POURQUOI LA THÉORIE DE L’ÉVOLUTION HUMAINE NE POURRA JAMAIS APPARTENIR AU DÉPÔT DE LA FOI

Par Clement Butel     

 

RÉSUMÉ

 

Cet essai expose plusieurs raisons définitives pour lesquelles une création évolutionniste de nos premiers parents ne pourra jamais faire partie du dépôt de la foi. Cela étant, il faudrait absolument qu’en plus de rejeter sans tarder la possibilité d’une telle création, l’Église catholique réaffirme également les enseignements selon lesquels nos premiers parents ont été créés de la manière décrite au chapitre deux du Livre de la Genèse. Il est en effet très regrettable, pour la foi comme pour le bien-être moral de la société occidentale dans son ensemble, que les recherches et les discussions théologiques et scientifiques autorisées par le Pape Pie XII en 1950 concernant la possibilité de l’évolution humaine n’aient pas porté fruit dans les quelques années qui ont suivi cette autorisation.

 

Ces discussions aurait dû au moins faire le jour sur les raisons théologiques justifiant le rejet de l’évolution humaine, raisons qui engagent tous les catholiques. De plus, la découverte de la complexité de la cellule vivante, en 1953, a clairement révélé l’existence d’un dessein intelligent, éliminant ainsi le hasard, fondement des théories évolutionnistes. Il se trouve en outre que les « preuves » mises de l’avant en 1953-54 pour soutenir l’existence de « l’homme de Piltdown », que l’on affirmait être un prédécesseur évolutionniste de l’homme, n’étaient en fait qu’une imposture.

 

Malgré cela, la recherche et la discussion n’ont jamais été organisées de sorte que la décision de l’Église est demeurée en suspens depuis lors. Ce qui est des plus regrettable, comme nous le verrons plus loin.

 

Dans son livre, The Virginal Conception and the Bodily Resurrection of Jesus, feu le Père Raymond E. Brown S.S., déclarait, à la page 4, que l’encyclique du pape Pie XII Divino Afflante Spiritu, de 1943,

 

« ... chargeait les savants catholiques d’utiliser les méthodes de la critique scientifique qui leur avaient été jusque-là interdites pour les Livres saints. Il a fallu un peu plus de dix ans  pour former les enseignants à ces nouvelles approches et pour que ces idées pénètrent dans les séminaires et les collèges catholiques, si bien que le milieu des années cinquante a réellement marqué un tournant décisif. La méthode critique avait alors amené les exégètes catholiques à abandonner presque toutes les positions bibliques adoptées par Rome au début du siècle. »

 

Le Père Brown poursuivait en affirmant que ces prétendues directives avaient été ratifiées par écrit par deux personnages officiels non membres de la commission. Cependant, Mgr John Steimmueller, consultant de la commission, a montré dans son livre The Sword and the Spirit (Stella Maris Books, Forth Worth, Texas, p. 7), que ces déclarations avaient été faites sans autorisation et condamnées par les Cardinaux membres votants de la commission.

 

Il s’agissait donc d’une révolte non autorisée des savants (modernistes) qui, vers le milieu des années cinquante, avaient rejeté les directives de la première commission biblique pontificale et pris le contrôle de la plupart des institutions d’enseignement de l’Église. Ces érudits ont non seulement rejeté l’historicité du récit de la Genèse sur la création de l’homme, mais embrassé au contraire les idées des tenants allemands de la « haute » critique (biblique) déjà condamnés par le Pape Léon XIII comme par Pie X ; et, chose des plus importantes, ils ont accordé leur soutien aux partisans séculiers de l’évolution humaine en reconnaissant comme science véritable l’hypothèse de l’évolution. Ceci peut être vérifié par l’examen du livre The Jerome Biblical Commentary, édité par le Père Brown et d’autres.

 

Tous ces faits constituent la grande tragédie du vingtième siècle car, en l’absence d’une forte opposition catholique, les rationalistes séculiers - dont les prédécesseurs avaient pris le contrôle de l’éducation scientifique plus tôt dans le siècle - ont pu librement infliger à notre société les faux principes selon lesquels la science est seule capable de nous instruire sur nos origines et, comme la science est limitée aux causes naturelles, que la nature est tout ce qui est, était ou sera. En conséquence, dans la deuxième moitié du vingtième siècle, ce naturalisme a non seulement évacué les causes surnaturelles du secteur public de la société occidentale, mais il est devenu le catalyseur par lequel la morale chrétienne a été remplacée dans la plupart des pays occidentaux par le « libéralisme moral » de la philosophie du matérialisme.

 

 

INTRODUCTION

 

En ce troisième millénaire, la plupart des Occidentaux ne vivent plus dans une société qui tient compte des principes moraux chrétiens.  C’est à présent le règne du « libéralisme moral ».[1]

 

Il se fonde sur la philosophie du matérialisme, à savoir que seules existent  les choses matérielles. Le matérialisme s’est imposé dans notre société grâce à l’acceptation de la doctrine du naturalisme selon laquelle l’univers, la terre et la vie sur cette terre ont des causes naturelles et que la nature est par conséquent tout ce qui est, était ou sera.[2]

 

L’acceptation du naturalisme découle à son tour du positivisme qui affirme que seule la science, par l’observation et l’expérimentation, est capable de nous donner une vérité positive sur l’origine de l’univers et tout ce qu’il contient, y compris la vie sur terre. Cette prétendue explication scientifique des origines de toutes choses est aujourd’hui présentée dans la plupart des manuels et des revues pédagogiques ainsi que dans les encyclopédies et les médias en général sous la forme de trois hypothèses - le Big Bang, la géologie uniformitariste, et l’évolution organique -  qui se disent toutes trois basées sur des faits scientifiques. Il existe néanmoins une autre forme de naturalisme appelée « naturalisme panthéiste ».[3]

 

Ce naturalisme n’est pas comme il y paraît une contradiction dans les termes, car s’il accepte que les choses seraient soi-disant advenues naturellement, il affirme également que c’est ainsi que Dieu, notre Créateur, ordonna qu’elles devaient se passer. Ce naturalisme panthéiste est mieux connu sous le nom d’ « évolution théiste »[4], un terme qui, dans la majorité des cas, adopte le concept d’évolution. Comme nous le mentionnons plus haut, le Pape Pie XII a accordé en 1950 la permission aux experts en science et en théologie de faire des recherches et de discuter la question de savoir si le corps humain aurait pu évoluer à partir d’une matière vivante préexistante. En dernière analyse, le but de cette recherche était de vérifier si une création évolutive de nos premiers parents pourrait jamais appartenir à la doctrine de la foi.

