’amène. C’est à son tour d’être ravie d’admiration devant cette fine sculpture de la Vierge et de l’Enfant sur ses genoux ... tout à côté du bois et des outils restés intacts. Dans son enthousiasme, elle promet aux prisonniers de devenir chrétienne et de les délivrer s’ils veulent bien lui donner cette statue qu’ils ont déjà appelée Notre-Dame de Liesse, ce qui veut dire: Madone de joie et d’allégresse. Ils acceptent.

De retour au palais avec sa précieuse "image", elle prie longtemps sa Dame de Liesse, lui demandant secours pour tenir ses promesses et grâce pour la voir un jour au ciel.

La nuit suivante, pendant son sommeil, "la benoiste Vierge lui appareust et lui dit: aie confiance, Ismérie, ta prière est exaucée: tu délivreras mes trois dévots chevaliers, tu seras baptisée et honorée de mon nom. Par toi, la France sera enrichie d’une trésor inestimable ... Par toi, mon nom sera célèbre par toute la terre et, enfin, je t’admettrai près de moi pour toujours au paradis".

Sans perdre de temps, Ismérie "ramasse ses besongnes les plus précieuses" et, à la faveur de la nuit, quitte pour toujours le palais de son père.

Elle raconte aux chevaliers ce qu’elle a vu et entendu en songe et leur confie qu’elle vient, non seulement pour les délivrer, mais pour s’enfuir avec eux. Tous les quatre, ils se mettent en route. C’est elle qui bat la marche et qui porte la statue. Ils rencontrent "tout plein d’allans et venans", mais personne ne les ennuie. Les portes de la ville s’ouvrent comme par enchantement. Bientôt, ils se trouvent "sur le bord d’un des grands bras du Nil, ne sachant comment le guéyer". Soudain, un inconnu les invite, "sans autre saluade", à monter dans sa barque pour la traversée du fleuve. Après quelques heures de marche, ils font halte et sombrent dans un profond sommeil.

A leur réveil, surprise! Ils se trouvent miraculeusement rendus en France, près du château où demeure la mère des chevaliers.

Et tandis qu’ils traversent un jardin, la statue devient si lourde que la princesse doit la déposer par terre. La Sainte Vierge indiquait par là l’endroit où elle voulait être honorée.

Peu de temps après, Ismérie fut baptisée, à Laon, des mains de l’évêque Barthélemy de Vir, qui lui donna évidemment le nom de Marie.

Et "la susdite damoiselle vécut saintement peu de jours; si qu’estant passée à plus honorable vie, fut son corps enterré en la mesme église de Notre-Dame de Liesse".

 

LE CULTE DE NOTRE-DAME DE LIESSE

EN FRANCE

Naissance et croissance du Pèlerinage

En fait, quoi qu’on pense de la Légende, Notre-Dame de Liesse, située à dix kilomètres de Laon, devait être, jusqu’au XIXe siècle, le Pèlerinage national des Français, le sanctuaire marial le plus fréquenté en France.

Son paysage pourtant, encore plus autrefois qu’aujourd’hui, n’avait décidément rien pour attirer les pèlerins. Loin d’avoir la pittoresque beauté de Lourdes, de Montserrat, etc, il n’offrait que le pauvre spectacle d’une terre inculte, sans relief, destinée au surplus à être triturée par toutes sortes de guerres.

Malgré cela, à cause de cela plutôt, Marie allait faire de cette terre de désolation une oasis de paix et de joie.

Aussi, dès le XIIe siècle, les pèlerins commencent à venir y prier. Même si, à cette époque, l’endroit est encore désert et marécageux.

Vite, cependant, à cause de l’intérêt suscité par la statue, on jette une chaussée qui y mène et on élève, tout autour, un petit village qui prend lui aussi le nom tout d’abord de Liance et finalement de Liesse.

Au cours des années et des décennies qui suivent, les pèlerinages deviennent de plus en plus nombreux et ils viennent de plus en plus loin. Si bien que Liesse était déjà, au XIIIe siècle, un "haut-lieu de prière", comme l’affirme Daniel Rops dans son Histoire de l’Église.

C’est grâce à une tradition de bouche à oreille que nous savons cela, que les origines du Pèlerinage se sont transmises du XIIe au XIVe siècle, date où Notre-Dame de Liesse entre vraiment dans l’histoire.

Cette tradition orale a été consignée dans trois des mystères sacrés que le théâtre du Moyen-Âge se plaisait à jouer. Ces trois drames furent respectivement joués en 1538, 1547 et 1550, en plein Paris, rue de la Vieille Truanderie, à l’occasion de la fête de la Nativité de Marie. Et la troupe qui interprétait ces trois mystères sur le Pèlerinage de Liesse s’appelait justement la "Confrérie de Notre-Dame de Liesse". D’ailleurs, cette troupe n’était pas la seule à porter ce nom. Aux XVe et XVIe siècles, on vit naître de ces confréries un peu partout, dont une à Reims, une autre à Rouen, trois à Paris, etc, etc.

Des pièces de musée nous montrent aussi que très tôt Liesse devint un lieu de pèlerinage. L’une d’elles, par exemple, une enseigne en plomb du XIVe siècle, représente Ismérie conduite par une étoile et présentant la statue de la Vierge à Barthélemy de Vir, évêque de Laon. Les pèlerins attachaient ces insignes à leurs chapeaux.

Le Pèlerinage des rois

Liesse, c’est d’abord le "rendez-vous" des petits et des pauvres, du bon peuple. Mais, pendant des siècles, du XVe au XVIIIe, de Charles VI à Charles X, c’est aussi le Pèlerinage des rois et des reines de France. Les chroniqueurs de l’époque, évidemment, n’ont pas manqué de le noter. Presque tous et toutes s’y rendront, une ou plusieurs fois. Au XVIe siècle, ils s’acheminent si souvent vers Liesse que le cardinal de Lorraine fait, du vieux château de Marchais, proche du sanctuaire, une sorte d’hôtellerie royale.

A titre d’exemples, Charles VI s’y rend en 1414. Louis XI s’y agenouille au moins quatre fois comme pèlerin. Marie de Médicis, qui rendra la route vers Liesse plus carrossable, fait le pèlerinage pour remercier Notre-Dame de la naissance de Louis XIII et offrir à l’église le retable noir et or, la colonnade de jaspe et l’arc triomphal qui somme le Maître-Autel. Louis XIII et Anne d’Autriche furent aussi d’assidus pèlerins. Le 14 octobre 1618, ils viennent implorer un héritier. Ils seront exaucés. En souvenir de leur passage, ils offrent un grand tableau représentant le roi et la reine à genoux, et, dans la partie supérieure, la naissance de Jésus. La sacristie sera aussi élevée à leurs frais lors de leur second pèlerinage. En septembre 1652, Louis XIV viendra remercier la Madone pour les faveurs accordées à sa mère. Il y reviendra à plusieurs reprises de même que la reine Marie-Thérèse. Louis XV et Marie Leszcynska, eux, y viendront en 1744 et, un peu plus tard, l’infortunée Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI.

En plus des rois et des reines, bien d’autres personnages célèbres furent aussi des pèlerins de Liesse. Mentionnons, comme exemples, Jean Talon, le futur intendant de la Nouvelle France, Monsieur Olier, un des fondateurs de Montréal, saint Jean-Baptiste de la Salle qui multiplia les visites à Liesse tout au cours de sa vie, Kériolet, ce gueux breton, cette "conquête de Marie", qui de libertin qu’il avait été devint un pieux pèlerin de Liesse et deviendra un des membres de la Société de Notre-Dame de Montréal, etc, etc.

Les épreuves

En raison de sa situation géographique, tout proche de la frontière nord-est du pays, le village de Liesse a été plus souvent qu’à son tour le théâtre et la cible de terribles guerres. Son église porte encore les cicatrices des conflits de 1870, 1914 et 1939.

Cependant, ce sont les troubles à caractère religieux qui ont été les plus néfastes pour son Pèlerinage.

Par exemple, en 1567, les Huguenots, dont la capitale religieuse, Noyon, est à deux pas, portent un dur coup au sanctuaire. Ils en saccagent cloches, statues, autels, ex-votos, etc. Et, avant de quitter, ils ne manquent pas d’y mettre le feu. Par bonheur, la statue de la Madone, qu’on a cachée, échappe au massacre.

Mais c’est lors de la Révolution française que Notre-Dame de Liesse devait subir sa plus grande humiliation. Là, décidément, le diable en personne n’aurait pas pu faire pire. Voici, en bref, la séquence tragique des faits.

Le 28 décembre 1790, toutes les armoiries qui ornent les murs de l’église sont mutilées.

Le 15 mars 1791, l’évêque du lieu, un faux pasteur, vient faire un simulacre de pèlerinage à Liesse et y installe des prêtres apostats comme lui.

Le 15 octobre 1792, c’est un pillage en règle: on rafle tous les ex-votos d’or, de vermeil et d’argent qui représentent une fortune.

Le 1er novembre 1793, nouvelle razzia: cette fois-ci, on vole les vases sacrés, les ornements, etc.

Finalement, vers cette époque, a lieu la profanation qui met le comble à tous les sacrilèges. Un jour, des révolutionnaires pénètrent furtivement dans l’église pour en faire disparaître la statue qui, bien que dépouillée de tout ornement, continue à attirer les pèlerins et les aide à garder la foi qu’on veut leur enlever. Les profanateurs saisissent donc la statue, vieille de six siècles et demi, et la jettent dans un brasier qui brûle non loin de l’église. Vite, tout Liesse apprend l’événement. On s’émeut, on accourt; mais les vandales sont déjà disparus. On tente évidemment de retirer la statue du feu, mais, déjà, elle est en partie carbonisée. On en recueille au moins les principaux débris et on les conservera, avec respect, jusqu’à la fin de la Révolution.

C’est de ces cendres, comme nous allons le voir, que Notre-Dame de Liesse va renaître. Et la nouvelle statue aura la même vertu que la première: celle de libérer et de donner la joie. Tant il est vrai que personne, pas même Satan, ne peut empêcher la Vierge Marie d’être priée à un endroit donné ... quand elle le veut.

Renaissance du Pèlerinage

Dès qu’eut lieu la restauration du Culte en France, en 1802, le Pèlerinage ne tarda pas à reprendre vie.

Mais, hélas, la Dame de céans n’y était plus. Il fallait vraiment faire quelque chose et vite. On était pauvre. Alors, on raconte qu’un prêtre découvrit, dans les combles de l’église, une tête de vierge en pierre. On la fixa sur un support de bois, on entoura de carton cette charpente rudimentaire et on revêtit le tout d’ornements dont la forme rappelait aux yeux des fidèles l’ancienne statue brûlée. Surtout, on déposa au pied de cette statue improvisée les précieux charbons de la précédente.

Du ciel, la Vierge Marie se laissa toucher par tant de foi et de simplicité. Car elle se remit à prodiguer aux nouveaux pèlerins les mêmes faveurs qu’avant la Révolution.

Comme cette nouvelle statue est en quelque sorte celle qui se trouve aujourd’hui dans l’église du Gesù, à Montréal, nous raconterons ici, choisie entre mille, une faveur, une guérison physique, qui a été obtenue à ses pieds, en France, au début du XIXe siècle. Histoire de montrer comment Marie prend plaisir à exaucer tous ceux qui la prient avec confiance et persévérance devant cette vénérable statue.

Cette guérison, qui est celle de Séraphine Varet, est soigneusement consignée dans les procès-verbaux du Pèlerinage. Elle est rigoureusement attestée par le curé de la miraculée, Monsieur Amelin, dans une lettre datée du 12 novembre 1818 et adressée au Comte de Thury.

Séraphine, âgée de 23 ans, était, depuis quatre ans, paralysée de la jambe gauche. Bien des médecins avaient tenté en vain de la guérir. Aussi, un beau jour, en 1818, sous la poussée d’une inspiration intérieure, elle décide de s’en remettre, pour sa guérison, à la Sainte Vierge seule.

Elle demande donc qu’on la conduise à Liesse. C’était, à l’époque, un long voyage. En voiture, avec son père et sa sœur, elle prie sans arrêt et avec une confiance croissante. Une voix secrète lui répète: "Va, tu seras guérie".

A l’approche du village, elle demande si bientôt elle verra le clocher de l’église. Son père lui répond: "Le voici devant nous". Au même instant, l’infime se met à ressentir une vive douleur dans toute sa jambe morte, douleur qu’elle n’arrive pas à dissimuler. Les trois pèlerins se mettent à pleurer: Séraphine, de souffrance et de joie; son père et sa sœur, de pitié et d’inquiétude. A mesure qu’on avance, la douleur devient de plus en plus aiguë. Arrivée à la fontaine dite miraculeuse près du sanctuaire, Séraphine pousse un dernier cri: sa jambe était redevenue vivante!

Finalement, on arrive à l’auberge des Trois-Rois. Son père, ignorant tout de la guérison, demande qu’on vienne l’aider à descendre sa fille. Mais Séraphine les devance. Elle descend seule de la voiture et, devant sa sœur et son père stupéfaits, les béquilles à la main, elle court à l’église, se prosterne devant la statue de la Madone avec les sentiments de joie que l’on devine bien.

En guise de reconnaissance, elle laissera au sanctuaire ses béquilles, en ex-voto, et son collier d’or, sa seule parure.

Des miracles de ce genre et, surtout, des guérisons intérieures, il y en a eu par centaines pendant les 55 ans où notre statue du Gesù a été vénérée à Liesse, en France. Pour le croire, il suffit de voir tous les ex-votos qui tapissent littéralement les murs de la basilique-mère.

Le couronnement de la statue

La Vierge de Liesse avait tellement exaucé de prières, pendant des siècles, qu’on sentit le besoin, un beau jour, de couronner sa statue sous le titre de Mère de Grâce.

En fait, Mgr Garsignies, évêque de Soissons et de Laon, en obtint la permission de Pie IX, en 1857.

Les Pères Jésuites, qui avaient accepté, en 1851, la cure de Liesse, profitèrent de l’occasion pour remplacer la statue improvisée de 1802 par une magnifique sculpture, en ébène, à l’intérieur de laquelle ils firent insérer une partie des précieux charbons.

Ainsi la tradition était sauvegardée. Non seulement des restes calcinés établissaient un lien entre le passé et le présent, mais Notre-Dame de Liesse redevenait une authentique Vierge noire, ce qu’elle avait toujours été, du Moyen-Âge à la Révolution.

Mais la statue provisoire, qui avait été, pendant 55 ans, l’instrument de tant de merveilles et l’objet de tant de vénération, qu’allait-on en faire? On ne voulait pas la remonter dans les combles de l’église!

Les Jésuites décidèrent alors de la transporter dans leur résidence de Liesse, qui leur servait à la fois de presbytère et de maison de formation. Cette solution était la plus simple et la plus juste. Car, enfin, ces Pères se dévouaient auprès des pèlerins depuis 1828. De plus, la garde du sanctuaire qu’ils venaient d’accepter, ils devaient l’assurer pendant plus d’un siècle, de 1851 à 1957. C’est eux, par exemple, qui devaient organiser, en 1934, sous le règne du Père de Parvillez, les fastueuses fêtes du huitième centenaire.

Mais, en fait, cette statue sans prix se réduisait, pour l’œil, à deux pièces importantes: la tête en pierre et les cendres, le reste n’étant que de l’accessoire. C’était bien pauvre ... pour l’œil.

C’est pourquoi le Père Fouillot, l’Instructeur des Jésuites en troisième année de probation, envoya le tout à un artiste de Paris et lui demanda de parfaire la madone, en utilisant cette tête et en enchâssant dans la base les précieux restes de sa devancière. Ce qui fut fait.

De Liesse à Montréal

Cette statue reconditionnée ne reste pas longtemps à Liesse, chez les Jésuites. Dès 1860, elle déménage à Saint-Vincent de Laon avec une partie de la communauté: le Père Instructeur et ses jeunes religieux en formation.

Dix-sept ans plus tard, au printemps de 1877, nouveau dérangement. La Compagnie de Jésus doit céder sa maison de Saint-Vincent au Gouvernement français qui la réquisitionne pour fins militaires. Les Pères de la troisième année de probation, qui doivent quitter, sont envoyés à Paray-le-Monial. Mais comme cet endroit est le château fort du Sacré-Cœur, on juge préférable de ne pas y emporter la statue de Notre-Dame de Liesse. On la donnera plutôt à une autre maison de la Compagnie de Jésus.

Mais à qui la donner? Le nouvel Instructeur, le Père Dorr, pria et fit prier là-dessus.

Par bonheur, il y avait, cette année-là, à Saint-Vincent de Laon, deux "tertiaires" canadiens-français. Est-ce que ces deux Pères ont prié plus que les autres ? On peut le penser. Est-ce qu’ils l’ont fait avec toute l’indifférence ignatienne voulue? Ça, c’est moins sûr! Quoi qu’il en soit, au cours d’un pèlerinage d’adieu à la Madone, au sanctuaire même de Liesse, au mois d’août, le Père Dorr, après sa messe et son action de grâces, fit mander l’un des deux Canadiens, le Père François-de-Sales Cazeau, et lui dit: "La statue de Notre-Dame de Liesse ira au Canada; vous l’emporterez".

Quelques jours plus tard, les deux Canadiens prenaient le bateau de retour avec, à bord, le précieux trésor.

 

LE CULTE DE NOTRE-DAME DE LIESSE

AU CANADA

Chaleureux accueil

Le 7 septembre, les trois voyageurs arrivent au collège Sainte-Marie de Montréal: les deux Pères et Notre-Dame de Liesse! On transporte la statue dans l’église du Gesù, attenante au collège, et on la dépose, sur un piédestal, au pied de l’autel de la Vierge.

Le dimanche suivant, à chacune des messes, on présente la nouvelle madone aux fidèles. On raconte évidemment la légende. On parle aussi de sa vertu miraculeuse de guérir les corps et les âmes. Enfin, on fait remarquer que le supérieur des Jésuites, le Père Charaux, n’est pas encore fixé sur sa destination. Il se demande s’il doit la laisser au Gesù ou l’envoyer au noviciat du Sault-au-Récollet. Il attend que Notre-Dame de Liesse lui donne des signes de ses préférences.

Les signes ne tardèrent pas à venir. En fait, l’arrivée de cette statue déclencha, chez les fidèles, un surcroît de confiance et de piété envers la Mère de Dieu. C’était évident. Et comme le Gesù, à ce moment-là, était, après Notre-Dame, la plus grande église de Montréal et qu’il était toujours rempli, c’était impressionnant.

Du côté des Pères, ce fut le même accueil. Le diaire du collège, à la date du 17 septembre, rapporte qu’ils étaient alors en neuvaine au pied de la nouvelle statue "pour obtenir certaines faveurs spéciales".

On assistait, là, à tout ce qui se passe lors de la naissance d’un nouveau sanctuaire.

Le Père Charaux avait sa réponse. Notre-Dame de Liesse resta donc au Gesù, à la grande joie des Montréalais et des Pères et élèves du Collège Sainte-Marie.

Le premier pèlerinage

Cette ferveur des débuts ne fut pas un feu de paille. Non seulement elle dura, mais elle s’amplifia au cours des années qui suivirent.

Dès le 7 janvier, par exemple, quatre mois après son arrivée, Notre-Dame de Liesse recevait de la grande visite: Mgr Conroy, délégué apostolique, et tous les évêques de la province de Québec.

Ces évêques étaient déjà sur place pour inaugurer les nouvelles facultés de l’Université Laval à Montréal. Ils avaient accepté, la veille, l’invitation du Père Recteur de venir visiter le collège Sainte-Marie. Or, après la réception officielle et le dîner, le Père Cazeau, qui venait justement d’être nommé recteur, s’est mis à parler, avec chaleur, du trésor qu’il avait emporté d’Europe. Son récit intéressa tellement ses invités qu’ils exprimèrent le désir d’aller voir cette fameuse statue. Alors, évêques, prêtres séculiers et réguliers et Pères de la communauté se rendent dans l’église au pied de la nouvelle madone. Là, tout naturellement, après l’avoir bien regardée, tous s’agenouillent et font une courte prière à la Vierge.

Depuis, on s’est toujours plu à voir, dans cette visite impromptue, le premier pèlerinage à Notre-Dame de Liesse de Montréal. Pour une première, c’était prometteur !

Le Culte gagne tout le diocèse

Au cours de cette visite, il y a un évêque qui a été vraiment conquis. C’est Mgr Fabre, l’évêque même de Montréal.

Dès l’année 1878, après avoir ouvert le mois de Marie à Bonsecours, comme d’habitude, il tient à venir le clôturer au Gesù, le 31 mai, pour y introniser la nouvelle statue avec une très grande solennité.

Au début de la même année, il demande et obtient, pour tout le diocèse, l’induit d’une messe propre et d’un office au bréviaire en l’honneur de Notre-Dame de Liesse. Et, dans son mandement du 25 décembre, il fixe au 1er juin de chaque année la date de cette messe et de cet office.

Dans cette même circulaire de Noël 1878, il s’attarde longuement à raconter la légende d’Ismérie et des trois chevaliers, il exhorte ses prêtres et ses diocésains à prier la Vierge sous ce vocable réjouissant de Notre-Dame de toute Joie et, finalement, il les invite à se rendre au Gesù, où se trouve, dit-il, "un des plus précieux trésors de l’Église du Canada".

Notre-Dame de Liesse répond

Devant cette ferveur des fidèles et ce zèle des pasteurs, Notre-Dame de Liesse ne pouvait pas rester insensible. Aussi, sa réponse ne tarda pas à venir.

Dès son arrivée au Gesù et tout au long des années qui suivirent, elle s’est particulièrement plu à accorder toutes sortes de faveurs tant matérielles que spirituelles. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne s’est pas laissé vaincre en générosité.

Si bien que Pères et fidèles, conscients de ce temps de grâces qu’ils vivaient, sentirent très tôt le besoin de lui dire merci, publiquement et solennellement, pour toutes ses bontés.

Ainsi, le 9 juin 1879, le dimanche de la Pentecôte, ils profitent de cette grande fête pour lui exprimer leur reconnaissance. Voici comment le diaire du collège Sainte-Marie rapporte l’événement:

"Fête de Notre-Dame de Liesse ... Nous avons chanté, à 7.30 heures, à l’autel de la Sainte Vierge, une grand-messe d’action de grâces avec diacre et sous-diacre pour remercier Notre-Dame des faveurs signalées qu’elle a accordées à plusieurs personnes qui se sont adressées à elle sous le titre de Notre-Dame de Liesse ... On compte depuis le mois de février trois ou quatre guérisons merveilleuses, sinon miraculeuses, obtenues après avoir invoqué Notre-Dame de Liesse".

Une faveur extraordinaire

Est-ce que la guérison de Timothy O’Reilly est un de ces trois ou quatre cas dont parle notre chroniqueur? C’est très probable, puisque ce malade venait tout juste d’être guéri à ce moment-là. Quoi qu’il en soit, nous possédons, de cette faveur, un récit très circonstancié, rédigé par le confesseur même du miraculé. De plus, cette guérison extraordinaire est dûment authentifiée, puisqu’elle a fait l’objet d’une sérieuse enquête, un peu comme on fait à Lourdes dans de tels cas. A notre connaissance, c’est la seule guérison qui ait subi, ici au Gesù, un pareil examen critique.

Pour toutes ces raisons, nous ne résistons pas à la tentation de raconter toute cette histoire. Notre-Dame de Liesse nous le pardonnera bien, elle qui est si discrète, d’habitude, dans ses largesses. Si nous le faisons, c’est pour montrer sa pitié et sa puissance devant une souffrance humaine.

Timothy donc, selon la version écrite de son confesseur, était paralysé depuis quinze mois. A l’Hôtel-Dieu de Montréal, cinq médecins, l’un après l’autre, avaient tenté de le guérir, mais les cinq, l’un après l’autre, l’avaient abandonné. Deux de ces spécialistes l’avaient même déclaré absolument incurable.

Devant cet échec de la médecine, Timothy se jette dans la prière. Dieu seul, pense-t-il, peut le guérir ... s’Il le veut.

Il commence par faire une neuvaine à saint Joseph. Mais aucun changement ne se produit.

Une religieuse hospitalière, qui s’occupait de lui et qui était un peu sa confidente, lui propose alors d’entreprendre une autre neuvaine, mais, cette fois-ci, à Notre-Dame de Liesse. Cette sœur venait tout juste de lire, sur la nouvelle madone du Gesù, une brochure que lui avait donnée un novice jésuite en stage à l’hôpital. Elle raconte à son jeune patient que la Vierge de Liesse a obtenu la guérison de bien des paralysés, dans le passé, et qu’elle peut certainement en faire autant pour lui, s’il sait la prier avec confiance. Timothy saute sur la suggestion.

Le malade se remet donc en prière pour neuf jours. A mesure que la neuvaine progresse, sa confiance en Notre-Dame de Liesse devient de plus en plus grande.

En même temps, une inspiration intérieure, de plus en plus impérieuse, lui dit que s’il veut être complètement guéri, dans son corps et dans son âme, il ferait bien de faire une confession générale. Alors, docile à l’Esprit, il fait venir son confesseur.

Le huitième jour, au cours de l’avant-midi, il fait une révision complète de toute sa vie avec des sentiments de contrition peu ordinaires, note le prêtre.

Le lendemain, dernier jour de la neuvaine, on le transporte à la chapelle. La messe est justement dite à l’autel de la Sainte Vierge.

Après avoir communié, et alors qu’il supplie Notre-Dame de Liesse d’exaucer ses prières et de le guérir, il sent subitement une vive douleur dans tout son être, ses pauvres membres reprennent leur position normale, le sang recommence à y circuler librement et, de froid et paralysé qu’il était, son corps redevient tout chaud et vigoureux. Bref, Timothy sent et sait qu’il est parfaitement guéri.

Ceux qui l’entourent, voyant son agitation mais ne comprenant pas trop ce qui se passe, se mettent en frais de le reconduire à son lit. Il a beau protester, dire qu’il est guéri et qu’il peut marcher, on ne veut rien entendre. On le transporte à l’étage supérieur, mais, pour une raison ou pour une autre, on le laisse dans une salle attenante à la chapelle d’où l’on a une vue plongeante sur le sanctuaire.

Là, O’Reilly, pour la première fois depuis des mois, se jette lui-même à genoux pour remercier Notre-Dame de Liesse.

Puis, comme si ça ne suffisait pas, il se relève et marche, sans l’aide de personne, jusqu’à la chapelle. Une religieuse, qui l’aperçoit, va prévenir la sœur hospitalière responsable de Timothy. Celle-ci accourt immédiatement, accompagnée d’un médecin. Notre invalide d’il y a un instant est à genoux, dans la chapelle, tout en prière. La religieuse le ramène sur son étage et le fait asseoir près de son lit.

Là, alors que tous ses compagnons de salle s’approchent de lui, l’entourent, les yeux tout grands d’étonnement, le voici qui rebondit sur ses jambes, descend l’escalier tout seul, retourne à la chapelle et, là, fait un chemin de croix.

Depuis, affirme son confesseur, il a toujours joui de l’usage parfait de ses membres sans aucun retour de douleurs ou même de fatigue.

Ce prêtre ajoute qu’il mit Mgr Fabre au courant de cet événement, que ce dernier rencontra personnellement le jeune O’Reilly et créa une commission pour mener une enquête canonique sur toute cette affaire.

Quatre médecins, rapporte-t-il, ont confirmé, sur la foi du serment, que la science médicale n’y était pour rien là-dedans, que la guérison s’était opérée d’une manière inhabituelle, extraordinaire et contraire à tout ce qu’ils avaient vu et appris dans de pareils cas.

Après avoir recueilli plusieurs témoignages de ce genre, conclut-il, les enquêteurs canoniques remirent Mgr Fabre un rapport favorable. D’après eux, la guérison de Timothy O’Reilly était un miracle de premier ordre et avait été obtenue par l’intermédiaire de Notre-Dame de Liesse.

En plus de ce long témoignage, nous trouvons aussi, dans les Archives de la Compagnie de Jésus, d’autres documents qui viennent confirmer et compléter ce qui précède.

Nous y apprenons, par exemple, que Timothy avait 25 ans, lors de l’événement, et que les enquêteurs, au nombre de trois, étaient le Chanoine G. Lamarche, le Père A. Braun, S.J., et Monsieur M.-C. Bonnissant, p.s.s.

La date exacte de la guérison nous y est aussi révélée. Elle eut lieu le 12 février 1879. Ce qui nous permet d’affirmer que Timothy ou sa famille a laissé un ex-voto au Gesù, en signe de reconnaissance.

Surtout, nous y découvrons l’opinion personnelle de Mgr Fabre, sur la question, une fois l’enquête terminée. Dans une lettre, datée du 7 avril 1879 et adressée au Père Cazeau, S.J., l’évêque dit que s’il est un peu tôt pour "proclamer publiquement et officiellement cette guérison comme miraculeuse" -- il écrivait moins de deux mois après l’événement -- il n’en voit pas moins, pour l’instant, dans le cas de Timothy O’Reilly, "quelque chose, sinon d’évidemment miraculeux, du moins d’extraordinaire".

Mgr reconnaît, en outre, que d’après tous les témoignages recueillis, c’est bien Notre-Dame de Liesse qui est à l’origine de tout cela.

Guérisons intérieures

Il ne faudrait pas croire que cette guérison physique est typique des grâces de Notre-Dame de Liesse. Sa spécialité, c’est bien plutôt les guérisons intérieures: conversions, regains de foi, paix et joie spirituelles, etc. Tous les prêtres qui ont œuvré au Gesù n’ont pas de doute là-dessus. Car le plus beau cadeau que la Vierge Marie puisse et veuille nous donner, c’est encore son Fils, avec la libération qu’Il opère et la joie qu’Il procure. Toutes les autres grâces ne sont que des chemins qui conduisent à celle-là, qui est, en définitive, la Grâce.

Mais comment voulez-vous raconter, comme nous venons de le faire pour Timothy O’Reilly, ces miracles tout intérieurs ? Nous sommes ici dans l’impondérable, le non contrôlable.

Mais qu’on tienne pour sûr que Notre-Dame de Liesse, comme l’indique assez bien son vocable, se plaît surtout à accorder des grâces intérieures, qui, du reste, .sont les plus importantes, les miracles les plus beaux et les plus grands.

L’ère des pèlerinages

Des années 1880 aux années 1960, cette affection des Montréalais pour Notre-Dame de Liesse et, en retour, sa bonté pour eux ne se démentirent jamais. Pendant quatre-vingts ans, de part et d’autre, on peut vraiment parler d’une longue fidélité.

Très tôt, de Montréal ou d’ailleurs, on vint en pèlerinage au Gesù.

Le diaire du Collège Sainte-Marie relate que, dès le 9 juin 1878, l’Union Catholique -- groupe important de chrétiens engagés -- décident, cette année-là, de faire leur pèlerinage annuel au Gesù, en l’honneur précisément de Notre-Dame de Liesse.

Le même journal collégial rapporte aussi, comme faits divers, deux autres pèlerinages qui eurent lieu vers cette époque: celui de quelques jeunes filles d’un couvent de Laprairie, le 20 juin 1879, et celui des Tertiaires de saint François, le 1er juin 1885.

Peu de temps après l’arrivée de la statue, les Scolastiques de la Compagnie de Jésus: novices et juvénistes, philosophes et théologiens, commencèrent à faire, eux aussi, chaque année, en mai, un pèlerinage à Notre-Dame du Gesù. Ils le faisaient à pied -- c’est peut-être bon de le préciser -- même s’ils devaient venir, par la longue rue Papineau, d’aussi loin que le noviciat du Sault-au-Récollet.

Ces pèlerinages des jésuites étudiants devaient se poursuivre, régulièrement, jusqu’en 1962.

Mais quand on parle de pèlerinages à Notre-Dame de Liesse de Montréal, il faut d’abord mentionner ceux qu’ont fait, nombre d’années, beaucoup de paroisses du diocèse, sur l’invitation des Congréganistes du Gesù. Selon les témoins de l’époque, tous les jours ou presque du mois de mai, la délégation d’une paroisse s’amenait, sous la conduite, assez souvent, du curé ou d’un vicaire. Certains soirs, disent-ils, l’église, pouvant alors asseoir plus de 900 personnes, était à moitié pleine. Autres temps, autres mœurs!

