LA CONSCIENCE

 

            Lorsque nous récitons le Credo: Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur du Ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles, nous reconnaissons publiquement la puissance de Dieu créateur et ses pouvoirs sur le monde visible et invisible. Tout a été créé et organisé par Lui et nous savons que les hommes n'y peuvent rien changer. Les lois de la nature obéissent à Dieu et échappent complètement aux lois des hommes. Souvenons-nous des tempêtes de décembre 1999 ! Il y a aussi les tremblements de terre, les inondations, les cyclones, les sécheresses, les éruptions volcaniques, les raz de marée; autant de phénomènes devant lesquels l'homme est impuissant. Il subit. Les animaux obéissent aux lois fixées par Dieu. La soumission totale des êtres irraisonnables aux volontés de leur Auteur est ce qui les fait vivre de cette vie qui leur appartient. De même, l'obéissance des êtres libres est la condition rigoureuse de la vie supérieure que la munificence de Dieu leur destine, explique Mgr Gay. La nature de l'homme est soumise. Pour vivre, il est obligé de manger et de boire. Une grève de la faim ne peut durer très longtemps. Et même s'il essaie de résister, il tombe de sommeil tôt ou tard !

 

            Curieusement, il n'y a que l'homme qui refuse d'obéir à Dieu, quand on le laisse libre.

 

            Et pourtant, si Dieu est créateur il est le maître. Il est donc normal qu'Il établisse des règles à l'homme qu'Il a créé à son image, pour qu'il vive selon Sa volonté. La nécessité naturelle fait place à une nécessité de justice et la puissance qui meut cède le pas à l'autorité qui oblige écrit saint Thomas, (2da, 2dae, Q.CIV, art. 4). Car Celui qui pourvoit au bien de toutes choses, les gouverne. La volonté de Dieu, c'est le Décalogue, la loi éternelle, comme l'appelle saint Augustin, que l'on trouve dans la Bible (Exode 20, 1-25). Puis il y eut la loi mosaïque qui comprend une partie cérémonielle pour régler le culte, une partie civile et judiciaire pour régler la vie sociale et une partie morale pour régler la vie de l'homme. Nous avons maintenant la loi évangélique, donnée par Jésus-Christ, et qui doit durer tous les siècles.

 

            Selon saint Thomas, le mot loi vient du verbe ligare, lier. La loi est donc un lien qui oblige à faire ou à omettre quelque chose, (4.p.q. art.9). Dieu entend que sa loi soit appliquée, Repassez sans cesse dans votre mémoire ce que Dieu vous a commandé, dit l'Ecclésiastique (Siracide 3, 22), parce que le précepte est un flambeau et la loi, une lumière sur le chemin de la vie, (Prov. 6, 23). La loi est nécessaire à l'homme pour trouver Dieu. Jésus-Christ ajoute même dans saint Jean: « Si je n'étais point venu, et que je ne leur eusse point parlé, ils ne seraient point coupables ; mais maintenant, ils n'ont pas d'excuse de leur péché » (Jean 15, 22). Jésus-Christ demandera donc à l'homme de rendre les comptes de sa vie au jour du jugement. Car, « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Matt. 28, 18).

 

            La loi divine doit être la règle de notre conduite religieuse, sociale et morale. C'est la règle extérieure. Mais il en est une autre qu'on appelle intérieure. C'est notre conscience. Son objet est de nous faire porter des jugements pratiques sur ce que, dans les circonstances où nous nous trouvons, nous devons observer ou que nous devons éviter.

 

            Mais qu'est-ce que la conscience ? Saint Thomas d'Aquin répond:

 

            C'est l'application que chacun se fait à soi-même de la loi de Dieu.

 

            Caïn l'a très vite compris. C'est sa conscience qui lui remet son crime sous les yeux à tout instant et l'oblige à se considérer indigne de pardon: Mon iniquité est trop grande pour en obtenir le pardon (Gen. 4, 13).

