NOTRE TEMPS EST L’ÂGE DES MARTYRS
NOTRE TEMPS EST L’ÂGE DES MARTYRS
Père John Hardon, s.j.

 

              Jamais dans l’histoire de la papauté un évêque de Rome n’a autant écrit sur le martyre que notre Saint-Père, le Pape Jean-Paul II. Son encyclique L’Évangile de la Vie évoque plus de mille fois l’appel au martyre en notre temps.  Son homélie parle des trois premiers siècles de l’ère chrétienne comme de l’âge des martyrs.  Certes, des milliers de chrétiens ont répandu leur sang pour la Foi. Tous les Papes sont morts martyrs jusqu’au quatrième siècle.  Et pourtant, les Pères de l’Église primitive ont déclaré que « le sang des martyrs était la semence de l’Église ».  Plus les chrétiens versaient leur sang en mourant pour leur Foi, plus le christianisme se répandait pour libérer un monde païen.

 

              Paganisme moderne : Tout ceci n’est qu’un prélude à ce que je veux vous dire.  La paganisme est aussi vieux que l’histoire humaine.  Tout au long des 2000 ans depuis le Calvaire, le christianisme a dû combattre des idées païennes, des lois païennes, et un monde de culture païenne qui haïssait le christianisme pour la même raison qu’il avait crucifié Jésus-Christ.  Le monde ne veut pas entendre la Vérité.  Nous vivons actuellement dans une société paganisée.  Je crois que les chrétiens peuvent s’attendre, si c’est la volonté de Dieu, à connaître la mort des martyrs.  C’est cependant la volonté de Dieu que nous vivions une vie de martyr. Nous vivons dans la culture mondiale la plus paganisée de l’histoire humaine.  Il y a eu plus d’avortements depuis 1900 que dans tous les siècles antérieurs réunis de l’histoire humaine. 

 

              J’ai accueilli dans l’Église, le 25 mars, le procureur qui a poursuivi en justice – mais sans succès – Dr Mort, le Dr Kevorkian. Il m’a confié : « J’ai décidé de devenir catholique parce que qui d’autre, qui d’autre dans le monde actuel prendrait encore la peine de défendre une vie humaine innocente ? »

 

              Le besoin de martyrs : Qui retrouve-t-on derrière cette culture de mort généralisée et ce fléau du mensonge ? Qui donc, sinon l’esprit du mal, le père du mensonge, celui qui a apporté la mort dans la race humaine. On ne reste pas fidèle à Jésus-Christ sans en payer le prix.  C’est l’histoire du christianisme depuis le premier Vendredi Saint.  Pourquoi les ennemis du Christ ont-ils crucifié le Sauveur ?  Parce qu’il leur enseignait la Vérité.  Votre philosophe canadien des médias, Marshall McLuhan – combien j’aime citer cette dernière phrase d’une lettre qu’il a envoyée au prêtre qui l’a reçu dans l’Église catholique – affirmait que « Les médias modernes sont engagés dans une conspiration luciférienne contre la Vérité ».

 

              Qu’est-ce que le martyre ?  La meilleure description du martyre a été donnée par Jésus lui-même juste avant son Ascension.  Le Jeudi de l’Ascension, avant d’être élevé au ciel, il dit à ses Apôtres, « Vous allez recevoir une force, une puissance d’en haut, pour être mes témoins en Samarie, en Judée et dans le monde entier ».  Mais dans le texte grec des Actes des Apôtres de saint Luc, on lit, « Vous serez mes martyrs ».  Nous avons là, exprimé en une phrase, le sens moderne de la puissance du martyre, sa nature et son but.  La source qui donne la force de souffrir pour le Christ vient de l’Esprit-Saint.  Après avoir été baptisés, nous avons reçu l’Esprit-Saint.  Lorsque nous avons été confirmés, nous avons de nouveau reçu cette force, la force de professer notre Foi.  Au cours de toutes ces années passées à enseigner la théologie sacramentelle, je ne me suis jamais lassé de répéter à mes étudiants que « le nom moderne du Sacrement de Confirmation, c’est celui de Sacrement du Martyre ».

