HOMOSEXUALITÉ, MARIAGE ET VÉRITÉ

Mgr Vincent Foy

 

            Tout comme la proverbiale grenouille qui s’est laissée ébouillanter dans la poêle parce qu’on avait augmenté graduellement la chaleur, la société est en danger de mort en raison des attaques graduelles contre la famille.

 

            Il y a longtemps que la famille grenouille est assise dans une casserole d’eau qui chauffe.  Sa santé et sa vie même sont menacées par la contraception, la stérilisation, l’infidélité, l’avortement, le divorce par consentement mutuel et les autres calamités sociales comme la pornographie et la vulgarité.  Au Canada, la dernière menace est cette campagne de redéfinition du mariage pour y inclure la cohabitation des homosexuels.

 

            L’attaque contre la famille que représente cette demande pour le « mariage » homosexuel vient principalement des médias, de quelques juges et conseillers municipaux, et de quelques groupes homosexuels.

 

            La Vérité : Dans cette attaque contre les valeurs familiales, on pourrait espérer que les politiciens, les juges, les homosexuels et les autres voudraient que la décision finale soit fondée sur la vérité : la vérité sur le mariage, la vérité sur l’homosexualité et la vérité sur les homosexuels.

 

            Est-il vrai que les homosexuels peuvent se marier ? La Cour suprême de la Colombie britannique a déclaré en octobre 2000 que tout changement dans la définition du mariage nécessiterait un amendement constitutionnel parce que la définition du mariage, qui tire son origine du droit coutumier, précède la constitution. Ce raisonnement est juridiquement exact mais profondément inadéquat.  Le mariage précède le droit coutumier.

 

            Malheureusement, la vérité est souvent à la merci de la fantaisie et des désirs.  La première tentation, soumise à nos premiers parents par Satan, fut de ne pas tenir compte d’un commandement de Dieu parce qu’ainsi, « Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » (Genèse 3.5).  Les juges agissent maintenant comme s’ils étaient des dieux.  Les législateurs qui ont appuyé la motion parlementaire de 1999 confirmant la définition traditionnelle du mariage demandent maintenant le rejet de cette motion. Sont-ils des dieux pour changer ainsi la nature du mariage d’une année à l’autre ?  Il nous faut donc dans cette affaire examiner la question que Pilate a posée au Christ : « Qu’est-ce que la vérité ? »

 

            La Vérité sur la mariage :  La première vérité pertinente sur le mariage c’est qu’il a été institué par Dieu notre Créateur.  Dieu, et non pas l’homme, en a déterminé la nature essentielle.  Il faudrait que l’homme soit Dieu pour la changer.  On trouve un trésor de vérité sur le mariage dans l’Exhortation apostolique du pape Jean-Paul II intitulée Familiaris consortio, sur le rôle de la famille chrétienne dans le monde moderne (22 novembre 1981). Elle nous répète que le mariage est d’origine divine et cite le Concile Vatican II : « Puisque ‘le Créateur a fait de la communauté conjugale l’origine et le fondement de la société humaine’, la famille est devenue la ‘cellule première et vitale de la société’ » (n. 42).

 

            La seconde vérité pertinente sur le mariage c’est qu’il est non seulement une institution divine mais l’union d’un homme et d’une femme, ordonnée par sa nature en vue de la continuation de la race humaine.  Le Christ l’exprime ainsi : « N'avez-vous pas lu que le Créateur, dès l'origine, les fit homme et femme et qu'il a dit : Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair ?  Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer » (Matthieu 19.4-6).

 

            La vérité est donc que le mariage est d’origine divine, entre un homme et une femme.  Et cela n’est pas uniquement le témoignage de la révélation mais aussi celui des grandes religions et d’innombrables générations et sociétés.  Il y a également le témoignage de la raison, de la nature complémentaire de l’homme et de la femme, et la non complémentarité de l’homme avec l’homme et de la femme avec la femme.  La révélation, la tradition et la raison nous instruisent quant à la vérité du mariage.

