Document conciliaire de Vatican II
L'ÉGLISE
Constitution dogmatique "de Ecclesia"
("Lumen Gentium") promulguée le 21 novembre 1964
TRADUCTION ÉTABLIE PAR
LES RR. PP. JEAN-MARC DUFORT ET GILLES LANGEVIN, SJ.
(Copyright Ed. Bellarmin)
Texte latin dans les "Acta Apostolicæ Sedis" 57 (1965) p. 5-75
et dans les
"Constitutiones, Decreta, Declarationes" p. 93-219
PLAN
de la Constitution
Chapitre I: Le mystère de l'Église
Introduction
Le dessein du Père qui veut sauver tous les hommes
La mission du Fils
L'Esprit qui sanctifie l'Église
Le royaume de Dieu
Les images de l'Église
L'Église, Corps mystique du Christ
L'Église, à la fois visible et spirituelle
Chapitre II: Le peuple de Dieu
La Nouvelle Alliance et le Peuple nouveau
Le sacerdoce commun
L'exercice du sacerdoce commun dans les sacrements
Le sens de la foi et les charismes dans le peuple chrétien
L'universalité ou "catholicité" de l'unique Peuple de Dieu
Les fidèles catholiques
Les liens de l'Église avec les chrétiens non catholiques
Les non-chrétiens
Le caractère missionnaire de l'Église
Chapitre III: La constitution hiérarchique de
l'Église et, en particulier, l'épiscopat
Introduction
L'institution des Douze
Les évêques successeurs des Apôtres
La sacramentalité de l'épiscopat
Le Collège épiscopal et son chef
Les relations à l'intérieur du Collège
Le ministère épiscopal
La fonction d'enseignement des évêques
La fonction de sanctification des évêques
La fonction de gouvernement des évêques
Les prêtres dans leur relation au Christ, aux évêques, au presbyterium et au
peuple chrétien
Les diacres
Chapitre IV: Les laïcs
Introduction
Acception du mot "laïc"
La dignité des laïcs, membres du Peuple de Dieu
La vie par rapport au salut et à l'apostolat
Participation des laïcs au sacerdoce commun et au culte
Participation des laïcs à la fonction prophétique du Christ et au témoignage
Participation des laïcs au service royal
Relation à la hiérarchie
Conclusion
Chapitre V: La vocation universelle à la sainteté dans
l'Église
Introduction
L'appel universel à la sainteté
La pratique multiforme de l'unique sainteté
Voie et moyens de la sainteté
Chapitre VI: Les religieux
La profession des conseils évangéliques dans l'Église
Nature et importance de l'état religieux dans l'Église
L'autorité de l'Église à l'égard des religieux
Grandeur de la consécration religieuse
Conclusion
Chapitre VII: L'Église en marche: son caractère
eschatologique et son union avec l'Église du ciel
Caractère eschatologique de la vocation chrétienne
La communion entre l'Église du ciel et l'Église de la terre
Les rapports de l'Église de la terre avec l'Église du ciel
Directives pastorales
Chapitre VIII: La Bienheureuse Vierge Marie Mère de
Dieu dans le mystère du Christ et de l'Église
I. Préambule
La Sainte Vierge dans le mystère du Christ
La Sainte Vierge et l'Église
Intention du Concile
II. Rôle de la Sainte Vierge dans l'économie du salut ..
La Mère du Messie dans l'Ancien Testament
Marie à l'Annonciation
La Sainte Vierge et l'enfance de Jésus
La Sainte Vierge et le ministère public de Jésus
La Sainte Vierge après l'Ascension
III. La bienheureuse Vierge et l'Église
Marie, servante du Seigneur
Marie, modèle de l'Église
Les vertus de Marie, modèle pour l'Église
IV. Le culte de la Sainte Vierge dans l'Église
Nature et fondement du culte de la Sainte Vierge
L'esprit de la prédication et du culte de la Sainte Vierge
V. Marie, signe d'espérance certaine et de consolation
pour le Peuple de Dieu en marche
Notifications
Note explicative préalable
CONSTITUTION DOGMATIQUE " LUMEN GENTIUM "
PAUL, ÉVÊQUE,
SERVITEUR
DES SERVITEURS DE DIEU,
AVEC LES PÈRES DU SA1NT CONCILE, POUR QUE LE SOUVENIR
S'EN MAINTIENNE À JAMAIS.
CHAPITRE PREMIER
LE MYSTÈRE DE L'ÉGLISE
1. [Introduction]
Le Christ est la Lumière des nations; aussi, en annonçant l'Évangile à toute
créature (cf. Mc 16, 15), le saint Concile réuni dans l'Esprit-Saint
désire-t-il ardemment illuminer tous les hommes de la lumière du Christ qui
resplendit sur le visage de l'Église. Celle-ci, pour sa part, est dans le
Christ comme un sacrement ou, si l'on veut, un signe et un moyen d'opérer
l'union intime avec Dieu et l'unité de tout le genre humain; elle se propose
donc, en suivant de près la doctrine des précédents Conciles, de faire
connaître avec plus de précision à ses fidèles et au monde entier sa nature et
sa mission universelle. Ce devoir, les conditions actuelles l'imposent à
l'Église avec une urgence accrue: il importe en effet que la communauté
humaine, toujours plus étroitement unifiée par de multiples liens sociaux,
techniques, culturels, puisse atteindre également sa pleine unité dans le
Christ.
2. [Le dessein du Père qui veut sauver tous les hommes]
Par une disposition tout à fait libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa
bonté, le Père éternel a créé l'univers. Il a voulu élever les hommes jusqu'au
partage de la vie divine. Et une fois qu'ils eurent péché en Adam, il ne les
abandonna pas; sans cesse il leur offrit des secours pour leur salut en
considération du Christ rédempteur, "qui est l'image du Dieu invisible, le
premier-né de toute créature" (Col. 1, 15). D'autre part, ceux qu'il a
choisis, le Père avant tous les siècles les "a d'avance connus et prédestinés
à reproduire l'image de son Fils, pour que celui-ci soit le premier-né d'un
grand nombre de frères" (Rom. 8, 29). Et ceux qui ont foi dans le Christ,
il a voulu les rassembler en la sainte Église qui, préfigurée dès l'origine du
monde, admirablement préparée dans l'histoire du peuple d'Israël et l'ancienne
Alliance (1), établie en ces temps qui sont les derniers, a été manifestée par
l'effusion de l'Esprit et sera glorieusement achevée à la fin des siècles.
Alors seulement, comme on peut le lire dans les saints Pères, tous les justes
depuis Adam, "depuis le juste Abel jusqu'au dernier élu" (2) seront
rassemblés auprès du Père dans l'Église universelle.
3. [La mission du Fils]
Le Fils est donc venu, envoyé par le Père qui nous a choisis en lui dès avant
la création du monde et nous a prédestinés à être ses enfants adoptifs, parce
qu'il lui a plu de tout réunir en lui (cf. Eph. 1, 4-5 et 10). C'est pourquoi
le Christ, afin d'accomplir la volonté du Père, a inauguré ici-bas le royaume
des cieux, nous a révélé le mystère du Père et, par son obéissance, a opéré la
rédemption. L'Église, qui est 1e royaume du Christ déjà présent sous une forme
mystérieuse, croît visiblement dans le monde grâce à la puissance de Dieu. Ce
commencement et cette croissance sont signifiés par le sang et l'eau qui
sortent du côté de Jésus crucifié (cf. Jn 19, 34) et annoncés par les paroles
du Seigneur concernant sa mort en croix: "Et Moi, quand je serai élevé de
terre, j'attirerai tout à Moi" (Jn 12, 32 gr.). Chaque fois que le sacrifice
de la croix, par lequel "le Christ, notre Pâque, a été immolé" (I
Cor. 5, 7), est célébré sur l'autel, l'œuvre de notre rédemption se réalise. En
même temps le sacrement du pain eucharistique représente et produit l'unité des
fidèles, qui constituent un seul corps dans le Christ (cf. I Cor. 10, 17). Tous
les hommes sont appelés à cette union avec le Christ, qui est la lumière du
monde, de qui nous venons, par qui nous vivons, vers qui nous tendons.
4. [L'Esprit qui sanctifie l'Église]
Une fois accomplie l'œuvre que le Père avait donné à faire au Fils sur la terre
(cf. Jn 17, 4), l'Esprit-Saint fut envoyé le jour de la Pentecôte, afin de
sanctifier l'Église en permanence et qu'ainsi les croyants aient par le Christ,
en un seul Esprit, accès auprès du Père (cf. Eph. 2, 18). Il est l'Esprit de
vie, la source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle (cf. Jn 4, 14; 7,
38-39), par qui le Père vivifie les hommes, morts par suite du péché, jusqu'au
moment où il rendra la vie dans 1e Christ à leurs corps mortels (cf. Rom. 8,
10-I1). L'Esprit habite dans l'Église et dans les cœurs des fidèles comme en un
temple (cf. I Cor. 3, 16; 6, 19); en eux il prie et rend témoignage de leur
adoption filiale (cf. Gal. 4, 6; Rom. 8, 15-16 et 26). Cette Église qu'il amène
à la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13), qu'il réunit dans la communion et le
ministère, il l'édifie encore et la dirige par des dons variés, tant
hiérarchiques que charismatiques, et par ses œuvres il l'embellit (cf. Eph. 4,
11-12; I Cor. 12, 4; Gal. 5, 22). Il la rajeunit par la force de l'Évangile, il
la rénove perpétuellement et la conduit enfin à l'union parfaite avec son Époux
(3). Cas l'Esprit et l'Épouse disent au Seigneur Jésus "Viens!" (cf.
Apoc. 22, 17). Ainsi l'Église universelle apparaît-elle comme "un peuple
rassemblé dans l'unité du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint" (4).
5. [Le royaume de Dieu]
Le mystère de la sainte Église se manifeste dans sa fondation. Le Seigneur
Jésus, en effet, inaugura son Église en prêchant la bonne nouvelle,
c'est-à-dire la venue du Royaume de Dieu promis depuis des siècles dans les
Écritures: "Les temps sont accomplis, le Royaume de Dieu est proche"
(Me 1, 15; cf. Mt. 4, 17). Ce Royaume de Dieu, il apparaît aux hommes dans la
parole, les œuvres et la présence du Christ. La parole du Seigneur est comparée
au grain semé dans un champ (Mc 4, 14): ceux qui l'écoutent avec foi et
s'agrègent au petit troupeau du Christ (Lc 12, 32) ont accueilli le Royaume
lui-même. Puis la semence, par sa propre force, germe et se développe jusqu'au
temps de la moisson (cf. Mc 4, 26-29). De même les miracles de Jésus sont une
preuve que le Royaume est véritablement venu sur terre: "Si c'est par le
doigt de Dieu que je chasse les démons, il est déjà venu à vous, le Royaume de
Dieu" (Lc 11, 20; cf. Mt. 12, 28). Mais, avant tout, le Royaume se
manifeste dans la Personne même du Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, qui
est venu "pour servir et donner sa vie comme rançon d'un grand
nombre" (Mc 10. 45).
Et quand Jésus, après avoir souffert la mort en croix pour les hommes, fut
ressuscité, il apparut établi comme Seigneur et Christ, comme Prêtre éternel
(cf. Act. 2, 36; Héb. 5, 6; 7, 17-21) et il répandit en ses disciples l'Esprit
promis par le Père (cf. Act. 2, 33). Dès lors, l'Église pourvue des dons de son
Fondateur et attachée à ses préceptes de charité, d'humilité et d'abnégation,
reçoit la mission d'annoncer et d'instaurer en toutes les nations le Royaume du
Christ et de Dieu dont, sur terre, elle constitue le germe et le commencement.
Dans l'intervalle, à mesure qu'elle grandit, elle aspire à l'accomplissement du
Royaume, elle espère et souhaite de toutes ses forces être unie à son Roi dans
la gloire.
6. [Les images de l'Église]
Dans l'Ancien Testament la révélation du Royaume est souvent présentée sous des
figures; de même maintenant, c'est par diverses images que la nature intime de
l'Église se fait connaître à nous, et ces images empruntées soit à la vie
pastorale et au travail des champs, soit à la construction des édifices et même
à la famille et aux noces, s'élaborent déjà dans les livres des Prophètes.
L'Église est en effet le bercail dont la porte unique et nécessaire est le
Christ (Jn 10, 1-10). Elle est aussi le troupeau, dont Dieu avait annoncé qu'il
serait lui-même le pasteur (cf. Is. 40, 11; Ez. 34. 11 suiv.), et dont les
brebis, même si elles sont guidées par des pasteurs humains, ne cessent jamais
cependant d'être conduites et nourries par le Christ lui-même, le bon Pasteur
et le Prince des pasteurs (cf. Jn 10, I1; I Petr. 5, 4), qui a donné sa vie
pour les brebis (cf. Jn 10, 11-15).
L'Église est la terre que Dieu cultive, ou encore son champ (I Cor. 3, 9). Dans
ce champ grandit l'antique olivier dont la racine sainte fut constituée par les
Patriarches et dans lequel s'est faite et se fera la réconciliation des Juifs
et des Gentils (Rom. 11, 13-26). L'Église a été plantée par le céleste
Cultivateur comme la vigne choisie (Mt. 21, 33-43 par.; cf. Is. 5, 1 suiv.). Le
Christ est la vraie vigne qui donne la vie et la fécondité aux sarments,
c'est-à-dire à nous qui par l'Église demeurons en lui; et sans lui nous ne
pouvons rien faire (Jn 15.1-5).
Plus souvent encore l'Église s'appelle l'édifice de Dieu (I Cor. 3, 9). Le
Seigneur lui-même s'est comparé à la pierre que les bâtisseurs ont rejetée mais
qui est devenue tête d'angle (Mt. 21, 41 par.; cf. Act. 4, 11; I Petr. 2, 7;
Ps. 117, 22). Sur ce fondement l'Église est construite par les Apôtres (cf. I
Cor. 3, 11) et c'est de lui qu'elle reçoit fermeté et cohésion. Cet édifice
prend diverses appellations: maison de Dieu (I Tim. 3, 15) où habite sa
famille, demeure de Dieu dans l'Esprit (Eph. 2. 19-22), "tabernacle de
Dieu avec les hommes" (Apoc. 21, 3) et surtout temple sacré, que les
saints Pères voient représenté dans des sanctuaires de pierres et qui, dans la
Liturgie, est comparé non sans raison à la Cité sainte, à la nouvelle Jérusalem
(5). En elle, de fait, nous sommes édifiés dès ici-bas comme des pierres
vivantes (cf. I Petr. 2, 5). Et Jean contemple la sainte cité, lors de la
rénovation du monde, descendant du ciel d'auprès de Dieu, "prête comme une
fiancée toute parée pour son époux" (Apoc. 21, 1 suiv.).
L'Église est même appelée "la Jérusalem d'en haut" et "notre
mère" (Gal. 4, 26: Apoc. 12, 17); elle apparaît comme l'épouse immaculée
de l'Agneau sans tache (Apoc. 19, 7; 21, 2 et 9; 22, 17). Cette épouse, le
Christ "l'a aimée... et il s'est livré lui-même pour elle, afin de la
sanctifier" (Eph. 5, 25-26); il se l'est associée par un pacte
indissoluble et sans cesse "il la nourrit et la soigne" (Eph. 5, 29),
et il a voulu, après l'avoir purifiée, qu'elle lui soit unie et soumise dans
l'amour et la fidélité (cf. Eph. 5, 24). Enfin, il l'a comblée pour toujours de
dons célestes, afin que nous puissions connaître la charité de Dieu et du Christ
pour nous, charité qui dépasse tonte connaissance (cf. Eph. 3, 19). Mais tandis
que l'Église accomplit son pèlerinage sur terre, loin du Seigneur (cf. II Cor.
5, 6), elle se sent comme en exil, si bien qu'elle recherche les choses d'en
haut, qu'elle a du goût pour les choses d'en haut, là où le Christ est assis à
la droite de Dieu, où sa vie reste cachée avec le Christ en Dieu jusqu'au jour
où elle apparaîtra avec son Époux dans la gloire (cf. Col. 3, 1-4).
7. [L'Église, Corps mystique du Christ]
Dans la nature humaine qu'il s'est unie, le Fils de Dieu, en remportant la
victoire sur la mort par sa mort et sa résurrection, a racheté l'homme et l'a
transformé pour en faire une nouvelle créature (cf. Gal. 6, 15; II Cor. 5, 17).
Car en communiquant son Esprit, il a mystiquement établi ses frères, appelés
d'entre toutes les nations, comme son propre corps.
Dans ce corps la vie du Christ se diffuse en ceux qui croient et qui, par les
sacrements, sont unis, d'une façon mystérieuse mais bien réelle, au Christ
souffrant et glorifié (6). Par le baptême, en effet, nous sommes rendus
conformes au Christ: "En effet, nous avons été baptisés dans un seul
Esprit pour former un seul corps" (I Cor. 12, 13). Par ce rite sacré,
l'union à la mort et à la résurrection du Christ est à la fois représentée et
effectuée: "par le baptême, en effet, nous avons été ensevelis avec lui
dans la mort"; et si "nous avons été greffés sur lui par une mort
pareille à la sienne, de même le serons-nous par une résurrection pareille"
(Rom. 6, 4-5). Dans la fraction du pain eucharistique nous avons réellement
part au corps du Seigneur et nous sommes élevés à la communion avec lui et
entre nous. "Parce qu'il y a un seul pain, nous ne sommes qu'un corps
malgré notre grand nombre, attendu que tous nous recevons notre part de ce pain
unique" (I Cor. 10, 17). Ainsi tous nous devenons membres de ce corps (cf.
I Cor. 12, 27) "et respectivement, membres 1es uns des autres" (Rom.
12, 5).
Mais de même que tous les membres du corps humain, pour nombreux qu'ils soient,
ne forment cependant qu'un corps, de même en est-il des fidèles dans le Christ
(cf. I Cor. 12, 12). La diversité des membres et des fonctions se vérifie
également dans l'édification du corps du Christ. Unique est l'Esprit, qui
distribue ses dons, à la mesure de sa richesse et suivant les besoins des
ministères, au profit de l'Église (cf. I Cor. 12, 1-11). Parmi ces dons vient
en tête la grâce des Apôtres, à l'autorité desquels l'Esprit lui-même soumet
ceux qui ont reçu des charismes (cf. I Cor. 14). C'est le même Esprit qui
unifie lui-même le corps par sa propre puissance et au moyen de l'articulation
interne des membres entre eux, et qui produit et stimule la charité chez les
fidèles. En conséquence, si un membre a quelque souffrance à supporter, tous
les membres souffrent avec lui; ou si an membre est honoré, tous les membres
partagent sa joie (cf. I Cor. 12, 26).
De ce corps le Christ est le chef. Il est lui-même l'image du Dieu invisible,
et en lui tout a été créé. Lui-même est avant toute chose et toutes choses
subsistent en lui. Il est le chef du corps qu'est l'Église. Il est le principe,
le premier-né d'entre les morts, afin d'avoir en tout la prééminence (cf. Col.
1, 15418). Par la grandeur de sa puissance il règne sur les choses du ciel et
de la terre; grâce à sa perfection et à son action qui surpassent tout, il
comble des richesses de sa gloire son corps tout entier (7) (cf. Eph. 1,
18-23).
Tous les membres doivent tendre à lui ressembler, jusqu'à ce que le Christ soit
formé en eux (cf. Cal. 4, 19). Voilà pourquoi nous sommes englobés dans les
mystères de sa propre vie, rendus conformes à lui-même, morts et ressuscités
avec lui en attendant, de régner avec lui (cf. Phil. 3, 21; II Tim. 2, 11; Eph.
2, 6; Col. 2, 12; etc.). Cheminant encore sur la terre, suivant ses traces dans
les épreuves et la persécution, nous sommes associés à ses souffrances comme le
corps à sa tête, et nous souffrons avec lui pour être glorifiés avec lui (cf.
Rom. 8, 17).
De lui "tout le corps, desservi et uni par des jointures et des liens,
tire son accroissement en Dieu" (Col. 2, 19). Lui-même, dans son corps qui
est l'Église, dispense sons cesse les dons des ministères, au moyen desquels
nous nous aidons les uns les autres, grâce à lui, en vue du salut, afin que,
professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous les égards en lui
qui est notre Chef (cf. Eph. 4, 11-16 gr.).
Et afin que nous soyons continuellement renouvelés en lui (cf. Eph. 4, 23), il
nous a donné d'avoir part à son Esprit. Et cet Esprit, qui est unique et
identique dans le Chef et dans les membres, vivifie, unifie et meut tout le
corps; si bien que les saints Pères ont pu comparer son rôle à la fonction que
l'âme, principe vital, remplit dans le corps humain (8).
Le Christ aime l'Église comme son épouse, et il est le modèle de l'homme qui
aime sa femme comme son propre corps (cf. Eph. 5, 25-28); l'Église, pour sa
part, est soumise à son Chef (ib. 23-24). "Parce qu'en lui corporellement
réside la plénitude de la divinité" (Col. 2, 9), il comble de ses dons
divins l'Église qui est son corps et son plérôme (cf. Eph. 1, 22-23), afin
qu'elle tende et atteigne à toute la plénitude de Dieu (cf. Eph. 3, 19).
8. [L'Église, à la lois visible et spirituelle]
Le Christ, unique Médiateur, a établi et soutient sans cesse ici-bas sa sainte
Église, qui est une communauté de foi, d'espérance et de charité, comme un
organisme visible (9) par lequel il répand sur tous la vérité et la grâce. Mais
la société constituée d'organes hiérarchiques et le Corps mystique du Christ,
le groupement visible et la communauté spirituelle, l'Église terrestre et
l'Église déjà pourvue des biens célestes ne doivent pas être considérés comme
deux entités; ils constituent bien plutôt une seule réalité complexe formée
d'un élément humain et d'un élément divin (10). Ainsi, par une analogie qui
n'est pas sans valeur, elle est comparable au mystère du Verbe incarné. De
même, en effet, que la nature assumée par le Verbe divin lui sert d'instrument
de salut, instrument vivant et indissolublement uni à lui-même, de même cet
organisme ecclésial sert à l'Esprit du Christ qui le vivifie en vue de la
croissance du corps (cf. Eph. 4, 16) (11).
Telle est l'unique Église du Christ que, dans le Symbole, nous reconnaissons
comme une, sainte, catholique et apostolique (12), que notre Sauveur, après sa
résurrection remit à Pierre pour qu'il la paisse (Jn 21, 17). C'est elle que le
même Pierre et les autres Apôtres furent chargés par lui de répandre et de
guider (cf. MI. 28, 18 ss), elle enfin qu'il établit pour toujours
"colonne et soutien de la vérité" (I Tim. 3, 15). Cette Église,
constituée et organisée en ce monde comme une communauté, subsiste dans
l'Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en
communion avec lui (13), encore que, hors de cet ensemble, on trouve plusieurs
éléments de sanctification et de vérité qui, en tant que dons propres à
l'Église du Christ, invitent à l'unité catholique.
Le Christ a accompli son œuvre rédemptrice dans la pauvreté et la persécution;
ainsi l'Église est-elle appelée à prendre la même voie pour communiquer aux
hommes les fruits du salut. Le Christ Jésus, "possédant la nature
divine... s'est anéanti lui-même en prenant la nature de l'esclave" (Phil.
2, 6) et pour nous "s'est fait pauvre, de riche qu'il était" (II Cor.
8, 9). Telle est aussi l'Église; et même si elle a besoin de ressources
humaines pour remplir sa mission, elle n'est pas établie pour rechercher la
gloire terrestre, mais pour prêcher, même par son exemple, l'humilité et
l'abnégation. Le Christ a été envoyé par le Père "pour évangéliser les
pauvres... guérir les cœurs brisés" (Lc 4, 18), "chercher et sauver
ce qui était perdu" (Lc 19, 10). De même l'Église entoure tous ceux
qu'afflige l'infirmité humaine; bien plus, elle reconnaît dans les pauvres et
en ceux qui souffrent l'image de son Fondateur pauvre et souffrant, elle
s'emploie à soulager leur détresse et veut servir le Christ en eux. Mais tandis
que le Christ "saint, innocent, sans souillure" (Hébr. 7, 26) n'a pas
connu le péché (II Cor. 5, 21) mais est venu seulement expier les péchés du
peuple (cf. Hébr. 2, 17), l'Église, qui renferme en son sein les pécheurs, qui
est sainte et, en même temps, doit toujours être purifiée, recherche sans cesse
ta pénitence et le renouvellement.
L'Église "va de l'avant, marchant parmi les persécutions du monde et les
consolations de Dieu" (14), annonçant la croix et la mort du Seigneur,
jusqu'à ce qu'il vienne (cf. I Cor. 11, 26). C'est la puissance du Seigneur
ressuscité qui la fortifie pour lui faire surmonter par la patience et la
charité ses peines et ses difficultés intérieures aussi bien qu'extérieures,
et, malgré tout, lui faire révéler fidèlement au monde le mystère du Seigneur,
mystère encore caché jusqu'à ce qu'il apparaisse à la fin dans sa pleine
lumière.
1. Cf. S. Cyprianus, Epist. 64, 4: PL 3, 1017.
CSEL (Hartel), III B, p. 720. S. Hilarius Pict., In Mt. 23, 6: PL 9, 1047. S.
Augustinus, passim. S. Cyrillus Alex., Glaph. in Gen. 2, 10: PG 69, 110 A
2. Cf. S. Gregorius M., Hom. in Evang. 19, 1: PL 76, 1154 B. S. Augustinus,
Serm. 341, 9, 11: PL 39, 1499 s. S. Io. Damascenus. Adv. Iconocl. Il: PG 96,
1357.
3. Cf. S. Irenaeus, Adv. Haer. III, 24, 1: PG 7, 966 B; Harvey 2. 131; ed.
Sagnard, Sources Chr., p. 398
4. S. Cyprianus, De Orat. Dom. 23: PL 4, 553; Hartel, III A, p. 285. S.
Augustinus, Seren. 71, 20, 33: PL 38, 463 s. S. Io. Damascenus, .4dv. Iconocl.
12: PG 96. 1358 D.
5. Cf. Origenes, In Matth. 16, 21: PG 13, 1443 C; Tertullianus, Adv. Marc. 3, 7:
PL 2, 357 C; CSEL 47, 3 p. 386. Pour les documents liturgiques, cf.
Sacramentarium Gregorianum: PL 78, 160 B. Ou C. Mohlberg, Liber Sacramentorum
Romanae Ecclesiae, Romae 1960, p. 111, XC: " Deus, qui ex omni coaptatione
sanctorum acternum tibi condis habitaculum... ". Hymnes Urbs Jerusalem
beata dans le Bréviaire monastique et Coelestis urbs Jerusalem dans le
Bréviaire Romain.
6. Cf. s. Thomas, Summa Theol. III, q. 62, a. 5, ad 1.
7. Cf. Pie XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, 29 juin 1943: AAS 35 (1943), p.
208.
8. Cf. Leo XIII, Epist. Encycl. Divinum illud, 9 mai 1897: ASS 29 (1896-97) p.
650. Pie XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, 1. c., pp. 219-220; Denz. 2288
(3808). S. Augustinus, Serra. 268, 2: PL 38, 1232, et ailleurs. S. Io.