Le reflux des années 1960

Puis vint, au Québec, vers les années 1960, la "Révolution tranquille". Cette apparition soudaine d’une mentalité nouvelle. Phénomène qui s’inscrivait, d’ailleurs, dans un large courant de changements profonds et rapides, à l’échelle du monde, sur les plans socioculturel et religieux.

Avec le résultat que, "chez-nous" en particulier, la pratique religieuse et, naturellement, la piété mariale ont subi un fléchissement certain.

A partir de ce moment-là, par exemple, il ne fut plus question de pèlerinages organisés à Notre-Dame de Liesse.

Heureusement cependant, les visites individuelles, elles, n’ont jamais cessé. C’est un fait que du matin au soir, tous les jours, il y a toujours eu et il y a toujours, ou peu s’en faut, une ou plusieurs personnes en prière devant Notre-Dame de Liesse. C’est ce qui nous a fait appeler ce transept, où se trouvent son autel et sa statue, le "coin chaud" du Gesù. Ce coin-là est toujours mieux éclairé, plus fleuri que tout le reste de l’église. Il brûle plus de lampes devant le seul autel de la Vierge que devant les quinze autres autels réunis.

Tant et si bien que le Gesù, qui a été le premier sanctuaire à être érigé en l’honneur du Sacré-Cœur, en Amérique du Nord, est également devenu, par la force des choses, le sanctuaire de Notre-Dame de Liesse. Le Sacré-Cœur ne se sent certainement pas menacé par sa Mère. Il sait bien qu’elle n’attire pas les âmes pour les garder à elle.

Une amoureuse de Notre-Dame de Liesse

Ici, il convient d’évoquer le souvenir d’une grande amoureuse de Notre-Dame de Liesse: Miss Marguerite Mac Millan.

Croyez-le ou non, cette dame écossaise, qui vient de mourir à l’âge de 94 ans, a passé toutes les journées des quarante dernières années de sa vie au Gesù, sur le premier banc, à égrener son chapelet, face à Notre-Dame de Liesse. Elle était la première à entrer dans l’église, le matin, à 6 30 heures, et elle était la dernière à en sortir, le soir, à 18 heures. A peine prenait-elle le temps d’aller manger au restaurant le plus proche. De plus, cette orante extraordinaire demeurait à Westmount, à plus de trois milles du Gesù, et n’a jamais parlé ni compris le français dans une église où tout se déroulait en cette langue. Inutile de dire que tous les habitués du Gesù la connaissaient bien. Plus que personne, elle avait le don d’inspirer confiance en Notre-Dame de Liesse aux plus découragés. Elle avait une foi à transporter les montagnes. Et, avec tout cela, de l’esprit et de l’humour à revendre, jusqu’à la dernière minute de sa vie.

Renouveau marial au Gesù

Heureusement, au cours des mêmes années 1960, il y eut Vatican II avec son aggiornamento. Cette bouffée d’air frais, que fut le concile, est en train, présentement, de donner un second souffle à tout ce qui est marial.

Que de belles choses il nous dit sur la Vierge Marie. Il faut avouer, cependant, que nous mettons un peu de temps à en prendre conscience. Notre première réaction, celle de bien des fidèles comme celle de plusieurs prêtres, fut de croire que le culte à Marie avait été mis en veilleuse. Alors qu’en réalité peu de conciles avaient autant exalté la Mère de Dieu et des hommes, en l’intégrant dans le mystère de l’Église, en intégrant tout ce qu’on voulait dire sur elle à l’intérieur même de la grande charte de l’Église, "Lumen Gentium".

Grâce à Paul VI, nous saisissons de mieux en mieux, avec les années, le renouvellement de la théologie mariale que nous valut le concile. Pensons seulement à sa belle exhortation de 1974: "Le culte de la Vierge Marie". Dans cette lettre, à l’exemple des Pères du concile, il restitue à la Vierge son vrai visage en allant puiser les traits de sa personnalité dans la source pure de la Bible. Là aussi, à la manière du concile, il redonne à Marie tout l’éclat de sa grandeur et de sa beauté en prenant bien soin de toujours la présenter dans la lumière de son divin Fils.

Tous ces enseignements, comme une semence, sont en train de porter fruit, lentement mais sûrement. En sorte qu’ici et là, dans le monde, on se remet à prier la Sainte Vierge.

Au Gesù, en tout cas, on assiste vraiment à un réveil marial, et c’est justement sous le signe de Notre-Dame de Liesse.

Le tout a commencé, semble-t-il, en mai 1970, par la récitation quotidienne du chapelet au pied de son autel. Ce renouveau a fait un autre pas en avant le jour où ont commencé les Rencontres mariales, le 23 novembre de la même année. Ces soirées d’enseignement et de prière n’ont jamais cessé depuis, bien qu’elles aient changé de nom. On les appelle maintenant les "Samedis de Liesse". Depuis 1970 toujours, on essaie aussi de célébrer avec solennité les grandes fêtes de la Vierge, y compris la fête patronale de Notre-Dame de Liesse qui a lieu maintenant le 22 septembre.

A l’occasion de l’Assomption, en 1975, on a même porté en procession une statue de Notre-Dame de Liesse à travers les rues de la ville, de l’église Notre-Dame à la Cathédrale. Plus de 3000 personnes, ce soir-là, participaient à cette parade peu ordinaire par les temps qui courent. C’était la première fois, en 98 ans, qu’elle était ainsi portée en triomphe.

Saluons, en passant, un des champions de ce regain de popularité de Notre-Dame de Liesse au Gesù: le Père Thomas Mignault, S.J., décédé le 7 septembre 1974. Souvent, les âmes désespérées qu’il rencontrait, il les envoyait tout simplement au Gesù, aux bons soins de Notre-Dame de Liesse. Chaque fois qu’on l’invitait à venir animer une Rencontre mariale, on avait réellement l’impression de lui faire plaisir. Il l’aimait vraiment et savait la faire aimer.

Ce renouvellement de piété mariale, au Gesù, plaît certainement à Notre-Dame de Liesse. Elle nous l’a signifié, à maintes reprises, au cours des dernières années, en accordant plusieurs faveurs. Il serait trop long de les raconter ici. Du reste, comme le notait Mgr Fabre à propos de Timothy O’Reilly, la prudence demande, en pareilles circonstances, de ne rien précipiter.

Le rayonnement de Notre-Dame de Liesse

Jusqu’ici, il n’a été question que des sanctuaires de Liesse, en France, et de Montréal, au Canada. C’était là notre propos. Il ne faudrait pas en déduire cependant que Notre-Dame de Liesse n’est ni vénérée ni connue ailleurs.

En un certain sens, elle est aux quatre coins du monde. Puisqu’en dehors de France et du Canada, on trouve également sa statue à Malte, en Guyane, en Afrique (Gabon, Ougangui, Mali, Madagascar), à Ceylan et même en Chine, dans le Koui-Tchéou.

Dans notre propre Québec, elle n’est pas qu’au Gesù. À Montréal même, de 1915 à 1973, à l’École de Liesse, les Sœurs Grises possédaient une magnifique statue de Notre-Dame de Liesse. D’ailleurs, c’est elle qui a donné son nom, non seulement à la maison où elle était, mais aussi à la rue qui passait devant: la "Côte de Liesse".

Dans le reste de la province, il y a au moins deux paroisses qui lui sont dédiées et qui possèdent de jolies statues en bois: celle de Deauville, en banlieue de Sherbrooke, et celle de Rivière-Ouelle, en bas de Québec. Si Deauville est une fondation plutôt récente, Rivière-Ouelle, elle, a fêté son tricentenaire en 1972. Ce sont des colons et des matelots de Normandie qui y ont emporté avec eux cette dévotion, il y a plus de trois siècles. Ce n’est donc pas d’hier que Notre-Dame de Liesse est connue et priée au Canada français.

ÉPILOGUE

Voilà, brièvement, les huit siècles et demi d’histoire de Notre-Dame de Liesse, en France et au Canada.

Notre-Dame de Liesse! Quelle richesse théologique se cache sous ce joli vocable! Il nous plonge au cœur de l’histoire du Salut.

Notre-Dame de Liesse, c’est d’abord celle qui a toujours gardé la joie au fond de son cœur, même aux pires heures de sa vie. Tant elle vivait de foi, d’espérance et d’amour. Tant elle était remplie du Saint Esprit.

Mais, surtout, Notre-Dame de Liesse, c’est celle qui nous donne la joie, la vraie joie, en nous donnant son Fils. C’est Jésus-Christ, bien sûr, qui nous libère par sa mort et qui nous remplit de joie par sa résurrection. Mais qui nous a donné Jésus-Christ, sinon la Vierge de Nazareth en dépendance de l’Esprit Saint? C’est donc la Vierge Marie qui est à l’origine de notre joie, qui en est la Source et la Cause.

Voilà, au fond, le sens de la dévotion à Notre-Dame de Liesse. D’ailleurs, le premier geste qu’elle pose, selon la Légende, c’est de libérer de la prison les trois chevaliers et de leur procurer la joie de la liberté. C’est très significatif. Tout au long des siècles, Notre-Dame de Liesse n’obtiendra jamais autre chose à ceux qui la prieront que la délivrance de toutes les servitudes possibles, du péché surtout, et la joie de la liberté retrouvée des Enfants de Dieu.

Y a-t-il un vocable qui réponde mieux aux besoins des hommes et des femmes de notre temps ? Nos contemporains sont inquiets et troublés. Ils ont besoin de paix. Nos jeunes sont tristes. Ils ont besoin de joie. Notre centre-ville de Montréal est dur avec son béton armé et ses rues de macadam. Ceux qui y vivent ont besoin d’une oasis de fraîcheur. Eh bien, Notre-Dame de Liesse est là, au cœur de la ville, prête à donner à tous ce qu’ils désirent, ce qu’ils cherchent sans trop savoir où le trouver.

Regardez-là. Dans un geste symbolique, elle tient son Enfant tourné, non pas vers elle, mais vers le monde. Elle nous l’offre.

Notre-Dame de Liesse, donnez-nous votre Fils et, avec Lui, la vraie joie. Car c’est lui seul -- comme le constatait déjà saint Augustin -- qui peut pacifier nos cœurs inquiets.

 

PRIERE A NOTRE-DAME DE LIESSE

(Neuvaine)

Vierge Sainte, Votre naissance a été pour le monde l’Aurore de la Lumière et du Salut; Vous avez été la Joie d’Israël, la Gloire de Jérusalem et la Fierté de Votre peuple; Vous n’avez jamais cessé d’être l’Espérance des pécheurs et la Consolation des affligés. Continuez de faire éclater toute la puissance que Vous confèrent ces beaux titres.

Soyez notre Joie dans nos peines, notre Force dans nos faiblesses, notre Soulagement dans nos souffrances. Obtenez-nous les biens matériels nécessaires. Accordez à notre corps la santé, à notre cœur les joies légitimes de la tendresse humaine. Mais surtout, Très Sainte Vierge, laissez déborder en nos âmes un peu de cette plénitude de grâces dont Vous avez été comblée, grâces qui sanctifient et sauvent.

0 Mère de Dieu, souvenez-Vous que Vous êtes aussi notre Mère. Priez pour les pauvres pécheurs que nous sommes. Intercédez pour nous dès maintenant, puisqu’à tout instant Votre secours nous est nécessaire. Et, à notre mort, entourez-nous d’une attention toute particulière alors que l’Esprit du Mal redoublera d’efforts pour nous perdre.

0 Marie, donnez-nous Votre Fils. Faites que par Vous nous allions à Lui, comme Lui, par Vous, a bien voulu venir jusqu’à nous. Car c’est Lui seul, avec le Père et l’Esprit Saint, qui peut remplir pleinement nos cœurs insatisfaits. Amen.

Notre-Dame de Liesse, Source et Cause de notre foie, priez pour nous

 

CONSÉCRATION PERSONNELLE A MARIE

SOURCE ET CAUSE DE NOTRE JOIE

Douce Vierge Marie, Sainte Mère de Dieu, Vous qui êtes la Source et la Cause de notre Joie, je me donne à Vous aujourd’hui pour toujours. Je Vous remets mon cœur, mon corps, mon esprit et mon âme pour que Vous disposiez de moi de la manière qu’il Vous plaira, pour la gloire de Votre Fils, Jésus.

Je Vous fais cession de tous mes intérêts spirituels et temporels, assuré à l’avance que Vous trouverez un remède à tous mes maux et que Vous me conduirez à la connaissance parfaite de Celui que Vous avez donné au monde, Votre Fils, Jésus, notre Sauveur et notre Dieu.

Je Vous supplie donc de me considérer désormais comme Votre propriété et faites que je n’oublie jamais que je Vous appartiens.

De mon côté, je m’engage à Vous chérir tendrement et à faire miens Vos intérêts selon les voies et les moyens que Vous voudrez bien m’indiquer.

Et quand viendra l’heure de ma mort, je Vous demande humblement de venir Vous-même me chercher pour m’introduire auprès de Votre Fils, Jésus, notre Joie éternelle. Amen.

Notre-Dame de Liesse, Source et Cause de notre joie, priez pour nous.

 

BIBLIOGRAPHIE

BOSIUS, Jacques, Histoire admirable de Notre-Dame de Liesse. Troyes, Blaise Boutart, 1601.

HENNEZEL D’ORMOIS, Jehan, Notre-Dame de Liesse. Sa Légende d’après le plus ancien texte connu. Nogent-le-Rotrou, Daupeley-Gouverneur, 1934. Archives de la Compagnie de Jésus au Canada. Notre-Dame de Montserrat, St-Jérôme, P. de Québec.

DUPLOYÉ, F. et A., Notre-Dame de Liesse. Légende et Pèlerinage. Laon, 1862.

GOYAU, Georges et HENNEZEL d’ORMOIS, Jehan, Pèlerinage et Rayonnement du Culte de Notre-Dame de Liesse. Draeger, 1950.

ANONYME, Notre-Dame de Liesse, Mère de Grâce. E. Sénécal et Fils, Montréal, 1886.

FILLARD, Max., ptre, Notre-Dame de Liesse. Manuscrit dactylographié. Paris, 1974.

LECOMPTE, Édouard, S.J., Notre-Dame de Liesse, Mère de Grâce. L’Œuvre des Tracts, Montréal, 3e édition, 1946.

DUBÉ, Armand, ptre, Notre-Dame de Liesse. Légende. Éditions Beauchemin, 1956.

THOMAS, Paul, ptre, Notre-Dame de Liesse ou La Fête et la Croix. 1976.

CLÉMENT, Béatrice, Légende de Notre-Dame de Liesse. Éditions Bellarmin, coll. "Vivre", 1964.





LE SAINT-ESPRIT

NOTRE MEILLEUR AMI

par le R. P. Paul O’Sullivan, O.P. (E.D.M)

"Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?" - 1 Co 3.16

Traduit de l’anglais avec la permission de

St. Martin Apostolate, Dublin (Irlande)

 

Approbation ecclésiastique, 25 avril 1952

Tous droits de reproduction réservés.

 

Nonciature apostolique

Lisbonne, Portugal

25 avril 1952

Cher père Paul O’Sullivan,

J’ai reçu avec grand plaisir votre beau livre sur le Saint-Esprit, ce qui me redonne réellement l’occasion de vous féliciter.

Vous expliquez de façon claire et compréhensible la doctrine sublime et consolante de la présence de l’Esprit Saint dans notre âme, qui fait de nous comme le dit saint Paul, " de vivants tabernacles du Saint-Esprit ".

Quelle joie et quelle consolation c’est pour nous de savoir que le Saint-Esprit nous aime à ce point qu’il demeure dans notre âme non seulement durant notre vie sur la terre, mais pour toute Éternité.

Vos explications sur la grandeur de notre âme que Dieu a ornée des grâces les plus riches afin d’être digne de la demeure de la Troisième Personne sont extrêmement enrichissantes et éclairantes. Votre invitation aux chrétiens d’aimer le Saint-Esprit et de le prier est irrésistible, car vous montrez quels secours, quelles joies et quelles consolations reçoivent ceux qui honorent le Saint-Esprit, et tout ce que perdent ceux qui par tant d’ingratitude oublient et négligent leur Divin Hôte.

Les pages de votre livre sont riches d’informations intéressantes et utiles et ce sera une surprise pour beaucoup qui connaissent bien peu les dons, les béatitudes et les fruits du Saint-Esprit. Les prêtres et les enseignants y verront un encouragement à faire mieux connaître le Saint-Esprit.

Je recommande chaleureusement cet important petit livre et je suis assuré qu’il augmentera grandement la dévotion envers le Saint-Esprit.

Je vous accorde de grand cœur ma bénédiction.

† P. Ciriaci, nonce apostolique

 

TABLE DES MATIÈRES

Lettre de Son Excellence Monseigneur

Pietro Ciriaci, nonce apostolique

Avant-propos

1. Importance de la dévotion au Saint-Esprit

2. Le Saint-Esprit et ce qu’il fait pour nous

3. Le Saint-Esprit entre dans notre âme au Baptême

4. La beauté extrême de notre âme rendue digne

de recevoir le Saint-Esprit

5. Le Saint-Esprit est personnellement présent

dans notre âme

6. Comment devons-nous honorer la présence

du Saint-Esprit dans notre âme ?

7. Tout est possible avec le Saint-Esprit

8. Les grâces merveilleuses que nous recevons

du Saint-Esprit

 

9. Ce que nous perdons faute d’aimer

le Saint-Esprit

10. Les trois Sacrements du Saint-Esprit

11. Les péchés contre le Saint-Esprit

Appendice : Prières au Saint-Esprit

 

AVANT-PROPOS

Notre meilleur ami ! Jamais titre n’a été mieux mérité.

Ce petit livre présente à ses lecteurs leur plus grand, leur meilleur ami, un ami véritable qui leur apportera tout ce qu’ils désirent si ardemment – la paix, le bonheur et la joie.

Cela est-il possible ? Lisez, chers amis, et jugez-en vous-mêmes. Il n’est pas surprenant que vous soyez incrédules ? Vous n’avez jamais appris à connaître cet ami.

Qui est-il ? C’est le Saint-Esprit, la Troisième Personne de la Sainte Trinité, qui demeure personnellement dans votre âme aussi véritablement qu’Il est au Ciel. Il est votre ami le plus cher, le plus intime et le plus aimant. Il est dans votre âme mais avant d’y entrer il l’a rendue digne de sa Divine Présence. Il lui a prodigué ses grâces et ses dons les plus précieux en la faisant si belle que, si vous deviez la voir, vous en mourriez d’amour.

Chers amis, tout cela vous paraît incroyable. Ne vous en a-t-on jamais parlé auparavant ? Le Pape saint Léon vous le dit : " Chrétiens, reconnaissez votre rang divin, votre dignité. "

Il est incroyable que tout cela soit vrai et que vous n’en ayez jamais entendu parler !

Lisez attentivement ces pages et relisez-les. Elles vous diront comment aimer et honorer votre hôte divin qui, en retour, vous accordera ses sept dons, ses béatitudes et ses fruits.

Votre vie deviendra alors sainte, emplie de paix, de joies et de consolations que le Saint-Esprit accorde à tous ceux qui l’aiment.

 

Chapitre 1

IMPORTANCE DE LA DÉVOTION

AU SAINT-ESPRIT

Les pages qui suivent, chers lecteurs, se révéleront les plus intéressantes et les plus utiles que vous ayez jamais lues. Elles vous apprendront sur le Saint-Esprit tout ce que vous savez probablement fort peu.

La doctrine du Saint-Esprit est sans doute le plus important de tous les enseignements de l’Église car, si nous méconnaissons le Saint-Esprit et que nous ne l’aimons pas, il nous est impossible de connaître les autres grandes vérités de notre sainte religion.

Sans le Saint-Esprit, nous sommes aveugles.

Cette doctrine n’est pas seulement la plus importante, elle est la plus merveilleuse, la plus consolante, la plus sublime de toutes les doctrines, car avec l’Esprit Saint nous pouvons faire toutes choses facilement et bien. Il est l’Esprit d’amour, de paix et de joie, l’Esprit de consolation divine. Il est la lumière de notre âme et la force de notre volonté.

Cependant, chose étrange, cette doctrine est peu connue du plus grand nombre. Certains ont une vague connaissance du Saint-Esprit, mais très peu de chrétiens en vérité comprennent vraiment tout ce que le Saint-Esprit a fait pour eux et ce qu’il est tout prêt à faire encore s’ils voulaient seulement le lui permettre.

Nous aimons et honorons le Père éternel chaque fois que nous disons le Notre Père et non pas seulement une fois, mais souvent au cours de la journée. Chaque fois également que nous parlons du Créateur du ciel et de la terre, du Dieu de l’univers, nous pensons au Père éternel.

Nous prions le Fils, non seulement lorsque nous invoquons la Sainte Trinité, mais lorsque nous prions Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous honorons son Incarnation, sa Vie, sa Passion et sa mort. Nous honorons son Sacré-Cœur, son Saint Nom et, par-dessus tous, nous l’honorons dans la Sainte Eucharistie.

Mais pour le plus grand nombre, rarement sinon jamais leur arrive-t-il de penser au Saint-Esprit ! Ils connaissent très peu les choses merveilleuses qu’il est prêt à leur donner – la paix, une joie immense, les consolations, l’amour qu’il leur offre.

" Il est extraordinaire, s’exclame le cardinal Manning, que les chrétiens sachent si peu de choses sur le Saint-Esprit alors qu’il est l’auteur de notre sanctification, le dispensateur de toutes joies et consolations ! "

Son Éminence était dans sa jeunesse un protestant sincère. Il est devenu, avec l’aide du Saint-Esprit, un catholique fervent.

Sous la même divine gouverne, il est devenu prêtre, puis évêque et finalement cardinal.

Il a toujours entretenu une grande dévotion envers le Saint-Esprit; il a levé tous ses doutes et résolu toutes ses difficultés en priant le Saint-Esprit.

Lorsqu’il était appelé à prendre une décision importante, il commençait par courber la tête et à prier en silence. Si le problème était plus grave, il demandait conseil plus longtemps et avec plus de ferveur. Les grâces qu’il a ainsi reçues lui ont permis non seulement d’atteindre un haut niveau de sainteté personnelle mais aussi de rendre de grands services à l’Église catholique en Angleterre. Il a écrit deux magnifiques livres sur le Saint-Esprit.

Le cardinal Newman nous donne un exemple touchant d’amour pour le Saint-Esprit.

Il fut lui aussi élevé dans la religion protestante. Il avait malheureusement de solides préjugés contre l’Église catholique.

Il commença très jeune à s’apercevoir que sa propre religion ne pouvait pas être la vraie, tant elle était remplie de contradictions et d’erreurs.

Il passa des années à essayer de trouver l’Église du Christ. Il étudia l’histoire, il discuta avec d’éminents ecclésiastiques et consulta de nombreux et savants amis, mais en vain. Il ne parvenait pas à reconnaître, parmi tant d’affirmations, la religion que Jésus-Christ nous a donnée.

Finalement, un jour, Dieu à qui plaisaient ses bonnes intentions, lui envoya une inspiration.

" Qu’ai-je fait, s’exclama-t-il, j’ai tant travaillé et tant étudié, j’ai lu un si grand nombre de livres et consulté de bons amis, mais je n’ai pas assez prié, je n’ai pas suffisamment demandé la lumière et le conseil de Dieu. "

Alors, tombant à genoux, il pria avec ferveur. Les nuages de doutes commencèrent à se dissiper et il put enfin voir la vérité de l’Église catholique.

Il décrit sa conversion dans ce bel hymne, écrit peu de temps avant sa conversion.

MONTRE LA VOIE, DOUCE LUMIÈRE

Montre la voie, ô toi douce lumière,

Parmi les ténèbres qui m’environnent,

Montre-moi le chemin !

La nuit est sombre et je suis loin du but –

Montre-moi le chemin !

Conduis mes pas et je ne veux pas voir

Où ils m’entraînent – une étape à la fois.

J’ai bien changé car je ne priais pas

Pour connaître la voie.

J’aimais choisir ma route, mais à présent,

Montre-moi le chemin !

J’aimais ces temps bruyants. Malgré les craintes,

C’est l’orgueil qui régnait : oublie ces jours.

Tu veilles sur moi depuis tant d’années,

Tu resteras le guide,

Qui m’aide à franchir torrents et marais

Jusqu’au lever du jour.

Et au matin le sourire des anges

Sera de nouveau là devant mes yeux.

Il est devenu catholique et, à son exemple, plus d’un millier de pasteurs protestants se sont convertis, suivis par une armée de laïcs.

Le cardinal Gibbons a vécu la même expérience alors qu’il était encore prêtre paroissial : Il avait été appelé au chevet d’un distingué sénateur américain gravement malade. Malheureusement, ce malade ne croyait pas à l’existence de Dieu. Il écouta cependant attentivement le père Gibbons qui lui parlait de la bonté de Dieu et de son amour pour nous, prouvant en même temps son existence par quelques puissants arguments. Ces derniers ne firent cependant aucune impression sur le sénateur.

Le père Gibbons lui demanda finalement si, dans le cas où le Dieu d’amour qu’il venait de lui décrire existait vraiment, il croirait en lui et l’aimerait ? " Très certainement, répondit le sénateur. "

" Eh bien, dit le père Gibbons, voulez-vous redire quelques fois la petite prière suivante : ‘Ô Dieu d’infinie bonté, si tu existes, fais que je te connaisse.’ "

Le malade promit qu’il le ferait, et il fut alors inondé par un flot de lumière !

Quelques jours plus tard, le père Gibbons était de nouveau appelé au chevet du mourant qui s’écria en le voyant, " Père, Je crois, je crois ! " Et pendant les dernières semaines de sa vie, il manifesta envers Dieu un amour et une foi intenses.

Un prêtre dévoué au Saint-Esprit fait plus que ne font un millier d’autres. L’auteur de ce livre a rencontré récemment un tel prêtre. Il était extrêmement modeste et sans prétention, mais il accomplissait cependant un travail prodigieux.

Il n’était pas seulement lui-même très efficace dans son travail, il avait aussi le don d’attirer et d’inspirer ceux qui travaillaient avec lui.

Au cours d’une conversation, il mentionna qu’il avait une grande dévotion envers le Saint-Esprit auquel il attribuait tout son succès.

Lorsque des universités catholiques commencent leurs travaux, que les cours de justice entrent en session pour l’année, à l’ouverture de Parlements et d’autres grandes institutions, on célèbre une messe solennelle en l’honneur du Saint-Esprit pour invoquer sa direction et, comme nous le verrons plus loin, les membres de ces institutions demandent l’aide et la lumière du Saint-Esprit pour toutes les mesures d’urgence.

Nous devrions également prendre l’habitude de chercher en toutes choses l’aide et la direction du Saint-Esprit.

Chapitre 2

LE SAINT ESPRIT ET CE QU’IL FAIT

POUR NOUS

Quelle est cette merveilleuse doctrine du Saint-Esprit ?

Le Saint-Esprit est la Troisième Personne de la Sainte Trinité, égale en tout au Père et au Fils, et également digne d’amour et d’adoration.

Voilà à peu près tout ce que la plupart des chrétiens savent du Saint-Esprit. Mais ce qu’il est pour nous, ce qu’il fait pour nous, et ce qu’il a le désir de faire pour nous, il en est peu qui le comprennent.

CE QUE LE SAINT-ESPRIT FAIT POUR NOUS

La première chose que nous devons de toute importance pleinement comprendre est que le Saint-Esprit est réellement, véritablement et personnellement présent dans notre âme tout comme il est au Ciel. Il nous aime infiniment de l’amour le plus tendre et désire ardemment nous inonder de ses dons et de ses grâces. Il ne peut le faire si nous ne répondons pas à son amour, si nous refusons de le connaître, de l’aimer et de le prier.

Nous avons donc la très grave obligation d’avoir clairement à l’esprit et de prendre pleinement conscience que le Saint-Esprit est en nous, non seulement par ses dons et ses grâces, mais personnellement et aussi réellement que Jésus est présent dans le tabernacle, quoique de manière différente.

Toute âme en état de grâce est le vivant tabernacle du Saint-Esprit, et de même que nous avons l’obligation d’adorer et d’honorer Jésus-Christ sur l’autel, nous sommes également obligés d’honorer le Saint-Esprit dans notre âme.

La présence de Notre-Seigneur dans le Saint Sacrement, dans des millions et des millions d’hosties consacrées dans les villes et les villages du monde entier et même dans les régions désertiques d’Afrique et d’Asie, la nuit comme le jour, est en vérité une preuve de l’amour infini de Dieu pour nous. Mais la présence du Saint-Esprit dans notre âme est encore plus merveilleuse, parce que la présence de Dieu dans le Saint Sacrement va cesser au dernier jour, tandis que la présence du Saint-Esprit dans notre âme ne cessera jamais. Elle durera pour toute l’éternité.

De plus, Notre-Seigneur dans le Saint Sacrement est sur l’autel, tandis que le Saint-Esprit est présent dans notre âme elle-même.

Saint Paul nous dit : " Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? " (1Co 3.16).

Et il ajoute encore : " Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint-Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? " (1 Co 6.19).

Et St Jean : " Et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour être avec vous à jamais l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit ni le connaît. Vous, vous le connaissez parce qu’il demeure avec vous et qu’il est en vous. " (Jn 14.16-17).

LES SAINTS ET LE SAINT-ESPRIT

Tous les saints étaient remplis du Saint-Esprit. Leur âme débordait de joie et de consolation. Il ont accompli toutes les merveilles que nous lisons dans la vie des saints avec l’aide du Saint-Esprit. Avec la force qu’il leur donnait, ils supportaient facilement toutes les souffrances et surmontaient toutes les difficultés.

Saint Ignace martyr (évêque d’Antioche), insulté par l’empereur Trajan parce qu’il était chrétien a répliqué, " N’insulte pas Ignace qui porte Dieu ".

Trajan lui demanda, " Pourquoi dis-tu que tu portes Dieu ? " " Parce que, répondit saint Ignace, c’est la vérité, Dieu est en moi. "

Quand Origène était enfant, son père, Léonidas, s’agenouillait à son chevet lorsqu’il dormait et embrassait sa poitrine parce que le Saint-Esprit était dans son âme.

Lorsque ce même Origène fut devenu un des plus savants Pères de l’Église, il avait coutume de dire : " Nos âmes sont de petits paradis parce que Dieu y est réellement présent. "

Saint Cyrille : " Le Saint-Esprit imprime en nous l’image divine et nous donne une beauté surhumaine. Nous sommes les temple de l’Esprit Saint qui demeure véritablement en nous. C’est pourquoi nous sommes appelés des dieux. En raison de notre union avec l’Esprit Saint, nous partageons la divine, l’incompréhensible nature de Dieu. " (St Cyrille, Dial. VII).

Et ce même Saint nous dit : " Nous n’avons pas seulement la lumière du Saint-Esprit, mais c’est lui-même qui demeure en nous. " " L’homme est composé d’un corps et d’une âme, et de l’Esprit Saint. "

Saint Basile : " Chaque saint est rendu divin par le Saint-Esprit, ainsi que l’a déclaré Dieu lui-même : ‘J’ai dit, vous êtes des dieux’. " (St Basile, Con Eunom.).

Cornelius a Lapide nous dit : " Quand l’âme entre dans notre corps, elle nous donne la lumière et la vie, que nous n’avions pas auparavant; c’est ainsi également que lorsque le Saint-Esprit entre dans notre âme il nous donne une vie nouvelle, sa propre vie, il nous déifie. "

Un autre saint Père nous explique : " Le Saint-Esprit n’est pas dans notre âme en invité. Il est présent en tant qu’époux, car son union avec nous est un mariage; c’est une union des plus intimes et des plus amoureuses. "

Le Saint-Esprit a dit à sœur Angèle : " Je suis le Saint-Esprit venu vers toi pour te donner une joie que tu n’as encore jamais goûtée. Je t’accompagne, je suis présent en toi. Tu es mon épouse et je ne te quitterai jamais. "

" En entendant ces mots, nous dit la Sainte, je ne saurais décrire la joie que j’ai ressentie. "

Son ange gardien à dit un jour au Bx Henri Suso, " Fixe les yeux sur ta poitrine ". Ce qu’il fit, et son corps devint transparent et il vit Dieu dans son âme.

