DIALOGUE SUR LA PERFECTION

PRÉFACE

            Le Traité de la Perfection ou Dialogue bref, attribué à sainte Catherine de Sienne, est peu connu. Le Speculum ou Recueil d’Opuscules de piété et de prières en usage dans les noviciats des Frères-Prêcheurs en donne le texte latin. Cartier l’a joint à sa traduction des oeuvres complètes de notre Sainte.

            Le nombre de ses lecteurs, quelque succès qu’ait obtenu cette édition, a été relativement restreint.

            Les Catholiques anglais ont eu l’excellente idée d’en donner une version dans leur langue et l’on estime à plus de vingt-cinq mille le nombre des exemplaires demandés par les fidèles. Ne serait-il point bon de faire bénéficier la piété française de cette si haute et cependant si pratique doctrine ? Le P. Bernadot l’a pensé et nous prenons la liberté de présenter sa traduction : elle se recommande par une grande fidélité qu’assure, mieux encore qu’une étude attentive, une intimité suivie avec l’âme de notre grande Sainte.

            Et tout d’abord, ce Traité est-il bien de sainte Catherine de Sienne ?

            Dès longtemps, il lui a été attribué. Il serait intéressant de chercher dans les premières éditions de ses oeuvres, la place qu’il y tient. Des auteurs ont affirmé qu’à la Bibliothèque Vaticane un manuscrit en donnait le texte latin. Nous avons essayé de vérifier cette donnée. Les recherches faites n’ont pas abouti : le manuscrit ne se trouve pas à la cote indiquée. On convient cependant que le texte primitif n’aurait pas existé en langue vulgaire, mais seulement en latin. Ce détail peut avoir son importance, comme nous allons le voir.

            La rédaction est-elle vraiment de sainte Catherine ?

            S’agit-il d’une de ces expositions de doctrine, d’une de ces élévations saisies par écrit au vif de l’inspiration, alors que la Sainte parlait ou même dictait ? Il n’y paraît point : tout au contraire. Tel était l’avis du regretté Père Hurtaud dans la préface de la traduction du Dialogue ou Livre de la Divine Doctrine, travail si universellement apprécié, en Italie notamment. Nous n’hésitons pas à nous ranger à cette opinion. Ce n’est plus, en effet, ce beau monument de l’idée qui s’échappe emportée par l’admiration ravie de l’esprit ou l’ardeur du cœur  brûlant d’amour. Point de ces retours de l’âme sur elle-même dans la lumière de son Dieu; pas de ces allusions aux faits, aux besoins de la vie humaine, rendus si souvent avec ce bonheur d’expression qui a fait de notre Sainte " un des Pères de la langue italienne ".

            Non, mais quelque chose de méthodique, d’ordonné dans l’exposition d’une pensée que l’on veut reproduire dans son sens constitutif, mais non jusque dans sa forme personnelle. On dirait d’un vieux Maître rompu aux difficultés de l’art de présenter une thèse et de la conduire à sa conclusion. Nous avons remarqué déjà que le texte est latin et non pas italien.

            Cependant si le style du petit Traité de la Perfection n’est point de sainte Catherine, la pensée nous paraît incontestablement être sienne et l’ouvrage doit lui être attribué. C’est le sentiment de plus d’un; et entre autres Mme la comtesse de Flavigny, auteur d’une vie très estimée de notre Sainte, l’affirmait hautement; il semble que nous soyons en présence d’un résumé des parties principales du grand Dialogue. Telles considérations rappellent à s’y méprendre le livre de la Providence : l’exposé si beau de la religion de la volonté de Dieu nous offre cette image de la cellule dans laquelle il faut s’enfermer et qu’il faut emporter partout avec soi; nous la retrouvons, comme toute cette doctrine, dans combien d’autres pages de notre Sainte; pareillement encore l’idée des droits de Dieu fondés sur les manifestations de son amour. Il n’est pas jusqu’aux exigences de la divine Charité que nous donne le petit traité et qui ne se rencontrent ailleurs sous la même forme, notamment en cette admirable prière qu’elle adresse au Pape Grégoire XI, probablement peu de jours avant son départ d’Avignon. Elle l’avait conjuré de se montrer fermement résolu : " Père, soyez homme, virilement : Padre, sia uomo virilmente ". Dans cette supplication ardente dont l’éloquence semble venir du ciel, elle s’écrie : " Que ton Vicaire sur terre, ô mon Dieu, ne t’aime point pour soi, ni qu’il s’aime pour soi, car s’il t’aime pour soi nous périrons, car en lui est notre vie et notre mort. Mais s’il s’aime pour toi, nous vivons : du bon Pasteur, en effet, nous prenons exemple de vie. " Or, dans notre petit traité, nous lisons : " N’aime rien de ce qui est du temps que pour moi, et ce qui est mieux et même le comble du bien, garde-toi de m’aimer pour toi, ou toi-même et le prochain pour toi, mais aime-moi pour moi et toi-même et le prochain pour moi. "

            A défaut d’autres, cette preuve ne suffirait-elle pas?

            Mais à examiner l’argument principal du traité et la méthode qui l’inspire, on voit comment il se rattache à la pensée de sainte Catherine. Celle-ci, en effet; est comme déterminée et obsédée par l’idée de la souveraineté de Dieu. Sans cesse, elle revient à ses droits sacrés sur nous, du fait de cette création qui nous tirant du néant et de la mort du péché fait de nous ses enfants adoptifs, les cohéritiers de son Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ. On sent l’âme de notre Sainte comme subjuguée par cette autorité qui englobe tout et ne laisse rien en dehors d’elle-même. Avec quelle complaisance si pieuse, si émue elle s’étend sur les manifestations de cet amour qui nous prévient et à notre ingratitude répond par le don magnifique de Lui-même, venant à notre misère pour nous élever jusqu’à Lui et nous faire part de sa vie. Avec quel accent elle nous parle de Notre-Seigneur, de ses souffrances, de sa mort, de sa divine Eucharistie !