 

            Il est amusant de citer Mirabeau qui reconnaît la nécessité d'avoir une conscience droite : S'il est contraire à la morale d'agir contre sa conscience, dit-il, il ne l'est pas moins de se faire une conscience d'après des principes faux et arbitraires. ( par exemple : les gens qui justifient l'avortement à partir d'une loi humaine mauvaise, ou ceux qui acceptent le concubinage parce que tout le monde le fait). Et il ajoutait: l'obligation de faire sa conscience est antérieure à l'obligation de suivre sa conscience.

 

            Si la loi de Dieu était la seule règle de nos actions (c'est-à-dire, si tous les hommes vivaient en suivant strictement les préceptes divins), il n'y aurait plus de pécheurs dans le monde. Les hommes, qui ne seraient pas soumis à la concupiscence, seraient parfaits et l'existence serait un rêve. Ce n'est pas le cas. Notre orgueil nous pousse à examiner les choses selon nos vues. Pourquoi Dieu vous a-t-il demandé de ne point manger du fruit de cet arbre ? demande le démon à Ève. C'était le doute introduit dans l'esprit de l'homme. Le doute introduit, notre orgueil, nous incite à contester ce qui met un frein à notre souveraine sagesse ;  pourquoi écouter Dieu demande Satan ?  La première faute est d'écouter cette question insidieuse, la seconde est d'y répondre. On ne doit pas poser de question à Dieu quand il a donné un commandement.

 

            La Charité, c'est la plénitude de la Loi parce qu'elle commande d'accomplir toute la loi. L'obéissance est donc la preuve d'amour par excellence, parce que l'obéissance est l'immolation de la volonté propre dit saint Augustin, (Lib. 35 Moral. C, 10). Il ajoute : Lorsque Dieu fait entendre sa voix, il faut obéir et non raisonner (Lib. Civit.). Saint Thomas rappelle aussi que : Les actes de la loi sont de commander, de défendre, de permettre, de punir afin de rendre les hommes bons (T. I, II, q, 92, a. 2.). Voilà qui est clair et net. L'amour seul ne suffit donc pas, même la main sur le cœur. Dieu demande aux chrétiens d'avoir la lampe d'amour allumée. C'est-à-dire de vivre sous sa loi, de vivre dans sa grâce, en sachant qu'il viendra comme un voleur, (Ap. 16, 15) à  l'heure où nous y pensons le moins  (Matt. 24, 44). Et I1 nous demandera nos âmes pour lesquelles il a versé son sang.

 

            Mais il y a mille raisons qui poussent les hommes à ne pas suivre les lois divines. La loi de Dieu entendue par l'homme, expliquée par l'homme et selon son esprit, devient souvent la conscience de l'homme, qui varie à l’infini selon les hommes. Elle varie même chez un homme selon son inconstance naturelle, son humeur, son âge et ses amis du moment. Chacun se fait l'application de cette loi selon ses vues, selon ses lumières, selon les mouvements secrets de son esprit et la disposition présente de son cœur. Et c'est la fausse conscience ou la conscience erronée.

 

            D'où il arrive que cette loi divine mal appliquée, n'est plus une règle sûre pour que nous fassions le bien que nous devons faire ou, pour que nous évitions le mal. C'est même quelquefois une fausse règle dont nous abusons, soit pour commettre le mal, soit pour manquer aux obligations de faire le bien. Le pécheur qui a une conscience fausse a un jugement erroné sur les lois de Dieu. Il ne voit plus le mal. Il ne juge donc pas nécessaire de se confesser. Il s'ensuit qu'il sera plutôt porté à choisir le mal avec les facilités, malgré les grâces actuelles qui sont toujours à solliciter le pécheur. Avec une fausse conscience, que firent les juifs ? Ils demandèrent à Pilate la mort de Jésus-Christ, s'écrie Bourdaloue dans un sermon. Au contraire, une conscience droite est une grande ressource pour le pécheur qui, en commettant le péché, le condamne et se reconnaît pécheur. Il peut alors se confesser et faire pénitence.