 

            La Vérité sur l’homosexualité :   Le Catéchisme de l’Église catholique nous donne un résumé de la vérité sur l’homosexualité (n. 2357).  Il nous dit que la Sainte Écriture présente les actes homosexuels comme des dépravations graves, que la Tradition les a toujours déclarés intrinsèquement désordonnés, et qu’ils sont contraires à la loi naturelle.

 

            Ceux qui désirent explorer l’enseignement de l’Écriture sur l’homosexualité pourront consulter les principaux textes suivants : Genèse 19.14-21 ;  Lévitique 18.22-30 ;  Romains 1.26-27 ;  1 Corinthiens 6.9-10 ;  1 Timothée 1.9-10.  L’activité homosexuelle n’y est jamais présentée comme bonne et louable. Elle est continuellement considérée comme un mal moral qui mérite la mort et l’enfer.  Il suffirait ici de citer un passage de la Lettre de saint Paul aux Romains (1.26-27) : « Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes : car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ;  pareillement les hommes, délaissant l'usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l'infamie d'homme à homme et recevant en leurs personnes l'inévitable salaire de leur égarement. »

 

            La tradition chrétienne confirme que l’activité homosexuelle est un mal, ce que les Pères de l’Église ont constamment affirmé.  La sodomie était considérée comme un de ces terribles péchés qui crient vengeance au ciel, selon l’ancien adage : « La voix du sang (meurtre) et de la sodomie, des opprimés et des travailleurs spoliés de leur salaire, crie vers le ciel. »  Le sodomite était considéré frère de sang du meurtrier.  Ces deux crimes étaient dirigés contre la préservation de la race humaine.  Le théologien protestant Roger Shinn fait observer que, « Tout au long des siècles, la tradition chrétienne a toujours affirmé que le caractère normatif pour la signification du don divin de la relation sexuelle intime était l’union conjugale fidèle, monogame et hétérosexuelle ». (cité par le P. John Harvey, o.s.f., dans la brochure Soin pastoral des personnes homosexuelles, publié par les Chevaliers de Colomb)

 

            Et ce n’est pas seulement dans la tradition judéo-chrétienne que l’activité homosexuelle est considérée comme un mal moral grave.  Toutes les grandes religions et sociétés l’ont jusqu’à notre temps condamnée.

 

            Il reste l’argument de la raison.  L’anatomie humaine proclame que la sodomie est contre nature. La complémentarité de l’homme et de la femme sur le plan physique, psychologique et émotionnel le déclare également.  Le corps lui-même proclame son désaccord, car la maladie est bien plus facilement contractée par la sodomie que par des relations naturelles.

 

            En somme, l’argument qui fait des actes homosexuels un mal moral grave trouve son fondement dans la révélation, la tradition et la raison.

 

            La Vérité sur les homosexuels : La vérité sur les homosexuels est que ce sont des personnes humaines créées à l’image et à la ressemblance de Dieu.  C’est pour elles que le Christ est mort.  C’est à elles, comme à toute personne humaine, que s’adressent les paroles de saint Paul : « Ce que Dieu veut, c'est votre sanctification ; c'est que vous vous absteniez de l'impudicité. »  Un juste soin pastoral est toujours en accord avec la vérité.  Considérant la vérité sur le mariage et la vérité sur l’homosexualité, nous devons en conclure que les homosexuels ne sont pas appelés au « mariage » homosexuel, mais à vivre dans la chasteté et l’amour de Dieu et du prochain.

 

            Le Catéchisme de l’Église catholique nous dit que les hommes et les femmes qui ont des tendances homosexuelles doivent être accueillies « avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste »  (CEC, n. 2388). Nous traitons les homosexuels avec respect lorsque nous les considérons comme des personnes humaines partageant tous les droits et toutes obligations des personnes humaines.  Nous les traitons avec compassion lorsque nous les encourageons à  répondre au noble appel de la chasteté et de la vertu.

