À PROPOS DE « MÉPRISE »

À PROPOS DE « MÉPRISE »

 

            Sur le site d’Ars, on peut lire le texte suivant à propos de la Chapelle de Sainte Philomène : « En 1961, à la suite de recherches archéologiques plus approfondies, la fête de la jeune martyre a été supprimée du calendrier. Jean-Marie VIANNEY envoyait dans cette chapelle les fidèles qui lui demandaient des grâces de guérison. C'est tout à l'honneur du saint Curé, par delà cette "méprise" historique, d'avoir cherché à éduquer dans la foi les pèlerins, en les détournant d'un culte exagéré de sa propre personne, pour les relier aux premiers "témoins" du christianisme, et les conduire au culte du Dieu vivant, Jésus Christ, le seul Sauveur. »

 

            Ces commentaires me semblent malheureux car ils sont inexacts, ambigus et à la limite offensants pour la multitude des dévots passés, présents et futurs de Sainte Philomène, à commencer par Saint Jean-Marie Vianney lui-même.

 

            Ils sont inexacts parce que ce n’est pas « à la suite de recherches archéologiques plus approfondies » que la fête de sainte Philomène a été retirée du calendrier.  Les recherches historiques et archéologiques n’étaient guère plus avancées en 1961 qu’elles ne l’étaient en 1837 lorsque le Pape Grégoire XVI a autorisé son culte. La vérité est que, pour des raisons qui la regardent, la Sacrée Congrégation des Rites a décidé de retirer du calendrier liturgique le nom des Saints dont la vie terrestre n’est pas attestée par des documents historiques.  Il convient donc de ne pas aller au-delà et de s’en tenir à la déclaration de Saint Pie X qui, par un Bref apostolique du 21 mai 1912 étendait à toute l’Église l’Archiconfrérie de Sainte Philomène et écrivait : « Mettre en doute que les présentes décisions et déclarations concernant Sainte Philomène soient fermes, valides et efficaces toujours, qu’il faut leur attribuer et qu’elles doivent recevoir leur effet plein et entier pour toute éternité, procède d’un élément sans valeur et nul, quelle que soit son autorité. »

 

            Ces commentaires sont ambigus car l’emploi du mot « méprise » laisse entendre que l’Église se serait trompée, ce qui est offensant pour l’Esprit-Saint comme pour les Saints-Pères Léon XII, Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII et Pie X qui se seraient tous « mépris » avec une multitude de Cardinaux, d’Évêques, de saints prêtres et de laïcs, tous fidèles dévots de la « chère petite Sainte », sans parler de saints personnages comme Saint Pierre-Julien Eymard, fondateur de la Congrégation du Très Saint Sacrement, qui obtint un jour sa guérison par une neuvaine à Sainte Philomène.  

 

            Il n’est pas douteux que le saint Curé d’Ars, qui connaissait le prix de l’humilité, redoutait plus que tout le culte de sa personne et qu’il était ravi de laisser à Sainte Philomène la responsabilité de tous ses miracles. Mais ce serait lui faire injure que de laisser entendre qu’il s’est lui-même « mépris » ou qu’il se serait servi d’une Sainte imaginaire pour détourner l’attention de sa personne. Curieuse « méprise » d’un Saint Curé qui affirme non seulement bien connaître Sainte Philomène, mais aussi l’avoir vue et reconnaître suffisamment son visage pour dire à une pénitente qui lui demandait une image de la Sainte : « Allez donc dans votre église de Ligny, il y a un tableau qui la représente.  Allez et faites-le reproduire.  C’est la plus belle tête de la Sainte que je connaisse. »  Il n’avait jamais mis le pied à Ligny.

 

            Le simple bon sens nous commande de revenir à ce commentaire de Sa Sainteté Pie X qui déclarait au cours d’une audience, le 6 juin 1907 : « Ah ! Sainte Philomène ! Je suis bien attristé par ce que l’on écrit à son sujet.  Est-ce possible de voir de telles choses ?  Comment ne voient-ils pas que le grand argument en faveur du culte de Sainte Philomène, c’est le Curé d’Ars ?  Par elle, en son nom, au moyen de son intercession, il a obtenu d’innombrables grâces, de continuels prodiges.  Sa dévotion envers elle était connue de tous, il la recommandait sans cesse. On lut ce nom Filumena sur sa tombe.  Que ce soit son propre nom ou qu’elle en portât un autre – et Pie X en énumère plusieurs – peu importe. Il reste, il est acquis que l’âme qui informait ces restes sacrés était une âme pure et sainte que l’Église a déclarée l’âme d’une vierge martyre.  Cette âme a été si aimée de Dieu, si agréable à l’Esprit-Saint, qu’elle a obtenu les grâces les plus merveilleuses pour ceux qui eurent recours à son intercession... »

 

            Il y a bien longtemps que le Grappin fait des pieds et des griffes pour nous faire douter de l’existence de Sainte Philomène.  Si vous vous demandez pourquoi, je vous invite à lire le chapitre V d’un livre publié en 1835 (Vie et Miracles de Sainte Philomène, Vierge et Martyre, traduit de l’italien par M.J.F.B, de la Compagnie de Jésus) et intitulé :

 

DESSEINS DE LA DIVINE PROVIDENCE MANIFESTÉS

PAR LA GLORIEUSE APPARITION DE SAINTE PHILOMÈNE

 

Je prie le lecteur de ne pas glisser avec légèreté sur ce chapitre, où j’essaierai de développer les germes contenus dans les chapi­tres précédents.  Il est écrit de la divine Sagesse, non seulement qu’elle dispose les moyens, mais qu’elle atteint à fin.  La douceur se fait remarquer dans les uns ; la force, est le caractère de l’autre : mais la douceur prépare seulement ; il appartient à la force d’obtenir le résultat.  Voilà pourquoi, dût-on se faire violence pour passer d’un sujet intéressant aux plus sérieuses réflexions, il ne faut pas hésiter un instant ;  la semence est jetée, il importe d’en recueillir le fruit. C’est pour lui seul que Dieu opère ses merveilles :  nous les avons entendues ;  rendons-lui maintenant ce qu’il cherchait par elles, ce qu’il a droit d’exiger de notre juste admiration.  Eh ! n’est-ce pas là la conclusion pratique à laquelle il ramenait, pendant sa vie mortelle, la foule qui se pressait sur ses pas, afin d’être l’objet ou le témoin de ses innombrables merveilles ?  Il lui disait, après la multiplication des pains :  Soyez avides, non d’un aliment périssable, mais de celui qui doit vous faire vivre pendant l’éter­nité.  Cet aliment, le Fils de l’homme vous le donnera :  telle est la mission qu’il a reçue de son Père céleste...  Et cette foule, toute ignorante, toute grossière qu’elle était, comprit bien la justesse de cette conséquence.  Elle lui répon­dait :  Que ferons-nous donc pour coopérer par nos œuvres aux desseins de Dieu ?...  Or, c’est là tout ce que je demande, au nom de celui pour la gloire duquel j’ai travaillé.

 

Sainte Philomène, avant d’apparaître avec tant d’éclat sur la scène du monde, reçut, au haut des Cieux, sa mission de Jésus-Christ.  Il me semble voir ce Roi des Rois, à qui son Père donna toute puissance, la distinguer, au milieu de l’assemblée des Saints, par un regard de particulière complaisance et d’amour de prédilection.  Il l’appelle auprès de son trône :  Va, lui dit-il, je t’ai choisie, et je veux te placer dans le champ de mon Église, comme une semence nouvelle destinée à la féconder ; va, tu me rapporteras les fruits que ma main te prépare ;  que la solidité en augmente pour moi la saveur.  La Vierge entend ;  son apostolat commence :  il est, comme la lumière, soudaine­ment tiré de dessous le boisseau ;  la terre entière a vu briller sa gloire ; partout s’élèvent des cris d’admiration.  Mais quoi ! serait-ce une ad­miration stérile ?  Tels ne sont pas les desseins de J.-C. ;  tel ne saurait être l’objet de l’extraor­dinaire mission de la Sainte.

 

Quel est donc cet objet ? me demandera-t-on ;  quels sont les desseins du divin Maître ?  Je réponds que Jésus-Christ N.-S. veut se servir de la glorieuse Sainte Philomène, sa servante :  1e  pour nous consoler ;  2e, pour nous instruire ;  3e  pour nous encourager.

 

            1.  C’est une consolation que Sainte Philomène apporte à tous les enfants de l’Église.  Ils en ont besoin dans ces temps malheureux aux­quels s’appliquent si bien ces paroles de Saint Jean :  Mes chers enfants, nous voici arrivés à la dernière heure.  On vous a dit que l’Antéchrist doit venir ;  or, il y a un grand nombre d’Antéchrists dans le monde actuel, et c’est pourquoi nous affirmons que la dernière heure est sonnée (1 Jn 2,18).   Il ajoutait ensuite :  Pour vous, mes enfants, conser­vez la doctrine que l’on vous enseigna dès le commencement.   Elle vous tiendra constamment unis au Père et au Fils ;  et lorsque J.-C.  paraîtra dans sa gloire, au jour de son avènement, vous vous montrerez à lui avec confiance, et ne serez point confondus.  Le disciple bien-aimé ne semble-t-il pas avoir écrit pour notre époque ?  Eh ! quand vit-on plus d’Antéchrists ? quand conjurèrent-ils avec autant de malice, d’audace et de publicité, contre le Seigneur Jésus et son Église ? Ce n’est point seulement au milieu des cités orgueilleuses, de leurs prétendues lumières et de leur opulence, que la voix de l’incrédulité fait retentir ses blasphèmes :  les bourgades aussi, et les hameaux, où régnait naguère encore la belle simplicité de la foi, sont attaqués et infectés de ce poison dégoûtant que vomissent sur eux les impies.  Braves gens des campagnes, leur crient-ils, habituez-vous à ne croire que ce que la rai­son vous enseigne.  Chacun a en soi une conscience bien autrement secourable que la voix du prêtre : interrogez-la chaque soir ;  cette confession vaut mieux que celle du prêtre.  Pourquoi interposer entre Dieu et vous un homme qui peut souvent valoir moins que vous ? Dieu, c’est votre âme, entendez-vous bien ? Tout homme a en soi ce qu’il faut pour être son prêtre, son appui, son interprète auprès de la divinité (Journal de l’aisne, 12 avril 1834).