Notre-Seigneur a dit à sainte Catherine de Sienne, "  Contemple-moi dans ton âme, et tu sauras que je suis ton Créateur ".

Sainte Thérèse de Jésus nous dit : " Notre âme est un petit paradis dans lequel le Créateur du ciel et de la terre fait sa demeure. Y a-t-il quelque chose de plus grandiose que de le voir, lui dont la grandeur remplirait un millier de mondes, se cacher dans une demeure aussi petite que notre âme ! "

Saint Philippe Neri priait un jour Dieu de lui donner le Saint-Esprit lorsqu’il vit un globe de feu lui entrer dans la bouche et passer dans sa poitrine. La chaleur était si grande qu’il demeura prostré sur le sol en déchirant ses habits. Il ressentit une joie merveilleuse lui remplir l’âme. Son cœur s’agrandit considérablement et deux de ses côtes demeurèrent brisées pour permettre à son cœur de battre sans difficulté. Il ne ressentait aucune douleur mais lorsqu’il célébrait la Messe ou distribuait la Sainte Communion, sa joie était si grande que tout son corps en était secoué et faisait trembler l’autel. Il s’écriait parfois, " Je ne peux plus supporter une telle joie ! Arrête, Seigneur, ou je vais mourir ! "

Le saint Curé d’Ars disait : " Ceux qui aiment le Saint-Esprit éprouvent toutes sortes de joies intérieures. Le Saint-Esprit les conduit comme une mère conduit son propre enfant, ou comme celui qui voit conduit un aveugle. Ceux qui aiment le Saint-Esprit trouvent la prière si délicieuse qu’ils ne trouvent jamais assez de temps pour prier. "

Le poète breton Botrel devait un jour témoigner sous serment devant un tribunal. Comme il n’y avait pas de crucifix qu’il pouvait tenir en prêtant serment, il plaça la main sur sa poitrine en disant : " Dieu est ici, c’est par lui que je le jure. "

Un officier français, un brave soldat et fervent catholique, était emprisonné dans la forteresse de Lille parce qu’il refusait d’obéir à un ordre de persécution de l’Église. Il trouvait un délice et une consolation immenses en adorant le Saint-Esprit dans son âme. " Il est ici. Il est avec moi, je suis son tabernacle ", disait-il.

Le pape Alexandre avait une dévotion intense pour Notre-Seigneur dans la Sainte Eucharistie et pour satisfaire ce grand amour, il fit fabriquer une magnifique pyxide en or dans laquelle il plaçait chaque matin le Saint Sacrement et qu’il portait sur la poitrine durant la journée. Cette adoration perpétuelle valut au Souverain Pontife les grâces et les consolations les plus grandes. Il se sentait constamment en présence de Notre-Seigneur.

Or chacun d’entre nous (en état de grâce sanctifiante) porte en soi le Saint-Esprit Lui-même – non dans une pyxide d’or sur la poitrine, mais dans son âme même.

Quelle joie et quelle consolation immenses pour ceux qui prennent conscience de ce fait merveilleux !

Chers lecteurs, demandez-vous si vous en avez conscience. Croyez-vous que le Saint-Esprit demeure vraiment dans votre âme ? est-ce que vous l’adorez et est-ce que vous l’aimez ?

Chapitre 3

LE SAINT-ESPRIT ENTRE DANS NOTRE ÂME

AU BAPTÊME

Le Saint-Esprit entre dans notre âme au Baptême. Il y demeurera à jamais. Jour et nuit, nous le portons dans notre âme. Où que nous allions, quoi que nous fassions, le Saint-Esprit est réellement et véritablement avec nous. Il ne nous quitte que si nous commettons un péché mortel. Par un péché mortel délibéré – oh, horreur des horreurs – nous le chassons de notre âme avec toutes ses grâces et tout son amour divin. Il est remplacé par le démon qui vient remplir cette âme glorieuse de toute l’horrible corruption et de l’ordure de l’Enfer.

Si une chose aussi horrible nous arrive un jour, jetons-nous nous à genoux et implorons le pardon de Dieu dans la Confession.

Lorsque notre âme sera lavée dans le Précieux Sang de Jésus-Christ, le Saint-Esprit reviendra dans notre âme qu’il aime si tendrement et il y fera à nouveau sa demeure.

COMBIEN DE TEMPS LE SAINT-ESPRIT

DEMEURE-T-IL DANS NOTRE ÂME ?

Il demeure dans notre âme non seulement durant toute notre vie , mais durant toute l’éternité, toujours et à jamais.

Comme nous l’avons dit, nous sommes tenus de l’aimer et de l’adorer dans notre âme aussi réellement et véritablement que nous sommes tenus d’adorer Jésus-Christ sur l’autel.

Non, plus encore; comme le fait remarquer un éminent théologien dominicain, nous sommes en quelque sorte plus obligés d’adorer le Saint-Esprit dans notre âme que nous ne devons adorer Jésus-Christ sur l’autel, parce que si nous manquons d’honorer Jésus-Christ sur l’autel, beaucoup d’autres fidèles qui entrent dans l’église vont l’adorer, de sorte qu’il ne sera pas abandonné et laissé là tout seul. Mais si nous manquons d’adorer, d’honorer et d’aimer le Saint-Esprit dans notre âme, il est complètement seul et abandonné. Personne ne peut prendre notre place. C’est notre obligation personnelle.

Redisons-le, quelle joie immense et quelle consolation c’est pour nous de savoir que le Saint-Esprit est réellement, véritablement et personnellement dans notre âme. Nous sommes ses tabernacles vivants. Il est toujours avec nous. Il semble incroyable que si peu de chrétiens aient conscience de cette merveilleuse vérité. Ils ne pensent jamais au Saint-Esprit durant les longues heures du jour; ils l’honorent encore bien moins durant la nuit, pendant leurs sept heures de sommeil.

Mais comment peuvent-ils honorer le Saint-Esprit pendant leur sommeil ? En prenant conscience qu’il est avec eux lorsqu’ils dorment et en offrant leur sommeil en son honneur, comme nous l’expliquerons plus loin.

Quelle joie ils éprouveraient si la nuit, quand ils se réveillent et restent parfois éveillés de longues heures, ils pouvaient converser amoureusement avec lui et profiter de sa présence.

Et quelle consolation ce serait pour les malades qui souffrent et qui sont seuls, s’ils sentaient que le Saint-Esprit est réellement et véritablement avec eux. Peut-être n’ont-ils jamais entendu parler de cette merveilleuse doctrine.

Bien des chrétiens n’adressent jamais une seule parole, une seule petite prière à l’Esprit Divin. Ils semblent ignorer totalement qu’il est présent dans leur âme. Ils n’en tiennent absolument pas compte.

Et cela continue jour après jour, durant leur vie entière !

Chapitre 4

LA BEAUTÉ EXTRÊME DE NOTRE ÂME

RENDUE DIGNE DE RECEVOIR

LE SAINT-ESPRIT

Pour que nous puissions mieux nous rendre compte de cette divine vérité, examinons avec quel soin Dieu a préparé notre âme à devenir un digne réceptacle de l’Esprit Saint. Bien des chrétiens ont également fort peu conscience de la beauté et de la grandeur de leur âme.

Nous sommes composés d’un corps et d’une âme. Notre corps est fait d’argile et c’est à la terre qu’il retourne après notre mort. La seule beauté que nous ayons est celle de notre âme. Nos âmes sont immortelles, comme Dieu lui-même.

Les hommes, cependant, en règle quasi universelle, accordent la plupart de leur attention au soin, au bien-être et au bonheur de leur pauvre corps. Chaque heure de la journée, ils la consacrent principalement aux besoins et au confort de ce corps.

Ils le reposent par de longues heures de sommeil; ils mangent abondamment pour le nourrir; ils lui procurent toutes sortes de plaisir. Si ce corps souffre la moindre peine ou le plus petit désagrément, ils se hâtent de l’en soulager. Ils appellent les médecins et utilisent de coûteux remèdes.

Mais au cours des 24 heures de cette journée, ils sont nombreux à ne penser que bien peu, sinon pas du tout, à leur âme.

 

CE QUE DIEU PENSE DE NOTRE ÂME

Voyons maintenant la valeur immense que peuvent avoir nos âmes aux yeux de Dieu – le soin, l’amour avec lequel Dieu les a créées, comment il a utilisé toutes les richesses de sa sagesse et de sa puissance pour les orner et en faire de dignes demeures du Saint-Esprit.

Peut-être comprendrons-nous ainsi plus facilement la raison pour laquelle le Saint-Esprit habite en nous.

NOTRE CRÉATION

Une des premières questions du catéchisme est, " Qui vous a créé ? " La réponse : " C’est Dieu qui m’a créé. " Ces quelques mots ne nous impressionnent pas; on ne nous les explique pas suffisamment et, en conséquence, beaucoup n’ont pas la moindre idée des merveilles de leur création. Ils ne pensent jamais à remercier Dieu pour tout ce qu’il a fait pour eux en les amenant à l’existence.

Au lieu de moi, il aurait pu créer avec la même facilité un grand saint ou un ange glorieux. Pourquoi alors a-t-il créé ce pauvre moi ? Parce qu’il m’aime d’un amour infini.

Arrêtons-nous pour méditer sur cette immense première preuve de l’amour de Dieu pour nous.

NOTRE ÂME EST LE CHEF-D’ŒUVRE DE DIEU

Dieu lui-même nous a créés de ses propres " mains divines ". Il nous a créés simplement parce qu’il nous aimait. Il nous a faits à son image et à sa ressemblance parfaites. Il ne nous a pas créés comme il a créé d’autres créatures. Il nous a créés d’un amour spécial. Il nous a créés comme ses propres chers enfants, des enfants qui lui appartiendront pour toujours et à jamais, des enfants que seront avec lui pour l’éternité, assis sur des trônes de gloire en sa présence, jouissant de son bonheur et partageant sa gloire.

En nous créant, il s’est servi de son infinie sagesse, de son infinie puissance, de son amour infini et de son infinie générosité pour nous faire à son image et à sa ressemblance.

Notre ressemblance avec Dieu n’est pas simplement extérieure; c’est l’essence même de notre être. Il a fait de nos âmes des esprits comme lui-même; il a rendu nos âmes immortelles comme lui-même. Nos âmes vivront aussi longtemps que Dieu vit.

Il nous a donné les mêmes facultés que les siennes. Il nous a donné une intelligence glorieuse comme sa divine intelligence. Il nous a donné une volonté libre, l’indépendance dans nos actions, une volonté que rien ne peut contraindre, une volonté si merveilleuse que, si nous en faisons bon usage, chacune de ses actions aura une récompense éternelle. Il nous a donné le pouvoir d’examiner le passé, le présent et l’avenir, comme il le fait lui-même.

L’âme de l’homme ainsi formée et façonnée par Dieu est la très grande merveille de la création.

NOTRE ÂME EST SEMBLABLE

À DIEU LUI-MÊME

Sa divine bonté n’était pas encore satisfaite de tous les dons naturels qu’il nous a faits. Il a résolu de nous élever par une création nouvelle et plus merveilleuse encore à un rang divin. Il nous a faits comme des dieux. (St Thomas d’Aquin).

Selon les paroles de l’apôtre Pierre, il nous a réellement fait devenir participants de sa divine nature (2 P 1.4). C’est cette grâce sanctifiante, cette vie divine qu’il verse dans la substance de notre âme, et par conséquent dans nos facultés, les rendant capables des plus hautes actions surnaturelles.

En nous voyant aussi radieux, aussi transfigurés par sa divine beauté, il peut bien alors s’exclamer : " Que pourrais-je faire pour ma vigne que je n’ai pas encore fait ? " Il a fait de nous, en vérité, le chef-d’œuvre de ses mains divines.

Saint Jean Chrysostome dit que, avant de recevoir le Saint-Esprit, nous sommes comme un homme affligé par l’âge et les infirmités, mais lorsque le Saint-Esprit vient en nous, il nous rend jeunes, beaux et pleins d’énergie.

Blosius dit que, si nous pouvions voir notre âme en état de grâce, nous serions transportés de joie et de délice.

Sainte Marie-Madeleine de Pazzi dit que nous mourrions d’amour si nous pouvions voir la beauté de notre âme.

 

DIEU LUI-MÊME VEILLE SUR NOUS

Une des preuves les plus belles et les plus touchantes de l’amour que Dieu nous porte est le soin personnel qu’il prend de chacun de nous. Depuis le moment de notre création, il ne nous a pas quittés des yeux. Rien, pas la moindre chose ne nous arrive sans son divin consentement. " Pas un cheveu de notre tête ne tombe sans sa connaissance ou sa permission. "

Nous sommes touchés lorsque nous voyons avec quelle tendresse une mère garde toujours les yeux fixés sur son petit enfant et veille à ce que rien de mal ne lui arrive.

L’attention d’une mère ne donne pourtant qu’une très faible idée de la douce tendresse de Dieu pour chacun d’entre nous.

Nous l’avons vu, Dieu nous a donné tout son amour et toute son attention au moment de notre création. Cet amour et ce soin n’ont pas cessé ni diminué un seul instant au cours des longues années de notre vie.

Comme nous accordons peu de prix à cet amour très tendre et infini que Dieu a pour nous !

ENCORE UNE PREUVE DE L’AMOUR DE DIEU

À l’instant de notre venue dans le monde, Dieu a appelé un de ses grands princes, un Ange glorieux, en lui ordonnant de veiller sur nous et de nous guider. Il lui a commandé de consacrer tout son pouvoir angélique, toute sa sagesse et tout son amour à nous venir en aide, à nous garder du mal et à nous protéger contre tous les dangers.

Cet Ange nous aime d’un amour indicible, premièrement parce que Dieu nous a confiés à lui; deuxièmement parce qu’il nous aime lui-même avec toute la force et l’amour de sa nature angélique; troisièmement parce que nous sommes en nous-mêmes des êtres si incomparablement aimables.

Nous nous émerveillons, en lisant l’histoire de Tobie, devant la bonté de Dieu qui lui a envoyé l’Ange Raphaël pour l’accompagner durant son voyage et lui obtenir bien des avantages. Nous devrions nous émerveiller bien plus encore de ce que chacun de nous ait comme compagnon, non pas seulement pour une semaine ou un mois mais pour toute la vie, un Ange glorieux qui nous accorde tous ses soins. Il ne nous quitte jamais; il nous obtient toutes sortes de grâces et nous sauve de bien des dangers.

C’est parce que nos âmes sont si parfaites et qu’elles lui sont si chères que Dieu donne à chacun de nous en particulier un Ange gardien qui nous protège et nous aide, et qui nous aime.

Pourtant, bien des chrétiens n’ont pas conscience de la faveur que Dieu leur a faite en leur accordant cet Ange glorieux qui veille sur eux. Ils ne remercient jamais leur Ange pour tout ce qu’il a déjà fait pour eux, ni pour tous les dangers auxquels ils ont échappé grâce à lui, et ils ne lui demandent pas non plus l’aide qu’il est tout prêt à leur apporter dans leurs difficultés.

Chapitre 5

LE SAINT-ESPRIT EST PERSONNELLEMENT

PRÉSENT DANS NOTRE ÂME

Maintenant que Dieu a créé l’âme parfaite avec tous les dons de la nature et de la grâce, et qu’elle est en vérité un tabernacle digne de la Troisième Personne, l’Esprit Saint y entre alors avec un amour ineffable pour en faire son vivant tabernacle à jamais.

LES SEPT DONS

Il répand alors sur elle ses dons et ses grâces et lui infuse les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité; il nous donne ses sept dons qui nous aident à suivre ses inspirations et fortifient nos puissances naturelles afin que nous puissions voir plus clairement et agir avec plus de force. Ce sont les dons de science, de sagesse, d’intelligence et de conseil, qui éclairent et aident l’intelligence, et les dons de force, de piété et de crainte de Dieu, qui fortifient notre volonté.

Le don de sagesse nous aide à penser plus à Dieu et à notre vie spirituelle qu’aux choses terrestres.

Le don d’intelligence nous fait connaître plus clairement les vérités célestes.

Le don de conseil est ce que l’on pourrait appeler la prudence divine qui nous permet de choisir ce qui plaît à Dieu et ce qui est bon pour nous.

Le don de force nous donne le courage de bien faire notre devoir.

Le don de science nous aide à voir et à éviter les dangers qui menacent notre âme et notre bien-être spirituel.

Le don de piété nous aide à aimer Dieu plus tendrement, avec plus de confiance, et à tout faire par amour pour lui.

Le don de crainte du Seigneur nous inspire la révérence et le respect envers Dieu pour tout ce qui le concerne, et nous inspire la crainte filiale de lui faire offense.

On les appelle des dons parce que ce n’est pas nous qui pouvons les acquérir ou les mériter. Ils nous sont donnés gratuitement par le Saint-Esprit. Lorsque nous suivons les inspirations qu’ils nous donnent, nous recevons les Béatitudes, c’est-à-dire des idées nouvelles, des vues nouvelles, des activités nouvelles, une vie nouvelle. Nous devenons plus doux, plus paisibles, et notre cœur est plus pur.

LES HUIT BÉATITUDES

  1. Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux et à eux.
  2. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
  3. Heureux les affligés, car ils seront consolés.
  4. Heureux les affamés et assoiffés de justice, car ils seront rassasiés.
  5. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
  6. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
  7. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
  8. Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux.

Quelles merveilleuses grâces nous donne le Saint-Esprit, si seulement nous les lui demandons.

LES FRUITS DU SAINT-ESPRIT

Les dons et les béatitudes produisent en nous les fruits de l’Esprit Saint qui sont la joie, la patience, la bonté, la bénignité, la modestie, la chasteté et d’autres grâces (ou vertus) semblables. Ce sont toutes ces actions que nous accomplissons dans la paix, le plaisir, la joie et l’amour. (St Thomas d’Aquin).

Ces grâces sont appelées des " fruits " parce qu’elles sont le résultat, les faveurs qui viennent couronner l’action du Saint-Esprit en nous. Elles sont à notre âme ce que le fruit est à l’arbre, ce que la fleur est à la plante.

Nous devenons ainsi un objet de délice pour le Père et le Fils et ils viennent également habiter notre âme qui devient alors la demeure de la Sainte Trinité.

Nous recevons ces dons, ces béatitudes et ces fruits par la prière et les bonnes œuvres, la sainte Messe, la Communion et les Sacrements. Il est étrange que tant de chrétiens ne pensent jamais à demander les dons, les béatitudes et les fruits de l’Esprit Saint.

Ces dons et ces grâces ne rendent pas notre vie triste ou austère.

Loin de là. Elles nous emplissent d’une paix, d’une joie et de consolations que nous n’avions jamais connues auparavant. Ce qui nous était difficile devient maintenant facile et agréable, car le Saint-Esprit, comme nous l’avons dit, est l’Esprit de joie, de paix et de consolation. Il nous illumine et nous fortifie, il nous rend capables de connaître Dieu comme jamais nous ne l’avons connu avant. Il nous donne un avant-goût du Ciel.

La joie et la consolation sont en fait les deux caractéristiques de l’Esprit Saint. Ainsi, nous lisons dans les Actes des apôtres, " Les disciples étaient remplis de joie et de l’Esprit Saint ".

St Paul nous dit, " Je surabonde de joie au milieu de toutes mes tribulations ".

La joie est le résultat de la sainteté et on découvre que les Saints sont les plus joyeux des mortels. Saint Dominique, par exemple, était toujours des plus joyeux. Il n’était jamais triste, hormis lorsqu’il entendait parler de la tristesse des autres.

LES CHARISMES

Il y a d’autres dons appelés " charismes " qui ne sont pas donnés pour sanctifier la personne qui les reçoit, mais pour l’aide et le bien des autres. Ce sont les dons d’opérer des miracles, de guérir les malades, le don des langues, le don de prophétie – qui sont donnés lorsque cela est nécessaire.

Il est bon de remarquer que nous attribuons parfois à l’une ou l’autre des Personnes Divines des œuvres ou des perfections qui sont en réalité communes à toutes les Personnes Divines. Nous faisons cela par ce que les théologiens appellent une appropriation, c’est-à-dire que ces perfections semblent plus en rapport avec les caractéristiques personnelles de cette Personne Divine. Nous attribuons la Puissance et l’œuvre de la création au Père, parce qu’il est le Principe du Fils et de l’Esprit Saint. Nous attribuons la Sagesse au Fils, parce qu’il procède du Père par l’intellect. Nous attribuons la sanctification des âmes, les dons et les fruits à l’Esprit Saint, parce qu’il procède du Père et du Fils par leur amour mutuel.

Chapitre 6

COMMENT DEVONS-NOUS HONORER

LA PRÉSENCE DU SAINT-ESPRIT

DANS NOTRE ÂME ?

Si le Saint-Esprit est, comme nous l’avons dit, réellement présent dans notre âme, qu’il nous aime d’un amour indicible et qu’il se languit du nôtre, nous devons avant toute chose prendre conscience et nous souvenir de sa Divine Présence. Nous ne devons pas, comme tant d’autres, passer toute une journée, passer des jours et des semaines dans l’oubli total de sa Présence.

Il est vrai que nous ne pouvons pas le prier tout au long du jour, mais nous pouvons l’honorer et l’adorer de bien des façons :

Premièrement, en lui offrant chaque jour nos prières, nos messes, nos communions et nos bonnes œuvres.

Nous augmentons les dons et les grâces du Saint-Esprit par la prière et la réception des Sacrements.

Deuxièmement, en accomplissant en son honneur toutes les actions de notre journée. Nous pouvons lui offrir notre travail quotidien, notre sommeil, nos repas et tout ce que nous faisons, comme le recommande saint Paul : " Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. "

Nous honorons ainsi jour et nuit le Saint-Esprit en offrant tout ce que nous faisons pour l’amour de lui. C’est lui qui nous commande de manger, de dormir, de travailler, de nous reposer. Il n’est certainement pas difficile de faire tout cela pour l’amour de lui.

Troisièmement, en disant des prières spéciales au Saint-Esprit. Nous récitons chaque jour ces prières au Saint-Esprit, mais nous n’y portons pas suffisamment attention.

Chaque fois que nous faisons le signe de croix, nous disons : " Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. " À l’avenir, en répétant ces paroles, insistons spécialement sur " Saint-Esprit ", non que nous voulions accorder plus d’honneur à l’Esprit Saint qu’au Père et au Fils, mais simplement dans le but de lui faire réparation pour toutes nos négligences passées.

Il en est de même pour une autre prière que nous répétons souvent : " Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. " Nous disons fréquemment cette belle prière, mais beaucoup la répètent sans y faire attention. Essayons à l’avenir d’insister un peu plus sur les mots " et au Saint-Esprit ". Cette prière dite avec dévotion vaut plus que la même prière répétée mille fois dans la hâte et l’irrévérence.

La troisième prière spéciale en l’honneur du Saint-Esprit est le Troisième Mystère glorieux du Rosaire, " La descente du Saint-Esprit sur Notre-Dame et les Apôtres ".

Nous devrions avoir la claire intention, en disant ce Mystère, de demander à la douce Mère de Dieu et aux saints Apôtres de nous obtenir les dons et les grâces du Saint-Esprit, comme ils les ont reçus le jour de la Pentecôte.

Remarquez que ces trois prières ne sont pas un fardeau supplémentaire mais que nous sommes habitués à les dire fréquemment. Seulement, à l’avenir, disons-les avec plus de dévotion.

Quatrièmement, par des prières jaculatoires au Saint-Esprit.

" Saint-Esprit, Dieu d’amour, je t’adore réellement et véritablement dans mon âme. Oh, donne-moi ton saint amour. "

" Saint-Esprit, Dieu de paix, réellement et véritablement présent dans mon âme, donne-moi ta sainte paix qui surpasse tout entendement. "

" Saint-Esprit, Dieu de lumière, réellement et véritablement présent dans mon âme, donne-moi ta sainte lumière, afin que je puisse voir toute chose clairement. "

" Saint-Esprit, Dieu de joie et de consolation, réellement et véritablement présent dans mon âme, emplis-moi de ta joie et de tes consolations. "

" Saint-Esprit, Dieu de force, réellement et véritablement présent dans mon âme, donne-moi ta divine force afin que je puisse bien faire toute chose. "

" Saint-Esprit, Dieu de bonté et de douceur infinie, réellement et véritablement présent dans mon âme, donne-moi tes sept dons, tes béatitudes et tes fruits. "

Nous pouvons dire ces prières jaculatoires, en partie ou en totalité, la nuit lorsque nous nous réveillons, le jour pendant que nous travaillons, ou à n’importe quel moment. Elles nous garderont toujours en la sainte Présence de l’Esprit Saint et nous apporteront joie et consolation.

Cinquièmement, par la pratique des vertus.

Toutes les vertus plaisent au Saint-Esprit, mais deux l’attirent tout particulièrement : l’humilité et la pureté. Nous devrions donc cultiver avec soin ces deux vertus en évitant les fautes d’orgueil, de vanité et d’impureté.

NOTRE DEVOIR ENVERS NOUS-MÊMES

ET LES AUTRES

Étant donné que le Saint-Esprit est réellement présent en nous, nous devons nous respecter nous-mêmes. À la grand-messe, le célébrant est encensé, puis le diacre, le sous-diacre et toute l’assemblée. Pourquoi ? Parce que le Saint-Esprit est en eux. L’encens est offert à Dieu.

Pour cette même raison, nous devons respecter et honorer les autres. Si nous offensons, insultons ou blessons notre prochain, si nous disons du mal des autres, nous offensons non seulement leur Ange gardien, mais chose plus grave encore, le Saint-Esprit lui-même.

Cela est particulièrement vrai si nous blessons des enfants ou que nous leur causons du tort. Ces petits ont droit à la plus grande révérence.

Le Saint-Esprit est dans notre âme et parce que notre âme est si intimement unie à notre corps, il est aussi dans notre corps. " Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint-Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? " (1 Co 6.19).

Nous devons par conséquent respecter notre corps, en évitant spécialement les fautes de modestie lorsque nous nous habillons ou que nous faisons notre toilette.

L’Église nous commande d’honorer même le corps des morts parce qu’ils ont déjà été le temple du Saint-Esprit.

Après leur mort, les défunts sont amenés à l’église et leur corps est aspergé d’eau bénite et encensé. Ils sont ensuite enterrés dans un cimetière consacré, ou au moins bénit.

Les cimetières catholiques devraient être soigneusement entretenus, premièrement, parce que nous devons témoigner de l’amour et du respect pour nos chers disparus; deuxièmement, parce que leur corps qui repose en ce lieu était le temple du Saint-Esprit; troisièmement, parce que les cimetières sont eux-mêmes consacrés solennellement, comme le sont les églises, et peuvent être facilement profanés.

On laisse parfois tomber les cimetières dans un état d’abandon lamentable, ce qui est une offense à l’Esprit Saint et à nos morts.

C’est une coutume recommandable de visiter les tombes de nos amis et lorsque nous croisons un cimetière, nous devrions les saluer comme nous le faisons pour une église et dire une petite prière pour ceux qui y reposent.

L’Église manifeste de bien des façons son désir que nous honorions le Saint-Esprit :

Premièrement, par la grande fête de la Pentecôte où nous commémorons la descente de l’Esprit Saint sur la Sainte Vierge et sur les Apôtres. Cette fête est célébrée dans la plus grande pompe liturgique et suivie d’une octave très solennelle. En outre, les 24 dimanches qui suivent cette fête sont appelés " Dimanches après la Pentecôte ".

Deuxièmement, les fidèles sont invités à honorer le Saint-Esprit le lundi de chaque semaine.

Troisièmement, le mois d’avril tout entier est consacré au Saint-Esprit, comme le mois de juin l’est au Sacré-Cœur.

Quatrièmement, le Saint-Esprit est invoqué avec ferveur pendant la célébration des Sacrements.

Le Saint-Esprit protège, guide et dirige l’Église du Christ de sorte que les portes de l’Enfer ne prévaudront jamais contre elle.

Non seulement il protège l’Église, mais il demeure aussi dans tous ses membres.

Le Saint-Esprit nous parle dans les Écritures, dont il est le principal auteur. C’est lui également qui a parlé par les Prophètes et les a inspirés.

C’est pourquoi l’Église désire que nous lisions les Écritures, le plus grand et le plus saint de tous les livres, la parole de Dieu lui-même.

Chapitre 7

TOUT EST POSSIBLE AVEC LE SAINT-ESPRIT

 

LES APÔTRES

Nous avons un exemple très clair de l’action du Saint-Esprit dans notre esprit et notre cœur avec l’histoire des apôtres.

Notre-Seigneur a choisi comme apôtres douze hommes faibles, rudes et ignorants. Ils n’étaient pas seulement rudes et ignorants, ils était timides et craintifs. Il les a choisis expressément pour qu’ils puissent être un exemple et un encouragement pour nous, un exemple que pourront suivre les plus faibles d’entre nous.

Ils ont vécu pendant trois années complètes en compagnie de Notre-Seigneur, écoutant sa merveilleuse doctrine, voyant les merveilles qu’il opérait, attentifs à ses paroles de réconfort et de consolation.

Pourtant, en dépit de tout cela, leur compréhension restait limitée. Ils n’ont pas saisi son enseignement; ils n’ont pas compris et n’ont pas pris conscience des merveilleuses doctrines qu’il enseignait et des promesses qu’il faisait.

Il a dit un jour à Philippe, " Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? "

Il a un jour adressé une sévère remontrance à Pierre, " Passe derrière moi, Satan ", parce que l’apôtre comprenait si mal son esprit et son enseignement.

En dépit d’une étroite et constante intimité avec le divin Maître, ils furent totalement incapables de comprendre et de pénétrer sa merveilleuse doctrine. Ils sont restés obtus et aveugles, et ils étaient timides et remplis de craintes.

Avant de mourir, par exemple, Notre-Seigneur leur a clairement dit qu’il ressusciterait des morts le troisième jour. La promesse était si claire que ses ennemis l’avaient parfaitement comprise.

Après la mort du Christ, ils sont allés trouver Pilate pour lui dire,  " Cet imposteur a promis de ressusciter des morts le troisième jour, il faut donc placer une garde de soldats autour du sépulcre pour éviter que ses disciples ne dérobent le corps et disent ensuite qu’il est ressuscité. Cette dernière imposture serait pire que la première ".

Pilate les comprit fort bien et envoya immédiatement des soldats pour garder le sépulcre.

Notre-Seigneur est ressuscité le troisième jour comme il l’avait promis, mais les Apôtres n’y ont même pas pensé !

Marie-Madeleine, si aimante et si fidèle, est allée le troisième jour pour oindre le corps de Notre-Seigneur selon la coutume juive. Ne trouvant pas le corps dans la tombe, elle pensa que quelqu’un l’avait dérobé, sans imaginer un instant que le Christ était ressuscité.

C’est alors le Christ lui-même qui s’est révélé à Marie-Madeleine en lui demandant d’aller annoncer la nouvelle aux Apôtres. Après quoi il leur apparut lui-même et leur reprocha leur manque de foi.

St Thomas, qui n’était pas avec eux, refusa de croire qu’ils l’avaient vu en disant, " Si je ne vois pas à ses mains la marque des clous et si je ne mets pas la main dans son côté, je ne croirai pas ".

Même après l’avoir vu monter au Ciel, ils étaient toujours faibles et tremblants de peur.

QUAND ONT-ILS COMPRIS ?

Cependant, lorsque le Saint-Esprit descendit sur eux à la Pentecôte, ils furent à l’instant transformés. En un instant, le Saint-Esprit leur fit comprendre tout ce que Jésus leur avait enseigné depuis trois ans mais qu’ils n’avaient pas saisi. Toutes leurs peurs s’évanouirent et ils allèrent au milieu de leurs ennemis en prêchant Jésus-Christ.

Ils se sont alors réparti le monde entier, prêchant l’Évangile, jetant bas les idoles pour implanter à leur place la doctrine du Christ.

Ils n’ont eu aucune crainte des empereurs romains ni des orgueilleux philosophes de la Grèce et de Rome, qu’ils ont confondus.