 

              Et remarquez bien que Jésus a dit, « Vous serez mes martyrs ».  Ceux qui croient en Jésus-Christ doivent y être plus prêts que jamais.  C’est la volonté de Dieu que l’on connaisse la mort d’un martyr.  J’ai offert ma première Messe le 21 juin 1947, et à chaque élévation de chaque Messe offerte au cours des 50 dernières années, j’ai demandé à Notre Seigneur le don du martyre.  Lorsque je me résigne –  et c’est le message que je vous laisse avant de retourner aux États-Unis demain matin – je me résigne à vivre une vie de martyr.  Les évêques ordinaires ne survivront pas ;  les bons prêtres ordinaires ne survivront pas ;  pas de nos jours.  Les pères et les mères ordinaires ne survivront pas.  Le Cardinal Ratzinger ne me l’a pas dit à moi personnellement, mais à un de mes amis intimes : « Je ne serais pas surpris si un jour tous les catholiques de l’Église tout entière pouvaient tenir à l’intérieur de la Place Saint-Pierre. »

 

              Les apostasies massives se succèdent les unes après les autres dans des pays naguère chrétiens.  En d’autres termes, nous pouvons nous attendre - et je dis bien, nous attendre - si c’est la volonté de Dieu, à mourir de la mort d’un martyr ; mais nous devons, et cet impératif est le fruit de 50 années de prêtrise et de 30 années de travail pour le Saint-Siège, nous devons vivre une vie de martyr.  Et je sais que je m’adresse au bon auditoire.

 

              Dans les trois premiers siècles de l’histoire de l’Église, les Romains ont fait tout ce qu’ils ont pu pour anéantir le christianisme.  Je n’oublierai jamais que durant mes études à Rome, j’ai fait visiter Pompéi à quelques touristes, vous savez, Pompéi, l’éruption volcanique, deux grandes villes ;  eh bien, ces villes ont été dégagées de leurs cendres et j’ai lu, gravée dans la pierre tendre de l’une des maisons, cette inscription : « Les chrétiens doivent être éliminés. »  Mais le paganisme romain n’a pas éliminé le christianisme.  Au cours des siècles, il y a eu des millions de martyrs, des millions de chrétiens qui sont morts pour leur Foi. Mais le siècle le plus sanglant de l’histoire de l’Église a été le 20e siècle.

 

              Au Soudan seulement, au cours des années cinquante, plus de deux millions de catholiques sont morts de faim parce qu’ils refusaient de nier que Marie est Mère de Dieu.  Au cours de mes années d’enseignement des religions comparées, j’ai enseigné plusieurs semestres en Islam. Il est clair que le Coran affirme, passage après passage, que les chrétiens sont des idolâtres : nous adorons un homme comme s’il était Dieu.  Et il faut d’abord que les chrétiens soient faits prisonniers, puis convertis de leur idolâtrie.  S’ils ne sont pas convertis de leur idolâtrie d’adorer l’homme, et de prétendre même qu’il est Allah, le Fils de Dieu, il faut les tuer.  Ce siècle a été le plus sanglant de l’histoire et a eu plus de martyrs qu’au cours des 1900 ans de christianisme qui l’ont précédé.

 

              Je prie le Seigneur – j’espère que vous ne l’oublierez pas – si telle est sa volonté, qu’il vous accorde le privilège de mourir de la mort d’un martyr.  Mais je le prie à genoux de nous faire vivre à tous la vie d’un martyr.

 

              Je me souviens d’une conversation que j’ai eue il y a quelque temps avec le Cardinal O’Connor de New York.  Je lui ai dit, « Éminence, les États-Unis ont bien besoin de plus d’évêques comme St. John Fisher ».  Vous vous rappelez ? Henri VIII voulait une déclaration de nullité pour son mariage avec Catherine d’Aragon et St. John Fisher a écrit au Souverain Pontife d’alors, de la part de ce cher Henri. Le Saint-Père a répondu, « Désolé, je ne peux pas déclarer votre mariage avec Catherine nul et non avenu ».  Ann Boleyn, la maîtresse d’Henri, lui a dit, « Henri, plus de sexe avant que je devienne reine ». Qu’est-ce qu’a fait Henri ? Il a demandé aux évêques d’Angleterre de déclarer que son mariage avec Catherine n’était pas valide ».  Un évêque, un seul, a dit à Henri, « Désolé ».  Tous les autres évêques ont apostasié et St. John Fisher, nous le savons, a payé ce courage de sa vie.