 

            Ce sont là les moralités qu’envoie aux peu­ples la chaire de pestilence ;  c’est l’ivraie maudite que l’homme ennemi jette à pleines mains dans le champ de Jésus-Christ.  Quelles en sont les déplorables suites ? Celles que le prophète Ézéchiel dépeint avec des couleurs si lugubres :  La parole de Dieu, dit-il, se fit entendre à moi et me dit :  Fils de l’homme, parle à Jérusalem ; dis-lui  :  Tu es une terre immonde ;  les jours de fureur, qui vont venir, te trouveront dans les souillures de tes iniquités.  De faux prophètes ont conjuré dans ton sein ;  tels qu’un lion qui s’élance en rugissant sur sa proie, ils ont dévoré les âmes , ils se sont gorgés d’or et d’argent, ils ont multi­plié le nombre des veuves ;  ma loi est tombée dans le mépris, mes sanctuaires sont profanée ;  le saint jour du sabbat provoque leurs dédains.  Je suis moi-même devenu pour eux un objet immonde.  Les pères et les mères sont outragés par leurs enfants ; le mariage est flétri par les abominations de l’adultère ;  l’inceste a franchi tous les degrés, rompu toutes  les barrières, foulé aux pieds la nature elle-même et ses droits les plus inviolables, les plus sacrés.  Or, voici ce que dit le Seigneur :  Tu boiras, ô Jérusalem !  tu boiras jusqu’à la lie le large calice de ta sœur.   Je t’enver­rai le mépris, la tristesse, la douleur, jusqu’à satiété, plénitude et ivresse.  Et quand tu auras épuisé la coupe de Samarie, tu la briseras pour en dévorer les morceaux ;  et de rage, tu mettras ton sein en pièces.  Tel sera le fruit de l’oubli où tu laisses ton Dieu, et du mépris avec lequel tu le rejettes (Ez 32.33).

 

À ces menaces, à la vue des crimes sans nombre qui les ont provoquées et qui les provoquent encore, quels déchirements douloureux l’Église, notre mère, n’a-t-elle pas sentis dans son cœur et jusqu’au fond de ses entrailles  ? Où trouverai-je, ô épouse de J.-C., une affliction, une amertume, une désolation que je puisse comparer à la tienne ? Quel motif pourrai-je te présenter afin de tarir la source de tes larmes et de cicatriser la plaie qui saigne dans ton cœur ?  Tu me répondrais en gémissant : Regarde ;  vois mon sacerdoce humilié, mes voies abandonnées, mes richesses devenues la proie de mes persécuteurs,  l’éclat de ma gloire obscurci et presque éteint ;  hélas !  tous mes amis me dédaignent, mes enfants sont en butte aux traits de la persécution ;  l’en­nemi a prévalu :  où sont-ils ceux qui me consolent ?  Et à ces mots, je la vois, comme Sion, tendre les bras ; elle s’écrie avec le prophète : Seigneur qui habitez tes Cieux, vers vous s’élèvent mes yeux et mes espérances ; ayez pitié de moi ;  la confusion couvre mon visage, et la douleur m’environne comme les eaux d’une vaste mer (Jr Ps.).

 

Le Seigneur a exaucé son Église ;  il s’est levé debout au milieu de la barque d’où il n’est ja­mais sorti, d’où il ne sortira jamais ;  et sans commander aux vents et à la tempête, dont la fureur toujours croissante ne doit servir qu’à rehausser sa gloire, il appelle au secours de son épouse la poussière d’un tombeau :  poussière sacrée, mais inconnue ;  tombeau vénérable aux yeux de la religion, mais où l’homme mondain et animal chercherait en vain quelqu’un de ces titres de gloire auxquels il paie en insensé le fade tribut de son admiration.  Ossements arides  ! écoutez la parole du Seigneur ; voilà que j’intro­duirai en vous un esprit de vie,  et vous vivrez.  L’esprit vient, il souffle sur ces débris de la mort, et ils revivent.  Cessez, ô enfants de Jérusalem !  cessez de dire que l’espérance a fui loin de vous.  J’ai vu ces ossements sacrés, comme une armée formidable, accourir à la défense de vos murs.  C’est une nouvelle Débora qui s’est levée de dessous son palmier ; c’est une autre Jahel qui s’avance, le marteau et le clou à la main.  Ajoutez une nouvelle victoire à celles que vous avez déjà remportées ; Sisara succombe, et c’est une femme qui l’a terrassé (Jude 4).  Quelle consola­tion, quel triomphe pour l’Église et pour ses vrais enfants ! Oui, oui, l’impiété en a menti quand elle s’est écriée :  Le Seigneur ne voit pas, il a abandonné la terre.  1l n’y a plus de guerriers en Israël (Ez 9) ;  la mort les a moissonnés par no­tre glaive.  Le ciel a répondu par un signal de combat ;  et l’une de ces étoiles déjà placées au rang (Jude 5.20) que lui mérita l’éclat de ses vertus, s’en est un moment détachée pour confondre nos ennemis et consoler nos cœurs.

 

Contemplez, à la clarté de sa lumière, ce que la foi présente à vos regards. Des maux, des persécutions, des outrages, des spolia­tions, peut-être encore des chaînes et des glaives avides de sang !  Mais quantum est hoc ? qu’est tout cela, que peut tout cela contre nous, si le Seigneur est pour nous ? si son amour, si sa puissance sont avec nous  ? Or, ne voyez-vous pas sa gloire sortir, pour ainsi dire, des fondements de son Église, son bras tout-puissant se mouvoir, et des merveilles inouïes s’opérer autour du cœur blessé, mais immor­tel, du christianisme que nous professons  ? Ste Philomène apparaît pour verser le baume sur nos plaies, pour adoucir nos chagrins, pour nous faire goûter le bonheur au milieu de nos larmes.  Je lis ce qu’elle a opéré, ce qu’elle opère encore tous les jours ; son pou­voir s’exerce avec un empire égal et sur les corps et sur les âmes ;  la nature et la grâce s’empressent de lui obéir ;  la foi,  les bonnes mœurs prennent une nouvelle vie autour d’elle :  et je pourrais ne pas tressaillir de joie ?  Ne pas comprendre ce langage éloquent de mon Dieu, qui dit à son Église et au cœur de ses fidèles : Je t’ai choisie ;  comment pourrais-je te rejeter  ? Je ne suis point, moi, le Seigneur comme l’un des enfants des hommes, pour changer d’un moment, d’un jour, d’un siècle à l’autre.  Ma parole a des fondements plus solides encore que ceux du firmament.  Je suis avec toi, ô Israël  ! avec toi, qui es porté sur les bras de mon Juste.  Je suis ton Dieu ;  souviens-t’en.  Le jour approche où ceux qui te combattent rou­giront, pâliront de honte, et seront confondus.  Mon œuvre est commencée :  encore un peu, très peu de temps ;  adhuc modicum aliquantulum ;  et tu verras qu’il ne m’en coûte pas da­vantage d’écraser tous tes ennemis et les miens, qu’il ne m’est difficile aujourd’hui de ressusciter en, quelque sorte, un de mes morts, pour en faire, au milieu de toi, une source de vie.

 

Ainsi, dans la glorieuse apparition de Sainte Philomène, tout est promesse, tout est conso­lation, tout est gage de victoire ;  il en sort un rayon d’espérance mille fois plus doux que le miel. Ce n’est pas que le, présent ou l’avenir cessent jamais d’offrir à l’Église ou à ses enfants plus ou moins de ces fruits qui croissent sur le Calvaire.  A Dieu ne plaise que nous perdions jamais ce gage précieux de notre prédestina­tion  ! Eh  !  comment s’accompliraient donc les Écritures  ? comment se réaliseraient les oracles du Sauveur  ? Être persécuté, bafoué, haï de tous pour son amour, n’est-ce pas là le Thau, le caractère des élus  ? Les derniers temps surtout abonderont de ces sortes d’épreuves, parce qu’ils doivent réfléchir l’image des derniers jours de J.-C.  Mais, de même qu’alors il y eut une Providence particulière pour les disciples de l’agneau immolé sur la croix, ainsi vers la fin des siècles il y aura sur les justes persécutés un œil toujours en veille pour les protéger, pour les sauver ;  une porte toujours ouverte pour  leur servir d’asile ;  un bras toujours levé pour les défendre et pour les venger.  Qu’auront-ils donc à faire, ces justes doublement heureux, et pour la croix dont leurs épaules seront chargées, et pour les consolations dont ils auront le cœur enivré  ?  Alors, dit St Jean, il leur faudra de la patience et de la foi (Ap 10) :  la patience, à cause de la guerre qu’il sera per­mis à Satan de faire à tous les saints ;  la foi, parce qu’elle seule pourra leur donner la victoire.