Chrysostomus, In Eph. Hom. 9, 3: PG 62, 72. Didyrnus Alex., Trin. 2, 1: PG 39,
449 s. S. Thomas, In Col. 1, 18, lect. 5; ed. Marietti, II, n. 46: "Sicut
constituitur unum corpus ex unitate animae, ita Ecclesia ex unitate Spiritus...
".
9. Leo XIII, Lift. Encycl. Sapientiae christianae, 10 janv. 1890: ASS 22
(1889-90) p. 392. Id., Epist. Encycl. Satis cognitum, 29 juin 1896: ASS 28
(1895-96) pp. 710 et 724 ss. Plus XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, I. c.,
pp. 199-200.
10. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, 1. c.. p. 221 ss. Id., Litt.
Encycl. Humani generis, 12 août 1950: AAS 42 (1950) p. 571.
11. Leo XIII, Epist. Encycl. Satis Cognitum, 1. c., p. 713.
12. Cf. Symbolum Apostolicum: Denz. 6-9 (10-13); Symb. Nic.-Const.: Denz. 86
(150); coll. Prof. fidei Trid.: Denz. 994 et 999 (1862 et 1868).
13. On dit " Sancta (catholica apostolica) Romana Ecclesia ": dans
Prof. fidei Trid., 1. c., et dans Conc. Vat. I, Sess. III, Const. dogm. de fide
cath.: Denz. 1782 (3001).
14. S. Augustinus, Civ. Dei, XVIII, 51, 2: PL 41, 614.
CHAPITRE II
LE PEUPLE DE DIEU
9. [La Nouvelle Alliance et le Peuple nouveau]
De tout temps et chez toute nation, celui qui craint Dieu et pratique la
justice lui fut agréable (cf. Act. 10, 35). Cependant Dieu n'a pas voulu
sanctifier et sauver les hommes individuellement et sans qu'aucun rapport
n'intervienne entre eux, mais plutôt faire d'eux un peuple qui le reconnaisse
vraiment et le serve dans ta sainteté. Il se choisit donc comme peuple le
peuple israélite, conclut avec lui une alliance et l'instruisit graduellement
en se manifestant lui-même, en faisant connaître le dessein de sa volonté dans
l'histoire de ce peuple et en se le consacrant. Tout cela cependant n'advint
qu'à titre de préparation et en figure, eu égard à l'alliance nouvelle et parfaite
qui devait se réaliser dans le Christ et de la révélation plus complète
qu'allait apporter le Verbe même de Dieu fait homme. "Voici venir des
jours -- oracle du Seigneur --. où je conclurai avec la maison d'Israël et la
maison de Juda une alliance nouvelle... Je mettrai ma loi au fond de leur être
et je l'écrirai sur leur cœur. Alors, je serai leur Dieu et eux seront mon
peuple... Ils me connaîtront tous, des plus petits jusqu'aux plus grands -
oracle du Seigneur" (Jér. 31, 31-34). Puis le Christ scella ce nouveau
pacte, c'est-à-dire la nouvelle alliance, en son sang (cf. I Cor. 11, 25) en
appelant d'entre les Juifs et les gentils une multitude qui s'unirait non pas
selon la chair mais en esprit, afin de constituer le nouveau Peuple de Dieu. En
effet ceux qui croient au Christ, engendrés à nouveau d'un germe non point
corruptible, mais incorruptible par la parole du Dieu vivant (cf. I Petr. 1,
23), non pas de la chair mais de l'eau et de l'Esprit-Saint (cf. Jn 3, 5-6)
constituent "une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un
peuple acquis... eux, qui jadis n'étaient pas un peuple, et maintenant sont le
peuple de Dieu" (I Petr. 2, 9-10).
Ce peuple messianique a pour chef le Christ "qui a été livré pour nos
fautes et est ressuscité pour notre sanctification" (Rom. 4, 25) et qui,
maintenant, après s'être acquis un nom qui est au-dessus de tout nom, règne
glorieusement dans les cieux. Il est dans l'état de dignité et de liberté
propre aux fils de Dieu, dont le cœur est comme le temple de l'Esprit-Saint. Il
a pour loi un commandement nouveau, celui d'aimer comme le Christ lui-même nous
a aimés (cf. Jn 13, 34). Enfin, il a son terme dans le Royaume de Dieu,
inauguré sur terre par Dieu lui-même, destiné à s'étendre dans la suite des
âges en attendant de recevoir en Lui son perfectionnement final à la fin des
siècles, lorsque le Christ se manifestera, lui qui est notre vie (cf. Col. 3,
4), et que "la création elle-même sera libérée de la servitude de la
corruption pour participer à la glorieuse liberté des enfants de Dieu"
(Rom. 8, 21). C'est pourquoi ce peuple messianique, s'il ne comprend pas
effectivement tous les hommes et n'apparaît parfois que comme un petit
troupeau, n'en subsiste pas moins au sein de toute l'humanité comme un germe
très fort d'unité, d'espérance et de salut. Établi par le Christ en communion
de vie, de charité et de vérité, il lui sert d'instrument pour la rédemption de
tous et il est envoyé au monde entier comme lumière du monde et sel de la terre
(cf. Mt. 5, 13-16).
L'Israël selon la chair, cheminant dans la solitude, prend déjà le nom d'Église
de Dieu (II Esdr. 13, 1; cf. Nombr. 20, 4; Deut. 23, 1 et suiv.); de même le
nouvel Israël, celui de l'ère présente en quête de la cité future et qui ne
finit pas (cf. Hébr. 13, 14), s'appelle également l'Église du Christ (cf. Mt.
16, 18). Car le Christ lui-même l'a acquise au prix de son sang (cf. Act. 20,
28), remplie de son Esprit et pourvue de moyens aptes à procurer une union
visible et sociale. Dieu a convoqué ta communauté de ceux qui regardent avec
foi Jésus, auteur du salut, principe d'unité et de paix, et il en a fait
l'Église, afin qu'elle soit pour tous et pour chacun le sacrement visible de
cette unité salvifique (1). Cette Église qui doit s'étendre à toute la terre et
entrer dans l'histoire humaine, domine en même temps les époques et les
frontières des peuples. Au milieu des embûches et des tribulations qu'elle
rencontre, elle est soutenue, dans sa marche, par le secours de la grâce divine
que lui a promise le Seigneur, afin que, dans la condition de l'humaine
faiblesse, elle ne laisse pas d'être parfaitement fidèle, mais demeure la digne
épouse de son Seigneur et se renouvelle sans cesse elle-même, sous l'action de
l'Esprit-Saint; jusqu'à ce que, par la croix, elle parvienne à la lumière qui
ne connaît pas de déclin.
10. [Le sacerdoce commun]
Le Christ Seigneur, Pontife pris d'entre les hommes (cf. Hébr. 5, 1-5) fit du
nouveau peuple "un royaume de prêtres pour Dieu son Père" (Apoc. 1,
6; 5, 9-10). En effet, par la régénération et l'onction de l'Esprit-Saint, les
baptisés sont consacrés pour être une maison spirituelle et un sacerdoce saint,
en vue d'offrir des sacrifices spirituels, moyennant toutes les œuvres du
chrétien, et d'annoncer les louanges de Celui qui les a appelés des ténèbres à
son admirable lumière (cf. I Petr. 2, 4-10). Que tous les disciples du Christ,
en persévérant dans la prière et en louant Dieu ensemble (cf. Act. 2, 42-47),
s'offrent donc eux-mêmes comme une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu (cf.
Rom. 12, 1), qu'ils rendent partout témoignage au Christ et, à qui le demande,
rendent compte de l'espérance de la vie éternelle qui est en eux (cf. I Petr.
3, 15).
Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique,
s'ils diffèrent essentiellement et non pas seulement en degré, sont cependant
ordonnés l'un à l'autre puisque l'un comme l'antre participe à sa façon de
l'unique sacerdoce du Christ (2). Grâce au pouvoir sacré dont il est investi,
le prêtre, ministre du Christ, instruit et gouverne le peuple sacerdotal,
accomplit, en qualité de représentant du Christ, le sacrifice eucharistique et
l'offre à Dieu au nom de tout le peuple; les fidèles, en vertu de leur
sacerdoce royal, ont part à l'offrande eucharistique (3) et exercent leur
sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l'action de grâces, par
le témoignage d'une vie sainte, par l'abnégation et la charité active.
11. [L'exercice du sacerdoce commun dans les sacrements]
Le pouvoir sacré et organiquement structuré de la communauté sacerdotale entre
en activité par les sacrements et les vertus. Les fidèles, incorporés à
l'Église par le baptême, sont rendus aptes, grâce à leur caractère, à célébrer
le culte de la religion chrétienne. Et après avoir été régénérés pour devenir
enfants de Dieu, ils sont tenus à professer publiquement la foi qu'ils ont
reçue de Dieu par l'Église (4), à laquelle le sacrement de confirmation les
unit plus étroitement grâce à l'Esprit-Saint qui les enrichit d'une force
particulière. Ainsi se trouvent-ils plus strictement obligés de répandre la foi
et de la défendre par la parole et les œuvres, comme de véritables témoins du
Christ (5). En participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de
toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la divine Victime et eux-mêmes avec
elle (6). " Ainsi tous, aussi bien par l'offrande que par la sainte
communion, jouent dans l'action liturgique le rôle qui leur est propre, non pas
indistinctement, mais chacun à sa manière. De plus, en se nourrissant du Corps
du Christ dans la sainte communion, ils manifestent concrètement l'unité du
Peuple de Dieu, qui, dans ce sublime sacrement, est convenablement signifiée et
merveilleusement réalisée.
Ceux qui s'approchent du sacrement de pénitence reçoivent de la miséricorde de
Dieu le pardon des offenses qu'ils lui ont faites; en même temps ils se
réconcilient avec l'Église, que leur péché avait blessée et qui coopère à leur
conversion par la charité, l'exemple et la prière. Par l'onction sacrée des
malades et la prière des prêtres, toute l'Église recommande les malades au
Seigneur souffrant et glorifié, afin qu'elle adoucisse leurs peines et les
sauve (cf. Jac. 5, 14-16); et même elle les exhorte à s'unir spontanément à la
passion et à la mort du Christ (cf. Rom. 8, 17; Col. 1, 24; II Tim. 2, 11-12; I
Petr. 4, 13), pour contribuer ainsi au bien du Peuple de Dieu. En outre, les
fidèles .revêtus d'un Ordre sacré sont établis au nom du Christ pour paître
l'Église par la parole et la grâce de Dieu. Enfin les époux chrétiens, en vertu
du sacrement de mariage par lequel ils expriment, en y participant, le mystère
d'unité et d'amour fécond entre le Christ et l'Église (cf. Eph. 5, 32),
s'aident réciproquement afin de parvenir à la sainteté dans la vie conjugale
comme dans l'acceptation et l'éducation des enfants. Ils ont ainsi, dans leur
état de vie et dans leur fonction, un don qui leur est propre au sein du Peuple
de Dieu (7). De cette union, en effet, procède la famille, où naissent les
nouveaux citoyens de la société humaine qui, par la grâce de l'Esprit-Saint, en
vue de perpétuer le Peuple de Dieu à travers les siècles, deviennent par le
baptême enfants de Dieu. Dans ce qu'on pourrait appeler l'Église domestique,
les parents doivent par la parole et par l'exemple être les premiers à faire
connaître la foi à leurs enfants et ils doivent cultiver la vocation de chacun
d'entre eux, spécialement la sainte vocation.
Munis de tant de moyens de salut si admirables, les fidèles, quels que soient
leur état et leur condition, sont appelés par le Seigneur, chacun en suivant sa
voie personnelle, à la perfection de cette sainteté dont le Père jouit en
plénitude.
12. [Le sens de la foi et les charismes dans le peuple chrétien]
Le Peuple saint de Dieu a part également à la fonction prophétique du Christ,
en rendant un vivant témoignage à son endroit, avant tout par une vie de foi et
de charité et en offrant à Dieu un sacrifice de louange, c'est-à-dire le fruit
de lèvres qui confessent son nom (cf. Hébr. 13, 15). L'ensemble des fidèles qui
ont reçu l'onction du Saint (cf. I Jn 2, 20 et 27) ne peut pas errer dans la
foi; et il manifeste cette prérogative au moyen du sens surnaturel de la foi
commun à tout le peuple, lorsque "depuis les évêques jusqu'au dernier des
fidèles laïcs" (8), il fait entendre son accord universel dans les
domaines de la foi et de la morale. C'est, en effet, dans ce sens de la foi
éveillé et nourri par l'Esprit de vérité que le Peuple de Dieu, fidèlement
soumis à la conduite du magistère sacré, accueille vraiment non pas une parole
humaine mais la parole de Dieu (cf. I Thess. 2, 13), qu'il adhère
indéfectiblement "à la foi qui fut une fois pour toutes transmise aux
saints" (Jude 3), qu'il approfondit correctement cette même foi et la met
plus pleinement en œuvre.
En outre, le même Esprit-Saint non seulement sanctifie le Peuple de Dieu, le
conduit et l'orne de vertus au moyen des sacrements et des ministères mais,
"en distribuant à chacun ses dons comme il lui plaît" (I Cor. 12,
11), il dispense également, parmi les fidèles de tout ordre, des grâces
spéciales qui les habilitent à assumer des activités et des services divers,
utiles au renouvellement et à l'expansion de l'Église, suivant ces paroles:
"A chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun"
(I Cor. 12, 7). Ces charismes, qu'ils soient extraordinaires ou plus simples et
plus répandus, sont ordonnés et adaptés d'abord aux besoins de l'Église: ils
doivent donc être accueillis avec gratitude et joie spirituelle. Cependant, il
ne faut pas demander imprudemment les dons extraordinaires, pas plus qu'il ne
faut en attendre présomptueusement les fruits des travaux apostoliques. C'est à
l'autorité ecclésiastique qu'il appartient de juger de l'authenticité et de la
mise en œuvre de ces dons; et c'est aussi à elle qu'il appartient spécialement
de ne pas éteindre l'Esprit, mais de tout examiner et de retenir ce qui est bon
(cf. I Thess. 5, 12 et 19-21).
13. [L'universalité ou "catholicité" de l'unique Peuple de Dieu]
Tous les hommes sont appelés à former le nouveau Peuple de Dieu. En
conséquence, ce peuple doit, sans cesser d'être un et unique, s'étendre au
monde entier et en tous les siècles afin que s'accomplisse le dessein de Dieu,
qui au commencement créa la nature humaine une et voulut ensuite rassembler en
un seul corps ses enfants dispersés (cf. Jn 11, 52). A cette fin, Dieu envoya
son Fils, qu'il constitua héritier de toutes choses (cf. Hébr. 1, 2), pour être
Maître, Roi et Prêtre de l'univers, Chef du peuple nouveau et universel des
fils de Dieu. A cette fin aussi Dieu envoya l'Esprit de son Fils, Seigneur et
Vivificateur, qui est, pour toute l'Église et pour chacun des croyants,
principe de réunion et d'unité dus l'enseignement des Apôtres, dans la
communion, dans la fraction du pain et les prières (of. Act. 2, 42 gr.).
En toutes les nations de la terre subsiste l'unique Peuple de Dieu, puisque
c'est de toutes les nations qu'il tire ses membres, citoyens d'un Royaume dont
le caractère n'est pas terrestre, mais bien céleste. Car tous les fidèles épars
à travers le monde sont en communion les uns avec les autres dans
l'Esprit-Saint, et ainsi "celui qui habite à Rome sait que les Indiens
sont ses membres" (9). Mais comme le Royaume du Christ n'est pas de ce
monde (cf. Jn 18, 36), l'Église, Peuple de Dieu, en introduisant ce Royaume,
n'enlève rien au bien temporel des peuples, quels qu'ils soient; au contraire,
elle favorise et assume, dans la mesure où ces choses sont bonnes, les talents,
les richesses, les coutumes des peuples et, en les assumant, les purifie, les
renforce et les élève. Elle sait, en effet, qu'il lui faut resserrer ses rangs
autour de ce Rois, car c'est à lui que les nations ont été données en héritage
(cf. Ps. 2, 8), vers son royaume qu'afflueront richesses et présents (cf. Ps.
71/72, 10; Is. 60, 4-7; Apoc. 21, 24). Ce caractère d'universalité qui
distingue le Peuple de Dieu est un don du Seigneur lui-même qui porte l'Église
catholique à s'employer efficacement et sans arrêt à rassembler toute
l'humanité et la totalité de ses biens sous le Christ Chef, en l'unité de son
Esprit (10).
Grâce à cette universalité, chaque élément apporte aux autres et à toute
l'Église ses propres dons; en sorte que le tout, comme chaque partie, profite
du fait que tous communiquent entre eux et travaillent dans l'unité et sans
restriction à la perfection de l'ensemble. En conséquence, le Peuple de Dieu
non seulement se rassemble à partir de divers peuples, mais il se compose en
lui-même de catégories différentes. Il existe, en effet, entre ses membres une diversité,
soit dans les charges (certains membres remplissant une fonction sacrée en vue
du bien de leurs frères), soit encore dans l'état de vie et l'orientation,
alors que plusieurs, vivant dans l'état religieux, tendent à la sainteté par
une voie plus rigoureuse et stimulent leurs frères par leur exemple. De là
vient aussi l'existence légitime, dans la communion ecclésiastique, des Églises
particulières qui jouissent de traditions propres, sans préjudice du primat de
la Chaire de Pierre qui préside à toute l'assemblée de la charité (11), qui
protège les légitimes diversités et, en même temps, veille à ce que les
différences ne nuisent point à l'unité, mais la servent. De là enfin découle
l'existence, entre les éléments qui composent l'Église, des liens d'une union
intime en ce qui concerne les biens spirituels, les ouvriers apostoliques et
les ressources matérielles. Car les membres du Peuple de Dieu sont appelés à se
donner les uns aux autres de leurs biens; et même il faut appliquer à chacune
des Églises ces paroles de l'Apôtre: "Que chacun mette au service des
autres les dons qu'il a reçus, comme de bons dispensateurs de la grâce divine
qui est si variée" (I Petr. 4, 10).
Tous les hommes sont appelés à cette unité catholique du Peuple de Dieu, unité
qui annonce et promeut la paix universelle; et c'est à cette même unité qu'ont
rapport, c'est à elle que sont ordonnés -- et cela de façons diverses -- soit
les fidèles catholiques, soit les autres qui ont foi dans le Christ, soit enfin
l'universalité des hommes, appelés au salut par la grâce de Dieu.
14. [Les fidèles catholiques]
Le saint Concile .s'adresse donc avant tout aux fidèles catholiques. Il
enseigne, pourtant, en s'appuyant sur la Sainte Écriture et la Tradition, que
cette Église voyageuse est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est
Médiateur et voie du salut, lui qui se rend présent pour nous dans son Corps,
qui est l'Église. Enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême
(cf. Me 16, 16; Jn 3, 5) le Christ lui-même a du même coup affirmé la nécessité
de l'Église, dans laquelle on est introduit par le baptême comme par une porte.
Aussi ne pourraient-ils pas être sauvés, ceux qui, sans ignorer que Dieu, par
Jésus-Christ, a établi l'Église catholique comme nécessaire, refuseraient
cependant d'y entrer ou de demeurer en elle.
Sont pleinement incorporés à la communauté ecclésiale ceux qui, possédant
l'Esprit du Christ, acceptent toute son économie et tous les moyens de salut
établis en elle et sont, par les liens de la profession de foi, des sacrements,
de la direction et de la communion ecclésiastiques, unis dans ce même ensemble
visible de l'Église, avec le Christ qui la régit par le souverain Pontife et
les évêques. D'autre part, n'est pas sauvé, même s'il est incorporé à l'Église,
celui qui, faute de persévérer dans la charité, demeure dans le sein de
l'Église "de corps ". mais non pas " de cœur" (12). Au
surplus, tous les fils de l'Église se rappelleront qu'ils ne doivent pas
attribuer leur condition privilégiée à leurs propres mérites, mais à une grâce
spéciale du Christ; et que, s'ils n'y correspondent pas dans leurs pensées,
leurs paroles et leurs actes, bien loin d'être sauvés, ils seront jugés plus
sévèrement (13).
Les catéchumènes qui, sous la motion de Esprit-Saint, veulent expressément être
incorporés à l'Église, lui sont unis par ce désir même, et la Mère Église les
entoure déjà de son amour et de ses soins.
15. [Les liens de l'Église avec les chrétiens non catholiques]
Avec ceux qui, baptisés, s'honorent du nom de chrétiens, mais ne professent pas
intégralement la foi ou ne conservent pas l'unité de la communion avec le
successeur de Pierre, l'Église se sait unie par de multiples rapports (14).
Beaucoup, en effet, vénèrent la sainte Écriture comme norme de foi et de vie;
ils manifestent aussi un authentique zèle religieux, croient avec amour en Dieu
le Père tout-puissant et dans le Christ, Fils de Dieu Sauveur (15), sont
marqués par le baptême, qui les unit au Christ et, en outre, reconnaissent et
acceptent d'autres sacrements dans leurs propres Églises ou communautés.
Plusieurs parmi eux ont aussi l'épiscopat, célèbrent la sainte Eucharistie et
cultivent la dévotion envers la Vierge Mère de Dieu (16). A cela s'ajoute la
communion par la prière et d'autres bienfaits spirituels; et même une union
réelle dans l'Esprit-Saint, car l'Esprit agit également en eux par ses dons et
ses grâces, avec sa puissance sanctificatrice; et il a donné à certains d'entre
eux une vertu qui les a fortifiés jusqu'à l'effusion de leur sang. Ainsi
l'Esprit éveille-t-il en tous les disciples du Christ le désir et oriente-t-il
leur activité afin que tous s'unissent pacifiquement, de la manière que le
Christ a fixée, en un seul troupeau et sous un seul Pasteur (17). Et pour
obtenir cette unité la Mère Église ne cesse de prier, d'espérer et d'agir. Elle
exhorte ses fils à se purifier et à se renouveler, afin que l'image du Christ
resplendisse, plus nette, sur le visage de l'Église.
16. [Les non-chrétiens]
Enfin, ceux qui n'ont pas encore reçu l'Évangile sont ordonnés de façons
diverses au Peuple de Dieu (18). Et d'abord, le peuple qui reçut les alliances
et les promesses et dont le Christ est né selon la chair (cf. Rom. 9, 4-5);
peuple élu de Dieu et qui lui est très cher en raison de ses ancêtres, car les
dons et la vocation de Dieu sont sans repentance (Rom. 11, 28-29). Mais le
dessein de salut englobe aussi ceux qui reconnaissent le Créateur, et parmi
eux, d'abord, les Musulmans qui, en déclarant qu'ils gardent la foi d'Abraham,
adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, qui jugera les hommes au
dernier jour. Quant à ceux qui cherchent le Dieu inconnu sous les ombres et les
figures, Dieu lui-même n'est pas loin d'eux non plus, puisqu'il donne à tous la
vie, le souffle et toutes choses (cf. Act. 17, 25-28), et que le Sauveur veut
le salut de tous les hommes (cf. I Tim. 2, 4). En effet ceux qui, sans faute de
leur part, ignorent l'Évangile du Christ et son Église et cependant cherchent
Dieu d'un cœur sincère et qui, sous l'influence de la grâce, s'efforcent
d'accomplir dans leurs actes sa volonté qu'ils connaissent par les injonctions
de leur conscience, ceux-là aussi peuvent obtenir le salut éternel (19). Et la
divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires au salut à ceux qui ne
sont pas encore parvenus, sans qu'il y ait de leur faute, à la connaissance
claire de Dieu et s'efforcent, avec l'aide de la grâce divine, de mener une vie
droite. En effet, tout ce que l'on trouve chez eux de bon et de vrai, l'Église
le considère comme un terrain propice à l'Évangile (20) et un don de Celui qui
éclaire tout homme, pour qu'il obtienne finalement la vie. Mais bien souvent
les hommes, trompés par le Malin, se sont abandonnés à la vanité de leurs
pensées et ont échangé la vérité divine pour le mensonge, en servant la
créature à la place du Créateur (cf. Rom. 1, 21 et 25). Ou encore, en vivant et
mourant sans Dieu en ce monde, ils s'exposent au plus grand désespoir. Aussi,
en vue de promouvoir la gloire de Dieu et le salut de tous ces hommes, l'Église,
se souvenant du commandement du Seigneur qui dit: "Prêchez l'Évangile à
toute créature" (Mc 16, 15), s'emploie-t-elle avec sollicitude à
développer les missions.
17. [Le caractère missionnaire de l'Église]
En effet, le Fils, comme il a été envoyé par le Père, a lui-même envoyé les
Apôtres (cf. Jn 20, 21) en disant: "Allez donc, faites de toutes les
nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du
Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici
que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à ta fin du monde" (Mt. 28,
19-20). Et ce mandat solennel d'annoncer la vérité qui sauve, l'Église l'a reçu
des Apôtres pour qu'elle l'accomplisse jusqu'aux extrémités de la terre (cf.
Act. 1, 8). Dès lors, elle fait siennes les paroles de l'Apôtre:
"Malheur....à moi, si je n'évangélise pas" (I Cor. 9, 16) et elle
continue sans répit à envoyer des missionnaires jusqu'à ce que les nouvelles
Églises soient pleinement établies et qu'elles poursuivent à leur tour l'œuvre
de l'évangélisation. En effet l'Esprit-Saint la pousse à travailler à la pleine
réalisation du dessein de Dieu, qui a établi le Christ comme principe de salut
pour le monde entier. En prêchant l'Évangile, l'Église attire à la foi ceux qui
l'écoutent, elle les incite à professer cette foi, elle les dispose au baptême,
les arrache à l'esclavage de l'erreur et les incorpore au Christ, afin que par
la charité ils croissent en lui jusqu'à la plénitude. Par son activité, elle
fait en sorte que toute trace de bien, quelle qu'elle soit, présente dans le
cœur et la pensée des hommes, dans leurs rites et leurs cultures, non seulement
ne périsse pas, mais soit, au contraire, purifiée, élevée et portée à la
perfection pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur .de
l'homme. A chacun des disciples du Christ incombe, pour sa part, la charge de
jeter la semence de la foi (21). Mais si tout croyant peut baptiser, il
appartient cependant au prêtre de parfaire l'édification du Corps par le
sacrifice eucharistique, accomplissant ainsi ce que Dieu a dit par le prophète:
"Du levant au couchant mon nom est grand parmi .les Nations et en tout
lieu un sacrifice et une offrande pure sont offerts à mon nom" (22_ (Mal.
1, 11).
C'est ainsi que l'Église prie et travaille tout ensemble, afin que le monde
tout entier devienne le Peuple de Dieu, le Corps du Seigneur et le Temple de
l'Esprit-Saint; et que dans le Christ, Chef de tous les êtres, tout honneur et
toute gloire soient rendus au Créateur et Père de toutes choses.
1. Cf. S. Cyprianus, Epist. 69, 6: PL 3, 1142 B;
Hartel 3 B, p. 754: " inseparabile unitatis sacramentum ".