 

Pour ce qui concerne la théologie, c’est donc là une question clé. Du point de vue de la philosophie de la science, il semblerait qu’en faisant cette concession le Pape pensait que cette question était de celles qui entrent dans le champ des « sciences positives »[5], mais il n’excluait naturellement pas la recherche et la discussion de cette croyance, ou d’examiner si les soi-disant « sciences positives » faisaient réellement partie de la science naturelle véritable. Cette dernière question peut être vue elle aussi comme une position clé, car si l’hypothèse de l’évolution humaine est en dehors du champ d’une science naturelle véritable, toute recherche ou discussion ultérieures seraient hors de propos.

 

Malheureusement, aucune de ces questions clés n’a fait l’objet d’une étude à l’intérieur de l’Église institutionnelle. Au lieu de cela, on suppose généralement de nos jours qu’il n’existe pas d’objections théologiques ou scientifiques à l’acceptation de l’évolution humaine comme doctrine catholique. Il y a également une acceptation importante de la croyance que les manuels évolutionnistes contiennent des faits et des arguments scientifiques dont il faut tenir compte en considérant ces questions. La conséquence de tout cela est que l’évolution théiste est maintenant généralement acceptée par la Curie romaine et enseignée dans la plupart des institutions de l’Église au lieu de la doctrine de la Genèse.[6]

 

Ils sont nombreux dans l’Église à dire qu’il importe peu de croire à l’évolution ou à une lecture littérale de la Genèse ; l’une ou l’autre manière aurait pu être le choix de Dieu pour créer le premier homme et la première femme. C’est là, pensons-nous, un raisonnement à courte vue car si les catholiques concèdent qu’il n’y a aucun mal à croire à l’évolution ou au naturalisme théistes, ils accordent également qu’à part le fait de refuser le hasard, il n’y a en soi aucun mal à croire au naturalisme athée. Ainsi, en un certain sens, ces catholiques ont sans le savoir contribué à l’établissement du naturalisme athée comme philosophie actuelle dans la société occidentale.

 

Il n’est pas difficile d’imaginer que si, au vingtième siècle, l’Église catholique tout entière avait au contraire rejeté avec force le naturalisme athée et théiste, la morale chrétienne dans la société occidentale n’aurait pas été si facilement remplacée par le libéralisme moral des matérialistes, si tant est qu’elle l’eût jamais été.

 

Nous montrerons dans cet essai qu’il existe un grand nombre de raisons (théologiques, scientifiques et philosophiques) pour lesquelles les hypothèses de l’évolution humaine ne pourront jamais faire partie du dépôt de la foi et que par conséquent, dans l’Église catholique, la recherche Humani generis devrait être maintenant close en faveur de l’enseignement traditionnel contenu dans les chapitres un à trois de la Genèse, « un récit de choses qui se sont réellement produites ; un récit qui correspond à la réalité objective et à la vérité historique »[7]

 

 

LA PREMIÈRE QUESTION CLÉ

 

De la question de savoir s’il existe des raisons théologiques pour lesquelles l’évolution humaine ne pourra jamais appartenir au dépôt de la foi.

 

Nous suggérons en premier lieu que l’évolution humaine ne peut devenir la base d’un enseignement doctrinal quelconque parce que c’est une « nouvelle doctrine » selon qu’il est écrit dans Pastor aeternus, un document du Premier Concile du Vatican (Vatican I). Ce document déclare entre autres : « Les pontifes romains, selon que l’exigeaient les conditions de temps et des événements, tantôt en convoquant des conciles oecuméniques ou en sondant l’opinion de l’Église répandue sur la terre, tantôt par des synodes particuliers, tantôt grâce à d’autres moyens que leur fournissait la Providence, ont défini qu’on devait tenir ce qu’ils avaient reconnu avec l’aide de Dieu comme conforme aux saintes lettres et aux traditions apostoliques. Car le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître sous sa révélation une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. » (C’est nous qui soulignons).

(Le texte complet de ce document explique que les « questions enseignées » sont celles soumises par les évêques à la décision de Rome.)

 

La « nouvelle doctrine » dont il est question est manifestement une doctrine totalement extérieure à la révélation, ce qui signifie qu’on ne peut pas dire qu’elle soit fondée sur la révélation divine contenue dans les Saintes Écritures ou la Tradition apostolique, ou dans un développement logique d’une doctrine contenue dans ces sources et devenue partie intégrante du dépôt de la foi. Mentionnons comme exemples de tels développements la virginité perpétuelle de Notre-Dame, son Immaculée Conception et son Assomption, le péché originel et le Purgatoire.

 

Lumen gentium, un document du Deuxième Concile du Vatican (Vatican II), déclare (avec une référence en bas de page à Pastor Aeternus) que le Pontife romain et les Évêques « n’acceptent pas de nouvelle révélation publique comme appartenant au dépôt divin de la foi ».[8] Qu’est-ce que l’évolution humaine pour ce qui concerne la religion catholique sinon une doctrine publique qui ne pourra jamais appartenir au dépôt de la foi ?

 

 

RAISONS THÉOLOGIQUES SUPPLÉMENTAIRES

 

De plus, comme nous le montrons plus loin, le sens littéral et historique des passages du chapitre deux de la Genèse concernant la création spéciale de nos premiers parents est soutenu par a) l’Écriture Sainte elle-même, b) les opinions communément exprimées par les Saints Pères, et c) dans les enseignements du Magistère des Papes Pie IX, Léon XIII et saint Pie X. Nous suggérons par conséquent également qu’en vertu de toutes ces raisons l’évolution humaine doit être rejetée par tous les catholiques.

 

a) L’Écriture Sainte.