 

            On comprendra qu'il est important de se faire une conscience droite, d'où la nécessité de s'instruire de la saine et sainte doctrine pour juger l'enseignement dispensé. Il faut être très prudent dans notre époque équivoque où tout est fait pour tromper. Ainsi le cardinal Luciani, futur Jean-Paul I, considérait les médias comme des moyens pernicieux: A travers la presse, la radio, la télévision, disait-il, nous ne sommes pas en contact avec les faits bruts, mais avec leur interprétation qui peut varier selon les gens. Il s 'insinue alors dans les esprits l'idée pernicieuse que l'on ne peut jamais arriver à la vérité, mais seulement à l'opinion. Nous ne sommes plus au temps de la croyance, mais de la conjecture (hypothèse). Ce qui est faux pour l'un est vrai pour l 'autre. On reconnaît le même droit (de citoyenneté) au mensonge qu’à la vérité. Autrefois l’Église avait le magistère, maintenant nous sommes tous en recherche.

 

            Les philosophes apportent de l'eau à ce moulin: Le langage, disent-ils, n'est pas apte à exprimer la pensée. La vérité est relative, elle change selon les époques et selon les hommes. Le philosophe allemand Heidegger (mort en 1960) écrivait même: « La foi, si elle ne s'expose pas constamment à la possibilité de tomber dans l'incroyance, n 'est pas un croire, mais une commodité, et une convention passée avec soi-même de s'en tenir à l'avenir au dogme comme à n'importe quoi de transmis. »   Pour justifier les nouveautés un théologien bénédictin écrivait : Il fallait mettre dans la clarté ce qui était dans l'obscurité, expliciter ce qui était implicite, manifester ce qui était caché à l'intérieur de la Révélation. Vingt siècles n'avaient pas suffi ! Ainsi la doctrine est expliquée, commentée et interprétée par les rationalistes, les libéraux et les modernistes. D'où il suit que la conscience devient vite erronée chez ceux qui les écoutent. Chacun se fait à soi-même un tribunal où il s'est rendu l'arbitre de sa croyance, s'écriait déjà Bossuet dans l'oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre. Plus que jamais, c'est : Moi je pense que. Il suffit de voir comment la presse dite catholique, certains clercs et même des évêques ont critiqué l'Exhortation Familiaris Consortio ou l'Exhortation Dominus Jesus du Magistère Suprême.

 

            Il importe de ne pas troubler notre lumière intérieure en la faussant par des analyses trop intellectuelles qui viennent de notre orgueil. Beaucoup de choses qui le dépassent ont été montrées à l'homme. Ne cherche pas à comprendre ce qui est au dessus de toi. Méfie-toi de scruter au-delà de tes forces (Eccl. 3, 20. Le rationalisme est une déviation mortelle. Ne soyons pas entêté, l'entêtement naît d'un accouplement de l'orgueil et de la sottise.

 

            La foi a pour garantie et pour base la parole de Dieu, interprétée par l’Église, qui a reçu le don de l'infaillibilité. Mais une curiosité exagérée, une envie excessive de paraître moderne et à la page, amant que l'indocilité font prêter l'oreille à des voix incertaines ou équivoques. La propagation de ces fausses idées troublent les esprits et façonnent de fausses consciences. D'où il vient que certains ne savent plus discerner le bien du mal. Beaucoup de faibles et d'innocents sont trompés et sombrent dans le péché à cause d'une conscience qui a été déformée. David, parlait déjà de ces erreurs pernicieuses qui se répandent parmi les hommes, et qui forment peu à peu la conscience des pécheurs. Il ajoutait que le pécheur concevait ces erreurs dans son cœur, qu'il les cultivait et que son cœur devenait la source de ses erreurs. C'est dans son cœur que naissent les péchés de l'homme.