 

            Nous traitons les homosexuels avec délicatesse lorsque nous leur témoignons de la bonne volonté, lorsque nous condamnons toute violence à leur égard, lorsque nous évitons toute remarque ou étiquette désobligeante, lorsque nous les soutenons pour tout ce qui est juste est bon, lorsque nous les considérons comme des frères et des sœurs dans le Christ.

 

            Au contraire, nous ne leur témoignons ni respect, ni compassion ni délicatesse lorsque nous votons des lois qui gratifient l’activité homosexuelle ou lorsque nous applaudissons à la vulgarité et même à l’obscénité des défilés de la fierté gaie, lorsque nous participons à leur emprisonnement dans des unions stériles, dépravées et spirituellement mortes qui appellent amour la luxure.  Il existe à ce sujet un excellent document appelé Et la Vérité vous rendra libres, une Lettre aux évêques de l’Église catholique sur le soin pastoral aux personnes homosexuelles (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 1er octobre 1986). 

 

            Conséquences : Les dépravations graves ont des conséquences graves.  Lorsqu’une société s’en prend aux fondations mêmes sur lesquelles elle est établie, on peut prédire avec certitude le déclin et la chute de cette société.  Le « mariage » homosexuel aurait pour effet de rabaisser encore davantage la paternité et la maternité et de placer un fardeau financier additionnel sur les parents qui élèvent une famille.  Les unions homosexuelles sont notoirement instables en dépit de quelques exceptions.  Le « mariage » des homosexuels conduirait à une augmentation du nombre des divorces et des litiges avec les problèmes financiers et psychologiques qui les accompagnent.

 

            Les « mariages » homosexuels ne marqueraient pas la fin de la déformation du mariage.  Il est certain que des pressions s’exerceraient pour la légalisation d’unions plus bizarres encore.  Marl Lowery, professeur de théologie morale à l’Université de Dallas, écrit : « Si la société devait accorder les avantages des couples mariés aux personnes homosexuelles, elle devrait alors accorder les mêmes avantages à tous les couples d’amis qui le désireraient »  (Catholic Dossier, Vol. 7, n. 2, p. 13).

 

            Le « mariage » aurait aussi pour résultat une détérioration encore plus grande de l’éducation sexuelle dans les écoles.  On enseignerait aux enfants que l’homosexualité est aussi normale que l’hétérosexualité. Ils seraient plus facilement entraînés à des expériences homosexuelles.  Les enfants élevés par des personnes homosexuelles ont des difficultés qui leurs sont propres, y compris l’absence d’un père ou d’une mère.

 

            Les plupart des ecclésiastiques autorisés à célébrer des mariages refuseraient de participer à des « mariages » homosexuels.  Il en résulterait une foule de nouvelles confrontations.  Il serait plus difficile de maintenir la distinction entre le péché et le pécheur.  La condamnation de l’activité homosexuelle serait plus facilement interprétée comme une forme d’homophobie.

 

            En plus de tout cela, il y aurait les ravages d’ordre spirituel que le « mariage » homosexuel pourrait causer dans la société en général et chez les homosexuels en particulier.  Il y aurait inévitablement un abaissement des normes de moralité déjà bien basses et une perte supplémentaire du sens du péché. Les homosexuels eux-mêmes en seraient les victimes.  Enfermés dans une prison juridique, ceux qui voudraient en sortir pour vivre une vie de chasteté trouveraient un nouvel obstacle sur leur route. 