            Sans doute elle ne négligera point notre âme, elle en dira et les misères et les grandeurs, et les belles perspectives de relèvement et de perfection : mais elle ne la verra jamais qu’en son Dieu, par le Christ Jésus; et toutes ces vertus qu’elle lui demandera, et toute cette grâce à laquelle elle la veut fidèle ne sont que la réalisation de cette union à laquelle l’appelle le Verbe de Dieu fait homme, mort et ressuscité pour nous.

            D’autres monteront de la créature jusqu’à Dieu : elle descend toujours de Dieu, Auteur de toutes choses, jusqu’à nous. Ce Dieu est toute Puissance, toute Sagesse, toute Perfection : Il est l’Être : elle l’a entendu lui dire : " Ma fille, je suis Celui qui suis, et toi, tu es celle qui n’est pas. " Et cependant, cet Être unique s’abaisse jusqu’à nous, pauvres pécheurs, il se donne. Il est l’Amour parfait. Et voilà pourquoi nous sommes et pourquoi notre destinée est si haute. Dès lors, la vérité de notre vie n’est pas tant en nous qu’en Lui : notre activité veut se développer sans mesure, mais le sens de ce mouvement magnifique devra se prendre non pas en nous-mêmes, mais en Dieu, notre principe et notre fin. Il est le bien incomparable dans la possession duquel nous trouverons notre parfait achèvement et notre parfait bonheur.

            Mais tout cela n’est-ce point cette Sagesse qui connaît les choses non seulement par leurs causes prochaines, mais par la cause la plus élevée qui les contient toutes ? Aussi est-il un nom qui, au cours de ces observations, se présente de lui-même : Saint Thomas d’Aquin. C’est bien la même méthode, celle qui descend toujours des principes aux conséquences et nous les fait voir dans la dépendance et la lumière de leur origine. On croirait entendre notre Sainte répéter avec notre grand Docteur que l’effet se trouve d’une manière plus noble, avec plus de vérité dans sa cause qu’en lui-même. Il n’est donc nullement étonnant qu’elle se rencontre avec saint Thomas dans l’expression d’une même pensée, celle-ci par exemple, parmi tant d’autres : dans les ardeurs de la charité, plus l’âme connaît, et plus elle aime et plus elle veut connaître pour mieux aimer encore. Elle aura encore cette expression bien caractéristique : " la douce Vérité première ". Un travail intéressant serait de relever tous les passages où sainte Catherine de Sienne semble emprunter la pensée de saint Thomas d’Aquin. Le P. Berthier l’a fait très heureusement pour Dante dans son beau commentaire de la Divine Comédie; espérons que celui-ci ne tardera pas à voir le jour, à la grande joie des admirateurs du sublime poète.

            Ces traits communs entre notre Sainte et le Maître de la Science théologique n’ont rien pour nous surprendre. Elle avait appris miraculeusement à lire et à écrire. L’Esprit de son divin Époux inondait Son intelligence de lumière. Ses disciples eux-mêmes en témoignent. Guillaume de Flète l’appellera : " l’organe du Saint-Esprit, organum Spiritus Sancti ". Après le B. Raymond de Capoue, un de ses confesseurs, Bartolomeo di Dominici déclarera : " Certains imaginent que nous avons été ses maîtres tandis que c’est le contraire ". Que sainte Catherine ait reçu d’en haut quelque chose de la science du Docteur qui est l’honneur et la gloire de sa famille religieuse en même temps que de l’Église tout entière, il n’y aurait à cette possibilité aucune invraisemblance. Mais si elle répondait aux questions parfois fort difficiles de ses disciples au point de les ravir d’admiration, d’autres fois, sinon souvent, elle les interrogeait. La lettre que lui écrit un des siens, le Père Thomas Caffarini, révèle ce que devaient être les conversations qui se tenaient dans la petite cellule de Fonte Branda ou d’ailleurs, suivant les hasards de cette vie apostolique qui la menait à Florence braver l’émeute, ou bien en France ramener le Souverain Pontife d’Avignon à Rome, sur le tombeau des Apôtres. Elle a demandé au Maître l’explication d’un verset du Psaume 130, et celui-ci lui répond longuement, lui donnant les diverses significations du texte sacré et lui citant les Commentaires de saint Augustin.

            Il n’est point surprenant que souvent la doctrine de saint Thomas d’Aquin ait été exposée en ces pieuses réunions. L’âme de notre Sainte se l’appropriait avec d’autant plus de facilité qu’elle était plus divine, mais aussi qu’elle était comme un bien de famille. Beaucoup de ses disciples étaient doctes, tout particulièrement les Frères-Prêcheurs. Ceux-ci tenaient à honneur de continuer la belle tradition du grand savoir divin : saint Dominique la créa et la légua à ses fils : le B. Albert le Grand et son élève saint Thomas d’Aquin la fixèrent en quelles lignes magnifiques ! " Le Prêcheur, nous dira ce dernier, est celui qui contemple et donne aux autres ce qu’il a contemplé. " Mais cette contemplation, que sera-t-elle pour lui ? essentiellement théologique; les exercices de la vie religieuse loin de lui être une entrave devront en être la préparation, comme ils recevront d’elle cette vie qui les élèvera et divinisera leurs pratiques matérielles. Et tout cet amour que l’âme apostolique déversera sans compter dans les ‘uvres de son zèle trouvera le secret de son dévouement en cette union constante avec son Dieu, profondément connu par être mieux aimé.

