TOUSSAINT contre HALLOWEEN !

 

Face à la culture de mort propagée par Halloween, il importe de résister.  Pour le parti de la vie, célébrer la Toussaint, vraie fête de la vie et de la lumière.

 

            Cette année encore, la fête d’Halloween va être célébrée à l’école, au restaurant, au cinéma, à la télévision, à la radio, dans les journaux et dans les maga­sins. Disneyland Paris, fidèle à son habitude de décervelage branché, a mis en route toute une campagne destinée à condi­tionner ses visiteurs, petits et grands, pour leur donner du Halloween à satiété. De très nombreuses entreprises ont travaillé dix mois sur douze pour lancer leurs produits estampillés Halloween. C’est le cas des stylos BiC, des mouchoirs Lotus, des bonbons Créma, etc. Des centaines de millions, sinon des milliards sont en jeu. Dans l’optique néolibérale et productiviste actuel­le, maximiser les profits que l’on peut tirer de produits incar­nant l’horreur et la mort trouve sa parfaite justification. Les valeurs traditionnelles font pla­ce à l’anomie, au capitalisme sauvage et à l’inversion généra­le. Certains patrons, se sentant dans l’obligation de s’expliquer, parlent même des origines celtiques à redécouvrir à travers Halloween. Mais de qui se moquent-ils ? Halloween est un résidu folklorique de la fête tra­ditionnelle celtique de Samain.

 

Une fête d’outre-Atlantique !

 

            Halloween demeure un déri­vé du syncrétisme américain, une contre-fête servant de relais au matérialisme ambiant ! Il faut méditer sur ce détourne­ment de sens et sur les amal­games opérés entre Samain et Halloween. En effet, la perver­sité du monde moderne réside dans le fait de vanter explicitement Halloween, pour des rai­sons qui appartiennent à un hédonisme pratique, à un ludisme jouisseur et à une transgression de la religion et de la mora­le chrétienne tout en favorisant consciemment ou inconsciemment un satanisme festif. C’est en tout cas, au nom de la réha­bilitation d’une fête « tradition­nelle » que les publicistes et chargés de communication des grandes entreprises revendi­quent leurs marques associées à Halloween. On est pourtant là en présence d’une contrefaçon d’une fête traditionnelle. Il n’est guère étonnant que les manipulateurs de symboles que sont les agents de communication fassent leur sale boulot. Toute l’année, ils lancent des campagnes de publicité en utilisant les termes de jeunesse, de liberté, d’abondance - toutes valeurs traditionnelles inscrites dans tous les grands textes sacrés - mais comprises cette fois-ci dans un sens exclusivement matériel et non plus spirituel. Halloween participe du même processus où l’on se sert d’un vernis identitaire pour une entre­prise de désintégration spirituel­le et culturelle. « Pour la civili­sation celtique, comme d’ailleurs pour les autres civilisations tra­ditionnelles, la société ne peut se construire que sur le Beau, le Bon et le Vrai, toutes valeurs que l’on ne retrouve nullement dans la fête d’Halloween contemporaine », affirme avec raison Tugdual de Kervran, bon spécialiste de la tradition celtique. Il ajoute: « De plus, l’intégrité de la tradition cel­tique s’exprimait dans le sacerdo­ce druidique et uniquement en lui, nous pourrions dire para­phrasant la tradition chrétienne ‘hors du sacerdoce des druides, point de salut !’ (...) S’il a survécu quelques traits celtiques dans la fête d’Halloween, ils ne peuvent qu’être extrêmement altérés par le passage de la tradition celtique à la tradition chrétienne et surtout par le passage d’une réalité spiri­tuelle réservée, quant à sa com­préhension profonde, aux seuls initiés à des réjouissances pro­fanes ne bénéficiant en aucune façon de l’encadrement traditionnel nécessaire »[1]

 

            Nous allons donc assister à un vrai déferlement de têtes de mort et de squelettes, de sorcières et de vampires, de toiles d’araignée et de monstres en tous genres sans oublier les pauvres citrouil­les évidées au sourire grimaçant. La mort n’est-elle pas suffisam­ment omniprésente dans l’actua­lité durant toute l’année ?

La réponse va de soi, mais les enjeux financiers commandent de vendre la mort. Il ne s’agit d’ailleurs pas pour nous, entendons-nous bien, d’évacuer le thème de la mort dans les mentalités et représentations sociales. Le thème de la mort a sa raison d’être en tant que logique aboutisse­ment de la vie (les sociétés chrétiennes concevaient la mort com­me naturelle et paradoxalement les peuples en avaient moins peur qu’aujourd’hui où elle est exaltée médiatiquement avec effroi). Le psychiatre catholique Tony Anatrella a d’ailleurs bien obser­vé que si la société moderne a « évacué la mort, [Halloween] fait renaître chez les vivants la terreur des morts ». La mort décontextualisée et autonomisée de la vie des individus pose problème. Halloween n’a pas de mal ainsi à se développer car comme de nombreuses « fêtes » accompagnant la modernité, elle n’est plus insérée dans un cycle annuel ou un calendrier liturgique, mais au contraire séparé de ceux-ci.

