LE BON CONSEIL D’UN PÈRE À SA FILLE

Marian T. Horvat, Ph.D.

 

            Le respect humain.  Il nous fait agir avec l’intention première d’impressionner les autres ou de faire bonne impression auprès de nos pairs ou de nos amis.

 

            Voici l’histoire d’un père traditionaliste qui avait plus de respect pour Notre-Seigneur que pour l’opinion de ses voisins.  Sa foi et son courage ont tant impressionné sa fille qu’elle est revenue à la pratique de la foi.

 

            C’était une jeune fille catholique des années soixante, comme tant d’autres en ces temps chaotiques.  Élève d’écoles primaires et secondaires catholiques, elle est entrée ensuite dans une université d’État et a cessé de pratiquer sa foi.  Elle avait beaucoup d’excuses pour se justifier : des gens sans préjugés étaient ouverts à de nouvelles expériences ;  son petit ami n’était pas catholique et trouvait ridicules toutes ces règles et ces contraintes ;  beaucoup d’autres amis catholiques ne pratiquaient pas non plus et l’un d’eux était même devenu bouddhiste.  Mais elle n’avait pas d’excuse pour ses parents, spécialement sa mère, qui priait chaque jour le Rosaire et allait plusieurs fois par semaine à la Messe.

 

            Elle était revenue à la maison pour Noël, avait assisté à la Messe de minuit, et reçu la communion.  Après tout, qu’est-ce que sa mère allait penser si elle ne communiait pas ? Et si son père allait la faire rentrer à la maison et cesser de payer ses frais de scolarité et sa pension ? Il aurait aussi été très difficile de rester assise sur son banc alors que tout le monde se mettait en rang pour aller communier... Qu’est-ce que les autres auraient pensé ?

 

            Pâques n’était pas loin et elle revint de nouveau à la maison.  Elle ne s’en apercevait pas (lorsqu’on est jeune et préoccupé par soi-même, on ne se rend pas toujours compte à quel point les autres peuvent deviner ce que l’on fait) mais son père se doutait un peu qu’elle n’allait plus à la messe du dimanche et qu’elle avait cessé de pratiquer sa foi.  Le lendemain de son arrivée, il trouva le moyen de se trouver seul avec elle pour une petite conversation bien tranquille.

 

            « Je me rends compte que tu pourrais ne plus pratiquer ta foi », dit le père à sa fille stupéfaite.  « Naturellement, cela me préoccupe.  Mais il y a autre chose qui m’inquiète maintenant.  Tu sais que nous avons le grand privilège de recevoir la Personne même de Notre-Seigneur – son Corps et son Sang – dans la Sainte Communion.  L’Église n’exige qu’une chose d’un catholique pour recevoir la Sainte Eucharistie – son âme doit être vivante, c’est-à-dire être en état de grâce.  Tu sais combien tu comptes pour ta mère et pour moi.  C’est pourquoi je te parle ainsi maintenant.  Ne va pas communier simplement pour nous faire plaisir ou parce que tu t’inquiètes de ce que diront les autres.  Si tu es en état de grâce, c’est très bien. Sinon, le Pain de vie sera pour toi un pain de mort.  Cela ne veut pas dire que la Sainte Eucharistie est là pour causer ta mort, mais simplement que, avant de la recevoir, tu étais déjà morte.  Et tu le seras à deux égards après l’avoir reçue, parce que tu auras commis un sacrilège envers Notre-Seigneur.

 

            « J’ai lu que la plus cruelle souffrance des martyrs était d’être attachés à un cadavre en état de décomposition », continua-t-il. « Ils auraient préféré la mort à cette torture parce que ce contact forcé de la vie avec la mort est une terrible punition.  Pourquoi alors obliger Jésus à s’unir à ce qui est mort ?

 

            « Je n’ai rien d’autre à te dire.  Je ne te demande qu’une chose : ne pas communier ce Dimanche de Pâques si tu n’es pas en état de grâce.  Je t’ai déjà dit de ne pas t’inquiéter de ce que va dire ou penser ta maman.  Je lui parlerai.  J’espère que tu ne m’en veux pas trop, ma chérie.  Tu es ma fille, et si j’ai le devoir de veiller à ta santé et à ton éducation, j’ai encore bien plus raison de m’inquiéter au sujet de ton âme et de ton bonheur éternel.  Je t’ai toujours dit de ne pas faire le mal simplement à cause de ce que les autres pourront dire.  Mais surtout, ne va pas offenser Notre-Seigneur Jésus simplement pour sauver les apparences. »

 

            Elle était fâchée, comme il se doutait un peu qu’elle le serait (après tout, on a appris à la jeunesse moderne à ne tolérer aucune ingérence dans leurs actions et leurs croyances personnelles).  Mais elle simula l’insouciance et l’indifférence.

 

            Pourtant, ce Dimanche de Pâques, elle n’est pas allée communier.  Il lui a fallu plus de courage qu’elle ne l’aurait cru pour rester sur son banc et se demander ce que « tout le monde » allait penser.  Le reste de la famille n’a pas dit un mot.  La vie a suivi son cours normal pendant cette réunion de famille, avec la chasse aux œufs de Pâques pour les petits et les préparations pour le retour à l’université.

 

            Mais elle se rappelait ce que son père lui avait dit.  C’est comme si ses paroles s’étaient gravées dans sa mémoire.  Elle essaya de ne plus y penser, mais elles étaient toujours là.  Plus tard, lorsqu’elle est revenue à la pratique de la foi, elle comprit toute l’importance de cette petite conversation.  Elle lui avait fait voir combien son père prenait sa foi au sérieux et à quel point il croyait à la Présence réelle de Notre-Seigneur dans l’Hostie sacramentelle. 

 

            Qui est cette petite fille ?  Je connais bien des jeunes qui lui ressemblent.  Mais en fait, je ne la connais pas personnellement.  Ce n’est pas une jeune fille qui m’a raconté cette histoire ;  je l’ai entendue d’un prêtre qui prêchait sur le respect humain.

 

            C’est je crois un bon exemple à présenter à nos lecteurs.  Même dans les églises traditionnelles, combien peut-il y avoir de communions sacrilèges à cause du respect humain ? Finalement, s’inquiéter plus de ce que les gens vont dire que de ce que Dieu va penser, c’est vraiment un très mauvais choix.



RETOUR