            Ce point a été merveilleusement mis en lumière par le très savant et regretté Père Denifle dans sa très belle préface, malheureusement non traduite, des oeuvres du B. Henri Suso. Il montre que tel fut le caractère indéniable de l’école mystique dominicaine et particulièrement de celle que volontiers nous appellerions rhénane. Le B. Henri Suso, le Vénérable Tauler, Eckart lui-même, malgré les erreurs qui ont pu être signalées dans ses écrits, se réclament tous de cette tradition théologique et thomiste. Aussi bien de saint Thomas d’Aquin Catherine était par ce qu’elle appelle heureusement après Dante "la belle lumière d’amour"; elle rayonne de son âme pour illuminer celle d’autrui. Comme on la trouve dans notre grand Docteur et Maître ! Il n’est pas une ligne de lui où la sérénité n’élève l’esprit bien au-dessus des querelles agitées, pour le fixer en la paix et la joie de la vérité possédée comme le don de Dieu même. Comme on le sent toujours présent, ce Dieu si grand et si bon, dans les docilités ravies qu’Il suscite : et toutes ces clartés ne font que projeter sa lumière dans les dernières profondeurs de la conscience et dans les obscurités des problèmes les plus abstrus : et toute cette sincérité de pensée et toute cette rectitude et cette puissance unique de raison et de jugement, et toute cette magnifique probité intellectuelle s’achèvent mieux qu’en admiration, mais en une adoration toute d’amour de Celui qui a daigné se révéler à nous, par cette parole qui crée toutes choses, par le don de Lui-même et de son Esprit à la simplicité de nos cœur s et à leur bonne volonté.

            Cette belle " lumière d’amour " éclaire aussi toute l’oeuvre de notre Sainte comme toute sa personne. C’est elle qui lui attirait les âmes et les subjuguait au charme vainqueur de l’éternelle vérité et de la suprême bonté, en dépit souvent de leur apathie, de leurs incompréhensions, de leur mauvaise foi, de leurs colères et de leurs passions. Que de fois elle répétera qu’il faut connaître Dieu si bon, mais pour L’aimer. Ainsi que nous le rappelions tout à l’heure avec saint Thomas, elle veut complète toute la physionomie de saint Dominique ! Au pied de la Croix du Sauveur, " le doux Agneau immolé ", comme aimait à l’appeler sainte Catherine de Sienne, un groupe de saints adorent la divine Victime; leurs sentiments se reflètent en ce regard ardent qu’ils fixent sur elle : c’est une commune douleur, mais de nuances combien diverses : saint François semble comme s’abîmer dans la sienne; il est bien celui qui faisait retentir les bois de l’Ombrie de sa plainte désolée. A quelques pas de lui, saint Dominique est agenouillé. L’harmonie de ses traits reflétait, nous disent ses contemporains, sa merveilleuse sérénité, la paix de sa haute sagesse. Mais les voici " mués " en une tristesse, en une souffrance dont l’intensité altère son visage et se peint dans toute son attitude; elles semblent jaillir de tout son être, tant elles l’atteignent dans ses profondeurs. D’où vient donc cette émotion si poignante ? Voyez le regard que saint Dominique fixe sur la sainte Victime : quel étonnement navré nous y lisons, mais aussi quelle ardeur d’amour ! Cet effroyable et cependant si consolant contraste, de toute cette puissance, celle de l’Être infini, et de tout cet abaissement, d’un tel anéantissement dans la mort la plus cruelle, la plus ignominieuse, le retient; il s’y absorbe. Sa raison en est comme confondue, son cœur  s’y brise : mais quelle ardeur de charité l’enflamme à la vue du mystère de Dieu fait homme et mourant pour nous. Le peintre de la contemplation dominicaine. n’est-il pas comme l’écho de la Vierge de Sienne qui disait: " O Déité éternelle, en toi je vois l’amour inestimable : dans le Christ Jésus je contemple notre rédemption et notre réconciliation. Si nous voulons aimer Dieu, nous avons son ineffable Déité, si nous voulons aimer l’homme, tu es l’homme et je puis te connaître, ô ineffable pureté. Tu es notre Seigneur, notre Père, notre Frère par la bénignité et la charité sans mesure, ô Déité éternelle ! O amour qui nous a aimés le premier, ô profondeur de l’amour divin, ô Père céleste, ô adorable Fils de Dieu, ô toi, Verbe éternel obéissant jusqu’à la mort ! Vérité éternelle, tu es la vie, tu es la porte par laquelle nous devons tous passer pour ne faire qu’un avec toi. "

            C’est bien toujours le même esprit, ce sont les mêmes clartés de " la belle lumière d’amour ". Elle s’est levée sur nos vies, qu’elle luise donc en nos cœur s et que ce petit livre leur en conserve le bienfait !

Fr Jean Alix, o.p.

DIALOGUE SUR LA PERFECTION

            L’Auteur de la lumière se communiquait à une âme. Il lui faisait comprendre sa fragilité et sa misère, son ignorance et son penchant naturel au mal; en même temps, Il lui donnait quelques aperçus de la grandeur de Dieu, de sa sagesse, de sa puissance, de sa bonté et des autres attributs de sa Majesté.

            Ainsi éclairée, cette âme voyait combien il est juste et nécessaire de rendre à Dieu un culte parfait et saint. C’est juste, parce qu’il est le Seigneur universel qui a créé toutes choses pour qu’elles louent son nom et procurent sa gloire : la convenance et la justice n’exigent-elles pas que, respectueux de son maître, le serviteur lui donne service et fidélité ? C’est nécessaire, car l’homme, composé d’un corps et d’une âme, a été créé en telle condition qu’il ne parviendra à la vie éternelle qu’en rendant volontairement à Dieu un service fidèle jusqu’à la mort; sinon il n’obtiendra jamais cette félicité qui cumule tous les bonheurs.