 

            Dans un discours sur la fausse conscience, Bourdaloue commente ainsi saint Augustin : C'est très vite l'application que chacun se fait pour lui-même de la loi de Dieu, et par lui-même, c'est à dire, selon son caractère, ses connaissances et sa volonté de résister aux tentations car : Au lieu de régler nos désirs selon nos consciences, nous nous faisons des consciences de nos désirs ;  et parce que c'est sur nos désirs que nos consciences sont fondées, qu'arrive-t-il ? Tout ce que nous voulons, à mesure que nous le voulons, nous devient et nous paraît bon. J'ajoute qu'avec une fausse conscience, on commet le mal hardiment et tranquillement. Hardiment, parce qu'on n’y  trouve dans soi-même nulle opposition ; tranquillement, parce qu'on n'en ressent aucun trouble, la conscience étant alors d'intelligence avec le pécheur.

 

            Voilà ce qui advient quand le cœur prend le pas sur l'esprit. Nous jugeons les choses, non pas selon qu'elles sont, mais selon ce que nous voulons ou ce que nous voudrions qu'elles fussent. Puis à force d'envisager ce qui nous paraissait au début agréable, utile ou commode, nous le considérons comme permis, puis nous le prétendons innocent et honnête. On finira même par croire que le changement est nécessaire et que notre nouvelle conduite entre parfaitement dans l'ordre de Dieu. Et ce que nous voulons, quoique faux, injuste, ou même condamnable, devient la vérité, la justice et la règle habituelle que certains n'hésitent pas à proclamer publiquement pour se donner bonne conscience... !

 

            Puis l'on vivra au gré des mouvements de cette conscience erronée ; une conscience selon nos besoins et nos intérêts ou selon nos désirs. Nous savons combien nous sommes ingénieux à nous tromper, quand on a des intérêts à sauver. Quand il y va de nos intérêts, ce que nous condamnions auparavant comme injuste, change de face et devient équité. Ce que nous blâmions chez les autres commence à être légitime et excusable pour nous.

 

            Le naturalisme a si universellement oblitéré le sens chrétien que la plupart des fidèles aujourd’hui, ceux des classes dites cultivées aussi bien que ceux des classes populaires, ont besoin d’être réinstruits, expliquait le cardinal Mercier. Le naturalisme rapporte Dieu à la nature, alors que le christianisme rapporte la nature à Dieu. Sans le péché originel, la nature se porterait toujours vers son Créateur et sa loi suivie. Mais le naturalisme rejette le surnaturel et l'homme oublie Dieu. Les hommes se contentent maintenant des œuvres naturelles quand Dieu demande des œuvres surnaturelles. Ce peuple m'honore des lèvres mais son cœur est loin de moi, et c 'est en vain qu'il m'honorent (Matt. 15, 8-9). Bossuet s'écriait : Chrétiens, vous vous oubliez. Le Dieu que vous priez est-il une idole dont vous prétendez faire ce que vous voulez, et non le Dieu véritable qui doit faire de vous ce qu'il veut ?

 

            Il est clair que les puissants, les intellectuels, les gens cultivés, les gens fortunés, ceux qui veulent paraître et les passionnés sont plus exposés au malheur de la fausse conscience. Le démocrate qui sollicite des voix ne sera pas enclin à rappeler la morale catholique et à exposer publiquement les lois de Dieu. Les grands personnages qui acceptent les louanges et les applaudissements ne se dévoileront pas. Les ambitieux auront bien du mal à avoir une conscience droite. Charles Quint disait d'un homme : qu'étant courageux, ambitieux et grand guerrier, il ne pouvait être un très bon religieux consciencieux. Mais son confesseur lui répondait: Vous confessez les péchés de Charles et vous oubliez ceux de l'Empereur !

 

            Voilà ce qui advient quand l'ambition ou la soif de paraître conduit à toutes sortes de dérèglements, quand notre orgueil nous pousse à tout voir et à tout entendre, quand le respect humain nous fait plus craindre les jugements des hommes que ceux de Dieu. Certains sont même tentés de chercher un confesseur qui comprenne mieux la vie moderne et les problèmes du siècle. Voilà aussi où nous conduisent les lectures mauvaises, les lieux licencieux, les fréquentations douteuses ou dangereuses, comme ces gens supérieurs qui distillent quelques bonnes plaisanteries sur la religion. Et ces clercs qui, par faiblesse et pour plaire au monde, n'osent plus enseigner la vérité et donnent un enseignement aléatoire. C'est, avec la corruption de l'esprit et du cœur, la paix d'une fausse conscience qui envahit un monde, qui voudrait ignorer le péché et même le supprimer de son vocabulaire ! La paix dans le péché est la marque la plus infaillible que Dieu n'est plus avec nous. Saint Bernard précise : la paix, dans le péché, est le plus grand des maux. Car, avec une fausse conscience, on étouffe tous les remords du péché. Alors David prie Dieu : Préservez-nous du commerce de ceux qui vous sont étrangers (Ps. 18, 14).

