Le Malin est malin, voyez comme il procède: il n’attaque jamais de front et prend bien soin de cacher son jeu et ses intentions. Ainsi, il n’a pas dit à nos premiers parents: Vous devez faire comme moi, et désobéir à Dieu! Non, il leur a laissé entendre que cette désobéissance serait pour leur plus grand bien, que c’était une occasion de progrès, qu’ils seraient " comme des dieux ", ayant la connaissance du bien et du mal, c’est-à-dire qu’ils pourraient eux-mêmes décider de ce qui est bien et de ce qui est mal. C’est en vertu de ce " droit " que nous tuons les enfants dans le ventre de leur mère, que nous éliminons les handicapés et déjà les vieillards - sous couvert de compassion et d’humanité. Le loup se déguise de préférence en agneau.

Le grand ennemi du Malin est évidemment l’Église, car elle est le Corps du Christ sur la terre. Le Malin use toujours du même stratagème et le pape Paul VI nous a prévenus que " les fumées de Satan, par quelque fissure, ont réussi à s’infiltrer dans l’Église ". Il ne faut pas s’en étonner. Jésus nous a bien dit que le serviteur n’est pas plus grand que le maître et que tout ce que Lui a connu, l’Église le connaîtra elle aussi. Y compris la présence et la trahison de Judas. Y compris le martyre, en présence de la Vierge Marie, des saintes femmes et de Jean qui représentent le petit reste.

Le Malin était présent à la dernière Cène - puisqu’il est entré en Judas - et il est toujours très révélateur de se demander quel apôtre, parmi ceux qui constituaient en quelque sorte le premier Magistère de l’Église, se serait fait le porte-parole des " fidèles " qui voudraient de nos jours " faire Église " à leur manière. Prenons quelques exemples.

La mission de l’Église

Certains voudraient ramener l’Église à une œuvre de bienfaisance et contestent le rôle que lui assigne Jean-Paul II (1).  On ne peut s’empêcher de penser à l’épisode du parfum répandu sur les pieds de Jésus et à la remarque de Judas Iscarioth qui aurait souhaité que ce coûteux parfum soit vendu pour le donner aux pauvres. Le Malin est malin, car il prend prétexte d’un prétendu amour des pauvres et du prochain pour rendre inutile l’amour de Dieu qui doit venir en premier et sans qui nous ne pouvons rien faire. Tu aimeras ton prochain comme toi-même pour l’amour de moi, dit l’Écriture. La patronne des missions n’a jamais quitté son cloître.

L’absolution collective

Elle est largement pratiquée et les confessionnaux sont presque toujours vides. Profitant du silence de la hiérarchie, l’art du Malin consiste alors à faire se répandre la pratique en laissant croire qu’elle est devenue la norme. C’est le contraire qui est vrai. Loin d’être la norme, l’absolution collective, telle qu’elle est souvent pratiquée, est rigoureusement interdite, comme en fait foi l’article 1483 (2) du Catéchisme de l’Église catholique (CEC) et il n’est pas moins qu’autrefois nécessaire de revêtir la robe blanche avant de s’approcher de la table du banquet (3). Rappelons à ce sujet qu’aucun évêque, fût-il cardinal, n’a autorité pour modifier un enseignement de l'Église, comme le montrent surabondamment les articles 880 sq. du CEC.

Le Malin n’ira pas vous dire d’arrêter d’aller vous agenouiller devant un homme qui prétend pouvoir vous absoudre si vous avez l’humble courage d’avouer vos infidélités envers Dieu et l’intelligence de les regretter, ce qui est beaucoup trop humiliant. Il vous dira: Faites comme tout le monde, soyez tel jour, à telle heure, à tel endroit, et vous recevrez l’absolution sans avoir à ouvrir la bouche.

Il est difficile d’imaginer que le Pape et le Collège épiscopal puissent jamais autoriser cette pratique - en dehors des situations d’exception dont parle le CEC. En effet, ce serait réduire à néant les paroles du Christ qui a pourtant confié à Pierre les clefs du Royaume en lui donnant autorité pour lier et délier, c’est-à-dire retenir ou ne pas retenir les péchés. Comment le prêtre, représentant du Christ sur la terre, pourrait-il absoudre ou refuser d’absoudre ce qu’il ne connaît pas?

Demandons-nous maintenant lequel des douze apôtres a préféré se pendre plutôt que de confesser son péché - que le Christ lui aurait pardonné.