            Or il y en a peu qui rendent ce service et par conséquent peu qui se sauvent parce que presque tous ont en vue leurs propres intérêts et non ceux de Dieu.

            Cette âme voyait aussi que les jours de l’homme sont courts, qu’incertain est le jour où finira le temps fugitif de mériter, que nulle rédemption n’est possible en enfer, et que dans la vie future une sentence immuable et inévitable attribuera justement à chacun la récompense ou le châtiment mérités par sa manière de vivre.

            Cette âme considérait encore que, d’une part, on discourt souvent et beaucoup et qu’on prêche diversement et avec abondance sur les vertus qui font rendre à Dieu ce culte et ce service fidèle; et que, d’autre part, à cause de son peu d’aptitude, de son intelligence obtuse et de sa mémoire débile, l’homme ne peut comprendre beaucoup de choses ni retenir fidèlement ce qu’il a appris. Aussi, alors que beaucoup sont en quête perpétuelle d’apprendre du nouveau, très peu s’appliquent à atteindre la perfection et à servir Dieu comme il est juste et nécessaire; mais presque tous, préoccupés et livrés aux agitations et aux fluctuations de l’esprit, vivent habituellement dans un péril extrême.

            Cette âme donc, à la vue de tout cela, se dressa devant le Seigneur mue par un désir ardent et un violent amour, et elle demanda à la divine Majesté de vouloir bien lui donner quelques préceptes courts et clairs pour régler maintenant notre vie et la mener à sa perfection; préceptes dont les formules embrasseraient l’enseignement de l’Église et de la Sainte Écriture, et dont l’observation nous fera rendre à Dieu l’honneur nécessaire et nous mènerait de cette brève et misérable vie à la béatitude qu’il nous destine.

            C’est Dieu qui inspire les saints désirs et il ne les suscite jamais dans un cœur  sans les satisfaire (1). Aussi se manifesta-t-il aussitôt à cette âme ravie en extase et il lui répondit:

LE SEIGNEUR

            Ma bien-aimée, tes désirs me ravissent; ils me plaisent tant que je suis bien plus avide de les satisfaire que tu ne peux être avide de les voir satisfaits. Il est immense, mon désir de vous donner, quand vous le voulez, les bienfaits utiles et nécessaires à votre salut. Aussi suis-je prêt à faire ce que tu veux.

            Écoute attentivement ce que je vais te dire, Moi, l’ineffable et infaillible Vérité. Pour répondre à ta demande, je vais t’exposer en peu de mots la pratique qui contient la perfection achevée, en même temps que toutes les vertus, le résumé des Écritures et de nombreux discours. Si tu y conformes ta vie et que tu l’observes, tu accompliras tout ce qui est clair et mystérieux dans les enseignements divins et tu jouiras d’une joie et d’une paix perpétuelles.

            Sache donc que le salut et la perfection de mes serviteurs consistent en une chose : faire ma seule volonté, s’efforcer avec une application souveraine de toujours l’accomplir; travailler à toute heure à ne servir que Moi, à n’honorer que Moi, ne chercher que Moi. Plus mes serviteurs y apportent de diligence, plus ils approchent de la perfection, car plus étroitement ils adhèrent et s’unissent à Moi qui suis la perfection souveraine.

            Pour mieux comprendre la vérité contenue en ces quelques mots, regarde mon Christ en qui j’ai mis mes complaisances (2). Il s’est anéanti sous la forme d’esclave, il a revêtu la ressemblance du péché parce que, plongés dans d’épaisses ténèbres et égarés hors du chemin de la vérité, il voulait vous éclairer des splendeurs de sa lumière et vous ramener dans la voie droite par sa parole et son exemple (3). Il a été obéissant jusqu’à la mort pour vous apprendre par son obéissance persévérante que votre salut dépend de la ferme résolution de faire ma seule volonté. Quiconque, en effet, veut méditer avec application sa vie et sa doctrine se rend compte sans nul doute que la justice et la perfection des hommes repose uniquement sur une généreuse, perpétuelle et fidèle obéissance à ma volonté.

            Votre Chef, le Christ, l’a enseigné bien des fois : Ce n’est pas celui qui dit : Seigneur, Seigneur, qui entrera dans le royaume des Cieux, mais celui qui aura fait la volonté de mon Père (Matth., VII, 21).

            Et remarque que ce n’est pas sans motif qu’il répète deux fois : Seigneur, Seigneur... Les états de ce monde se ramenant à deux principaux, l’état religieux et l’état séculier, il veut dire que personne, de quelque état qu’il soit, ne peut atteindre la gloire éternelle, même en me rendant tous les honneurs extérieurs, s’il ne fait ma volonté.

            Mon Fils dit encore : Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais celle du Père qui m’a envoyé... Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé... Non pas ma volonté, mais la vôtre, ô mon Père... Comme le Père m’en a donné le commandement, j’agis...

Si donc tu veux, à l’exemple de ton Sauveur, faire ma volonté, laquelle contient ton bonheur, il est nécessaire qu’en toutes choses tu méprises ta propre volonté, que tu y renonces, que tu la détruises (4). Plus tu te purifieras de ce qui est tien, plus je te donnerai ce qui est mien.

CATHERINE

            En entendant ces salutaires enseignements de la Vérité, cette âme fut toute en joie. " O mon Père et mon Dieu, s’écria-t-elle, je suis ravie, plus que je ne saurais l’exprimer, de ce que vous avez daigné exposer à votre humble servante. J’en remercie de toutes mes forces votre bienveillante Majesté. Autant que ma grossière intelligence me permet de le saisir, l’exemple du Sauveur nous manifeste excellemment et clairement ce qu’est la perfection.