 

            Toute déviation de la doctrine est dangereuse, mais surtout en matière de mœurs. Bourdaloue dit qu'il n'y en a point de plus préjudiciable, ni de plus pernicieuse dans ses suites, que celle qui s'attache au principe et à la règle même des mœurs, qui est la conscience. La morale, ce sont les règles qui doivent diriger l'activité libre de l'homme. C'est donc la science qui, à l'aide de la religion révélée et de la raison, traite des actes humains, en tant qu'ils sont pour l'homme, les moyens d'atteindre sa fin surnaturelle. Chacun aura compris la nécessité d'avoir une morale, en conformité à la loi qui en est la règle et combien il est impérieux d'avoir une conscience bien formée pour suivre la voie droite qui conduit à la fin surnaturelle.

 

            La morale catholique est celle qui découle du Décalogue et que l’Église est chargée d'enseigner. Mais les mauvais penchants des hommes ont toujours persécuté la morale. Pour s'y opposer, les libéraux parlent d'humanité, de charité et de tolérance et protestent contre une rigueur excessive. Pour avoir une vie plus facile ils voudraient voir l’Église modifier les règles, mais il n'est pas en son pouvoir de modifier la loi de Dieu. Seuls les hommes ont la liberté momentanée de refuser la loi, et il n'est que de voir avec quelle aisance – les honnêtes gens – ont adapté leur conscience aux mœurs qui se relâchent tous les jours. Certains choisissent la contraception pour éviter un éventuel avortement !  Le concubinage, qui bafoue le Sacrement du mariage, devient banal, le Pacs est admis par certains catholiques. Les divorcés se remarient et sont admis dans la société catholique. Certains enseignent le catéchisme ! Mais que peuvent enseigner sur le 6e commandement et sur le mariage, ces gens qui ont rejeté la loi de Dieu ?  N'ont-ils pas dit en se remariant: Je n 'obéirai pas. Je fais ce qui me plaît. Jésus-Christ leur répond : « Quiconque quitte sa femme, et en prend une autre, commet un adultère ;  et quiconque épouse celle que son mari a quittée commet un adultère » (Luc 16, 18).

 

            Il y a aussi cette conscience erronée qui nous fait oublier nos devoirs envers Dieu et nos obligations religieuses, comme le commandent les trois premiers commandements du Décalogue et les commandements de l’Église. Le jour du Seigneur est oublié. Une paresse spirituelle envahit le monde. L'amour de Dieu a été éclipsé au profit de l'amour du prochain, qui est devenu l'article majeur. Tout pour l'Homme notre prochain et Dieu ensuite. C'est le naturalisme.

 

            N'est-ce pas aussi avoir une conscience erronée que de croire que Dieu nous aidera dans toutes nos témérités. Au contraire, dans la témérité, Dieu nous abandonne et nous nous égarons dans nos voies corrompues. Nous savons que le Seigneur ne permet pas que nous soyons tentés au dessus de nos .forces. Mais cela ne veut pas dire que dans les tentations que nous acceptons ou que nous acceptons quand, par témérité nous ne résistons pas à la tentation malgré les grâces qu'Il nous envoie, Dieu sera disposé à égaler son secours à la violence des tentations où nous nous sommes précipités.