 

              Eh bien, le martyre auquel nous devons nous attendre, et je dis bien nous attendre, aux États-Unis comme au Canada, est celui d’une vie de martyr.  Car, et je parle ici avec l’autorité du Pape Jean-Paul II, si les catholiques refusent de vivre une vie de martyrs, l’Église catholique disparaîtra des pays chrétiens les uns après les autres.

 

              Alors que va-t-il arriver ?  Je ne saurais vous dire à quel point la huitième béatitude peut être d’une importance cruciale.  Vous vous souvenez ?  « Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi. » Voilà les seuls catholiques qui survivront à la persécution massive de l’Église catholique dans les pays naguère chrétiens.  Le prix à payer est très élevé. Le Christ nous l’a dit – oh, comme cela est important ! –  nos pires ennemis, nos adversaires les plus hostiles, écoutez bien cela,, sont les membres de notre propre maison.

 

              Je sais ce que je dis.  Durant toutes mes années de prêtrise, les personnes les plus hostiles auxquelles il m’a été donné d’enseigner, de parler ou d’écrire, ont été mes propres confrères !  Oh combien il faut croire que nous vivons l’âge des martyrs !  Ce n’est pas seulement parce que plus de catholiques ont versé leur sang pour leur Foi depuis 1900 que pendant les dix-neuf siècles précédents.  Je peux prouver cette affirmation.  Ce n’est pas uniquement le martyre sanglant où le sang est versé pour Jésus-Christ. C’est le martyre vivant de professer sa foi, de vivre notre christianisme catholique et de payer chèrement pour nos convictions catholiques.

 

              L’ennemi – entendez-le bien – ce sont les médias, et, dans un pays après l’autre, c’est l’État.  Si vous voulez rester fidèles au Jésus qui nous a donné une partie de sa propre Divinité, sa Vérité révélée, vous le paierez chèrement, très chèrement, et particulièrement à cause de l’éloignement, du rejet, et de la persécution verbale de ceux que vous aimez le plus.  Je fête cette année mes cinquante ans de prêtrise ;  c’est ma quarante et unième année d’exil. Oh, comme je pourrais être autobiographique !  Quel prix il faut payer pour être fidèle à la Vérité que le Christ a proclamée et pour laquelle il est mort sur la croix ! quel prix à payer et quelle croix vous aurez à porter !  Mon plus fervent espoir est que ce que je vous confie aujourd’hui ne soit pas considéré, disons, comme un vœu pieux, ou encore, une exagération.  L’Église catholique survivra seulement, seulement et uniquement, si nous avons des évêques, des prêtres, des religieux et des laïcs fidèles qui vivent une vie de martyr.  Partout ailleurs, notre Église catholique disparaîtra.

 

              Seigneur Jésus, lorsque nous avons été reçus dans ton Corps mystique au Baptême, que nous avons grandi et que nous avons été confirmés dans le Sacrement de renforcement spirituel, jamais nous ne nous attendions alors à payer le prix que nous apprenons maintenant devoir payer pour rester fidèles à ta Vérité révélée.  Mais, cher Sauveur, nous t’aimons et nous sommes prêts, si telle est ta volonté, à verser notre sang pour la Vérité que tu nous as révélée. Nous te prions de vivre des vies de martyrs ici sur cette terre parce que, cher Jésus, le sang des martyrs est la semence de l’Église. Ton Vicaire, l’Évêque de Rome, prévoit que le 21e siècle sera le plus glorieux de l’histoire chrétienne, mais à une condition : que nous payions le prix pour cette renaissance de la foi catholique en vivant une vie de martyr, et, cher Sauveur, si telle est ta volonté, de mourir une mort de martyr.  Marie, notre Mère, Reine des Martyrs, priez pour nous.

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