            Vous êtes le Bien souverain et unique qui ne voulez jamais l’iniquité, mais la justice et la vertu; j’accomplis donc tout mon devoir en faisant tout ce que vous voulez. Et j’obéis à votre volonté si je renonce à ma propre volonté que vous ne voulez jamais violenter parce que vous l’avez faite libre (5), mais que je dois spontanément vous soumettre et diriger vers Vous seul, afin que je vous devienne plus agréable tout en obtenant de plus grands mérites.

            Je veux donc, Seigneur, et je désire ardemment faire ce que vous ordonnez. Mais je ne vois pas clairement ce que demande votre volonté et de quelle obéissance je puis vous servir. Si ce n’est pas abuser de votre patience par une orgueilleuse témérité, je vous supplie instamment de me l’enseigner brièvement.

LE SEIGNEUR

            Tu vas connaître en peu de mots ma volonté et tu pourras l’accomplir entièrement : ma volonté est que tu m’aimes toujours et par-dessus tout comme j’en ai fait le commandement : Vous aimerez le Seigneur de tout votre cœur , de toute votre âme et de toutes vos forces. C’est dans l’observation de ce commandement que consiste la perfection, car la fin du précepte c’est la charité, et la plénitude de la loi c’est l’amour.

CATHERINE

            Je comprends que votre volonté et ma perfection se trouvent dans l’amour souverain de Vous-même, Seigneur. Je voudrais donc accomplir cette justice et Vous aimer de cet amour souverain le plus ardemment possible. Mais comment puis-je et dois-je le faire ? Je ne le comprends pas assez. Je vous prie de m’éclairer encore là-dessus.

LE SEIGNEUR

            Écoute avec toute l’attention de ton esprit. Pour m’aimer parfaitement trois choses sont nécessaires :

            Premièrement : écarter, séparer, purifier entièrement la volonté de tout amour terrestre, de tout attachement charnel pour n’aimer ici-bas rien de passager ni de périssable sinon à cause de Moi. Puis, ce qui est le plus important, ne pas M’aimer pour toi, ni toi-même pour toi, ni le prochain pour toi, mais M’aimer pour Moi, t’aimer pour Moi, aimer le prochain pour Moi (6). L’amour divin ne peut souffrir de partager avec aucun amour terrestre. Dans la mesure où la contagion des choses terrestres te souillera, dans cette même mesure tu offenseras mon amour et tu perdras en perfection. Pour être pure et sainte, l’âme doit avoir en dégoût tout ce qui plaît au corps. Fais donc en sorte qu’aucune des créatures que ma bonté vous a données comme moyens ne vous empêchent de m’aimer, mais au contraire qu’elles aident, excitent et enflamment votre amour. Si je les ai créées et si je vous les ai données, c’est afin que, puisant en elles une plus large connaissance de mon immense bonté, vous M’aimiez d’un amour plus généreux (7). Debout donc ! gouverne tes sens, ceins tes reins, ne cesse d’exercer une vigilance attentive, maîtrise les désirs que la misérable condition de cette vie mortelle et la corruption de la nature font lever de tous côtés, afin que tu puisses dire avec mon prophète : 0 vous qui avez formé mes pieds, c’est-à-dire mes affections qui sont les pieds de l’âme (8), comme ceux du cerf, pour fuir les chiens, c’est-à-dire les dangereuses ruses de la concupiscence, vous m’établirez sur les hauteurs, c’est-à-dire, dans la contemplation (Ps XVII, 34).

            Deuxièmement. Ce premier degré franchi, tu pourras monter au second qui demande une perfection plus haute : prendre mon honneur et ma gloire comme seul but de tes pensées, de tes actions et de tout ce que tu peux faire; chercher à toute heure et avec soin à Me glorifier soit par la prière, soit par la parole, soit par les actes; faire ton possible pour que ton prochain ait tes mêmes sentiments et que tous, comme toi et avec toi, me connaissent, m’aiment et m’honorent. Cette pratique me plaît plus encore que la première, car elle accomplit davantage ma volonté (9).

            Troisièmement. Si tu fais ce qui me reste à te dire, il ne te manquera plus rien et tu auras atteint la perfection consommée. Cela consiste en ce que tu désires ardemment et que tu obtiennes par des efforts appliqués la disposition d’âme suivante : être si étroitement unie à Moi, conformer si parfaitement ta volonté à ma très parfaite volonté que tu ne veuilles jamais, non seulement le mal, mais même le bien que je ne veux pas; en toute circonstance de cette misérable vie, quelle qu’en soit la cause et qu’il s’agisse d’intérêts spirituels ou matériels, ne jamais laisser troubler la paix et le repos de ton âme, mais toujours croire d’une foi inébranlable que Moi, ton Dieu tout-puissant, je t’aime plus que tu ne peux t’aimer toi-même, et que je veille sur toi avec un soin mille fois plus attentif que tu ne saurais veiller toi-même.

            Autant tu t’abandonneras avec confiance à Moi, autant je serai avec toi pour t’aider; tu obtiendras de Moi une connaissance plus lumineuse, et de mon amour une plus abondante et plus délicieuse expérience.

            On ne parvient à cette perfection que par un renoncement ferme, constant et absolu de la volonté propre. Ne pas pratiquer ce renoncement, c’est refuser la véritable perfection. Celui au contraire qui se renonce volontiers, par le fait même accomplit parfaitement ma volonté; sa vie me plaît beaucoup et je suis avec lui, car rien ne m’est plus agréable et plus doux que d’agir avec vous par la grâce et d’habiter en vous : mes délices sont d’être avec les enfants des hommes. Je ne veux pas violer les droits de votre liberté. Mais dès que vous le désirez, Moi-même je vous transforme en Moi et je vous fais un avec Moi en vous faisant participer à ma perfection, et en particulier à ma tranquillité et à ma paix.

