LE MIRACLE DE LA JAMBE
Vittorio Messori nous parle de son livre "Il Miracolo"

Madrid, 11 octobre 1999 (ZENIT)* - En moins d’un an déjà et en Italie seulement, l’ouvrage a été réédité neuf fois. Il est déjà publié en espagnol et sera bientôt traduit en d’autres langues. Le livre dont il est ici question, Il Miracolo, est le résultat de la dernière enquête du journaliste Vittorio Messori.

Messori est déjà bien connu pour ses livres Au seuil de l’espérance, publié en collaboration avec Jean-Paul II - le premier pape de l’histoire qui ait accepté de répondre aux questions d’un journaliste - et Entretiens sur la foi, avec le cardinal Ratzinger. C’est la première fois qu’un journaliste examine en profondeur des documents historiques concernant ce que l’on peut sans nul doute considérer comme le plus extraordinaire miracle marial de l’histoire.

ZENIT: Une première question s’impose : Comment se fait-il qu’un journaliste italien se rende en Espagne pour mener une enquête sur un miracle qui a eu lieu il y a 350 ans ?

MESSORI: Ceux qui me connaissent savent que je suis un converti. Je ne suis pas né catholique. J’ai fait mes études dans une université publique de Turin. Après avoir découvert la foi, le christianisme, je me suis toujours efforcé de lire la Bible à la lumière de la raison afin de découvrir le fondement de la crédibilité de la foi. Au cours de mes études sur les raisons de la foi, je me suis intéressé de plus en plus aux miracles, les signes de la foi. J’ai examiné entre autres, par exemple, les événements de Lourdes. J’ai acquis la certitude que le Dieu des chrétiens adopte un style, une stratégie qui consiste à préserver la liberté de ses créatures. Pour citer Pascal, " Le Dieu des chrétiens laisse toujours assez de lumière pour la foi, mais il laisse suffisamment d’ombre pour le doute. " Cela signifie que la foi n’est pas une imposition mais une proposition, de sorte que dans le miracle Dieu accorde suffisamment de place au doute afin de respecter notre liberté et de ne pas nous obliger à croire.

Mais lorsque j’ai découvert ce " grand miracle ", j’ai été stupéfait et ma conception s’est trouvée menacée. Il s’était passé quelque chose qui sortait du cadre habituel. Les incroyants ont souvent dit que pour devenir croyants, il leur faudrait un miracle comme, par exemple, un bras ou une jambe qui repousserait. Émile Zola a dit à Lourdes : " Montrez-moi une jambe de bois, et alors je croirai aux miracles. " Eh bien, c’est ce qui est arrivé à Calanda.

ZENIT: Mais cela ne semble pas très connu ? Comment avez-vous entendu parler de ce miracle ?

MESSORI: Il y a des années, je suis tombé au cours de mes lectures sur des petites remarques, des allusions à propos du " miracle de la jambe ", du " miracle de Calanda " et du " miracle de la sainte Vierge de Pilar "... mais je pensais qu’il devait s’agir, comme ailleurs, d’une légende ou d’un mythe. Un jour, j’ai pu me procurer un exemplaire du seul livre écrit par un auteur qui n’était pas espagnol, un ouvrage sérieux traitant précisément de ce miracle et publié en France en 1959. Je me trouvais en face de quelque chose qui n’avait rien à voir avec une pieuse légende, un mythe ou un conte folklorique, mais bien plus avec un événement solidement documenté. Ce miracle a provoqué chez moi une crise car il sortait du cadre habituel de la façon d’agir de Dieu qui, pour protéger notre liberté, laissait toujours une ombre autorisant le doute. Deux ou trois années d’études ont passé avant que je puisse être convaincu et dire : " Oui, il n’y a plus rien à ajouter. La seule solution raisonnable dans ce cas est d’admettre que la jambe amputée de ce Miguel Juan Pellicer a été réimplantée deux ans et demi plus tard.

ZENIT: Comment l’événement s’est-il produit ?