 

Le chapitre 2 verset 7 de la Genèse déclare que Dieu a créé l’homme à partir de « la poussière prise du sol ». Les molécules de la poussière du sol étant une matière non vivante sont dites symétriques et non directionnelles, alors que les molécules de la matière vivante sont asymétriques et orientées uniquement vers la droite. Au chapitre trois verset 19 de la Genèse, Dieu dit à Adam : « À la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière du retourneras. » Notons que lorsque les restes de l’être humain se décomposent en poussière, cette poussière reprend la structure moléculaire et l’orientation de la matière non vivante. Le chapitre deux verset 21 de la Genèse nous dit que Dieu prit une côte à Adam et « referma les chairs à sa place ». Ces chairs devaient être le périoste, une membrane qui enveloppe les os. C’est un fait médical bien connu que l’os d’une côte est fréquemment prélevé pour réparer un membre accidenté et que lorsque la membrane est « refermée » l’os de la côte repousse à nouveau. (Ces remarques témoignent de l’exactitude historique de l’Écriture Sainte.) Le fait qu’Adam fut créé à partir de « la poussière du sol » est réaffirmé non seulement au chapitre trois verset 19 de la Genèse, mais aussi au verset 23, et dans Qohéleth 12.7 ; Sagesse 7.1 ; Siracide 17.1 et 33.10 ; et 1 Corinthiens 15.47.

 

b) Opinion commune des Saints Pères.  

 

Dans son livre The Theory of Evolution Judged by Faith and Reason,[9] Ernesto, Cardinal Ruffini montre que les Pères grecs, syriens et latins qu’il nomme et cite étaient tous d’avis que la description de la création de nos premiers parents donnée dans le chapitre deux de la Genèse était littéralement vraie.

 

c) Les enseignements du Magistère de Pie IX, Léon XIII et Pie X.

 

Pie IX. En 1860, année qui suivit la publication de la thèse de Darwin sur l’évolution, le Conseil provincial de Cologne a publié le canon suivant, approuvé par le Pape Pie IX :

 

Nos premiers parents furent immédiatement créés par Dieu (Gn 2.7). Nous déclarons donc contraire à la Sainte Écriture et à la Foi l’opinion de ceux qui osent affirmer que l’homme, en ce qui a trait à son corps, est issu par transformations spontanée d’une nature imparfaite qui s’est perfectionnée continuellement pour atteindre l’état humain actuel.[10]

 

Pie XI a également approuvé l’enseignement suivant de Vatican I :

 

Ce Dieu unique et véritable, dans sa bonté et sa puissance omnipotente, non pour accroître sa propre béatitude ou pour ajouter à sa perfection, mais pour la manifester par les bienfaits qu’il répand sur les créatures, de son plein gré, a façonné immédiatement depuis le commencement du temps, à partir de rien, chaque créature, spirituelle et corporelle, c’est-à-dire les angéliques et les terrestres, puis la création humaine, pour ainsi dire commune, composée d’un esprit et d’un corps.[11] (C’est nous qui soulignons).

 

La partie soulignée de la citation était tirée par Vatican I de l’enseignement du Concile de Latran IV (1215). Les canons étaient fondés sur l’enseignement de Vatican I contre le matérialisme, les panthéistes et les matérialistes. Il doit être par conséquent un enseignement dogmatique. Pour atteindre ce statut, il doit provenir d’une révélation divine, soit comme une chose explicitement révélée ou comme développement de ce qui a été révélé. Dans ce cas, la source évidente de la révélation concernant la création des créatures terrestres est la Genèse au chapitre un qui révèle clairement que les différentes espèces de créatures connues par l’homme ont été créées « depuis le commencement du temps », une expression que les Saints Pères appliquaient à l’ensemble de la période de la création.

 

Il n’est par conséquent pas possible de réconcilier cette partie de l’enseignement de Vatican I avec une quelconque théorie de l’évolution biologique des créatures terrestres, laquelle affirme que cette vie n’est apparue qu’après quelques millions ou milliards d’années après le commencement et ne surgit alors que sous la forme d’amibes (organismes unicellulaires), auxquelles il fallut encore des millions d’années d’évolution pour atteindre la forme des créatures vivantes spécifiées dans la Genèse. Il n’est pas non plus possible de dire que Dieu utilisa un système évolutionnaire pour créer les créatures terrestres à partir de rien.

 

On peut également soutenir que la dernière partie de cet enseignement appuie la doctrine de la création immédiate du premier homme et de la première femme au commencement du temps étant donné qu’il suit la séquence de création du chapitre un de la Genèse. Il est également compatible avec les propres paroles du Christ lorsqu’il utilise le langage du chapitre un verset 27 de la Genèse pour enseigner que « Dès le commencement » (St Matthieu), ou « Au commencement du monde Dieu les fit mâle et femelle » (St Marc).

 

Léon XIII. Le 10 février 1880, vingt et un ans après la publication du premier livre de Darwin, le Pape Léon XIII publiait une Lettre encyclique sur le mariage intitulée Arcanum divinae sapientae[12] dans laquelle le Pape déclarait :

 

« Nous rappelons donc des choses qui sont connues de tous et ne font doute pour personne. Après avoir, au sixième jour de la création, formé l’homme du limon de la terre, et après avoir envoyé sur sa face le souffle de vie, Dieu voulut lui adjoindre une compagne, qu’il tira merveilleusement du flanc de l’homme endormi. En agissant ainsi, Dieu voulut, dans sa très haute providence, que ce couple fût l’origine naturelle de tous les hommes et qu’il servît à la propagation du genre humain et à sa conservation dans tous les temps par une série ininterrompue de générations. »[13]

 

Pie X. En 1909, le Pape Pie X approuvait les décisions de la première commission pontificale biblique concernant le caractère historique des trois premiers chapitres de la Genèse. La réponse à la question n. 3 est précisément conforme aux enseignements de Pie IX et de Léon XIII. Ce qui n’est pas surprenant, puisqu’elle transmet selon la commission le fondement ou l’enseignement de base de la religion chrétienne, et qu’elle est également en accord avec l’opinion unanime des Saints Pères. Même sans tenir compte du statut accordé par Pie X aux enseignements de la CPB en général dans son Motu proprio du 18 novembre 1907, il semblerait que cet enseignement particulier, en raison de ce qui est dit plus haut, avait déjà la protection du Saint-Esprit.

