DEVRIONS-NOUS SUIVRE NOTRE CONSCIENCE ?

Ou la « conscience » est-elle devenue le sceau de l’auto-approbation ?

Père Ronald Lawler, O.F.M.  

 

            « Suivez votre conscience », telle est l’expression à la mode qui est devenue dans notre pays parole d’évangile.  Elle est souvent l’ultime appel, le critère décisif auquel on a recours pour prendre une bonne décision.  S’il a l’approbation de notre conscience, notre choix doit donc être le bon.

 

            Comme chrétiens catholiques, on nous a toujours exhortés à ne jamais agir contre notre conscience.  Ce qui est indubitablement vrai si l’on s’en tient au merveilleux et noble sens de la conscience tel qui est énoncé par le deuxième concile du Vatican. Vatican II nous dit que la conscience est ce qui rend le cœur attentif à la loi de Dieu.  Elle invite à chercher la parole de Dieu, à la reconnaître et à l’observer.  Une conscience véritable est prête à être continuellement convertie, à saisir de nouvelles lumières de Dieu afin d’illuminer le chemin de vérité.

 

            Dans notre monde, c’est toutefois une autre forme de conscience qui motive souvent les gens.  Cette conscience-là est la gardienne non de notre foi et de notre amour, mais de notre individualisme.  Elle considère l’esprit de chaque personne comme le plus grand maître de morale du monde. Si nous cherchons la réponse à un problème moral ou à un dilemme, nous examinons simplement notre « conscience ».  C’est comme si notre esprit était le dernier chapitre d’un livre de mathématiques : il suffit de regarder à la fin du manuel pour trouver la solution à tous les problèmes. L’esprit est devenu le lieu infaillible où se trouvent les bonnes réponses. 

 

            Ce n’est pas du tout ce qu’est la conscience.  La conscience est un don de Dieu, une aptitude à voir et à interpréter la lumière morale (tout comme nos yeux traitent la lumière physique).  Mais la conscience n’est pas la lumière elle-même.  La conscience nous aide à faire usage de notre intelligence, de notre foi et de notre expérience pour découvrir ce qui est réellement bon et vrai.  Elle n’est pas un substitut pour Dieu, l’Écriture, l’enseignement de l’Église, la sagesse ou l’expérience.  Nous ne pouvons pas nous dispenser de ces sources de lumière pour nous tourner vers nos propre petite pile électrique.  Lorsque Jésus dit, « Pardonnez à vos ennemis », notre réaction ne doit pas être, « Eh bien, je vais allez voir à la fin de mon manuel (c’est-à-dire ma conscience) pour voir s’Il a raison ». Notre réponse devrait être celle d’une foi éclairée : « Oui, Seigneur, je vois que tu me demandes de faire ce qui est vrai et bon. »

 

            Mais dire « Oui » est parfois difficile. Cela exige que nous formions notre conscience à la lumière de la foi, et non à celle de la télévision, des médias ou de la culture moderne.  Voyez comme la conscience de saint Pierre avait encore besoin d’être formée : Pierre fait sa confession de foi (« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. ») et tente ensuite d’empêcher Jésus de se rendre à Jérusalem. Sa « conscience » lui disait qu’aller à Jérusalem n’était pas la meilleure chose à faire.  Jésus devait se tromper.  Il ne comprenait pas qu’il y avait d’autres solutions.  Dieu n’exigeait sûrement pas de telles épreuves.

 

            Mais la conscience de Pierre était dans l’erreur et Jésus le lui a dit, essentiellement : « Passe derrière moi, Satan.  Tu es pour moi un scandale.  Lorsque tu as formé ta conscience pour savoir s’il était juste ou non que j’aille à Jérusalem, tu ne m’as pas écouté.  S’il t’est difficile de croire que cela est juste, tu devrais dire, ‘Seigneur, comment cela se peut-il ?’ et je te l’enseignerai. »

 

            C’est donc Jésus qui veut être notre maître, qui veut former notre conscience par l’Écriture et l’enseignement de l’Église catholique. L’Église ne fait pas que s’en tenir à ce que le Seigneur nous à déjà appris.  C’est le Christ lui-même qui continue à nous enseigner par la Parole et la Tradition.  Il se rend proche de nous tout comme il était proche de Pierre, des disciples et des foules de Galilée.

 

            Comment le Christ a-t-il enseigné ?  Comment a-t-il formé la conscience de ses disciples et des foules qui l’écoutaient ?  Jésus parlait avec autorité et on se pressait pour l’entendre.  Personne n’avait enseigné de telles choses auparavant. Personne n’avait expliqué que le cœur est plus important que les signes extérieurs ou les gestes ;  que dans un monde brisé et souffrant, nous devons nous pardonner les uns les autres ;  que l’amour est le plus grand commandement et qu’il ne connaît pas de frontières ou de distinction raciale.  C’est pourquoi les foules de son temps, et toutes les générations depuis lors, ont crié : Personne n’a jamais parlé comme cet homme !