Ce qui s’est passé avec les Apôtres continue d’arriver aujourd’hui à ceux qui ne connaissent pas et n’aiment pas le Saint-Esprit. Ils sont aveugles et ne voient pas. Leurs idées sont vagues et erronées. Ils doivent immédiatement commencer à aimer et à prier le Saint-Esprit.

L’HISTOIRE DES MARTYRS

Non seulement les apôtres, mais tous les chrétiens qui aiment et prient le Saint-Esprit reçoivent la lumière, la force et le secours pour accomplir tout ce qu’ils sont appelés à faire.

Dans les premiers siècles de l’Église, les chrétiens furent très cruellement persécutés. Ils ont été soumis à de nombreuses et atroces tortures pour les forcer à renier leur foi et adorer les idoles païennes.

Comment ont-ils pu endurer ces tourments dont la seule évocation nous donne des frissons ? Certains, après qu’on leur eut déchiré les chairs à coups de fouet et de crochets de fer, furent placés sur un gril comme saint Laurent qui, après avoir été rôti sur un côté, dit à ses bourreaux, " Maintenant que je suis rôti sur le côté droit, tournez-moi sur le gauche ".

Le Saint-Esprit ne leur a pas seulement donné le courage et la force de supporter les plus cruelles tortures, il leur a aussi permis de répondre aux plus subtils arguments de leurs persécuteurs.

" Quand on vous conduira devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne cherchez pas avec inquiétude comment vous défendre ou que dire, car le Saint-Esprit vous enseignera au moment même ce qu’il faut dire. " (Lc 12.11-12).

La jeune sainte Lucie, convoquée devant un juge cruel et sommée de renier sa foi, répondit à ses arguments avec tant de clarté que tous ceux qui l’entendirent en furent émerveillés.

Voyant leur surprise, elle leur dit, " Ce n’est pas moi mais le Saint-Esprit, qui est en moi et en tous ceux qui mènent une vie chaste et sainte, qui me permet de vous répondre ".

Ce juge brutal lui dit alors, " Nous allons t’enlever ta chasteté, et alors le Saint-Esprit ne sera plus en toi ".

Mais Dieu ne leur permit pas de lui faire mal. La force combinée de ses féroces bourreaux ne parvint pas à la faire bouger de l’endroit où elle était.

Il est arrivé la même chose à sainte Agnès, sainte Cécile et sainte Philomène ainsi qu’à une foule d’autres jeunes chrétiennes – comme à des jeunes gens, des vieillards et des femmes de toutes les classes et de tous les âges.

De tous temps l’Église a été attaquée et les chrétiens soumis – tantôt dans un pays, tantôt dans l’autre – à de barbares tortures. Cela est arrivé en notre temps en Espagne durant la guerre civile alors que de nombreux évêques, des milliers de prêtres, de religieuses et de jeunes filles furent soumis à de terribles souffrances qu’ils ont endurées avec un courage et une fermeté stoïques, si bien que le Saint Père a déclaré qu’ils étaient comparables aux premiers martyrs.

De semblables atrocités sont commises en ce moment dans plusieurs régions du monde et le Saint-Esprit donne à ces pauvres victimes le courage de les supporter.

LES MISSIONNAIRES

À chaque siècle, des prêtres et des religieuses ont aussi, comme les Apôtres, évangélisé de vastes territoires et converti des millions à la foi en Jésus-Christ.

Saint Hyacinthe, par exemple, le célèbre missionnaire dominicain, amena à l’Église tant de millions de païens que la chose pourrait paraître incroyable si nous n’avions la preuve la plus certaine de ce qu’il a accompli.

Les miracles opérés par saint Vincent Ferrier ne sont pas moins surprenants. Sa Bulle de canonisation ne mentionne pas moins de 873 grands miracles. Il a converti 80 000 juifs, 70 000 musulmans et un nombre incroyable de pécheurs les plus endurcis.

Plus près de nous, Lord Salisbury, Premier ministre anglais, recevait des missionnaires et des religieuses qui partaient vers une région éloignée de l’empire britannique.

Il leur demanda comment ils espéraient vivre au milieu de tribus aussi féroces. " C’est que, dit-il, vous n’avez pas le moindre fusil ni aucun moyen de défense " – à quoi ils répondirent, " Dieu nous aidera et nous défendra ". Lord Salisbury ne cacha pas sa surprise.

Inspirées et fortifiées par le Saint-Esprit, des jeunes femmes issues des meilleures familles, élevées délicatement et entourées de tout le confort du foyer, abandonnent joyeusement ce bonheur pour se consacrer à l’éducation des jeunes, soigner les malades, aider les pauvres, prendre soin des aveugles, des sourds, des muets et des aliénés.

D’autres ne craignent pas de se rendre dans des pays lointains, sans espoir de retour, pour se consacrer à toutes les formes de charité et de bonnes œuvres en faveur des païens.

Chapitre 8

LES GRÂCES MERVEILLEUSES

QUE NOUS RECEVONS DU SAINT-ESPRIT

Ce que nous voulons par-dessus tout rendre clair est que le Saint-Esprit n’accorde pas uniquement son aide merveilleuse aux Apôtres, aux Martyrs et aux Missionnaires, mais à tous les chrétiens sans exception, si seulement ils la lui demande comme ils le devraient. Ce que beaucoup ne font pas – avec les plus tristes conséquences.

Le bonheur de notre vie dépend du bon choix de notre état. Si nous suivons la vocation que Dieu désire pour nous, nous avons une garantie de succès. Dieu nous donne les grâces à toutes les étapes de la route qu’il nous a tracée. Nous ne recevons pas ces grâces si nous choisissons une manière de vivre différente de celle que Dieu nous a réservée.

Comment savoir ce qu’il veut que nous fassions ? Simplement en priant le Saint-Esprit de nous éclairer et de nous guider.

Ceci concerne tout spécialement les filles et les garçons au début de leur existence. Si un garçon, appelé par Dieu pour devenir prêtre, ou une fille pour être religieuse, choisissent plutôt la vie séculière, ils ne peuvent s’attendre à recevoir l’aide de Dieu sur le mauvais chemin qu’ils suivent. Une des raisons pour lesquelles tant de mariage sont malheureux est que des garçons et des filles que Dieu n’a jamais destinés au mariage ont suivi aveuglément leur propre caprice et choisi l’état conjugal.

Les garçons et les filles devraient demander avec ferveur à Dieu de leur manifester sa sainte Volonté à cette importante étape de leur vie. Ils devraient savoir s’ils doivent ou non se marier. Ils doivent également demander à Dieu, dans le cas où il souhaite qu’ils se marient, de les aider à trouver la conjointe ou le conjoint qui leur convient, car épouser la mauvaise personne est aussi une cause fréquente d’échec dans le mariage.

Les parents ont la plus grande responsabilité dans l’éducation de leurs enfants. Un nombre incalculable de fois, ils sont à blâmer pour les fautes et le malheur de leurs garçons et de leurs filles, et bien souvent pour la perte de l’âme de leurs enfants.

Une fois de plus, c’est que les parents ne pensent pas à demander au Saint-Esprit de les éclairer dans cette grave responsabilité.

Les hommes d’affaires s’embarquent fréquemment dans des entreprises sérieuses sans même songer à demander l’aide du Saint-Esprit. Il en résulte bien des échecs.

L’incident suivant, choisi parmi bien d’autres que nous pourrions citer, montre combien cela est vrai.

Deux marchands de la ville de Lyon, engagés dans des commerces similaires, avaient leur établissement dans la même rue.

Tous les deux travaillaient fort et étaient d’habiles commerçants mais tandis que l’un prospérait, l’autre subissait de grandes pertes.

Ce dernier se confia à son concurrent prospère en lui expliquant ses difficultés et il lui demanda conseil.

" Mon cher ami, fut la réponse, vous êtes tout aussi intelligent et avisé que je le suis et vous travaillez même plus fort encore. J’attribue tout mon succès au fait que j’assiste chaque jour à la Messe et que je demande le conseil du Saint-Esprit. Faites-en autant et vous réussirez. "

Surpris et déçu par cette réponse, le marchand moins heureux rentra chez lui et conta la chose à sa femme. Elle lui conseilla sagement de suivre l’avis de son ami. Ce qu’il fit, avec les plus heureux résultats.

Les membres des professions libérales dans tous les domaines de la vie réussissent merveilleusement lorsqu’ils prient le Saint-Esprit avec ardeur.

Des médecins éminents assistent à la Messe et reçoivent la Sainte Communion avant de pratiquer d’importantes opérations. Ils font cela pour demander l’aide de Dieu.

Les hommes d’État les plus avisés attribuent leur succès à la conduite de l’Esprit Saint dont ils invoquent le secours.

Saint Louis, roi de France, qui travaillait peut-être plus énergiquement que n’importe quel homme de son royaume et qui fut l’un des meilleurs et des plus glorieux souverains qui régna jamais sur la France, trouvait le temps d’entendre deux à trois Messes chaque jour.

Certains courtisans lui ont suggéré qu’il se surmenait en assistant si souvent à la Messe : " Vous oubliez, mes bons amis, qu’en entendant la Messe je confère à mon royaume les plus importants bienfaits, bien mieux que je ne pourrais le faire d’une autre manière. "

Salazar, Premier ministre du Portugal, qui accomplit des prodiges pour le relèvement de son pays, est un catholique dévot qui met toute sa confiance en Dieu.

Le général Franco, qui a non seulement sauvé l’Espagne de la plus grave crise de son histoire mais qui a aussi sauvé l’Europe de la ruine, est connu pour passer de longues heures en prière devant le Saint-Sacrement lorsqu’il fait face à de graves difficultés.

M. de Valera, Premier ministre irlandais, assiste chaque jour à la Messe et reçoit la Sainte Communion. Il est lui aussi un homme d’État distingué qui a rendu de grands services à son pays.

Les généraux les plus braves et les plus heureux au combat ont recours à Dieu afin qu’il les aide et les éclaire pour les conduire à la victoire.

À Valverde, le célèbre général portugais Nuno Alvares Pereira – un des plus grands militaires de son temps – était bloqué en contrebas, encerclé par un ennemi infiniment supérieur en nombre qui occupait le sommet des collines avoisinantes. Tout semblait irrémédiablement perdu. Avancer signifiait la mort, battre en retraite était impossible, se rendre, il n’en était pas question.

Au milieu de la bataille, au plus fort du combat, le commandant portugais tomba à genoux. En réponse aux cris de ses capitaines qui le conjuraient de se lever et de les sauver, il répondit calmement :

" Mes amis, laissez-moi finir mes prières. " Puis, tel un homme inspiré il se leva, pénétré d’une vigueur et d’un courage nouveaux, il bondit sur son cheval, lança son cri de guerre, et pointant en direction du centre même des lignes ennemies, il mena l’attaque. De petite taille mais d’une force herculéenne, il faucha de ses propres mains les chefs de l’armée ennemie. Le conflit fut rude, mais il remporta la victoire.

Ce grand général entendait trois Messes chaque jour et obligeait ses hommes à en entendre une eux aussi, et cela même au cours de ses constantes campagnes, car il prenait bien soin d’avoir des prêtres qui accompagnaient son armée.

Le célèbre général et héros Simon de Montfort, avec seulement huit cents cavaliers et quelques hommes d’infanterie, se trouva encerclé par surprise dans la ville de Muret par une armée de 40 000 hommes conduite par le roi d’Aragon et Raimond, comte de Toulouse. Il demandait l’aide de Dieu et était à la Messe lorsque ses officiers vinrent lui annoncer que les assiégeants marchaient sur la ville.

" Laissez-moi d’abord finir la Messe, répondit-il, et ensuite je serai à vous. "

Plein de confiance, il ordonna d’ouvrir grand les portes de la ville et chargea au cœur de l’armée qui s’avançait, semant partout la déroute et frappant le roi d’Aragon lui-même pour remporter une glorieuse victoire.

L’empereur Lothaire entendait trois Messes chaque jour, même lorsqu’il était avec ses troupes sur le champ de bataille.

Un cas remarquable à l’époque moderne est celui du maréchal Foch, qui entendait la Messe chaque matin même lorsque les combats étaient les plus violents.

Le Premier ministre vint un jour le consulter sur une grave question d’importance militaire et on l’informa que le maréchal assistait à la Messe. L’aide de camp suggéra de le faire appeler. " Non, non, répliqua le Premier ministre, nous ne devons pas le déranger dans ses dévotions. J’attendrai. "

Comme nous l’avons déjà dit, c’est par la prière, en recevant les Saints Sacrements et en entendant la Sainte Messe que nous recevons les grâces et les bénédictions de l’Esprit Saint, sa lumière, sa gouverne et son aide.

Chapitre 9

CE QUE NOUS PERDONS

FAUTE D’AIMER LE SAINT-ESPRIT

En raison de leur ignorance du Saint-Esprit, beaucoup de catholiques demeurent froids ou tièdes toute leur vie sans jamais goûter la religion de paix et d’amour que le Christ nous a donnée.

Par exemple, la Sainte Communion, avec toutes ses immenses joies est peu comprise et peu aimée du plus grand nombre. Ils la reçoivent, mais sans y prendre plaisir et ils ignorent quels océans de grâces chaque Communion pourrait leur obtenir. En conséquence, ils reçoivent la Sainte Communion avec froideur et peu souvent.

Dans la Communion, c’est Dieu lui-même, le grand Créateur, le Dieu omnipotent, qui vient dans notre âme. Il vient avec un amour infini. Il demeure en nous aussi longtemps que la Sainte Hostie conserve l’apparence du pain. Cela peut durer longtemps. Oh, quels précieux moments !

Il vient en nous avec un amour infini et s’unit si intimement à notre âme qu’il devient un avec nous.

Une seule Communion suffit à nous rendre saints. La petite Imelda est devenue sainte après une seule Sainte Communion simplement parce que, avec la lumière du Saint-Esprit, elle a compris les merveilles de la Communion. Nous ne comprenons pas la Sainte Communion parce que nous ne demandons pas au Saint-Esprit de nous donner sa lumière, ce qu’il ferait assurément si seulement nous le lui demandions.

Toute l’éternité ne suffira pas à remercier Dieu pour une Sainte Communion. Zachée, un publicain et un pécheur, a reçu Notre-Seigneur une seule fois dans sa maison et cette visite a suffit à faire de lui un saint. Ce n’est pas dans notre maison que vient Notre-Seigneur, mais dans notre âme elle-même, et non pas une seule fois, mais de nombreuses fois, et nous retirons peu de profit de ses visites; pourtant, comme nous l’avons dit, une seule Communion suffit à nous rendre saints.

Marie-Madeleine et Marthe étaient remplies de joie lorsque Jésus venait leur rendre visite dans leur maison de Béthanie. Nous devrions comme elles nous réjouir de la visite de Notre-Seigneur mais, bien au contraire, beaucoup avalent la Sainte Hostie et se mettent à lire leur livre de prières.

Nous pouvons bien comprendre la joie et les délices de sainte Catherine de Sienne, sainte Rose de Lima, saint Antoine et les autres Saints quand Notre-Seigneur leur est apparu pour converser amoureusement avec eux dans leur chambre, comme il le fit souvent.

Dans la Communion, il fait bien plus pour nous. Il vient réellement et véritablement dans notre âme avec un amour très tendre.

Oh, quelles grâces ne pourrions-nous pas recevoir si seulement nous demandions la lumière du Saint-Esprit !

Et puis il y a la Présence réelle de Notre-Seigneur dans le Très Saint Sacrement, où il nous attend, tout prêt à écouter nos prières et à nous accorder ses grâces. Pourtant, bien des catholiques ne vont que rarement, sinon jamais, lui rendre visite bien qu’ils passent fréquemment devant la porte d’une église. Ils ont des difficultés et ils ont des peines. Ils cherchent le secours et la consolation chez d’autres, qui ne peuvent rien leur donner. Pourquoi ne vont-ils pas à Notre-Seigneur pour lui demander son aide ? Lorsqu’il était sur terre, il a consolé et réconforté tous ceux qui allaient vers lui. Il est ici également sur un trône de miséricorde. Les grâces que nous pourrions recevoir pour une simple visite au Saint Sacrement sont incalculables. Pourtant, les églises restent presque vides pour la majeure partie de la journée.

Il est vrai que certains comprennent vraiment ce mystère d’amour. Il y a bien des médecins, des avocats, des hommes d’affaires, des pieuses femmes qui rendent deux ou quatre visites par jour au Saint Sacrement en allant au travail ou sur le chemin du retour. Ce qui montre que les autres pourraient en faire autant.

Les protestants et les incroyants sont naturellement surpris et demandent : " Si vous croyez que votre Dieu, un Dieu d’infinie bonté, est là sur l’autel qui vous attend, pourquoi n’allez-vous pas le voir pour le prier ? "

Il semble incroyable que les catholiques n’ouvrent pas les yeux sur le fait que Dieu est réellement là qui les attend. La raison en est qu’ils ne prient pas le Saint-Esprit.

Sainte Thérèse, après sa mort, est apparue à une de ses religieuses pour lui dire : "  Vous devriez faire devant le Saint Sacrement ce que nous faisons au Ciel, car c’est le même Dieu que vous avez sur l’autel et que nous avons au Ciel. "

Ensuite, il y a le grand Sacrifice de la Messe, qui est en tout semblable à la mort du Christ sur la Croix. Chaque Messe apporte des océans de grâces sur la terre, mais spécialement pour ceux qui y assistent. Il n’y a rien sur terre de comparable à la Messe et rien qui soit plus grand au Ciel. Des multitudes d’anges assistent à chaque Messe et s’empressent d’offrir nos prières à Dieu, ce qui confère à nos demandes une merveilleuse efficacité. Tout le monde voudrait voir un miracle. On voudrait surtout voir un mort revenir à la vie. Ce serait assurément une merveille que l’on ne pourrait jamais oublier.

Mais il s’opère à chaque Messe une merveille bien plus grande encore. Le prêtre fait bien plus que ramener un mort à la vie; il transforme la petite hostie qui devient le Corps et le Sang du Fils de Dieu lui-même. Nous pouvons dire que Jésus naît et que Jésus meurt dans la Messe pour l’amour de nous.

Malgré cela, de nombreux catholiques ne vont pas à la Messe. Elle est célébrée non loin de chez eux, mais ils sont trop paresseux, trop négligents pour se lever et y assister.

Oh, s’ils savaient les grâces et les faveurs immenses qu’ils recevraient à chaque Messe, ils n’entendraient pas une seule mais de nombreuses Messes chaque jour ! Nous demandons une fois de plus, " Quelle est la cause de cet aveuglement ? " Elle est toujours la même, c’est qu’ils ne prient pas le Saint-Esprit.

La prière. Rien n’est plus facile, rien n’est plus consolant que la prière. Il est plus facile de bien prier que de prier mal. La seule chose nécessaire est de savoir comment prier. Tout le secret est de savoir que lorsque nous prions, nous parlons à Dieu personnellement et intimement. Il nous regarde amoureusement, nous écoute, prêt à tout nous donner. Comprenons une fois pour toute que lorsque nous prions, nous sommes en présence même de Dieu.

Ce n’est pas une métaphore ou une façon de parler. C’est la pure vérité. Ceux qui prient ainsi obtiennent plus avec une seule prière que d’autres avec une centaine. Qui ne voudrait parler à Dieu, à un Dieu si bon prêt à tout nous donner ? Si seulement nous voulions le demander au Saint-Esprit, il nous ferait comprendre cette vérité.

Toutes ces grâces, ces joies et ces consolations merveilleuses, nous les perdons par notre manque d’amour envers le Saint-Esprit.

L’AMOUR DE DIEU

La plus grande de toutes nos obligations, la plus grande source de mérites, notre plus grande consolation possible est l’amour de Dieu. Un seul acte d’amour a plus de valeur que mille actes de toute autre vertu. Aucune œuvre, si importante soit-elle, n’a de valeur à moins qu’elle ne soit inspirée par l’amour de Dieu.

Le premier grand commandement est d’aimer Dieu de tout notre cœur et de toute notre âme. C’est le fondement et l’essence même de notre religion.

Pourtant, bien des chrétiens n’éprouvent que peu d’amour pour Dieu. Ils ne trouvent pas de consolation en faisant des actes d’amour. Ils nous disent eux-mêmes que lorsqu’ils répètent un acte d’amour, ils ne ressentent rien dans leur cœur qui corresponde à leurs paroles.

Ils adorent Dieu, ils servent Dieu, ils prient Dieu, ils craignent Dieu. Ils ont une fausse idée de Dieu; ils pensent à lui comme à un Dieu sévère, un Dieu sombre, mais ils ne pensent pas à lui comme à un Dieu d’amour, de douceur et de miséricorde infinis.

En conséquence, ils n’obtiennent pas les infinis mérites qu’ils pourraient si facilement acquérir dans leur vie quotidienne, ils n’éprouvent jamais le plaisir de la compagnie de Dieu qui serait leur bonheur suprême.

Dieu a tout fait pour que nous puissions l’aimer. Il nous dit de l’appeler Père, c’est-à-dire Père dans le vrai sens du mot, un Père très aimant et très tendre.

Dieu a fait, comme il le dit lui-même, le dernier effort suprême pour gagner notre amour en nous offrant son Sacré-Cœur comme emblème et comme gage de son très tendre amour pour nous.

Il a fait 12 très aimantes promesses à tous ceux qui auront de la dévotion pour son Sacré-Cœur, mais rares sont ceux qui pensent jamais à ces merveilleuses promesses.

Comment se fait-il que nous soyons si aveugles, si froids, si indifférents ? La réponse est toujours la même : nous ne demandons par la lumière du Saint-Esprit.

LA PASSION

Une des plus grandes pertes que nous subissons en n’étant pas dévoués à l’Esprit Saint est notre incroyable aveuglement en ce qui concerne le grand mystère de la Passion.

Notre-Seigneur a souffert la mort la plus ignominieuse et la plus cruelle pour nous sauver. Il aurait pu nous sauver par une seule parole ou par une seule goutte de son Précieux Sang. Pourquoi a-t-il voulu se soumettre à tant d’outrages, tant de blasphèmes et d’insultes ?

Simplement pour nous obliger à l’aimer, pour nous prouver de la manière la plus claire possible combien il nous aimait.

Il n’est pas mort pour tous en général. Il est mort pour chacun de nous en particulier. Il vous a vus, cher lecteurs, clairement et distinctement et il a offert pour vous en particulier chaque souffrance, chaque goutte de son Précieux Sang.

Et pourtant, sachant tout cela, nous regardons le crucifix, nous voyons les représentations de sa Passion sans ressentir d’amour pour le Dieu qui a tant souffert pour nous; nous n’éprouvons aucune gratitude. Nous demeurons froids, insensibles, sans réaction.

Nous ne parlons pas ici d’un simple élan d’amour sentimental, mais d’une compréhension intellectuelle et claire de l’amour que Dieu nous a témoigné par ses souffrances et sa mort..

Comment se fait-il que nous ne comprenions pas ce grand mystère ? C’est que nous n’avons pas la lumière du Saint-Esprit.

Tous les Saints ont été des Saints parce qu’ils comprenaient la Passion, et jamais il n’y eut un Saint qui n’aimât pas Notre-Seigneur et ne fût pas reconnaissant pour ce qu’il a souffert pour nous. Il n’est pas possible de comprendre cette Divine Preuve d’amour sans aimer de retour.

Aussi devons-nous prier et implorer l’Esprit Saint de nous aider à comprendre l’amour infini de Notre-Seigneur pour nous dans la Passion.

Chapitre 10

LES TROIS SACREMENTS

DU SAINT-ESPRIT

Nous recevons, comme nous l’avons déjà dit, par la prière, les bonnes œuvres et les Sacrements, un accroissement des dons et des grâces du Saint-Esprit, mais il existe trois Sacrements que nous pourrions appeler les Sacrements du Saint-Esprit, à savoir le Baptême, la Confirmation et la Confession.

LE BAPTÊME

L’Esprit Saint ne vient pas personnellement dans notre âme lorsque nous sommes créés, ni à notre naissance dans le monde, mais lorsque nous sommes baptisés.

Par le Baptême, notre âme est purifiée de l’horrible lèpre du péché originel et revêtue de la grâce sanctifiante dont nous venons de parler. C’est au Baptême que le Saint Esprit entre personnellement et établit sa demeure dans notre âme, pour en faire son temple vivant.

Quelle inconscience de la part des parents qui reportent le Baptême de leurs enfants ! Ils se privent de la présence amoureuse et de la protection du Saint-Esprit. La vie de leur enfant est si fragile qu’il peut mourir à tout moment. Quel malheur si l’enfant devait mourir et être privé à jamais de voir Dieu, d’aller au Ciel !

L’auteur de ces lignes eut un jour la tristesse de voir un petit enfant mourir ainsi soudainement. Le fait vaut la peine d’être rapporté.

On demanda à un prêtre de baptiser un enfant, ce à quoi il consentit bien volontiers. Les jours passaient et le Baptême n’avait pas lieu. Sur le point de se coucher, un soir, l’idée lui traversa l’esprit que l’enfant était en danger. Il n’avait pas de raison particulière de craindre pour la vie de l’enfant mais poursuivant son inspiration, il insista le lendemain pour que le Baptême ait lieu immédiatement. Ce qui fut fait, heureusement, et il était temps, car l’enfant fut soudain pris de convulsions et mourut.

Malheureusement, de nombreux enfants meurent ainsi de façon inattendue sans Baptême. Quelle terrible responsabilité pour les parents !

LA CONFIRMATION

La Confirmation est de façon très spéciale le Sacrement du Saint-Esprit, car bien qu’il entre dans notre âme au Baptême pour en faire son temple vivant, c’est à la Confirmation que nous le recevons dans toute sa plénitude.

Les Apôtres l’avaient reçu eux aussi avant que Notre-Seigneur ne monte au Ciel, car il leur avait dit : " Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. " Mais comme nous l’avons vu, c’est à la Pentecôte qu’ils le reçurent pleinement.

Ce Sacrement est d’une très grande importance vitale et ne peut être reçu qu’une seule fois. Il faudrait par conséquent s’y préparer avec un soin extrême.

On s’assure habituellement que les garçons et les filles qui doivent être confirmés connaissent leur catéchisme. Mais il est incroyable de voir qu’on leur enseigne fort peu de choses, sinon rien du tout, sur le Saint-Esprit lui-même ! On ne leur apprend pas comment l’aimer et l’honorer. Ils ne connaissent pas les merveilleuses grâces qu’il leur apporte. Ils le prient rarement, ou jamais.

En conséquence, ils ne reçoivent pas la Confirmation avec la joie et les délices avec lesquels ils ont reçu la Sainte Communion. Pis encore, tout au long de leur vie future, ils ne chérissent pas l’amour et la dévotion qu’ils devraient avoir pour l’Esprit Saint. Ils sont ainsi privés d’une immense source de joies et de consolations dont ils devraient profiter.

Les enseignants sont responsables de cette négligence. Ils semblent connaître eux-mêmes bien peu de choses sur le Saint-Esprit. Ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles.

Chers enseignants qui lisez ces lignes, efforcez-vous désormais d’apprendre à vos élèves à aimer le Saint-Esprit.

LA CONFESSION

La Confession est aussi de façon particulière un Sacrement de l’Esprit Saint.

C’est un merveilleux Sacrement et une rivière de grâces.

a) Dieu seul peut pardonner les péchés, car cela exige un pouvoir omnipotent et divin. Les Anges les plus élevés dans les Cieux ne peuvent pardonner le moindre péché. Le Saint-Esprit donne ce divin pouvoir aux prêtres auxquels il a dit : " Recevez l’Esprit Saint, ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. "

Saint Augustin dit que lorsqu’un prêtre pardonne un péché, il use d’un pouvoir plus grand que celui de Dieu lui-même lorsqu’il créa l’univers. Les grâces données dans la Confession sont en proportion à ce pouvoir divin.

b) Fait supplémentaire : Si quelqu’un devait commettre un péché mortel et expulser ainsi le Saint-Esprit de son âme, la Confession purifiera l’âme dans le Sang de Jésus-Christ et ramènera le Saint-Esprit qui reviendra faire de cette âme son temple et lui donnera à nouveau ses faveurs et ses grâces.

Beaucoup vont à Confesse avec désinvolture. Ils ont des péchés véniels et mortels sur leur âme mais ne prennent pas conscience de la malice et de l’ordure de ces péchés. S’ils voyaient leur âme en état de péché, il en mourrait d’horreur.

Le cardinal Newman fait remarquer que si nous voyions un corps dans un état de décomposition avancée, sa vue et son odeur nous rempliraient d’horreur et de dégoût. Cette corruption n’est rien cependant en comparaison d’une âme en état de péché.

Pour montrer à quel point cela est vrai, un péché véniel peut maintenir longtemps une âme dans les terribles flammes du Purgatoire. Un péché mortel maintient l’âme en Enfer à jamais. Il faut donc que ces péchés soient bien terribles pour mériter de tels châtiments.

Dieu ne punit pas un péché simplement parce qu’il est en colère, mais parce que la malice du péché exige ce châtiment. Cela est si vrai que si une âme devait entrer au Ciel en état de péché véniel, elle irait de sa propre volonté se jeter dans les flammes du Purgatoire pour se guérir de ce péché.

Et malgré cela, les gens vont se confesser en manifestant peu de tristesse et de componction et remercient à peine le Seigneur de les avoir guéris de cette hideuse corruption.

Lorsque Notre-Seigneur a guéri les dix lépreux de leur terrible maladie, un seul est revenu le remercier. Nous nous indignons à juste titre devant une si infâme ingratitude et pourtant, beaucoup d’entre nous se montrent bien plus ingrats encore en étant si peu reconnaissants envers Dieu de les avoir guéris de la lèpre du péché qui est incomparablement plus infecte.

La malice du péché est terrible; la corruption, l’ordure du péché est terrible; mais il est une chose bien pire encore, et c’est que le péché est un outrage et une offense personnelle et directe envers la Majesté de Dieu.

Peu de catholiques pensent à cela. La conséquence en est que leur peine du péché n’est que faible et que leur résolution d’éviter le péché est loin d’être aussi ferme et sincère qu’elle devrait l’être. Ils ne se préparent pas convenablement à la Confession. C’est pourquoi ils ne reçoivent pas de leurs Confessions les merveilleuses grâces qu’ils devraient en obtenir.

Certains catholiques ne retirent pas de leur Confession l’aide et la consolation qu’il faudrait. Dans la Confession, Notre-Seigneur nous donne un ami à qui nous pouvons confier tous nos ennuis et qui est prêt à consoler et à réconforter tous ceux qui s’agenouillent à ses pieds. Il s’est préparé par de nombreuses années d’études à cette très importante partie de sa mission. Il ne donne pas ses impressions personnelles mais la doctrine de l’Église et les conseils des Saints, et il est, de plus, aidé et inspiré par l’Esprit Saint dont il est le ministre.

Les pénitents font bien d’écouter ses conseils et de les mettre en pratique. Ils devraient lui demander conseil dans leurs doutes et leurs difficultés. Chose étrange à dire, les protestants semblent parfois comprendre mieux que les catholiques cette partie de la Confession et, de plus, certains entrent dans l’Église catholique expressément afin de pouvoir aller à Confesse !

La raison en est que ces catholiques n’ont pas la lumière du Saint-Esprit. Ils ne prient pas et n’aiment pas le Saint-Esprit.

Chapitre 11

LES PÉCHÉS CONTRE LE SAINT-ESPRIT

Les paroles suivantes de Notre-Seigneur nous montrent la gravité des péchés contre l’Esprit Saint : " Et tout homme qui dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis, mais pour celui qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit, il n’y aura pas de rémission. "

On considère habituellement que les péchés contre le Saint-Esprit sont au nombre de six, à savoir, le désespoir, la présomption, l’impénitence, l’obstination, l’opposition à la vérité et l’envie des grâces accordées à un autre.

Certains sont moins difficiles à pardonner que d’autres. L’impénitence finale est absolument impardonnable. Également impardonnables sont ceux qui par malice délibérée refusent de reconnaître l’œuvre de Dieu, comme ces pharisiens qui après avoir vu les miracles de Notre-Seigneur les attribuaient à Belzébuth, le Prince des Démons.

Ceux qui rejettent délibérément les moyens du salut sont également rarement pardonnés.