 

Mais cette foi, me dira-t-on, ne va-t-elle pas s’affaiblissant, se perdant tous les jours ? Qui pourra la conserver, si Dieu n’y concourt pas avec nous par des grâces plus qu’ordinaires ? C’est là précisément où je voulais arriver pour consoler les âmes affligées.  Non, il ne nous sera point refusé ce concours extraordinaire du Ciel ; et le gage qu’il nous en donne aujourd’hui dans Ste Philomène le prouve bien évidemment.  L’on dit que la foi s’éteint :  je le dis, moi aussi, en abaissant mes regards sur bien des pays, sur bien des peuples ;  mais j’ajoute qu’en d’autres pays, et parmi d’autres peuples, le flambeau de la foi commence à briller d’un plus vif éclat.  C’est le fruit des miracles opérés par J.-C. , au nom et en vertu des mérites de ses saints.  L’Italie surtout, cette terre arrosée du sang de tant de martyrs, ce centre de la catholicité, en est depuis quelque temps l’heureux théâtre ;  et pourquoi d’autres lieux ne le seraient-ils point aussi, quand la sagesse divine aura jugé que, pour y raviver la foi, il est bon d’y déployer également le bras de sa puissance  ? Ayez con­fiance, criait de loin à ses apôtres très effrayés le maître des vents et des orages ;  ayez con­fiance :  c’est moi qui ai permis aux flots de se soulever, de vous menacer ; j’arriverai à temps pour vous arracher au péril qui vous tour­mente.  Ce n’est point une imagination, un vain fantôme, que l’espoir dont ma voix cherche à nourrir vos cœurs.  Oui, je viendrai au moment où vous aurez besoin de moi ;  et si, pour vous faire triompher de vos ennemis, il faut remuer le ciel et la terre, je le ferai, n’en doutez pas.

 

Oh ! répétons-le, combien cette espérance con­sole  !  qu’elle nous fait redire volontiers ces mots du prophète Isaïe : 0 mon Dieu !  mon Sauveur !  les consolations que j’ai reçues de vous m’inspirent une vive confiance, et c’est cette confiance qui me fera marcher sans crainte au milieu des assauts qui me sont livrés de toute part. S’il y va de mon salut, il y va plus encore de votre gloire ;  si ma faiblesse est grande, notre force est celle d’un Dieu.  Il me suffira d’entrer dans votre cœur pour y puiser les biens réclamés par ma misère.  Vous me fournirez toujours au-delà de mes be­soins, et j’inviterai vos créatures à bénir avec moi votre magnificence (Is 12).

 

2. Ste Philomène vient non seulement pour nous. consoler, mais encore pour nous instruire ;  et je réduis à trois les leçons que Jésus-Christ N.-S. daigne répéter à ses enfants.

 

La première est une leçon d’humilité. . .  Quelle est donc celle-ci, pourrions-nous tous nous écrier, en voyant soudainement sortir des catacombes ces ossements vieillis dans un sépulcre ignoré ? Quoe est ista, quoe ascendit de deserto  ? Et l’on nous montre, pour toute réponse, deux larges fragments d’argile durcie au feu, où, au travers de quelques mots grossièrement tracés, l’on voit s’élever des signes de tourments associés aux palmes de la gloire. . .  Où la conduisez-vous  ?. . .  Dans les trésors de l’Église militante, fière de s’enrichir de ces res­tes précieux ;  elle les placera un jour sur les autels pour que la terre les vénère. . .  Mais qu’a-t-elle donc fait pour mériter ces honneurs ?. . – Elle s’est humiliée jusqu’à mourir, à mourir de la mort de la croix ;  et  l’on expose à mes re­gards un vase à demi brisé, où je vois des tra­ces d’un sang noir, qui bientôt brilleront de l’éclat des plus belles pierreries.  -. N’en sait-on rien de plus ? - Rien, que ce qu’il plaira au Seigneur de révéler à son Église.  - Mais depuis combien de siècles à peu près date son martyre ? - On croit qu’il a eu lieu vers le commence­ment du IVe siècle, sous l’empire du barbare Dioclétien. - Les annales ecclésiastiques en di­ront au moins quelque chose  ? - Rien, abso­lument rien. - Quoi donc  !  elle aura été totalement inconnue jusqu’à ce jour  ? – Totalement, jusqu’à son nom, jusqu’à son existence. - On croit peut-être qu’elle a jeté pendant sa vie un grand éclat dans le monde, par d’étonnantes vertus et de nombreux prodiges  ? - On croit une seule chose, qu’elle a vécu et qu’elle est morte pour J.-C. - Et quel âge présume-t-on qu’elle pût avoir  ? - Environ douze à treize ans :  elle était, comme vous voyez, bien jeune encore pour donner un grand nombre de ma­tériaux à l’histoire. - Il paraîtrait donc qu’elle n’a rien qui puisse la distinguer entre la foule des autres martyrs  ? - Rien du moins que l’on connaisse. - Ainsi, nulle raison ne porte à croire que l’Église, en la mettant sur les au­tels, retirera d’elle plus de gloire qu’elle n’en a recueilli d’autres martyrs plus connus ? - Ce sont des secrets que la Providence s’est réservés.  Nous savons néanmoins que Dieu choisit quelquefois les choses qui ne sont pas, ou qui paraissent ne rien être, pour confondre ce qui est, ou, en d’autres termes, ce qui croit être quelque chose. -  Dans ce cas-là, assurément, Dieu ne saurait mieux choisir.  Une enfant !  une femme  ! - Vierge cependant ? - Oui, sans doute ;  mais, croyez-moi, dans un siècle aussi corrompu que le nôtre, la virginité est un titre de plus à être ridiculisé des mondains.  Outre cela, être restée si longtemps ensevelie dans une espèce de néant  ! Quinze cents ans d’une profonde obscurité !  Puis rien qui la recom­mande à l’estime et à l’admiration des sages de ce monde. . .  - Et son martyre donc  ? - C’est là un héroïsme bien usé ;  et parmi ceux dont je parle, vous savez comme moi que mourir pour sa religion passe pour un insigne trait de folie. - Le peuple ne pense pas du moins comme eux ;  et c’est pour lui, pour sa foi toujours vive, que l’Église prépare ce nouvel aliment ? - J’en conviens avec vous, ce n’est point à l’orgueil de la sagesse humaine que Dieu jette ses plus riches trésors ;  la simplicité seule, la petitesse, l’abjection, attirent ses regards et méritent ses faveurs.  Mais le peuple de nos jours a-t-il ces vertus rares et sublimes ?  Il demandera :  Quelle est donc cette Sainte ? qu’a-t-elle fait ? quelle est sa vie ?  Et si vous n’avez rien ou qu’un seul mot à lui répondre, ce même peuple, après avoir jeté un regard sur la Sainte, ou même avoir récité quelques prières en son honneur, la laissera, comme un grand nombre d’autres héros de la foi, dans un oubli presque total.  Or, de là, quel résultat pour l’Église ?...  quelle nouvelle gloire pour Dieu  ? - Mais si Dieu faisait par elle des miracles  ? - Dieu le peut assurément ;  avouez toutefois qu’aujourd’hui ils sont bien rares.  - Mais en­fin, s’il s’en faisait, que diriez-vous ?  Et s’ils étaient sans nombre, éclatants, inouïs ;  si des provinces, des royaumes, si l’Europe, si le monde entier retentissaient de son nom et de ses merveilles ;  si sa gloire, en un petit nombre d’années, absorbait les quinze siècles de sa profonde obscurité :  encore une fois, qu’en diriez-vous, qu’en concluriez-vous ? - Est-ce donc là une chose possible ? ou du moins en la supposant possible, car, enfin le Tout-Puissant peut tout, est-il probable qu’elle arrive jamais ? - Mais enfin, puisqu’elle peut avoir lieu, supposez qu’elle arrive, et dites-moi ce qu’un sem­blable prodige vous donnerait à penser. - Ce serait, à vous dire vrai, une des plus grandes humiliations que Dieu pourrait faire subir à l’orgueil de ce siècle, et l’un des plus sublimes triomphes de l’humilité et de l’abjection chrétiennes... - Eh bien, c’est ce qui arrivera, c’est ce que le monde verra, c’est ce qui fera frémir l’enfer et ses suppôts, ce qui viendra con­soler l’humble fidèle, en lui montrant le principe le plus fécond de la plus pure gloire dans le sacrifice de toute gloire humaine pour l’amour de Jésus crucifié.