 

            La situation actuelle est parfaitement expliquée par un certain J.-J. Rousseau : La paix de l’âme, dit-il, consiste dans le mépris de tout ce qui peut la troubler. C'est cet indifférentisme moderne qui vise à nous rendre neutre en face du bien et du mal. Et les Français perdent la foi et la piété parce qu'ils ne recherchent plus la sagesse qui vient de Dieu. Ils veulent celle du monde. On doit certes tolérer les hommes mais on ne peut tolérer l'erreur, on doit même la combattre. Mais à cause de nos faiblesses et au nom d'une tolérance mal comprise, on accepte l'insupportable. Le cardinal Montini, le futur Paul VI, parlait ainsi de ces catholiques ouverts aux idées du monde : Au lieu d'affirmer ses idées en face de celles des autres,  on prend celles des autres. On ne convertit pas, on se laisse convertir. Nous avons le phénomène inverse de l'apostolat. On ne conquiert pas, mais on se rend.  La capitulation est voilée par tout un langage, par une phraséologie. Les vieux amis qui sont restés sur la voie droite sont regardés comme des réactionnaires, des traîtres. On ne considère comme vrais catholiques que ceux qui sont capables de toutes les faiblesses et de toutes les compromissions.

 

            Mais rien n'est plus redoutable que la médiocrité, la tiédeur et le relâchement. Car à force de vivre comme l'on pense, on finit par penser comme l'on vit. Il en résulte en définitive une nouvelle société, celle des droits de l'homme qui ne connaît plus Dieu, et deux religions qui s'affrontent : d'une part la religion catholique et d'autre part une nouvelle religion « permissive ». La religion du monde, la religion de la société, une religion facile pour l'homme faible du siècle. On rejette la loi ou on l'interprète selon sa conscience. Mais Dieu se servira de la conscience des païens pour condamner les erreurs des chrétiens qui ne se corrigent pas, dit Bourdaloue.

 

            Les voies obliques que nous devons redresser, ce sont nos consciences perverties et corrompues par les fausses maximes du monde. C'est la conscience aveugle et erronée que se fait le pécheur pour avoir une vie plus facile. Si nous voulons trouver Dieu, nous devons avoir une conscience droite pour que nos jugements soient conformes à la loi de Dieu sans biaisements en tout genre. Car c'est la loi lumineuse qui éclaire les yeux de la conscience, dit David (Ps. 18). Votre œil est la lumière de votre corps, dit Jésus-Christ, prenez donc bien garde que la lumière qui est en vous ne soit en elle-même que ténèbres (Luc 1 l, 34). Or cet œil dont parle Jésus-Christ n'est autre que notre conscience. Le chrétien sait qu'il faut absolument la grâce de la foi pour y voir clair, pour savoir ce qu'il faut rechercher et ce qu'il faut éviter. Le juste milieu de la vertu morale surnaturelle est donc celui de la droite raison éclairée par le Christ, Je suis la lumière, (Jean 14, 6). Un vitrail n'est visible que de l'intérieur d'une église, et surtout quand le soleil l'éclaire. Si nous vivons dans l'habitude de penser à Lui, Jésus-Christ nous fournira ses lumières pour penser et agir selon sa volonté.

 

            Éclairez nos âmes Seigneur, pour que nous ne soyons pas aveuglés par nos désirs et nos passions. Car la malignité de l'ennemi, dit S. Augustin, dresse depuis toujours deux pièges dangereux à la faiblesse des hommes : un piège de séduction, en les attirant par de douces espérances, et un piège de terreur, en les décourageant par des frayeurs insensées. Souvenons-nous que les justes ne craignent pas le ridicule que le monde jette sur la vertu, et qui est l'écueil de tant d'âmes faibles. Les jugements des hommes importent peu à celui qui a mis Dieu dans ses intérêts.

