Le rosaire

 

            Comme les propagateurs des Lumières portaient une haine toute spéciale à la dévotion du rosaire, l’importance de cette dévotion lui fut montrée dans une vision d’un sens très profond.

            « Je vis, dit-elle, le rosaire de Marie avec tous ses mystères. Un pieux ermite avait imaginé cette manière d’honorer la Mère de Dieu et lui avait tressé, en toute simplicité, des guirlandes de fleurs et de plantes. Il avait une rare intelligence de la signification de toutes les plantes et de toutes les fleurs; ses guirlandes avaient un sens symbolique de plus en plus profond. Alors, la Sainte Vierge ayant demandé à son Fils une grâce pour lui, il lui donna le rosaire. » Après cela Anne Catherine fit la description du rosaire; mais il fut impossible au Pèlerin de reproduire ses paroles, elle-même, à l’état de veille, ne pouvant bien exprimer ce qu’elle avait vu. Elle vit le rosaire entouré de trois rangées de feuilles dentelées de diverses couleurs, sur lesquelles tous les mystères de l’Église contenus dans l’Ancien et le Nouveau Testament étaient représentés en figures transparentes. Au centre du rosaire se tenait Marie avec l’Enfant Jésus d’un côté, elle était entourée d’anges, de l’autre de vierges qui se donnaient la main. Tout avait là sa signification et indiquait par la couleur, la matière et les attributs, l’essence la plus intime des choses. Alors elle décrivit chacune des perles du rosaire et commença par la croix de corail sur laquelle on récite le Credo. Cette croix sortait d’un fruit qui ressemblait au fruit de l’arbre de la science. Elle était travaillée à jour, d’une couleur particulière et couverte de petits clous. Dans l’intérieur était l’image d’un jeune homme, de la main duquel sortait un cep de vigne s’étendant vers les branches de la croix sur lesquelles étaient assises d’autres figures qui suçaient les grains de raisin. Les divers grains du rosaire étaient reliés entre eux par des rayons de couleurs variées formant des anneaux et semblables à des racines, conformément à leur signification naturelle et mystique. Chaque Pater était entouré d’une guirlande de fleurs particulières. Du milieu de cette guirlande sortait une fleur dans laquelle apparaissaient un des mystères joyeux ou douloureux de la sainte Vierge. Les divers Ave Maria étaient des étoiles formées de certaines pierres précieuses sur lesquelles les patriarches et les ancêtres de Marie étaient figurés dans des scènes qui se rapportaient à la préparation de l’Incarnation et de la Rédemption. Ainsi, ce rosaire embrassait le ciel et la terre, Dieu, la nature, l’histoire, la restauration de toutes choses et de l’homme par le Rédempteur qui est né de Marie; et chaque figure, chaque matière, chaque couleur, suivant sa signification essentielle, était employée à l’accomplissement de cette oeuvre d’art divine. Quelque indescriptible que fût ce rosaire, à raison du sens profond qu’il présentait, la description qu’en faisait la voyante était touchante et pleine de naïveté. Tremblante de joie, elle allait d’une feuille à l’autre, d’une figure à l’autre et décrivait tout avec la promptitude inquiète et joyeuse d’un enfant plein de vivacité. « Ceci est la rosaire, disait-elle, tel que la Mère de Dieu l’a donné aux hommes comme la dévotion qui lui plaît le plus. Peu l’ont dit de cette manière. Il a été aussi montré à saint Dominique par Marie. Sur la terre, il a été tellement sali et souillé de poussière que Marie l’a recouvert de son voile, comme d’un nuage à travers lequel il brille. Il faut une grande grâce, beaucoup de simplicité et de piété pour le comprendre encore. Il est voilé et tenu à distance ; on ne peut s’en rapprocher que par la pratique et la méditation. »

 

Anne Catherine Emmerick, Vie de la célèbre mystique, Téqui, tome 3, page 162.


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