2. Cf. Pius XII, Alloc. Magnificate Dominum, 2 nov. 1954: AAS 46 (1954) p. 669.
Litt. Encycl. Mediator Dei. 20 nov. 1947: AAS 39 (1947) p. 555.
3. Cf. Pius XI, Litt. Encycl. Miserentissimus Redemptor, 8 mai 1928: AAS 20
(1928) p. 171 s. Pius XII, Alloc. Vous nous avez, 22 septembre 1956: AAS 48
(1956) p. 714.
4. Cf. S. Thomas. Summa Theol. III, q. 63, a. 2.
5. Cf. S. Cyrillus Hieros., Catech. 17. de Spiritu Sancto. II. 35-37: PG 33,
1009-1012. Nic. Cabasilas, De vita in Christo. lib. III, de utilitate
chrismatis: PG 150, 569-580. S. Thomas, Summa Theol. III, q. 65, a. 3 et q. 72,
a. I et 5..
6. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Mediator Dei, 20 nov. 1947: AAS 39 (1947),
spécialement p. 552 s.
7. I Cor. 7, 7: " Unusquisque proprium donum (idion charisma) habet ex
Deo: alius quidem sic, alius vero sic ". Cf. S. Augustinus, De Dono
Persev. 14, 37: PL 45, 1015 s.: " Non tantum continentia Dei donum est,
sed coniugatorum etiam castitas ".
8. Cf. s. Augustinus, De Praed. Sanct. 14. 27: PL 44. 980.
9. Cf. S. Io. Chrysostomus. In 1o. Hom. 65, I: PG 59, 361.
10. Cf. S. Irenaeus, Adv. Haer. III, 16, 6; III, 22, 1-3: PG 7, 925C-926A et
955C-958A; Harvey 2, 87 s. et 120-123; Sagnard, Ed. Sources Chrét.. pp. 290-292
et 372 ss.
11. Cf. s. Ignatius M., Ad Rom., Praef.: Ed. Funk, I. p. 252.
12. Cf. S. Augustinus, Bapt. c. Donat. V, 28, 39: PL 43, 197: " Certe
manifestum est, id quod dicitur, in Ecclesia intus et foris, in corde, non in
corpore cogitandum ". Cf. ib., III, 19, 26: col. 152; V, 18, 24: col. 189;
In Io. Tr. 61, 2: PL 35, 1800, et souvent ailleurs.
13. Cf. Lc 12, 48: " Omni autem, cul multum datum est, multum quaeretur ab
eo ". Cf. aussi Mt. 5, 19-20; 7, 21-22; 25, 41-46; Iac. 2, 14.
14. Cf. Leo XIII, Epist. Apost. Praeclara gratulationis, 20 juin 1894; .4SS 26
(1893-94) p. 707.
15. Cf. Leo XIII, Epist. Encycl. Satis cognitum, 29 juin 1896; ASS 28 (1895-96)
p. 738. Epist. Encycl. Caritatis studium, 25 juillet 1898: ASS 31 (1898-99) p.
11. Pius XII, Radiomessage Nell'Alba, 24 décembre 1941: ASS 34 (1942) p. 21.
16. Cf. Pius XI, Litt. Encycl. Rerum Orientalium, 8 sept. 1928: AAS 20 (1928)
p. 287. Pius XII, Litt. Encycl. Orientalis Ecclesiae, 9 avr. 1944: AAS 36
(1944) p. 137.
17. Cf. lnstr. S.S.C.S. Officii, 20 déc. 1949: AAS 42 (1950) p. 142.
18. Cf. S. Thomas, Summa Theol. III, q. 8, a. 3, ad 1.
19. Cf. Epist. S.S.C.S. Officii ad Archiep. Boston.: Denz. 3869-72.
20. Cf. Eusebius Caes., Praeparatio Evangelica, 1, I: PG 21, 28 AB.
21. Cf. Benedictus XV, Epist. Apost. Maximum illud: AAS 11 (1919) p. 440,
spécialement p. 451 ss. Pius XI, Litt. Encycl. Rerum Ecclesiae: AAS 18 (1926)
p. 68-69. Plus XII, Litt. Encycl. Fidei Donum, 21 avr. 1957: AAS 49 (1957) pp.
236-237.
22. Cf. Didachè, 14: ed. Funk, I, p. 32. S. Iustinus, Dial. 41: PG 6, 564. S.
Irenaeus, Adv. Haer. IV, 17, 5; PG 7, 1023; Harvey, 2, p. 199 s. Cone. Trial.
Sess.22. cap. 1: Denz. 939 (1742).
CHAPITRE III
LA CONSTITUTION HIÉRARCHIQUE DE L'ÉGLISE
ET, EN PARTICULIER, L'ÉPISCOPAT
18. [Introduction]
Le Christ Seigneur, pour paître et accroître toujours davantage le Peuple de
Dieu, a établi dans son Église divers ministères qui tendent au bien de tout le
Corps. En effet, les ministres qui sont revêtus d'un pouvoir sacré servent
leurs frères, afin que tous ceux qui appartiennent au Peuple de Dieu et qui,
par conséquent, ont vraiment la dignité de chrétiens tendent librement et de
façon ordonnée vers le même but et parviennent au salut.
Ce saint Synode, à l'exemple du Concile Vatican I, enseigne avec lui et déclare
que Jésus-Christ, Pasteur éternel, a édifié la sainte Église en envoyant les
Apôtres comme lui-même avait été envoyé par le Père (cf. Jn 20, 21), et a voulu
que leurs successeurs, c'est-à-dire les évêques, fussent dans son Église
pasteurs jusqu'à la fin des siècles. Et afin que l'épiscopat lui-même fût un et
sans fissure, il a mis à la tête des autres Apôtres le bienheureux Pierre qu'il
a établi comme principe et fondement perpétuel autant que visible de l'unité de
la foi et de la communion (1). Cette doctrine de l'institution, de la
perpétuité, de la valeur et de la raison de la sacrée primauté du Pontife
romain et de son infaillible magistère, le saint Concile la propose de nouveau
à tous les fidèles pour qu'elle soit crue fermement; et poursuivant le même
dessein, il a décidé de professer et de proclamer publiquement la doctrine
concernant les évêques, successeurs des Apôtres, lesquels, avec le successeur
de Pierre, Vicaire du Christ (2) et Chef visible de toute l'Église, gouvernent
la maison du Dieu vivant.
19. [L'institution des Douze]
Le Seigneur Jésus, après avoir prié le Père, appela à lui ceux qu'il voulut et
en nomma douze qu'il prendrait avec lui et qu'il enverrait prêcher le Royaume
de Dieu (cf. Mc 3, 13-19; Mt. 10, 42); et ces Apôtres (cf. Lc 6, 13) il les
constitua en collège ou corps stable, à la tête duquel il mit Pierre, choisi
parmi eux (cf. Jn 21, 15-17). Il les envoya d'abord aux fils d'Israël et puis à
toutes les nations (cf. Rom. I, 16) afin que, revêtus de son autorité, ils
fassent de tous les peuples ses disciples, les sanctifient et les gouvernent
(cf. Mt. 28, 16-20; Mc 16, 15; Lc 24, 45-48; Jn 20, 21-23), et qu'ainsi ils
propagent l'Église et, sous la conduite du Seigneur, en soient les ministres et
les pasteurs, tous les jours jusqu'à la fin du monde (cf. Mt. 28, 20). Et ils
furent pleinement confirmés dans cette mission le jour de la Pentecôte (cf.
Act. 2, 1-36) selon la promesse du Seigneur: "Vous recevrez une force,
celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous, et vous serez mes témoins à
Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, jusqu'aux extrémités de la
terre" (Act. 1, 8). Les Apôtres, donc, prêchaient partout l'Évangile (cf.
Mc 16, 20), qui fut accueilli par les auditeurs sous la motion du Saint-Esprit,
rassemblèrent l'Église universelle que le Seigneur avait fondée dans les
Apôtres et qu'il avait édifiée sur le bienheureux Pierre, leur chef,
Jésus-Christ étant lui-même la suprême pierre angulaire (3) (cf. Apoc. 21, 14;
Mt. 16, 18; Eph. 2, 20).
20. [Les évêques successeurs des Apôtres]
La mission divine confiée par le Christ aux Apôtres durera jusqu'à la fin des
siècles (cf. Mt. 28, 20), puisque l'Évangile qu'ils doivent prêcher est de tout
temps pour l'Église le principe de sa vie entière. C'est pourquoi les Apôtres,
dans cette société hiérarchiquement organisée, eurent soin de se donner des
successeurs.
En effet, non seulement ils eurent divers collaborateurs dans leur ministère
(4), mais pour que la mission qui leur avait été confiée pût continuer après
leur mort, ils laissèrent pour ainsi dire en testament à leurs collaborateurs
immédiats la charge de compléter et de consolider l'œuvre commencée par eux
(5), en leur recommandant de veiller sur tout le troupeau au milieu duquel le
Saint-Esprit les avait placés pour paître l'Église de Dieu (cf. Act. 20, 28).
C'est pourquoi ils choisirent ces hommes et prirent ensuite des dispositions
pour que, après leur mort, d'autres hommes éprouvés prennent leur place (6).
Parmi les divers ministères qui dès 1e début s'exercent dans l'Église, le
témoignage de la tradition accorde la première place à ceux qui, établis dans
l'épiscopat par une succession ininterrompue depuis l'origine (7), sont la
lignée issue de la souche apostolique (8). Ainsi, comme l'atteste saint Irénée,
par l'intermédiaire de ceux que les Apôtres consacrèrent évêques et de leurs
successeurs jusqu'à nous, la tradition apostolique est manifestée (9) et
conservée (10) dans tout l'univers.
Les évêques assumèrent donne la charge de la communauté avec leurs
collaborateurs, les prêtres et les diacres (11), et dirigèrent à la place de
Dieu le troupeau (12) dont ils étaient les pasteurs, et cela comme maîtres de
doctrine, prêtres du culte sacré, ministres du gouvernement de l'Église (13).
De même donc que se perpétue la mission concédée en particulier par le Seigneur
à Pierre, le premier des Apôtres, mission qui devait se transmettre à ses
successeurs, ainsi se perpétue également la charge qu'avaient les Apôtres de
paître l'Église, charge qui doit s'exercer perpétuellement par l'ordre sacré
des évêques (14). Ainsi donc le saint Concile enseigne-t-il que les évêques, de
par l'institution divine, ont occupé, dans la succession, la place des Apôtres
(15) en tant que pasteurs de l'Église; et que quiconque les écoute, écoute le
Christ, quiconque les méprise, méprise Ie Christ et Celui qui a envoyé le
Christ (16) (cf. Lc 10, 16).
21. [La sacramentalité de l'épiscopat]
En la personne des évêques qu'assistent les prêtres, le Seigneur Jésus-Christ,
Pontife Suprême, est donc présent au milieu de ses fidèles. Assis en effet à la
droite du Père il ne cesse pas d'être présent au sein de la communauté de ses
pontifes (17). Et d'abord, par merveilleux truchement des évêques, il adresse à
tous les peuples la parole de Dieu, et il administre continuellement aux
croyants les sacrements de la foi; grâce à leur paternelle sollicitude (cf. I
Cor. 4, 15) il incorpore de nouveaux membres à son Corps au moyen de la
régénération surnaturelle; et enfin, par leur sagesse et leur prudence, il
dirige et prépare le Peuple du Nouveau Testament dans sa marche vers
l'éternelle béatitude. Ces pasteurs, choisis pour paître le troupeau du
Seigneur, sont les ministres du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu
(cf. I Cor. 4, 1); c'est à eux qu'ont été confiés témoignage à rendre à
l'Évangile de la grâce divine (cf. Rom. 15, 16;] Act. 20, 24) et le glorieux
ministère de l'Esprit et de la justice (cf. II Cor. 3, 8-9).
Pour remplir une si haute charge, les Apôtres ont été enrichis par le Christ
des trésors de l'Esprit-Saint, qui descendit sur eux (cf. Act I, 8; 2, 4; Jn
20, 22-23). Par l'imposition des mains ils conférèrent eux-mêmes ce don
spirituel à leurs collaborateurs (cf. I Tim. 4, 14 II Tim. 1, 6-7), don qui a
été transmis jusqu'à nous dans la consécration épiscopale (18). Le saint
Concile enseigne d'autre part que cette consécration épiscopale confère la
plénitude du sacrement de l'Ordre que la coutume liturgique de l'Église et la
voix des saints Pères appellent sacerdoce suprême, résumé du ministère sacré
(19). La consécration épiscopale confère aussi, avec la charge de sanctifier,
celle d'enseigner et de gouverner; cependant. de par leur nature, ces charges
ne peuvent être exercées que dans la communion hiérarchique avec le Chef et les
membres du Collège. De la Tradition, en effet, telle qu'elle résulte
spécialement des rites liturgiques et des usages de l'Église tant d'Orient que
d'Occident, il ressort clairement que, par l'imposition des mains et par les
paroles de la consécration, la grâce de l'Esprit-Saint est conférée (20), et le
caractère sacré imprimé (21), et de telle sorte que les évêques tiennent, de
façon éminente et visible, la place du Christ lui-même, Maître, Pasteur et
Pontife, et agissent à sa place (22). Il appartient aux évêques d'incorporer,
par le sacrement de l'Ordre, les nouveaux élus dans le corps épiscopal.
22. [Le collège épiscopal et son chef]
C'est par une semblable disposition que saint Pierre et les autres Apôtres
constituent, par ordre du Seigneur, un seul Collège apostolique, et que le
Pontife romain, successeur de Pierre, et les évêques, successeurs des Apôtres,
sont unis entre eux. Déjà la règle très ancienne selon laquelle les évêques du
monde entier communiaient entre eux et avec l'Évêque de Rome dans le lien de
l'unité, de la charité et de la paix (23), et aussi les conciles rassemblés
(24) pour statuer en commun (25), après mûre délibération (26), sur certains
points de grande importance, indiquent le caractère et la nature collégiale de
l'ordre épiscopal que, d'ailleurs, les Conciles œcuméniques réunis au cours des
siècles confirment jusqu'à l'évidence. C'est ce même caractère que révèle déjà
l'usage, introduit très tôt, de convoquer plusieurs évêques pour les faire participer
à l'élévation du nouvel élu au ministère du sacerdoce suprême. On est constitué
membre du Corps épiscopal en vertu de la consécration sacramentelle et par la
communion hiérarchique avec le Chef du Collège et avec les membres.
Le Collège ou corps épiscopal n'a cependant d'autorité que si on le conçoit
comme uni à son chef le Pontife romain, successeur de Pierre, lequel conserve
intégralement sa primauté sur tous, tant pasteurs que fidèles. En effet, le
Pontife romain, en vertu de son office qui est celui de Vicaire du Christ et de
Pasteur de toute l'Église, a sur celle-ci un pouvoir plénier, suprême et
universel, qu'il peut toujours exercer en toute liberté. D'autre part, l'ordre
des évêques, qui succède au collège des Apôtres dans le magistère et le gouvernement
pastoral, en qui même se perpétue le corps apostolique, uni à son Chef le
Pontife romain, et jamais sans ce Chef, est également sujet du pouvoir suprême
et plénier sur toute l'Église (27), pouvoir qui ne peut être exercé qu'avec le
consentement du Pontife romain. C'est le seul Simon que le Seigneur a établi
comme rocher et porteur des clefs de l'Église (cf. Mt. 16, 18-19) et qu'il a
fait pasteur de tout son troupeau (cf. Jn 21, 15 ss); mais la charge de lier et
de délier qui a été confiée à Pierre (MI. 16, 19), on la voit également
impartie au collège des Apôtres uni à son chef (28) (cf. Mi. 18, 18; 28,
16-20). Ce Collège, en tant qu'il est composé de plusieurs membres, reflète la
variété et l'universalité du Peuple de Dieu; et en tant qu'il est rassemblé
sous un seul chef, il signifie l'unité du troupeau du Christ. C'est à
l'intérieur de ce Collège que les évêques, tout en respectant fidèlement la
primauté et la prééminence de leur Chef, exercent leur propre pouvoir pour le
bien de leurs fidèles et même de toute l'Église, tandis que le Saint-Esprit en
assure constamment la cohésion et la concorde. Le pouvoir suprême que possède
ce Collège sur toute l'Église s'exerce de façon solennelle dans le Concile
œcuménique. Il n'y a aucun Concile œcuménique qui n'ait été confirmé ou du
moins accepté comme tel par le successeur de Pierre; et c'est une prérogative
du Pontife romain de convoquer ces Conciles, de les présider et de les
confirmer (29). Ce même pouvoir collégial peut être exercé, en union avec le Pape,
par les évêques répandus en tous les points du monde
à condition que le chef du collège les appelle à une action collective ou, du
moins, approuve ou accepte librement l'action conjointe des évêques dispersés,
en sorte qu'elle constitue un véritable acte collégial.
23. [Les relations à l'intérieur du collège]
L'unité collégiale apparaît aussi dans les relations réciproques de chaque
évêque avec les Églises particulières et avec l'Église universelle. Le Pontife
romain, comme successeur de Pierre, est le principe perpétuel et visible, le
fondement de l'unité tant des évêques que de la masse des fidèles (30). Chaque
évêque, de son côté, est le principe visible et le fondement de l'unité de son
Église particulière (31), formée à l'image de l'Église universelle; et c'est
dans toutes ces Églises particulières et par elles qu'est constituée l'Église
catholique, une et unique (32). Par conséquent chaque évêque représente sa
propre Église et tous ensemble avec le Pape représentent l'Église entière dans
le lien de la paix, de l'amour et de l'unité.
Chaque évêque, préposé à une Église particulière, exerce son gouvernement
pastoral sur la portion du Peuple de Dieu qui lui a été confiée et non sur les
autres Églises ni sur l'Église universelle. Mais, en tant que membres du
Collège épiscopal et successeurs légitimes des Apôtres, tous les évêques sont
tenus, par une disposition et un commandement du Christ, d'avoir pour toute
l'Église (33) une sollicitude qui, sans s'exercer par un acte de juridiction,
contribue considérablement au bien de l'Église universelle. Tous les évêques,
en effet, doivent promouvoir et défendre l'unité de la foi et la discipline
commune à toute l'Église, inculquer aux fidèles l'amour de tout le Corps
mystique du Christ, particulièrement des membres pauvres et souffrants, l'amour
de ceux qui sont persécutés pour la justice (cf. Mt. 5, 10); et ,enfin,
promouvoir toute activité commune à l'Église entière, spécialement celle qui
tend à accroître la foi et à faire briller aux yeux de tous les hommes la
lumière de la pleine vérité. Du reste, il est certain qu'en gouvernant bien
leur propre Église comme portion de l'Église universelle ils contribuent
eux-mêmes efficacement au bien de tout le corps mystique, qui est également le
corps des Églises (34).
Le soin d'annoncer l'Évangile dans tous les coins du monde incombe au corps des
pasteurs: c'est à lui que le Christ en donna l'ordre, lui imposant une charge
commune, comme déjà le Pape Célestin le soulignait devant les Pères du Concile
d'Éphèse (35). Chaque évêque donc, pour autant que le permet l'accomplissement
de sa charge particulière, est tenu de collaborer avec ses semblables et avec
le successeur de Pierre, auquel tout spécialement fut confiée la charge suprême
de propager le nom chrétien (36). De toutes leurs forces les évêques doivent
procurer aux missions, non seulement des ouvriers, mais aussi les secours
spirituels et matériels aussi bien directement par eux-mêmes qu'en suscitant de
la part des fidèles une fervente coopération. Enfin, dans une universelle
communion de charité, ils doivent offrir volontiers leur aide fraternelle aux
autres Églises, principalement aux Églises limitrophes et aux plus pauvres,
suivant en cela l'exemple vénérable de l'antiquité.
Par la grâce de la divine Providence, il est advenu que diverses Églises
fondées en différents lieux par les Apôtres et leurs successeurs se sont
constituées à travers les siècles en des groupements variés, unis en un tout
organique. Tout en sauvegardant l'unité de la foi et de la structure divinement
instituée de l'Église universelle, ces Églises jouissent d'une discipline
propre, d'une coutume liturgique particulière, d'un patrimoine théologique et
spirituel qui est le leur. Certaines d'entre elles, surtout les anciennes
Églises patriarcales, telles des souches de la foi, en ont suscité d'autres qui
sont comme leurs filles et avec lesquelles elles restent liées jusqu'à nos
jours par un tien plus étroit de charité, dans la vie sacramentelle et dans le
respect réciproque des droits et des devoirs (37). Cette variété d'Églises
locales convergeant dans l'unité démontre avec plus d'évidence la catholicité
de l'Église indivisible. Pareillement les Conférences épiscopales peuvent
aujourd'hui contribuer de façon multiple et efficace à aiguiller le sentiment
collégial vers des réalisations concrètes.
24. [Le ministère épiscopal]
Les évêques, en tant que successeurs des Apôtres, reçoivent du Seigneur, à qui
tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre, la mission d'enseigner à
toutes les nations et de prêcher l'Évangile à toute créature, afin que par la
foi, le baptême et l'observance des commandements, tous les hommes parviennent
au salut (cf. Mt. 28, 18-20; Mc 16, 15-16; Act. 26, 17 s.). A cette fin,
Notre-Seigneur Jésus-Christ promit aux Apôtres le Saint-Esprit qu'au jour de la
Pentecôte il envoya du ciel, afin qu'avec la force de cet Esprit ils soient ses
témoins jusqu'aux extrémités de la terre devant les nations, les peuples et les
rois (cf. Act. 1, 8; 2, 1 ss.; 9, 15). Cette charge que le Seigneur confia aux
pasteurs de son peuple est un véritable service, qui dans les saintes Écritures
est précisément appelé diakonia, c'est-à-dire ministère (cf. Act. 1, 17
et 25; 21.19; Rem. 11, 13; I Tire. 1, 12).
La mission canonique des évêques se transmet au moyen des coutumes légitimes
non révoquées par la suprême et universelle autorité de l'Église, ou encore au
moyen des lois créées ou reconnues par cette même autorité, ou bien directement
par le successeur même de Pierre; et si celui-ci refuse ou dénie la communion
apostolique, les évêques ne pourront pas entrer en charge (38).
25. [La fonction d'enseignement des évêques]
Parmi les principaux devoirs des évêques se distingue la prédication de
l'Évangile (39). Les évêques, en effet, sont les hérauts de la foi qui amènent
au Christ de nouveaux disciples; ce sont des docteurs authentiques, revêtus de
l'autorité du Christ, qui prêchent au peuple commis à leur soin les vérités de
foi à croire et à appliquer dans la pratique de la vie, qui éclairent ces mêmes
vérités à la lumière du Saint-Esprit en tirant du trésor de la Révélation du
neuf et de l'ancien (Mt. 13, 52), qui les font fructifier et veillent à écarter
de leur troupeau les erreurs qui le menacent (cf. II Tim. 4, 1-4). Les évêques
quand ils enseignent en communion avec le Pontife romain, doivent être
respectés par tous comme les témoins de la vérité divine catholique; et les
fidèles doivent accepter l'avis donné par leur évêque au nom de Jésus-Christ en
matière de foi et de morale, et y adhérer avec un respect religieux. Mais cette
soumission religieuse de la volonté et de l'intelligence, on doit tout
particulièrement l'offrir au magistère authentique du Pontife romain, même
quand il ne parle pas ex cathedra, de telle sorte que son suprême magistère soit
respectueusement accepté et qu'avec sincérité l'on adhère aux décisions qui
émanent de lui, selon sa propre pensée et sa volonté manifeste; celles-ci se
manifestent spécialement soit par la nature des documents, soit par de
fréquents retours sur la même doctrine, soit dans la manière même de parler.
Les évêques considérés isolément ne jouissent pas de la prérogative de
l'infaillibilité; cependant, même dispersés à travers le monde et conservant le
lien de la communion entre eux et avec le successeur de Pierre, lorsque dans
leur enseignement authentique concernant des questions de foi et de morale ils
déclarent d'un commun accord qu'il faut soutenir sans hésiter tel point de
doctrine, ils énoncent alors infailliblement l'enseignement du Christ (40). Cela
est encore plus évident lorsque, rassemblés en Concile œcuménique, ils
enseignent et décident pour toute l'Église en matière de foi et de morale; et
on doit adhérer à leurs définitions dans l'obéissance de la foi (41).
Cette infaillibilité, dont le divin Rédempteur voulut que soit pourvue son
Église dans la définition de la doctrine concernant la foi ou les mœurs,
s'étend aussi loin que le contenu de la divine Révélation, qu'il faut garder
avec vénération et exposer fidèlement. Cette infaillibilité, le Pontife romain,
Chef du collège des évêques, la possède en vertu de son office lorsque, en sa
qualité de pasteur et de docteur suprême de tous les fidèles qui confirme dans
la foi ses frères (cf. Lc 22, 32), il proclame, en la définissant, une doctrine
de foi ou de morale (42). Voilà pourquoi ses définitions sont dites à juste
titre irréformables par elles-mêmes et non par suite du consentement de
l'Église; elles sont en effet prononcées avec l'assistance du Saint-Esprit, qui
lui fut promise en la personne du bienheureux Pierre, elles n'ont besoin
d'aucune autre approbation et ne tolèrent aucun appel à une autre instance.
C'est que le Pontife romain se prononce alors non pas à titre privé, mais
expose ou défend la foi catholique comme docteur suprême de l'Église
universelle, en qui réside d'une façon particulière le charisme de
l'infaillibilité de l'Église elle-même (43). L'infaillibilité promise à
l'Église se trouve également dans le corps des évêques, quand il exerce le
magistère suprême avec le successeur de Pierre. Et ces définitions rencontrent
toujours l'assentiment de l'Église, grâce à l'action du même Esprit qui
conserve et fait professer dans l'unité de la foi tout le troupeau du Christ
(44).
Lorsque le Pontife romain ou le corps des évêques avec lui définissent une
vérité, ils l'entendent selon la Révélation elle-même, à laquelle tous doivent
adhérer et se conformer; révélation qui est intégralement transmise par écrit
ou par tradition à travers la légitime succession des évêques et spécialement
par les soins du Pontife romain lui-même, et qui est jalousement conservée et
fidèlement exposée dans l'Église grâce à la lumière dont l'inonde l'Esprit de
vérité (45). Cette recherche et ces enseignements sont l'objet de soins
attentifs de la part du Pape et des évêques, selon que le requièrent les
devoirs de leur charge et l'importance même des vérités en cause (46); ceux-ci
cependant n'acceptent pas de nouvelle révélation publique comme appartenant au
dépôt divin de la foi (47).