La contraception

Ici le Malin s’est surpassé. Je ne dirai rien de l’avortement parce qu’il me semble que c’est faire injure à l’intelligence humaine que de démontrer qu’un enfant dans le ventre de sa mère est un enfant et qu’on ne tue pas un enfant, sous aucun prétexte. Mais la duplicité des campagnes en faveur de la contraception et de l’usage du préservatif dépasse l’imagination. Commençons par rétablir les faits.

Premièrement, contrairement à ce que laisse entendre la propagande anticonceptionnelle, la plupart des pilules, et singulièrement la fameuse " pilule du lendemain " n’empêchent pas la fécondation mais la nidation, c’est-à-dire l’implantation de l’œuf fécondé dans la muqueuse utérine: elles provoquent un avortement.

Deuxièmement, toutes les prédictions concernant la diminution des avortements et des maladies vénériennes grâce à l'usage des abortifs et des préservatifs se sont révélées fausses. Les uns et les autres n’ont cessé d’augmenter.

Troisièmement, n’importe quel gynécologue obstétricien vous confirmera que l’efficacité de la pilule comme du préservatif n’est pas parfaite. Il y a des " accidents ". Les uns peuvent entraîner la vie, les autres la maladie ou la mort. Ajoutons qu’il faut se pincer pour se convaincre qu’on ne rêve pas lorsqu’on entend des gens pourtant intelligents reprocher au Pape son interdiction de la contraception en l’accusant d’être responsable de la propagation du sida! Certains ont même suggéré de le convaincre du crime de non-assistance à personne en danger... Comme si les fornicateurs, qui par définition se moquent bien de ce que peut dire le Pape, allaient lui obéir lorsqu’il est question du préservatif - lequel, de toute façon ne garantit pas leur protection! Vraiment, on croit rêver.

C’est bien là l’œuvre du père du mensonge, assassin depuis le commencement.

La communion dans la main

C’est un de ses coups de maître. Le Malin aurait pu nous dire: Autre bonne nouvelle, non seulement vous n’avez plus besoin d’aller vous confesser avant d’aller communier mais vous n’avez plus à vous agenouiller comme des enfants; restez debout, comme des grands, et quelqu’un, pas forcément un prêtre, déposera commodément le pain dans votre main, laquelle n’a plus besoin d’être une main consacrée pour toucher le corps et le sang du Christ.

Mais ce n’est pas en ces termes qu’on ira bouleverser une tradition plus que millénaire. Les gens se méfieraient. Par quelque sortilège dont il a le secret, le Malin s’est appliqué à faire naître l’idée quelque part dans les Pays-Bas où l’on a progressivement habitué les fidèles à ce rite sacrilège, puisque aucune autorisation n’avait encore été accordée. Une fois bien implantée dans l’esprit des fidèles l’idée que cette nouvelle pratique était " dans l’esprit de Vatican II " - ce qui est parfaitement faux (4) - et qu’elle nous rapprochait du Christ en revenant " à l’antique coutume " - ce qui est également inexact (5), il ne restait plus qu’à placer le Saint-Père et le Collège épiscopal devant le fait accompli en avançant " le fait que dans les communautés dont ils [plusieurs épiscopats d’Europe] avaient la charge, le souhait de voir se rétablir l’antique coutume consistant, pour les fidèles, à recevoir la communion dans la main était de plus en plus fortement exprimé " (6).

Eu égard à la gravité du sujet, le pape Paul VI a alors interrogé tous les évêques du monde qui, par une forte majorité, se sont déclarés opposés à tout changement dans la manière de distribuer la communion (7). Malheureusement, l’Instruction Memoriale Domini de la Congrégation pour le Culte divin du 29 mai 1969 devait en autoriser l’usage " la où il s’est déjà introduit ".

Le Malin est malin. L’usage s’est si bien " introduit " que, de nos jours, la plupart des catholiques croient qu’il constitue la norme et que la communion sur la langue est encore tolérée pour un temps, pourvu qu’on n’insiste pas pour la recevoir à genoux.

On juge l’arbre à ses fruits. Je vous laisse juge des fruits que cet usage a produit. Ceux qui croient encore à la Présence réelle voient dans l’hostie le corps et le sang du Christ. À trois reprises, en moins d’un an, j’ai vu de mes yeux le corps ensanglanté du Christ tomber dans la poussière. La dernière fois, c’était hier. Si j’écris ces lignes aujourd’hui, j’avoue que c’est parce que j’y ai vu un signe. Un peu comme si j’entendais le Seigneur me dire: C’est la troisième fois que je tombe devant toi, et tu ne dis toujours rien? Voilà, j’ai dit quelque chose.