 

            La montée en puissance de l’hor­reur banalisée, de la violence et de la culture de mort constitue-t-elle un progrès ? Je pose la question aux défenseurs inconditionnels de la modernité avancée ! Bien sûr que non ! C’est la dictature de la marchandise qui impose sa loi. Plus de régulateur religieux, plus de morale publique, plus de conscience identitaire, plus d’en­cadrement familial réel, les individus-consommateurs sont livrés à un totalitarisme mou à base de publicité exponentielle et de consommation de masse. C’est donc une fois de plus, le capita­lisme industriel et financier qu’il faut mettre en accusation ! Halloween dépend certes d’une démission des clercs et des insti­tutions religieuses, culturelles et politiques - c’est pourquoi nous appelons à un ressaisissement chrétien - mais ne saurait faire oublier que le libéralisme cosmo­polite et ses acteurs permettent de commercialiser n’importe quoi au motif que la loi du rendement et l’axiomatique de l’intérêt doi­vent l’emporter sur toute autre considération. Alors, allons-nous laisser faire ? Est-ce que les com­merçants vont collaborer à cette entreprise américanoïde et mor­bide ? Est-ce que les parents qui ont la charge d’éduquer leurs enfants vont collaborer à cette contre-fête de la laideur et de la mort ? Est-ce que les professeurs dans les écoles et les lycées vont collaborer à cette manifestation de décérébration mentale et in­fernale ? Est-ce que les citoyens français vont collaborer à cette initiative massive de déportation des âmes ? Autrement dit, allons-nous être les résistants ou les collabos du commerce de l’occulte ? Allons-nous être les résistants ou les collabos de la culture de mort ? Allons-nous être les résistants ou les collabos de ce matraquage consumériste américanomorphe ?

 

Avoir raison d’Halloween

 

            Ces questions me semblent les seules valables. Pour nous, en effet, aucun doute n’est possible. Il faut résister ! Nous choisissons le parti de la résistance face au parti de la culture de mort parce que nous incarnons et défendons le parti de la vie. Le parti de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui s’étant révélé et incarné et ayant été cru­cifié, puis étant ressuscité, pour la rédemption de nos péchés, nous a montré la voie. Pour Halloween, il s’agit de faire revenir les morts sur la Terre pour faire peur aux vivants.  Le 2 novembre, au contraire, les chrétiens rendent hommage aux défunts et implorent le Ciel pour que leur âme repose en paix.  Il s’agit d’un jour de prières libératrices.  Or Halloween a pour but non avoué bien sûr, mais la réalité saute aux yeux, de se substituer à la Toussaint et à la fête des défunts. Elle profite de l’individualisme de masse, pour imposer son culte festif infrahumain. En effet elle supplée à l’isolement des individus qui recherchent un moyen ludique de communiquer et d’exister pendant un temps. Autrement dit, elle comble un vide. C’est pourquoi, nous ne pouvons pas nous contenter de critiquer. Une alternative communautaire en conformité avec notre tradition chrétienne doit être proposée. Cette alternative consiste à retrouver le sens de la fête de la Toussaint que nous devons préparer en sollicitant les anges, les saints patrons, des personnages de Lumière direc­tement liés à notre religion chrétienne, religion d’Amour, d’hu­milité et de rédemption mais aussi, car il n’y a pas de raison que les républicains en peaux de lapin galvaudent ces mots, de liberté personnelle, d’égalité devant Dieu et de fraternité humaine.

 

Esprit de mission

 

            À ce sujet, Mgr André Vingt-Trois, évêque de Tours, tenait à préciser dans son journal diocésain, en l’an 2000: « Est-il plus sain pour l’intelligence des enfants de fantasmer sur les sorcières ou de connaître l’histoire des grands saints qui ont façonné notre patrimoine culturel ? » Des propos similaires à ceux de Mgr Hyppolyte Simon, évêque de Clermont-Ferrand et vice-président de la Conférence épis­copale et du Père Stanislas Lalanne, porte-parole de la Conférence des évêques de France. C’est ce à quoi nous allons nous employer pendant tous ce mois d’octobre jusqu’au 2 novembre. Les chrétiens doi­vent repartir à l’offensive. Re­conquérir les esprits ! Regagner les consciences! Remplir les églises ! Affirmer sans complexe leur foi ! Avoir l’esprit missionnaire !

            Cette exigence est nécessaire si nous voulons au nom de l’ici-haut et avec son aide, transfor­mer positivement l’ici-bas. Des hommes d’Église, trop peu nom­breux, se font entendre. C’est à nous de les soutenir et de se mettre à leur service. Halloween n’aura pas raison de nous, c’est nous qui aurons raison d’Halloween. En effet, l’anti-Être ne peut terrasser l’Être puisqu’il n’existe que grâce à lui. Dans un monde enténébré comme le nôtre, et dont Halloween représente la quintessence, tournons-nous vers la lumière de l’Espérance invaincue. Au nom du Christ souffrant et glorieux !  Dieu premier servi !

 


[2] Cnah:  73, bd du Cdt Charcot, 92200, Neuilly-sur-Seine. Venez consulter notre site Internet (http: //cnah.ifrance.com).

Arnaud Guyot-Jeannin

 

L’homme nouveau, no 1287 - 6 octobre 2002

 


 

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