MESSORI: C’est arrivé de la façon suivante : Calanda se trouve dans le diocèse de Saragosse, dans la province de Teruel. La région était alors administrée par l’Ordre de Calatrava dont les chevaliers s’étaient voués à défendre l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, au prix même de leur vie. C’est dans ce pauvre village reculé que, dans la nuit du 29 mars 1640, entre 22 h et 23 h, la jambe droite d’un paysan de 23 ans, Miguel Juan Pellicer, fut soudainement et parfaitement " réimplantée ". Une charrette l’avait écrasée et la gangrène s’était installée; à la fin du mois d’octobre 1637, à l’hôpital public de Saragosse - en d’autres termes deux ans et cinq mois avant cette étonnante " réimplantation " - la jambe a dû être amputée juste au-dessous du genou. Les chirurgiens et les sœurs hospitalières ont cautérisé la plaie au fer rouge.

ZENIT: Beaucoup de gens disent parfois que s’ils voyaient ainsi un miracle se produire " en chair et en os ", alors ils croiraient. L’enquête prouve sans l’ombre d’un doute qu’un miracle a eu lieu. Quelqu’un peut-il alors refuser de " croire " à un miracle ?

MESSORI: Je dois admettre que pour accepter la réalité d’un miracle, l’homme doit oublier un système de pensée dans lequel il n’accorde aucune place au surnaturel dans la vie humaine. Je voudrais citer Chesterton : " Le croyant est un homme qui accepte les miracles lorsque ce qu’il voit l’y oblige. L’incroyant est un homme qui ne veut même pas discuter de miracles parce qu’il ne peut pas les admettre, étant donné qu’ils sont contraires au savoir qu’il professe et qu’il ne peut pas contredire. "

Il est évident que celui dont la tournure d’esprit fait du miracle une impossibilité est prisonnier de son propre système de pensée. Je dois admettre que même dans le cas du miracle de Calanda, où Dieu n’agit pas à sa manière habituelle qui nous laisse une infinité d’explications possibles, notre liberté est encore protégée parce que la liberté humaine est ainsi faite qu’elle peut rejeter la preuve.

ZENIT: Le 23 février de l’année prochaine sera le centième anniversaire de naissance du cinéaste Luis Buñuel qui est justement natif de Calanda. Buñuel était-il au courant de ce miracle ? Qu’est-ce que ce metteur en scène bien connu pour son agnosticisme pensait de tout cela ?

MESSORI: Tout le monde se souviendra que Buñuel avait coutume de dire : " Je suis athée, Dieu merci. " Buñuel était en réalité un homme que la question religieuse tourmentait. Je l’ai bien connu et étudié en raison de mon intérêt pour Calanda. On ne peut pas être natif de Calanda et continuer à vivre comme si un miracle n’y avait eu lieu. En fait, un de ses derniers films, Tristana a pour thème l’amputation d’une jambe. La vedette du film, Catherine Deneuve, est la femme dont une jambe doit être amputée. Buñuel a dit lui-même au cours d’une interview qu’il avait fait Tristana parce que la jambe de Miguel Juan Pellicer l’avait poursuivi toute sa vie. D’ailleurs, sur la bande sonore du film, on entend souvent au loin le son de tambours de Calanda. Buñuel passait toujours la semaine du Vendredi Saint à Calanda. Qu’il soit à New York, à Paris ou à Rome, il avait toujours soin de prendre un avion pour un voyage de trois jours à Calanda où il prenait part à la procession du Vendredi Saint, accompagné du son des tambours. Il est allé jusqu’à dire qu’il n’avait pas cessé d’être athée, " mais ne parlez jamais contre la sainte Vierge de Pilar ou contre le miracle, parce que j’y crois ". Il est allé également jusqu’à dire que comparé à Calanda, Lourdes n’était qu’un endroit ordinaire. Ordinaire, parce qu’à Calanda une jambe avait été réimplantée, chose qui ne s’était jamais produite à Lourdes.

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* Interview publiée en allemand par ZENIT, " une Agence internationale d’information basée à Rome. Sa mission est de fournir, pour un public international, et en particulier les media, une couverture objective et professionnelle des événements, des questions, des documents touchant l’actualité de l’Église catholique et du monde vus de Rome ". Adresse URL : http://www.zenit.org/

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