Une dernière remarque. Le prêtre, à l’autel, recueille précieusement dans le calice les fragments invisibles du corps du Christ tombés sur la patène, parce qu'Il est tout entier dans la moindre parcelle; puis il s’en va déposer le corps du Christ dans des mains qui ne sont pas consacrées...

Le Malin est malin, mais Dieu qu’il est mauvais; et que le Ciel doit être beau et précieux pour qu’il s’acharne ainsi à nous empêcher d’y entrer.

Jean-Claude Lemyze

Notes

1) Quel rapport existe-t-il entre la foi au Dieu vivant et vrai et la solution des problèmes qui tourmentent l'humanité? Comme je l'ai écrit dans Redemptoris missio, " le développement d'un peuple ne vient pas d'abord de l'argent, ni des aides matérielles, ni des structures techniques, mais bien plutôt de la formation des consciences, du mûrissement des mentalités et des comportements " (n. 58) (...) Mais l'apport spécifique de l'Église est l'annonce de l’Évangile, la formation chrétienne des individus, des familles, des communautés, étant bien consciente que sa mission "n'est pas d'agir directement sur le plan économique, technique, politique, ou de contribuer matériellement au développement, mais [elle] consiste essentiellement à offrir aux peuples non pas "plus d’avoir" mais "plus d’être", en réveillant les consciences par l’Évangile. Le développement humain authentique doit se fonder sur une évangélisation toujours plus profonde" (ibid., 58). (Journée missionnaire mondiale, L’Osservatore Romano, n. 22, 1er juin 1999).

(2) En cas de nécessité grave on peut recourir à la célébration communautaire de la réconciliation avec confession générale et absolution générale. Une telle nécessité grave peut se présenter lorsqu’il y a danger imminent de mort sans que le ou les prêtres aient le temps suffisant pour entendre la confession de chaque pénitent. La nécessité grave peut exister aussi lorsque, compte tenu du nombre des pénitents, il n’y a pas assez de confesseurs pour entendre dûment les confessions individuelles dans un temps raisonnable, de sorte que les pénitents, sans faute de leur part, se verraient privés longtemps de la grâce sacramentelle ou de la sainte communion. Dans ce cas les fidèles doivent avoir, pour la validité de l’absolution, le propos de confesser individuellement leurs péchés en temps voulu. C’est à l’évêque diocésain de juger si les conditions requises pour l’absolution générale existent. Un grand concours de fidèles à l’occasion de grandes fêtes ou de pèlerinage ne constitue pas un cas de telle grave nécessité (Le Catéchisme de l’Église catholique, n. 1483).

3) " Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s’il ne discerne le corps " (1 Co 28-29). Celui donc qui a gravement violé l’un ou l’autre des commandements de Dieu doit, avant de s’approcher de la table eucharistique, se purifier du péché par le sacrement de Pénitence. (Congrès eucharistique mondial à Rome, L’Osservatore Romano, n. 22, 1er juin 1999).

(4) Cette forme de réaction se manifeste d'une façon sporadique un peu partout. Du fait que l'Église, par le travail réfléchi du Concile et des organismes compétents et autorisés, a entrepris de réviser et de retoucher les rites sacrés afin que les fidèles puissent plus facilement y participer d'une façon consciente et active, et que l'action pastorale soit rendue par là plus efficace, on dirait que des individus et des groupes -- avec d'excellentes intentions, certes, mais non sans prétention -- se sont sentis appelés à introduire de leur propre arbitre des nouveautés qu'ils estiment opportunes du point de vue pastoral. C'est ainsi qu'à travers le monde, on a vu certains réciter tout le canon à haute voix, d'autres le réciter avec le peuple dans la langue du pays. Ailleurs, on distribue la communion en déposant l'hostie entre les mains ouvertes des fidèles, etc.

(Conférence de S. Ém. le cardinal Lercaro, Documentation catholique, n. 1445, 4 avril 1965, p. 614 s.)

(5) Selon toute vraisemblance, les premiers chrétiens recevaient le pain dans la main droite pour le porter directement à la bouche afin qu’aucune parcelle ne se perde. Il est plus que probable que le rite de communion tel qu’il est pratiqué aujourd’hui n’a jamais existé. Voir à ce sujet la très savante et convaincante recherche de l’abbé Martin Lugmayr, Histoire du rite de la distribution de la communion, http://www.pro-ecclesia.com/ciel/index.html

(6) Documentation catholique, n. 1544, 20 juillet 1969, pp. 669-674.

(7) À la question : Pensez-vous qu’il faille répondre favorablement à la demande d’autoriser le rite de la réception de la communion dans la main? la réponse a été la suivante :
En faveur : 567
Contre : 1.233
En faveur, avec des réserves 315
Votes annulés 20

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