26. [La fonction de sanctification des évêques]
L'évêque, revêtu de la plénitude du sacrement de l'Ordre, est "l'économe
de la grâce qui ressortit au suprême sacerdoce" (48) spécialement en ce
qui concerne l'Eucharistie, qu'il offre lui-même ou fait offrir (49), dont
l'Église vit continuellement et par laquelle elle s'accroît. Cette Église du
Christ est vraiment présente dans toutes les communautés locales des fidèles,
légitimement réunies autour de leurs pasteurs et que le Nouveau Testament
lui-même appelle "églises" (50). En effet, là où elles se trouvent,
se trouve aussi le Peuple nouveau appelé par Dieu dans le Saint-Esprit et avec
une pleine assurance (cf. I Thess. 1, 5). C'est en elles que l'annonce de
l'Évangile du Christ rassemble les fidèles, qu'est célébré le mystère de la Cène
du Seigneur "afin que, par la chair et le sang du Seigneur, soient
étroitement unis tous les frères de la communauté" (51). Toute assemblée
eucharistique relevant du ministère sacré de l'évêque (52) est un signe de
cette charité et de cette "unité du Corps mystique, sans laquelle il ne
peut y avoir de salut" (53). Dans ces assemblées souvent petites, pauvres
et éloignées les unes des autres, le Christ est présent, qui, par sa puissance,
rassemble l'Église une, sainte, catholique et apostolique (54). En effet
"la participation au corps et au sang du Christ ne fait rien d'autre que
de nous transformer en ce que nous prenons" (55).
Toute légitime célébration de l'Eucharistie est dirigée par l'évêque, à qui
incombe la charge d'offrir et de régler le culte de la religion chrétienne dû à
la divine Majesté, selon les préceptes du Seigneur et les lois de l'Église,
normes qu'il précise pour son diocèse. selon son propre jugement.
Ainsi les évêques, priant et travaillant pour le peuple, répandent-ils sous
diverses formes et à profusion la plénitude de la sainteté du Christ. Grâce au
ministère de la parole ils font passer dans les croyants la puissance de Dieu
qui apporte le salut (cf. Rom. 1, 16); et au moyen des sacrements, dont ils
déterminent de leur propre autorité l'administration correcte et fructueuse
(56), ils sanctifient les fidèles. Ils règlent l'administration du baptême qui
donne part au sacerdoce royal du Christ. Ils sont les ministres ordinaires de
la confirmation, dispensateurs des ordres sacrés et modérateurs de la
discipline pénitentielle; avec sollicitude, ils exhortent et instruisent leur
peuple afin que dans la liturgie et spécialement dans le saint sacrifice de la
messe celui-ci s'acquitte de sa fonction avec foi et piété. Ils doivent enfin
par l'exemple de leur vie, aider ceux qu'ils conduisent, garder leur conduite
de tout mal et la rendre bonne autant qu'il leur est possible, avec l'aide de
Dieu; ainsi pourront-ils en union avec le troupeau qui leur est confié,
atteindre la vie éternelle (57).
27. [La fonction de gouvernement des évêques]
Les évêques gouvernent les Églises locales qui leur soin confiées en qualité de
vicaires et légats du Christ (58); ils le font par leurs conseils, leurs
paroles persuasives, leurs exemples, mais aussi par des décisions faisant
autorité et par le pouvoir sacré. Ce pouvoir, ils ne s'en servent cependant que
pour élever leur troupeau dans la vérité et dans la sainteté, se rappelant que
quiconque est le plus grand doit se faire le plus petit, et qui est chef, comme
le serviteur (cf. Lc 22, 26-27). Ce pouvoir qu'ils exercent personnellement au
nom du Christ est propre, ordinaire et immédiat, malgré que l'exercice en soit
soumis en dernier ressort à la suprême autorité de l'Église et puisse être
circonscrit en de certaines limites, eu égard au bien de l'Église ou des
fidèles. En vertu de ce pouvoir, les évêques ont le droit sacré et, aux yeux du
Seigneur, la charge de légiférer pour leurs sujets, de juger et de régler tout
ce qui touche au domaine du culte et de l'apostolat.
C'est à eux qu'est pleinement confiée la charge pastorale, c'est-à-dire le soin
habituel et quotidien de leur bercail; et ils ne doivent pas être considérés
comme vicaires des Pontifes romains, car ils sont revêtus d'un pouvoir qui leur
est propre et sont appelés en toute vérité chefs spirituels des peuples qu'ils
gouvernent (59). Leur pouvoir donc n'est pas affaibli mais au contraire
affermi, corroboré et défendu par le pouvoir suprême et universel (60), puisque
le Saint-Esprit conserve indéfectiblement la forme de gouvernement établie par
Notre-Seigneur Jésus-Christ dans son Église.
L'évêque, envoyé par 1e Père pour gouverner sa famille, aura devant les yeux
l'exemple du Bon Pasteur qui est venu non pour être servi mais pour servir (cf.
Mt. 20, 28; Mc 10, 45) et donner sa vie pour ses brebis (cf. Jn 10, 11). Pris
parmi les hommes et sujet aux faiblesses, il peut se montrer indulgent à
l'égard de ceux qui sont dans l'ignorance ou l'erreur (cf. Hébr. 5, 1-2). Il ne
refusera aucunement d'écouter ses sujets, qu'il aimera comme de vrais fils; et
il les exhortera à collaborer activement avec lui. Puisqu'il doit rendre compte
à Dieu de leurs âmes (cf. Hébr. 13, 17), il lui faut, par la prière, la
prédication et toutes les ressources de la charité, prendre soin d'eux et aussi
de ceux qui ne sont pas encore dans l'unique troupeau et qu'il regardera comme
lui étant confiés dans le Seigneur. Puisqu'à l'instar de l'apôtre Paul, il est
débiteur envers tous, il se montrera prompt à annoncer l'Évangile à tous (cf. Rom.
1, 14-15) comme à exhorter ses fidèles à l'activité apostolique et
missionnaire. Les fidèles, de leur côté, doivent adhérer à l'évêque comme
l'Église adhère à Jésus-Christ et Jésus-Christ au Père, afin que toutes les
choses concordent par le moyen de l'unité (61) et fructifient pour la gloire de
Dieu (cf. II Cor. 4. 15).
28. [Les prêtres dans leur relation au Christ, aux évêques, au presbyterium et
au peuple chrétien]
Le Christ, que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde (cf. Jn 10, 36), a
rendu participants de sa consécration et de sa mission les Apôtres et, par eux,
les évêques, leurs successeurs (62); ceux-ci à leur tour ont légitimement
transmis dans l'Église, selon divers degrés et à des sujets différents, la
charge pastorale qui leur incombait. Ainsi le ministère ecclésiastique institué
par Dieu est-il exercé, en divers ordres, par ceux qui déjà dans l'antiquité
sont appelés Évêques, Prêtres, Diacres (63). Les prêtres, bien qu'ils ne
possèdent pas la plénitude du sacerdoce et dépendent des évêques dans
l'exercice de leur pouvoir, leur sont toutefois unis dans la dignité
sacerdotale (64); en vertu du sacrement de l'Ordre (65), ils sont, à l'image du
Christ, Grand Prêtre éternel (cf. Hébr. 5, 1-10; 7, 24; 9, 11-28), consacrés
pour prêcher l'Évangile, paître les fidèles célébrer le culte divin, comme
vrais prêtres du Nouveau Testament (66). Partageant, selon le degré de leur
ministère, la mission de l'unique Médiateur Jésus-Christ (I Tim. 2, 5), ils
annoncent à tous la divine parole. Mais c'est avant tout lors de la synaxe
eucharistique qu'ils exercent leur fonction sacrée; là, tenant la place du
Christ (67) et proclamant son mystère, ils joignent les prières des fidèles au
sacrifice de leur Chef et, dans le sacrifice de la messe, ils rendent présent à
nouveau et appliquent (68) jusqu'à la venue du Sauveur (cf. I Cor. 11, 26)
l'unique sacrifice du Nouveau Testament, celui du Christ, qui s'est offert une
fois pour toutes au Père comme victime immaculée (cf. Hébr. 9, 11-28). Ils
exercent en outre le ministère de la réconciliation et du réconfort auprès des
fidèles repentants ou malades et portent à Dieu le Père les besoins et les
prières des fidèles (cf. Hébr. 5, 1-3). Remplissant selon leur degré l'office
du Christ, Pasteur et Chef (69), ils rassemblent la famille de Dieu en une
fraternité tendant vers un seul but (70); et, par le Christ, dans l'Esprit, ils
la conduisent au Père, qu'au milieu de leur troupeau ils adorent en esprit et
vérité (cf. Jn 4, 24). Ils s'adonnent enfin à la prédication et à l'enseignement
(cf. I Tim. 5, 17), croyant ce qu'ils ont lu et médité dans la loi du Seigneur,
enseignant ce qu'ils ont cru, vivant ce qu'ils ont enseigné (71).
Les prêtres, collaborateurs vigilants de l'épiscopat (72), établis pour l'aider
et lui servir d'organe, appelés à servir le Peuple de Dieu, forment avec leur
évêque un unique corps sacerdotal (73) (presbyterium) réparti, bien sûr, dans
diverses tâches. Dans chacune des communautés locales de fidèles ils rendent
pour ainsi dire présent, par leur fidèle et généreuse collaboration, l'évêque
dont ils assument, chacun pour sa part, les devoirs et les préoccupations en en
faisant l'objet de leur constante sollicitude. Sous l'autorité de l'évêque, ils
sanctifient et gouvernent cette portion du troupeau qui leur est confiée; là où
ils se trouvent, ils rendent visible l'Église universelle et contribuent à
l'édification de tout le Corps mystique du Christ (cf. Eph. 4, 12). Toujours
attentifs au bien des fils de Dieu, ils essaieront d'orienter leur activité
apostolique en fonction d'une pastorale d'ensemble, au niveau du diocèse et
même de toute l'Église. Et en raison de cette participation dans le sacerdoce
et dans le travail apostolique, que les prêtres reconnaissent dans l'évêque
leur père et lui obéissent avec respect. L'évêque, pour sa part, doit
considérer les prêtres, ses collaborateurs, comme des fils et des amis, à
l'instar du Christ qui appelle ses disciples non des serviteurs, mais des amis
(cf. Jn 15, 15). Ainsi, en raison de leur ordre et de leur ministère, tous les
prêtres, tant diocésains que religieux, sont associés au corps épiscopal et,
selon leur vocation et la grâce qui leur est donnée, ils servent au bien de
toute l'Église.
En vertu de l'ordination sacrée qui leur est commune ainsi que par leur mission,
tous les prêtres sont liés entre eux par une grande fraternité, qui doit se
manifester spontanément dans l'entraide spirituelle et matérielle, pastorale et
personnelle, au cours des réunions et dans la communion de vie, de travail et
de charité.
Qu'ils prennent soin, comme des pères dans le Christ, des fidèles qu'ils ont
spirituellement engendrés par le baptême et l'enseignement chrétien (cf. I Cor.
4, 15; I Petr. 1, 23). Se faisant les modèles du troupeau (I Petr. 5, 3) qu'ils
dirigent et servent leur communauté locale en sorte que celle-ci puisse être
dignement appelée du nom dont s'honore l'unique Peuple de Dieu tout entier,
c'est-à-dire Église de Dieu (cf. I Cor. I, 2; II Cor. 1, 1; et passim). Et ils
se rappelleront que, dans leur conduite et leurs occupations quotidiennes, ils
doivent présenter aux fidèles comme aux infidèles, aux catholiques et aux non
catholiques, les traits d'un ministère vraiment sacerdotal et pastoral, rendre
à tous le témoignage de la vérité et de la vie et, comme de bons pasteurs,
rechercher aussi ceux (cf. Lc 15, 4-7) qui, baptisés dans l'Église catholique,
ont abandonné la pratique des sacrements ou même la foi.
De nos jours, l'humanité tend de plus en plus à s'unifier à la fois sur les
plans civil, économique et social; il est donc d'autant plus nécessaire que les
prêtres, mettant en commun leur zèle et leur travail sous l'égide des évêques
et du souverain Pontife, suppriment toute cause de discorde afin que le genre
humain tout entier accède à l'unité de la famille de Dieu.
29. [Les diacres]
Au degré suivant de la hiérarchie se trouvent les diacres qui reçoivent
l'imposition des mains "non en vue du sacerdoce, mais du ministère"
(74). En effet, soutenus par la grâce sacramentelle, de concert avec l'évêque
et son presbyterium, ils servent le Peuple de Dieu dans l'office liturgique, le
ministère de la prédication, les secours de la charité. Il revient au diacre,
après détermination de l'autorité compétente, d'administrer solennellement Le
baptême, de conserver et de distribuer l'Eucharistie, d'assister à un mariage
et de le bénir au nom de l'Église, de porter le Viatique aux moribonds, de lire
la sainte Écriture aux fidèles, d'instruire et d'exhorter le peuple, de
présider le culte et la prière des fidèles, d'administrer les sacramentaux,
d'accomplir les rites des funérailles et de la sépulture. Voués aux œuvres de
charité et d'assistance, les diacres se rappelleront l'avertissement de saint
Polycarpe: "Miséricordieux, empressés, marchant dans la vérité du Seigneur,
qui s'est fait le serviteur de tous" (75).
Aujourd'hui, cependant, ces offices extrêmement nécessaires à la vie de
l'Église, peuvent difficilement s'exercer dans la discipline de l'Église latine
telle qu'elle existe en de nombreuses régions; le diaconat pourra donc à
l'avenir être rétabli comme degré distinct et permanent de la hiérarchie. Il
appartient aux diverses conférences territoriales d'évêques ayant compétence en
la matière de décider, en accord avec le souverain Pontife, s'il est ou non
opportun pour le bien des âmes d'instituer un tel diaconat, et en quel endroit
la chose peut se faire. Avec le consentement du Pontife romain, ce diaconat
pourra être conféré à des hommes d'âge mûr, même s'ils vivent dans le mariage,
et aussi à des jeunes hommes jugés aptes à cette fonction, la loi du célibat
demeurant pour eux en vigueur.
1. Cf. Conc. Val. 1, Sess. IV, Const. Dogm.
Pastor aeternus : Denz. 1821 {3050 s.).
2. Cf. Conc. Flor., Decretum pro Graecis: Denz. 694 (1307) et Conc. Val, I,
ib.: Denz. 1826 (3059).
3. Cf. Liber sacraenentoruen S. Gregorii, Praef. in natali S. Matthiae et S.
Thomae: PL 78, 51 et 152; cf. Cod. Val. lat. 3548, f. 18. S. Hilarius, In Ps.
67, 10: PL 9, 450; CSEL 22, p. 286. S. Hieronymus, Adv. Iovin. 1.26: PL 23,247
A. S. Augustinus, In Ps. 86, 4: PL 37, 1103. S. Gregorius M., Mor. in Iob,
XXVIII, V: PL 76, 455-456. Primasius, Comm. in Apoc. V: PL 68, 924 BC.
Paschasius Radb., In Matth. L. VIII, cap. 16: PL 120, 561 C. Cf. Leo XIII,
Epist. Et sane, 17 déc. 1888: ASS 21 (1888) p. 321.
4. Cf. Act. 6, 2-6; 11, 30; 13, 1; 14, 23; 20, 17; I Thess. 5, 12-13; Phil. 1,
1; Col. 4, 11, et passim.
5. Cf. Act. 20, 25-27; 2 Tim. 4.6 s. coll. c. I Tim. 5, 22; 2 Tim. 2, Tit. I,
5; S. Clem. Rom.. Ad Cor. 44, 3; ed. Funk, I, p. 156.
6. S. Clem. Rom., Ad Cor. 44, 2; ed. Funk, I, p. 154 s.
7. Cf. Tertull., Praescr. Haer. 32; PL 2, 52 s.; S. lgnatius M.. passim.
8. Cf. Tertull.. Praescr. Haer. 32; PL 2, 53.
9. Cf. S. Irenaeus. Adv. Haer. III, 3, I; PG 7, 848 A; Harvey 2. 8: Sagnard, p.
100 s.: " manifestatam ".
10. Cf. S. Irenaeus. Adv. Haer. III, 2, 2; PG 7, 847: Harvey 2, 7: Sagnard, p.
100: " custoditur ", cf. ib. IV, 26, 2; col. 1053; Harvey 2, 236,
necnon IV, 33, 8; col. 1077; Harvey 2, 262.
11. S. Ign. M., Philad., Praef.; ed. Funk, I, p. 264.
12. S. lgn. M., Philad.. 1, 1; Magn. 6, 1; Ed. Funk, I, pp. 264 et 234.
13. S. Clem. Rom., 1. c., 42, 3-4; 44, 3-4; 57, 1-2; Ed. Funk, 1, 152, 156, 171
s. S. Ign. M., Philad. 2; Senyrn. 8; Magn. 3; Trall. 7; Ed. Funk, I, p. 265 s.;
282; 232; 246 s. etc.; S. lustinus, Apol., 1, 65; PG 6, 428; S. Cyprianus,
Epist., passim.
14. Cf. Leo XIII, Epist. Encycl. Satis cognituen, 29 juin 1896: ASS 28
(1895-96) p. 732.
15. Cf. Conc. Trid., Sess. 23, Decr. de sacr. Ordinis, cap. 4: Denz. 960
(1768); Conc. Vat. I, Sess. 4, Const. Dogrn. I De Ecclesia Christi, cap. 3:
Denz. 1828 (3061). Pius XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, 29 juin 1943: AAS
35 (1943) pp. 209 et 212. Cod. Iur. Can., c. 329 § 1.
16. Cf. Leo XIII. Epist. Et sane. 17 déc. 1888: ASS 21 (l888) p. 321 s.
17. S. Leo M., Serra. 5, 3: PL 54, 154.
18. Le Conc. de Trente, Sess. 23. cap. 3, cite les paroles 2 Tim. I, 6-7, pour
démontrer que l'Ordre est un vrai sacrement: Denz. 959 (1766).
19. In Trad. Apost. 3, ed. Botte, Sources Chr., pp. 27-30. à l'évêque est
attribué "primatus sacerdotii". Cf. Sacramentarium Leonianum, ed. C.
Mohlberg, Sacramentarium Veronense, Romae, 1955, p. 119: "ad summi
sacerdotii ministerium... Comple in sacerdotibus tuis mysterii tui summam
"... Idem, Liber Sacramentorum Romanae Ecclesiae, Romae, 1960, pp.
121-122: " Tribuas eis, Domine, cathedram episcopalem ad regendam
Ecclesiam tuam et plebem universara ". Cf. PL 78, 224.
20. Trad. Apost. 2, ed. Botte, p. 27
21. Le Concile de Trente. Sess. 23, cap. 4, enseigne que le sacrement de
l'Ordre imprime un caractère indélébile: Denz. 960 (1767). Cf. Jean XXIII.
AIIoc. Iubilate Deo. 8 mai 1960: AAS 52 (1960) p. 466. Paul VI, Homélie dans la
Basilique vaticane, 20 octobre 1963: AAS 55 (1963) p. 1014.
22. S. Cyprianus, Epist. 63, 14: PL 4, 386; Hartel, I11 B, p. 713: "
Sacerdos vice Christi vere fungitur ". S. Io. Chrysostomus, In 2 Tim. Hom.
2, 4: PG 62, 612: Sacerdos est " symbolon " Christi. S. Ambrosius, In
Ps. 38, 25-26: PL 14, 1051-52: CSEL 64, 203-204. Ambrosiaster, In I Tim. 5, 19:
PL 17, 479 C et In Eph. 4, 11-12: col. 387. C. Theodorus Mops., Hom. Catech.
XV, 21 et 24: ed. Tonneau, pp. 497 et 503. Hesychius Hieros., In Lev. L. 2, 9,
23: PG 93, 894 B.
23. Cf. Eusebius, Hist. Eccl., V, 24. 10: GCS II, 1, p. 495; ed. Bardy, Sources
Chr. Il, p. 69. Dionysius, dans Eusebius ib. VIl, 5, 2: GCS II, 2, p. 638 s.,
Bardy, II, p. 168 s.
24. Cf. sur les anciens Conciles, Eusebius, Hist. Eccl. V, 23-24: GCS II, 1, p.
488 ss.; Bardy, II, p. 66 ss. et passim. Conc. Nicaenum, Can. 5: Conc. Oec.
Decr. p. 7.
25. Tertullianus, De Ieiunio, 13: PL 2, 972 B; CSEL 20, p. 292, lin. 13-16.
26. S. Cyprianus, Epist. 56, 3: Hartel, III B, p. 650; Bayard, p. 154.
27. Cf. la Relation officielle Zinelli, dans Conc. Vat. 1: Mansi 52, 1109 C.
28. Cf. Conc. Vat. 1, Schema Const. dogm. I1, de Ecclesia Christi, c. 4: Mansi
53, 310. Cf. Relation Kleutgen sur le Schéma réformé: Mansi 53, 321 B-322 B et
déclaration Zinelli: Mansi 52, 1110 A. Voir aussi S. Leo M., Serra. 4, 3: PL
54, 151 A.
29. Cf. Cod. Iur. Can., c. 222 et 227.
30. Cf. Conc. Vat. I, Const. Dogm. Pastor aeternus: Denz. 182~ (3050 s.).
31. Cf. S. Cyprianus. Epist. 66, 8: Hartel III. 2. p. 733: " Episcopus in
Ecclesia et Ecclesia in Episcopo ".
32. Cf. S. Cyprianus, Epist. 55, 24: Hartel. p. 642, lin. 13: "Una
Ecclesia per totum mundum in multa membra divisa ". Epist. 36, 4: Hartel,
p. 575, lin. 20-21.
33. Cf. Plus XII, Litt. Encycl. Fidei Donum. 21 avr. 1957: AAS 49 (1957) p.
237.
34. Cf. S. Hilarius Pict., In Ps. 14. 3: PL 9, 206; CSEL 22, p. 86.-S.
Gregorius M., Moral. IV, 7, 12: PL 75, 643 C. Ps.-Basilius, In Is. 15, 296: PG
30, 637 C.
35. S. Coelestinus, Epist. 18, 1-2, ad Conc. Eph.: PL 50, 505 AB; Schwartz,
Acta Conc. Oec. 1, 1, 1, p. 22. Cf. Benedictus XV, Epist. Apost. Maximum illud:
AAS 11 (1919) p. 440. Plus XI, Litt. Encycl. Rerum Ecclesiae, 28 févr. 1926:
AAS 18 (1926) p. 69. Pius XII, Litt. Encycl. Fidei Donum, 1. c.
36. Leo XllI, Litt. Encycl. Grande munus, 30 sept. 1880: ASS 13 (1880) p. 145.
Cf. Ced. lur. Can., c. 1327; c. 1350 § 2.
37. Sur les droits des sièges patriarcaux cf. Conc. Nicaenum, can. 6 sur
Alexandrie et Antioche, et can. 7 sur Jérusalem: Conc. Oec. Decr., p. 8 - Conc.
Enter. IV, année 1215, Constit. V: De dignitate Patriarcharum: ibid. p. 212.-
Conc. Ferr.-Flor.: ibid. p. 504.
38. Cf. Ced. Iuris pro Eccl. Orient., c. 216-314: de Patriarchis; c. 324-339:
de Archiepiscopis maioribus; c. 362-391: de aliis dignitariis; in specie, c.
238 § 3; 216; 240; 251; 255: de Episcopis a Patriarcha nominandis.
39. Cf. Conc. Trid., Decr. de reform., Sess. V. c. 2. n. 9; et Sess. XXIV. can.
4: Conc. Oec. Decr. pp. 645 et 739.
40. Cf. Conc. Vat. I, Const. dogm. Dei Filius, 3: Denz. 1712 (3011). Cf. note
jointe au Schéma I de Eccl. (prise à St-Rob. Bellarmin): Mansi 51, 579 C; et
aussi le Schema reformatum Const. Il de Ecclesia Christi, avec le commentaire
de Kleutgen: Mansi 53, 313 AB. Pius IX. Epist. Tuas libenter: Denz. 1683
(2879).
41. Cf. Cod. Iur. Can., c. 1322-1323.
42. Cf. Conc. Val. 1. Const. dogm. Pastor Aeternus. Denz. 1839 (3074).
43. Cf. l'explication de Gasser dans Conc. Vat. I: Mansi 52. 1213 AC. 44.
44. Casser, ib.: Mansi 1214 A.
45. Gasser, ib.: Mansi 1215 CD, 1216-1217 A.
46. Casser, ib.: Mansi 1213.
47. Conc. Vat. I, Const. dogm. Pastor Aeternus, 4: Denz. 1836 (3070).
48. Prière de la consécration épiscopale dans le rite byzantin: Euchologion to
mega. Romae, 1873, p. 139.
49. Cf. S. Ignatius M., Smyrn. 8, 1: ed. Funk. I. p. 282.
50. Cf..Act. 8. 1; 14, 22-23; 20, 17, et passim.
51. Oraison mozarabe: PL 96, 759 B.
52. Cf. S. lgnatius M., Smyrn. 8, 1: ed. Fonk. I. p. 282.
53. S. Thomas, Summa Theol. II1, q. 73. a. 3.
54. Cf. S. Augustinus. C. Faustum, 12. 20: PI. 42. 265; Serm. 57, 389, etc.
55. S. Leo M., Serra. 63, 7: PL 54: 357C.
56. Traditio Apostolica Hippolyti, 2-3: ed. Botte, pp. 26-30.
57. Cf. le texte de l'examen au début de la consécration épiscopale, et
l'Oratio à la fin de la Messe de la même consécration, après le Te Deum.
58. Benedictus XIV. Br. Romana Ecclesia. 5 ott. 1752, § 1: Bullarium Benedicti
XIV, t. IV, Romae 1758, 21: "Episcopus Christi typum gerit. Eiusque munere
fungitur". Pius XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, I. c., p. 211:
"Assignatos sibi greges singuli singulos Christi nomine pascunt et regunt
".
59. Leo XIII, Epist. Encycl. Satis cognitum, 29 juin 1896: ASS 28 (1895~96) p.
732. Idem, Epist. Officio sanctissimo, 22 déc. 1887: ASS 20 (1887) p. 264. Pius
IX, Litt. Apost. aux Évêques d'Allemagne, 12 mars 1875. et Alloc. Consist., 15
mars 1875: Denz. 3112-3117, dernière édition.
60. Conc. Var. I, Const. dogm. Pastor aeternus, 3: Denz. 1828 (3061). Cf.
Relation Zinelli: Mansi 52, 1114 D.
61. Cf. S. Ignatius M., Ad Ephes., 5, 1: ed. Funk, I, p. 216.
62. Cf. S. Ignatius M., Ad Ephes., 6, 1: ed. Funk, I, p. 218.
63. Cf. Conc. Trid., Sess. 23, De sacr. Ordinis, cap. 2: Denz. 959 (1765), et
can. 6: Denz. 966 (1776).
64. Cf. Innocentius I, Epist. ad Decentium: PL 20, 554 A; Mansi 1029; Denz. 98
(215): " Presbyteri, licet secundi sint sacerdotes, pontificatus tamen
apicem non habent ". S. Cyprianus, Epist. 61, 3: ed. Hartel, p. 696.
65. Cf. Conc. Trid., 1. c., Denz 956a-968 (1763-1778), et en particulier can.
7: Denz. 967 (1777). Pius XII Const. Apost. Sacramentum Ordinis: Denz 2301
(3857-3861).
66. Cf. Innocentius I, 1. c. - S. Gregorius Naz., Apol. II, 22: PG 35, 432 B.
ps.-Dionysius. Eccl. Hier., 1, 2: PG 3, 372 D
67. Cf. Conc. Trial., Sess. 22: Denz 940 (1743), Plus XII, Litt. Encycl.
Mediator Dei, 20 nov. 1947: AAS 39 (1947) p. 553; Denz. 2300 (3850).