 

Formulé de façon positive, le décret enseigne que les catholiques ne peuvent pas mettre en doute le sens littéral et historique des chapitres un à trois de la Genèse lorsque ces chapitres concernent le fondement ou l’enseignement de base de la religion chrétienne, qui inclut entre autres :

 

a)      la création de toutes choses opérée par Dieu au commencement du temps ;

b)      la création spéciale de l’homme ;

c)      la formation de la première femme à partir de l’homme ;

d)      l’unité ou l’identité de la race humaine ; (et)

e)      la félicité originelle de nos premiers parents dans l’état de justice, d’intégrité et d’immortalité. Certains, tout en admettant que l’évolution humaine ne peut appartenir au dépôt de la foi, pourraient néanmoins soutenir qu’elle fait partie des conclusions valables d’une théorie scientifique authentique, lesquelles, étant valables, ne peuvent être tenues pour contraires à la foi. Cependant, comme nous le montrons plus haut, quelles que puissent être les croyances personnelles d’un catholique, la foi exige que le récit de la création humaine dans la Genèse soit accepté comme littéralement et historiquement vrai. Étant donné qu’aujourd’hui la majeure partie de la hiérarchie catholique, qui semble très mal connaître les arguments contre la théorie de l’évolution, l’accepte comme un fait scientifique, il devient nécessaire 1) de traiter de la deuxième question clé en montrant pourquoi l’évolution n’est pas une théorie scientifique ; et, de toute façon, 2) pourquoi elle est contraire au témoignage de la nature.

 

 

LA DEUXIÈME QUESTION CLÉ

 

De la question de savoir si le champ d’une science naturelle authentique couvre les hypothèses historiques

 

Il est ici question du champ véritable de la science naturelle. D’un point de vue théologique traditionnel, on peut voir que la création par Dieu des choses matérielles animées et inanimées, telle que décrite au chapitre un de la Genèse, a été réalisée une fois pour toute. Cependant, en même temps que ces choses matérielles, Dieu a aussi créé les lois de la nature qui assureraient la continuité de sa création. Il n’a pas seulement fourni aux choses vivantes la possibilité de se nourrir pour assurer leur croissance, il les a aussi dotées d’un système génétique leur permettant de reproduire des rejetons ou d’autres formes de vie successives.

 

Notre thèse est que la création de Dieu, dans la mesure où elle comportait l’apparition à partir de rien des premières choses animées et inanimées, comportait des actions non reproductibles et se situe par conséquent au delà des capacités d’investigation de la science naturelle. Par ailleurs, les opérations des lois naturelles assurant la continuité des systèmes organiques et inorganiques créés sont reproductibles et peuvent par conséquent devenir le sujet de théories scientifiques vérifiables. La science séculière reconnaît actuellement la nécessité des observations reproductibles dans l’application de la méthode scientifique dont la pénultième étape est l’évaluation expérimentale d’une théorie.[14] Cependant, les propagandistes du naturalisme athée affirment avec une grande inconséquence que seule la science, par l’application de la méthode scientifique, peut découvrir l’histoire passée de l’univers, de la terre et de la vie sur terre, bien que leurs hypothèses posées à cette fin soient non reproductibles. On peut voir que cette situation a surgi du fait que la doctrine de la création de la Genèse a été rejetée par la philosophie des « lumières » et remplacée plus tard par un fallacieux « positivisme ».

 

La montée du positivisme.  L’idée que la découverte de nos origines soit uniquement du domaine de la science vient de la philosophie des « lumières » (pourvu que l’on étende ce terme jusqu’à couvrir la philosophie rationaliste qui suivit la philosophie de René Descartes, 1596-1650). Cette proposition fut d’abord celle de l’Anglais John Locke (1632-1704) qui prônait l’empirisme. Cette philosophie affirmait que toute connaissance vient de la perception de nos sens et que le paradigme de cette connaissance était la science. Locke était unitarien. Les idées de Locke ont influencé l’historien et philosophe athée David Hume (1711-1776) qui s’opposait à la révélation et à la morale chrétiennes. Il adhérait à l’idée de (ce qui s’appela plus tard) « positivisme ».

 

De la même façon, les « Encyclopédistes » prérévolutionnaires en France, qui avaient adopté les idées de Locke et de Hume, soutenaient que seule science pouvait révéler l’histoire de nos origines. Les Encyclopédistes étaient pour la plupart athées, à l’exception par exemple de Voltaire (1692-1788) qui était déiste.

 

En Allemagne, les philosophes « idéalistes » Immanuel Kant (1724-1804) et Johann Gottlieb Fichte croyait en un Dieu de morale mais rejetaient le Dieu de Création révélé par la Genèse pour adopter une prétendue explication de nos origines. Fichte alla jusqu’à affirmer que « le concept de création est l’erreur de base absolue de toute fausse métaphysique »[15] Il écrivit également que cette « erreur » était le premier critère de toute erreur (religieuse) et le principe originel du judaïsme et du paganisme, mettant ainsi les deux dans le même moule.[16]

 

Concernant l’Ancien Testament, G. W. F. Hegel (1770-1831), qui est venu après Fichte, préféra l’approche spéculative des anciens philosophes grecs au dogmatisme chrétien.[17] Quant au Nouveau Testament, Hegel rejetait les miracles du Christ comme philosophiquement impossibles.[18] Il proposa en outre un système dialectique que le socialiste Karl Marx et le théologien de Tübingen F. C. Bauer ont utilisé pour propager l’erreur.

 

Bien que la philosophie allemande dans son ensemble ait causé de grands dommages à la foi, les Idéalistes, qui prétendaient conserver quelques vestiges de christianisme, lui ont causé le plus grand tort car c’est sous leur influence qu’au dix-neuvième siècle les écoles de théologie des universités allemandes ont introduit la « haute » critique biblique qui niait, entre autres, la divinité du Christ et l’authenticité de ses miracles, et qui, en plus de présenter une hypothèse rejetant la paternité mosaïque de la Genèse, mettait également en doute l’authenticité historique du Nouveau Testament, y compris le récit de la résurrection physique de Jésus.

 

Définition du positivisme. La fausse philosophie ouvrait ainsi la voie à l’acceptation générale de cette idée erronée de « positivisme » qui, bien qu’inhérente à cette philosophie, n’a pas été explicitée avant 1830 alors que le philosophe français Auguste Comte publiait la première édition de son Cours de philosophie positive. Comte, un spécialiste des sciences humaines, aurait servi dans le premiers temps de sa vie comme secrétaire du comte de Saint Simon (1720-1825), un des fondateurs du socialisme qui prônait lui-même le positivisme.