 

Non, ce n’est point une illusion ;  les faits les plus avérés, les témoignages les plus certains, les preuves les moins récusables, déposent en faveur de cette assertion.  Il y a trente ans, Sainte Philomène, partout ignorée sur la terre, se perdait pour nous dans les splendeurs des Saints ;  aujourd’hui son nom a volé d’un bout du monde à l’autre, et une voix l’a suivi criant de toutes parts :  Les puissances chancellent ou tombent de leurs trônes, et les humbles sont exaltés (Lc 1.52).  Que tout rende gloire à Dieu et à l’humilité qu’il honore ! Voulez-vous que sa main vous élève aussi, et que son éternelle Majesté vienne un jour resplendir sur votre tête  ? Humiliez-vous en sa présence ;  faites taire devant lui les orgueilleuses pensées, les ambitieuses préten­tions.  N’êtes-vous pas chrétiens ? et comme tels imitateurs-nés de Jésus-Christ, et obligés à la pratique de l’Évangile  ? Or ce Jésus de Nazareth, pauvre dès sa naissance, perdu dans l’obscurité jusqu’à l’époque de son apostolat, et ne recueil­lant, alors même qu’il enseignait et qu’il se montrait d’une manière si merveilleuse, que des contradictions, des calomnies, des outra­ges ..., et enfin une sentence de mort ;  ce Jésus, votre Dieu et votre modèle nécessaire, quels exemples vous a-t-il donnés ? quels préceptes, quelles instructions vous a-t-il laissés dans son Évangile ? quelle vertu entre les autres vous a-t-il recommandée comme le fondement et la porte de son Paradis ?... Vous l’ignorez peut-être ?...  hélas  !... c’est l’humilité...  Humi­lité  ! vertu en horreur à la nature, en honneur aux yeux de Dieu et de ses Saints...  C’est elle, c’est sa noblesse et sa grandeur que Jésus a voulu faire connaître au monde, en élevant su­bitement une Vierge inconnue de la poussière où elle gisait au faite de la gloire ;  elle y est montée avec la rapidité de l’éclair ;  elle s’y est assise, et de là elle invite les âmes, possédées d’une sainte ambition, à marcher à sa suite.  Elle leur répète ces mots du Sauveur :  Quiconque s’élève sera abaissé ;  mais celui qui s’abaisse entrera dans ma gloire... Oh ! si les orgueilleux pouvaient et l’entendre et la comprendre  ! Mais ils sont trop occupés à se partager les restes de ces pouvoirs, de ces honneurs que d’autres ont été forcés de laisser.  Ils jouiront peut-être quelques moments ;  puis viendra l’esclavage et la confusion éternelles...  Insensés et malheureux !... Non, ils n’y échapperont pas, à moins qu’ils ne consen­tent à s’humilier.

 

La seconde leçon que nous donne Ste Philomène, est une leçon de pureté ; et, ce qui est plus encore, de pureté virginale :  leçon de la plus haute importance et de la plus grande nécessité dans un siècle où l’on peut dire, dans toute l’étendue de l’expression, que presque toute chair a corrompu sa voie.  Or, voici qu’au milieu des marais fangeux, confluent de tant d’immondices, apparaît un beau lis, dont la blancheur éblouit mes regards. Charmante fleur, dis-moi, qui t’a fait naître, ou qui t’a transplantée dans la val­lée impure où je te vois ? Ne crains-tu pas l’air pestilentiel qui t’environne, les eaux bourbeuses et corrompues qui s’accumulent autour de toi ? De ce fond infect, au-dessus duquel tu t’élèves, peuvent s’élancer bien des mains cu­rieuses de ta beauté ;  et nous n’aurons plus à te donner que des regrets et que des larmes  ! Non ;  je suis dans l’erreur :  ni sa tige superbe, ni son calice éblouissant, n’ont à craindre ici-bas de la jalousie des mortels, ou de la rage in­fernale.  C’est Dieu qui l’a fait apparaître parmi nous ;  un suc immortel la nourrit, une main toute-puissante la protège.  Un moment encore, et nous verrons à son aspect, ainsi qu’à la présence de l’arche, les flots impurs rétrograder.  Un riant jardin se forme autour d’elle ;  quelles sont ces nouvelles fleurs ? des lis encore ?  Oui, de jeunes lis, dont les racines vont puiser leur sève dans ses racines, dont le calice réfléchit l’éclat et la beauté du lis qui les a fait naître et qui les nourrit.  Oh !  c’est là une bien grande merveille !  qui la croira ? Ceux-là seulement qui auront lu avec attention cet opuscule, et qui ont facilement découvert ce que cette allégorie signifiait.  Ce lis est Ste Philomène.  Jeune encore, elle connut, elle apprécia la virginité à sa juste valeur.  La main d’un em­pereur, la majesté du trône, les honneurs attachés au rang suprême, tous les biens, toutes les gloires réunies lui parurent peu de chose au prix de ce céleste trésor.  Aussi, jalouse de le con­server dans toute son intégrité, elle y apposa le sceau d’un vœu perpétuel ;  et les mains même de la plus cruelle mort ne parvinrent jamais à le briser ni à l’altérer le moins du monde.  Elle s’envole donc, cette Vierge fidèle, auprès de son céleste Époux.  Elle en reçoit et la couronne et l’auréole ;  il lui est dit de se reposer pour un peu de temps ;  viendra bientôt le jour où, sa stérilité cessant, mère sans cesser d’être vierge, elle enfantera spirituellement à J.-C., et lui amènera une foule de vierges formées sur son exemple.  Quel sera donc ce siècle d’or, où la terre verra s’opérer cette merveille ? Qu’ai-je dit ? un siècle d’or ? Eh ! qui s’étonnerait, dans un siècle pareil, du prodige qui fait rougir et presque désespérer le nôtre ? Siècle de boue et de putréfaction, c’est à toi que, dans son infinie miséricorde, le Seigneur destinait cette grâce.  Elle ne servira qu’à ton plus grand malheur, au jour du jugement, si tu n’en profites pas selon les desseins de la bonne Providence.  Ils sont par trop évidents pour que les esprits, même les moins clairvoyants, ne les. saisissent pas avec facilité.  Le monde ou le mondain connaît la loi de Dieu, et l’étroite obligation qu’elle lui impose de fuir, en quelque état qu’il soit, toute sorte d’impureté.  Mais il dit :  Ce précepte est impossible ; en se reje­tant sur les occasions périlleuses dont il est en­vironné, sur le torrent de l’exemple, sur la fai­blesse de la chair, sur la nature des engagements qu’il a pris, ou qu’il est dans la nécessité de prendre, il se persuade faussement que pour les cloîtres seuls, et pour les personnes qui les habitent, sont faites ces lois rigoureuses, sauvegardes de la pureté.  De là vient la liberté, ou plutôt la licence, à laquelle il s’abandonne ; son front ne sait plus même rougir des excès de l’impudeur ;  et plus il met d’audace à franchir les limites de la modestie et de la décence, plus il s’attribue de mérite, plus il croit avoir des titres à l’estime et à l’affection de ses pareils.  Ne donnons pas une plus grande étendue à ces tristes tableaux ;  il faudrait se salir pour ramas­ser tant d’ordure. Je me suis fait une trop juste idée du mondain, en voyant l’animal, immonde entre les autres, se rouler avec délices dans un bourbier infect (2 P 2.22). Considérons, il en est temps, le moyen dont se sert la Providence pour le confondre et le condamner.  D’abord elle exalte la parfaite pureté dans une vierge, et la place sur les saints autels.  Que le monde voie Sainte Philomène et rougisse.  Le caractère de la bête, qu’il s’enorgueillit de porter sur sa chair, ne parait point sur le corps virginal de la jeune héroïne ;  il n’y parut jamais.  C’est l’un des principaux titres qu’elle a aux hommages de l’uni­vers entier, et à la gloire dont le Ciel la cou­ronne.  Mais peut-être sa position, son état, les diverses circonstances de sa vie ne la mirent jamais en contact avec les dangers dont la terre four­mille ?  Tout au contraire, jamais on ne vit de lis environné de plus d’épines ; jamais on ne trouva de vertu exposée à des tentations plus délicates ;  jamais on n’employa de séduction plus capable d’amollir un jeune cœur, plus puissante sur l’imagination, plus efficace pour atteindre au but que se proposaient les ennemis de cette admirable Vierge.  Elle ne connaissait d’autre cloître que le palais de son père, l’isolement obligé où la tenait la loi de Dieu et la pratique des vertus qui en découlent.  Le siècle où elle vivait, quoi que déjà sanctifié par la bonne odeur du christianisme, n’était point encore celui du triomphe de la morale et de la foi.  Les païens et leurs dieux impudiques inondaient encore le monde ;  il était si facile alors de s’autoriser, même dans les désordres les plus criants, de l’exemple des uns et de la corruption des autres  !  La foi sans doute avait plus de puissance et d’empire sur les cœurs ;  mais la chair était aussi plus violemment tentée, et les vices honteux auxquels elle donne naissance s’offraient sous un aspect moins difforme, par là même que partout on les adorait.  Voir ensuite un maître du monde s’humilier à ses pieds ;  être pour lui l’objet d’une passion que  les offres les plus avan­tageuses promettaient de rendre légitime ;  avoir à lutter non seulement contre des propositions infiniment flatteuses, mais encore avec la ter­reur des menaces les plus effrayantes et avec la rigueur des tourments les plus affreux ;  entendre les gémissements d’un père consterné, les cris perçants d’une mère que sa douleur transporte hors d’elle-même ;  se voir si jeune, si timide, séparée de ce qu’elle a de plus cher, avec la perspective accablante d’un avenir fâcheux pour elle-même, pour les auteurs de ses jours, pour les États dont ils vont être dépouillés par une sentence rajuste.  Quelle situation que celle-là !  qu’elle présente d’épreuves et de dangers à Sainte Philomène ! En la considérant, je m’écrierais volontiers avec le Prophète :  Elevaverunt flumina, Domine, elevaverunt flumina vocem suam (Ps 92).  Ce ne sont pas quelques ondées seule­ment, ni quelques vagues, qui viennent tomber sur la digue de sa virginité ;  ce sont des fleuves débordés et mugissants ;  c’est une mer, c’est l’Océan soulevé qui se précipite contre elle ;  un cri d’effroi sort de mon cœur, je m’attends à la voir engloutie avec tous ses débris.  Mais non, ajoute le Prophète :  Mirabiles dationes maris ;  mirabilis in altis Dominus.  Plus le péril est grand et imminent, plus la force d’en haut va se manifester d’une manière merveilleuse.  Le combat est fini ;  la virginité a triomphé, et les flots mutinés qui se roulaient contre elle avec tant de violence ont été refoulés sur eux-mêmes, où ils se sont brisés.  Telle est la victoire de la foi.  Qui confidunt in Domino sicut mons Sion, non commovebitur in oeternum.  Que les mondains allèguent en leur faveur de semblables dangers ;  sans doute ils n’en seraient pas plus excusables ; la foi leur dit :  Plutôt mourir qu’offenser Dieu, même véniellement ;  mais enfin nous commencerions alors à croire qu’il y a moins d’exagération dans leurs fausses raisons, moins de mau­vaise volonté dans les occasions périlleuses où ils s’engagent, et plus d’espérance à former sur leur retour à Dieu et à la vertu.