 

            Finalement, nous devrons tous faire face au jugement de Dieu.  Les juges, les législateurs et les politiciens qui participent à la campagne pour la légalisation du « mariage » homosexuel auront à en répondre.  Les catholiques qui sur la place publique appellent ostensiblement le Seigneur et son Église leur Maître et leur Mère, tout en méprisant les préceptes divins, pèchent gravement.  Ils parlent du fond de la vallée de la mort spirituelle.  Ne devraient-ils pas plutôt tenir compte des paroles du prophète Ézéchiel : « Mais pour ceux dont le cœur se plaît à leurs idoles et à leurs abominations, je ferai retomber leurs œuvres sur leur tête, dit le Seigneur, l'Éternel. »  Et ces paroles ne témoignent pas d’un manque d’amour pour tous les hommes. Comme le dit saint Paul : « Suis-je donc devenu votre ennemi parce que je prêche la vérité ? »

 

            La Charte des droits et libertés : Il serait ridicule, si ce n’était tragique, de voir les ministres, les juges et les conseillers municipaux provinciaux et fédéraux prétendre que la Charte des droits et libertés exige un changement dans la définition du mariage.  Selon le mot de Shakespeare, « Ils font se plier la loi à leur volonté, décidant du bien et du mal selon leur désir » (Isabella, dans Mesure pour mesure).  On se rappelle la menace d’une terrible punition prédite par le prophète Ézéchiel pour le Prince de Tyr, parce que « Ton cœur s'est élevé, et tu as dit : Je suis Dieu ».  Nous avons maintenant une multitude de Princes de Tyr revendiquant le privilège de changer la loi divine.  Il n’existe pas de droit au vice et il n’y a pas de déni de liberté lorsque le mal est restreint.

 

            Il y a des péchés plus graves que ceux de la chair. L’un d’eux est le rejet volontaire de la vérité.  En parlant des villes qui rejetteraient le message de vérité donné par ses apôtres, le Christ a dit : « Je vous le dis en vérité: au jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins rigoureusement que cette ville-là » (Matthieu 10.15).  La vérité sur le mariage est une vérité éternelle, au-delà du décret ou de la fantaisie d’un juge ou d’un Parlement.

 

            La Charte des droits et libertés, si elle restait fidèle à la vérité, n’accorderait pas d’avantages au comportement homosexuel.  Une juste interprétation reconnaîtrait qu’en ce qui concerne les homosexuels, la liberté est le droit de vivre dans la chasteté, loin de l’enfermement et des restrictions imposés par des contrats qui les lient par une union contre nature.  La Cour suprême devrait reconnaître son infériorité par rapport à la Cour divine, à une tradition et à une raison universellement reconnues.

 

            Action : Cette campagne pour légaliser le « droit au mariage homosexuel » au Canada constitue un danger clair et actuel pour la famille, pierre angulaire de notre société.  Elle exige évidemment une action des plus énergiques. 

 

            On observe déjà une saine réaction de la part de quelques groupes et individus, et l’Alberta a promis de défendre la définition traditionnelle du mariage en invoquant la clause nonobstant si la Cour suprême du Canada autorise le « mariage » de personnes du même sexe.  Quelques parlementaires ont déjà manifesté leur opposition au mariage « homosexuel ».

 

            La réaction la plus importante serait une intervention vigoureuse et unanime de nos évêques.  Dans la Lettre du Saint-Siège aux évêques de l’Église catholique sur le soin pastoral aux personnes homosexuelles, nous lisons : « Dans l’évaluation d’une proposition de législation, la première préoccupation des évêques devrait être la responsabilité de défendre et de promouvoir la vie familiale. »  Déjà, par l’intermédiaire de la CECC, les évêques ont lancé un appel pressant concernant la décision des trois juges de la Cour suprême de l’Ontario.  Il est vital de poursuivre leur intervention.  Nous nous tournons vers eux pour qu’ils exercent leur leadership, et nous prions pour eux.

 

            Enfin, nous pouvons individuellement faire notre part. Saint Augustin dit que « la prière monte et que la miséricorde descend ».  Si nous sommes assez nombreux à prier et à offrir nos suffrages, la menace actuelle contre la famille sera prévenue et la vérité prévaudra.



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