68. Cf. Conc. Trid., Sess. 22: Denz. 938 (1739-40). Conc. Var. 11. Const. De
Sacra Liturgia, n. 7 et n. 47: AAS 56 (1964), pp. 100-113.
69. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Mediator Dei, I. c., sub. n. 67.
70. Cf. S. Cyprianus, Epist. 11, 3: PL 4, 242 B; Hartel, II, 2, p. 497.
71. Ordo consecrationis sacerdotalis, à l'imposition des ornements.
72. Ordo consecrationis sacerdotalis, dans la Prélace.
73. Cf. S. Ignatius M., Philad. 4: ed. Funk, I, p. 266. S. Cornelius 1, dans S.
Cyprianus, Epist. 48, 2: Hartel, III, 2, v 610.
74. Constitutiones Ecclesiae aegyptiacae, III, 2: ed. Funk, Didascalia, II, p.
103. Statuta Eccl..Ant. 37-41: Mansi 3. 954.
75. S. Polycarpus, Ad Phil. 5. 2: ed. Funk, I, p. 300: le Christ est dit "
omnium diaconus factus". Cf. Didachè, 15, I: ib., p. 32. S. Ignatius M.,
Trall. 2, 3: ib., p. 242. Constitutiones Apostolorum, 8, 28, 4: ed. Funk.
Didascalia, I, p. 530.
CHAPITRE IV
LES LAÏCS
30. [Introduction]
Après avoir traité des devoirs de la hiérarchie, le saint Concile se penche
avec sollicitude sur la condition de ces fidèles qu'on appelle les laïcs. Tout
ce qui a été dit du Peuple de Dieu s'adresse aussi bien aux laïcs qu'aux
religieux et aux clercs; parmi ces traits cependant, il en est quelques-uns qui
concernent particulièrement les laïcs, hommes ou femmes, eu égard à leur état
de vie et à leur mission. Ces traits, on doit en retracer avec grand soin les
fondements en raison des circonstances propres à notre temps. Les pasteurs
savent parfaitement, en effet, combien les laïcs contribuent au bien de toute
l'Église; et ils savent qu'eux-mêmes n'ont pas été institués par le Christ pour
assumer à eux seuls toute la mission salvatrice de l'Église envers le monde,
mais qu'ils ont la charge sublime de paître si bien les fidèles, de si bien
reconnaître chez eux les ministères et les charismes, que tous coopèrent à leur
mesure et d'un même cœur à l'œuvre commune. Car il faut que tous "vivant
selon la vérité et dans la charité, nous croissions de toute manière vers Celui
qui est le Chef, .le Christ, dont le Corps tout entier reçoit concorde et
cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l'actionnent
selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant
lui-même dans la charité" (Eph. 4, 15-16).
31. [Acception du mot "laïc"]
Sous le nom de laïcs nous entendons ici tous les fidèles, à l'exclusion des
membres engagés dans un ordre sacré et dans un état religieux reconnu par
l'Église; c'est-à-dire les fidèles qui, après avoir été incorporés au Christ
par le baptême, ont été associés au Peuple de Dieu et rendus à leur manière
participants de l'office sacerdotal, prophétique et royal du Christ, et qui
exercent pour leur part la mission dévolue au peuple chrétien tout entier dans
l'Église et dans le monde.
Le temporel est un domaine propre aux laïcs et qui les caractérise. Ceux qui en
effet sont dans les ordres sacrés peuvent bien s'occuper de choses temporelles
et même exercer une profession séculière; cependant, de part leur vocation
spéciale, ils sont d'abord et proprement destinés au ministère sacré, tandis
que les religieux, dans leur condition, témoignent avec un éclat tout
particulier du fait que le monde ne saurait être transfiguré ni offert à Dieu
sans l'esprit des béatitudes. De par leur vocation propre, il revient aux laïcs
de chercher le royaume de Dieu en administrant les choses temporelles et en les
ordonnant selon Dieu. Ceux-ci vivent dans le siècle, engagés dans toutes et
chacune des allures du monde, plongés dans l'ambiance où se meuvent la vie de
famille et la vie sociale dont leur existence est comme tissée. C'est là qu'ils
sont appelés par Dieu, jouant ainsi le rôle qui leur est propre et guidés par
l'esprit évangélique, à travailler comme de l'intérieur, à la manière d'un
ferment, à la sanctification du monde et à manifester ainsi le Christ aux
autres, principalement par le témoignage de leur propre vie, par le rayonnement
de leur foi, de leur espérance et de leur charité. C'est à eux qu'il revient
particulièrement d'illuminer et d'ordonner toutes les choses temporelles
auxquelles ils sont étroitement liés, en sorte qu'elles soient toujours
accomplies selon le Christ, qu'elles croissent et soient à la louange du
Créateur et Rédempteur.
32. [La dignité des laïcs, membres du Peuple de Dieu]
Grâce à son institution divine, la sainte Église présente une structure et un
gouvernement admirablement diversifiés. "De même, en effet, que notre
corps en son unité possède beaucoup de membres et que ces membres n'ont pas
tous la même fonction, ainsi nous à plusieurs, nous ne formons qu'un seul corps
dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres"
(Rom. 12, 4-5).
Le peuple élu de Dieu est donc un: "Un seul Seigneur, une seule foi, un
seul baptême" (Eph. 4, 5). La dignité des membres est commune à tous par
le fait de leur régénération dans le Christ; commune est la grâce des fils,
commune la vocation à la perfection, unique est le salut, unique l'espérance et
indivise la charité. Il n'existe donc pas d'inégalité dans le Christ et dans
l'Église en raison de la race ou de la nation, de la condition sociale ou du
sexe, car "il n'y a plus ni juifs ni gentils, il n'y a plus ni esclaves ni
hommes libres, il n'y a plus ni hommes ni femmes: vous êtes tous un dans le
Christ Jésus" (G~. 3, 28 gr., cf. Col. 3, 11).
Si donc dans l'Église tous ne cheminent pas en suivant la même voie, tous
cependant sont appelés à la sainteté et ont reçu en partage une foi du même
prix par la justice de Dieu (cf. Il Petr. 1, 1). Même si certains. par la
volonté du Christ, sont mis à la tête des autres comme docteurs, dispensateurs
des mystères et pasteurs, il existe cependant entre tous une véritable égalité,
sur les plans de la dignité et de l'action commune, en ce qui regarde
l'édification du Corps du Christ. En effet, la distinction posée par le
Seigneur entre les ministres sacrés et le reste du Peuple de Dieu comporte
l'union que des devoirs communs aux pasteurs et aux autres fidèles créent entre
eux: devoir pour les pasteurs de l'Église, à l'exemple du Christ, de se mettre
au service les uns des autres et au service des fidèles; et pour ces derniers
de prêter volontiers leur concours aux pasteurs et aux docteurs. Ainsi, dans la
diversité, tous rendent témoignage de l'admirable unité qui existe dans le
Corps du Christ; car la diversité même des grâces, des ministères et de
l'action rassemble en un seul tout les fils de Dieu, puisque "c'est un
seul et même esprit qui opère toutes ces choses" (1 Cor. 12, 11).
Par la bienveillance divine, les laïcs ont donc pour frère le Christ qui, étant
le Seigneur de toutes choses, n'est pourtant pas venu pour être servi, mais
pour servir (cf. Mt. 20, 28); ainsi, ont-ils également pour frères ceux qui,
préposés aux fonctions sacrées, enseignent, sanctifient et régissent, paissant
la famille de Dieu de par l'autorité du Christ, en sorte que le précepte
nouveau de la charité soit accompli par tous. Saint Augustin dit fort bien à ce
sujet: "Si ce que je suis pour vous m'effraie, être avec vous me console.
Car pour vous je suis évêque et avec vous je suis chrétien. Le premier titre
est celui de la dignité dont je suis revêtu, et le second, celui de la grâce.
L'un ne me présente que des dangers, l'autre est pour moi un gage de
salut" (1).
33. [La vie par rapport au salut et à l'apostolat]
Les laïcs, rassemblés dans le Peuple de Dieu et constitués en Corps unique du
Christ sous un seul chef, sont tous appelés, quels qu'ils soient, à contribuer
comme des membres vivants et de toutes les forces qu'ils ont reçues de la bonté
du Créateur et de la grâce du Rédempteur, à l'accroissement de l'Église et à
son ascension continuelle dans la sainteté.
L'apostolat des laïcs est donc une participation à la mission salvatrice de
l'Église elle-même. Cet apostolat, tous y sont destinés par le Seigneur
lui-même en vertu de leur baptême et de leur confirmation. Les sacrements, et
en particulier la sainte Eucharistie, communiquent et alimentent cet amour
envers Dieu et envers les hommes qui est l'âme de tout l'apostolat. Cependant,
les laïcs sont par-dessus tout appelés à rendre l'Église présente et agissante
en tout lieu et en toute circonstance où elle ne peut devenir le sel de la
terre que par leur intermédiaire (2). Ainsi tout laïc, en vertu des dons qu'il
a reçus, est le témoin et, en même ,temps, l'instrument vivant de la mission de
l'Église "selon la mesure du don du Christ" (Eph. 4, 7).
Outre cet apostolat qui incombe à tous les fidèles sans exception, les laïcs
peuvent également être appelés, de diverses manières, à collaborer plus
immédiatement à l'apostolat de la hiérarchie (3), à l'instar des hommes et des
femmes qui aidaient l'apôtre Paul à évangéliser, et peinaient beaucoup dans le
Seigneur (cf. Phil. 4, 3; Rom. 16, 3 ss). Ils sont, en outre, susceptibles
d'être appelés par la hiérarchie à exercer certaines tâches ecclésiastiques
dans un but spirituel.
C'est donc une magnifique tâche qui attend tous les laïcs: celle de travailler
à ce que le plan divin du salut se réalise toujours davantage dans chacun des
hommes en tous les temps et par toute la terre. Que de toutes parts donc, la
voie leur soit ouverte afin que, selon leurs forces et les besoins actuels, ils
puissent, eux aussi, travailler avec ardeur à l'œuvre salvatrice de l'Église.
34. [Participation des laïcs au sacerdoce commun et au culte]
Le Christ Jésus, Grand Prêtre éternel, voulant poursuivre également par le
moyen des laïcs son témoignage et son service auprès des hommes, les vivifie
par son Esprit et les invite sans cesse à toute œuvre bonne et parfaite.
En effet, ceux qu'il unit intimement à sa vie et à sa mission, il leur donne
également part à son office sacerdotal pour qu'ils exercent un culte spirituel,
afin que Dieu soit glorifié et les hommes sauvés. En conséquence, les laïcs
voués au Christ et commis par l'Esprit-Saint sont admirablement appelés et
merveilleusement pourvus, en sorte que les fruits de l'Esprit croissent
toujours en eux en plus grande abondance. En effet, toutes leurs actions, leurs
prières, leurs initiatives apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leur
travail journalier, leurs loisirs et leurs divertissements, s'ils sont vécus
dans l'Esprit, et même les épreuves de la vie supportées avec patience
deviennent "des sacrifices spirituels agréables à Dieu par
Jésus-Christ" (I Petr. 2, 5); et ces sacrifices sont pieusement offerts au
Père dans la célébration eucharistique avec l'oblation du Corps du Seigneur. De
cette manière, les laïcs, en une sainte et universelle adoration, consacrent à
Dieu le monde même.
35. [Participation des laïcs à la l'onction prophétique du Christ et au
témoignage]
Le Christ, notre grand Prophète, qui, par le témoignage de sa vie et la
puissance de sa parole, a proclamé le Royaume du Père, accomplit son office
prophétique jusqu'à la pleine manifestation de la gloire, non seulement par le
moyen de la hiérarchie qui enseigne en son nom et en vertu de son pouvoir, mais
aussi par le moyen des laïcs dont il fait aussi ses témoins et qu'il remplit du
sens de la foi et du don de sa parole (cf. Act. 2, 17-18; Apoc. 19, 10), afin
que la force de l'Évangile resplendisse dans la vie quotidienne, familiale et
sociale. Les laïcs se montrent fils de la promesse, si, persévérant dans la foi
et dans l'espérance, ils mettent à profit le temps présent (cf. Eph. 5, 16;
Col. 4, 5) et attendent avec patience la gloire future (cf. Rom. 8, 25). Cette
espérance ils ne doivent pas l'enfouir au fond de leurs âmes, mais, par une
conversion continuelle et la lutte "contre les dominateurs de ce monde de
ténèbres, contre les esprits malins" (Eph. 6, 12), ils doivent la faire
passer aussi dans les structures de la vie terrestre.
Les sacrements de la Nouvelle Loi, qui soutiennent la vie et l'apostolat des
fidèles, annoncent un ciel nouveau et une terre nouvelle (cf. Apoc. 21, 1); de
même les laïcs deviennent les hérauts de la foi aux choses que l'on espère (cf.
Hébr. 11, 1), s'ils joignent résolument une vie de foi à la profession de cette
foi. Cette évangélisation, véritable annonce du Christ proclamée par la parole
et le témoignage de la vie, présente un aspect tout à fait caractéristique et
possède une efficacité particulière du seul fait qu'elle est accomplie dans les
conditions ordinaires de la vie courante.
Cette vocation du laïc laisse apparaître la grande valeur d'un état de vie
sanctifié par un sacrement particulier, savoir la vie matrimoniale et
familiale. C'est là où la religion chrétienne pénètre la vie tout entière et la
transforme que se trouve la meilleure école préparant à l'apostolat laïc. Là,
les conjoints ont pour vocation propre d'être l'un pour l'autre, et aussi pour
leurs enfants, des témoins de la foi et de l'amour du Christ. La famille
chrétienne proclame à haute voix la puissance actuelle du Royaume de Dieu et
l'espérance de la vie bienheureuse. Ainsi, par son exemple et par son
témoignage, elle convainc le monde de péché et illumine les hommes en quête de
vérité.
Les laïcs donc, même lorsqu'ils sont accaparés par des soucis temporels,
peuvent et doivent exercer une action importante eu égard à l'évangélisation du
monde. Certains d'entre eux, à défaut de ministres sacrés ou lorsque ceux-ci en
sont empêchés par la persécution, emplissent une suppléance, selon leurs
pouvoirs, en certains offices sacrés. Nombre d'entre eux consacrent toutes
leurs forces au travail apostolique. Tous cependant se doivent de coopérer à
l'extension et à la croissance du Royaume du Christ dans le monde. Aussi les
laïcs s'attacheront-ils avec diligence à approfondir la vérité révélée et
demanderont-ils à Dieu, avec insistance, le don de sagesse.
36. [Participation des laïcs au service royal]
Le Christ qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort et qui, à cause de cela, a
été exalté par le Père (cf. Phil. 2, 8-9) et est entré dans la gloire de son
royaume, à qui toute chose est soumise jusqu'à ce que lui-même se soumette au
Père et avec lui toutes les créatures, afin que Dieu soit tout en tous (cf. I
Cor. 15, 27-28), a communiqué sa puissance à ses disciples afin qu'ils soient,
eux aussi, établis dans la liberté royale, que par l'abnégation d'eux-mêmes et
une vie sainte, ils puissent vaincre en eux la domination du péché (cf. Rom. 6,
12), et que, servant le Christ même dans les autres, ils conduisent avec
humilité et patience, leurs frères au Roi dont il est dit que le servir c'est
régner. Le Seigneur, en effet, désire, même avec la collaboration des fidèles
laïcs, étendre son royaume, royaume "de vérité et de vie, royaume de
sainteté et de grâce, royaume de justice, d'amour et de paix" (4). Dans ce
royaume la créature elle-même sera libérée de l'esclavage de la corruption pour
participer à la glorieuse liberté des fils de Dieu (cf. Rom. 8, 21). C'est, à
la vérité, une grande promesse et un grand commandement qui sont donnés aux
disciples par ces paroles: "Tout est à vous, mais vous êtes au Christ et
le Christ est à Dieu" (I Cor. 3, 23).
Les fidèles doivent, en conséquence, reconnaître la nature intime de toute la création,
sa valeur et sa destination à la louange de Dieu. Ils doivent aussi s'aider les
uns les autres en vue d'une vie plus sainte, même par des œuvres proprement
profanes, afin que le monde soit imprégné de l'esprit du Christ et atteigne
plus efficacement son but dans la justice, la charité et la paix. C'est en
remplissant universellement cet office que les laïcs occupent un poste de
premier plan. Par leur compétence dans les disciplines profanes et grâce à leur
action, élevée à une valeur surnaturelle par la grâce du Christ, ils doivent de
toutes leurs forces contribuer à la mise en valeur des biens créés, selon le
commandement donné par le Créateur et à la lumière de sa Parole; et cela grâce
au travail humain, à la technique et à l'œuvre civilisatrice, pour l'utilité de
tous les hommes sans exception. Ils travailleront aussi à répartir plus
équitablement ces biens entre les hommes et à faire servir ces mêmes biens au
progrès universel, dans la liberté humaine et chrétienne. Ainsi le Christ, par
les membres de l'Église, illuminera toujours davantage la société humaine tout
entière de sa lumière salvifique.
Au reste, les laïcs s'efforceront tous ensemble d'assainir les institutions
humaines et les conditions de vie, si les mœurs qu'elles comportent entraînent
tant soit peu au péché; ainsi tout cela sera-t-il rendu conforme aux normes de
la justice et favorable, plutôt que nuisible, à la pratique des vertus
chrétiennes.
En agissant ainsi, les laïcs imprégneront de valeur morale la culture et les
œuvres humaines. De cette manière, le champ du monde sera mieux préparé à
recevoir la semence de la parole divine et, en même temps, les portes
s'ouvriront davantage à l'Église pour laisser passer dans ce monde le message
de la paix.
En raison même de l'économie du salut, les fidèles apprendront à bien
distinguer entre les droits et les devoirs qui leur incombent du fait de leur
appartenance à l'Église, et ceux qui leur reviennent en tant que membres de la
société humaine. Ils doivent s'efforcer de les mettre en harmonie les uns avec
les autres, se rappelant que, dans toute chose temporelle, ils doivent se
guider d'après la conscience chrétienne: car aucune activité humaine, même dans
les choses temporelles, ne peut être soustraite à l'autorité de Dieu. A notre
époque, il est extrêmement important que cette distinction et cette harmonie
resplendissent toutes deux avec le plus grand éclat dans la façon d'agir des
fidèles, afin que la mission de l'Église puisse répondre plus pleinement aux
conditions particulières du monde d'aujourd'hui. De même qu'on doit reconnaître
qu'une cité terrestre, aux prises -- et à juste titre -- avec des problèmes
terrestres, obéisse à des lois qui lui sont propres, de même faut-il, et au
même titre, rejeter la théorie néfaste qui prétend construire la société sans
tenir aucun compte de la religion et qui combat ou détruit la liberté
religieuse des citoyens5.
37. [Relation à la hiérarchie]
Les laïcs, comme tous les fidèles, ont le droit de recevoir en abondance des
pasteurs les biens spirituels de l'Église, surtout le réconfort que procurent
la parole de Dieu et les sacrements (6). Que les laïcs manifestent donc aux
pasteurs leurs besoins et leurs désirs avec cette liberté et cette confiance
qui conviennent à des fils de Dieu et à des frères dans le Christ. Selon la
science, la compétence et l'autorité dont ils jouissent, ils peuvent, et même
parfois ils doivent donner leur avis en ce qui concerne le bien de l'Église
(7). Si tel est le cas, qu'on procède par le moyen des organes institués à cette
fin par l'Église et toujours dans le respect de la vérité, avec courage et
prudence, et avec le respect et la charité qui sont dus à ceux qui, en raison
de leur fonction sacrée, représentent le Christ.
Les laïcs, comme tous les fidèles, accueilleront avec promptitude et dans
l'obéissance chrétienne ce que les pasteurs, représentants du Christ, auront
décidé en tant que docteurs et chefs de l'Église; ils suivront alors l'exemple
du Christ qui, par son obéissance jusqu'à la mort, a ouvert à tous les hommes
la voie bienheureuse de la liberté des fils de Dieu. Et ils ne négligeront pas
de recommander à Dieu dans leurs prières leurs supérieurs, qui veillent sur nos
âmes, comme devant en rendre compte, afin que ceux-ci s'acquittent allègrement
de leur tâche et non pas en gémissant (cf. Hébr. 13, 17).
D'autre part, les pasteurs doivent reconnaître et promouvoir la dignité et la
responsabilité des laïcs dans l'Église, utiliser volontiers leurs avis
prudents, leur assigner des postes de confiance au service de l'Église, leur
accorder la liberté d'action et un champ où ils puissent l'exercer, et même les
encourager à entreprendre des œuvres de leur propre initiative. Ils doivent
aussi considérer avec attention et affection paternelle dans le Christ les
projets, les demandes et les désirs proposés par les laïcs (8). En outre, les
pasteurs auront soin de reconnaître la juste liberté dont chacun doit jouir
dans la cité terrestre.
De ces rapports familiers entre laïcs et pasteurs, on doit attendre pour
l'Église de nombreux et d'heureux résultats. De cette manière, en effet, les
laïcs acquerront davantage le sens de leur propre responsabilité; leur élan
sera soutenu et leurs forces plus facilement associées à l'œuvre des pasteurs.
Ceux-ci, aidés par l'expérience des laïcs, pourront juger avec plus de clarté
et d'opportunité dans le domaine spirituel aussi bien que dans le domaine
temporel. Et ainsi, l'Église entière, fortifiée par tous ses membres,
accomplira avec une plus grande efficacité sa mission pour la vie du monde.
38. [Conclusion]
Tout laïc doit être, à la face du monde, un témoin de la résurrection et de la
vie du Seigneur Jésus, un signe du Dieu vivant. Tous ensemble, et chacun pour
sa part, ils doivent nourrir le monde de fruits spirituels (cf. Gal. 5, 22) et
répandre en lui l'esprit dont sont animés ces pauvres, ces doux et ces
pacifiques que le Seigneur a proclamés bienheureux dans l'Évangile (cf. Mt. 5,
3-9). En un mot: "Ce qu'est l'âme dans le corps, que les chrétiens le
soient dans le monde" (9).
1. S. Augustinus, Serra. 340, 1: PE 38. 1483.
2. Cf. Pius XI, Litt. Encycl. Quadragesimo anno, 15 mai 1931: AAS 23 (1931) p.
221 s. Pius XII, AIloc. De quelle consolation, 14 oct. 1951: AAS 43 (1951) p.
790 s.
3. Cf. Pius XII. Alloc. Six ans se sont écoulés, 5 oct. 1957: AAS 49 (1957) p.
927.
4. De la Préface du Christ-Roi.
5. Cf. Leo XIII, Epist. Encycl. Immortale Dei, ler nov. 1885. AAS 18 (1885) p.
166 ss. Idem, Litt. Encycl. Sapientiae christianae, 10 janv. 1890: ASS 22
(1889-90) p. 397 ss. Pius XII, Alloc. Alla vostra filiale, 23 mars 1958: AAS 50
(1958) p. 220: " la saine et légitime laïcité de l'État ".
6. Cod. Iur. Cas., can. 682.
7. Cf. Pius XII, Alloc. De quelle consolation, 1. c., p. 789: " Dans les
batailles décisives, c'est parfois du front que partent les plus heureuses
initiatives... ". Idem, Alloc. L'importance de la presse catholique, 17
février 1950: AAS 42 (1950) p. 256.
8. Cf. I Thess. 5, 19 et I In 4, 1.
9. Epist. ad Diognetum, 6: ed. Funk, 1, p. 400. Cf. S. Io. Chrysostomus, In
Matth. Hom. 46 (47), 2: PG 58, 478, sur le levain dans la pâte.
CHAPITRE V
LA VOCATION UNIVERSELLE À LA SAINTETÉ
DANS L'ÉGLISE
39. [Introduction]
Cette Église, dont le saint Concile expose le mystère, la foi lui reconnaît une
sainteté sans défaillance. En effet, le Christ, Fils de Dieu, qui avec le Père
et le Saint-Esprit est proclamé "le seul Saint" (1), a aimé l'Église
comme son épouse et s'est donné pour elle afin de la sanctifier (cf. Eph. 5,
25-26). Il l'a unie à lui comme son corps et l'a comblée du don de l'Esprit-Saint,
pour la gloire de Dieu. Voilà pourquoi tous les membres de l'Église, tant ceux
qui appartiennent à la hiérarchie que ceux qui sont dirigés par elle, sont
appelés à la sainteté, selon l'expression de l'Apôtre: "La volonté de Dieu
c'est votre sanctification" (I Thess. 4, 3; Eph. 1, 4). Cette sainteté de
l'Église se manifeste constamment et doit se manifester par les richesses de la
grâce que l'Esprit-Saint produit chez les fidèles; elle s'exprime différemment
en chacun de ceux qui, dans la conduite de leur vie, parviennent, en édifiant
le prochain, à la perfection de la charité; elle apparaît en quelque sorte
proprement dans la pratique des conseils qu'on appelle d'ordinaire
"évangéliques". Cette pratique des conseils, embrassée par beaucoup
de chrétiens sous l'impulsion du Saint-Esprit, soit privément, soit dans une
condition ou un état reconnus dans l'Église, porte et doit porter dans le monde
un témoignage remarquable et un éclatant exemple de cette sainteté.
40. [L'appel universel à la sainteté]
Le Seigneur Jésus, Maître et Modèle divin de toute perfection, a prêché cette
sainteté de la vie, dont lui-même est l'auteur et qu'il conduit à son
achèvement, à tous et à chacun de ses disciples, quelle que soit sa condition:
"Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait"2 (Mt. 5,
48). En effet, il envoya à tous le Saint-Esprit qui les incite intérieurement à
aimer Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme, de tout leur esprit et de
toutes leurs forces (cf. Mc 12, 30), et à s'aimer les uns les autres comme le
Christ les a aimés (cf. Jn 13, 34; 15, 12). Les adeptes du Christ, appelés par
Dieu et justifiés en Jésus-Christ non à cause de leurs œuvres, mais selon le
dessein et la grâce de Dieu, sont vraiment devenus, dans le baptême de la foi,
fils de Dieu et participants de la nature divine et ont été, par conséquent,
réellement sanctifiés. Ils doivent donc, avec l'aide de Dieu, maintenir et
perfectionner dans leur vie cette sainteté qu'ils ont reçue. L'Apôtre les
exhorte à vivre "comme il convient à des saints" (Eph. 5, 3), à se
revêtir, "comme il convient à des élus de Dieu, saints et agréables, de
sentiments de miséricorde, de bonté, d'humilité, de mansuétude et de
patience" (Col. 3, 12), et à recueillir les fruits de l'Esprit en vue de
leur sanctification (cf. Gal. 5, 22; Rem. 6, 22). Et puisque tous nous
commettons bien des fautes (cf. Jac. 3, 2), nous avons continuellement besoin
de la miséricorde de Dieu et devons demander chaque jour: "Remets-nous nos
dettes" (3) (Mt. 6, 12).
Il est donc clair pour tous que chacun des fidèles, peu importe son état ou son
rang, est appelé à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la
charité (4). Au reste, par une telle sainteté il contribue à rendre plus
humaine la manière de vivre dans la société terrestre elle-même. A
l'acquisition de cette perfection les fidèles emploieront leurs forces, salon
la mesure du don du Christ; si bien que, suivant ses traces, devenus conformes
à son image et soumis en tout à la volonté du Père, ils se consacreront de tout
cœur à la gloire de Dieu et au service du prochain. Ainsi la sainteté du Peuple
de Dieu donnera des fruits abondants, comme la vie de tant de saints le
manifeste excellemment dans l'histoire de l'Église.