 

Sainte Philomène vient de les désabuser aussi, autrement que par ses exemples. Nous avons cité plusieurs fois des miracles opérés par elle en faveur de jeunes personnes consacrées à Dieu sous l’étendard de la virginité.  On s’est demandé peut-être alors ce que cela voulait dire.  Le voici en peu de mots :  En même temps qu’il plaisait au Seigneur de glorifier sa servante par de nom­breux prodiges, il inspira aussi à de jeunes personnes le désir de retracer en elles ses ver­tus ;  et celui qui les charma davantage fut la virginité, dont elles voyaient le symbole fleuri dans les mains de la Thaumaturge.  Ce désir fut pesé, pour ainsi dire, dans la balance du sanctuaire, et il reçut son approbation de qui de droit.  L’on dressa une règle ;  on détermina un vêtement ;  on établit certaines pratiques ;  et, en un clin d’œil, les villes et les villages, qui se trouvaient dans la circonférence de Mugnano, se peuplèrent de vierges consacrées à Dieu par le vœu de chasteté.  On les appela dès lors et on les connaît aujourd’hui, en Italie, sous le nom de Monacelle di Santa Filomena  ;  c’est-à-dire, jeunes Religieuses de Ste  Philomène.  Elles ne vivent pour­tant ni en communauté ni dans l’enceinte d’un monastère : c’est au sein même de leurs familles, au milieu du monde, auquel assurément elles n’appartiennent pas, et confondues avec le reste des fidèles, que ces vierges du Sei­gneur pratiquent leur règle, et gardent, avec l’édification commune, le vœu qu’elles ont fait.  Léon XII, d’heureuse mémoire, à qui fut présentée la seconde édition de la Relation historique (1827, 8 décembre), entendant le célèbre missionnaire don Salvatore Pascali parler de ces jeunes personnes, désira connaître avec quelque détail ce qui les concernait ;  et, à me­sure qu’on les lui donnait, la joie qu’il en éprouva se peignit sur ses traits d’une manière sensible ;  mais en apprenant, ce qu’il ne pensait point d’abord, qu’elles vivaient au sein de leurs familles, et que leur présence dans le monde était un grand sujet d’édification, il ne put contenir la satisfaction qu’il en ressentait, et il s’écria :  C’est là sans contredit le plus grand des miracles de cette grande Sainte.  Quoi !  dans un siècle où la corruption est universelle,  dans un royaume où naguère la religion a eu tant à souffrir, il se trouve des âmes pures et généreuses qui osent publiquement fouler aux pieds et la chair et le monde  !  Je les bénis d’ici toutes. Et le re­présentant de J.-C. , élevant alors ses mains ri­ches des trésors de la grâce, les bénit en disant : Qu’elles soient toutes bénies ! C'était là donner une approbation bien éclatante à cette salutaire institution, et proclamer hautement les desseins de Dieu dans l’apparition de la nouvelle Sainte.  Le monde est universellement cor­rompu, et voilà qu’autour de Ste Philomène vient se grouper volontairement un nombreux troupeau de vierges.  Assurément c’est un miracle, et un grand miracle.  Il est d’autant plus étonnant que cette profession ouverte de la virginité, au milieu de la dépravation générale, doit nécessairement attirer l’attention, exciter la curiosité, provoquer la jalousie, irriter la malice des cœurs pervertis.  Mais sera-ce donc là l’unique fruit des opérations divines ?  Ne pouvons-nous pas, ne devons-nous pas leur supposer une autre fin ?  Cette fin n’est pas difficile à deviner.  Dieu veut faire comprendre aux hommes que dans tous les temps, dans tous les lieux, dans toutes  les conditions, à tous les âges, les vertus même les plus délicates peuvent s’acquérir, se con­server, se perfectionner, en dépit des fureurs de la chair, du monde et du démon. Sa grâce ne nous manque jamais. Si notre volonté la seconde, nul obstacle, quel qu’il soit, ne saurait triompher du plus faible des enfants.

 

Peut-être même la sagesse divine avait des vues plus profondes.  La virginité lui plaît souverainement, parce que, comme dit Saint Paul, elle dédie en quelque sorte la créature à son Créateur (1 Co 7).  Or, dans un temps où les pensées de l’homme sont presque toutes tournées vers le mal, cette vertu devient excessivement rare.  Il y a bien, sans doute, comme des îles fortunées au milieu de l’affreux désert qui s’est formé sous les pas de la corruption ;  ce sont des jardins fermés où le torrent du mal ne peut entrer pour y exercer ses ravages.  Mais ces îles, ces jardins, ou sont devenus assez rares, ou ne s’ouvrent, dans les contrées qui ont le bonheur de les pos­séder, que pour une certaine classe de person­nes en état de fournir la dot nécessaire à leur subsistance et à leur entretien.  De là le très petit nombre de fleurs que la virginité cultive.  Je ne puis pas, se disent bien des jeunes per­sonnes, payer ma dot pour le couvent ;  il faut donc que je m’établisse ;  et dès lors les voilà hors de l’empire, si attrayant pour elles, de la virginité, souvent même bien loin de celui de la grâce ;  les soins, les désirs de plaire, la sol­licitude, enfin, et l’agitation du siècle ont absorbé leur esprit et encombré leur pauvre cœur.  Eh bien  ! c’est à elles principalement, et à d’au­tres encore qui se sentiront animées par leur exemple, que N.-S. ouvre un accès facile à la pra­tique de l’angélique vertu.  Ste Philomène apporte à la terre la clef de ce nouvel Éden. S’il n’a pas toutes les beautés de celui que la clôture envi­ronne, il a aussi de plus une portion de la gloire de l’apostolat.  C’est un monument de sainteté qui s’élève au milieu du monde pour parier à ses yeux de la puissance de la foi et du triomphe de la grâce sur la nature et les sens ; c’est un phare du salut, qui surgit de l’océan le plus orageux, pour indiquer, dans le commun péril, aux âmes incertaines un port où, sans fuir la tempête, on peut la braver impunément ; c’est un soleil brillant à travers les plus épaisses ténèbres ;  s’il ne parvient pas à les dissiper, il fait du moins que l’on en voie toute l’horreur ; et cette vue doit amener tôt ou tard, sinon la conversion d’un peuple assis à l’ombre de la mort, au moins la justification victorieuse de la Providence, au jour où J.-C. viendra juger l’u­nivers.  Oh ! c’est une mission bien glorieuse que celle-là ;  elle est, sous le rapport dont j’ai parlé, propre aux vierges consacrées à Dieu sous le nom et sur les pas de Sainte Philomène.

 

La troisième leçon, qui vient en quelque sorte couronner les deux autres, est une leçon de générosité.  J’aime à voir cette Sainte entourée de l’imposant appareil d’un sacrifice vraiment héroïque.  Derrière elle, au-delà des mers, apparaît l’île où son père commande en souverain ;  un jour, héritière de son pouvoir, seule maîtresse de sa couronne, elle fera le bonheur de ses sujets, qui, à leur tour, s’efforceront, par leur dévouement et leur fidélité, de la rendre heureuse.  A ses côtés, un père dont elle est l’unique rejeton, il fonde son plus doux espoir sur cette fille bien-aimée ;  ses qualités, ses vertus, la noblesse de ses sentiments la lui rendent infiniment chère.  Il sem­ble ne vivre que par elle.  Ah !  qu’il est loin de penser qu’un instant, qu’un seul mot va pour toujours la séparer de lui  !...  Et sa mère !...  cette mère dont elle a été jusqu’à ce jour la compagne inséparable ; ces deux cœurs n’en font qu’un ; c’est entre eux une même volonté, une seule inclination, un commerce aussi juste que con­solant, de prévenance et de tendresse.  Quel déchirement lorsqu’un glaive, aussi impitoyable que les coups en sont affreux, viendra diviser la fille d’avec la mère avec une horrible vio­lence  !  Devant elle, un trône le plus majestueux, le plus beau de l’univers.  Celui qu’elle y voit assis fait trembler, d’une seule menace, les peuples et les rois ;  si le christianisme n’avait éclairé Philomène, j’ajouterais :  Et quand toutes les grandeurs humaines s’échapperont de ses mains, on proclamera par tout l’empire qu’il est assis au rang des dieux.  Elle se présente à ses regards dans l’attitude de suppliante.  Elle peut, en se relevant, monter les degrés du trône, aller s’asseoir à ses côtés.  Dieu ! que ce pas est glissant !  combien l’éblouissement est à craindre en face de tant de grandeurs et de tant de gloire !  Son père et sa mère tombent à ses côtés ;  pour l’élever si haut, un illustre empe­reur, le superbe Dioclétien, descend et s’humi­lie.  Le Maître du monde et avec lui le monde entier est à ses pieds.  Philomène, choisis !  parle ! qu’attends-tu ? Regarde la pourpre impériale, la couronne et le palais des Césars, cette cour brillante et nombreuse, ces trésors inépuisables où se cumulent chaque jour les richesses de l’univers.  Parle, tout cela t’appartient.  Si tu refuses, jette un regard non loin de toi ;  l’échafaud et les peines les plus infamantes et les plus cruelles te sont préparées.  Ciel ! quelle alternative !  Est-elle donc faite pour la faiblesse d’un enfant ? Non ;  Philomène est au-dessus de son âge et de son sexe ;  l’héroïsme lui est venu d’en haut.  Un regard de celui qui, tenté pour notre amour, mit Lucifer en fuite en lui oppo­sant l’éternelle vérité, vient éclairer son esprit, fortifier son cœur, la rendre invulnérable à tant de perfides atteintes.  Elle a refusé, elle a vaincu ;  en tombant sous le glaive du tyran, elle a reçu la couronne immortelle, elle est allée s’asseoir sur l’un des trônes de l’éternité, elle est entrée en possession du palais de Dieu même, et son règne n’aura point de fin.