            Si tu veux mieux comprendre de quelle ardeur je suis porté vers vous et si tu veux enflammer le désir de soumettre et d’unir ta volonté à la mienne, recueille ton âme et contemple ce que j’ai fait : j’ai voulu que mon Fils unique s’incarnât et que ma divinité, dépouillée de sa majesté éclatante, s’unît à votre humanité afin qu’une si grande preuve d’un si grand amour vous invitât, vous excitât et vous entraînât à unir pareillement votre volonté à la mienne et à adhérer complètement à Moi seul.

            J’ai voulu encore que mon Fils bien-aimé effaçât votre péché dans les tourments par une mort horrible, pleine d’ignominie et de cruauté. Car ce péché nous avait si profondément divisés, Moi et vous, que j’étais forcé de détourner de vous mon regard.

            En outre. je vous ai préparé la table du sacrement si grand et si peu connu de son Corps et de son Sang. Si vous le prenez en nourriture, vous êtes transformés et changés en Moi. De même que le pain et le vin dont vous vous nourrissez passent en la substance de votre corps, pareillement lorsque vous vous nourrissez de mon Fils, qui est un avec Moi sous les saintes espèces, vous êtes changés en une substance spirituelle et en Moi-même, C’est ce que je disais à mon serviteur Augustin : Je suis la nourriture des grandes âmes : crois et mange. Tu ne me changeras pas en toi, mais c’est toi qui seras changé en Moi (10).

CATHERINE

            Cette âme avait compris ce que demande la volonté de Dieu; elle avait compris aussi que seule une charité parfaite fait accomplir cette volonté divine et que pour avoir la charité parfaite il faut renoncer à sa volonté propre.

            Seigneur, mon Dieu, dit-elle, vous m’avez fait connaître votre volonté. Vous m’avez expliqué que si je vous aime parfaitement, je n’aimerai aucune créature, pas même moi, pour moi, mais tout pour Vous et comme Vous. Vous m’avez dit de chercher, en toute occasion et de toutes mes forces, uniquement votre louange et votre gloire, et de pousser mon prochain à faire de même. Vous avez ajouté que je devais supporter toutes les épreuves de cette misérable vie avec une âme ferme, toujours égale et joyeuse.

            Puisque c’est le renoncement à la volonté propre qui permet de pratiquer tout cela, voudriez-vous, Seigneur, me dire le moyen d’arriver à ce renoncement ? Enseignez-moi, je vous prie, une si grande vertu, car votre lumineuse doctrine me fait comprendre que je vivrai en Vous autant que je mourrai en moi. "

LE SEIGNEUR

            Dieu ne laisse jamais insatisfaits les saints désirs. Aussi il daigna ajouter :

            Il est certain que tout bien repose sur le parfait renoncement à toi-même, car je te remplis de ma grâce autant que tu te vides de ta propre volonté. Or, c’est la participation à ma Bonté par la grâce qui fait la perfection, car sans la grâce l’homme n’a ni vertu, ni dignité.

            Veux-tu parvenir à ce renoncement? Établis-toi dans une humilité profonde : persuade-toi fortement et intimement de ton indigence et de ta misère, et dans ces sentiments cherche toujours et avec énergie à Me servir, Moi seul, et faire ma seule volonté (11).

            Pour cela, il est nécessaire que par l’imagination et avec les seuls matériaux fournis par ma volonté, tu construises au dedans de toi-même une cellule fermée de toutes parts, où tu t’enfermeras et où tu habiteras toujours. Quelque part que tu ailles, n’en sors jamais. Quelque chose que tu regardes, regarde-la dans ta cellule. Que ma volonté enveloppe tous les mouvements de ton corps et de ton âme. Que chaque parole, chaque pensée, chaque acte soient pour Me plaire et conformes à ce que tu crois être ma volonté. Alors le Saint-Esprit t’inspirera tout ce que tu devras faire (12).

            Il y a encore un autre moyen d’acquérir le renoncement à la volonté propre : c’est de soumettre ta volonté à un homme capable de t’instruire et de te diriger comme je le veux, de lui confier et toi-même et tous tes intérêts, de suivre tous ses ordres et conseils. Car celui qui écoute mes serviteurs fidèles et prudents, m’écoute Moi-même.

            Ce que je veux aussi, c’est que fréquemment tu recueilles ton âme pour Me contempler avec une foi vive, Moi, ton Dieu plein de gloire qui t’ai créée pour l’éternelle béatitude (13). Contemple-Moi comme l’Être éternel,. souverain, tout-puissant, libre de vous envoyer tout ce qu’Il lui plaît, Maître dont la volonté, en rien gênée par personne, gouverne tout et sans laquelle rien ne peut arriver. Le Prophète l’a dit : Arrive-t-il un malheur dans une ville, sans que Jéhovah en soit l’auteur ? c’est-à-dire sans qu’il l’ait permis (Am III, 6)?

            Contemple-Moi aussi comme la Sagesse souveraine, la Source de toute science et de toute intelligence : je vois tout, je pénètre tout dans une sûre et profonde vision; dans le gouvernement de toi-même, du ciel, de la terre et de l’univers entier rien ne m’échappe, aucune erreur ne peut me troubler. S’il en était autrement, je ne serais pas Dieu, ni la sagesse même. Veux-tu saisir un peu de l’efficacité de cette sagesse souveraine ? Songe que du mal de la faute et du châtiment je sais tirer un bien plus grand que ce mal même.

            Enfin, je veux que tu me contemples comme le souverain Bien. La force de mon amour et de ma bienveillance m’oblige à vouloir pour toi et pour tous ce qui vous est bon, utile et salutaire. Aucun mal ne peut venir de Moi, ni aucune haine C’est par bonté que j’ai créé l’homme, et c’est d’une indicible tendresse que je continue à l’entourer.