41. [La pratique multiforme de l'unique sainteté]
En divers genres de vie et parmi des occupations différentes, c'est une unique
sainteté que cultivent ceux qui sont mus par l'Esprit de Dieu; obéissant à la
voix du Père et adorant le Père en esprit et en vérité, ils suivent le Christ
pauvre, humble et chargé de la croix, pour mériter de participer à sa gloire.
Chacun doit, selon ses capacités et sans aucune hésitation, s'engager dans la
voie de la foi vive qui éveille l'espérance et opère par la charité.
A l'image du Grand-Prêtre éternel, pasteur et évêque de nos âmes, les pasteurs
du troupeau du Christ doivent, avant toutes choses, accomplir leur ministère
dans la sainteté, avec élan, humilité et courage. Un tel ministère ainsi rempli
sera pour eux un moyen idéal de sanctification. Élus à la plénitude du
sacerdoce, ils reçoivent une grâce sacramentelle qui leur permet d'exercer
parfaitement le devoir de la charité pastorale par la prière, l'offrande du
saint sacrifice et la prédication, par tout ce qui sollicite l'attention et
requiert l'activité d'un évêque (5). Qu'ils ne craignent pas de donner leur
propre vie pour les brebis et, se faisant les modèles de leur troupeau (cf. I
Petr. 5, 3), qu'ils suscitent également par leur exemple, au sein de leur
Église, une sainteté sans cesse grandissante.
A l'instar des évêques, dont ils forment la couronne spirituelle (6), et ayant
part grâce au Christ, éternel et unique Médiateur, à la grâce que comporte la
charge d'évêque, les prêtres doivent, par l'accomplissement quotidien de leur
devoir, grandir dans l'amour de Dieu et du prochain, conserver intact le lien
de la communion sacerdotale, abonder en toutes sortes de biens spirituels et
donner à tous le vivant témoignage de Dieu (7); tels ces prêtres qui, au cours
des siècles, dans un ministère souvent humble et obscur, ont laissé un
magnifique exemple de sainteté, et dont l'Église de Dieu fait la louange. En
s'acquittant du devoir de la prière et du saint sacrifice en faveur de leurs
ouailles et pour toue le peuple de Dieu, en ayant conscience de ce qu'ils font
et en imitant ce qu'ils touchent (8), loin d'être arrêtés par les soucis, les
périls et les fatigues de l'apostolat, ils parviendront, au contraire, par ces
moyens, à une haute sainteté, s'ils ont soin de nourrir et d'alimenter leur
action aux sources inépuisables de la contemplation pour la joie de l'Église de
Dieu tout entière. Tous les prêtres, et principalement ceux qui, d'après le
titre spécial de leur ordination, sont appelés prêtres diocésains, se
rappelleront combien la fidélité à leur évêque, leur généreuse coopération avec
lui contribuent grandement à leur sanctification.
Cette mission et cette grâce du sacerdoce suprême, les ministres d'ordre
inférieur et, en premier lieu, les diacres y participent également de façon
particulière. Officiant aux mystères du Christ et de l'Église (9), ceux-ci
doivent se maintenir purs de tout vice, plaire à Dieu et s'employer à toutes
sortes de bonnes œuvres devant les hommes (cf. I Tim. 3, 8-10 et 12-13). Les
clercs, appelés par le Seigneur, mis à part pour son service et qui se
préparent sous la vigilance des pasteurs, à la charge de ministres sacrés,
doivent conformer leurs esprits et leurs cœurs à une élection aussi sublime.
Adonnés à l'oraison, fervents dans la charité, qu'ils soient attentifs à tout ce
qui est vrai, juste et de bonne renommée, agissant uniquement pour la gloire et
l'honneur de Dieu. A ces clercs il faut joindre les laïcs choisis par Dieu et
que l'évêque invite à s'adonner plus complètement aux œuvres apostoliques et à
travailler fructueusement dans la vigne du Seigneur (10).
Les époux et les parents chrétiens, engagés dans la voie qui leur est propre et
fidèles à leur amour, doivent s'aider mutuellement dans la grâce durant toute
leur vie. Les enfants, qu'ils ont généreusement acceptés de la main de Dieu,
ils les élèveront dans la doctrine chrétienne et leur inculqueront le sens des
vertus évangéliques. Ils offriront ainsi à tous l'exemple d'un amour inlassable
et généreux, ils édifieront la communauté fraternelle de la charité et deviendront
témoins et coopérateurs de la fécondité de la Mère Église, en signe et en
participation de l'amour dont le Christ a aimé son Épouse, avec lequel il s'est
livré pour elle (11). Un exemple analogue nous est encore proposé par les
personnes veuves et les gens non mariés qui peuvent, eux aussi, contribuer
notablement à la sainteté et à l'activité de l'Église. Quant à ceux qui se
livrent à des travaux souvent pénibles, ils doivent par ces réalisations
humaines se perfectionner, aider leurs concitoyens, améliorer les conditions
sociales et celles de la création tout entière; et mieux encore, par une
charité active, une joyeuse espérance, par le support mutuel des épreuves,
imiter le Christ, lui dont les mains s'exercèrent aux travaux manuels et qui
travaille continuellement avec le Père au salut de tous les hommes. Enfin, par
leur travail de chaque jour, ils doivent s'élever à une plus haute sainteté qui
fera d'eux aussi des apôtres.
Quant à ceux qui sont accablés par la pauvreté, la faiblesse, la maladie et l'adversité,
ou qui souffrent persécution pour la justice, qu'ils se sachant unis de façon
particulière au Christ souffrant pour le salut du monde. Le Seigneur dans son
Évangile les a proclamés bienheureux et "le Dieu... de toute grâce, qui
nous a appelés à sa gloire éternelle dans le Christ, après ces quelques
souffrances, achèvera son œuvre, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra
inébranlables" (I Petr. 5, 10).
Tous les fidèles donc se sanctifieront davantage chaque jour dans leur
condition, dans les devoirs de leur état ou les circonstances de leur vie et
par tout ce dont nous venons de parler, à condition de tout accueillir avec foi
de la main du Père céleste et de coopérer avec la volonté divine en manifestant
à tous, dans l'accomplissement de leur tâche temporelle, la charité dont Dieu a
aimé le monde.
42. [Voie et moyens de la sainteté]
"Dieu est amour; et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et
Dieu demeure en lui" (I Jn 4, 16). Or Dieu a répandu son amour dans nos
cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné (cf. Rom. 5, 5); voilà pourquoi
le don primordial et souverainement nécessaire est la charité, par laquelle
nous aimons Dieu par-dessus toute chose et le prochain par amour pour lui. Mais
pour que la charité, comme le bon grain, croisse et produise des fruits, chacun
des fidèles doit s'ouvrir à la parole de Dieu et, avec l'aide de la grâce,
accomplir effectivement la volonté divine, recevoir fréquemment les sacrements,
surtout l'Eucharistie, et participer souvent aux célébrations liturgiques. Ils
s'appliqueront constamment à la prière, à l'abnégation d'eux-mêmes, à servir
assidûment leurs frères et à la pratique de toutes les vertus. La charité, en
effet, en tant que lien de la perfection et accomplissement de la loi (cf. Col.
3. 14; Rom. 13, 10), règle, informe et conduit à leur fin tous les moyens de
sanctification (12). Ainsi la charité envers Dieu et envers le prochain
est-elle la marque distinctive qui caractérise le vrai disciple du Christ.
Jésus, le Fils de Dieu, a manifesté sa charité en offrant sa vie pour nous: nul
donc n'a un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour lui et pour ses
frères (cf. I Jn 3, 16; Jn 15, 13). Dès l'origine, des chrétiens ont été
appelés -- et toujours certains le seront, -- à rendre à la face de tous, et
surtout des persécuteurs, ce suprême témoignage de l'amour. Aussi le martyre,
où le disciple devient semblable au Maître, en acceptant volontiers la mort
pour le salut du monde, où il lui devient conforme par l'effusion du sang,
est-il estimé par l'Église comme une faveur du plus haut prix et la marque de
la suprême charité. Et si ce privilège échoit au petit nombre, tous doivent
cependant être prêts à confesser le Christ devant les hommes et à le suivre sur
le chemin de la croix, dans les persécutions qui ne manquent jamais .à
l'Église.
Pareillement la sainteté de l'Église affectionne particulièrement les multiples
conseils dont le Seigneur dans l'Évangile propose l'observance à ses disciples
(13). En tête de ces conseils il faut placer le don précieux de la grâce, que
le Père accorde à quelques-uns (cf. Mt. 19, 11; I Cor. 7, 7), de se consacrer à
Dieu seul (14) par la virginité ou le célibat, avec un cœur plus facilement
intègre (cf. I Cor. 7, 32-34). Cette parfaite continence en vue du Royaume des
cieux, l'Église, qui en a toujours eu une très haute idée, la considère comme
un signe et un stimulant de la charité et comme une source peu commune de
fécondité spirituelle dans le monde.
L'Église se souvient aussi de l'avertissement de l'Apôtre invitant les fidèles
à la charité, les exhortant à avoir en eux les mêmes sentiments qui furent en
Jésus-Christ, lequel "s'est anéanti lui-même en prenant la nature
d'esclave... en se faisant obéissant jusqu'à la mort (Phil. 2, 7-8), et pour
nous "de riche qu'il était se fit pauvre" (II Cor. 8, 9). Cette
charité et cette humilité du Christ ne peuvent en aucun moment se passer de
l'imitation ou du témoignage qu'en donnent ses disciples. Notre Mère l'Église
se réjouit donc de constater qu'en son sein beaucoup d'hommes et de femmes
suivent de plus près cet anéantissement du Sauveur et le manifestent de façon
plus éclatante en embrassant la pauvreté dans la liberté des fils de Dieu et en
renonçant à leur propre volonté; en d'autres termes, que des chrétiens se
soumettent à un homme pour l'amour de Dieu, en ce qui regarde la perfection,
au-delà de l'étroite mesure du précepte, afin de se conformer davantage au
Christ obéissant (15).
Tous les fidèles donc sont invités -- et même tenus -- à rechercher la sainteté
et la perfection de leur état. A cette fin, qu'ils s'efforcent d'orienter leurs
tendances dans la voie droite, de peur que l'usage des choses de ce monde et un
attachement aux richesses contraire à l'esprit de la pauvreté évangélique
n'entravent chez eux la poursuite de la charité parfaite. C'est ainsi en effet
que l'Apôtre nous met en garde: Ceux qui usent de ce monde ne doivent pas s'y
arrêter; car elle passe, la figure de ce monde (16) (Cf. I Cor. 7, 31 gr.).
1. Missel Romain, Gloria in excelsis. Cf. Lc 1,
35; Mc 1, 24; Lc 4, 34; 1o. 6, 69 (ho hagios tou Theou); Act. 3, 14; 4, 27 et
30; Hebr. 7, 26; I Io. 2, 20; Apoc. 3, 7.
2. Cf. Origenes, Comm. Rem. 7, 7: PG 14, 1122 B. Ps.-Macarius, De Oratione, 11:
PG 34, 861 AB. S. Thomas, Summa Theol. lI-II, q. 184, a 3,
3. Cf. S. Augustinus, Retract. II, 18: PL 32, 637 s. - Pius XII, Litt. Encycl.
Mystici Corporis, 29 juin 1943: AAS 35 (1943) p. 225.
4. Cf. Pius XI, Litt. Encycl. Rerum omnium, 26 janv. 1923: AAS 15 (1923) p. 50
et pp. 59-60. Litt. Encycl. Casti Connubii, 31 déc. 1930: AAS 22 (1930) p. 548.
Pius XII, Const. Apost. Provida Mater, 2 févr. 1947: AAS 39 (1947) p. 117.
Alloc. Annus sacer, 8 déc. 1950: AAS 43 (1951) pp. 27-28. Alloc. Nel darvi. 1
iuillet 1956: AAS 48 (1956) p. 574 s.
5. Cf. s. Thomas, Summa Theol. II-II, q. 184, a. 5 et 6. De perf. vitae spir.,
c. 18. Origenes, In Is. Hem. 6, 1: PG 13, 239.
6. Cf. S. lgnatius M., Magn. 13, 1: ed. Funk, I, p. 241.
7. Cf. S. Pius X, Exhort. Haerent animo, 4 août 1908: AAS 41 (1908) p. 560 s.
Cod.Iurt. Can., can. 124. Plus XI, Litt. Encycl. Ad catholici sacerdotü, 20
déc. 1935: AAS 28 (1936) p. 22 s.
8. Ordo consecrationis sacerdotalis, exhortation initiale.
9. Cf. S. lgnatius M., Trall. 2, 3: ed. Funk, 1, p. 244.
10. Cf. Pius XII, Alloc. Sous la maternelle protection. 9 déc. 1957: AAS 50
(1958) p. 36.
11. Pius XI, Litt. Encycl. Casti Connubii, 31 déc. 1930: AAS 22 (1930) p. 548
s. Cf. S. Io. Chrysostomus. In Ephes. Hom. 20, 2: PG 62, 136 ss.
12. Cf. S. Augustinus, Enchir. 121, 3~ PL 40, 288. S. Thomas, Summa Theol.
II-II, q. 184, a. 1. Plus XII, Exhort. Apost. Menti nostrae, 23 sept. 1950: AAS
42 (1950) p. 660.
13. Sur les conseils en général, cf. Origenes, Comm. Rem. X, 14: PG 14, 1275 B.
S. Augustinus. De S. Virginitate, 15, 15: PL 40, 403. S. Thomas Summa Theol.
I-II, q. 100, a. 2 C (in fine); II-II, q. 44, a. 4, ad 3.
14. Sur l'excellence de la sainte virginité, cf. Tertullianus, Exhort. Cast.
I0: PL 2, 925 C. S. Cyprianus, Hab. Virg. 3 et 22: PL 4, 443 B et 461 A s, S.
Athanasius (7) De l/irg.: PG 28, 252 ss. S. Io. Chrysostomus, De Virg.: PG 48,
533 ss.
15. Sur la pauvreté en esprit, cf. Mt. 5, 3 et 19, 21; Mc 10, 21; Lc 18, 22;
sur l'obéissance est rappelé l'exemple du Christ in 1o. 4, 34 et 6, 38; Phil.
2, 8-10; Hébr. 10, 5-7. Les Pères et les fondateurs d'Ordres en parlent
continuellement.
16. Sur la pratique effective des conseils évangéliques qui n'est pas imposée à
tous, cf. S. Io. Chrysostomus, In Matth. Hem. 7, 7: PG 57, 81 s. S, Ambrosius,
De Viduis, 4, 23: PL 16, 241 s.
CHAPITRE VI
LES RELIGIEUX
43. [La profession des conseils évangéliques dans l'Église]
Les conseils évangéliques de la chasteté consacrée à Dieu, de la pauvreté et de
l'obéissance, fondés sur les paroles et les exemples du Seigneur et recommandés
par les Apôtres, les Pères, les docteurs et les pasteurs de l'Église, sont un
don divin que l'Église a reçu de son Seigneur et qu'elle conserve toujours avec
sa grâce. Guidée par l'Esprit-Saint, l'autorité de l'Église s'est, pour sa
part, employée à les interpréter, à en régler la pratique et, en s'inspirant
d'eux, à constituer même des états de vie stables. Tel un arbre dont la semence
divine éclate, dans le champ du Seigneur, en ramifications aussi diverses
qu'admirables, il en est résulté une efflorescence de genres de vie --vie solitaire
ou vie commune -- et de familles de toute espèce, qui développent leurs
ressources tant pour le bien de leurs membres que pour celui de tout le Corps
du Christ (1). En effet, ces familles procurent à leurs membres le soutien
d'une plus grande stabilité dans la manière de vivre, d'une doctrine éprouvée
capable de conduire à la perfection, d'une communion fraternelle dans la milice
du Christ et d'une liberté fortifiée par l'obéissance. Ceux-ci pourront alors
remplir en sécurité et garder avec fidélité l'engagement de leur profession, et
marcher joyeusement dans la voie de la charité (2).
Si l'on considère la constitution divine et hiérarchique de l'Église, un tel
état n'est pas intermédiaire entre la condition cléricale et la condition
laïque; mais, à partir de ces deux conditions, quelques fidèles sont appelés
par Dieu à jouir d'un don spécial dans la vie de l'Église et, chacun à sa
manière, à aider celle-ci dans sa mission salvatrice (3).
44. [Nature et importance de l'état religieux dans l'Église]
Par les vœux ou d'autres liens sacrés qui, de soi, s'en rapprochent et par
lesquels il s'obligent à observer les trois conseils évangéliques déjà
mentionnés, le fidèle se donne totalement à Dieu dans un suprême acte d'amour;
si bien que c'est à un titre nouveau et tout à fait particulier qu'il s'attache
au service de Dieu et à son honneur. Sans doute par le baptême il est mort au
péché et consacré à Dieu; cependant il cherche à recueillir des fruits plus
abondants de la grâce baptismale et, par la profession des conseils
évangéliques dans l'Église, il entend se libérer des entraves qui pourraient
diminuer chez lui la ferveur de la charité autant que la perfection du culte
divin, et il se consacre plus intimement au service de Dieu (4). Au reste, la
consécration sera d'autant plus parfaite que des liens plus solides et plus
stables signifieront davantage l'union indissoluble du Christ avec l'Église,
son Épouse.
Par la charité à laquelle ils conduisent (5), les conseils évangéliques
unissent d'une manière spéciale leurs adeptes à l'Église et à son mystère;
aussi convient-il que la vie spirituelle de ces derniers soit consacrée au bien
de toute l'Église. De là vient pour eux le devoir de travailler, dans la mesure
de leurs forces et selon la vocation qui est la leur, soit par la prière, soit
par d'autres activités, à enraciner et à consolider dans les âmes le Règne du
Christ et à l'étendre à toutes les parties du monde. Pour ce motif l'Église
protège et soutient, elle aussi, le caractère particulier des divers Instituts
religieux.
Ainsi, la profession des conseils évangéliques apparaît-elle comme un signe qui
peut et doit inciter efficacement tous les membres de l'Église à
l'accomplissement joyeux des devoirs inhérents à leur vocation chrétienne. En
effet, le Peuple de Dieu ne possède pas ici de cité permanente, mais chemine,
en quête de ta cité future; l'état religieux, qui rend ses adeptes plus libres
à l'égard des soucis terrestres, manifeste donc davantage à tous les croyants
les biens célestes déjà présents en ce monde, témoigne plus éloquemment de la
vie nouvelle et éternelle acquise par la Rédemption du Christ et annonce avec
plus de force la future résurrection et la gloire du Royaume céleste. De même
l'état religieux imite plus fidèlement et sans cesse représente dans l'Église
le genre de vie que le Fils de Dieu a embrassé, quand il est venu dans le monde
pour faire la volonté du Père, et qu'il a lui-même proposé aux disciples qui
l'accompagnaient. Enfin, cet état manifeste d'une manière spéciale que le Royaume
de Dieu l'emporte sur toutes les choses terrestres et en découvre les exigences
suprêmes; il fait éclater aux yeux de tous les hommes la grandeur incomparable
de la puissance du Christ-Roi et la richesse infinie de l'Esprit-Saint qui
opère admirablement dans l'Église.
Aussi un tel état, qui est constitué par la profession des conseils
évangéliques, s'il n'appartient pas à la structure hiérarchique de l'Église,
est cependant lié de près à sa vie et à sa sainteté.
45. [L'autorité de l'Église à l'égard des religieux]
La hiérarchie ecclésiastique a pour mission de paître le Peuple de Dieu et de
le conduire vers des pâturages fertiles (cf. Ezéch. 34, 14). Il lui appartient
donc de régler avec sagesse par ses lois la pratique des conseils évangé1iques,
source abondante de charité envers Dieu et envers le prochain (6). En outre
c'est elle qui, docile aux impulsions de l'Esprit-Saint, accueille les règles
proposées par des hommes et des femmes éminents et, une fois terminée la
révision de ces règles, les approuve authentiquement. Avec son autorité
vigilante, elle accorde sa protection et son assistance aux instituts érigés en
tous lieux pour l'édification du Corps du Christ, afin qu'ils croissent, se
développent et fleurissent selon l'esprit des fondateurs.
Afin de pourvoir le mieux possible aux besoins de tout le troupeau du Seigneur,
chaque institut de perfection et chacun de ses membres peuvent être soustraits
par le souverain Pontife, en raison de sa primauté sur l'Église universelle et
en considération du bien général, à la juridiction de l'Ordinaire du lieu et
n'être soumis qu'à lui seul (7). De même ceux-ci peuvent-ils être laissés ou
confiés à leur propre autorité patriarcale. Tout en servant l'Église selon le
genre de vie qui leur est particulier. les religieux doivent aux évêques,
conformément aux lois canoniques, respect et obéissance en raison de l'autorité
pastorale qui appartient aux évêques dans les églises particulières et en vue
de l'unité et de la concorde nécessaires dans le travail apostolique (8).
L'Église, par la sanction de sa loi, ne se contente pas d'élever la profession
religieuse à la dignité d'un état canonique; par son action liturgique, elle la
présente comme un état consacré à Dieu. L'Église elle-même, en effet, de par
l'autorité que Dieu lui a confiée, reçoit les vœux de ceux qui font la
profession, elle supplie Dieu, par sa prière publique, de les aider et de leur
accorder ses grâces, elle les recommande à Dieu et leur impartit la bénédiction
spirituelle, en associant leur offrande au sacrifice eucharistique.
46. [Grandeur de la consécration religieuse]
Avec une grande sollicitude, les religieux mettront l'Église à même de
manifester chaque jour davantage, grâce à eux et en toute vérité, aux infidèles
comme aux fidèles, le Christ en contemplation sur la montagne, le Christ
annonçant le royaume de Dieu aux foules, le Christ guérissant les malades et
les blessés, convertissant les pécheurs à une meilleure vie, bénissant les
enfants, faisant du bien à tous, et obéissant toujours à la volonté du Père qui
l'a envoyé (9).
Enfin tous auront égard au fait que la profession des conseils évangéliques,
qui comporte le renoncement à des biens sans doute très estimables, loin de
s'opposer au progrès véritable de la personne humaine, cherche plutôt, par sa
nature même, à le promouvoir au plus haut point. Les conseils volontairement
embrassés selon la vocation propre à chacun aident considérablement, en effet,
à la purification du cœur et à la liberté spirituelle. Ils tiennent
continuellement en éveil la ferveur de la charité et, ainsi qu'il est prouvé
par l'exemple de tant de saints fondateurs, ils sont davantage capables de
conformer le chrétien à cette vie de virginité et de pauvreté que le Christ
Notre-Seigneur a choisie pour lui et que la Vierge, sa Mère, embrassa. Il ne
faut pas penser que les religieux, du fait de leur consécration, deviennent
étrangers aux hommes et inutiles dans la cité terrestre. Même si parfois ils
n'apportent pas une aide directe à leurs contemporains, ils leur sont cependant
présents d'une manière plus profonde dans la tendresse du Christ, et ils
collaborent spirituellement avec eux, afin que l'édification de la cité
terrestre soit toujours fondée dans le Seigneur et dirigée vers lui, et que
ceux qui l'édifient ne travaillent pas en vain (10).
En conséquence, le saint Concile encourage et loue les hommes et les femmes,
Frères et Sœurs qui, dans les monastères, les écoles les hôpitaux ou les
missions, embellissent l'Épouse du Christ par leur persévérante et humble fidélité
à la consécration dont on vient de parler, et qui rendent généreusement à tous
les hommes les services les plus divers.
47. [Conclusion]
Chacun de ceux qui sont appelés à la profession des conseils s'emploiera avec
le plus grand soin à persévérer et à exceller davantage dans la vocation à
laquelle Dieu l'a appelé. Il en résultera pour l'Église une plus abondante
sainteté et pour l'unique et indivisible Trinité, qui est dans le Christ et par
lui la source de toute sainteté, une gloire toujours plus grande.
1. Cf. Rosweydus, Vitae Patrum, Antwerpiae.
1628. Apophtegmata Patrum: PG 65. Palladius, Historia Lausiaca: PG 34, 995 ss.;
ed. C. Butlet, Cambridge 1898 (1904). Pius XI, Const. Apost. Umbratilem, 8
juillet 1924; AAS 16 (1924) pp. 386-387. Pius XII, Alloc. Nous sommes heureux,
11 avr. 1958: AAS 50 (1958) p. 283.
2. Paulus VI. Alloc. Magno gaudio, 23 mai 1964: AAS 56 (1964) p. 566.
3. Cf. Cod. Iur. Can., c. 487 et 488, 4°. Pius XII, Alloc. Annus sacer, 8 déc.
1950: AAS 43 (1951) p. 27 s. Pius XII, Const. Apost. Provida Mater, 2 févr.
1947: AAS 39 (1947.} p. 120 ss.
4. Paulus VI, 1. c., p. 567.
5. Cf. S. Thomas, Summa Theol. II-ll, q. 184, a. 3 et q. 188, a. 2. S.
Bonaventura, Opusc. XI, Apologia Pauperum, c. 3, 3: ed. Opera, Quaracchi, t. 8,
1898, p. 245 a.
6. Cf. Conc. Vat. I, Schema De Ecclesia Christi, cap. XV, et Adnot. 48: Mansi
51, 549 s. et 619 s. -- Leo XIII, Epist. Au milieu des consolations, 23 déc.
1900: ASS 33 (1900-01) p. 361. Pius XII, Const. Apost. Provida Mater, 1. c., p.
114 s.
7. Cf. Leo XIII, Const. Romanos Pontifices, 8 mai 1881: ASS 13 (1880-81) p.
483. Pius XII. Alloc. Annus sacer, 8 déc. 1950: AAS 43 (1951) p. 28 s.
8. Cf. Plus XII, Alloc. Annus sacer. 1. c., p. 28. Pius XII, Const. Apost.
Sedes Sapientiae, 31 mai 1956: AAS 48 (1956) p. 355. Paulus VI, 1. c. pp.
570-571.
9. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, 29 juin 1943: AAS 35 (1943) p.
214 s.
10. Cf. Pius XII. Alloc. Annus sacer, 1. c., p. 30. Alloc. Sous la maternelle
protection, 9 déc. 1957: AAS 50 (1958) p. 39 s.
CHAPITRE VII
L'ÉGLISE EN MARCHE: SON CARACTÈRE ESCHATOLOGIQUE ET SON UNION
AVEC L'ÉGLISE DU CIEL
48. [Caractère eschatologique de la vocation chrétienne]
L'Église, à laquelle nous sommes tout appelés en Jésus-Christ et dans laquelle
nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu, ne recevra son achèvement que
dans la gloire céleste, lorsque viendra le temps de la restauration universelle
(cf. Act. 3, 21) et que tout l'univers, intimement uni à l'homme grâce auquel
il parvient à sa fin, sera, lui aussi, parfaitement restauré dans le Christ
avec le genre humain (cf. Eph. 1.10; Col. 1, 20; II Petr. 3, 10-13).