 

Comte prétendait dans son livre qu’il existait trois états dans la  pensée de l’homme : premièrement l’état religieux ou théologique dans lequel l’homme s’est inventé des dieux et des démons pour expliquer ses origines ; deuxièmement  l’état métaphysique où l’homme a essayé (en vain) de découvrir ses origines par des abstractions métaphysiques ; le troisième et dernier état, selon Comte, était l’état scientifique grâce auquel les hommes, par l’observation scientifique et l’expérimentation, parviendront à la vérité positive.

 

Ce qui n’a jamais été qu’un faux raisonnement car, a) il n’est pas possible d’observer le passé et, b) étant donné que les événements passés de l’histoire ne sont pas reproductibles, toute hypothèse présentant comme scientifique une telle histoire ne pourra jamais être expérimentalement vérifiée.

 

Compte a essayé de fonder une religion « positive » qu’il appela « religion de l’humanité » et dont il se fit le grand prêtre. Malgré la formation de quelques Sociétés positivistes qui vénéraient l’humanité au lieu de Dieu, le mouvement échoua à titre de religion. Mais sa philosophie « positive » connut un vif succès auprès des philosophes et des scientifiques athées. En Grande-Bretagne, par exemple, Jeremy Bentham, John Mill et John Stuart Mill l’ont acceptée, même s’ils ont rejeté les excès d’Auguste Compte.

 

Au vingtième siècle, les « Positivistes logiques », un groupe de philosophes et de scientifiques connu sous le nom de « Cercle de Vienne », en Autriche, ont tenté d’énoncer le positivisme d’une façon plus intellectuelle. Ils introduisirent pour cela le « principe de vérifiabilité » en soutenant que toute proposition non tautologique, laquelle est en principe non vérifiable par l’observation, est vide de sens. Les cibles de l’attaque du positivisme logique étaient la théologie et la métaphysique. Les affirmations caractéristiques de ces disciplines concernant la nature du monde et la réalité (affirmaient les positivistes) n’étaient pas vérifiables et n’avaient par conséquent aucun sens.

 

Le statut du principe était cependant lui-même suspect. Était-il, lui-même, une tautologie ou une chose qui ne pouvait pas être vérifiée empiriquement ? Et que dire des propositions historiques présentées comme étant scientifiquement déterminées ou des généralisations scientifiques, dont aucune ne peut être vérifiée par observation de façon concluante ?[19]

 

Cette prétendue histoire scientifique qui devait, aux dires des positivistes, remplacer l’histoire théologique n’était en fin de compte qu’une pseudoscience. Le célèbre philosophe de la science Karl Popper (1902-1994), contemporain du cercle dont il connaissait personnellement certains membres, pense avoir signé la fin du positivisme logique en publiant un livre dans lequel il établit une distinction entre les théories pseudo-scientifiques et celles qui sont vérifiables.[20]

 

En dépit de la nature erronée du « positivisme », le monde occidental accepte encore cette fausse philosophie qui voudrait que seule la science soit capable de nous dire la vérité sir l’origine de l’univers, y compris la terre et la vie sur cette terre. En fait, il serait juste de dire que le monde occidental est saturé de cette fausse idée positiviste.

 

La distinction entre la science et la pseudoscience. Le fait que ces hypothèses non vérifiables n’appartiennent pas à une authentique science naturelle est un concept traditionnel. Francis Bacon (1561-1677), en préconisant l’utilisation de la méthode scientifique, insistait sur l’importance de la vérification expérimentale d’une théorie, étape pénultième de l’application de cette méthode.

 

Il n’est cependant pas possible de procéder à cette étape si l’hypothèse est basée sur des observations non reproductibles. Isaac Newton aurait également engagé d’incessantes polémiques contre ce qu’il appelait ces « hypothèses », par quoi il entendait toute affirmation qui ne serait pas tirée d’un phénomène sensible, et soutenue par des expérimentations soigneusement menées.[21]

 

Le philosophe de la science Karl Popper reconnaissait la nature non scientifique des hypothèses non vérifiables (lesquelles sont ipso facto non falsifiables). Il dut par conséquent admettre que le darwinisme n’était pas une théorie scientifique. Il déclarait par exemple dans son autobiographie Unended Quest[22] : « J’en suis venu à la conclusion que le darwinisme n’était pas une théorie scientifique vérifiable mais un programme de recherche métaphysique. »

 

Au cours des dernières années, d’autres non créationnistes ont également affirmé cette distinction entre une science naturelle authentique et les hypothèses pseudo-scientifiques du darwinisme. Deux professeurs de biologie, Paul Ehrlich (Stanford University) et L. Charles Birch (Sydney University) ont déclaré que l’évolution était « en dehors de la science empirique mais non nécessairement fausse » et que « personne ne pouvait penser à une façon de la vérifier ».[23]

 

Colin Patterson, Ph. D., un éminent paléontologue du British Museum of Natural History décédé en 1994, a déclaré que lorsque nous nous posons la question de savoir si l’évolution est une théorie scientifique ou une pseudoscience, il faudrait noter qu’elle se présente comme un processus isolé de division et de progrès des espèces. Cette partie de la théorie, disait-il, concerne des événements historiques uniques, comme l’histoire d’Angleterre, et les événements uniques ne font pas partie de la science parce qu’ils ne sont pas reproductibles et par conséquent non sujets à des tests.[24]

 

Ni Popper ni aucune des autorités mentionnées plus haut ne pourraient être accusés par les évolutionnistes d’avoir un préjugé en faveur de la création surnaturelle. Mais l’aveu d’un des principaux partisans mondiaux de l’évolution organique de l’impossibilité de mettre cette hypothèse à l’épreuve est peut-être plus pertinent encore. S. J. Gould a admis avant sa mort en 1986 que l’évolution reposait fortement sur l’inférence et non sur « des billes d’acier qui roulent sur des plans inclinés dans un laboratoire ».[25] Il critiquait néanmoins les créationnistes qui prétendaient que l’évolution ne faisait pas partie de la science empirique.[26]

 

En 1992, alors que Gould enseignait la biologie, la géologie et l’histoire de la science à l’Université Harvard aux États-Unis, il écrivit un compte-rendu extrêmement critique (et très injuste) du livre de Phillip E. Johnson, Darwin on Trial.[27] Dans ce compte-rendu, Gould prétendait que Johnson avait « des œillères et une conception étroite de la science », parce que Johnson avait déclaré que Darwin avait « lancé sa théorie sur la mauvaise voie » en ne proposant jamais qu’elle soit soumise à l’expérimentation.