            Pénétrée de ces vérités par une foi ferme et par l’oraison, tu comprendras que les tribulations, les tentations, les difficultés, les maladies et en général toutes les adversités ne vous sont envoyées par ma providence qu’en vue de votre salut. Toutes ces choses vous paraissent fâcheuses; elles n’ont qu’un but : vous corriger de votre malice et vous conduire à la vertu, et par la vertu à l’unique et souverain Bien que vous ne connaissez pas (14).

            A la lumière de la foi tu comprendras encore que ton Dieu peut, sait et veut procurer ton bien plus que toi-même, et qu’en dehors de ma grâce tu ne peux connaître ni vouloir rien de bon pour toi.

            Puisqu’il en est ainsi tu dois apporter tous tes soins à soumettre entièrement ta volonté à ma divine volonté Alors ton âme jouira du vrai repos et tu M’auras toujours avec toi, car j’habite dans la paix. Il n’y aura pas de scandale pour toi, je veux dire, rien ne pourra te faire tomber dans le péché, ni l’impatience, ni quoi que ce soit, car il y a une grande paix pour ceux qui aiment ma loi et rien ne leur est une cause de chute (Ps CXVIII, 165). Ils aiment tellement ma loi, c’est-à-dire ma volonté qui gouverne tout, ils me sont par elle si intimement unis et ils ont tant de joie à l’accomplir, qu’aucun événement, de quelque nature et gravité qu’il soit, n’arrive à les troubler : le péché seul les attriste, parce que le péché M’est une injure. C’est un regard lumineux et très pur de l’âme qu’ils jettent sur ma souveraine Providence : aussi comprennent-ils que, gouvernant le monde avec sagesse et amour, je ne peux leur envoyer que du bien, car je m’occupe de leurs intérêts plus utilement qu’ils ne sauraient le faire (15) :

            Ainsi donc, parce que c’est Moi, et non l’homme, qu’ils regardent comme l’auteur de tout événement, ils sont affermis dans une si invincible patience qu’ils supportent tout avec une âme égale, contente même et joyeuse (16). En tout ce qui arrive dans leur vie, soit intérieure, soit extérieure, ils savourent la douceur de mon amour.

            Qu’est-ce que c’est que savourer la douteur de mon amour? C’est M’aimer dans ma Bonté; c’est, au milieu des tribulations et difficultés, considérer et méditer d’un cœur  joyeux et reconnaissant que je dispose tout avec suavité et que tout découle de la mystérieuse source de mon amour.

            C’est une méditation et une disposition très saintes et très fructueuses qu’une seule chose corrompt, détruit et fait perdre : la volonté propre et l’amour de soi-même. Supprimez cette volonté et cet amour propres, vous supprimez l’enfer : soit l’enfer éternel qui tourmente les maudits dans leur corps et dans leur âme, soit cet enfer que, par une lamentable aberration, la perpétuelle agitation d’esprit et les incessantes tempêtes des soucis font déjà souffrir à beaucoup en cette vie.

            Ainsi donc, ma fille, si tu veux vivre par ma grâce en ce temps passager et dans ma gloire durant les siècles éternels, commence par mourir en te renonçant toi-même et en abandonnant ta volonté propre.

            C’est pour cela qu’il est écrit : Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur ! et encore : Bienheureux ceux qui ont l’esprit de pauvreté ! parce qu’ils Me voient durant leur pèlerinage ici-bas dans l’union de l’amour et parce que, arrivés à la patrie, ils Me contempleront dans la gloire, éternellement.

Notes

(1) En une autre circonstance le Père éternel disait à sainte Catherine: "Je ne méprise pas le désir de mes serviteurs. Je donne à quiconque me demande et je vous invite tous à demander. C’est me déplaire vivement que de ne pas frapper à la porte de la Sagesse de mon Fils unique... Parfois, pour éprouver vos désirs et votre persévérance. je fais semblant de ne pas vous entendre, mais je vous entends bien et j’accorde à votre esprit ce dont il a besoin. C’est Moi qui vous donne la faim et la soif avec laquelle vous criez vers Moi, et je ne veux qu’éprouver votre constance, pour combler vos désirs, lorsqu’ils sont bien ordonnés et dirigés vers Moi. " Dial. 107.

(2) Sainte Catherine écrivait: " Le Christ est sur la croix comme notre règle, comme un livre écrit où toute personne, même ignorante et aveugle peut lire. La première ligne de ce livre est la haine et l’amour : l’amour de l’honneur du Père, la haine du péché." (Lettre au Fr. Lazzarini.)

(3) Le Père éternel avait déjà dit à Catherine : " D’où vient que mon Fils fut si obéissant ? De l’amour qu’il eut de mon honneur et de votre salut. Et cet amour, d’où procédait-il ? De la claire vision qu’avait son âme de la divine essence et de l’immuable Trinité. Il me voyait toujours, Moi, le Dieu éternel. Cette vision produisait en Lui, avec une perfection absolue, cette fidélité que la lumière de la foi ne peut rendre qu’incomplètement. Sous cette glorieuse lumière, dans l’ivresse de l’amour, il s’est élancé dans la voie de l’obéissance. " Dial. 154.

(4) La volonté propre est celle qui, ne s’inspirant ni de la gloire de Dieu ni du salut des âmes, ne se propose que sa satisfaction personnelle. Elle est directement contraire à la charité. Rien de plus essentiel que sa destruction.

(5) Le Seigneur disait encore à Catherine : " Ma fille, votre volonté est à vous, .uniquement à vous; c’est Moi qui vous l’ai donné avec le libre arbitre. C’est donc à vous qu’il appartient d’en disposer, par votre libre arbitre, et de la retenir ou de lui lâcher la bride suivant qu’il vous plaît. ". Dial. 43.