En vérité le Christ, au jour de son exaltation, attira tout à lui (cf. Jn 12,
32 gr.). Ressuscité des morts (cf. Rem. 6, 9), il envoya aux Apôtres son Esprit
vivifiant et, par lui, se constitua un Corps, l'Église, sacrement universel du
salut. Assis à la droite du Père, il opère continuellement dans le monde pour
conduire les hommes à l'Église et, par elle, les unir plus étroitement à lui;
pour les rendre enfin participants de sa vie glorieuse en les nourrissant de
son Corps et de son Sang. Ainsi, la restauration promise que nous attendons a
déjà commencé dans le Christ; elle progresse avec l'envoi du Saint-Esprit et,
grâce à lui, continue dans l'Église dont la foi nous apprend aussi le sens de
notre vie temporelle, tandis que nous accomplissons, dans l'espérance des biens
futurs, l'œuvre que le Père nous a donné à faire en ce monde et que nous
opérons notre salut (cf. Phil. 2, 12).
Nous voilà donc déjà parvenus à la fin des temps (cf. I Cor. I0, 11); le
renouvellement de l'univers est irrévocablement établi et, en un certain sens,
il a vraiment commencé dès ici-bas. Dès ici-bas l'Église est, en effet,
auréolée d'une sainteté véritable, si imparfaite qu'elle soit. Mais tant qu'il
n'y aura pas de nouveaux cieux et de terre nouvelle où habite la justice (cf.
II Petr. 3, 13), l'Église voyageuse portera, dans ses sacrements et dans ses
institutions, qui appartiennent à l'ère présente, le reflet de ce monde qui
passe; elle-même vit au milieu des créatures, qui jusqu'à présent soupirent et
souffrent les douleurs de l'enfantement en attendant la révélation des fils de
Dieu (cf. Rom. 8, 22 et 19)·
Unis donc avec le Christ dans l'Église et marqués par le Saint-Esprit "qui
est la garantie de notre héritage" (Eph. 1, 14), nous sommes appelés fils
de Dieu et en vérité nous le sommes (cf. I Jn 3, 1); mis nous n'avons pas
encore paru avec le Christ, dans la gloire (cf. Col. 3, 4). C'est là que nous
serons semblables à Dieu, car nous le verrons tel qu'il est (cf. I Jn 3, 2).
Ainsi donc, "tant que nous demeurons dans ce corps, nous vivons exilés
loin du Seigneur" (II Cor. 5, 6) et, possédant les prémices de l'Esprit,
nous gémissons au fond de nous-mêmes (cf. Rom. 8, 23) et nous souhaitons être
avec le Christ (cf. Phil. 1, 23). C'est la même charité qui nous presse de
vivre plus intensément pour lui, qui est mort et ressuscité pour nous (cf. II
Cor. 5, 15). Aussi nous efforçons-nous de plaire au Seigneur (cf. II Cor. 5, 9)
et nous revêtons-nous des armes de Dieu afin de pouvoir tenir ferme contre les
ruses du diable et, au jour mauvais, résister (cf. Eph. 6, 11-13). Mais comme
nous ne connaissons ni le jour ni l'heure, il nous faut, selon l'avertissement
du Seigneur, veiller assidûment afin qu'au terme de notre unique vie terrestre
(cf. Hébr. 9, 27), nous méritions d'avoir avec lui accès au festin nuptial et
d'être comptés parmi les bienheureux (cf. Mt. 25, 31-46), plutôt que d'être
jetés, sur son ordre, dans le feu éternel (cf. Mt. 25, 41), comme il arriva aux
serviteurs mauvais et paresseux (cf. Mt. 25, 26), dans les ténèbres extérieures
où "il y aura des pleurs et des grincements de dents" (Mt. 22, 13 et
25, 30). En effet, avant de régner avec le Christ glorieux, nous comparaîtrons
tous "devant le tribunal du Christ, pour recevoir chacun le salaire du
bien ou du mal que nous aurons accompli durant notre vie corporelle" (Il
Cor. 5, I0); et à la fin du monde "ceux qui auront fait le bien en
sortiront pour la résurrection de la vie, et ceux qui auront fait le mal, pour
la résurrection de la damnation" (Jn 5, 29; cf. Mt. 25, 46). Estimant donc
que "les souffrances de cette vie ne peuvent se comparer à la gloire qui
doit un jour nous être révélée" (Rom. 8, 18; cf. II Tim. 2, 11-12), nous
attendons, fermes dans la foi, "le bienheureux objet de notre espérance et
la glorieuse manifestation de notre grand Dieu et Sauveur le Christ Jésus"
(Tim. 2, 13), "qui viendra transformer notre corps humilié, en le rendant
.semblable à son corps glorieux" (Phil. 3, 21), qui "viendra peur
être glorifié dans ses saints et être admiré en tous ceux qui auront cru"
(II Thess., 1, 10).
49. [La Communion entre l'Église du ciel et l'Église de la terre]
Ainsi, en attendant que le Seigneur, escorté de tous ses Anges (cf. Mt. 25,
31), revienne dans sa gloire et que, la mort une fois détruite, toutes choses
lui soient soumises (cf. I Cor. 15, 26-27), certains de ses disciples cheminent
sur la terre tandis que d'autres, après cette vie, subissent la purification et
que d'autres enfin, jouissant de la gloire, contemplent "clairement Dieu
un et trine, tel qu'il est" (1) Tous cependant, bien qu'à des degrés
divers et de façon différente, nous communions dans le même amour de Dieu et du
prochain et nous chantons à notre Dieu la même hymne de gloire. En effet, tous
ceux qui sont du Christ, pour avoir reçu son Esprit, sont unis en une seule
Église et adhèrent les uns aux autres en lui (cf. Eph. 4, 16). L'union de ceux
qui sont en route avec les frères qui se sont endormis dans la paix du Christ,
loin donc d'être rompue, se trouve au contraire renforcée par la communication
des biens spirituels, selon la croyance immuable reçue dans l'Église (2). Du
fait de leur union très intime avec le Christ, les bienheureux affermissent
davantage dans la sainteté l'Église tout entière; ils ennoblissent le culte
qu'elle rend à Dieu sur cette terre et contribuent de plusieurs manières à
l'œuvre grandissante de son édification (3) (cf. I Cor. 12, 12-27). En effet,
une fois accueillis dans la patrie céleste et demeurant auprès du Seigneur (cf.
II Cor. 5, 8), par Lui, avec Lui et en Lui ils ne cessent d'intercéder pour
nous auprès du Père (4), d'offrir les mérites qu'ils ont acquis sur terre grâce
au Christ Jésus, unique Médiateur entre Dieu et les hommes (cf. I Tim. 2, 5),
en servant le Seigneur en toute chose et en achevant ce qui manque aux
tribulations du Christ dans leur chair en faveur de son Corps, qui est l'Église
(5) (cf. Col. 1, 24). C'est donc une aide très appréciable que leur fraternelle
sollicitude apporte à notre faiblesse.
50. [Les rapports de l'Église de la terre avec l'Église du ciel]
Consciente de cette communion qui unit tous les membres du Corps mystique de
Jésus-Christ, l'Église en marche vers Dieu a honoré avec une grande piété la
mémoire des défunts, et cela dès les premiers siècles de l'ère chrétienne (6);
et "puisqu'il est saint et salutaire de prier pour les défunts afin qu'ils
soient absous de leurs péchés" (II Macc. 12, 46), elle a même offert pour
eux des suffrages. Que les apôtres et les martyrs du Christ, qui par l'effusion
de leur sang ont donné le témoignage suprême de la foi et de la charité, nous
soient plus étroitement unis dans le Christ, l'Église l'a toujours cru; elle
les a vénérés avec une ferveur particulière en même temps que la bienheureuse
Vierge Marie et les saints Anges (7), et elle a pieusement imploré le secours
de leur intercession. Très tôt elle leur associa d'autres hommes qui avaient de
plus près imité la virginité et la pauvreté du Christ (8), et finalement tous
ceux que leur remarquable exercice des vertus chrétiennes (9) et les charismes
divins recommandaient à la pieuse dévotion et à l'imitation des fidèles (10).
Lors donc que nous considérons la vie de ceux qui ont fidèlement suivi le
Christ, nous découvrons un nouveau motif de rechercher la Cité future (cf.
Hébr. 13, 14 et I1, I0) et tout d'un coup nous apprenons la voie sûre par
laquelle, au milieu de l'agitation du monde, nous pourrons, chacun selon son
état de vie et sa condition particulière, arriver à l'union parfaite avec le
Christ, ou, si l'on veut, à ta sainteté (11). C'est en effet dans la vie de
ceux qui, tout en partageant notre condition humaine, reflètent pourtant
davantage les traits du Christ (cf. II Cor. 3, 18), que Dieu se fait présent,
qu'il manifeste avec éclat son visage. En eux c'est lui-même qui nous parle et
nous montre le signe de son Royaume (12); et c'est vers ce Royaume que, guidés
par ces hommes, témoins de la vérité de l'Évangile (cf. H6br. 12, 1), nous nous
sentons puissamment attirés.
Cependant nous ne vénérons pas la mémoire des saints uniquement pour leur
exemple, mais plus encore pour que l'union de toute l'Église dans l'Esprit se
fortifie par la pratique de la charité fraternelle (cf. Eph. 4, 1-6). Car, de
même que notre communion de chrétiens en marche vers Dieu nous rapproche
davantage du Christ, ainsi la fraternité entre nous et les saints nous unit au
Christ, Source et Tête, qui dispense toute grâce et la vie du Peuple même de
Dieu (13) Il convient donc au plus haut point que nous aimions ces amis et
cohéritiers de Jésus-Christ, qui sont aussi nos frères et d'éminents
bienfaiteurs, et que pour eux nous rendions à Dieu de dignes actions de grâces
(14), "que nous leur adressions des supplications et recourions à leurs
prières et à leur aide puissante pour obtenir de Dieu des grâces par son Fils
Jésus-Christ, qui seul est notre Rédempteur et Sauveur" (15). En effet,
tout témoignage authentique d'amour que nous donnons aux saints, par sa nature
tend et aboutit au Christ, qui est "la couronne de tous les saints"
(16) et par lui à Dieu, qui est admirable dans ses saints et glorifié en eux
(17).
Mais notre union avec l'Église céleste se réalise de la manière la plus
éclatante -- et avant tout dans la sainte Liturgie où la vertu du Saint-Esprit
agit sur nous par les signes sacramentels, -- lorsque nous célébrons dans une
commune allégresse, les louanges de la divine majesté (18) et que tous, de
quelque tribu, langue, peuple et nation que nous soyons, rachetés par le sang
du Christ (cf. Apoc. 5, 9) et rassemblés en une Église unique, nous chantons
d'une même voix les louanges du Dieu un et trine. Ainsi quand nous célébrons le
.sacrifice eucharistique, nous nous unissons très intimement au culte de
l'Église céleste; réunis dans une même assemblée, nous vénérons d'abord la
mémoire de la glorieuse Marie, toujours Vierge, mais aussi du bienheureux
Joseph, des bienheureux apôtres et martyrs et de tous les saints (19).
51. [Directives pastorales]
Cette vénérable croyance qu'avaient nos aînés en une communion de vie avec nos
frères qui jouissent de la gloire céleste ou avec ceux qui après la mort sont
encore en état de purification, ce saint Concile la recueille avec grand
respect; et, de nouveau, il propose les décrets du deuxième Concile de Nicée
(20), du Concile de Florence (21) et de celui de Trente (22) recommande à tous
ceux que la chose concerne de s'employer à écarter ou à corriger les abus, les
excès ou les défauts qui se seraient glissés ici ou là, et à tout rétablir pour
une plus grande gloire du Christ et de Dieu. Qu'ils enseignent donc aux fidèles
que le vrai culte des saints ne consiste pas tant dans la multiplicité des
actes extérieurs que dans l'intensité de notre amour effectif, amour qui, pour
notre plus grand bien et celui de l'Église, nous fait chercher "dans la
vie des saints un exemple, dans leur communion une participation à leurs biens
et dans leur intercession un secours" (23). D'autre part, qu'ils
enseignent aux fidèles que nos relations avec les bienheureux, à condition de
concevoir celles-ci dans la lumière plus pleine de la foi, ne diminuent en rien
le cuite d'adoration rendu à Dieu le Père par le Christ dans l'Esprit, mais au
contraire l'enrichissent davantage (24).
Nous tous, en effet, qui sommes fils de Dieu et constituons dans le Christ une
seule famille (cf. Hébr. 3, 6), tant que nous communions entre nous dans la
charité mutuelle et dans l'unique louange de la très sainte Trinité, nous
correspondons à la vocation infime de l'Église et nous participons, comme par
un avant-goût, à la liturgie de la parfaite gloire (25). Quand le Christ
apparaîtra et que se produira la glorieuse résurrection des morts, la Cité
céleste, dont l'Agneau sera la lampe, s'illuminera de la clarté de Dieu (cf. Apoc.
21, 23). Alors toute l'Église des saints, dans la suprême félicité de la
charité, adorera Dieu et "l'Agneau qui a été immolé" (Apoc. 5, 12),
en proclamant d'une voix unanime: "A Celui qui siège sur le trône et à
l'Agneau, louange, honneur, gloire et puissance aux siècles des siècles"
(Apoc, 5, 13).
1. Conc. Florentinum, Decretum pro Graecis:
Denz. 693 (1305).
2. Outre les documents plus anciens contre toute forme d'évocation des esprits
depuis Alexandre IV (27 sept. 1258). cf. Encycl. S. S. C. S. Officii, De
magnetismi abusu, 4 août 1856: AAS (1865) pp. 177-178, Denz. 1653-1654
(2823-2825); réponse de S. S. C. S. Officii, 24 avr. 1917: AAS 9 (1917) p. 268,
Denz. 2182 (3642).
3. Voir l'exposé synthétique de cette doctrine paulinienne dans: Pius XII, Litt.
Encycl. Mystici Corporis: AAS 35 (1943) p. 200 et passim.
4. Cf., i. a., S. Augustinus, Enarr. in Ps. 85, 24: PL 37, 1099. S. Hicronymus,
Liber contra Vigilantium, 6: PL 23, 344. S. Thomas, In 4nt Sent., d. 45. q. 3,
a. 2. S. Bonaventura, In 4m Sent., d. 45, a. 3. q. 2; etc.
5. Cf. Pius XII. Litt. Encycl. Mystici Corporis. AAS 35 (1943) p. 245.
6. Cf. de nombreuses inscriptions dans les Catacombes romaines.
7. Cf. Gelasius 1. Decretalis De libris recipiendis, 3: PL 59, 160, Denz. 165
(353).
8. Cf. S. Methodius Symposion, VII, 3: GCS (Bonwetsch), p. 74.
9. Cf. Benedictus XV, Decretum approbationis virtutum in Causa beatificationis
et canonizationis Servi Dei Ioannis Nepomuceni Neumann: AAS 14 (1922) p. 23;
nombre d'allocutions de Pie XI sur les Saints: lnviti all'eroismo. Discorsi...
t. I-III, Romae 1941-1942, passim; Pius XII, Discorsi e Radiomessaggi, t. 10,
1949, pp. 37-43.
10. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Mediator Dei: AAS 39 (1947) p. 581.
11. Cf. Hebr. 13.7; Eccli. 44-50; Hebr. 11, 3-40; Cf. aussi Pie XII, Litt.
Encycl. Mediator Dei: AAS 39 (1947) pp. 582-583.
12. Cf. Conc. Vaticanum I. Const. De fide catholica, cap. 3: Denz. 1794 (3013).
13. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis: AAS 35 (1943) p. 216
14. Sur la gratitude envers les Saints, cf. E. Diehl, Inscriptiones latinae
christianae veteres, I, Berolini, 1925, nn. 2008, 2382 et passim.
15. Conc. Tridentinum, Sess. 25, De invocatione... Sanctorum: Denz. 98] (1821).
16. Bréviaire Romain, invitatorium in festo Sanctorum Omnium.
17. Cf. par ex. 2 Thess. I, I0.
18. Conc. Vaticanum II, Const. De Sacra Liturgia, cap. 5, n. 104: AAS 56
(1964), pp. 125-126 [P. 157].
19. Canon de la Messe Romaine.
20. Conc. Nicaenum II, Act. VII: Denz. 302 (600).
21. Conc. Florentinum, Decretum pro Graecis. Denz. 693 (1304).
22. Conc. Tridentinum, Sess. 35, De invocatione veneratione et reliquiis
Sanctorum et sacris imaginibus: Denz. 984-988 (1821-1824); Sess. 25, Decretum
de Purgatorio: Denz. 983 (1820); Sess. 6, Decretum de iustificatione, can. 30:
Denz. 840 (1580).
23. De la Préface des saints concédée à quelques diocèses.
24. Cf. S. Petrus Canisius, Catechismus Maior seu Summa Doctrinae christianae,
cap. III (ed. crit. F. Streicher), lère partie, pp. 15-16, n. 44 et pp.
100-101, n. 49.
25. Cf. Conc. Vaticanum II, Const. De Sacra Liturgia, cap. 1, n. 8: AAS 56
(1964), p. 101 [P. 131l.]
CHAPITRE VIII
LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE
MÈRE DE DIEU DANS LE MYSTÈRE DU CHRIST
ET DE L'ÉGLISE
1 -- PRÉAMBULE
52. [La sainte Vierge dans le mystère du Christ]
Dieu, très bienveillant et très sage, voulant accomplir la rédemption du monde,
"lorsque les temps ont été révolus, a envoyé son Fils, qui est né d'une
femme... afin de faire de nous des fils adoptifs" (Gal. 4, 4-5).
"Pour nous hommes et pour notre salut il est descendu du ciel et s'est
incarné par l'œuvre de l'Esprit-Saint dans la Vierge Matie" (1). Ce divin
mystère du salut nous est révélé et se continue dans l'Église, que le Sauveur a
constituée comme son corps et dans laquelle les fidèles, adhérant au Christ comme
à leur Tête et vivant en communion avec tous ses saints, doivent également
vénérer le souvenir "avant tout de la glorieuse et toujours Vierge Marie,
Mère de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ" (2).
53. [La sainte Vierge et l'Église]
En effet, la Vierge Marie, qui, à l'annonce de l'Ange, accueillit dans son cœur
et dans son corps .le Verbe de Dieu et apporta la vie au monde, est reconnue et
honorée comme 1a vraie Mère de Dieu et du Rédempteur. Rachetée d'une manière
très sublime en considération des mérites de son Fils et unie à lui par un lien
étroit et indissoluble, elle est revêtue de la fonction et de la dignité
suprême de Mère du Fils de Dieu. Aussi est-elle la fille préférée du Père et le
temple de l'Esprit-Saint, par le don de cette grâce suprême, elle dépasse de
loin toutes les autres créatures célestes et terrestres.
Cependant, elle est en même temps, de par sa descendance d'Adam unie à tous les
hommes, qui ont besoin du salut; bien plus, elle est "vraiment Mère des
membres (du Christ)... parce qu'elle a coopéré par sa charité à la naissance,
dans l'Église, des fidèles, qui sont les membres de ce Chef" (3). Aussi
est-elle encore saluée du nom de membre suréminent et tout à fait singulier de
l'Église, de figure et de modèle admirable de l'Église dans la foi et dans la
charité l'Église catholique, docile à l'Esprit-Saint, la vénère avec une piété
et une affection filiale comme une mère très aimante.
54. [Intention du Concile]
En conséquence, le saint Concile, au moment où il expose la doctrine relative à
l'Église, en qui le divin Rédempteur opère le salut entend mettre soigneusement
en lumière la fonction de la bienheureuse Vierge dans le mystère du Verbe
incarné et du Corps mystique, et d'autre part, les devoirs des hommes rachetés
envers la Vierge, Mère du Christ et mère des hommes, spécialement celle des
fidèles. Il n'a pas cependant l'intention de proposer un enseignement complet
au sujet de Marie, ni de dirimer des questions que le travail des théologiens
n'a pas encore complètement élucidées. Aussi, gardent leurs droits les opinions
qui sont librement proposées dans les écoles catholiques au sujet de celle qui,
dans la sainte Église, tient la place la plus élevée après le Christ, et en
même temps la plus proche de nous (4).
II - RÔLE DE LA SAINTE VIERGE
DANS L'ÉCONOMIE DU SALUT
55. [La Mère du Messie dans l'Ancien Testament]
Les saintes Lettres de l'Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que la vénérable
Tradition, montrent, avec une clarté grandissante, le rôle de la Mère du
Sauveur dans l'économie du salut et nous la mettent, pour ainsi dire, sous les
yeux. Les livres de l'Ancien Testament décrivent l'histoire du salut, où
lentement se prépara la venue du Christ dans le monde. Ces documents des
premiers âges, selon l'intelligence qu'en a l'Église à la lumière de la
révélation parfaite qui devait suivre, mettent peu à peu en une lumière
toujours plus claire la figure d'une femme: la Mère du Rédempteur. C'est elle
qu'on devine déjà prophétiquement présentée sons cette lumière dans la
promesse, qui est faite à nos premiers parents tombés dans le péché, de la
victoire sur le serpent (cf. Gen. 3, 15). Pareillement, c'est elle, la Vierge
qui concevra et mettra au monde un Fils dont le nom sera Emmanuel (cf. Is. 7,
14; cf. Mich. 5, 2-3; Mt. 1, 22-23). Elle est au premier rang de ces humbles et
de ces pauvres du Seigneur qui attendent le salut avec confiance, et reçoivent
de lui le salut. Et enfin, avec elle, fille sublime de Sion, après la longue
attente de la promesse, les temps s'accomplissent et une nouvelle économie
s'instaure lorsque le Fils de Dieu prend d'elle la nature humaine pour libérer
l'homme du péché par les mystères de sa chair.
56. [Marie à l'Annonciation]
Le Père des miséricordes a voulu que l'acceptation de la mère prédestinée
précédât l'Incarnation; il voulait que de même qu'une femme avait contribué à
donner la mort, de même une femme servît à donner la vie. Et cela vaut d'une
manière extraordinaire pour la Mère de Jésus: elle a donné au monde la Vie même
qui renouvelle tout, et elle a été enrichie par Dieu de dons correspondant à
une si haute fonction. Il n'est pas étonnant que les saints Pères appellent
communément la Mère de Dieu la Toute Sainte, celle qui est indemne de toute
tache du péché, celle qui est façonnée et formée comme une nouvelle créature
par l'Esprit-Saint (5). Ornée dès le premier instant de sa conception des
splendeurs d'une sainteté tout à fait singulière, la Vierge de Nazareth est,
sur l'ordre de Dieu, saluée par l'Ange de l'Annonciation comme "pleine de
grâces" (cf. Lc 1, 28); et elle répond au messager céleste: "Voici la
servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole" (Lc 1, 38).
Ainsi Marie, fille d'Adam, acquiesçant au verbe de Dieu, est devenue Mère de
Jésus et embrassant de plein cœur, sans être entravée par aucun péché, la
volonté salvatrice de Dieu, elle s'est consacrée totalement comme servante du
Seigneur à la personne et à l'œuvre de son Fils, toute au service du mystère de
la Rédemption en dépendance de son Fils et en union avec lui, par la grâce de Dieu
Tout Puissant. C'est donc à juste titre que les saints Pères estiment que Marie
ne fut pas un instrument purement passif dans les mains de Dieu, mais qu'elle
coopéra au salut de l'homme dans la liberté de sa foi et de son obéissance. En
fait, comme le dit saint Irénée, "en obéissant, elle est devenue cause du
salut pour elle-même et pour tout le genre humain" (6). Et, avec Irénée,
bien des anciens Pères affirment volontiers, dans leur prédication, que
"le nœud de la désobéissance d'Ève a été dénoué par l'obéissance de Marie;
ce que la vierge Ève lia par son incrédulité, la foi de la Vierge Marie le
délia" (7); et par comparaison avec Ève ils appellent Marie "Mère des
vivants" (8), et affirment très souvent : "la mort nous est venue par
le moyen d'Ève, la vie par celui de Marie" (9).
57. [La sainte Vierge et l'enfance d e Jésus]
Cette union de la Mère et de son Fils dans l'œuvre de la Rédemption se
manifeste depuis le moment de la conception virginale du Christ jusqu'à sa
mort. C'est d'abord lorsque Marie, qui se porte en hâte vers Élisabeth, est
proclamée par celle-ci bienheureuse à cause de sa foi dans la promesse du
salut; le précurseur se réjouit alors dans le sein de sa mère (cf. Lc I,
41-45).
Cette union se manifeste ensuite à la nativité, lorsque la Mère de Dieu, toute
joyeuse, montra aux bergers et aux Mages son Fils premier-né, lui qui n'a pas
lésé sa virginité, mais l'a consacrée (10).
Quand elle le présenta au Seigneur dans le temple une fois présentée l'offrande
des pauvres, elle entendit Siméon annoncer à la fois que le Fils serait un
signe de contradiction et qu'une épée transpercerait l'âme de la mère, pour que
se révèlent les pensées d'un grand nombre de cœurs (cf. Lc 2, 34-35). Après
avoir perdu l'enfant Jésus et l'avoir cherché avec angoisse, ses parents le
trouvèrent au temple, aux choses de son Père, et ils ne comprirent pas les
paroles du Fils. Sa mère méditait et conservait toutes ces choses en son cœur
(cf. Le
2, 41-51).
58. [La sainte Vierge et le ministère public de Jésus]
Durant la vie publique de Jésus, sa Mère fait des apparitions qui sont pleines
de sens. Dès le début, quand, aux noces de Cana de Galilée, émue de compassion,
elle provoque par son intercession le premier des miracles de Jésus-Messie (cf.
Jn 2, 1-11). Pendant la prédication de Jésus, elle entendit les paroles où son
Fils, plaçant le Royaume au-dessus des rapports et des liens de la chair et du
sang, proclama bienheureux ceux qui écoutent et gardent la parole de Dieu (cf.
Mc 3, 35; Lc 11, 27-28), ainsi qu'elle le faisait avec fidélité (cf. Lc 2, 19
et 51). Ainsi même la bienheureuse Vierge progressa sur le chemin de la foi, et
elle resta fidèlement unie à son Fils jusqu'à la croix. Là, ce n'est pas sans
réaliser un dessein divin qu'elle se tint debout (cf. Jn 19, 25); elle souffrit
Profondément avec son Fils unique et s'associa de toute son âme maternelle à
son sacrifice, acquiesçant avec amour à l'immolation de la victime qu'elle
avait engendrée. Finalement, le même Christ Jésus, mourant sur la croix, la
donna pour mère au disciple, en disant: "Femme, voici ton fils"11
(Cf. Jn 19, 26-27).
59. [La sainte Vierge après l'Ascension]
Comme il avait plu à Dieu de ne pas manifester solennellement le mystère du
salut de l'humanité avant d'avoir envoyé l'Esprit, que le Christ avait promis,
nous voyons les Apôtres, avant le jour de la Pentecôte, "Persévérant d'un
seul cœur dans la prière, en compagnie de quelques femmes, de Marie Mère de
Jésus et des frères de celui-ci" (Act. 1, 14), et nous voyons aussi Marie
implorer par ses prières le don de l'Esprit, cet Esprit qui l'avait déjà
couverte elle-même de son ombre à l'Annonciation. Enfin, la Vierge Immaculée,
préservée de toute tache de la faute originelle (12), au terme de sa vie
terrestre, fut élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps (13) et
elle fut exaltée par le Seigneur comme Reine de l'univers afin de ressembler
plus parfaitement à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Apoc. 19, 16) et
vainqueur du péché et de la mort (14).