 

Gould a cependant admis que « ...la méthode de Darwin n’est pas généralement expérimentale parce qu’aucune science historique n’explique ainsi des événements uniques et complexes ».

 

Pour tenter de soutenir son affirmation que la théorie de l’évolution était bien une science et non de la métaphysique (une pseudoscience dans ce contexte), Gould déclarait que la méthodologie de Darwin faisait entrer sa théorie dans le champ de la science naturelle. Il affirmait que Darwin « utilisait la ‘consilience d’induction’ de Whewell, ou réunion d’informations largement disparates sous une seule explication logique ».[28]

 

Nous avons montré plus haut que toute hypothèse proposant l’évolution (étant non vérifiable) ne pourra jamais faire partie d’une science naturelle authentique. Il s’ensuit que les preuves qui présentent aux yeux de Gould des arguments valables en faveur de l’évolution organique sont simplement de nature indirecte et interprétées comme telles en accord avec sa philosophie matérialiste. Cela s’oppose directement à la théologie naturelle de saint Paul (Rm 1.19-20). Il n’est donc pas question d’une opposition entre la science et la religion, comme le prétendent les évolutionnistes, mais entre une fausse philosophie et la vérité divine appuyée par une saine philosophie (c’est-à-dire la théologie naturelle).

 

 

RÉFUTATION DE L’ÉVOLUTION ORGANIQUE

 

En rassemblant l’information dans le but de proposer son hypothèse sur l’évolution, Darwin a en réalité recherché des preuves indirectes dont il a tenté de tirer des inférences en faveur de l’évolution. La fausseté d’une partie non négligeable des « preuves » (comme les « ancêtres du cheval » et les « organes atrophiés ») est maintenant démontrée et sa prédiction sur la découverte ultérieure de formes transitionnelles après une exploration plus complètes des fossiles est entièrement réfutée. De plus, on sait maintenant que ce que l’on considérait être la meilleure preuve que tous les organismes descendaient d’un ancêtre commun, c’est-à-dire les dessins publiés par le biologiste allemand Ernst Harckel (1834-1919), était une imposture. 

 

Les dessins de Haeckel d’un grand nombre d’organismes différents montraient que leurs embryons, dans les premiers jours de leur existence, se ressemblaient mais que leur apparence changeait et devenait dissemblable après une période de développement. Mais les dessins des embryons de Haeckel dans les premiers stades de leur développement étaient faux. Des photographies réelles de ces embryons montrent qu’ils sont tout à fait dissemblables.[29]

 

Si cette prétendue similitude des embryons dans les premiers stades de leur existence constituait une preuve solide en faveur de l’existence d’un ancêtre commun, leur dissemblance doit aussi être un fort argument contre l’existence d’un tel ancêtre.

 

Dans son livre Evolution. A Theory in Crisis, le biologiste moléculaire Michael Denton - un agnostique - déclarait après un examen critique de tous les arguments de Darwin :

 

« En dépit d’un siècle d’effort intensif de la part des biologistes évolutionnistes, les principales objections soulevées par des critiques de Darwin comme Agazzis, Pictet, Bronn et Richard Owen n’ont pas reçu de réponse. C’est par l’imagination que nous devons remplir les grands espaces vides reconnus par Darwin dans sa lettre à Asa Gray. »[30]

 

Le livre de Denton contient une mine d’informations avec lesquelles il réfute non seulement le darwinisme mais également la théorie de « l’équilibre ponctué » proposée par S. J. Gould et autres, pour expliquer l’absence de formes transitionnelles chez les fossiles.[31] Denton souligne (page 194) qu’après avoir admis cette absence, il est peu probable que les évolutionnistes reviennent jamais à cette vieille idée rassurante que les fossiles fournissent la preuve de changements évolutionnistes graduels. Il existe cependant encore quelques darwinistes à tout crin qui affirment faussement que cette idée est de la vraie science.

 

David Raup, géologue et paléontologue, a occupé le poste de professeur de géologie à l’Université de Chicago et il était curateur du Chicago Field Museum of Natural History qui possède une des plus importantes collections de fossiles au monde lorsqu’il écrivit, en 1981, sa lettre au journal Science. Le professeur de droit Phillip E. Johnson attire l’attention sur la lettre de Raup dans son livre Darwin on Trial.[32] En bref, Raup déclare qu’en dehors des géologues et paléontologues, les gens entretiennent malheureusement l’idée que la collection de fossiles est beaucoup plus darwinienne qu’elle ne l’est en réalité. Il met cela sur le compte d’une simplification excessive dans les manuels de deuxième ordre et d’un pur et simple aveuglement volontaire.

 

Raup disait que Darwin et ses partisans s’attendaient à découvrir des progressions prévisibles mais n’ont généralement rien trouvé. L’optimisme a cependant la vie dure et une certaine part d’imagination s’est glissée dans les manuels. Raup est un évolutionniste mais sa préférence va assurément à « l’équilibre ponctué » plutôt qu’au gradualisme darwinien. Ce qu’il dit confirme néanmoins les déclarations de Denton sur l’idée évolutionniste erronée qu’il existerait un continuum de formes de vie reliant entre elles toutes les espèces et conduisant à l’origine de la vie, et sur les vides qui existent toujours dans les collections de fossiles. Denton déclarait pour conclure :

 

« On aurait pu s’attendre à ce qu’une théorie d’une importance aussi capitale, une théorie qui a littéralement changé le monde, eût été plus que de la métaphysique, quelque chose de plus qu’un mythe. La théorie de l’évolution de Darwin n’est finalement ni plus ni moins que le grand mythe cosmogonique du vingtième siècle. »[33]

 

On connaît très bien à présent la complexité de la cellule vivante avec ses multiples parties infinitésimales et ses multitudes de fonctions, tout cela enfermé dans un contenant dont le diamètre moyen ne dépasse pas 10 millionièmes de mètre. Selon certaines estimations, les instructions fournies par son DNA, si elles étaient écrites, rempliraient à elles seules un millier de livres de six cents pages chacun.[34]

 

De plus, des experts mathématiciens du hasard nous disent que si un événement n’a qu’une chance sur 10 à la puissance 50 (suivi par cinquante zéros) de se produire, il pourrait ne jamais arriver ; et l’astronome anglais Fred Hoyle a calculé que les chances pour l’apparition des enzymes dans la cellules étaient de une sur 10 à la puissance 4000. H. Morowitz, un biochimiste de Yale, a examiné les chances de l’apparition par changements laissés au hasard d’un micro-organisme unicellulaire relativement simple, la bactérie E-coli. Il en arrive après multiplication à une chance sur un suivi par 100 milliards de zéros.