(6) " Veux-tu arriver à la pureté parfaite? demandait Dieu à Catherine. Sois-moi toujours unie par l’affection d’amour; car je suis la souveraine et éternelle Pureté, je suis le Feu, qui fait l’âme pure. Et donc, plus elle s’approche de Moi, plus elle devient pure; plus elle s’en éloigne, plus elle est souillée. C’est parce qu’ils sont séparés de Moi que les mondains tombent en tant de crimes. Mais l’âme qui, sans intermédiaire, s’unit à Moi, participe à ma Pureté. " Dial 100.

(7) Le Seigneur avait appris à Catherine comment on aime le prochain : " Il faut aimer le prochain purement et avec désintéressement. Il en est comme du vase que l’on remplit à la fontaine : Si on le retire de la source pour boire, il est bientôt vide. Mais si on le tient plongé dans la source, on peut y boire toujours, il demeure toujours plein. Ainsi en est-il pour l’amour du prochain; il faut le boire en Moi, sans autre considération. " Dial. 64.

(8) ".Les pieds signifient l’affection car, comme les pieds portent le corps, l’affection porte l’âme. Dial. 26.

(9) " Ce sera la preuve que vous me possédez par la grâce, disait encore le Père éternel, si vous faites bénéficier le prochain de nombreuses et saintes oraisons, avec un doux et amoureux désir de mon honneur et du salut des âmes. L’âme amoureuse de ma Vérité ne cesse jamais de se rendre utile à tout le monde, tant en général qu’en particulier .... C’est en se rendant utile au prochain que l’homme manifeste l’amour qu’il a pour Moi. " Dial. 7.

(10) Une autre fois, le Seigneur avait dit à Catherine : " Considère, ma fille bien-aimée, quelle excellence acquiert l’âme qui reçoit convenablement ce pain de vie, cette nourriture des anges. En recevant ce sacrement, elle demeure en Moi et Moi en elle. Comme le poisson est dans la mer et la mer dans le poisson, ainsi je suis dans l’âme et l’âme est en Moi, l’océan de la paix. " Dial. 112.

(11) Le Père éternel disait encore : " Si tu veux parvenir à la connaissance parfaite, si tu veux Me goûter, Moi la Vérité éternelle, voici la voie : Ne sors jamais de la connaissance de toi-même et demeure abaissée dans la vallée de l’humilité. Tu Me connais Moi-même en toi, et de cette, connaissance, tu tireras tout le nécessaire. Aucune vertu ne peut avoir la vie en soi, sinon par la charité, et par l’humilité qui est la mère nourricière de la charité. La connaissance de toi-même t’inspirera l’humilité, en te découvrant que par toi-même tu n’es pas, et que l’être, tu le tiens de Moi qui t’aimais, toi et les autres, avant que vous ne fussiez. " Dial. 4.

(12) Sainte Catherine aimait à recommander à ses disciples d’habiter la cellule intérieure : vous voulez connaître la volonté divine, faites en sorte d’habiter toujours la cellule de votre âme. Cette cellule est un puits qui contient de l’eau et de la terre. Par cette terre, j’entends notre misère : nous devons reconnaître que par nous-mêmes nous ne sommes pas et que notre être vient de Dieu. O inappréciable et enflammée Charité ! L’eau vive et jaillissante, c’est la connaissance véritable de sa douce volonté qui ne cherche que notre sanctification. Entrons dans les profondeurs de ce puits; forcément nous y trouverons la connaissance et de nous-mêmes et de la bonté de Dieu. Dans la connaissance de notre néant, nous nous abaisserons, nous nous humilierons et nous pénétrerons dans le Cœur  du Christ. Cœur  brûlant, consumé d’amour et dont l’ouverture ne se ferme jamais. " (Lettre au P. Th. della Fonte, n° XLI).

(13) Le Seigneur disait encore à Catherine : " L’oraison est une arme avec laquelle l’âme se défend contre tous ses ennemis; quand elle est tenue par la main de l’amour et brandie par le bras du libre arbitre, dirigé par la lumière de la très sainte Foi. Sache, ma fille, que c’est en persévérant dans une oraison humble, continue et pleine de foi, que l’âme acquiert toutes les vertus... Ô combien douce à l’âme et combien agréable à Moi-même l’oraison sainte, faite dans la cellule de la connaissance de soi-même et de Moi, le regard de l’intelligence grand ouvert aux lumières de la foi, le cœur  tout rempli de l’abondance de ma charité !... L’oraison est la mère des vertus. " Dial. 66.

(14) Sainte Catherine écrivait elle-même : " Dieu permet la tentation pour que nos vertus donnent leurs preuves et pour accroître sa grâce; non pas pour que nous soyons convaincus, mais vainqueurs par la confiance au secours divin qui nous fait dire avec le doux Apôtre Paul : Je peux tout en Jésus qui est en moi et me fortifie. " (Lettre à Dom Christophe, 335.)

(15) Sainte Catherine au Fr. Guillaume d’Angleterre : " Si une âme était vraiment humble et sans présomption, elle comprendrait facilement que la douce Vérité première donne à chacun la situation, le temps, le lieu, la consolation ou l’épreuve selon qu’il en a besoin pour le sauver et pour arriver à la plénitude de perfection à laquelle il est appelé. Elle comprendrait que Dieu donne tout par amour et qu’elle doit tout accepter avec amour et respect." (Lettre 54.)

(16) Le Seigneur disait à Catherine : " L’âme qui a tué la volonté propre pour suivre uniquement le Christ crucifié est toujours en paix, toujours en repos. Tout lui est sujet de joie... De toute chose elle tire une joie; de chacune d’elle elle extrait comme un parfum de rose. " (Dial. 100.)



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