            Tel est (ah !  c’est dire trop peu) le centuple promis à la générosité chrétienne ;  et si ce n’était point assez, voyez, dirais-je encore, le centuple nouveau que, dans son infinie libéralité, Dieu, après l’immense intervalle de quinze cents années, verse dans les trésors de sa généreuse épouse.  C’est à Rome qu’elle mou­rut ;  à Rome aussi, son nom vient de ressus­citer plein de la plus admirable vie ;  cette capi­tale du monde païen la vit inhumer sans gloire, et tout, jusqu’au souvenir de son existence, s’ensevelir, s’éteindre dans la nuit du tombeau ;  aujourd’hui, Rome, devenue la cité sainte, le centre et le cœur de l’univers chrétien, l’ex­hume avec respect du souterrain sacré où ses ossements reposent ; et, après l’avoir placée en triomphe sur les autels du Roi des Rois, elle en ranime la mémoire, elle en préconise les ver­tus, elle en propage le culte ;  elle la salue avec transport du nom de la Grande Sainte.  Philomène a dédaigné un sceptre déshonoré par mille injustices ;  elle n’a point voulu d’un empire que la mort pouvait lui ravir ;  elle a méprisé l’obéissance passagère et stupide d’esclaves ou de sujets intéressés et vicieux.  Et voilà que tout à coup elle apparaît en souveraine :  au sceptre qu’elle tient dans ses mains et qui brille à la fois de miséricorde et de justice, la nature avec ses éléments, la vie avec ce qu’elle peut offrir de consolations et de bonheur, la mort avec Ses lois et ses victimes, le Ciel entier, Dieu lui-même, semblent aveuglément soumis.  Elle en impose à l’enfer par sa puissance, elle le fait frémir de rage, elle met chaque jour le comble à sa désolation, tantôt en lui arrachant des victimes, tantôt en l’empêchant d’en faire de nouvelles, tantôt en fécondant par ses ver­tus et par ses œuvres le champ que J.-C. lui a donné à cultiver. L’empire romain, tout vaste qu’il était, reconnaissait des bornes ;  celui où Philomène a paru resplendissante de la divine majesté, forte de son autorité suprême, ne connaît point de limites, il n’en saurait point avoir ;  car toute la terre est au Seigneur,  ainsi que la plénitude des nations répandues sur son immense surface.  Mais supposons un instant que, maîtresse du monde entier et dispensa­trice d’inépuisables trésors, Philomène veuille les verser à pleines mains sur toutes les sortes de misères.  Quel en sera le résultat ?  L’or et l’argent rendront-ils la vue aux aveugles, la parole aux muets, la vie aux morts ?  Sécheront-ils les larmes d’une épouse outragée par son époux  ? celles d’une mère désolée à la vue du cadavre de son enfant ? et les pleurs aussi d’une pauvre enfant qui se voit maltraitée par sa mère ?

Mais c’est trop insister sur un sujet prouvé jusqu’à l’évidence par le peu que nous avons dit des merveilles de notre Thaumaturge.  Imitons-la dans sa générosité, et Dieu ne sera pas plus avare à notre égard qu’il ne l’a été envers elle.  Ne dit-il pas, en effet, à chacun de nous :  Marche devant moi, tends à la perfection de ton état ;  et je serai, moi, ton ineffable récompense ? L’homme est naturellement avide de son propre bonheur ;  s’il le voit quelque part, il s’élance aussitôt pour le saisir ;  sa promptitude, la ra­pidité de son élan, sont toujours en proportion et avec la grandeur du bien qu’il voit, et avec l’espérance qu’il a de pouvoir en jouir en plénitude.  Or, quoi de plus grand que le prix destiné à la générosité ? quoi de plus certain que la jouissance qui nous est promise ? Scio cui credidi, s’écriait S.  Paul ;  Je connais celui auquel je me confie, et j’ai la certitude qu’il peut me rendre un jour le dépôt de sacrifices et de bonnes œuvres que j’ai mis entre ses mains ;  et, dans cette confiance, le grand apôtre se jetait à pas de géant dans sa laborieuse carrière ;  il affrontait  les persécutions, les tempêtes,  les glaives, mille morts.  La foi ne nous éclaire-t-elle pas aussi ? Nous savons ce qu’il savait ;  sa certitude est aussi la nôtre ;  nous avons de plus des milliers d’exemples sous les yeux, que l’apôtre des nations n’avait pas.  Ne nous arrêtons qu’à celui de Ste Philomène.  Au jour et au mo­ment de son sacrifice, elle ne voyait que par la foi, et, au travers de son obscurité, la réalité future des promesses divines.  Per speculum et in oenigmate.  La séparation de ce qu’elle avait de plus cher ici-bas, l’ignominie attachée à ses tourments, les cuisantes et longues douleurs auxquelles son corps était en proie, l’horrible mort qu’elle voyait en perspective, cherchaient à détruire sa foi, à lui enlever son Dieu, à faire triompher la chair, le sang et le vice :  Sed in his omnibus superamus.  Mais l’héroïne sort vic­torieuse de tant de combats ;  elle a le cœur fixé sur les choses invisibles  ;  dès lors tout ce qui se voit disparaît à ses yeux ;  le sentiment intime et surnaturel de la foi, la joie qui en jaillit avec surabondance sur son âme, émousse la pointe des douleurs, la fait se rire des efforts multipliés de la rage toujours croissante de son persécuteur et de ses bourreaux ;  en vain des fouets, armés de plomb, sillonnent sa chair, brisent ses os, et ne font de son corps qu’une large et profonde plaie ;  en vain les dards aigus, les traits rougis au feu, pénétrant jusqu’aux sources même de la vie, cher­chent à les épuiser, à les tarir ; en vain l’on veut l’épouvanter, en lui montrant sous ses pieds un abîme destiné à l’engloutir.  La vue du bonheur qui l’attend, de la couronne qu’elle espère, de la gloire éternelle et immense où vont aboutir tant de maux, l’anime à tout bra­ver, à tout souffrir, à dévorer, pour ainsi dire, avec une insatiable avidité toutes ces amertumes et toutes ces douleurs ;  et hoec est victoria quoe vincit...  Fides...

 

Ici j’emprunte à Isaïe sa voix, pour crier au milieu du monde perverti que traverse en pleurant la génération présente des fidèles (Is 24) :  Nation choisie, peuple de Dieu, approchez-vous, écoutez-moi, et que la terre, avec tous ceux qui l’habitent, soit attentive à mes paroles...  L’indignation du Seigneur s’est répandue et va se répandre encore sur toutes les nations ;  c’est le jour de la vengeance,  l’année du juste jugement.  J’ai vu tomber les vivants comme la feuille de la vigne et du figuier ; leurs cadavres, çà et là jetés en monceaux, exhalent les poisons de la mort ;  et après avoir dévoré tant de victimes, le glaive du Seigneur, tout rassasié qu’il parait être, cher­che encore à s’enivrer du sang de ses ennemis. . .  Ah ! quel calice de douleurs et de larmes semble se préparer là-haut dans les mains de la justice de Dieu !  Ses flots tomberont-ils seule­ment sur la chair corrompue et sur les cœurs impies ? Si cela était vrai, le fidèle n’aurait-il point encore à pleurer et à souffrir  ? Mais Saint Jean nous dit que, dans les derniers temps (et ce sera l’une des principales causes de la fureur du Ciel contre la terre ), les bons eux-mêmes auront à supporter des croix bien pesantes, à livrer de terribles combats, à soutenir des luttes gran­dement difficiles.  Et les vainqueurs seulement, ceux qui auront sur eux le signe et la patience de Jésus, viendront s’asseoir avec lui sur un même trône (Ap 3.10, 21).  Il nous dit qu’à l’époque de la grande tribulation (Ibid. 7.14), le sang des fidèles coulera ; que l’Église, cette épouse du Dieu qui mourut et qui vit, sera poursuivie, ainsi que ses enfants par le dragon infernal  ;  qu’il cher­chera à briser dans leurs mains les tables de la loi, à éteindre en leurs cœurs la lumière des préceptes évangéliques, à effacer de leurs fronts le glorieux témoignage du Sauveur (Ibid. 12.17).  Il nous dit qu’une bête sortie de la mer (et c’est l’Antéchrist), aidée puissamment par une autre bête qui s’élèvera de la terre (et ce sont les faux prophètes), s’efforcera de séduire les habitants de l’uni­vers, en leur proposant l’alternative, ou d’adorer son image, ou de périr dans la misère, la honte et le délaissement (Ibid. 13.7,17).  Il nous parle au même endroit d’une effroyable apostasie, que la co­lère du Seigneur s’apprête à venger horriblement.  Les saints n’auront de ce côté-là rien à re­douter ;  mais les impies, cherchant à leur tour à se venger sur eux de leurs souffrances, les assujettiront à des épreuves qu’il devra leur en coûter à soutenir :  Hic patientia sanctorum est (Ibid. 16.29).