 

Hoyle, qui trouvait totalement inacceptables les chances d’une évolution par changements successifs dus au hasard, avait adopté la suggestion faite par Francis Crick, célèbre Prix Nobel pour ses recherches sur la cellule vivante, que la vie aurait pu venir de l’espace - l’idée de panspermie. D’où le titre de son livre publié avec C. Wickramasinghe, Evolution from Space. Denton a fait à ce propos le commentaire suivant à la page 271 de son livre :

 

« Rien n’illustre plus clairement à quel point le problème de l’origine de la vie est devenu insoluble que le fait que des autorités mondiales puissent sérieusement entretenir l’idée de la panspermie. »

 

Un autre problème insoluble soulevé par l’évolution à propos de la cellule est que certaines protéines dépendent du DNA pour leur existence, mais que parallèlement la fonction du DNA a une dépendance similaire sur ces protéines. La seule conclusion logique qu’on puisse tirer de ce cercle[35] par ailleurs vicieux est qu’ils ont dû être créés par Dieu en même temps.

 

Une très importante étude concernant une telle situation a été faite par Michael.J. Behe, professeur de biochimie à Lehigh University aux États-Unis. Les systèmes de la cellule vivante, dit-il, sont irréductiblement complexes et ils cessent de fonctionner dès que manque une partie quelconque de leur ensemble. En conclusion de son livre Darwin’s Black Box. The Biochemical Challenge to Evolution (1996 -The Free Press, A Division of Simon and Schuster Inc., New York, U.S.A.), le professeur Behe fait remarquer :

 

« La simplicité que l’on croyait être le fondement de la vie s’est révélée être un fantasme auquel font place des systèmes d’une effrayante et irréductible complexité. La prise de conscience que la vie avait été conçue par une intelligence est un choc pour nous du vingtième siècle qui nous étions faits à l’idée que la vie était le résultat de simples lois naturelles. »

 

 

CONCLUSION

 

On l’a vu plus haut, la théologie, la science et la philosophie nous montrent toutes les trois que nos premiers parents, et en fait toutes les formes de vie sur la terre, ont été spécialement créés par Dieu sous leur forme achevée comme l’explique le chapitre deux de la Genèse, et que la théorie de l’évolution n’est simplement qu’une philosophie rationaliste qu’on nous donne sous la forme d’histoires comme ça [just so stories].  Les deux opinions suivantes sont celles de personnes considérées comme des spécialistes dans leur domaine, mais dont la vision sur la raison d’être de la vie est totalement opposée, expriment ce que nous venons de démontrer plus haut.

 

Il est permis de considérer Dietrich von Hildebrand comme le plus grand philosophe catholique du vingtième siècle. Dans Teillard de Chardin: A False Prophet (en appendice à son livre Trojan Horse in the City of God[36], il exprimait le point de vue catholique traditionnel lorsqu’il écrivait :

 

« Pour commencer, tout penseur consciencieux sait qu’une réconciliation de la science avec la foi chrétienne n’a jamais été nécessaire, parce que la vraie science (par opposition avec les fausses philosophies déguisées en habits scientifiques) ne peut jamais être incompatible avec la foi chrétienne. »

 

L’évidence en faveur d’un dessein intelligent détruit la position philosophique adoptée par les évolutionnistes séculiers. Leur position est décrite honnêtement par un évolutionniste de premier plan, le généticien Richard Lewontin :

 

« Nous prenons le parti de la science malgré l’absurdité de certaines de ses constructions, malgré ses échecs pour remplir un grand nombre de ses extravagantes promesses de santé et de vie, malgré la tolérance de la société scientifique pour ses histoires comme ça sans preuves, parce que nous sommes engagés envers le matérialisme. Ce n’est pas que les méthodes et les institutions de la science nous obligent de quelque façon à accepter une explication matérielle des phénomènes du monde, au contraire, nous sommes contraints par notre adhésion a priori aux causes matérielles de créer un dispositif d’investigation et un ensemble de concepts produisant des explications matérielles, quelque contre-intuitifs qu’ils soient, quelque mystificateurs qu’ils puissent être pour les non-initiés. En outre, ce matérialisme est un absolu, car nous ne pouvons permettre au divin de mettre un pied dans la porte. »[37]


RETOUR



[1]  Dans le numéro de juillet 2001 du prestigieux mensuel Homiletic and Pastoral Review, David R. Carlin, professeur de philosophie et de sociologie au Community College du Rhode Island, aux États-Unis, a publié un article intitulé Christianity’s Struggle for Survival. Il signalait dans cet article que la question n’était pas de savoir si les principes de morale chrétienne allaient survivre dans la société occidentale, car ils avaient déjà cédé la place à un libéralisme moral fondé sur un « principe de liberté personnelle ». « Ce principe, poursuivait-il, déclare que les gens devraient être libres de faire ce qu’ils veulent pourvu qu’ils n’empiètent pas sur la liberté des autres de faire ce qui leur plaît. » Il estimait qu’il faudrait au christianisme un siècle ou deux pour reconquérir le terrain perdu.

[2]  Pour l’acceptation du « naturalisme », voir Phillip E. Johnson, dans  Reason in the Balance. The Case Against Naturalism in Science, Law and Education. (1995) InterVarsity Press, Downers Grove, Illinois, U.S.A.

[3]  Cf. Ibid aux pp.97-101. Phillip Johnson donne ici un exemple de « naturalisme panthéiste ».  Il peut y avoir des évolutionnistes théistes qui disent que l’évolution s’est produite avec la volonté de Dieu et non par hasard ; néanmoins, s’ils acceptent l’évolution comme un processus scientifique, ils sont liés aux causes uniquement naturelles qui excluent toute intervention surnaturelle.