La difficulté d’obtenir le pardon pour ces péchés est clairement causée par le pécheur lui-même, lequel rejette la grâce de Dieu.

Les péchés habituels et délibérés, les péchés contre la lumière [de la vérité], offensent Dieu plus gravement que les péchés dus à la faiblesse et à l’ignorance.

LE GRAND PÉCHÉ CONTRE L’ESPRIT SAINT

ET SA PUNITION

La chute de Constantinople et sa destruction est un bon exemple du terrible châtiment que Dieu réserve à ceux qui pèchent contre le Saint-Esprit.

Les Grecs, conduits par leurs Patriarche Photios et Keroularios, ont nié la divinité du Saint-Esprit et, après avoir apparemment abjuré leur erreur, retombèrent dans le même péché. Ils furent menacés de la colère de Dieu par le Pape Nicolas V s’ils ne se repentaient pas. Ce qu’ils refusèrent obstinément de faire.

Trois ans plus tard, en 1453, Mahomet II, à la tête d’une formidable armée musulmane, encercla la ville et après un féroce combat vainquit les Grecs et captura Constantinople – et cela le jour même de la fête du Saint-Esprit. Les terribles massacres, le pillage et les incendies durèrent trois jours entiers, réduisant les habitants à des conditions lamentables. Mahomet entra dans la cité le quatrième jour, prit possession du Palais impérial et transforma la cathédrale en mosquée.

Constantinople dut ensuite subir le joug cruel des Turcs Ottomans pendant plus de 500 ans. Quel châtiment !

ET NOUS ?

Est-ce que nous offensons le Saint-Esprit ? Est-ce que nous péchons contre l’Esprit Saint ?

Espérons que nous ne pécherons jamais aussi gravement que ceux qui ne méritent pas le pardon, mais peut-être que notre manque de réflexion nous fait commettre contre le Saint-Esprit des péchés moins graves.

Le Saint-Esprit nous aime avec une infinie tendresse et d’un amour divin. Il nous aime si tendrement qu’il vient, comme je l’ai dit, demeurer dans notre âme. Nous sommes par conséquent tenus de lui rendre cet amour divin.

Le faisons-nous, ou, est-ce que par manque de foi nous faisons comme tant d’autres qui l’oublient, l’abandonnent et ne lui prêtent aucune attention ?

Ou pis encore, osons-nous l’offenser directement ? Dans ce cas, nous devons avec ferveur nous efforcer de corriger ces fautes. Voici pour cela quelques suggestions utiles.

Un philosophe païen donna ce sage conseil à un disciple qui lui demandait la meilleure façon de corriger ses défauts.

" Pense, lui dit Sénèque, que tu es en compagnie d’un homme bon qui voit tout ce que tu fais et entend tout ce que tu dis. Ne fais rien de ce que tu ne ferais pas en sa présence. "

Le disciple suivit ce conseil et se corrigea rapidement de ses défauts.

Saint Bernard donnait un conseil semblable à ses moines : " Ne faites rien, leur disait-il, que vous ne feriez pas si j’étais présent avec vous. "

Aucun voleur, si audacieux qu’il soit, ne volera s’il voit qu’un policier le regarde.

Si donc nous prenons conscience que le Saint-Esprit est réellement et véritablement avec nous et qu’il voit tout ce que nous faisons, ce sera une motivation puissante pour nous empêcher de l’offenser.

Le petit fait suivant nous servira d’exemple :

Une jeune femme a reçu de sa mère pour son anniversaire une magnifique robe fort coûteuse. Elle se précipita dans sa chambre pour revêtir la nouvelle robe qui lui plaisait beaucoup.

Soudainement, une vague de tristesse prit la place de sa joie et, retournant vers sa mère, elle lui dit avec des larmes dans les yeux : " Mère, je ne peux pas porter cette robe. Elle n’est pas modeste. Le Saint-Esprit, qui est dans mon âme, en serait mécontent. "

Cette jeune fille nous enseigne à tous une importante leçon, car si nous avons nous aussi une idée claire, comme elle l’avait, que le Saint-Esprit est en nous, nous éviterons ainsi toutes les paroles et tous les actes qui l’offensent. "

VENI CREATOR SPIRITUS

Viens, Esprit créateur, nous visiter,

Viens éclairer l’âme de tes fils,

Emplis nos cœurs de grâce et de lumière,

Toi qui créas toute chose avec amour.

Toi le don, l’envoyé du Dieu très haut,

Tu t’es fait pour nous le défenseur.

Tu es l’amour, le feu, la source vive,

Force et douceur de la grâce du Seigneur !

Donne-nous les sept dons de ton amour,

Toi le doigt qui œuvres au nom du Père,

Toi dont il nous promit le règne et la venue,

Toi qui inspires nos lèvres pour chanter.

Mets en nous ta clarté, embrase-nous,

En nos cœurs répands l’amour du Père.

Viens fortifier nos corps dans leur faiblesse,

Et donne-nous ta vigueur éternelle.

Chasse au loin l’ennemi qui nous menace,

Hâte-toi de nous donner la paix,

Afin que nous marchions sous ta conduite,

Et que nos vies soient lavées de tout péché.

Fais-nous voir le visage du Très-Haut,

Et révèle-nous celui du Fils,

Et toi l’Esprit commun qui les rassemble,

Viens en nos cœurs, qu’à jamais nous croyions en toi.

Gloire à Dieu notre Père dans les cieux,

Gloire au Fils qui monte des enfers,

Gloire à l’Esprit de force et de sagesse

Dans tous les siècles des siècles. Amen !

 

APPENDICE

PRIÈRES AU SAINT-ESPRIT

Seigneur, qui avez enseigné les cœurs de vos fidèles par la lumière du Saint-Esprit, donnez-nous, par ce même Esprit, de connaître et d’aimer le bien, et de goûter toujours la joie de ses divines consolations. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Ainsi soit-il.

***

En toutes nos actions, Seigneur, que votre inspiration nous prévienne, et que votre aide nous accompagne, afin que toutes nos prières et nos œuvres tiennent toujours de vous et leur principe et leur achèvement. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Nous vous en prions, Seigneur, éclairez nos âmes par l’Esprit-Saint Conseiller, qui procède de vous, pour que, suivant la promesse de votre Fils, il nous guide vers la vérité tout entière. Lui qui vit et règne avec vous pour l’éternité.




LES MERVEILLES

DE LA CONFESSION

par le R. P. Paul O’Sullivan, O.P. (E.D.M)

 

" Cela dit, il souffla sur eux et leur dit :

Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. "

– Jean 20.22-23

Traduit de l’anglais par Jean-Claude Lemyze

avec la permission de

St. Martin Apostolate,

Dublin, Irlande

CUM PERMISSU SUPERIORUM

Imprimatur : Canon Emmanuel Anaquim, V.G.

Lisbonne

15 octobre 1936

Tous droits de reproduction réservés.

Nonciature apostolique

Portugal, le 9 avril 1943

Cher père O’Sullivan

J’approuve très chaleureusement votre petit livre sur la Confession. Le besoin se faisait grandement sentir d’une explication claire et pratique de la force et de la consolation que la Confession procure aux fidèles.

Vous insistez à juste titre sur le fait que la Confession n’obtient pas seulement le pardon des péchés mais qu’elle aide efficacement les plus grands pécheurs à ne plus pécher; elle donne de la force aux plus faibles et console les plus abandonnés, pourvu qu’ils se confessent fréquemment.

Vous abordez des questions qui sont mal comprises, même par de nombreux catholiques, et la lecture de votre livre sera extrêmement profitable non seulement aux catholiques mais à ceux qui n’appartiennent pas à l’Église.

Le titre de chacun des chapitres est attrayant et retient l’attention.

Je suis certain que pour beaucoup ce livre jettera un jour nouveau sur le grand Sacrement de la Confession et qu’il exercera une influence bénéfique même sur les non-catholiques.

Je souhaite un très grand succès à votre livre et vous accorde ma cordiale bénédiction.

@ P. CIRIACI, Apostolic nuncio

TABLE DES MATIÈRES

Première partie

LE SECRET DE LA CONFESSION

Lettre du nonce apostolique, Lisbonne

  1. La Confession a-t-elle été introduite par un évêque ?
  2. Le Christ a institué la Confession
  3. Quelle tempête se serait levée !
  4. Ce que les protestants pensent de la Confession
  5. Les faits sont des arguments têtus
  6. Pourquoi Dieu nous oblige-t-il à confesser nos péchés à un homme ?
  7. " Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau "
  8. Nous avons tous besoin d’un ami
  9. Le choix d’un confesseur

Deuxième partie

LES MERVEILLES DE LA CONFESSION

  1. Le cardinal Mermillod et l’actrice
  2. Le deux tribunaux
  3. Jésus et les pécheurs

 

Première partie

LE SECRET DE LA CONFESSION

 

Chapitre I

LA CONFESSION A-T-ELLE ÉTÉ INTRODUITE PAR UN ÉVÊQUE ?

 

Au cours d’une réception chic dans la ville de Lisbonne, un groupe de catholiques bien connus s’étaient réunis pour passer une soirée mondaine.

Un de mes amis entra dans la pièce au moment où un étranger distingué s’adressait à un groupe de dames et de messieurs et il l’entendit faire la remarque suivante :

" Pardonnez-moi, Madame, disait l’étranger, je n’ai pas dit exactement que la Confession était bonne ou mauvaise et je ne voulais pas non plus laisser entendre qu’elle était inutile. J’ai simplement dit qu’elle convenait très bien aux dames qui trouvent sans doute très consolant de pouvoir soulager leur conscience à un prêtre. Mais les hommes n’ont pas besoin de telles consolations ! "

Cette dame répliqua vivement : " Et dites-moi s’il vous plaît, Monsieur, comment les hommes peuvent-ils se croire dispensés d’observer une loi établie pour tous ? Les hommes n’ont-ils pas une âme à sauver et ne sont-ils pas obligés d’obéir eux aussi aux commandements de Dieu ? "

L’étranger continua : " Chère Madame, l’idée que la Confession aurait été instituée par Dieu est une illusion. Ce n’est pas Dieu qui a institué la Confession; elle est une invention purement humaine. Où peut-on en trouver mention dans les premiers temps du christianisme ? Si elle était d’origine divine, l’obligation de se confesser nous incomberait naturellement à nous aussi. En fait, la Confession fut instituée et introduite premièrement en Allemagne, au quatorzième siècle, par l’évêque Fuller. " Et notre étranger se mit à citer, avec une extraordinaire effronterie, des noms de lieux, des dates et des faits totalement imaginaires.

Son auditoire était stupéfait. Quelques-uns tentèrent de défendre la doctrine de l’Église, mais personne ne connaissait suffisamment sa religion pour être en mesure de réfuter avec autorité les faussetés de cet invité distingué.

Le jour suivant, l’ami qui avait été témoin de l’incident me rendit visite en admettant à regret qu’il avait été incapable de réfuter les arguments de cet étranger, et il me pria de l’éclairer sur ce sujet.

Je crois bien que de nombreux catholiques, s’ils s’étaient trouvés dans les mêmes circonstances, auraient éprouvé les mêmes difficultés. Il est vrai qu’ils ont une certaine connaissance vague que la Confession a été instituée par Notre-Seigneur et pratiquée depuis les tout premiers temps, mais si on leur demandait d’en apporter la preuve, ils seraient tout aussi incapables de donner une raison à leur foi. Ils seraient encore bien moins en mesure d’expliquer – si un protestant ou un incroyant le leur demandait – la beauté sublime, la divine efficacité, les merveilleux résultats et les immenses consolations de la Confession. Et bien moins encore pourraient-ils répondre aux nombreuses difficultés si fréquemment soulevées contre ce grand Sacrement.

Pour satisfaire ce que nous considérons être un grand besoin, nous nous permettons d’offrir au public ce petit ouvrage qui montrera non seulement que la Confession a véritablement été instituée par le Christ, mais qu’elle est aussi une source de consolations profondes et de force pour ceux qui la comprennent. Bien des catholiques ne saisissent pas pleinement la véritable idée de la Confession et certains la considèrent même un devoir pénible et désagréable.

Les protestants, en général, trouvent l’idée répugnante, mais chose étrange, ils sont nombreux, lorsqu’on la leur explique, à en ressentir clairement le besoin et il n’est pas rare que cela précipite leur entrée dans l’Église catholique.

Nous nous flattons de croire que ce petit livre intéressera les catholiques comme les protestants et que sa lecture attentive leur sera grandement profitable. Le style n’est pas savant et il met l’accent sur plusieurs points essentiels. La méthode est simple mais attrayante et le lecteur est si captivé qu’il dépose difficilement le livre avant d’en avoir lu la dernière ligne.

Un des principaux traits de ce petit ouvrage est de montrer quelle source infinie de consolation et d’aide la Confession peut offrir aux affligés et aux faibles, et quel puissant moyen elle représente pour secourir des garçons et des filles menacés de quelque secret danger. Il prouve également que, loin d’enlever à l’homme sa virilité – comme l’affirmait imprudemment un homme d’État protestant distingué – la Confession auriculaire fait de tout homme un brave soldat, un citoyen loyal et un ami fidèle (1).

Chapitre 2

LE CHRIST A INSTITUÉ

LA CONFESSION

Le Fils de Dieu est venu sur terre pour sauver les hommes. De quoi ? Évidemment du péché et de ses conséquences. Tout ce que le Christ a fait sur la terre – les sublimes leçons qu’il a enseignées, la doctrine admirable qu’il nous a laissée, les Sacrements qu’il a institués, les miracles qu’il a opérés, les lois qu’il a promulguées, ses préceptes et ses conseils – tout avait pour but de sauver les hommes du péché.

Les 33 années que le Christ a passé ici-bas sur cette terre, ses cruelles souffrances, le Précieux Sang qu’il a versé et sa mort sur le Calvaire avaient pour objectif premier de libérer le monde du péché. S’il n’avait pas atteint ce but, sa mission aurait été un échec.

C’est pour cette raison qu’il est venu. Il a aimé les pécheurs, il a vécu avec eux et les a appelés à le suivre. L’un d’eux, Pierre, était un homme faible et pécheur. Il en a fait le chef de son Église. Paul, le persécuteur acharné et impitoyable, il en a fait l’apôtre des Gentils et un " vase d’élection ". Il a choisi Madeleine, une pécheresse, le scandale de la ville où elle vivait, pour en faire son amie, un modèle pour les pénitents et finalement la compagne de sa Mère immaculée.

Si les actions de Notre-Seigneur ne suffisaient pas à lever tous les doutes sur la question, écoutons alors sa déclaration expresse : " Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs " (Mt 9.13).

Or si le Christ a donné à son Église le pouvoir de poursuivre sa mission jusqu’à la fin en lui garantissant sa protection – " Et moi, je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde " (Mt 28.20), " Les portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle " Mt 16-18) – il serait en vérité surprenant qu’il n’ait pas donné à cette Église un excellent et suprême remède contre le péché, étant donné qu’il est venu sur cette terre précisément à cette fin, animé par une pitié, une miséricorde, une bonté et un amour infinis.

Assurément, personne ne mettra en doute le pouvoir de Notre-Seigneur d’accomplir ce qu’il désirait si ardemment, et moins encore son amour et sa générosité sans limites. Ce pouvoir omnipotent qui fit sortir du néant ce vaste univers par une simple parole ne pouvait trouver aucune difficulté à relever les faibles et à leur pardonner pour les confirmer sur la voie de la justice. Cet amour et cette générosité qui l’ont conduit à donner sa vie au milieu d’horribles tourments allaient sûrement faire tout ce qui était possible pour aider ceux pour qui il avait donné sa vie.

Ce moyen – ce remède que Notre-Seigneur a laissé contre le péché – est la Confession, par laquelle le pécheur reçoit non seulement le pardon de sa faute, mais (notez bien cela, chers lecteurs) reçoit la force et le pouvoir d’éviter le péché à l’avenir.

Notre-Seigneur dit à chaque pénitent qui vient vers lui par ce Sacrement ce qu’il a dit jadis à la femme adultère : " Tes péchés te sont pardonnés, va en paix et ne pèche plus. " Non seulement il prie les pénitents de ne plus pécher, mais il leur donne la force et la volonté de ne plus pécher.

L’HISTOIRE PARLE

Tous les peuples chrétiens, dans tous les temps, ont considéré que la Confession avait été instituée par le Christ. Cette croyance a toujours été à ce point certaine et assurée que l’Église n’a jamais dû publier à l’égard de cette doctrine de la Confession aucune de ces nombreuses et dogmatiques déclarations, ou de ces explications et définitions soigneusement libellées qu’elle fut forcée de produire concernant de nombreuses autres doctrines controversées ou reniées par des hérétiques à un moment ou l’autre de l’histoire.

Il est arrivé fréquemment dans l’histoire de l’Église que des doctrines non encore définies ont été librement discutées par des théologiens de différentes écoles de pensée jusqu’au moment où l’Église juge à propos d’intervenir. Toute discussion prend alors fin selon l’adage de saint Augustin : " Rome a parlé, la cause est jugée. " (Roma locuta est; causa finita est) Mais en ce qui concerne la Confession, l’opinion des théologiens a toujours été unanime. L’autorité infaillible n’a jamais eu à intervenir.

CE QUE DISENT LES SAINTS PÈRES

Saint Basile écrit ce qui suit : " Nos péchés doivent nécessairement être confessés à ceux à qui fut confiée la dispensation des mystères de Dieu. Il est écrit dans les Actes des Apôtres : ‘Ils se confessaient aux Apôtres, par qui ils avaient aussi été baptisés.’ (In Rrg. Brev., q. 229, 2, 11, p.492).

Saint Ambroise : " Le poison est le péché, la Confession est l’accusation de ses crimes; le poison est l’iniquité, la Confession est le remède contre la rechute. Mais tu as honte ? Cette honte te sera d’un faible secours lorsque tu paraîtras en jugement devant le trône de Dieu. Surmonte-là bien vite. "

Saint Augustin : " Notre Dieu miséricordieux nous demande de nous confesser en ce monde afin que nous ne soyons pas confondus dans l’autre. " (Hom. XX).

Saint Jean Chrysostome : " Nous sommes à la fin du Carême. Nous devons faire une complète et exacte Confession de nos péchés. " (Hom. XXX). " Aux prêtres fut confié un pouvoir que même les Anges et les Archanges ne possèdent pas, car Jésus a dit : ‘Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.’ "

Saint Jérôme : " Avec nous le prêtre ou l’évêque retient ou remet après les avoir entendus, comme c’est son devoir, les différentes sortes de péchés; il comprend ceux qui devraient en être libérés et ceux à qui ils devraient être maintenus. " (Com. in Mth.).

En lisant le contexte de ces Pères, il est parfaitement clair qu’ils parlent de la Confession auriculaire.

La Confession n’a donc jamais soulevé aucune controverse. L’histoire n’en rapporte aucune, non plus que les documents conservés dans les bibliothèques ou les archives, pour la simple raison qu’il n’y eut jamais aucun doute concernant l’institution divine de la Confession auriculaire.

 

Chapitre 3

QUELLE TEMPÊTE SE SERAIT LEVÉE !

De plus, si la Confession avait été inventée par un Pape, un évêque ou un prêtre quelconque, ou si quelque autorité humaine l’avait imposée comme une obligation – et plus encore comme un Sacrement – quelle tempête de discussion, quelles disputes acerbes cette initiative n’aurait-elle pas soulevées ! Alors que même des questions de nature purement dogmatique donnent lieu à de longues et amères contestations, qu’en aurait-il été si un homme – fût-il évêque, prêtre ou même Pape – avait ordonné aux hommes de confesser à d’autres hommes leurs crimes et leurs péchés secrets, et si, de sa propre initiative, il avait déclaré que quelqu’un pouvait être désigné par un homme pour pardonner les péchés ?

On ne retrouve pas la trace d’une telle tempête. Rien de tel ne s’est jamais produit parce que la Confession auriculaire nous parvient depuis l’aube du christianisme comme faisant partie essentielle de la Loi établie par le Christ.

Ajoutons que si la Confession avait été instituée par un évêque ou un Pape, nos adversaires seraient certainement en mesure de le nommer et de nous dire quand et en quel pays ce Sacrement a d’abord été introduit ! L’histoire ne rapporte aucun de ces faits et aucun écrivain n’en fait mention. Personne ne peut préciser une date à laquelle la Confession a commencé à être pratiquée dans un pays ou un autre. La vérité est qu’elle a été pratiquée simultanément par tous les chrétiens, dans tous les temps et dans tous les pays partout où il y a eu des chrétiens.

LES HÉRÉTIQUES ET LES SCHISMATIQUES

ADMETTENT LA CONFESSION

Il est une autre considération qui mérite d’être mentionnée. Depuis les tout premiers temps, des communautés chrétiennes – schismatiques et hérétiques – occupant des territoires étendus et comprenant des races entières, se sont séparées de l’Église. Elles lui ont toujours été hostiles et n’hésitaient pas à lancer une attaque lorsqu’elles en avaient l’occasion. Il est certain qu’elles n’auraient jamais accepté une doctrine ou une institution comme la Confession auriculaire si elle n’était pas venue directement du Christ.

Or le fait est que ces communautés chrétiennes acceptent non seulement la divine institution de la Confession, mais qu’elles lui sont très attachées et qu’elles la pratiquent. Si elles ne l’ont pas reçue après leur séparation de l’Église de Rome, elles doivent l’avoir eue depuis le commencement.

Il n’existe par conséquent pas la moindre trace d’une institution humaine de ce Sacrement mais, par contre, les Pères de l’Église affirment de la façon la plus claire l’institution divine de la Confession : saint Augustin, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome et une foule d’autres, comme nous l’avons déjà remarqué.

On peut retracer la pratique de la Confession en remontant de siècle en siècle jusqu’à l’époque des Apôtres. Nous trouvons non seulement des femmes et des enfants mais de puissants monarques, des savants éminents, des soldats courageux et des hommes aux personnalités les plus diverses confesser humblement leurs fautes et implorer l’absolution. On rapporte que saint Ambroise, par exemple, versait des larmes lorsqu’il entendait en Confession et que son exemple touchait le cœur des pécheurs les plus endurcis.

UN FAUX ARGUMENT

L’histoire et la Tradition sont à ce point claires sur ce point, à savoir que la Confession est d’institution divine, que les ennemis de la Confession sacramentelle en sont réduits à de ridicules extrémités pour trouver un argument, si nébuleux soit-il, à l’appui de leur assertion.

C’est pourquoi, abandonnant le mythe de l’institution humaine, ils ont recours à l’argument que c’est le Christ lui-même qui a pardonné les péchés et ils soutiennent par conséquent qu’il n’y avait aucune raison de conférer ce pouvoir à des hommes !

Il est manifestement vrai que le Christ a racheté les hommes par sa Passion sacrée et au prix de son Précieux Sang. Mais il est nécessaire que les mérites de la Mort et du Sang du Christ soient continuellement appliqués à chaque âme individuelle. Notre-Seigneur a payé un prix infini pour notre Rédemption; mais en dépit de cette glorieuse Rédemption, nous ne sommes pas devenus des anges pour autant, nous sommes toujours de faibles mortels aux prises avec les tentations, nous vacillons encore et nous tombons. Le péché continue toujours d’exister et de faire des ravages parmi nous. Les hommes pèchent et demeurent des pécheurs; ils mentent, ils volent et commettent d’innombrables fautes auxquelles est sujette notre faible nature humaine.

Dieu nous a laissé notre volonté libre, cette grande faculté qui nous fait ressembler aux anges et même à Lui-même, et dont il n’aurait pas pu nous priver sans détruire notre nature. Mais nous abusons fort honteusement de ce don de la liberté et, malgré la grande bonté de Dieu, nous continuons à pécher et à pécher gravement. Le péché, malheureusement, abonde. Dieu est venu nous sauver du péché. Il est donc certain qu’il a dû nous laisser, d’une part, un moyen efficace de pardonner le péché et, d’autre part, l’aide et la force nécessaires pour éviter de nouvelles rechutes. Ce moyen est manifestement la Confession.

LE CHRIST A INSTITUÉ LA CONFESSION

Les paroles par lesquelles les Écritures rapportent l’institution de la Confession sont si claires qu’il ne peut y avoir le moindre doute sur la question. Avant d’instituer le Sacrement, Notre-Seigneur avait promis à saint Pierre : " Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, sera tenu dans les Cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les Cieux pour délié. " (Mt 18.18).

Il a répété plus tard la même promesse, cette fois à ses Apôtres : " En vérité je vous le dis : tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié, et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié. " (Mt 18.18).

Finalement, il institua ce grand Sacrement lui-même avec des paroles catégoriques et claires :

" Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. (...) Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. " (Jn 20.21-23).

Notez ces paroles formelles : " Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. " Qui, après des paroles aussi précises, osera encore douter que Notre-Seigneur a institué la Confession ? L’Écriture nous donne par la suite des preuves de l’exercice de cette pratique car il est écrit dans les Actes des Apôtres : " Beaucoup de ceux qui étaient devenus croyants venaient faire leurs aveux et dévoiler leurs pratiques. " (Actes 19.18).

Saint Jacques écrit dans son épître : " Confessez donc vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. " (Jacques 5.16).

Chapitre 4

CE QUE LES PROTESTANTS PENSENT

DE LA CONFESSION

Nous rencontrons fréquemment des protestants qui, bien qu’ils ne croient pas eux-mêmes à la Confession, ont pourtant une idée claire et précise de sa merveilleuse efficacité.

Certains ont même rejoint l’Église en raison de leur désir de se confesser. Nous en donnerons quelques exemples.

Vers la fin du dix-neuvième siècle, alors que l’hostilité de nombreux protestants contre les catholiques touchait au fanatisme, un monastère dominicain fut fondé en Angleterre dans une région à majorité protestante et où les quelques catholiques qui restaient appartenaient pour la plupart à la classe pauvre.

Le ministre protestant était un personnage influent qui ne condescendait pas à manifester la moindre sympathie, bien moins encore le moindre signe d’amitié, envers les pauvres frères venus s’installer dans sa paroisse.

On imagine donc l’étonnement du Supérieur de ce monastère lorsqu’un matin, le frère portier est venu lui annoncer qu’un pasteur protestant, le révérend M. Burton, souhaitait lui parler. Il se rendit immédiatement au parloir pour connaître la raison de cette visite inattendue.

Son sourire de bienvenue fut reçu parle visiteur avec une froide réserve.

" Je ne suis pas satisfait de mes serviteurs, dit le pasteur, et je n’ai pas l’intention de leur payer leurs gages. "

" Mais mon cher Monsieur ", répondit le P. Thomas, totalement pris pas surprise, " qu’ai-je à faire avec vos serviteurs ? Cependant, puisque vous m’honorez de votre confidence, permettez-moi de vous dire que vous n’agissez pas selon la justice en refusant de verser leurs gages aux pauvres gens qui vous servent. "

" Je n’ai pas terminé mon explication ", répliqua le pasteur. " Mes serviteurs sont catholiques – mais ils ne vont pas à confesse. Pourquoi donc, Monsieur, croyez-vous que j’ai des serviteurs catholiques dans ma maison plutôt que des protestants comme il serait naturel ? C’est parce que je veux qu’ils aillent se confesser, car je sais que la Confession est une garantie de leur bonne conduite. "

S’ils vont se confesser, j’ai l’assurance qu’ils ne me voleront rien et qu’ils ne diront pas du mal de moi, mais qu’ils rempliront consciencieusement leurs obligations. Je sais que les membres de l’Église catholique romaine sont obligés de confesser tous leurs péchés, comme le vol, les actes d’injustice, les services mal exécutés et les autres fautes et imperfections de cet ordre. Je suis parfaitement conscient du pouvoir restrictif de la Confession. C’est la raison pour laquelle j’ai des serviteurs catholiques dans ma maison, mais à la condition expresse qu’ils aillent à confesse. Je ne serais pas sans cela venu déranger votre Révérence. Je vous prie par conséquent de les admonester. Ils font partie de votre troupeau. "

Et sans rien ajouter, il prit congé.

Inutile de vous dire que le P. Thomas fit ce qu’on lui avait demandé et qu’il admonesta les serviteurs fautifs. Ceux-ci ne furent pas moins étonnés que le bon Père devant le geste inattendu de leur maître protestant.

Ceci nous rappelle les paroles de notre divin Maître : " Les enfants de ce monde-ci sont plus avisés avec leurs semblables que les enfants de la lumière. " (Luc 16.8).

Le cas que nous venons de raconter n’a rien d’exceptionnel et des circonstances similaires nous été rapportées. Il n’est pas rare que des protestants préfèrent avoir des serviteurs catholiques dans leur maison pour la simple raison qu’ils les considèrent plus dignes de confiance. Bien des protestants placent également leurs enfants entre les mains d’éducateurs catholiques et les envoient dans des collèges catholiques pour les mêmes raisons.

Cette façon de penser s’oppose malheureusement à celle de soi-disant catholiques qui refusent d’accorder à leurs serviteurs le temps et la permission d’aller se confesser, comme si ce temps consacré à la Confession allait les priver d’un certain nombre de services domestiques. Quand comprendront-ils que la fréquentation des Sacrements par leurs subordonnés est la meilleure garantie d’un bon et fidèle service ?

LES MERVEILLES NE CESSERONT JAMAIS

" Ce que je vais vous raconter est une des choses les plus extraordinaires de ma vie ", me dit un jour un prêtre bien connu.

" Une dame catholique vint me dire un jour qu’un jeune protestant désirait être reçu dans l’Église de façon à pouvoir épouser une catholique et il demandait si j’accepterais de le baptiser. J’ai répondu que devenir catholique simplement afin de pouvoir se marier n’était pas une raison suffisante pour changer de religion, mais j’ajoutais qu’elle pourrait me présenter son candidat.

" Quelques jours plus tard, elle revint accompagnée du jeune homme et nous laissa discrètement ensemble. Le jeune en vint directement au fait : ‘Je veux épouser Julia et je suis prêt à devenir catholique’.

" ’Jeune homme, lui répondis-je, votre désir d’épouser Julia n’est pas une raison pour embrasser le catholicisme.’

" ’Pardon, répliqua-t-il, je ne me suis pas bien exprimé. Ce n’est pas uniquement pour épouser Julia que je désire devenir catholique .’

" ’Dans ce cas, vous devez avoir d’autres raisons. Quelles sont-elles ? Êtes-vous insatisfait de la religion de votre naissance et dans laquelle vous avez été élevé, la religion de vos parents et de vos amis ? Ou est-ce parce que vous voyez dans notre Église quelque chose qui vous attire ? Quelle est la raison ? Quel motif vous attire à nous ?

" George n’était évidemment pas prêt à répondre de façon catégorique. Il hésita un instant et dit : ‘Je veux devenir catholique afin de pouvoir me confesser.’

"  Mon ami, répliquai-je, voilà franchement une raison extraordinaire. C’est précisément à cause de la Confession que beaucoup de vos coreligionnaires craignent d’embrasser la foi catholique. Et vous me dites que c’est précisément pour vous confesser que vous voulez devenir catholique ?

" Immédiatement, avec une indubitable sincérité, George me confia ses idées sur la Confession en termes si clairs et si convaincants qu’il aurait fait honte à bien des catholiques. Il avait parfaitement saisi le sens de ce Sacrement et comprenait clairement la paix, la force et la consolation qu’il procure lorsqu’on le pratique comme il se doit.

" Mon cher Père, ajouta-t-il pour conclure, j’ai beaucoup d’amis catholiques et, franchement, je ne crois pas qu’ils soient meilleurs que je ne le suis, mais ils peuvent compter sur des secours et des avantages qui me sont refusés. Lorsqu’ils tombent dans quelque faute ou qu’ils se sentent attirés par la tentation, je sais qu’ils peuvent avoir recours à la Confession. D’après ce qu’ils me disent, le prêtre les accueille toujours avec gentillesse et ne désire que les aider. En fait, je sais qu’il en a aidé quelques-uns à sortir de terribles pétrins. Ils m’ont avoué par la suite que sans lui ils seraient certainement allés au diable et je le crois sans peine.

