CITATIONS

Curé d'Ars
Georges Bernanos
Thérèse de Lisieux
Catherine de Sienne
Éric Renhas de Pouzet
Werenfried van Straaten
Intercessions de la Vierge Marie
Edith Stein - Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix
Honoré de Balzac

SAINTE THÉRÈSE DE L'ENFANT JÉSUS


Le plus petit mouvement d'amour est plus utile que toutes les œuvres réunies

Faire du bien est aussi impossible sans amour de Dieu que de faire luire le soleil dans la nuit.

Histoire d'une âme, Cerf - DDB, 1997

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GEORGES BERNANOS


Aller vite? Mais aller où? Comme cela vous importe peu, imbéciles! Dans le moment même où vous lisez ces deux mots, vous ne me suivez déjà plus. Déjà votre regard vacille, prend l'expression vague et têtue de l'enfant vicieux pressé de retourner à sa rêverie solitaire... "Le café au lait à Paris, l'apéritif à Chandernagor et le dîner à San Francisco", vous vous rendez compte!... Oh! dans la prochaine inévitable guerre, les tanks lance-flammes pourront cracher leur jet à deux mille mètres au lieu de cinquante, le visage de vos fils bouillir instantanément et leurs yeux sauter hors de l'orbite, chiens que vous êtes! La paix venue, vous recommencez à vous féliciter du progrès mécanique. "Paris-Marseille en un quart d'heure, c 'est formidable!" Car vos fils et vos filles peuvent crever : le grand problème à résoudre sera toujours de transporter vos viandes à la vitesse de l'éclair. Que fuyez-vous donc ainsi, imbéciles? Hélas! C'est vous que vous fuyez, vous-mêmes - chacun de vous se fuit soi-même, comme s'il espérait courir assez vite pour sortir enfin de sa gaine de peau... On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas! La liberté n'est pourtant qu'en vous, imbéciles!

La France contre les robots (1944), Éditions Gallimard, 1995, p. 1025-6.

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LE SAINT CURÉ D'ARS


Il y en a qui trouvent la religion ennuyeuse : c'est qu'ils n'ont pas le Saint-Esprit.

Ceux qui sont conduits par le Saint-Esprit ont des idées justes. Voilà pourquoi il y a tant d'ignorants qui en savent plus long que les savants.

Dieu tient l'homme intérieur comme une mère la tête de son enfant pour le couvrir de baisers et de caresses...

Dieu agit en Dieu.

Le bon Dieu nous placera comme un architecte place les pierres dans un bâtiment, chacun à l'endroit qui lui convient.

Aimer Dieu! Oh! que c'est beau! Il faut le ciel pour le comprendre. La prière aide un peu, parce que la prière c'est l'élévation de l'âme jusqu'au ciel. Plus on connaît les hommes, moins on les aime. C'est le contraire pour Dieu : plus on le connaît plus on l'aime. Quand une fois une âme a commencé à goûter l'Amour de Dieu, elle ne peut plus aimer ni désirer autre chose.

Leur cœur embrasé de l'amour divin se dilate, à proportion du nombre des âmes que le bon Dieu met sur leur chemin, comme les ailes de la poule s'étendent à proportion du nombre de ses petits.

Jamais l'on est fâché de ne rien avoir dit, et presque toujours l'on se repent d'avoir trop parlé.

Le démon redoute que l'on atteigne par la prière un certain degré d'amour de Dieu, parce qu'il sait que l'âme arrivée à ce degré ne peut plus lui appartenir, ou que si elle a le malheur de s'éloigner de Dieu, le souvenir du bonheur qu'elle a goûté dans cet amour la ramènera facilement à son devoir.

Nous ne devrions pas plus perdre la présence de Dieu que nous ne perdons la respiration.

Plus on prie, plus on veut prier.

On n'a pas besoin de tant parler pour bien prier. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint Tabernacle; on lui ouvre son cœur; on se complaît en sa sainte présence. C'est la meilleure prière, celle-là.

Pour qu'une prière soit agréable à Dieu et avantageuse à celui qui la fait, il faut être en état de grâce ou du moins dans une bonne résolution.

Faites des bonnes œuvres tant que vous voudrez; si vous ne priez pas souvent comme il faut, jamais vous ne serez sauvés.

Un chrétien qui aurait la foi mourrait d'amour.

Quand on a le cœur pur et uni à Dieu, on sent en soi un baume, une douceur qui enivre, une lumière qui éblouit.

On doit regarder le prêtre lorsqu'il est à l'autel et en chaire comme si c'était Dieu lui-même.

Si le prêtre était bien pénétré de la grandeur de son ministère, il pourrait à peine vivre.

Si je rencontrais un prêtre et un ange, je saluerais le prêtre avant de saluer l'ange. Celui-ci est l'ami de Dieu, mais le prêtre tient sa place.

Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre : on y adorera les bêtes.

Lorsqu'on veut détruire la religion, on commence par attaquer le prêtre.

Tenez-vous où vous êtes, voilà votre vocation.