[4]  Enchiridion Biblicum 616.

[5] Ibid. 615

[6] Par exemple, Laurie Goodstein écrivait dans le Dallas Morning News du 2 octobre 1996, que David Beyers, directeur du comité sur la science et les valeurs humaines de la Conférence nationale des Évêques catholiques des États-Unis, avait dit à propos de la Lettre de Jean-Paul II à l’Académie pontificale des Sciences, qui venait d’être publiée : « L’Église a commencé par dire que vous pouviez soit accepter l’évolution ou quelque autre forme de créationisme, pour déclarer maintenant que nous accepterons l’évolution, ce qui est de toute façon la situation de facto. Qui met encore en doute l’évolution dans l’Église catholique ? Je ne vois vraiment personne. »

[7] Tel que réaffirmé en 1909 par la première Commission pontificale biblique, avec l’approbation du Pape Pie X. (Enchiridion Biblicum 325).

[8] Lumen gentium, n. 25.

[9] (1959) Traductiion anglaise par John F. O’Hanlon P.P., S.T.L., publié par Joseph F. Wagner, Inc., New York and by B.Herder, London, pp. 124 et s.

[10] Ibid. p. 113.

[11] Denziger, 1783. Traduction anglaise de la 30e édition par Roy J. Deferrari, 1957. B. Herder Book Co., Londres.

[12] Le père Brian W. Harrison O.S., M.A., S.T.D., qui attira l’attention sur cet enseignement de Léon XIII, déclare qu’il affirme, entre autres, le caractère historique des chapitres un à trois de la Genèse et la création d’Adam au sixième jour de la création, y compris la formation du corps d’Adam à partir de la poussière de la terre. Les articles du Père sur ce sujet ont paru dans les numéros 73 et 74 de janvier-mars 1998 de Living Tradition. On peut les télécharger sur le site www.rtforum.com.

[13] Léon XIII, Arcanum Divinae Sapientae.

[14] Voir par exemple les étapes de la méthode scientifique exposées dans Biology. The Dynamics of Life (1911), par Bigs & al. Merrill Publising Co. Columbus, Ohio (U.S.A.).

[15] En allemand, “der absolute Grundirtum aller-falschen Metaphysik” cité par Claude Tresmontant dans son livre, Le Christ hébreu.

[16] Ibid. Claude Tresmontant, professeur de philosophie à la Sorbonne et récipiendaire en 1973 du prix Maximilien Kolbe pour l’ensemble de son œuvre depuis 1953, a écrit dans son livre que la philosophie allemande de Kant à Nietsche et Heidegger était fondamentalement et non accidentellement antichrétienne. Ce qui était vrai de toute la philosophie allemande, qu’elle soit idéaliste ou simplement athée. Il était d’avis que l’idée judéo-chrétienne de création à partir de rien était particulièrement détestable aux yeux des philosophes allemand et que si cette idée disparaissait, l’idée judéo-chrétienne du Dieu unique et véritable disparaîtrait également.

[17] G.W.F Hegel, « The Positivity of the Christian Religion » in On Christianity, traduction anglaise par T.M. Knox, University of Chicago publication.

[18] G. W. F. Hegel, « The Spirit of Christianity and its Fate », in On Christianity, ref. 17.

[19] Cf. A Dictionary of Philosophy, (1984 édition) Pan Books, London, pp. 214-215.

19  K.R. Popper, Unended Quest, (1982) Open Court, La Salle & London, pp. 87-90.

[21] Voir Wolfgang Smith (physicien et philosophe) in Cosmos and Transcendence, (1984) Sherwin, Sugden & Co., Illinois, USA, p. 16. Smith appuie cette conclusion en citant le passage concerné dans les Principia de Newton.

[22] Karl Popper, op. cit., p. 168

[23]  P. Ehrlich et L.C. Birch in « Evolutionary History and Population Biology », Nature, Vol. 114, 12 avril 1967, p. 152.

[24] Colin Patterson, British Museum of Natural History, (1978), pp. 145-146.

[25]  S.J.Gould, « Impeaching a Self Appointed Judge », Scientific American, Juillet 1992, p. 194.

[26] S.J. Gould, op. cit. p. 194.

[27] Phillip E. Johnson, Darwin on Trial, (1991) InterVarsity Press, Downers Grove, Illinois, U.S.A.

[28] S.J. Gould, op.cit., p. 194

[29] Les photographies prises par le Dr. D.M. Richardson et d’autres sont reproduites, avec leur aimable permission, dans “TJ”, a journal de création, publié par Answers in Genesis. P.O.Box 6302, Acacia Ridge, D.C., 4110, Queensland, Australie. Le Dr. Richardson, maître assistant, n’est pas lui-même créationniste mais a découvert l’imposture au cours de ses recherches. Ses résultats sont publiés dans Anatomy and Embryology, 196 (2), 1997, pp. 91-106.

[30] Michael Denton, Ph.D., Evolution: A Theory in Crisis (1983) Burnett Books, London.  Publié également par Adler and Adler, Maryland, U.S.A.

[31] Ibid., p.345.

[32] Ibid.,  pp. 193-194.

[33] Phillip E. Johnson, Darwin on Trial, op. cit., p. 170..

[34] Denton, op. cit., p. 358.

[35] En 1974, le célèbre philosophe de la science K.R. Popper commentait ce problème en ces termes :

                ... la machinerie par laquelle la cellule (tout au moins la cellule non primitive, la seule que nous connaissions) traduit le code consiste d’au moins cinquante composants macromoléculaires eux-mêmes codés dans le DNA. Ainsi, le code ne peut être traduit qu’en utilisant certains produits de sa traduction. Ce qui constitue un cercle déroutant, un véritable cercle vicieux, semble-t-il, pour toute tentative de formation d’un modèle ou d’une théorie de la genèse de ce gène. (Voir Studies in the Philosophy of Biology, 1974, F. Ayala and T. Dobzhansky, éditeurs, University of California Press, Berkeley, at p. 270.)

[36] Dietrich von Hildebrand, Trojan Horse in the City of God (1967), Franciscan Herald Press, Chicago, Illinois at p. 228.

[37] Richard Lewontin, Billions and Billions of Demons, The New York Review, janvier 1997, p. 31.