 

            Il y avait cependant  dans son enseignement quelque chose qui était non seulement magnifique, mais impossible.  Et Pierre dut à maintes reprises affronter cette dimension impossible.  Peu à peu, en plus de l’excellence de l’enseignement du Christ, il apprit aussi à le mettre en pratique.  Cela s’est fait à travers la personne du Christ lui-même, car la beauté de l’enseignement du Christ et les raisons qui l’expliquent reposent sur la Personne du Christ.  Les paroles de Jésus ont aidé ses disciples à comprendre qui Il était, et le fait de savoir qui Il était leur a donné pleine confiance dans ses paroles.

 

            Nous voyons clairement cela lorsque Jésus parle de l’Eucharistie, dans Jean 6.  Alors que tous les autres l’abandonnaient, les disciples ont cru en ses paroles non parce que ce qu’il disait était évident, ou parce qu’ils le comprenaient parfaitement, à mais cause de sa personne.  « Seigneur, où irions-nous ?, dit Pierre »  En d’autres termes, « Comment pourrions-nous te quitter ?  Comment pourrions-nous ne pas te croire ?  Nous savons qui tu es, l’oint du Seigneur ».

 

            Aujourd’hui également, la raison la plus profonde d’accepter l’enseignement du Christ et de lui permettre de former notre conscience, c’est que nous avons trouvé le Christ.  Jésus a les paroles de la vie éternelle parce qu’Il est la vie éternelle. Recevoir l’enseignement moral du Christ et être formé par lui est un acte très personnel.  C’est un échange intime entre nous et le Dieu qui nous aime : « Seigneur, je te crois même lorsque je ne comprends pas tout. Donne-moi la sagesse et la force de marcher sans tes voies. »

 

            Nous entendons trop fréquemment poser cette question : Devrais-je faire ce que dit l’Église ou suivre ma conscience ?  Cette question implique que la conscience est alors formée en mettant le Seigneur, l’Église et la foi d’un côté, tandis que l’on réfléchit à la question de son côté.

 

            C’est comme si nous disions : « Si j’étais tout seul dans cet univers en train de chercher ce que je veux réellement faire, comment régler cette situation de la meilleure façon pour moi… eh, bien, voilà ce que je ferais. »

 

            Mais cette façon de penser est erronée.  Nous ne sommes pas seuls, et nous ne formons pas notre conscience en oubliant ce que la foi nous enseigne et ce que nous montrent la sagesse et l’expérience de bonnes et saintes personnes.  Nous avons reçu le don de l’Esprit Saint qui est la puissance et la présence de Dieu à l’intérieur de nous.  L’Esprit nous donne la possibilité de vivre une existence morale cohérente et intégralement vraie.  Il nous incite à demander : « Si j’étais en présence du Dieu de l’univers, que voudrait-il que je fasse, que pourrait-il faire, quelle solution serait la meilleure pour moi et pour lui ? »  C’est pourquoi notre conscience s’efforce d’écouter la voix du Seigneur et de recevoir la lumière de Sa parole.

 

            Devrions-nous suivre notre conscience ?  Oui, à condition qu’elle soit informée et pas uniquement sincère.  L’histoire regorge d’exemples d’hommes qui ont agi en toute bonne conscience.  Le roi d’Angleterre Henri VII en est peut-être le meilleur exemple.  Il était très consciencieux.  Il avait toujours de bonnes raisons pour faire ce qu’il faisait : des raisons d’État et d’ordre public, ainsi que ses propres désirs.  Il avait toujours des raisons nobles pour assassiner ses épouses et en prendre de nouvelles.

 

            Chose remarquable, il était toujours en accord avec sa conscience. À partir du moment où le roi Henri a cessé de fréquenter les bonnes personnes (St Thomas More), qu’il a rejeté les jugements de l’Église et les principes de la foi, il a trouvé que sa conscience lui disait que ce qu’il voulait faire était tout à fait bien.

 

            Est-ce si éloigné de ce qui se passe aujourd’hui ?  Nous avons découvert en notre temps la force atomique et créé des armes étonnantes.  Nous avons des moyens nouveaux et ingénieux de tuer les enfants à naître et de rendre stériles les relations sexuelles.  Nous avons inventé des façons novatrices de mettre des êtres humains au monde et de les supprimer avant leur mort naturelle.  Tout autour de nous, des décisions morales sont prises dont les conséquences sont plus dévastatrices que dans le passé.

 

            Une conscience sincère n’est pas suffisante.  La conscience n’est pas une voix qui nous dit de faire ce qui nous plaît, ce que nous croyons sincèrement être juste, ce qui est l’objet de nos ardents désirs ou de notre convoitise.  La conscience est un don qui nous permet de nous dépasser, de chercher ce qui est réellement bon et vrai.  La conscience est la voix du Christ à l’intérieur de nous et qui nous dit : Aimez vos ennemis, tendez l’autre joue, soyez fidèles aux promesses votre mariage, priez votre Père céleste et accumulez des trésors pour le Ciel !  Entrez par la porte étroite.  N’ayez pas peur !  Je suis toujours avec vous.

 

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