Mettez toutes les bonnes œuvres du monde contre une communion bien faite; ce sera comme un grain de poussière devant une montagne.

Toutes les bonnes œuvres réunies n'équivalent pas au sacrifice de la messe, parce qu'elles sont les œuvres des hommes, et la sainte messe est l'œuvre de Dieu. Le martyre n'est rien à comparaison : c'est le sacrifice que l'homme fait à Dieu de sa vie : la messe est le sacrifice que Dieu fait pour l'homme de son corps et son sang.

Vous donneriez bien deux mille, trois mille, cent mille francs, vous ne paieriez pas une messe : payer le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ : jamais!

Faites des bonnes œuvres tant que vous voudrez; si vous ne priez pas souvent et comme il faut, jamais vous ne serez sauvés.

Aimer Dieu! Oh! que c'est beau! Il faut le ciel pour le comprendre. La prière aide un peu, parce que la prière c'est l'élévation de l'âme jusqu'au ciel. Plus on connaît les hommes, moins on les aime. C'est le contraire pour Dieu : plus oN le connaît, plus on l'aime. Quand une fois une âme a commencé à goûter l'Amour de Dieu, elle ne peut plus aimer ni désirer autre chose.

Ne dites pas que vous avez trop de misères... J'aimerais autant vous entendre dire que vous êtes trop malade, et pour cela que nous ne voulez point de remède...

Plus nous usons des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, plus le joug du Seigneur et doux et aimable. Purifiée par ces sacrements comme dans un bain salutaire, notre âme s'élève à Dieu d'elle-même; elle prend son vol vers la céleste patrie avec une joie inexprimable.

Il ne faut pas se faire d'illusions : il y a des peines dans le mariage, et souvent de bien grandes. Voyez : chacune des deux personnes a ses imperfections, ses défauts; les naturels sont opposés, les humeurs sont souvent presque incompatibles. À la longue, la complaisance s'use, on se lasse l'un de l'autre, étant dans la nécessité d'être toujours ensemble. Oh! il faut une grande grâce du bon Dieu et grande fidélité à cette grâce quand on l'a reçue pour pouvoir se supporter.

Heureux le chrétien qui est instruit et qui entre dans l'esprit de l'Église.

Le bon Dieu, comme dit saint Paul, fait tout tourner au bien de ses élus. Il n'est pas jusqu'à nos fautes qui ne puissent nous êtres utiles.

Il ne sera plus parlé des péchés pardonnés. Ils ont été effacés, ils n'existent plus.

Quelle honte nous aurons, quand le jour du jugement nous fera voir toute notre ingratitude! Nous comprendrons alors... mais ce ne sera plus le temps.

Laissons dire les gens du monde. Hélas! Comment verraient-ils? Ils sont aveugles. Notre-Seigneur ferait aujourd'hui tous les miracles qu'il a faits en Judée qu'ils n'y croiraient pas...

Il y a des gens qui n'aiment pas le bon Dieu, qui ne le prient pas et qui prospèrent : c'est mauvais signe. Ils ont fait un peu de bien à travers beaucoup de mal. Le bon Dieu les récompensent en cette vie.

Mon Dieu, que l'homme est aveugle quand il se croit capable de quelque chose.

Pour peu que vous fassiez apercevoir quelques mécontentements à l'homme épris de lui-même, le voilà qui prend le rouge, se fâche, vous accuse d'ignorance ou d'injustice.

Quand elles font quelque chose de bien, elles n'ont jamais fini de le raconter.

On tire orgueil... de bien prier le bon Dieu.

L'orgueil se glisse même dans nos bonnes œuvres.

Surtout, ne jamais s'opiniâtrer à avoir le dernier mot.

L'envieux veut toujours monter; le saint veut toujours descendre. Ainsi l'envieux descend toujours et le saint monte toujours.

Voyez Notre-Seigneur couronné d'épines : le sang dégoutte de toutes parts : c'est une mauvaise pensée à laquelle vous consentez.

La profanation du dimanche conduit à l'indifférence.

Rien n'offense tant (le bon Dieu) que la transgression de ce commandement.

De tous les péchés [le travail du dimanche], c'est celui qui est le plus capable d'attirer sur nous la gelée, les inondations, la stérilité, le choléra et toutes les autres épidémies.

Il y a trois sortes de personnes qui vont à l'église le dimanche : le plus petit nombre sont celles qui sont en état de grâce, ensuite celles qui viennent pour demander leur conversion, et puis le plus grand nombre ce sont celles qui y viennent avec un cœur tout rempli de péchés mortels et sans avoir le désir de se convertir.

Oh! qu'il en est aujourd'hui qui sont idolâtres; qu'il en est qui pensent plus à ramasser de la fortune qu'à servir Dieu!

Nous allons comme le vent... Tout va à grand train, tout se précipite. Ah! mon Dieu, mon Dieu! Qu'ils sont à plaindre ceux qui mettent leur affection dans toutes ces choses!...

Je trouve qu'il n'y a rien de si à plaindre que les riches quand ils n'aiment pas le bon Dieu.