 

Cette vue doit-elle nous intimider ? peut-elle affaiblir dans nos cœurs les sentiments de la générosité chrétienne ? Un regard sur Ste Philomène, son sacrifice, son martyre, son triom­phe, le pouvoir dont Dieu la revêt sous nos yeux, la gloire même extérieure qui vient s’unir à celle infiniment plus grande dont elle jouit dans le Ciel, sont autant de voix qui crient aux cœurs pusillanimes :  Confortamini et nolite timere : courage, ne craignez pas.  S’ils vont jusqu’à tuer votre corps, que peuvent-il con­tre votre âme ? s’ils vous exilent de la terre, peuvent-ils vous fermer la porte des Cieux ? Riez-vous de leurs efforts ; sacrifiez tout plutôt que de vous laisser souiller par leurs maxi­mes et par leurs exemples ;  abandonnez-leur vos biens, vos dignités, votre réputation, votre famille même et votre vie ;  Dieu et votre âme sont préférables à tout cela.  Que perdrez-vous en perdant des biens périssables ? que ne gagnez-vous pas en entrant par la voie des sacrifices dans la joie même de votre Dieu ?...  Oui, il viendra, et vous serez saurés (Is 35).  Plus vous aurez souffert, plus la mesure de votre bonheur sera grande ;  plus vous vous serez ap­pauvris, plus vous aurez à puiser dans les célestes trésors ; plus vous aurez immolé d’af­fection (car peut-être vous aurez à sacrifier  père, mère, frères, sœurs, enfants, tous vos amis, pour pouvoir dire à Dieu :  Mon Père, et en être appelés sa mère, son frère et son ami) ;  plus votre cœur nagera délicieusement dans l’océan du divin amour, plus il serrera un jour, de près, le cœur de son adorable Maître.  Ah !  ravissante générosité !  que tu me pro­mets de biens !...  Si tes dehors ici-bas s’of­frent à moi tels qu’une haie armée d’épines, quels torrents d’ineffables douceurs prennent et cachent leur source au dedans de toi ! Eh bien !  tu m’as subjugué, tu m’as ravi tout ce que je possède ;  je t’aime, ma volonté s’ouvre, se donne pleinement à toi ;  viens, commande, défends en souveraine ;  je t’obéis de toute l’étendue de mon cœur :  et quand, dépouillé de tout, afin de jouir de tes promesses, je te tendrai la main pour les voir se réaliser, oui, tu me donneras mon Dieu, qui est le grand, l’unique Tout, auquel tous mes désirs aspirent.

 

3.  À l’instruction que nous donne Ste Philomène, il y faut joindre aussi l’encouragement.  Peut-être va-t-on penser que c’est ici une redite ;  non, c’est sur un autre objet que nous allons nous reposer ; c’est un coup d’œil que nous jetterons en passant sur l’action de la divine Providence, et sur les tout aimables soins qu’elle prodigue à ses enfants.  L’impiété de nos jours, stérile par elle-même, a eu l’ad­mirable talent de se rendre féconde en s’efforçant de rajeunir les blasphèmes des anciens jours.  Ce fameux dialoguiste, ennemi juré de tous les dieux, et en particulier du Dieu, seul véritable, qui le livra, dans sa justice, à des chiens dévorants, osa dire, entre mille autres impiétés :  Quelle folie de penser que l’Être par excellence étende sa sollicitude sur l’humanité !  Ce serait pour lui un bien embarrassant, un bien triste ministère ;  et nous croirions, nous, qu’il se déshonorât à ce point  ? nous oserions même le mettre en doute ? Ce qu’il a dit, le servile écho de la philosophie mo­derne l’a répété par mille bouches, l’a redit dans des milliers de pamphlets, jusqu’aux extrémités de l’univers...  C’est là comme le point d’où elle part pour arriver à dire avec une orgueilleuse emphase  : Il n’y a qu’un seul Dieu dans le ciel, un seul maître sur la terre, et ce maître c’est MOI.  Tais-toi, misérable, tais-toi, pourrais-je lui répondre avec saint Augustin ;  reconnaître l’existence d’un Dieu, et nier son influente Providence, c’est de toutes les folies la plus évidente, la mieux caractérisée :  APERTISSIMA INSANIA EST.  Mais, pour ne pas m’éloigner de mon sujet, je me contente de dire avec le célèbre Lessius :  Quand bien même les autres preuves manqueraient, il nous suffit de voir les miracles qui s’opèrent parmi nous pour attester les soins, non pas ordinaires seulement, mais encore extraordinaires, de la divine Providence à l’égard de ses créatures (De Provid., L. 1, § 9, 121). Ces miracles, ajoute-t-il, se font en invoquant les saints, et particulièrement la bienheureuse Vierge Marie.  Ils se font dans toutes les parties du monde.  Ils sont nombreux, évidents, palpables.  Ceux-là seuls ne les croient pas qui se ferment les yeux et les oreilles pour ne pas les entendre, pour ne pas les voir.  Et c’est bien là aussi ce qui arrive de nos jours ;  c’est ce qui nous fait crier aux fidèles :  Détournez vos regards de ces chaires où s’assied l’impiété, comme vous le faites à l’aspect des aliments vomis par une bouche dégoûtante ;  et contemplez avec moi les œuvres du Dieu tout-puissant.  Oh !  qu’un spectacle si doux peut vous inspirer de con­fiance !  C’est une mère, c’est la plus vigilante, la plus tendre des mères, que la Providence de ce bon Dieu que vous servez.  Car qu’a-t-elle fait, et que fait-elle encore par l’entremise de Ste Philomène  ? Jusqu’où n’a-t-elle pas porté les soins délicats de son amour ?  La chaumière du pauvre, les sillons arrosés des sueurs d’un la­boureur indigent, l’obscurité des hameaux, la couche douloureuse où gémit le malade aban­donné, le berceau même de l’enfance ; tels sont les théâtres de la puissance du Seigneur ; c’est là que descend son adorable majesté, là que son doigt écrit en caractères éblouissants : Il est une Providence pleine d’amour ;  heureux qui fonde en elle son appui ! Quelles que soient les misères d’ici-bas, je suis prête à les alléger en fa­veur de ceux qui m’invoquent.  Les humbles, les petits ont parfaitement compris ce langage ; aussi les vois-je accourir de toutes parts. Où va donc cette multitude? Hommes et femmes, vieillards et enfants, jeunes gens des deux sexes, où courez-vous, que cherchez-vous ? Et ils me répondent, ainsi que ces bergers, premiers adorateurs d’un Dieu enfant : Nous allons vers une Bethléem nouvelle ; nous courons voir ce qui s’est fait, ce qu’il a plu au Seigneur de nous manifester dans sa miséricorde. Ste Philomène les a reçus en leur tendant les bras, et toutes sortes de faveurs ont suivi la bénédiction qu’elle leur a donnée... Ils s’en retournent, la joie sur le visage et la paix dans le cœur ; l’un dit avoir vu la Sainte, qui l’a guéri d’une longue douleur ; l’autre assure l’avoir entendue, et prouve bientôt son témoignage par l’accomplis­sement parfait de ce qui lui a été prédit ; une autre, et c’est une mère infortunée, présente avec orgueil le fruit qu’elle mit au jour ; il était mort, et le voilà soudain rendu à la vie. Celui-ci s’arrête, comme frappé d’étonnement ; il contemple l’un de ses membres en proie depuis longtemps à la putréfaction : Quoi ! se dit-il, pas même les vestiges d’une plaie si pro­fonde ! ah ! combien plus habiles sont les mains de Dieu que la science la plus renommée de la terre !... Et celle-là, où va-t-elle toute fière avec un vase fragile dans les mains ? Je la vois entrer dans sa cabane, appeler la famille autour de soi ; elle vient de lui raconter la production su­bite d’une huile miraculeuse, la où sans un mi­racle elle n’en eût pas trouvé pour ses besoins. Plus loin j’aperçois une maison hospitalière ; le vin a été sur le point d’y manquer ainsi qu’aux noces de Cana, et voilà que successivement une quantité de vases se remplissent. Nul hôte qui ne se soit largement désaltéré ; ils étaient venus fêter Sainte Philomène, et Sainte Philomène a miraculeusement pourvu à leurs besoins.  Ail­leurs je suis frappé d’un contraste inexplicable pour moi ; c’est, d’une part, la confusion et le remords ; de l’autre, la joie et le triomphe. Pau­vre femme, qu’emportes-tu la de la maison d’autrui ? - Eh ! mais c’est un vase d’airain que m’avait pris ma voisine ! - Qui te l’a dit que c’est le tien ? lui répond une voix timide et courroucée. - Qui me l’a dit ? c’est Sainte Philomène ; elle m’a même indiqué le lieu où il était caché. Voyez-vous, me dit-elle, sans cela toute ma famille aurait été contrainte à jeûner le jour de la fête de notre Sainte. - Mais cette jeune personne, que je vois là-bas sur le chemin de Mugnano à Montéforté, vient détourner mon at­tention.  Qu’elle est belle, qu’elle est intéressante dans la simplicité de ses vêtements !  On la dirait venue du Ciel, pour apporter des conso­lations à la terre.  Oui, c’est elle, c’est Sainte Philomène ; je la reconnais bien à l’œuvre de miséricorde que je lui vois pratiquer. Elle s’est abaissée ;  elle a cueilli quelques herbes. Bonne femme, dit-elle en s’approchant d’une épouse affligée, pourquoi t’abandonner ainsi à ta douleur ? Je sais ce que souffre ton mari, en voici le remède ;  puis, s’avançant vers celui-ci : Cou­rage, brave homme, ajoute-t-elle ;  ceci n’est rien ;  avant de rentrer en ton logis ta guérison sera parfaite. La jeune personne a disparu, le mal aussi ; mais la reconnaissance a pris leur place. - Dirigeons-nous maintenant vers ce bourg éloi­gné ;  entrons dans la maison de ce vertueux archiprêtre. Il a quelque chose à nous raconter. Oui, me répond-il, et c’est d’une bouche innocente que moi-même je le tiens. Cette enfant de trois ans souffrait de violentes coliques. Sa mère lui appliqua une image de la Sainte, et soudain la petite s’endormit. À son réveil, Ma­man, maman, s’écrie-t-elle, j’ai vu la Sainte ;  elle m’a dit : Dors, dors, gentille petite en­fant, et la douleur se passera. - Ici la joie ;  un peu plus loin la tristesse. - Qu’avez-vous donc, vous, Angèle ? Que faites-vous la auprès de votre sainte Protectrice, à vous plaindre et presque à la gronder ? - Ce que je fais ? savez-vous mes raisons ? J’avais pris beaucoup de peine à nourrir une poule ;  j’en voulais faire don à la Sainte que voilà ; et puis, ma belle poule m’est disparue ;  je la cherche depuis deux jours, pas moyen que je la retrouve.  Ste Philomène aurait bien pu me la ramener ;  croyez-vous donc qu’elle y eût mis tant de courses et de fatigues ?- Vraiment, cette naïveté me plaît ;  ta foi, Angèle, aura sa récom­pense. Quelques heures après, deux heures environ après la fin du jour, Angèle entend comme becqueter à sa porte. Elle ouvre, et debout sur la neige, dont tout le sol était cou­vert, paraît la fugitive tant cherchée. - Encore une consolation. Le petit Moccia pleurait ; et la cause de ses pleurs était un anneau de grand prix, perdu en jouant dans le jardin. Tant qu’il y eut espoir de le trouver, on n’alla pas plus loin qu’aux gronderies et aux reproches ; mais l’espérance évanouie, quelle tempête autour du pauvre enfant !  La mère en a pitié : Ste Philomène, s’écrie-t-elle, si vous me faites retrouver !'anneau, j’accomplirai telle promesse. Et dès le lendemain matin, en ouvrant la porte du jardin, et tout auprès de cette porte, l’anneau ap­pelle les regards de dessus la tige d’un rosier, où il brillait de la manière la plus gracieuse. -  Et cet homme, qui est la dans son lit, im­mobile de stupidité autant que de maladie, n’a-t-il personne autour de lui pour suppléer à son insensibilité et à son silence? Les Saints ne viennent d’ordinaire que quand ils sont appelés. Oui, ses filles ont pris sa place. Une statue de la Sainte est entrée à Marigliano ;  c’est auprès d’elle que la piété filiale va faire entendre ses cris. Ste Philomène accourt ; lève-toi, dit-elle au malade, tu es guéri, suis-moi. Il se lève, il la suit ; mais la voyant aussitôt disparaître, il croit, dans sa bonne simplicité, qu’elle sera dans l’appartement de quelqu’une de ses filles. Il frappe. Celles-ci reconnaissent la voix ; mais ignorant le prodige, quelles noi­res pensées viennent assiéger leur esprit ? Enfin le père a tout expliqué ; leurs yeux l’ont vu, elles le retrouvent plein de raison et de force. Leurs actions de grâces retentissent partout.