" Pardonnez-moi, Père, mais ne le prenez pas mal si je vous dis franchement que je ne pense pas grand chose des catholiques qui ne pratiquent pas leur religion. Ces gens ne valent pas cher. Je suppose qu’ils confirment l’adage : Corruptio optimi pessima [La corruption des meilleurs est la pire].

" ’Alors faudrait-il donc s’étonner si je désire avoir un ami vers qui me tourner dans mes difficultés. Vous voyez vous-même que si je respecte et aime tendrement mon père et ma mère, il y a cependant bien des choses que je ne pourrais facilement leur dire. J’ai également de bons amis, mais nos secrets sont trop sacrés et intimes, et parfois trop complexes, pour être confiés ailleurs que dans un confessionnal à un prêtre tel que le conçois.’

" Inutile de vous dire que j’étais non seulement convaincu de la sincérité de George, mais également stupéfait de trouver chez ce jeune protestant une compréhension aussi claire de la Confession. "

CONFESSION ET RESTITUTION

Un autre fait qui impressionne vivement les protestants, c’est que chaque année, d’importantes sommes d’argent sont restituées à leurs propriétaires légitimes par le biais de la Confession. Il n’est pas facile de dire ce qui l’emporte, de leur surprise ou de leur joie, lorsqu’un prêtre catholique romain leur remet une somme d’argent avec ces quelques mots : " Permettez-moi de vous remettre ce montant d’argent qui m’a été confié. Il vous avait été enlevé et on m’a prié de vous le rendre. "

Il y a quelque temps, un marchand qui demeure dans le sud de l’Irlande m’a dit qu’un prêtre de l’Irlande du Nord lui avait envoyé 200 livres avec ce message : " Le montant ci-joint a été pris à votre père il y a bien des années et on me l’a remis pour qu’il vous soit restitué. "

LES GRANDS PROTESTANTS ET LA CONFESSION

Au commencement de la Réforme, les fondateurs du protestantisme eux-mêmes voulaient à tout prix conserver la Confession.

On trouve la déclaration suivante de Luther dans Prélude sur la captivité babylonienne : " Je préférerais plutôt continuer à être soumis à la tyrannie du Pape que d’abolir la Confession. "

Melanchthon déplorait amèrement la disparition de la Confession et déclarait qu’il était nécessaire de la rétablir.

Henry VIII, avant de tomber dans ses terribles excès, parlait ainsi de la Confession dans son livre sur la défense des Sacrements : " Si je n’avais pas lu la doctrine de la Confession dans les Écritures ou dans les livres des Pères de l’Église, il me suffirait de voir comment elle a été pratiquée par tous les peuples chrétiens dans tous les âges pour me convaincre qu’elle n’est pas une invention humaine mais une loi divine. "

Peu à peu, les réformateurs furent cependant contraints par leurs partisans, qui ne toléraient plus la moindre contrainte et voulaient donner libre cours à leurs pires passions, de rejeter la doctrine et la pratique de la Confession. Et jusqu’à ce jour, les plus éclairés des protestants déplorent la perte des consolations qu’apporte ce Sacrement.

Leibniz, illustre philosophe protestant, affirme en parlant de la Confession : " Nous devons admettre que l’institution de la Confession est digne de la sagesse divine et que la religion chrétienne ne contient rien qui soit plus noble ou plus admirable. L’obligation de se confesser contribue grandement, premièrement, à nous garder du péché – surtout si notre cœur n’a pas été déjà endurci et perverti. Deuxièmement, elle est d’une grande consolation pour ceux qui par malheur tombent, car elle les aide à se relever. Pour cette raison, je considère qu’un confesseur pieux, grave et prudent est un puissant instrument de Dieu pour le salut des âmes. Par ses conseils, il forme nos affections, il signale nos défauts et nous prévient des occasions de péché. Il nous exhorte à restituer ce nous avons volé, à réparer les injustices que nous pouvons avoir commises; il résout nos doutes et nous console lorsque nous sommes déprimés. En un mot, il aide à guérir ou à tout le moins alléger la faiblesse de notre âme.

" Si, sur terre, on ne trouve guère une chose qui soit supérieure à un ami fidèle, que pourrait-on dire de cette personne qui se trouve obligée par un inviolable Sacrement de religion à garder le secret de nos confidences, à nous accorder son aide et à nous donner ses conseils. "

Ce glorieux témoignage, écrit après mûre réflexion par un célèbre théologien protestant, devrait être médité par tous les penseurs sérieux.

Rien d’étonnant à ce que de nos jours des milliers et des milliers de protestants sincères et avancés tentent de restaurer la Confession dans leurs Églises.

Chapitre 5

LES FAITS SONT DES ARGUMENTS TÊTUS

Lorsque la Grande Guerre [Première Guerre mondiale] a éclaté, il n’y avait que 33 aumôniers catholiques dans l’armée britannique. Cela suffisait amplement aux besoins du moment étant donné que la vaste majorité des troupes étaient protestantes, ou du moins non catholiques.

De plus, les soldats catholiques, en plus de l’aide des 33 aumôniers officiels, avaient pleine liberté de fréquenter les églises catholiques des ports et des villes où ils étaient stationnés, et les prêtres du district avaient également libre accès aux casernes ou, selon le cas, aux navires de guerre.

Avec le commencement des hostilités et l’augmentation rapide du nombre des soldats, le gouvernement, composé entièrement de protestants, augmenta à 600 le nombre des aumôniers catholiques ! Ces aumôniers jouissaient de la plus haute considération et obtenaient d’emblée le rang de capitaines, avec solde complète, en plus de fonds supplémentaires alloués pour leurs dépenses. Le temps venu et compte tenu de leurs mérites, ils étaient promus au rang de major, de colonel et même de général, avec les émoluments correspondants. Tous les objets nécessaires au culte catholique comme les autels, les vêtements sacerdotaux et les vases sacrés étaient généreusement fournis. Pour autant que nous sachions, aucune autre armée ne témoignait pareille considération envers ses aumôniers.

Nous avons ainsi un éloquent témoignage de la valeur accordée à la Confession et aux Sacrements par un gouvernement fermement protestant.

Ces 600 aumôniers se distinguèrent si remarquablement que des milliers de protestants, remplis d’admiration par leur zèle et leur organisation, leur ont rendu publiquement hommage à la fin de la guerre.

Quelques-uns des grands journaux londoniens, nonobstant leur perspective purement protestante, n’hésitèrent pas eux non plus à déclarer que " les soldats catholiques, encouragés par la présence et le ministère de leurs Padres, ne craignaient ni homme ni diable et faisaient face à tous les dangers ".

Aucune difficulté n’empêchait ces prêtres héroïques d’être auprès de leurs hommes, qu’ils soient vivants, mourants ou morts. Ils étaient bien payés de retour car les soldats, fortifiés par les Sacrements, ne connaissaient pas la peur et accomplissaient des actes de bravoure incroyables. Un officier non catholique, stupéfait par leur sang-froid, déclarait : " Ces hommes faisaient face à la mort le sourire aux lèvres ! "

Leurs héroïques confrères de l’armée française, les braves entre les braves, remportaient également tous les suffrages des officiers comme des hommes et leur splendide courage a beaucoup fait pour insuffler une vie et une énergie nouvelles chez des soldats déjà épuisés par la fatigue et par la longueur et les rigueurs de la guerre.

Quelques incidents feront mieux comprendre le pouvoir de la Confession durant ces temps terribles.

Un fantassin agonisant, près des lignes françaises, demanda à son colonel de faire office d’interprète étant donné que le seul aumônier présent était un prêtre français. On l’assura qu’il pouvait faire sa Confession par signes, mais il insista pour confesser tous ses péchés. Devant l’ardent désir de ce pauvre soldat, le brave officier, qui était protestant, écouta la confession de cet homme et la traduisit au prêtre qui donna l’absolution. Rien ne pouvait égaler la gratitude du soldat à l’agonie qui expira quelques instants plus tard, heureux comme un enfant.

Le colonel fut profondément impressionné, posa de nombreuses questions et finit par devenir catholique avant la fin de la campagne. De nombreux autres officiers l’imitèrent.

L’évêque d’Amiens, après avoir visité 5.000 officiers et soldats blessés, affirma que 10 d’entre eux seulement ne s’étaient pas confessés et n’avaient pas communié ! Inutile de dire que ces 5.000 soldats appartenaient à divers régiments en provenance de différentes régions de France, de sorte que l’incident donne une bonne idée de ce qui se passait dans le reste de l’armée.

À l’arrivée des premiers détachements de soldats américains, quelques aumôniers britanniques offrirent courtoisement leurs services aux nouveaux arrivants. Ils apprirent avec joie que tous les hommes s’étaient confessés une ou deux semaines auparavant.

Un journaliste protestant suisse avait obtenu l’autorisation de visiter des postes avancés des Forces Alliées et il eut amplement l’occasion de parler avec les soldats.

Il publia à son retour de très beaux comptes rendus de ses rencontres avec les aumôniers : " Parmi les merveilles de cette terrible guerre, écrivait-il, une des plus extraordinaires est l’apparition d’une nouvelle sorte de héros, le héros prêtre, dont on ne saurait dire trop de bien. Il est l’admiration de tous et un merveilleux secours pour les hommes. "

Leur conduite contrastait vivement avec celle de bien des aumôniers protestants qui, malgré leur bravoure et leur ardent désir de venir en aide à leurs ouailles, devaient se limiter à un réconfort essentiellement matériel; ils leur apportaient du thé, du sucre, du tabac et organisaient des spectacles récréatifs pour les hommes qui se reposaient derrière les lignes. Ils ne pouvaient rien faire d’autre; ils n’avaient pas de Sacrements ni d’aide spirituelle à leur offrir. Les prêtres catholiques faisaient ce qu’ils pouvaient pour aider leurs hommes matériellement, mais leur véritable travail était de les entendre en Confession, de leur donner l’Extrême Onction et la Sainte Communion, de dire la Messe, apportant ainsi la vie, la joie et la consolation à leurs soldats qui étaient prêts à affronter la mort à tout moment.

Un soir, au mess, alors que tous les officiers présents étaient protestants à l’exception d’un seul, l’un d’eux racontait une très belle histoire à propos d’un aumônier catholique et, se tournant vers son collège catholique, il lui dit : " Vos prêtres sont des types épatants, mais je me demande bien à quoi servent nos pasteurs. "

Un autre ajouta : " Vous, les catholiques, vous pouvez vous permettre d’être braves; vous savez où vous allez, vous vous êtes confessés. Allez savoir ce qui va m’arriver si je tombe. "

La guerre des Boers. Un soldat catholique fut ramené mourant. Il demandait un aumônier. Le prêtre le plus proche était à 300 km. Informé du fait, le maréchal Lord Roberts donna immédiatement l’ordre d’envoyer une patrouille pour ramener le prêtre. Sur le chemin du retour, ils tombèrent dans une embuscade et durent se rendre.

Les Boers, en apprenant que le commandant en chef de l’armée britannique avait envoyé une patrouille à une telle distance pour ramener un prêtre à la demande d’un seul soldat mourant, furent stupéfaits. Les soldats firent le salut militaire et souhaitèrent bon voyage à la petite troupe.

La capture d’un vaisseau négrier. Il y a quelques années, un navire de guerre britannique avait reçu l’ordre de surveiller la côte africaine où des marchands d’esclaves se livraient à leur commerce barbare. L’un d’eux fut repéré mais au lieu de se rendre, il réussit à contourner un promontoire et à se réfugier en eau peu profonde.

Une chaloupe fut mise à l’eau avec ordre, si possible de le rejoindre et de le capturer. Le commandement avait été donné à un jeune lieutenant qui monta à l’abordage du navire ennemi sous une grêle de balles. Un combat s’ensuivit et l’équipage composé de féroces desperados livra une lutte désespérée. Le jeune lieutenant fit preuve d’une bravoure insigne et remporta la victoire malgré l’inégalité des forces en présence.

Il fut récompensé à son retour en Angleterre par une promotion au grade de capitaine. Répondant à un discours dans son ancienne école il déclara : " Messieurs, je mérite fort peu les louanges dont vous m’honorez. Bien que conscient du danger, je ne peux pas dire que j’aie ressenti de la peur. J’étais allé me confesser quelques jours auparavant et je savais que tout était bien. "

Chapitre 6

POURQUOI DIEU NOUS OBLIGE-T-IL

À CONFESSER NOS PÉCHÉS À UN HOMME ?

Le Fils de Dieu s’est fait homme de façon à être comme nous et à pouvoir ainsi plus naturellement gagner notre affection, notre sympathie, et nous contraindre à l’aimer.

Il est notre Seigneur et Maître et aurait pu nous obliger à le servir et à lui obéir mais il a plutôt choisi, dans son ineffable bonté, de captiver nos cœurs par les doux attraits de son amour.

Sa bonté, sa douceur, sa tendre affection, sa miséricorde, son inlassable patience, tout révèle de façon merveilleuse son amour infini. Sa loi est une loi d’amour; sa religion est un avant-goût du Paradis. Ses deux grands préceptes sont de l’aimer de tout notre cœur et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes.

Mais si notre doux Maître nous a donné une religion si pleine de tendresse et d’amour, pourquoi alors nous impose-t-il le stricte devoir, l’obligation humiliante de confesser nos péchés à des hommes qui sont faibles et pécheurs comme nous ? N’a-t-il pas dit à Madeleine : " Tes péchés sont remis. Va en paix " ? (Luc 7.48-50). Pourquoi n’adresse-t-il pas à chacun d’entre nous de semblables paroles de miséricorde et d’amour ? Pourquoi devons-nous nous confesser à un homme ?

Celui qui décrit la Confession comme un stricte devoir, une obligation humiliante, montre combien il connaît mal la Confession. En vérité, lorsqu’il a institué le Sacrement de la Confession, l’intention de notre Divin Maître était de nous donner une consolation durable, non de nous humilier et de nous faire honte. En dehors de la Sainte Eucharistie, dans laquelle il se donne lui-même, il ne nous a rien donné qui soit plus profitable, plus saint, plus propre à procurer la joie que la Confession sacramentelle.

Nous allons maintenant expliquer, clairement et en toute vérité, la pensée de Notre-Seigneur concernant la Confession.

LES DIX LÉPREUX

Lorsqu’il prêchait sur terre ses sublimes doctrines, Notre-Seigneur captivait tous les cœurs par son infinie bonté, guérissant les malades, réconfortant les affligés, faisant partout le bien. Les multitudes étaient sous le charme de sa grâce; leur cœur était brûlant lorsqu’il leur parlait.

Un jour, dix lépreux qui se tenaient à distance parce que la Loi leur interdisait d’approcher élevèrent la voix pour l’appeler : " Jésus, Maître, aie pitié de nous ! " Ils le priaient de les guérir.

Jésus répondit : " Allez vous montrer aux prêtres. " (Luc 17.14).

Il aurait facilement pu les guérir sans l’intervention de personne. Pourquoi les a-t-il envoyés aux prêtres ?

LE LOUP VORACE

Saint Paul, avant sa conversion, était semblable à un loup vorace et persécutait l’Église du Christ, possédé par une seule idée qui était de détruire l’œuvre du Divin Maître.

Poursuivant ce projet impie, il était en route vers Damas, investi de l’autorité pour arrêter et punir les disciples du Sauveur lorsque Jésus lui adressa ces paroles d’une inexprimable tendresse : " Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? "

Ces paroles ont transpercé le cœur du féroce persécuteur et le loup fut changé en agneau, la haine en amour et le persécuteur en Apôtre.

Tremblant et repentant, Paul interrogea humblement : " Seigneur, que veux-tu que je fasse ? "

Le Seigneur répondit : " Lève-toi et rends-toi dans la ville; là, on te dira ce que tu dois faire. "

Jésus s’adressait à Paul; il aurait pu lui dire lui-même ce qu’il devait faire, ou il aurait pu remplir son âme de lumière et manifester sa volonté. Mais non, il l’a envoyé chez Ananias, son ministre.

NOTRE RELIGION EST HUMAINE ET DIVINE

Mais pourquoi montrer avec tant d’insistance que Jésus pourrait pardonner les péchés sans la Confession, qu’il pourrait se passer de toute intervention humaine, alors qu’on pourrait en dire autant de toutes ses relations avec nous ?

Pourquoi prier Dieu ! Dieu ne connaît-il pas tous nos besoins; ne sait-il pas ce que nous souhaitons et espérons ? Pourquoi donc, alors, nous oblige-t-il à prier, à demander ?

Ne pourrait-il pas nous purifier du péché originel d’une seule parole ? Pourquoi nous oblige-t-il à nous faire baptiser, à faire verser de l’eau sur notre tête et à prononcer certaines paroles en nous disant que si ce rite n’est pas exécuté, nous ne pouvons entrer dans le Royaume des Cieux ?

Pourquoi faut-il oindre le mourant avec de l’huile; pourquoi faut-il utiliser du pain et du vin dans le Sacrement de l’Eucharistie ? Dieu pourrait tout faire sans intervention humaine, sans se servir de choses matérielles. Pourquoi Jésus a-t-il lui-même utilisé de la terre et de la salive pour guérir l’aveugle ?

Notre religion catholique est divine et humaine. Elle est divine par ses origines, par les grâces qu’elle accorde, par les lumières, la paix, la consolation qu’elle apporte. Elle est humaine parce qu’elle doit être en conformité avec notre nature et adaptée en toute chose à nos besoins. Dieu agit harmonieusement dans ses œuvres – Omnia disponit suaviter – mais jamais autant que lorsqu’il ordonne pour nous une religion on ne peut plus parfaite.

Une religion pour les hommes ne devrait pas être froide ou abstraite et il ne faudrait pas non plus qu’elle soit dure ou désagréable, qu’elle brusque ni qu’elle heurte nos sentiments et nos idées; elle devrait correspondre aux lois générales de notre être; elle devrait être perceptible à nos sens, visible et tangible. Nous agissons et tirons notre connaissance de ce que nous voyons, entendons et touchons, avec l’aide de notre imagination, de notre mémoire et de notre volonté. Notre religion, si importante pour nous de toutes les manières, devrait être à portée et dans les limites de nos facultés. Ce devrait être une religion pour des êtres humains, non pour des anges; pour des pécheurs faibles et rebelles qui ont besoin de réconfort, de force et de pitié, non pour les Saints dans le Paradis.

Notre-Seigneur a prêché en utilisant un langage sublime mais simple. Il s’est servi de métaphores claires et adaptées à ses auditeurs, qu’il prenait dans l’environnement auquel ils étaient le plus habitués. Dans ses comparaisons il a parlé des fleurs, des champs, de la mer. Il a comparé le Royaume des Cieux avec toute sa gloire à une graine de moutarde. Il s’est comparé à une poule qui veut rassembler ses poussins sous ses ailes.

Dans ses contacts avec le peuple, il a veillé aux besoins des humbles et des affligés. Avec quelle divine condescendance n’a-t-il pas consolé la veuve de Naïm lorsqu’il a ramené son fils à la vie; avec quelle tendresse affectueuse il a pleuré à la mort de Lazare; avec quel amour il a défendu Madeleine lorsqu’elle s’est agenouillée à ses pieds dans la maison du pharisien. Avec quelle gentillesse il a pardonné à la pauvre pécheresse, avec quelle douceur il a demandé qu’on laisse venir à lui les petits enfants et avec quelle divine condescendance il a laissé Jean reposer sa tête sur sa divine poitrine !

Il est devenu un homme au sens le plus vrai, le plus complet du terme, partageant nos émotions, nos sentiments, nos peines, susceptible des mêmes douleurs et sujet aux mêmes conditions de faim, de froid et de fatigue. Il a voulu être comme nous en toute chose afin que nous puissions plus facilement devenir comme lui.

C’est pour cette même raison qu’il a voulu nous donner une religion qui nous convienne en tout : facile, naturelle, remplie de paix et de consolation. Nous appliquerons cette doctrine à la Confession dans le chapitre suivant.

Chapitre 7

" VENEZ À MOI, VOUS TOUS QUI PEINEZ

ET PLOYEZ SOUS LE FARDEAU "

Dans le confessionnal, le prêtre est le plénipotentiaire de Jésus. Il est là pour continuer la mission de Notre-Seigneur auprès des pécheurs; il est là pour dispenser avec la plus grande générosité les miséricordes de Dieu envers les hommes.

" Ô MON DIEU, AIE PITIÉ DE MOI, PÉCHEUR "

Le pauvre pécheur, chargé de nombreux péchés, conscient de ses manquements et de ses faiblesses, s’agenouille aux pieds du ministre de Dieu. Il confesse ses fautes, aussi nombreuses et sombres qu’elles aient pu être; il se relève pardonné.

Son cœur était rempli de douleur, de peine et de honte, sa conscience tourmentée par le remords, son âme troublée par le doute et la crainte. Il dépose ce lourd fardeau aux pieds du prêtre; ses péchés sont engloutis dans l’abîme de la Miséricorde de Dieu; il a l’impression qu’on vient de lui enlever de sur les épaules le poids d’une montagne. Il fait de nouveau face à la vie avec toutes ses peines et ses tentations avec en lui une force nouvelle, une paix nouvelle, une vie nouvelle.

Et le prêtre ? Il éprouve une compassion infinie pour le pauvre pécheur à ses pieds. Avec quelle gentillesse il l’aide à se confesser; avec quel amour il l’encourage, avec quelle sagesse il l’admoneste et avec quelle humilité il fait comprendre au pécheur qu’il est lui aussi faible et pécheur. Jamais il ne ressent le moindre dégoût en écoutant les péchés de son pénitent, peu importe la gravité des fautes; il ne le méprise pas pour les petites mesquineries, les pauvres fragilités, les violentes tentations qu’il peut avoir à confesser. Au plus profond de son âme il remercie Dieu pour la grâce qui lui permet de sauver une âme égarée. L’immense consolation qu’il ressent est impossible à décrire.

Les plus grands et les plus heureux moments de la vie d’un prêtre sont à l’Autel avec son Dieu et dans le confessionnal avec ses pénitents.

Dieu fait naître en son cœur un amour et une affection pour les pauvres âmes qui viennent à lui, comparable à l’amour qu’il implante dans le cœur d’une mère pour ses enfants.

LE PETIT ENFANT

Si le pénitent est un petit enfant, innocent, pur et candide qui n’a pas encore connu les remords de conscience ni fait face aux durs coups de la tentation, le travail du prêtre est alors fort délicat. Il sait que " c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu ", et combien ils sont chers au Maître. Il sait également qu’il aura à répondre à l’Ange de cet enfant pour l’âme qui est confiée à ses soins.

Comme une mère, il écoute l’histoire des petites fautes et des petits manquements. Il s’efforce de guider les pas hésitants, à insuffler avec amour dans ce jeune esprit des pensées pour le Dieu du ciel, la beauté de son service, l’ingratitude du péché, la malice de l’offense faite à un Dieu si bon.

La petite graine est semée, le plant se développe et Dieu voit un autre lys immaculé s’épanouir dans son Jardin.

UN CŒUR BRISÉ

Le doux visage de l’enfant disparaît et une triste figure prend sa place. Le prêtre écoute à présent la voix contenue d’une âme profondément douloureuse, une pauvre âme torturée par le doute, écrasée par le poids des soucis, luttant contre une douleur presque trop cruelle à supporter.

Il écoute en retenant son souffle la triste histoire d’un cœur brisé, d’espoirs anéantis, d’une vie ruinée.

Que peut-il dire, quels mots peut-il trouver pour adoucir cette peine ? Il murmure une prière à l’Esprit d’en haut, un appel rapide et fervent pour l’aider à sauver, à réconforter le malheureux à ses pieds; et le Saint-Esprit, le Consolateur, lui souffle à l’oreille le message voulu, le sage conseil, les paroles de miséricorde qui telle une rosée céleste tombent sur l’âme douloureuse du pénitent pour lui donner réconfort et courage, et la résolution de porter amoureusement la Croix avec le Christ qui a tant souffert pour nous. La Croix est lourde, mais il a maintenant reçu la force de la porter. La vie passe rapidement et les portes de la Demeure éternelle s’ouvrent devant cette âme. Les paroles de son ami spirituel lui ont parlé de la récompense qui sera grande dans les Cieux, où le chagrin et la peine seront abolis à jamais.

Jour après jour, durant bien des années, le prêtre peine de longues heures dans le confessionnal. Il écoute, il pardonne, il réconforte, il encourage, il relève, arrachant sans cesse des âmes à l’Enfer pour les présenter à Dieu.

Telle est la Confession que dans leur ignorance certains protestants ne peuvent comprendre et que des catholiques même ont la sottise de considérer dure et désagréable.

Nous vous le demandons, que pourrait-il y avoir de plus humain, de plus consolant ? Quoi de plus digne de la douceur, de la Miséricorde et de l’Amour de Dieu !

 

Chapitre 8

NOUS AVONS TOUS BESOIN D’UN AMI

Quelle est la chose que nous désirons tous lorsque nous sommes rejoints par la peur, le doute, la tristesse ou l’infortune ? C’est assurément un ami, un véritable, loyal, prudent et affectueux ami vers qui nous pouvons nous tourner pour lui confier notre chagrin, rechercher ses conseils, et qui saura nous comprendre et nous consoler.

Un instinct enfoui au plus profond de notre nature nous porte à chercher un ami en cas de difficultés pour décharger notre cœur du poids qui l’écrase. L’homme est un être essentiellement social qui doit volontiers partager ses joies et ses peines, ses craintes et ses espérances avec les autres. La mère console ses enfants comme personne d’autre ne peut le faire; l’épouse aimable et avisée réconforte son mari lorsqu’il est dans le chagrin ou la tristesse; et un ami n’est jamais autant un ami que le jour où frappe le malheur.

C’est pourquoi Jésus, qui nous connaît comme personne au monde, nous dit : " Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. " (Matthieu 11.28). Telle est son idée de la Confession.

Il désigne un prêtre pour le représenter, pour être un autre Christ. Il remet les pleins pouvoirs à ce délégué, l’aide par ses inspirations divines et le prépare au cours de nombreuses années études – ce qui le rend digne du grand ministère auquel il l’appelle.

LES PERSES, LES CHINOIS ET LES JAPONAIS SE CONFESSENT

Tous les êtres humains, peu importe la race ou le tempérament, qu’ils soient chrétiens, juifs ou païens, ressentent ce besoin d’avoir quelqu’un à qui ouvrir leur cœur. Cela est si vrai que les Indiens, les Perses, les Chinois et bien d’autres peuples païens ont institué une sorte de " Confession " qui leur est propre afin de combler cette pressante exigence de la nature humaine.

Malheureusement, leur " Confession " est loin d’être parfaite car il lui manque les garanties et les secours divins, les grâces et les consolations que Dieu seul peut accorder – et surtout, l’absolution du prêtre. Cet humble effort produit cependant de grands biens et les résultats en sont souvent visibles. C’est un pas dans la bonne direction, bien que les garanties en soient absentes.

LE PÉCHÉ MORTEL

Nous pouvons tous ressentir la douleur d’une épine enfoncée dans notre chair. En fait, toute substance étrangère à notre être nous cause de la douleur et nous n’avons de cesse que nous ne l’ayons ôtée.

Infiniment plus grave encore est le poison que le péché introduit dans notre âme. Les amers remords, la peur du châtiment, la conscience de la colère de Dieu nous accablent et nous oppressent.

Être en état de péché mortel, c’est être en révolte contre Dieu. S’il fallait que le mince cordon de la vie se brise, nous tomberions en Enfer sans le moindre espoir de salut ou de pardon. Tant que nous demeurons dans ce terrible état, nous sommes sous le pouvoir du diable. Nous avons chassé Dieu, nous sommes ses ennemis et en conflit avec lui. En conséquence, l’Esprit du mal a sur nous la maîtrise et s’efforce par tous les moyens en son pouvoir de nous blesser, de nous gêner, de nous perdre.

Qui pourrait jamais dormir en paix avec une vipère dans son lit ? Qui consentirait à dormir avec un fou furieux dans sa chambre ? Qui songerait à se remettre entre les mains d’un ennemi cruel et implacable ? Et c’est pourtant cela que font ces hommes et ces femmes qui commettent un péché mortel et demeurent dans cet état.

Personne n’accuserait le docteur angélique, saint Thomas d’Aquin, de peurs inutiles ou de scrupules exagérés. Il déclare cependant que pour rien au monde il ne voudrait demeurait une seule nuit en état de péché mortel(2), et il ne pouvait comprendre qu’un homme ayant l’usage de sa raison oserait le faire. Le danger de la mort est toujours imminent, et " C’est une chose effroyable que de tomber aux mains du Dieu vivant ". (Héb 10.31).

DES CRIMINELS CONFESSENT LEURS CRIMES

C’est un fait bien connu dans les annales du crime que les hommes qui ont perpétré quelque crime horrible et qui réussissent à échapper aux mains de la justice ne trouvent jamais le repos. La vision de leur péché, le visage et le sang de leur victime sont toujours devant leurs yeux. Une peur étrange les hante jour et nuit, leur vie devient un enfer.

Finalement, incapables de supporter plus longtemps ces terribles tortures, ils confessent volontairement leur crime et se livrent à la justice. L’emprisonnement à vie dans les pénitenciers les plus sévères ou même une mort infâme sur l’échafaud est vue comme un soulagement par une conscience torturée. Si ces malheureux avaient eu la foi et s’ils s’étaient jetés aux pieds d’un représentant du Christ pour confesser leur péché, ils auraient trouvé le soulagement dans son pardon et dans leur propre repentir.

Judas, après avoir trahi Jésus, s’est pendu de désespoir. S’il était allé aux pieds du Maître ou s’il avait fait même un seul acte de contrition parfaite, il aurait échappé à son triste sort. Pierre, qui par trois fois a renié son Seigneur, s’est repenti, a imploré sa Miséricorde, et il est devenu le Vicaire du Christ sur la terre, celui qui détient les clefs du Royaume.

Chapitre 9

LE CHOIX D’UN CONFESSEUR

Nous avons tous des goûts et des sympathies personnels et c’est naturellement en fonction de ces préférences que nous choisissons nos amis.

Dieu nous permet aussi avec attention de choisir notre propre confesseur.

Notre prêtre de paroisse nous baptise et nous marie; il a également le devoir de nous administrer le Saint Viatique à l’heure de la mort; mais nous sommes tous libres de choisir notre confesseur parmi les nombreux prêtres autorisés à entendre en Confession.

Pourquoi cette liberté nous est-elle donnée ? Pour que nous puissions être parfaitement à notre aise en nous confessant.

Les confesseurs ont la stricte obligation de traiter avec la plus grande charité ceux qui viennent à eux mais, comme tous les mortels, ils ont leur tempérament, leur caractère et leurs manières propres, une culture et des idées différentes. C’est au pénitent de choisir qui il veut.

Les confesseurs n’agissent pas de leur propre chef et ne fondent pas non plus leurs décisions sur des opinions personnelles. Ils enseignent la doctrine de Jésus-Christ, insufflent ses conseils dans le cœur des fidèles et prennent leurs décisions sur des principes établis par les Pères de l’Église. Leurs pénitents ont ainsi la garantie de recevoir une saine doctrine et un bon conseil(3).

Mais en certaines choses, le confesseur doit user de sa propre discrétion et de son jugement en traitant avec les faibles et les forts, les enjoués et les déprimés, les négligents et les plus pieux. Il stimule les uns, restreint les autres; pour certains, il doit les reprendre, d’autres les consoler, car différentes sortes de maladies appellent des remèdes différents. Ce qui est nourriture pour l’un peut être poison pour cet autre.

C’est encore au pénitent de choisir le guide spirituel qu’il comprend le mieux et qui le comprend le mieux.

Chacun devrait prier longuement et avec ferveur pour que le Seigneur lui donne un Père spirituel approprié à ses besoins. C’est incroyable le progrès que l’on peut faire et la sécurité que l’on connaît entre les mains d’un guide compétent. Le don d’un bon confesseur est sans nul doute une des plus grandes grâces de Dieu. Une Confession bien faite peut changer le cours d’une vie entière et bien des Confessions de ce genre le font assurément.

Lorsqu’on a trouvé le Père et l’ami qui nous convient, il ne faudrait pas en changer facilement pour un autre. Celui qui a une confiance absolue en son médecin ne pense pas à consulter un étranger.