 

            Soyons lucides ! Il nous faut avancer avec prudence et humilité, car c'est l'humilité qui nous fait accepter la lumière intérieure. Les deux ennemis de la vérité sont la paresse et le naturalisme : On tue l'amour de la vérité parce que l'on fait craindre – autre chose que le péché – craindre de se convertir, craindre que Notre Seigneur, qui est la voie, la vérité et la vie, ne règne en maître absolu. Or Jésus-Christ est roi et il veut régner dans nos cœurs. « Dès à présent, dit-il, le royaume de Dieu est au dedans de vous » (Luc 17, 21). Jésus-Christ règne-t-il dans nos cœurs ? - Dieu est-il sanctifié ? Sa volonté est-elle accomplie et sa loi suivie ? Notre chemin conduit-il vers Dieu ? Ne vivons pas non plus dans une fausse sécurité en attendant que Dieu nous convertisse. C'est à nous de trouver le chemin de la conversion pour vivre avec une conscience droite avant la fin de notre voyage sur la terre. Ce chemin, nous ne le trouverons qu'après un examen de conscience sérieux, fait avec beaucoup d'humilité, pour reconnaître que nous avons offensé la Majesté divine. Mettez de l'ordre dans votre conscience, et au plus tôt; car la mort n 'est pas loin, dit Isaïe (Is. 38, 1).

 

Examen de Conscience

 

            Cette pensée de saint Jérôme est à méditer : Le monde entier est plein de désolation, parce que personne ne réfléchit dans son cœur ! Dieu vent notre conversion, mais n'attendons pas qu'il nous convertisse !

 

            Un des principaux moyens et des plus efficaces que nous ayons pour notre avancement spirituel, est celui de l'examen de conscience. Tous les instituteurs d'Ordres et tous les maîtres de la vie spirituelle veulent qu'on s'y applique tous les jours, selon le commandement de David : Repassez avec componction, dans le repos de vos lits, les pensées de vos cœurs. Saint Jérôme commente ainsi : Effacez par vos larmes, durant la nuit, les péchés que vous avez commis pendant le jour. Car c'est en s'y accoutumant à le bien faire tous les jours qu'on empêche les mauvaises habitudes de prendre racine. Les saints comparent l'âme de ceux qui n'en font pas, à une vigne non entretenue, qui devient vite un champ en friche, car notre nature corrompue est une mauvaise terre. Et saint Ignace a écrit, sous le commandement de Notre Dame, ses Exercices Spirituels qui sont l'examen par excellence.

 

            Pour soigner un malade un médecin établit un diagnostic, puis il prescrit une médication. L'examen de conscience est nécessaire pour repérer nos mauvais penchants et surtout notre péché dominant qui nous pousse à faire des choses qu'on ne voudrait pas. Voilà justement ce qu'il faut combattre. Est-ce de l'humilité, de la sobriété, de l'obéissance, de l'esprit de pauvreté, de l'ambition, de la vanité, de notre devoir d'état, de la chasteté ?

 

            Cet examen doit être suivi par une confession, qui est une accusation de nos péchés par un cœur touché par le repentir. Quel fruit avez-vous tirer alors des choses dont vous rougissez aujourd’hui, demande saint Paul ? (Rom. 6, 21). Nous devons demander pardon au Père céleste. Et Dieu trouve sa gloire de nous pardonner par les mérites de Jésus-Christ, car Dieu a coutume d'exaucer les prières de celui qui se mortifie et afflige son corps. Saint Ignace le souligne dans ses Exercices. Dès le premier jour, dit l'Ange à Daniel, que vous avez appliqué votre esprit à l'intelligence des choses céleste,  en sorte que vous avez affligé votre corps en la présence de Dieu, vos prières ont été exaucées (Da. 10, 12).

 

            Jésus-Christ a averti ses Apôtres qu'il fallait ne compter sur une récompense, que des croix et des travaux faits pour lui.

 

H. de Germay

 

Bibliographie

 

Bourdaloue, Discours sur la fausse conscience. Sermons

Guillois abbé, Théologie dogmatique , Catéchisme

Marmion Dom, Le Christ Vie de l'âme, Desclée de Brouwer 1935

Massillon, Sermon sur la fausse confiance, Bloud et Barral 1865

Monsabré, La vie future Lethielieux, 1932

R.P. Rodriguez R.P. S.J., Pratique de la Perfection chrétienne Bourget et Cie 1874

Grousset cardinal, Théologie morale

 

 



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