III - LA BIENHEUREUSE VIERGE ET L'ÉGLISE
60. [Marie, servante du Seigneur]
Nous n'avons qu'un Médiateur, selon la parole de l'Apôtre: "Il n'y a qu'un
Dieu et qu'un Médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme-Christ Jésus, qui
s'est lui-même donné pour tous comme rançon" (I Tim. 2, 5-6). Le rôle
maternel de Marie envers les hommes ne voile ou ne diminue en aucune manière
cette médiation unique du Christ, mais elle en montre l'efficacité. En effet,
toute l'action de la bienheureuse Vierge sur les hommes dans l'ordre du salut
ne provient pas d'une quelconque nécessité: elle naît du bon plaisir de Dieu et
découle de la surabondance des mérites du Christ. Elle s'appuie sur la
médiation du Christ, elle en dépend et en tire toute sa vertu. Ainsi cette
action, loin d'empêcher de quelque manière une union immédiate des croyants
avec le Christ. la facilite bien plutôt.
61. La bienheureuse Vierge, dont la prédestination à la maternité divine, est
allée de pair, de toute éternité, avec celle de l'Incarnation du Verbe de Dieu,
fut sur cette terre, par disposition de la divine Providence, la noble Mère du
divin Rédempteur, l'associée du Seigneur la plus généreuse qui fut, et son
humble servante. Elle, qui a conçu le Christ, l'a enfanté, l'a nourri, l'a
présenté au Père dans le temple, qui a souffert avec son Fils mourant sur la
croix, elle a coopéré, d'une manière toute spéciale, à l'œuvre du Sauveur par
obéissance, sa foi, son espérance et son ardente charité. Elle a vraiment
collaboré à la restauration de la vie surnaturelle dans les âmes. Voilà pourquoi
elle fut pour nous une mère dans l'ordre de la grâce.
62. Cette maternité de Marie, elle dure sans cesse, dans l'économie de la
grâce, depuis le consentement que sa foi lui fit donner à l'Annonciation et
qu'elle maintint sans hésitation sous la croix, jusqu'à l'accession de tous les
élus à la gloire éternelle. En effet, au ciel, elle n'a pas déposé cette
fonction salvifique, mais elle continue, par son instante intercession, à nous
obtenir des grâces en vue de notre salut éternel (15). Dans sa charité maternelle,
elle s'occupe, jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à la félicité de la patrie,
des frères de son Fils qui sont encore des pèlerins et qui sont en butte aux
dangers et aux misères. Aussi la bienheureuse Vierge est-elle invoquée dans
l'Église sous les titres d'Avocate, d'Auxiliatrice, d'Aide et de Médiatrice16.
Tout cela doit pourtant s'entendre de manière qu'on n'enlève ni n'ajoute rien à
la dignité et à l'action du Christ, seul Médiateur (17). -
En fait, aucune créature ne peut jamais figurer sur le même plan que le Verbe
incarné, notre Rédempteur. Mais, de même que les ministres sacrés et le peuple
fidèle participent, selon des façons variées, au sacerdoce du Christ, et que la
bonté unique de Dieu est réellement répandue selon une grande variété de
manières, dans les créatures, de même également la médiation unique du
Rédempteur n'exclut pas, mais suscite plutôt chez les créatures une coopération
variée, qui provient de la source unique.
C'est cette fonction subordonnée de Marie que l'Église n'hésite pas à
professer, dont elle fait continuellement l'expérience et qu'elle recommande à
la piété des fidèles, pour que, soutenus par cette aide maternelle, ils
s'attachent plus étroitement au Médiateur et Sauveur.
63. [Marie, modèle de l'Église]
En outre, la bienheureuse Vierge est liée intimement à l'Église par le don et
la charge de la maternité divine qui l'unit à son Fils, le Rédempteur, de même
que par les grâces et les fonctions singulières dont elle est investie. La Mère
de Dieu est la figure de l'Église, comme l'enseignait déjà saint Ambroise, et
cela dans l'ordre de la foi, de la charité et de l'union parfaite avec le
Christ (18). En effet, dans le mystère de l'Église, qui reçoit, elle aussi,
avec raison, les noms de Mère et de Vierge, la bienheureuse Vierge Marie est
venue la première, offrant d'une manière éminente et singulière le modèle de la
Vierge et de la Mère (19). Car, dans la foi et l'obéissance, elle engendra sur
terre le Fils même de Dieu, sans commerce charnel, mais sous l'action de l'Esprit-Saint;
nouvelle Ève, elle a cru, non plus au serpent ancien, mais au messager de Dieu,
d'une foi qu'aucun doute n'altéra. Elle enfanta le Fils que Dieu a établi
premier-né d'un grand nombre de frères (Rom. 8, 29), c'est-à-dire des fidèles.
Aussi coopère-t-elle, dans son amour de mère, à les engendrer et à les éduquer.
64. L'Église, qui contemple la sainteté mystérieuse et imite la charité de
Marie, l'Église, qui accomplit fidèlement la volonté du Père, devient mère,
elle aussi, par l'accueil plein de foi qu'elle offre au Verbe de Dieu. Car, par
la prédication et le baptême, elle engendre à la vie nouvelle et immortelle des
fils conçus du Saint-Esprit nés de Dieu. Elle est aussi la vierge qui maintient
intègre et pure foi qu'elle a donnée à l'Époux. A l'imitation de la Mère de son
Seigneur, elle conserve d'une façon virginale, par la vertu de l'Esprit-Saint,
une foi intacte, une espérance ferme et une charité sincère (20).
65. [Les vertus de Marie, modèle pour l'Église]
Tandis que l'Église a déjà atteint dans la très bienheureuse Vierge la
perfection, par quoi elle est sans tache et sans ride (cf. Eph. 5, 27), les
fidèles tâchent encore de croître en sainteté en triomphant du péché. Aussi
lèvent-ils les yeux vers Marie: elle brille comme un modèle de vertu pour toute
la communauté des élus. L'Église, en songeant pieusement à elle et en la
contemplant dans la lumière du Verbe fait homme, pénètre plus avant, pleine de
respect, dans les profondeurs du mystère de l'Incarnation, et se conforme
toujours davantage à son Époux. Marie, en effet, qui, par son étroite
participation à l'histoire du salut, unit en elle et reflète pour ainsi dire
les données les plus élevées de la foi, amène les croyants, quand elle est
l'objet de la prédication et du culte, à considérer son Fils, le sacrifice
qu'il a offert, et aussi l'amour du Père. Quant à l'Église, en cherchant à
procurer la gloire du Christ, elle devient plus semblable à son très haut
modèle: elle progresse alors sans cesse dans la foi, l'espérance et la charité,
elle cherche et suit en toutes choses la volonté de Dieu. Aussi, l'Église, en
son travail apostolique également, regarde-t-elle avec raison vers celle qui
engendra le Christ, conçu donc de l'Esprit-Saint et né de la Vierge, afin qu'il
naisse et grandisse également dans le cœur des fidèles par le moyen de
l'Église. La Vierge fut dans sa vie un modèle de cet amour maternel dont
doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de
l'Église, coopèrent à la régénération des hommes.
IV - LE CULTE DE LA SAINTE VIERGE DANS L'ÉGLISE
66. [Nature et fondement du culte de la sainte Vierge]
L'Église honore à juste titre d'un culte spécial celle que la grâce de Dieu a
faite inférieure à son Fils certes, mais supérieure à tous les anges et à tous
les hommes, en raison de son rôle de Mère très sainte de Dieu, et de son
association aux mystères du Christ. Déjà, depuis les temps les plus reculés, la
bienheureuse Vierge est vénérée sous le titre de "Mère de Dieu", et
les fidèles, en leurs prières, se réfugient sous sa protection au milieu de
tous les périls et des difficultés qu'ils rencontrent (21). C'est surtout à
partir du Concile d'Ephèse que le culte du peuple de Dieu envers Marie, à la
fois vénération et amour, prière et imitation, grandit admirablement, selon la
prophétie de Marie elle-même: "Toutes les générations m'appelleront
bienheureuse, parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses"
(Le 1, 48-49). Ce culte, qui existe toujours dans l'Église, bien qu'il soit de
caractère tout à fait singulier, diffère essentiellement du culte d'adoration
rendu au Verbe incarné ainsi qu'au Père et à l'Esprit-Saint et il favorise
fortement celui-ci. En effet, grâce aux diverses formes de dévotion mariale que
l'Église a approuvées selon les circonstances de temps et de lieu et selon le
caractère et les dispositions des fidèles, pourvu qu'elles se tinssent dans les
limites d'une doctrine saine et orthodoxe, grâce à ces formes de dévotion,
donc, tandis que la Mère est honorée, le Fils pour qui tout existe (cf. Col. 1,
15-16) et en qui "il a plu" au Père éternel "de faire résider
toute la plénitude" (Col. 1, 19), est reconnu comme il convient, aimé,
glorifié et obéi.
67. [L'esprit de la prédication et du culte de la sainte Vierge]
Le saint Concile enseigne expressément cette doctrine catholique et, en même
temps, exhorte tous les fils de l'Église à pratiquer généreusement le culte,
spécialement le culte liturgique, à l'égard de la bienheureuse Vierge; à tenir
en grande estime les pratiques et les exercices de dévotion de caractère marial
que le magistère de l'Église recommande depuis des siècles; à observer
religieusement ce qui, dans le passé, a été décidé quant au culte des images du
Christ, de la bienheureuse Vierge et des saints (22). En outre, il exhorte avec
force les théologiens et les prédicateurs à s'abstenir avec soin de toute
fausse exaltation, comme aussi de toute étroitesse d'esprit lorsqu'ils ont à
considérer la dignité particulière de la Mère de Dieu (23). Par l'étude, menée
sous la direction du magistère, de la sainte Écriture, des saints Pères, des
docteurs et des liturgies de l'Église, ils doivent expliquer correctement le
rôle et les privilèges de la bienheureuse Vierge: tout est tourné vers le
Christ, source exclusive de la vérité, de la sainteté et de la dévotion. Dans
leurs paroles, ou leurs actions, ils doivent éviter avec soin tout ce qui
pourrait induire en erreur les frères séparés, ou n'importe quelle autre
personne, au sujet de la véritable doctrine de l'Église. Les fidèles, eux, doivent
se rappeler que la vraie dévotion ne consiste ni dans un sentimentalisme
stérile et passager, ni dans une certaine crédulité vaine, mais, au contraire,
qu'elle procède de la vraie foi, qui nous porte à reconnaître la prééminence de
la Mère de Dieu, nous pousse à un amour de fils envers notre Mère et à
l'imitation de ses vertus.
V - MARIE, SIGNE D'ESPÉRANCE CERTAINE ET DE CONSOLA TION POUR
LE PEUPLE DE DIEU EN MARCHE
68. Si la Mère de Jésus, déjà glorifiée au ciel en son corps et en son âme, est
l'image et le commencement de ce que sera l'Église en sa forme achevée, au
siècle à venir, eh bien! sur la terre, jusqu'à l'avènement du jour du Seigneur
(cf. Il Petr. 3, 10), elle brille, devant le Peuple de Dieu en marche, comme un
signe d'espérance certaine et de consolation.
69. C'est une grande joie et une grande consolation pour ce saint Concile qu'il
ne manque pas de gens, même parmi les frères séparés, pour rendre à la Mère du
Seigneur et Sauveur, l'honneur qui lui est dû, spécialement chez les Orientaux
qui rivalisent d'ardeur et de dévotion dans le culte de la Mère de Dieu,
toujours Vierge (24). Que tous les fidèles adressent avec instance des prières
à la Mère de Dieu et à la Mère des hommes, elle qui entoura de ses prières les
débuts de l'Église, et qui, maintenant, est exaltée au-dessus de tous les
bienheureux et de tous les anges, oui, qu'ils la prient d'intercéder, en union
avec tout les saints, auprès de son Fils, jusqu'à ce que toutes les familles
des peuples, qu'elles soient marquées du nom chrétien ou qu'elles ignorent
encore leur Sauveur, soient réunies heureusement dans la paix et la concorde en
un seul Peuple de Dieu pour la gloire de la très sainte et indivisible Trinité
!
Tout l'ensemble et chacun des points qui sont édictés dans cette Constitution
dogmatique ont plu aux Pères du saint Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir
apostolique que le Christ Nous a confié, avec les vénérables Pères, Nous les
approuvons, décrétons et arrêtons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons que,
pour la gloire de Dieu, ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué.
Rome, près Saint-Pierre, le 21 novembre 1964.
Moi, PAUL,
Évêque de l'Église catholique.
Suivent les signatures des Pères.
NOTIFICATIONS
faites par le secrétaire général du Concile,
à la 123e congrégation générale tenue le 16 novembre 1964
On a demandé quelle note théologique devait être appliquée à la doctrine
exposée dans le schéma De Ecclesia et soumise au vote des Pères.
Répondant à cette question, la commission théologique, dans l'examen des
observations apportées au chapitre trois du schéma sur l'Église, a déclaré ce
qui suit:
Il va de soi que le texte du Concile est toujours à interpréter selon les
normes générales connues de tous. En l'occurrence, la commission renvoie à sa
déclaration du 6 mars 1964 que nous reproduisons ici:
" Compte tenu de la pratique en usage aux conciles et de la fin pastorale
du présent Concile, celui-ci précise que, parmi les points de foi ou de morale,
l'Église doit tenir ceux-là seuls que le Concile aura explicitement déclarés
tels.
" Quant aux autres points proposés par le Concile et contenant la doctrine
du Magistère suprême de l'Église, ils doivent être reçus par tous et chacun des
fidèles selon le sens que leur donne le Concile lui-même. Ce sens est à
entendre soit à partir du sujet traité, soit d'après la manière même de parler,
selon les normes d'interprétation reçues en théologie. "
Au sujet du troisième chapitre du schéma De Ecclesia, l'autorité supérieure
communique aux Pères une note explicative précédant les observations qui y sont
annexées. C'est dans l'esprit et selon la pensée exprimés par cette note qu'il
faut entendre et expliquer la doctrine de ce chapitre.
NOTE EXPLICATII/E PRÉALABLE *
Voici les remarques générales par lesquelles la commission a décidé de faire
précéder l'examen des observations:
1. Le mot "collège" ne s'entend pas au sens strict qu'il possède dans
la langue juridique, savoir d'un groupe d'égaux qui déléguerait son pouvoir à
un président, mais d'un groupe stable dont la structure et l'autorité se
déterminent à partir de la Révélation. Aussi, pour satisfaire à la 12e
observation, est-il dit explicitement des Apôtres que le Seigneur les établit
"à la façon d'un collège", c'est-à-dire d'un groupe stable (voir aussi
la 53e observation). La même raison a fait employer ici ou là les mots
"ordre" ou "corps" pour désigner le collège des évêques. Le
parallélisme entre Pierre et les autres Apôtres d'une part, entre Je souverain
Pontife et les évêques de l'autre n'implique pas la transmission du pouvoir
extraordinaire des Apôtres à leurs successeurs; il n'implique pas non plus,
bien sûr l'égalité de la tête et des membres du collège, mais seulement la
proportionnalité entre la première relation (Pierre-Apôtres) et la seconde
(Pape-Evêques). Aussi la commission a-t-elle résolu de parler, au numéro 22,
non pas d'un "rapport identique", mais "semblable" (voir la
57e observation).
2. On devient membre du collège en vertu de la consécration épiscopale et par
la communion hiérarchique avec la tête et les membres du collège. (Voir numéro
22, paragr. 1, à la fin.)
Comme le montre clairement la tradition, y compris la tradition liturgique,
c'est une participation d'ordre ontologique aux fonctions sacrées qui est
conférée pat la consécration. On a utilisé à dessein le mot
"fonction", et non "pouvoir", qui pourrait être entendu
d'un pouvoir déjà libre de s'exercer. Pour qu'un tel pouvoir existe en fait, il
faut que l'autorité hiérarchique l'ait juridiquement ou, si l'on veut,
canoniquement déterminé. La détermination dont il est question peut consister
dans la concession d'un office particulier ou l'assignation des sujets, et elle
est faite d'après les normes approuvées pat l'autorité suprême. C'est la nature
même de la chose qui requiert cette dernière norme, puisqu'il s'agit de charges
à exercer par plusieurs sujets coopérant hiérarchiquement entre eux, comme l'a
voulu le Christ. Il est bien clair que cette "communion" existait
déjà dans la vie de l'Église, en autant que le permettaient les circonstances,
et cela bien avant de se voir juridiquement déterminée.
Aussi est-il expressément déclaré que la communion avec la tête et les membres
doit être une communion hiérarchique avec la tête et les membres de l'Église.
L'idée de communion est une idée dont l'Église antique (comme aujourd'hui,
l'Église d'Orient) faisait grand cas. Il ne s'agit pas ici d'un vague
sentiment, mais d'une réalité organique qui veut s'incarner dans une structure
juridique et dont l'âme est la charité. Pour ce motif la commission a décidé
quasi unanimement d'écrire: "...dans une communion hiérarchique".
(Voir la 40e observation et aussi ce qu'on dit au no 24, p. 67, lignes 17-24,
au sujet de la mission canonique.)
C'est donc à partir de cette indispensable précision concernant les pouvoirs
qu'il faut interpréter les documents récents des. souverains Pontifes
concernant la juridiction des évêques.
3. Le collège, qui n'existe pas sans sa tête, s'appelle "le sujet aussi du
pouvoir suprême et plénier dans l'Église universelle". Il faut admettre
ceci pour ne pas mettre en doute la plénitude du pouvoir dont jouit le Pontife
romain. Le collège, en effet, s'entend toujours et nécessairement avec sa tête,
qui conserve intégralement en lui son rôle de Vicaire du Christ et de Pasteur
de l'Église universelle. En d'autres termes la distinction n'est pas à faire
entre le Pontife romain et les évêques vus collectivement, mais entre le
Pontife romain lorsqu'il agit seul et ce même Pontife agissant avec les
évêques. C'est vraiment parce qu'il est la tête du collège que le souverain
Pontife peut poser certains actes qui ressortissent à lui seul et nullement aux
évêques: par exemple convoquer le collège et y siéger comme président,
approuver des lignes de conduite et ainsi de suite (voir 8le observation). Il
est également de son ressort à lui, qui a la charge du troupeau tout entier, de
déterminer, selon les besoins de l'Église qui varient avec les époques, comment
il convient d'exercer cette même charge soit personnellement, soit collégialement.
C'est de la libre initiative du Pontife romain regardant au bien de l'Église,
que dépend l'ordonnance, la promotion, l'approbation de l'activité collégiale.
4. En tant que pasteur suprême de l'Église, le souverain Pontife peut exercer
en tout temps et à discrétion son pouvoir, comme le requiert sa fonction.
D'autre part, 1e collège, même s'il existe toujours, n'agit pas toujours, pour
autant, comme collège pris au sens strict, comme le montre bien la tradition de
l'Église. En d'autres termes, il n'est pas toujours "en plein
exercice"; bien plus, ce n'est que par intervalles qu'il pose un acte
strictement collégial, et non sans le consentement de sa tête. Nous disons
"... le consentement de sa tête", afin qu'on n'aille pas imaginer une
dépendance d'ordre purement externe; le mot "consentement" appelle au
contraire la communion entre la tête et les membres, et implique la nécessité
d'un acte qui ressortit proprement à la tête. (Ceci se trouve expressément
affirmé au numéro 22, paragr. 2, et expliqué au même endroit, à la fin.) La
clausule négative: "non sans le consentement de la tête" englobe tous
les cas; d'où il suit évidemment que les normes approuvées par l'autorité
suprême doivent toujours être observées (voir la 84e observation).
On voit ainsi qu'il s'agit bien d'une union des évêques à leur tête, et jamais
d'une action que poseraient les évêques indépendamment du Pape. En ce dernier
cas, l'action de la tête faisant défaut, les évêques ne peuvent agir
collégialement, comme le montre clairement la notion de "collège".
Cette communion hiérarchique de tous les évêques avec le souverain Pontife est
d'ailleurs consacrée par toute la tradition.
* Cette note (Nota explicativa praevia) fait assurément partie des Actes du
Concile; toutefois elle ne fait pas partie du texte voté et promulgué le 21
novembre 1964. (Note des éditeurs.)
N. B. -- L'aspect sacramentel et ontologique de la fonction (que nous avons
distingué de l'aspect canonico-juridique) ne peut s'exercer hors de la
communion hiérarchique. La commission n'a cependant pas cru nécessaire
d'aborder les questions de licéité ou de validité, qui sont laissées aux
discussions des théologiens, par exemple en ce qui concerne le pouvoir qui, de
fait, s'exerce chez les Orientaux séparés, et dont l'explication a donné lieu à
diverses opinions.
Périclès FELICI,
Archevêque titulaire de Samos,
Secrétaire général du saint Concile œcuménique Vatican II.
1. Credo dans la Messe Romaine: Symbolum
Constantinopolitanum: Mansi 3, 566. Cf. Conc. Ephesinum, lb. 4, 1130 (ainsi que
ib. 2, 665 et 4, 1071); Conc. Chalcedonense, ib. 7, 111-116; Conc.
Constantinopolitanum II. ib. 9, 375-396.
2. Canon de la Messe Romaine.
3. S. Augustinus, De S. Virginitate, 6: PL 40, 399.
4. Cf. Paulus Pp. VI Allocutio in Concilio, 4 déc. 1963 : AAS 56 (1964) p. 37.
5. Cf. S. Germanus Const., Hom. in Annunt. Deiparae. PG 98, 328 A; In Dorm. 2:
col. 357. - Anastasius Antioch., Serra. 2 de Annunt., 2: PG 89, 1377 AB; Serm..
3, 2: col. 1388 C. ~ S. Andreas Cret., Can. in B. V. Nat..1: PG 97, 1321 B. In
B. V. Nat., 1: col. 812 A. Hom. in dorm, 1: col. 1068 C. -- S. Sophronius. Or.
2 in Annunt., 18: PG 87 (3), 3237 BD.
6. S. Irenaeus, Adv. Haer. III, 22, 4: PG 7. 959 A; Harvey, 2, 123.
7. S. Irenaeus, lb.; Harvey, 2, 124.
8. S. Epiphanius, Haer, 78, 18: PG 42, 728 CD - 729 AB.
9. S. Hieronymus, Epist. 22, 21: PL 22, 408. Cf. S. Augustinus, 5 I, 2, 3: PL
38, 335: Serra. 232, 2: col. 1108. -- S. Cyrillus Hieros., Catech. 12, 15: PG
33, 741 AB. -- S. Io. Chrysostomus, In Ps. 44, 7: PG 55, 193. -S. Io.
Damascenus, Hom. 2 in dorm. B.M.V., 3: PG 96, 728.
10. Cf. Conc. Lateranense, anno 649, Can. 3: Mansi 10, 1151. -- S. It0 M.,
Epist. ad Flav.: PL 54. 759. -- Conc. Chalcedonense: Mansi 7, 462 - S.
Ambrosius. De inst. virg.: PL 16. 320.
11. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, 29 juin 1943: AAS 35 ll943)
pp. 247-248.
12. Cf. Pius IX, Bulla Ineffabilis. 8 déc. 1854: Acta Pii.IX, 1. I, p. 616;
Denz. 1641 (2803).
13. Cf. Pius XII. Const. Apost. Munificentissimus. 1 nov. 1950: AAS 42 (1950);
Denz. 2333 (3903). Cf. S. Io. Damascernes. Enc. in dorm. Dei genitricis, Hom. 2
et 3: PG 96, 721-761, spécialement col. 728 B..-S. Germanus Constantinop., In
S. Dei gen. dorm. Serm. 1: PG 98 (6), 340-348; Serm. 3: col. 361. ~ S. Modestus
Hier., In dorm. SS. Deiparae.. PG 86 (2), 3277-3312.
14. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Ad coeli Reginam, 11 oct. 1954: AAS 46 (1954),
pp. 633-636: Denz. 3913 ss. Cf. S. Andreas Cret., Hom. 3 in dorm. SS.
Deiparae.. PG 97, 1089-1109. - S. Io. Damascenus, De ride orth., IV, 14: PG 94,
1153-1161.
15. Cf. Kleutgen. texte réformé De mysterio vervi incarnati cap IV Mansi 53,
290. Cf. S. Andreas Cret., In nat. Mariae, sermo 4: PG 97, 865 A -- S.
Gerrnanus Constantinop., In annunt. Deiparae. PG 98, 321 BC. Deiparae, III:
col. 361 D. -- S. Io. Damascenus, In dorm. B. V. Mariae ,Hom I. 8: PG 96, 712
BC - 713 A.
16. Cf. Leo XIII, Litt. Encycl. Adiutricem populi, 5 sept. 1895: ASS 15
(1895-96), p. 303. - S. Pius X, Litt. Encycl. Ad diem illum, 2 févr. 1904:
Acta, I, p. 154; Denz. 1978 a (3370). - Pius XI, Litt. Encycl. Miserentissimus,
8 mai 1928: AAS 20 (1928) p. 178. - Pius XII. Radiomessaggio. 13 mai 1946: AAS
38 (1946) p. 266.
17. S. Arnbrosius, Epist. 63: PL 16, 1218.
18. S. Arnbrosius, Expos. Lc. II, 7: PL 15, 1555.
19. Cf. Ps.-Petrus Dam., Serm. 63: PL 144, 861 AB. - Godefridus a S. Victore,
In nat. B. M., Ms. Paris Mazarine, 1002, fol. 109 r. - Gerhohus Reich., De
gloria et honore Filii hominis, 10: PL. 194, 1105 AB.
20. S. Ambrosius, I. c. et Expos. Lc. X, 24-25: PL 15, 1810. - S. Augustinus,
In Io. Tr. 13, 12: PL 35, 1499. Cf. Serm. 191, 2. 3: PL 38, 1010; etc. Cf.
aussi Ven. Beda, In Lc Expos. |, cap. 2: PL 92. 330. -- Isaac de SteIla .Serm.
51: PL 194. 1863 A.
21. Cf. Bréviaire romain, ant. "Sub tuum praesidium", des lères
vêpres du petit office de la Sainte Vierge.
22. Conc. Nicaenurn II, anno 787: Mansi 13, 378-379; Denz. 302 (600-601). --
Conc. Trident., sess. 25: Mansi 33, 171-172.
23. Cf. Pius XII, Radiomessaggio, 24 octobre 1954: AAS 46 (1954) p. 679. Litt.
Encycl. Ad coeli Reginam. 11 octobre 1954: AAS 46 (1954) p. 637.
24. Cf. Pius XI Litt. Encycl. Ecclesiam Dei. 12 nov. 1923: AAS 15 (1923) p.
581. - Pius XII, Litt. Encycl. Fulgens corona, 8 sept. 1953: AAS 45 (1953) pp.
590-591.