La coutume de changer fréquemment de confesseurs ou d’aller vers le premier qui se présente n’est pas recommandée, car tout comme la présence d’un trop grand nombre de médecins peut tuer le patient, des confesseurs peuvent créer la confusion chez le pénitent. Tous donnent sans doute de sains conseils, mais les conseils, comme les médicaments, doivent être administrés avec méthode et jugement. Si vous changez fréquemment de confesseur, comment le nouveau peut-il comprendre votre caractère et vos besoins ?

Le confesseur habituel veillera naturellement avec plus de soins et de diligence à la sanctification des âmes qui se confient à lui. Il prie pour elles durant la Sainte Messe; il surveille leurs progrès et encourage leurs efforts. Il les voit comme si Dieu les lui avait confiées, comme ses propres enfants, sa joie et sa couronne : gloria mea et corona mea (St Paul).

Il existe des confesseurs pour tous les goûts, toutes les classes et tous les niveaux de culture. Le prêtre de paroisse est très recherché par son peuple. Il est leur pasteur et leur Père dans le Christ. Il les a baptisés et mariés, il a partagé leurs joies et leurs peines – et combien d’entre eux n’a-t-il pas accompagnés jusqu’à leur dernière demeure dans le calme d’un cimetière. Ils lui doivent beaucoup et ils le savent fort bien.

Médecins, avocats, scientifiques et journalistes recherchent souvent un savant dominicain versé dans les doctrines de saint Thomas d’Aquin afin d’être mieux informés concernant les problèmes que présente leur profession.

Le bon frère Antoine, dans son Prieuré Saint-François, voit son confessionnal entouré par ses bien-aimés pauvres qui le vénèrent hautement.

Au Saint-Nom, beaucoup aiment le ton jovial et la manière magistrale du P. Stanislaus qui semble les pousser sur la voie du salut. D’autres préfèrent le cher P. Ignatius, dont la culture et l’aménité attirent en foules les élites.

Puis il y a le P. Berkeley à Old Mills avec ses 500 scouts, les plus solides gaillards du comté. Il n’est surpassé que par le P. Dominic, qui vient de fêter ses trente ans et a l’air d’un véritable grand-père au milieu de ses 200 petits catéchumènes âgés de sept à quatorze ans. On croirait parfois qu’ils veulent le mettre en pièces avec leurs marques d’affection.

Dans les paroisses rurales, ce jeune vicaire n’a pas son pareil, lui dont les gens disent qu’il sera le prochain évêque – et naturellement ils le savent. Au moindre appel, le voilà qui s’en va par monts et par vaux porter le Viatique à un mourant, hiver comme été, de jour comme de nuit. L’appel du malade est un appel de Dieu et pas un prêtre n’oserait hésiter un instant lorsqu’il est question de sauver une âme. S’il fallait que par sa faute une seule âme lui échappe sans les Sacrements, son remords durerait toute sa vie ! Combien de prêtres meurent victimes du devoir, mouillés jusqu’aux os par une froide nuit d’hiver pour porter le Viatique à un pénitent qui se meurt, ou victimes du typhus contracté en donnant l’absolution au travailleur malade dans sa pauvre petite cabane. Glorieux martyrs de la Charité !

Le dimanche, il est au milieu des jeunes qui se préparent pour le match de football, aussi enthousiaste que les joueurs et recommandant un accueil chaleureux et courtois pour les visiteurs.

Quels hommes merveilleux que ces prêtres catholiques, et quelle puissance dans la Confession !

 

Deuxième partie

LES MERVEILLES DE LA CONFESSION

Chapitre 10

LE CARDINAL MERMILLOD ET L’ACTRICE

L’histoire qui suit, racontée par le cardinal Mermillod, est une belle illustration de ce que la Confession peut réellement faire. C’est au cardinal lui-même que la chose est arrivée et c’est un incident parmi des milliers d’autres qui se produisent quotidiennement et donnent aux prêtres les plus vives consolations.

Son Éminence était à l’époque un simple prêtre, actif, brillant et d’une vive intelligence. Il se donnait corps et âme à son travail, incapable de faire les choses à moitié. Le devoir n’était pas seulement sacré, c’était une passion. Il y avait fort peu de prêtres à Genève à l’époque; les devoirs de la mission étaient lourds et l’atmosphère franchement hostile.

Un soir – il était plutôt tard et la journée avait été fatigante – on frappa avec force à sa porte. Un jeune homme, bien mis et d’allure avenante, entra et lui dit que son ministère était requis. Une dame était en danger de mort. Interrogé sur l’urgence du cas, le messager répondit que la situation était grave et que le prêtre était attendu le lendemain à la même heure. La maison était située dans un district éloigné et mal connu du P. Mermillod qui nota soigneusement l’adresse.

Fidèle à sa promesse, il se mit en chemin le soir suivant pour visiter la malade et trouva la maison sans trop de difficulté. C’était un beau chalet au milieu d’un jardin avec une vue magnifique sur le lac de Genève.

Il ouvrit la grille et s’approcha de la maison en remarquant qu’il y avait du monde à dîner, que la salle à manger était illuminée et qu’à travers les fenêtres entrouvertes on entendait distinctement les voix animées et les rires des convives.

Quelque peu perplexe, il sonna à la porte et un valet de pied en livrée lui ouvrit immédiatement. Ayant demandé à voir la personne malade, on lui répondit que tout le monde se portait bien dans la maison et qu’on lui avait probablement donné la mauvaise adresse.

" Mais n’est-ce pas le Chalet Violet et ne sommes-nous pas rue Valois ? " demanda-t-il en montrant l’adresse notée avec soin.

" L’adresse est exacte, Monsieur, mais il doit y avoir un malentendu. Personne n’est malade dans la maison et je ne vois pas comment un message aurait pu être envoyé sans ma connaissance. J’ai pour devoir de veiller à ce que ces communications parviennent à leur destinataire et on me donne les instructions correspondantes concernant les personnes que je dois recevoir. "

" Puis-je parler à votre Maîtresse ? " suggéra le P. Mermillod.

" Je regrette, Révérend Père, mais ma Maîtresse reçoit actuellement à dîner une troupe de l’Opéra. Cependant, si vous insistez, je lui porterai votre message. "

" Je vous en serais fort obligé car le cas me semble mystérieux et il ne me sera pas facile de parcourir à nouveau une si longue distance. "

En apprenant cet étrange incident, la dame de la maison fut naturellement surprise et, racontant le fait à ses invités, elle suggéra à son mari qu’il serait peut-être bien de voir ce prêtre. Le mari alla donc rencontrer le visiteur.

" Nous sommes désolés, cher Monsieur, d’apprendre que quelqu’un vous a demandé de venir sans que nous le sachions. Nous ne pouvons imaginer qui cela pourrait être ou quel aurait pu être le motif d’une plaisanterie aussi malvenue. 

" Personne n’est malade dans la maison, nous n’appartenons pas à votre religion et nous recevons en ce moment quelques amis du théâtre. Voudriez-vous vous joindre à nous ? Vous êtes tout à fait le bienvenu et mon épouse sera heureuse d’apprendre ce singulier incident de votre propre bouche. Je crois d’ailleurs que plusieurs de nos invités sont catholiques. "

La première réaction du P. Mermillod fut de décliner l’invitation puis, voyant la possibilité de faire quelque bien, il répondit qu’il avait déjà dîné mais qu’il serait heureux de se joindre à eux.

Après quelques mots de présentation à la joyeuse compagnie, il fut invité à prendre place aux côtés de l’hôtesse.

LE DÎNER

" Je n’ai jamais eu le plaisir de vous rencontrer, Père, lui dit-elle, mais nous avons tous entendu parler de vous. Nous sommes ravis de vous avoir parmi nous, mais quelle étrange aventure ! À quoi ressemblait votre visiteur ? "

Le P. Mermillod décrivit avec précision l’apparence du jeune homme qui lui avait rendu visite la veille – la dernière personne qu’il aurait cru capable d’une mauvaise plaisanterie – et il répéta aussi exactement que possible les paroles de son visiteur tout en montrant l’adresse et les quelques indications pour trouver la maison.

" Vous autres prêtres catholiques devez connaître d’étranges expériences. Devez-vous répondre à tous ceux qui vous appellent, même si vous ne les connaissez pas ? "

" Oui, Madame, c’est notre habitude d’aller vers tous ceux qui nous demandent, s’ils ont besoin de notre ministère. "

" Mais vous arrive-t-il souvent des aventures comme celle de ce soir ? "

" Il nous arrive, pour ainsi dire, toutes sortes d’aventures, et nous rencontrons des gens de toutes conditions mais, grâce à Dieu, nous pouvons faire beaucoup de bien et apporter un réconfort incalculable à bien des cœurs brisés. J’avoue qu’il ne m’est jamais arrivé une aventure comme celle-ci, mais certains de mes collègues ont vécu des choses tout aussi étranges. "

" Racontez-nous s’il vous plaît, Père, quelques-unes de ces ‘aventures’. "

Le P. Mermillod ne demandait pas mieux et commença à raconter quelques petits épisodes palpitants de son existence. On l’écoutait avec une vive attention et il répondit à plusieurs questions pertinentes, signe de l’intérêt qu’il avait suscité.

Avec cette délicieuse franchise qui caractérise les gens de théâtre, si différente des manières cérémonieuses et guindées de la société ordinaire, cette troupe d’acteurs et d’actrices manifestait une extrême curiosité pour tout ce qu’il leur racontait. C’était la première fois qu’ils rencontraient un prêtre et il était décidément fort différent des idées préconçues qu’ils se faisaient des ecclésiastiques. Il les surprenait franchement en leur disant combien la Confession était merveilleuse, non pas à force de paroles mais en relatant ses anecdotes. Tout cela était tellement différent de ce qu’ils avaient pu entendre ou lire auparavant. Il rapportait une information de première main; son évidente sincérité donnait à ses histoires un accent de vérité; et tout ce qu’il leur racontait était si humain et sincère que cela leur allait droit au cœur.

Il avait également de bonnes histoires à propos de libres penseurs avec qui il avait croisé le fer, et des notions ridicules qu’ils entretenaient sur les doctrines de l’Église catholique.

Rien, cependant, n’éveillait tant leur intérêt que la Confession et ils voulaient tout connaître sur la question.

Une jeune actrice remarqua en riant : " Comme j’aimerais passer quelques heures dans un confessionnal pour entendre toutes les peccadilles de mes chères sœurs. "

La boutade fut accueillie par des murmures amusés tout autour de la table.

" Ah, ma chère Dame, bien que vous viviez au milieu de ce monde de frivolités, j’ose dire que vous connaissez fort peu les horreurs et les immenses chagrins qu’on y rencontre. Être assis dans un confessionnal durant des heures et des heures d’affilée est une tâche, je vous assure, d’une tristesse et d’un ennui inimaginables, mais c’est un devoir que viennent alléger ses propres consolations.

" Nous y entendons bien des choses belles et consolantes, mais nous devons aussi écouter des histoires déchirantes qui vous rendent presque malade de chagrin. Des hommes et des femmes de toutes conditions, jeunes et vieux, riches ou pauvres, viennent nous confier les secrets les plus profonds de leur cœur, de pauvres cœurs si désillusionnés et déçus, déchirés et lacérés par une douleur indescriptible, une amertume sans remède, des torts qui ne peuvent être redressés. "

Se tournant vers la fenêtre, il montra un bateau de plaisance sur le lac avec des centaines de touristes à bord et dit à la jeune actrice : " Vous savez ce qui propulse à grande vitesse ce bateau sur les eaux ? C’est la vapeur sous pression, n’est-ce pas ? Cependant, cette vapeur pourrait envoyer par le fond ce bateau avec tous ses occupants s’il n’existait quelque chose dans le mécanisme pour prévenir une telle catastrophe. Ce petit quelque chose est une soupape de sûreté. Lorsque la pression dans la chaudière atteint un certain niveau qui pourrait la faire exploser, la soupape s’ouvre automatiquement pour libérer l’excès de vapeur, et le bateau de plaisance poursuit sa course en toute sécurité.

" Le cœur humain est une chaudière. Il peut supporter une grande pression, mais il existe un point où elle devient trop forte. Le chagrin, la peine, les soucis constants dépassent la résistance humaine. Le fardeau devient trop lourd à porter pour notre frêle nature. Nous devons en être soulagés.

" La Confession est cette soupape de sécurité. C’est là que le cœur brisé trouve ce baume qui l’apaise et le réconforte, que le faible et le chancelant reçoivent l’énergie et la force; c’est là que les doutes sont chassés, les craintes apaisées; que les plus opprimés reçoivent le réconfort; que le sombre désespoir se dissipe et que la vive lumière de l’espérance réjouit à nouveau l’esprit accablé bien près de succomber sous le poids du malheur. "

LES OBJECTIONS DES CONVIVES

" Mais, cher Monsieur ", s’enquit un des dîneurs, " ne pensez-vous pas qu’au lieu de consacrer tant d’heures à la Confession, il serait préférable d’améliorer le sort des pauvres, leurs conditions matérielles, d’éduquer et de relever les masses ? La pauvreté, la misère et l’ignorance qu’elles entraînent me semblent être une des causes principales des crimes. Après tout, l’essence de la loi du Christ est la charité. "

" En accordant notre attention à une sorte de maux, nous ne négligeons pas les autres ", répondit le P. Mermillod.

" Avez-vous une idée du nombre incalculable d’ordres religieux qui se consacrent entièrement au service des pauvres, des malades, des ignorants, des jeunes et des vieux ?

" Certains accueillent dans leurs institutions des personnes âgées des deux sexes et leur donnent le confort du logis, de la nourriture et des soins attentionnés. Ce sont les Petites Sœurs des Pauvres.

" D’autres organisent des orphelinats où ils préparent garçons et filles au combat de la vie. En plus d’insuffler dans leur esprit de sains principes moraux dans l’espoir d’en faire de bons maris et de bonnes épouses, ils leur enseignent un métier ou leur donnent une profession qui leur permettra de gagner honnêtement leur vie.

" Quelques ordres visitent les pauvres à domicile et font tout ce que la charité divine les incite à faire pour le soutien des indigents.

" Il existe des hôpitaux et des asiles pour toutes sortes de besoins. Qui n’a pas entendu parler des Sœurs de la Charité ? Dans l’Église catholique, mon cher Monsieur, rien n’est épargné pour venir en aide aux pauvres mais la plus grande œuvre de toutes est la Confession, l’œuvre sainte du Christ lui-même. ‘Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.’ (Mt 9.13).

" Vous conviendrez avec moi que la souffrance morale est de loin le plus terrible et le plus répandu des maux de l’humanité, celui qui menace l’individu, la famille et la société en général. Cette souffrance affecte toutes les classes, tous les âges et toutes les conditions.

" Le crime sous toutes ses formes abominables, la dégradation morale, la passion humaine déchaînée, voilà ce que nous cherchons à déraciner et à détruire par la Confession.

" Pourriez-vous me citer une telle institution en dehors de l’Église catholique ?

" Vous avez la police, les tribunaux, les prisons et les sanctions – choses assurément nécessaires. Mais nous relevons les criminels; nous appliquons des remèdes qu’ils acceptent joyeusement; nous ne les obligeons pas à venir vers nous; ils viennent de leur propre gré. Ils arrivent affligés et châtiés par le péché et la souffrance, mais ils repartent dans la joie, régénérés, avec des forces et une volonté renouvelées. Nous leur transmettons, par le pouvoir que le Christ nous a conféré, le pardon pour le passé et la force de ne plus pécher. "

" Cher Monsieur, vous revendiquez assurément un merveilleux pouvoir et qu’on ne peut facilement admettre. "

" N’avez-vous pas lu les paroles du Christ ? " repartit le P. Mermillod : ‘Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.’ (Jean 20.22-23).

" Permettez-moi de vous donner quelques exemples pratiques de ce pouvoir, des exemples que peut rencontrer tout prêtre qui entend en Confession.

" La grande majorité de ceux qui entourent nos confessionnaux sont sans aucun doute des honnêtes gens, des catholiques fervents et sincères. Mais il nous arrive de rencontrer de véritables loques humaines, des hommes qui ont baigné dans le vice durant des années, affaiblis par des péchés répétés, des femmes comme Madeleine qui sont tombées et ont été dégradées. Si seulement nous pouvons inciter ces pauvres gens à venir se confesser régulièrement et à suivre les conseils pratiques et très simples que nous leur donnons, nous les relevons infailliblement pour en faire des membres utiles et responsables de la société. "

" La Confession, dit un invité, peut cependant avoir un résultat bien différent. Si les hommes et les femmes peuvent commettre des péchés et courir ensuite vers le prêtre pour demander pardon, on excuse alors plutôt le péché – en fait, c’est un encouragement à pécher. "

" Vous faites une grave erreur. Pas un catholique ordinaire ne va se confesser dans un tel état d’esprit. Il sait trop bien qu’on ne se joue pas de Dieu. Il peut réussir à tromper le prêtre, il peut même se tromper lui-même, mais il sait fort bien qu’il ne trompera jamais Dieu et que c’est Dieu qui pardonne en réalité, par le moyen du prêtre.

" Les plus humbles de nos fidèles comprennent que pour recevoir le pardon et l’aide consécutive pour éviter le péché, il leur faut être fermes et sincères dans leur résolution d’éviter le péché; ils doivent abandonner les occasions dangereuses de pécher et s’efforcer avec courage de mener une bonne vie. Lorsque ces conditions sont observées, la Confession, je le répète, produit des résultats remarquables. "

LA QUESTION DES CRIMINELS CATHOLIQUES

" Il existe un petit axiome, Révérend Père, dit l’hôte, qui milite contre votre affirmation : ‘Celui qui veut trop prouver, ne prouve rien’. Si votre Confession est un si merveilleux remède contre le mal, comment se fait-il que tant de vos catholiques figurent parmi les criminels de ce monde ? N’y a-t-il pas des milliers de catholiques dans nos prisons; ne sont-ils pas nombreux également à périr sur l’échafaud ? "

Cette objection fit l’effet d’une bombe. Un lourd silence pesait sur les convives et tous les yeux étaient tournés vers le P. Mermillod comme pour lui demander ce qu’il avait à répondre à cela :

" Je vous remercie, répondit-il, de me donner l’occasion de clarifier un point important de notre discussion.

" Il y a des milliers de catholiques qui ne le sont que de nom. Il est certain que ceux-là fournissent une bonne part des criminels à nos prisons. Mais nous ne les considérons pas comme des catholiques. Il existe cependant des milliers d’autres catholiques qui vivent en accord avec leur foi, pratiquent leur religion et observent ses préceptes et ses commandements. Je vous assure qu’on trouve fort peu de criminels parmi ceux-là. Je voudrais également souligner que j’entends par vrais catholiques ceux qui reçoivent les Sacrements régulièrement, car les Sacrements sont la grande fontaine de force. Parmi ces Sacrements, la Confession est de la plus haute importance. Les catholiques qui se confessent fréquemment n’envoient que rarement, sinon jamais, des criminels en prison ou des meurtriers à l’échafaud. Je dis rarement parce qu’il peut y avoir de soudains accès de colère, des tentations inattendues, de violentes provocations – toujours déplorables, mais qui ne doivent pas nous surprendre étant donné la faiblesse de la nature humaine.

" Il est également certain qu’il y a beaucoup moins de suicides, moins de grossière immoralité parmi les catholiques dont je vous parle. Ces faits ne sont pas seulement fondés sur des statistiques précises et fiables compilées par des catholiques, mais également sur des informations obtenues de sources protestantes impartiales.

" Cette affirmation est d’une telle importance que je vous invite tous à l’examiner attentivement et honnêtement.

" Pour être plus clair encore je mentionnerai ce que l’on pourrait appeler une troisième classe de catholiques, des hommes et des femmes qui vont rarement à l’église, qui pratiquent leur religion de façon irrégulière, qui reçoivent rarement les Sacrements. Ce sont des catholiques ignorants, distants et négligents qui appartiennent en réalité à la première catégorie, les catholiques de nom, et qu’on ne peut considérer comme de véritables catholiques. "

" Mais, cher Monsieur, que pouvez-vous dire de ces pays soi-disant catholiques comme l’Espagne, la France, le Mexique et le Pérou ? "

" Ces pays étaient autrefois catholiques. Bien des Espagnols, des Français, des Mexicains et des Péruviens ne méritent plus le nom de catholiques. Ils ne sont pas seulement apostats, mais ils vont jusqu’à persécuter et insulter l’Église. Il existe encore cependant de fidèles catholiques parmi ces nations, et c’est à eux que s’applique mon principe.

" Lorsque Judas eut trahi son Seigneur, il ne pouvait plus être classé parmi les Apôtres ou les amis du Christ. La même chose s’applique aux catholiques.

" Les Juifs étaient incontestablement le peuple choisi de Dieu, visiblement aimés et protégés par lui. Lorsqu’ils l’abandonnaient, comme ils le firent souvent, ils perdaient tout droit à sa protection et ils étaient sévèrement punis et humiliés. Les mauvais catholiques, comme les mauvais Juifs, peuvent devenir les plus grands ennemis de Dieu. Ils ne peuvent alors être appelés le peuple de Dieu ni en réclamer les prérogatives.

" Notre discussion porte actuellement sur les mérites de la Confession et je prétends que la Confession, régulièrement pratiquée, produit de bons catholiques et de bons citoyens – et on retrouve rarement, sinon jamais, des criminels parmi eux. "

" Et les protestants ne pourraient-ils pas pour les mêmes raisons faire la distinction entre les bons et les mauvais protestants ? "

" Certainement pas ", répliqua le P. Mermillod en souriant. " Votre position est totalement différente, car chaque protestant a le droit de penser et d’agir pour lui-même, tout en restant un bon protestant.

Plus un catholique vit en conformité avec sa foi, meilleur il est; plus vous agissez en accord avec les principes protestants, moins vous êtes bons.

" Votre principe de l’interprétation personnelle des Écritures donne à chacun de vous le droit de choisir les doctrines auxquelles il souhaite adhérer. Par conséquent, plus vous agissez en bon protestant, plus vous différez les uns des autres et plus vous vous écartez du grand corps de la doctrine du Christ contenue dans les Écritures. De là les incroyables différences doctrinales entre les différentes sectes et parmi les membres de chaque famille protestante – des différences, notez-le bien, sur des vérités importantes et fondamentales. Vous admettez ou vous reniez ces doctrines comme bon vous semble.

" Ainsi, plus vous vous conformez à vos principes protestants, plus vous vous éloignez du plein enseignement du Christ – mais vous demeurez toujours néanmoins de bons protestants !

" Le deuxième principe fondamental chez le protestant est celui de la ‘justification sans les œuvres’. Plus vous vous appliquez à vivre en accord avec ce principe, moins vous êtes enclins à pratiquer de bonnes œuvres – et vous êtes encore toujours un bon protestant !

" En réalité, votre seule chance d’être bons est de ne pas agir en fonction des principes protestants ! Car vous êtes alors plus portés à accepter tous les enseignements du Christ et pas uniquement ceux qui vous paraissent bons. Deuxièmement, vous accepterez la nécessité des bonnes œuvres et vous les pratiquerez ainsi plus volontiers.

" J’ai reçu dans l’Église catholique plusieurs excellents protestants qui m’ont assuré, après avoir été pleinement instruits, qu’ils avaient toujours cru dans les doctrines du Christ contenues dans la Bible, exactement comme je les leur avais expliquées.

" Il ne me restait plus qu’à leur expliquer la doctrine de l’infaillibilité, qu’ils acceptaient non seulement sans difficulté, mais déclaraient qu’ils en avaient toujours eu une connaissance subconsciente et que virtuellement, ils y croyaient déjà. Ils avaient toujours eu l’impression que l’Église doit avoir le plein pouvoir d’enseigner et d’insister sur son enseignement. Ces hommes et ces femmes n’agissaient pas en fonction des principes protestants, mais

ils étaient néanmoins bons. "

POURQUOI TOUTE CETTE HISTOIRE

À PROPOS DU PÉCHÉ ?

" Une dernière objection, cher Monsieur ", dit l’hôtesse, qui bien qu’elle ait gardé le silence durant toute la discussion, avait écouté la discussion avec une attention extrême.

" Je comprends mal pourquoi les catholiques donnent une telle importance au péché. Quel mal les péchés peuvent-ils faire au Tout-Puissant ? Il ne s’inquiète certainement pas de quelques paroles ou pensées mauvaises qui ne font de tort à personne. Et pourtant mes amis catholiques sont horrifiés si nos chers compagnons de théâtre nous présentent quelque chose d’un peu trop libre ou si un excellent livre contient quelques chapitres qui ne sont pas en harmonie avec leur façon de penser. Ils ne voudraient pour rien au monde manger de la viande le vendredi ou manquer la Messe, qu’il pleuve ou qu’il vente.

" Sans vouloir vous offenser, il me semble que de telles manies sont pudibondes et sentent la superstition. Nous devons vivre dans le monde et laisser vivre. Je suis parfaitement d’accord que le crime, le vol et la violence sont de grands maux; voilà les péchés contre la société. "

Cette objection, à en juger par les réactions, semblait aussi refléter la difficulté d’un grand nombre.

" Cependant, chère Madame, le péché des Anges fut une pensée de révolte, et le résultat fut qu’un tiers de ces glorieux esprits ont perdu leur trône dans le Ciel. C’est pour avoir mangé un petit fruit que notre Première Mère, Ève, a entraîné la chute de toute la race humaine. N’est-ce pas un acte de désobéissance qui a privé Saul de son trône, et un regard coupable qui a conduit David à commettre un crime abominable ? C’est aussi un acte de vanité qui a causé la perte de 70.000 de ses sujets. Le vénérable Éléazar n’a-t-il pas sacrifié sa vie plutôt que de manger de la viande de porc ? Et que dire de la mort d’Oza et d’Ahio pour avoir osé toucher l’Arche ?

" Oubliez-vous le Déluge, qui a presque effacé la race humaine tout entière, et la destruction de Sodome et Gomorrhe, tout cela à cause du péché ?

" Et dans la vie humaine, nous voyons comment un acte insignifiant peut être considéré comme un grand crime s’il offense une personne en autorité. Combien d’hommes ont donné leur vie pour défendre un soi-disant honneur outragé par une insulte, une parole imprudente, un affront. Combien de grands hommes ont perdu leur tête en raison d’une offense faite à un personnage royal – on parlait de ‘haute trahison envers le roi’. Le péché est une haute trahison envers le Roi des rois.

" Chère Madame, ce que vous ne comprenez pas, c’est que ce n’est pas l’acte insignifiant qui est mal, mais le principe qu’il implique : la malice de l’offense envers un Dieu infini, à qui nous devons notre amour, notre gratitude et notre allégeance.

" Si Dieu et mort à cause de notre péché, il faut certainement que le péché soit terrible. Si le péché est puni par le feu de l’Enfer, le péché doit être énorme. En minimisant le péché, ce n’est pas les catholiques que vous jugez, mais Dieu lui-même.

" Une minuscule goutte de poison à peine visible peut tuer l’homme le plus résistant; ainsi le péché, qui vous semble à vous insignifiant, est un outrage envers le Très-Haut. Vous déplorez les maux envers la société, mais vous tenez pour rien les péchés contre Dieu !

" Personne ne distingue plus soigneusement que l’Église catholique entre les petites fautes et les fautes graves. Personne n’est plus prêt à fermer les yeux sur les petites entorses à la loi, et plus prompt à pardonner les grands péchés, si seulement le repentir est sincère, que l’Église catholique.

Manger délibérément de la viande le vendredi sans raison est en réalité une révolte, tout comme ce fut une révolte lorsque Lucifer a dit : ‘Je ne servirai pas’. Éléazar a préféré mourir plutôt que de manger de la viande interdite.

" Les mauvais théâtres corrompent les bonnes mœurs; les mauvais livres sont la ruine de la morale et la cause de crimes innombrables. Ce sont des péchés contre la société, mais plus encore, ce sont des offenses faites à Dieu.

" Oui, nous devons vivre, chère Madame, dans le monde, mais ne soyons pas de ce monde mauvais. Nous devons vivre et laisser vivre, comme vous le dites fort bien, mais nous ne pouvons consciemment approuver ou encourager le mal et ce qui y conduit.

" Permettez-moi surtout d’attirer votre attention sur le fait que l’Église catholique construit tout son édifice moral sur les Dix commandements, les préceptes et les conseils du Christ. Elle ne condamne rien que le Christ n’a pas condamné. Vous ne prétendez sûrement pas que les Dix commandements et les conseils du Christ sont pudibonds et superstitieux. Cependant, les péchés dont les catholiques parlent tant sont des violations des commandements de Dieu et des préceptes du Christ.

" En conclusion, par le péché nous chassons Dieu loin de nous; tant que nous restons dans le péché, nous sommes en révolte contre lui. Par le fait même, nous nous rendons au diable et lui donnons pouvoir sur nous. Lorsque nous sommes dans le péché, nous sommes les esclaves du vice, les enfants et les esclaves de Satan. "

L’ACTRICE

Peu après cette dernière objection, tous les convives quittèrent la table pour se diriger vers un salon spacieux où ils se séparèrent en petits groupes. Certains continuaient à bombarder allègrement le P. Mermillod de questions auxquelles il répondait avec bonhomie. Finalement, alors qu’il se préparait à se retirer, une jeune actrice le prit à part et lui dit : " Père, pourriez-vous me recevoir demain. J’ai quelque chose de très important à vous dire et je crois que je peux expliquer le mystère qui vous a si heureusement amené parmi nous ce soir. Vous avez fait à certains d’entre nous un bien incalculable. "

Le P. Mermillod fixa volontiers un rendez-vous à la jeune visiteuse et prit congé, accompagné par son hôte jusqu’à une automobile qui avait été aimablement mise à sa disposition.

Le jour suivant, à l’heure fixée, Mademoiselle Blanche de Vaudois, la jeune actrice de la veille, se faisait annoncer.

" Mon Père, lui dit-elle, je suis catholique, une de vos brebis égarée. Je suis une cousine de la comtesse de Vaudois qui nous a élevés depuis notre jeune âge avec une attention maternelle, mon frère et moi, lorsque nous sommes devenus orphelins. Après mon entrée dans la société, qui se fit brillamment, je succombais aux plaisirs et aux vanités du monde. Fêtée et flattée, je perdis peu à peu la tête. Douée de ce que les gens appellent une ‘voix divine’, je résolus, en dépit de tout ce que ma chère tante et mon frère ont pu me dire, de tenter ma chance sur la scène. Cela faillit leur briser le cœur.

" À nouveau, c’est le succès qui m’attendait. J’ai été pendant de nombreuses années la star de notre compagnie. J’abandonnais malheureusement presque complètement ma religion, pour ne rester attachée qu’à la seule dévotion de mon Rosaire que mon cher frère, dans une lettre écrite sur son lit de mort, m’a adjurée de ne jamais abandonner.

" Depuis quelques mois, mon étoile décline. Cette jeune actrice dont les traits d’esprit ont déclenché tant d’éclats de rire hier soir, a pris ma place. Cela j’aurais pu le supporter, bien que ce soit très dur, car c’est à quoi il faut s’attendre dans notre profession. Malheureusement, un sort bien pire m’attendait. J’ai été presque huée sur scène à plusieurs occasions. Mon rôle n’était pas sympathique, mes nerfs étaient ébranlés et je n’avais plus le charme et le prestige d’autrefois pour me sauver. Ma coupe était pleine et j’étais bien décidée la nuit dernière à en finir.

" Tout était prêt et j’avais choisi l’endroit dans le lac où j’avais l’intention de faire le plongeon fatal. L’eau y est si profonde et les rives si escarpées qu’il est impossible d’en réchapper. Voici trois lettres que j’ai écrites pour des amis très chers auxquels je demande de me pardonner.

" Mon sort était inévitablement scellé et je n’imaginais pas pouvoir être dissuadée de faire ce que j’avais résolu. Je ne ressentais aucune peur, j’étais ente les mains d’un pouvoir plus fort que moi.

" Je suis assurément la dame malade qu’on vous a demandé d’aller visiter, malade à en mourir. Votre visiteur était l’esprit de mon cher frère. La description que vous en avez faite était si frappante, le portrait si clair qu’il ne peut y avoir d’erreur.