 

            C’en est assez. Chrétiens, aimerons-nous, bénirons-nous une si aimable et si bonne Pro­vidence ? La vue de ses soins tout maternels animera-t-elle notre cœur à nous jeter dans ses bras, à déposer dans le sien toutes nos es­pérances? L’espoir qu’on met en elle, dit Saint Paul , n’est jamais confondu. Or, avec une telle assurance, qui pourrait se laisser abattre, se livrer au découragement ?  La pusillanimité est le mal le plus commun dans les temps mal­heureux, alors qu’on semble voir tout chan­celer autour de soi, tout menacer ruine. À mesure que l’orage s’avance, que le ciel s’ob­scurcit, que les ténèbres s’épaississent sur la terre, l’effroi redouble ;  les battements de cœur vont se pressant de plus en plus ; on craint de voir s’échapper sa confiance et son courage.  Mais quand la foudre part, quand le tonnerre éclate, quand, à droite et à gauche, l’on en­tend des gémissements, l’on compte déjà plu­sieurs victimes ; la frayeur d’être atteint des mêmes coups, d’éprouver les mêmes revers, de succomber à de semblables disgrâces, vient tout à fait glacer le cœur, et souvent toute sa force expire... Ah ! de grâce, ne crains donc pas petit troupeau ; jette regard sur le Pasteur si bon, qui te conduit aux célestes pâturages. Ses yeux sont sans cesse ouverts sur toi, ses mains toujours puissantes à te défendre, son cœur toujours ouvert pour te servir d’asile et te mettre à l’abri des ouragans les plus furieux. Crois-tu donc qu’il dorme ou qu’il sommeille, le gardien d’Israël ? Tantôt il accourra lui-même pour te protéger ; tantôt il enverra à ton se­cours quelqu’un de ces enfants déjà rentrés au sein de leur céleste famille. Ste Philomène est venue ; vois à ses œuvres le but de sa mission ; n’est-elle pas pour tous les genres de malheur une bienheureuse Providence ?  Si tu crains, implore-la, et les effets les plus consolants pour toi seront le fruit de ton recours à sa toute-puissante houlette. Que si son bras ve­nait jamais (je ne le pense pas) à t’être insuffi­sant, combien d’autres, là-haut dans le Ciel sont prêts à se mouvoir pour toi, dès que, plein du courage de la foi, tu auras su les intéresser à ta cause ?

 

            Ainsi tout repose sur ce fondement : Euge, euge ! courage, point de pusillanimité ! Le péril est grand, la faiblesse plus grande en­core, les besoins multipliés jusqu’à l’infini ? N’importe : quid timidi estis ? Non, ne vous découragez pas. Le Maître, le Dispensateur de tous les biens, le Sauveur et des corps et des âmes, se trouve auprès de vous ; sa Providence est là pour vous servir, comme ces gentilshommes placés dans l’antichambre du prince, pour obéir promptement au moindre signe de sa volonté. Ce grand Dieu, d’une bonté infinie, fait même plus que ne font les serviteurs. Ecce, sto ad ostium et pulso, nous dit-il. Ceux-ci, lorsqu’ils sont fatigués, se permettent un peu de repos ; mais Dieu est toujours debout ; il n’at­tend pas, comme eux, qu’un signal le réveille ;  impatient en quelque sorte de nous faire du bien, il frappe à notre porte pour encourager le pauvre cœur à user librement de son Dieu, des anges et des Saints. Si nous hésitons encore à demander, il nous fait alors entendre ses plain­tes : Usque modò non petistis quidquam in nomine meo, nous dit-il. Voilà bien longtemps que je vous invite, que je frappe, et vous ne me de­mandez rien : Petite et accipietis, ut gaudium vestrum sit plenum (Jn 16.20) ;  demandez donc, et je vous donnerai selon vos désirs, en sorte que votre joie sera parfaite.  Et si nous nous laissons, mal­gré ces instances réitérées, vaincre par la timi­dité, il se laissera, lui, vaincre par sa généreuse tendresse ;  il donnera sans qu’on lui ait demandé : Non vultis venire ad me... Ego veni... Dieu ! qui pourrait après cela user avec vous de réserve ?  qui oserait être timide en s’approchant de vous ?

 

            Courage donc, encore une fois ! Ce n’est pas l’homme seulement, c’est le Ciel entier qui nous le crie. Tout ce que vous demanderez. au Père au nom du Fils, le Père vous le donnera... Quodcum que pepetieritis Patrem... ipse dabit vobis... Point de différence ici entre les choses grandes et petites, faciles et difficiles, possibles même et impossibles. Car enfin, pour celui qui peut tout, y a-t-il jamais quelque difficulté, quelque sorte d’impossibilité ? Nous en avons tant d’exemples touchants, parmi les merveilles de Ste Philomène. Mais aussi, de notre côté, faut-il une sainte au­dace ;  plus nous oserons, plus nous obtiendrons. J’aime à lire ce passage de saint Bernard, où il dépeint si bien les âmes courageuses dont je parle : Leur magnanimité, dit-il, leur fait contracter l’habitude d’aspirer aux plus grandes choses ;  et la hardiesse de leur foi les rend dignes d’entrer dans la plénitude des trésors divins. Tel était un Moïse, qui osait dire à Dieu :  Si j’ai trouvé grâce devant vous, montrez-moi votre es­sence. Tel encore un Philippe, qui sollicitait pour ses compagnons et pour soi la grâce de voir le Père céleste. Tel  un Thomas, qui se refusait à croire s’il ne mettait ses mains dans les plaies de son Jésus. C’était là sans doute une foi imparfaite ;  mais son étonnante prétention avait sa source dans le courage et la grandeur de son âme. Tel enfin un David, qui adressait à Dieu cette prière : Seigneur, mon cœur vous l’a dit, et mes yeux le sollicitent encore ;  c’est votre visage que je brûle de voir. Ces âmes, continue le St docteur, parce qu’elles sont grandes et courageuses, demandent de grandes choses ; et ce qu’elles osent demander leur est accordé, selon ce qui est écrit : Tous les lieux où vous mettrez les pieds seront à vous. Une grande confiance mérite en effet de grands dons ;  et vous obtiendrez des biens de Dieu, tout autant que votre confiance aura de largeur et d’étendue pour les recevoir (Serm. 32 in cant.).

 

 

             


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