" Il a promis dans cette dernière lettre déchirante qu’il prierait toujours pour moi devant le trône de Dieu.

" Père, vous m’avez sauvée, lui et vous. Je suis prête à me confesser, si vous me jugez digne de votre attention. "

Quelques jours plus tard, Mademoiselle Blanche terminait son contrat avec le théâtre. Elle trouva le temps de rendre une fois de plus visite au P. Mermillod, puis elle quitta Genève.

Moins d’un an plus tard, il reçut une lettre d’une sœur Dominique du Saint Rosaire, autrefois Blanche de Vaudois, depuis son cloître dominicain. Elle l’assurait qu’elle y avait trouvé la paix parfaite et qu’elle consacrait désormais sa voix divine à la gloire de Dieu.

" Servez-vous de mon histoire comme vous l’entendrez, mon cher Père. Elle sauvera peut-être d’autres âmes d’une ruine irréparable. "

 

Chapitre 11

LES DEUX TRIBUNAUX

L’idée parfois nous traverse l’esprit et nous l’entendons même certaines fois exprimée en paroles : " Pourquoi Dieu est-il si sévère ? "

Il sera par conséquent intéressant de comparer les méthodes suivies par l’administration de la justice divine et de la justice humaine.

Dans le cas de la justice humaine, l’homme – faible et faillible – se constitue lui-même juge de ses semblables.

Un crime est commis. Il est immédiatement dénoncé. L’accusation est publique, la sentence est sévère, la punition rigoureuse.

Prenons un cas ordinaire. Quelqu’un a commis un forfait, un vol, un meurtre. Les serviteurs de la loi se mettent aussitôt à sa poursuite, comme des limiers sur les traces du mécréant. Il n’est pas question de préserver le secret ou de protéger le coupable de la honte.

La police a l’ordre de le rechercher où qu’il soit, peu importe son action du moment, si sacrée qu’elle puisse être. Il peut arriver qu’il se trouve au milieu de son infortunée famille, totalement inconscient de ce qui lui arrive, entièrement innocent de tout crime. Il peut être à son club au milieu de ses amis, ou sur la voie publique occupé à ses affaires. On l’arrête sans avertissement, il est traîné à travers les rues sous le regard de tous, exposé au mépris et aux huées de la foule.

Précipité devant les magistrats, il est impitoyablement accusé, interrogé, assailli de questions malignes destinées expressément à le piéger pour lui faire avouer quelque culpabilité. On lui pose des questions de caractère strictement privé; il est contraint de rendre compte de tous ses mouvements, de se souvenir de chacune de ses paroles, de les admettre ou de les nier.

Les journaux discutent son cas, lui donnent énormément de publicité, critiquent ses actions, interprètent mal ses motifs et transforment en réalités de simples éventualités.

Sa famille est plongée dans le chagrin, ses amis l’évitent, les soupçons pèsent lourdement sur lui.

Après cette première phase de son martyre, on le laisse traîner pendant des semaines ou des mois en prison dans l’attente de son procès, en proie à la douleur, à la peur, à l’angoisse. Chacune de ses paroles est prise en note et sera si possible utilisée contre lui.

Entre-temps, ses accusateurs cherchent des preuves pour le condamner; ils ne s’épargnent aucune peine pour assurer sa condamnation.

Enfin, le jour du procès arrive. La salle est remplie de curieux venus se distraire au spectacle de la misère humaine et qui regardent cyniquement l’homme que ses juges sont en train d’accuser. Il ne distingue aucune marque de sympathie dans cette mer de visages insolemment tournés vers lui, pas une parole de compassion n’est prononcée.

L’accusation est portée en des termes qui rendent difficile de trouver une issue. Les témoins, préparés par les avocats, sont entendus les uns après les autres. La vie entière de cet homme est mise à nu.

Les preuves sont présentées si habilement que tous sont amenés à croire à sa culpabilité. Tout ce qu’un magistrat astucieux, habile et accompli peut faire valoir contre l’accusé est utilisé. Des soupçons insidieux sont subtilement mélangés aux faits plus certains.

Il est vrai qu’un avocat est là pour le défendre, mais comme sa tâche est difficile ! Peu importe ce qu’il fera, il ne pourra protéger son client de la honte, de la disgrâce, de l’ignominie des accusations. Il ne pourra empêcher le procureur général, un homme d’une grande habileté, de noircir une bonne renommée, de soulever les soupçons les plus graves, même s’il n’est pas absolument convaincu de la culpabilité de son client.

L’accusé est évidemment autorisé à appeler des témoins pour sa défense. Ceux-là se voient cependant bousculés et harcelés par un feu roulant de questions par l’avocat du ministère public, dans le but apparent d’examiner la preuve, mais qui a en réalité pour effet d’annuler tout ce qui a été dit en faveur de l’accusé. Plus le contre-interrogatoire est efficace, plus on considère que l’avocat est compétent, spécialement s’il parvient à faire passer sous silence ce que l’accusé voulait dire et à lui faire dire ce qu’il n’avait pas l’intention de dire. Ceux qui ont déjà assisté à pareille scène ne sont pas près de l’oublier et personne, s’il peut l’éviter, ne souhaiterait jouer le rôle de témoin ou participer à un procès.

Souvenons-nous également que l’homme sur le banc des accusés est peut-être innocent. Il arrive souvent à la barre de la justice humaine qu’on libère le coupable et que l’innocent soit puni.

Si l’accusé est trouvé coupable, la loi est inexorable; elle doit suivre son cours. La sentence est écrasante; l’honneur du condamné est détruit à jamais. Sa femme et ses enfants innocents partagent sa disgrâce éternelle. Aucun espoir de dissiper le sombre nuage; ils seront à jamais connus comme l’épouse d’un malfaiteur, les enfants d’un meurtrier.

Telle est la procédure des tribunaux humains où les hommes accusent, jugent, condamnent des hommes comme eux.

Mais tout cela est pour ainsi dire nécessaire. La société doit être protégée. Les méchants doivent être punis. Il faut que l’ordre soit maintenu.

Nous ne contestons pas les bonnes intentions des tribunaux et nous ne nions pas la nécessité de maintenir l’ordre. Nous déplorons simplement la nécessité, si nécessité il y a, de mesures aussi cruelles.

La tableau n’est pas non plus exagéré. Les cas que nous décrivons se produisent tous les jours et sont rapportés par la presse mondiale.

Mais n’y a-t-il pas d’appel ? Peut-on demander réparation ? C’est que les frais dans la première instance étaient énormes. Dans le cas d’un appel, ils pourraient être exorbitants, et le résultat est pour le moins douteux.

COMMENT DIEU ADMINISTRE LA JUSTICE

Voyons maintenant comment la justice divine est administrée par le Grand Dieu du Ciel à ses créatures rebelles et pécheresses.

Il prend à part le coupable en secret par la voix de sa conscience et personne ne l’entend sinon le pécheur, de sorte que nul n’est au courant de sa culpabilité.

Il le conduit vers un endroit caché où personne ne l’accuse. Personne n’est appelé à témoigner contre lui. Son âme est peut-être noire de culpabilité, il a peut-être outragé son Créateur, mais il n’y a personne ici pour le mépriser. Il s’agenouille aux pieds de son Père aimant qui est là pour lui parler non de punition, mais de pardon, qui lui rappelle non pas la Justice de Dieu, mais sa Miséricorde, et qui l’assure finalement du pardon de Dieu entier et total.

Il n’est pas question de peine de mort, de longues années d’emprisonnement, de peur et de disgrâce perpétuelle.

Il confesse lui-même ses fautes; il est cru, on ne jette aucun doute sur la véracité de sa parole. Le ministre de Dieu remplit son âme de réconfort, son cœur de paix, sa volonté de force. Il applique sur l’âme pécheresse, souillée et dégradée par le péché, le Précieux Sang de Jésus, qui lui enlève ses taches et rend le coupable agréable au regard des Anges.

Une légère pénitence est imposée dont le pécheur absous s’acquitte avec joie. Il reçoit de précieux conseils qu’il met fidèlement en pratique. Il revient de temps à autre pour se faire réconforter à nouveau, recevoir des forces fraîches et de nouvelles grâces.

Il n’y a pas de coûts, pas d’amendes, pas de dépenses !

L’accusé se relève repentant. L’amour de Dieu adoucit sa peine, la miséricorde de Dieu le remplit de gratitude, la grâce de Dieu lui donne la force de ne plus pécher.

La promesse de Dieu est ici en vérité remplie : " Venez donc et discutons, dit Yahvé. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront. " (Isaïe 1.18).

MAIS " ON NE SE MOQUE PAS DE DIEU "

Oui, le Tout-Puissant est d’une infinie patience avec ses enfants pécheurs et rebelles. Ils sont faibles. Il est pleinement conscient de leur faiblesse, mais il leur offre tant de force, tant de grâce et tant de secours que quelque péché qu’ils aient commis, ils doivent le confesser comme étant pleinement et entièrement dû à leur propre volonté délibérée.

Sont-ils aveugles ? Il jette la lumière dans leur âme. Il leur fait voir la sombre ingratitude, la malice du péché. Ce n’est pas comme s’ils avaient péché sans le savoir.

Sont-ils indolents, indifférents, apathiques ? Il les sort de leur léthargie en leur permettant de voir la mort, la punition des autres.

Sont-ils absorbés par les affaires, les plaisirs ? Il les appelle constamment par la voix de la conscience en leur montrant les dangers qu’ils courent et en leur offrant de magnifiques récompenses lorsqu’ils sont bons.

Que leur demande-t-il de faire ? Rien de difficile, rien de pénible, spécialement s’ils acceptent d’utiliser les grâces et les secours qu’il leur offre.

Ces secours sont, premièrement, de lui demander son aide par la prière. En retour, il promet de leur donner tout ce dont ils ont besoin. Quoi de plus facile ?

Deuxièmement, il conseille d’appliquer son Précieux Sang à leur âme par la Confession fréquente. Ils triompheront alors de toutes les difficultés.

Troisièmement, il les invite à le recevoir souvent dans la Sainte Eucharistie, avec toutes les grâces qu’il leur accorde ainsi.

Que pourrait-il y avoir de plus délicieux que de recevoir le Dieu d’amour, de douceur et de miséricorde infinies dans leur âme ? Mais que leur demande-t-il de faire ?

Simplement d’être les bons enfants du meilleur des Pères, de faire leur devoir, de remplir leurs obligations. Il leur demande d’êtres justes, droits et purs; de ne pas voler, ni tuer ni faire le mal. En un mot, il les prie d’être des hommes et des femmes honnêtes, respectables, et non des criminels et des délinquants. Pourrait-il faire de plus pour nous ? Pourrait-il exiger moins de nous ?

Cette patience infinie de Dieu dure jusqu’au dernier moment de la vie. Ce n’est que lorsque sa bonté est méprisée, sa Miséricorde abusée et son amour outragé que sa Justice entre en jeu. Dieu est juste par essence, et le péché est par essence un mal qui doit être puni. Mais Dieu épuise premièrement toutes les ressources de sa Miséricorde, qui est avant tout son œuvre, pour éviter, si possible, d’utiliser sa Justice. (Yahvé est bonté envers tous, ses tendresses vont à toutes ses œuvres. " – Psaume 144.9)

Si, par notre propre vouloir, nous sommes rebelles et continuons à nous rebeller, nous attirons finalement les foudres de sa Justice sur nos têtes. Sa Justice doit punir l’obstination dans le péché.

Beaucoup de ceux qui ridiculisent la Confession durant leur vie changent d’idée lorsque la mort approche et ils recherchent, hélas en vain, la consolation qu’ils ont méprisée durant tant d’années.

D’Alembert voulait se réconcilier avec Dieu sur son lit de mort, mais Condorcet, son mauvais amis, a veillé à ce que le prêtre ne puisse pas se rendre au chevet du mourant et il mourut en proie à d’amers remords et à d’horribles peurs.

Diderot montrait des signes de repentir et avait même parlé quelques fois à un prêtre. Ses amis, inquiets devant ces changements et craignant que sa conversion ne jette le ridicule sur leur philosophie, se hâtèrent de l’emporter à la campagne où le prêtre ne pouvait le visiter.

Voltaire, dans les derniers jours de sa vie, a cherché la consolation de la Confession mais une fois de plus ses cruels et cyniques amis lui refusèrent cette suprême consolation. Et l’on dit qu’il mourut dans le désespoir. Il n’avait jamais été sincère dans ses attaques sur la religion et il a appris, mais trop tard, qu’ " on ne se moque pas de Dieu " (Galates 6.7).

À vous de décider, chers lecteurs, si le Bon Dieu est sévère.

 

Chapitre 12

JÉSUS ET LES PÉCHEURS

Dans les pages sublimes de la vie de notre Sauveur, rien n’est plus touchant que sa douce condescendance pour les pécheurs, et chose importante, Notre-Seigneur continue ce ministère d’amour et de miséricorde à notre égard.

Il nous dit que les innombrables péchés qui amènent la calamité et la ruine sur la race humaine viennent de trois grandes sources : le Monde, la Chair et le Diable.

La Chair avec sa sensualité honteuse, ses douces flatteries, ses subtils attraits, ses plaisirs grossiers, précipite des multitudes en Enfer.

Le Monde avec ses frivolités, ses faux principes, son orgueil et son appât du gain, éloigne de Dieu des âmes en grand nombre.

Le Diable, auquel beaucoup ne prêtent guère attention, et que d’autres traitent comme un mythe à propos de quelqu’un qui n’existe pas, est une très grande et très dangereuse réalité. Rempli d’une haine implacable contre Dieu et contre tous ceux qui doivent le remplacer dans le Ciel, il rôde, nous dit saint Pierre, comme un lion rugissant cherchant quelqu’un à dévorer. (cf. 1 Pierre 5.8). Saint Paul nous avertit également que ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances de ce monde de ténèbres (cf. Éphésiens 6.12), des anges déchus qui possèdent encore leur merveilleuse intelligence, mais qu’ils utilisent à présent pour causer notre perte.

LA FEMME ADULTÈRE

Un jour que Jésus enseignait dans le Temple, les scribes et les pharisiens l’entraînèrent à l’extérieur auprès d’une infortunée prise en flagrant délit du détestable crime d’adultère.

Les Juifs considéraient ce crime comme le plus abominable et le punissaient avec une sévérité impitoyable. Les parents les plus proches et les plus chers de la coupable était tenus de la dénoncer, et elle devait être lapidée en public ainsi que son complice.

La malheureuse femme que les pharisiens avaient prise, craignant avec raison le sort terrible qui l’attendait, tremblait de tous ses membres et baissait honteusement la tête, essayant de cacher son visage pâle comme la mort du regard méprisant de la foule. Ses gardiens la jetèrent brutalement devant Jésus en dénonçant son crime et lui demandèrent ce qu’ils devaient en faire, espérant qu’il la condamnerait sans merci. La femme n’osait pas se défendre; elle était coupable et n’espérait pas de pardon; elle craignait même de regarder en face celui qui devait la juger.

Notre doux Maître regarda avec une infinie pitié la pécheresse qui se tenait devant lui écrasée par la honte et la terreur. Il ne montra aucun signe de mépris ni même de colère. Il ne se recula pas; il ne craignait pas d’être souillé.

Il détourna lentement de la femme ses yeux si pleins de compassion et, l’air majestueux, il fit face à la foule en colère. Vingt voix s’élevèrent aussitôt pour réclamer la mort de la femme, vingt voix de tigres humains assoiffés de sang.

Jésus les fixa sans s’émouvoir, nota la haine implacable qui étincelait dans leurs yeux et vit les profondeurs de la malice cachée dans leur cœur, camouflée sous le manteau du zèle.

D’un geste d’autorité il leur imposa le silence. Toutes les oreilles étaient tendues dans l’attente des paroles de condamnation !

La voix du Maître se fit claire et distincte : " Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre. "

Consternés, déconcertés par cette sentence inattendue, les pharisiens et leur suite s’éloignèrent furtivement, déconfits et réprouvés, laissant Jésus seul avec la pécheresse.

Jésus lui dit alors : " Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? "

Elle répondit : " Personne, Seigneur. "

" Moi non plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas. Va, désormais, ne pèche plus. " (Jean 8.11).

Qui pourrait peindre un tableau plus sublime ou imaginer une scène plus divine dans sa miséricorde, plus humaine et plus consolante dans sa tendresse amoureuse ?

La pécheresse ne tremblait plus et contemplait le visage de Jésus avec une reconnaissance et un amour infinis.

Elle ne prononça pas une seule parole de remerciement. Qu’aurait-elle pu dire ? Lorsque le cœur déborde, les mots sont impuissants à exprimer nos sentiments : il vaut mieux se taire. Les yeux, toutefois, sont éloquents, et Jésus a vu dans ceux de cette femme tout l’amour qu’un séraphin lui-même pourrait envier.

Une immense vague de soulagement est passée sur son âme. Elle était vivante, sauvée d’une mort affreuse à laquelle, quelques instants plus tôt, elle ne voyait aucun moyen d’échapper. Ce n’était pourtant pas maintenant ce qui occupait surtout son esprit.

Elle ne pensait qu’à la compassion infinie du Divin Rabbi qui l’avait défendue contre ses ennemis.

Les accents de sa voix résonnaient encore dans ses oreilles; ils allaient y demeurer longtemps.

" Va, désormais, ne pêche plus. "

Non, non, plus jamais elle ne pécherait. Elle avait donné son amour et sa loyauté à ce Seigneur, et elle ne lui retirerait jamais cet amour.

LE PLUS GRAND FLÉAU DE L’HUMANITÉ

Le péché d’adultère a de tous temps été considéré comme une faute très grave, et les punitions décrétées contre lui étaient extrêmement sévères.

Les Romains, comme les Juifs, lapidaient les partenaires. Les Grecs punissaient l’adultère avec la même rigueur que le parricide.

Les mahométans enterraient la femme adultère jusqu’à mi-corps puis ils la lapidaient sans merci.

Les Bretons la brûlaient vivante, puis ils pendaient son complice par-dessus ses cendres. Des nations plus barbares utilisaient des tortures plus cruelles encore dont la simple mention donne le frisson.

Chez eux également la femme était toujours considérée comme la plus coupable et les lois étaient particulièrement sévères à son égard.

Ce consensus d’opinion est une preuve certaine de l’énormité du péché aux yeux de l’humanité en général.

C’est au christianisme qu’il revenait de voir à ce qu’une justice plus égale soit rendue à la femme.

L’adultère est sans aucun doute un crime qui crie vengeance au Ciel – et non seulement l’adultère, mais l’impureté sous toutes ses formes, qu’elle soit en pensée, en parole ou par action.

C’est de nos jours le plus grand des fléaux.

LES DEUX CAUSES PRINCIPALES DE L’IMPURETÉ

Il est par conséquent important d’étudier les causes principales de la multiplication dévastatrice de ce terrible mal.

Il existe en gros deux grandes causes : d’une part l’ignorance des résultats déplorables de ce vice, et l’absence de formation morale et de pratique de la religion d’autre part.

Certains prétendent que ce vice est dû à des conditions climatiques et qu’il est plus répandu dans les pays chauds. Cela est difficile à croire car le mal est tout aussi effrayant au nord sous les climats froids.

D’autres affirment qu’il s’explique par la décadence de la race. C’est tout le contraire : la décadence de la race résulte de la fréquence de ces abus et, lorsque ce vice est guéri, la race retrouve sa santé et son énergie première.

Le problème a été examiné attentivement et on peut affirmer sans crainte que la première grande cause de ce fléau de l’impureté est l’ignorance crasse de sa malice, des terribles punitions qui lui sont attachées, et des conséquences fatales qui accompagnent sa pratique. Et tandis que les gens vivent dans une ignorance totale des maux dont nous venons de parler, les tentations se comptent par milliers – attrayantes, insidieuses, séduisantes, invitantes – qui contraignent presque les gens à commettre ce péché.

L’ancienne horreur de l’adultère a en grande partie disparu et l’opinion publique n’y est plus désormais aussi hostile. Le nombre des divorces, la facilité avec laquelle on les obtient, les raisons dérisoires qu’on invoque pour le justifier, ne sont rien d’autre qu’une sanction publique de l’adultère. Il y a ensuite un amour violent et incontrôlé du plaisir qui mène à une infinité d’abus.

Les femmes ont également perdu le respect d’elles-mêmes et l’amour des vertus féminines.

Il s’ensuit que l’impureté sous toutes ses formes est répandue dans le monde entier.

LES CINÉMAS SONT DES FOYERS D’IMMORALITÉ

Témoin la grossièreté et la sensualité des films auxquels, tout naturellement, les hommes amènent leur femmes, les mères accompagnent leurs filles, où même de jeunes enfants sont amenés par des parents stupides pour leur distraction !

Ces salles de spectacle sont des foyers d’immoralité, des écoles du vice où le péché est popularisé, légalisé et enseigné de la façon la plus honteuse et la plus efficace.

C’est là que l’on apprend aux garçons à voler, à admirer des hold-up audacieux, à les imiter. Même le meurtre perd de son importance.

L’indécence sous toutes ses formes est popularisée. Les garçons et les filles, les jeunes hommes et les jeunes femmes regardent les films les plus honteux avec la même complaisance.

Faut-il s’étonner que les jeunes couples mariés mettent insensiblement en pratique ce qu’ils regardent et absorbent jour après jour ?

Il y a quelques mois, un évêque américain et ses censeurs ecclésiastiques ont été invités à donner leur opinion sur quelques films. Ils ont été totalement sidérés par ce qu’on leur a montré et ont déclaré leur horreur. Ils trouvaient incroyable qu’un magnat du cinéma puisse songer à proposer de telles saletés au public.

Mais les personnes les plus surprises du résultat de ces projections ont été les magnats eux-mêmes qui affirmaient avec véhémence que leurs films étaient conformes à la réalité, que c’était exactement ce que les gens voulaient et ce qui remplissait les salles !

Face à de telles idées les évêques se sont unis pour protester avec pour résultat que ces films abominables, d’une valeur totale 80 millions de dollars, ont été condamnés et retirés.

Voilà cependant les spectacles que de jeunes épouses, des garçons, des filles et de jeunes enfants sont autorisés à regarder, avec le plein consentement de leurs parents(4).

Les bibliothèques et les librairies regorgent de littérature immorale. Des romans scandaleux, des images honteuses qui attisent les pires passions sont en vente partout.

Remarquez également la mode qui n’a plus la moindre notion de modestie, les toilettes païennes ou la scandaleuse nudité sur les plages, sur les bateaux ou dans les endroits publics. Les jeunes filles sont les pécheresses les plus éhontées; elles semblent avoir perdu toute intelligence et tout sentiment de pureté.

LES GRANDS COUPABLES

On a dit avec raison que les grands responsables de la situation actuelle sont les pères et les mères qui élèvent leurs enfants dans la plus grave ignorance des dangers qui les attendent, dangers qu’ils ne peuvent éviter et dans lesquels ils tomberont inévitablement s’ils ne sont pas avertis(5).

Ils prétendent qu’ils ne veulent pas enlever à leurs enfants leur innocence.

Qui a jamais osé leur demander cela ?

Mais c’est exactement ce qu’ils font. Ils cachent délibérément le précipice dans lequel leurs enfants vont se jeter tête première.

Ils les tiennent dans l’ignorance des réalités les plus élémentaires et les plus essentielles de la vie, des réalités qu’ils devront connaître tôt ou tard.

Or si ces faits ne sont pas expliqués avec clarté et prudence lorsqu’il est encore temps, une curiosité morbide est éveillée dans l’esprit de l’enfant. Celle-ci va s’accroître au cours de conversations et de contacts avec d’autres enfants et des mauvais compagnons.

Cette curiosité est encore aiguisée par des conversations immorales, des images et des illustrations obscènes, des visites dans des lieux d’amusement, jusqu’à ce que la sensualité ait pris fermement possession de son esprit et que les mauvais instincts – qui sont extrêmement difficiles à corriger – se soient formés dans le cœur.

Si les pères et les mères avaient énergiquement transmis à leurs enfants une information claire et saine, tous ces dangers auraient été évités ou à tout le moins diminués d’au mois quatre-vingt-dix-neuf pour cent.

Ces sages explications, loin d’être dommageables, inspirent du dégoût pour le vice et communiquent aux garçons et aux filles une crainte réelle pour ses terribles résultats. De plus, ils contribuent grandement à apaiser les désirs et la concupiscence.

L’impureté est un mal qui attaque également l’individu, la famille, la société et la nation. C’est, comme nous l’avons dit, le grand fléau de l’humanité et la cause réelle d’une grande partie de la dégradation morale et de la décadence dont quelques-unes des grandes nations du monde moderne offrent le spectacle.

DES FAITS

Voici les faits qui devraient être soigneusement expliqués aux garçons et aux filles.

Les meilleurs médecins, catholiques ou non, n’hésitent pas à dire que les hommes et les femmes habituellement adonnés aux péchés de l’impureté, même seulement en pensée, perdent toute dignité, tout contrôle de soi et toute volonté.

Leur sens de l’honneur et du devoir disparaît. L’homme ou la femme sensuels sont souvent capables des plus basses trahisons et indignes de toute confiance.

Pis encore, d’éminents spécialistes affirment qu’un grand nombre des pires formes de mélancolie, de neurasthénie et même de folie sont dues à la pratique de ce vice dégradant(6).

En plus des maladies mentales, qui sont suffisantes pour nous remplir de terreur, ce vice détestable engendre les maladies les plus abominables. La leçon la plus salutaire pourrait être apprise en visitant un hôpital spécialisé dans le traitement de ces terribles maladies, douloureuses et dégoûtantes à l’extrême. Le spectacle remplirait de terreur les plus téméraires.

DIEU FRAPPE LES IMPURS

Si terribles que puissent être les conséquences naturelles, les punitions de Dieu sont encore bien plus à craindre.

  1. D’innombrables âmes sont précipitées chaque jour en Enfer à cause du péché de l’impureté, même par des péchés de pensées impures. Certains auteurs sacrés n’hésitent pas à dire que ce péché envoie lui-même cent fois plus d’âmes en Enfer que tous les autres péchés réunis.
  2. Chaque péché d’impureté porte en lui un terrible châtiment. Il serait plus facile à un voleur de commettre un vol sous les yeux d’un agent de police que pour un homme de commettre un péché d’impureté sans être puni. Dieu voit, et Dieu exige la punition.
  3. Les plus terribles châtiments temporels tombent sur ceux qui pêchent ainsi. Le malheur s’abat sur l’individu, la société et le pays où les péchés sont commis. Le Déluge a détruit toute la race humaine à l’exception de huit personnes à cause de l’impureté.

Dieu a fait descendre le feu du ciel qui a consumé Sodome et Gomorrhe à cause de l’impureté.

Combien terrible doit être ce péché s’il peut provoquer un tel châtiment d’un Dieu si bon et si miséricordieux !

Depuis lors, les plus effroyables calamités ont frappé les villes où cet abominable péché est commis. Non seulement les grands saints, mais les missionnaires qui ont une longue expérience des âmes peuvent rapporter les morts soudaines et terribles de ceux qui s’abandonnent à l’impureté. Combien de garçons et de filles, d’hommes et de femmes sont morts alors qu’ils commettaient ce péché !

L’impureté est la grande cause de souffrance dans le monde, et les gens ne veulent tout simplement pas le voir ! L’ignorance et l’oubli de ces faits apportent d’indicibles misères et causent la perte d’innombrables âmes.

LE SERPENT DANS L’HERBE

Un autre point appelle notre attention. C’est que ce détestable vice semble si naturel. Le diable le cache, spécialement à ses débuts, sous le manteau de l’amitié et de l’affection. Exactement comme un cancer. Il demeure caché jusqu’à ce qu’il ait pris racine profondément et il devient alors difficile à guérir.

C’est une autre raison pour laquelle toutes les terribles conséquences, naturelles et surnaturelles devraient être solidement et continuellement inculquées dans l’esprit de nos jeunes. Les médecins font tout ce qu’ils peuvent pour prévenir la tuberculose plutôt que la guérir. Cette action est beaucoup plus sage et plus efficace. Il vaut certainement mieux prévenir que guérir. Le même principe s’applique, avec mille fois plus de force, à la prévention de l’impureté. Il est facile de la prévenir; il est très difficile de la guérir.

Bien des maîtres sages et expérimentés pensent – avec les meilleures raisons – que 90% des péchés pourraient être évités et que l’horreur du vice pourrait être gravée dans l’esprit de la jeunesse par une éducation appropriée(7).

Parents, médecins et maîtres pourraient faire énormément pour endiguer cette terrible marée de corruption.

LA CONFESSION EST UN REMÈDE INFAILLIBLE

Les catholiques pratiquants n’ont naturellement pas d’excuse. Ils ont le divin remède donné par Jésus-Christ. Il a vu plus clairement que quiconque les ravages opérés par les péchés de la chair et, dans la plénitude de son Amour et de sa Miséricorde, il nous a donné un remède très efficace contre ce mal.

La Confession peut guérir de tous les péchés, mais elle a spécialement le pouvoir d’éradiquer l’impureté en guérissant la faible nature déchue et en restaurant chez l’homme sa pureté et sa force primitives.

On ne répétera jamais assez que la Confession nous a été donnée non seulement pour pardonner les péchés, mais pour guérir du péché et en extirper les racines de notre âme.

Les prêtres expérimentés voient cela tous les jours de leur vie. Que les pécheurs le plus abandonnés aillent vers eux, hommes ou femmes plongés dans le vice, entourés par les tentations; si seulement le prêtre peut amener ces pauvres êtres à venir fréquemment à ce Sacrement, il aura bientôt la satisfaction de les voir parfaitement et entièrement régénérés.

Les prêtres n’insisteront jamais assez auprès de leurs pénitents, jeunes ou vieux, sur la nécessité d’une Confession hebdomadaire.

Les mères et les pères, les maîtres de toutes sortes, devraient faire tout ce qui est en leur pouvoir pour inciter les enfants à pratiquer le Sacrement de Confession durant leur vie entière.

Bien des médecins catholiques ont une confiance très grande dans l’efficacité de ce Sacrement et ils le recommandent à leurs patients et à leurs amis, et il est bien dommage que tous les médecins n’en fassent pas autant.

L’auteur s’est entretenu avec de nombreux confesseurs expérimentés et tous, sans exception, reconnaissent qu’il n’existe pas de vice si grossier, si enraciné, si pervers qu’il ne soit vaincu par la Confession fréquente – et cela d’autant mieux qu’après la Confession les pénitents reçoivent Dieu lui-même dans la Sainte Communion.

NOTES

1) Le terme " auriculaire " signifie que la Confession est " entendue " en privé par un prêtre.– Note de l’éditeur.

2) Pour qu’un péché soit mortel trois conditions sont ensemble requises : " Est péché mortel tout péché qui a pour objet une matière grave, et qui est commis en pleine conscience et de propos délibéré. " (CEC n. 1857). – Note de l’éditeur.

3) Aujourd’hui, la situation est malheureusement différente car de nombreux prêtres ont cessé de fonder leurs conseils sur une saine doctrine catholique. Ce que dit le P. O’Sullivan à propos du choix d’un confesseur en fonction de ses goûts personnels part naturellement du principe que tous les prêtres donneront des conseils en conformité avec la saine doctrine de l’Église catholique, ce qui était généralement le cas à l’époque où il a écrit ce livre. – Note de l’éditeur.

4) Tout cela est encore bien plus vrai de nos jours. De plus, ces spectacles dégradants ont maintenant envahi le sanctuaire de la famille par la télévision et les vidéocassettes. – Note de l’éditeur.

5) Les parents doivent à présent veiller à ce que leurs enfants ne soient pas soumis à l’influence corruptrice de " l’éducation sexuelle " dans les écoles.– Note de l’éditeur.

6) Ces désordres seraient maintenant appelés névroses et psychoses. On se souviendra également que ces observations sur le vice de l’impureté datent des années trente. Il n’est pas exagéré de dire que de nos jours, ce vice est à ce point répandu que la notion même d’impureté a disparu du cadre de pensée des nations modernes. – Note de l’éditeur.

7) Voir : Vérité et signification de la sexualité humaine : des orientations pour l’éducation en famille – Conseil pontifical pour la famille, 8 décembre 1995. – Note de l’éditeur.



Retour à la première page