Il faut encore s'examiner sur les péchés d'omission, et personne n'y pense.

Nous serons examinés sur le bien que nous aurons pu faire et que nous n'avons pas fait, sur les péchés d'autrui dont nous aurons été la cause.

Nous recevons toujours les sacrements et nous sommes toujours les mêmes : prenons garde!

C'est moins la religion qui les mène que la routine.

Le chrétien qui se dit bon chrétien et qui le croit, que fait-il? À la moindre épreuve, il quitte tout.

Je pense quelquefois qu'il y aura peu de bonnes œuvres de récompensées parce que, au lieu de les faire par amour de Dieu, nous les faisons par habitude, par routine, par amour de nous-mêmes... Que c'est dommage!

Quand vous n'avez pas l'amour de Dieu, vous êtes bien pauvres. Vous êtes comme un arbre sans fleurs et sans fruits.

Ils vont à la sainte table avec indifférence, sans respect ni recueillement, comme par routine.

Ceux qui ne prient pas se courbent vers la terre, comme une taupe qui cherche à faire un trou pour s'y cacher. Ils sont tout terrestres, "tout abrutis", et ne pensent qu'aux choses du temps.

S'aime-t-il celui qui est sans goût pour la vertu et pour les choses du ciel?

Nous donnons notre jeunesse au démon et nos restes au bon Dieu, qui est si bon qu'il veut bien s'en contenter... Heureusement que tous ne font pas comme cela!

Ils n'offriront au bon Dieu que les restes languissants d'un cœur consumé pour le monde.

Dès l'instant qu'ils souffrent, ils se croient perdus et abandonnés de Dieu.

La tentation nous est utile est nécessaire!

Les tentations les plus à craindre, et qui perdent bien plus d'âmes qu'on ne croit : ce sont ces petites pensées d'amour-propre, ces pensées d'estime de soi, ces petits applaudissements sur tout ce que l'on fait, sur ce que l'on a dit de nous.

Une tentation, ce n'est pas seulement une mauvaise pensée d'impureté ou de haine ou de vengeance qu'il faut rejeter, mais ce sont tous les ennuis qui nous arrivent.

La croix est le plus savant livre qu'on peut lire. Ceux qui ne connaissent pas ce livre sont des ignorants, quand même ils connaîtraient tous les autres livres. Il n'y a de véritables savants que ceux qui l'aiment, le consultent, l'approfondissent. Tout amer qu'est ce livre, on n'est jamais plus content que de se noyer dans ses amertumes. Plus on est à son école, plus on veut y demeurer. Le temps s'y passe sans ennui. On sait tout ce que l'on veut savoir et on n'est jamais rassasié de ce qu'on y goûte...

Une marque de prédestination, c'est d'avoir des croix.

Celui qui va au devant de la croix, marche à l'opposé des croix : il les rencontre peut-être, mais il est content de les rencontrer : il les aime, il les porte avec courage. Elles l'unissent à Notre-Seigneur. Elles le purifient. Elle le détachent de ce monde. Elles emportent de son cœur les obstacles et lui aident à traverser la vie comme un pont aide à passer l'eau.

Nous devrions courir après la croix comme l'avare court après l'argent.

Chacun a sa croix. Si on en connaissait tous les mérites et qu'on pût les prendre, on se les volerait les uns aux autres.

Nous n'avons pas encore souffert comme les martyrs : demandez-leur s'ils sont fâchés maintenant... Le bon Dieu ne nous en demande pas tant.

Un bon chrétien doit aimer à être méprisé, foulé aux pieds.

Il faut déjà être parvenu à un certain degré de perfection pour supporter la maladie avec patience.

Les condamnations du monde sont des bénédictions de Dieu.

Les maladies, les tentations, les peines sont autant de croix qui nous conduisent au ciel. Tout cela sera bientôt passé.

Plus Dieu nous fait souffrir sur la terre, plus il nous aplanit le chemin pour nous faire arriver au ciel.

Le chrétien vit au milieu des croix comme le poisson dans l'eau.

Ah! ma petite! Vous avez bien souffert! Le bon Dieu a de grands desseins sur vous. Le Saint-Esprit vous a soufflé bien fort.

La tentation nous est utile et nécessaire!

La tentation est quelquefois utile pour nous rappeler la présence de Dieu par des actes d'amour, des aspirations.

Si le bon Dieu a permis que les hommes fussent tentés, il a voulu par là s'assurer de l'amour que les hommes ont pour leur Créateur.

Nous connaissons encore le prix de notre âme aux efforts que le démon fait pour la perdre. L'enfer se ligue contre elle, le ciel pour elle... Oh! qu'elle est grande! Heureuses les âmes tentées! C'est lorsque le démon prévoit qu'une âme tend à l'union à Dieu qu'il redouble de rage... Oh! heureuse union!

Dès que (l'âme) veut changer de vie, c'est-à-dire qu'elle le désire pour se donner au bon Dieu, tout l'enfer lui tombe dessus.

La plus grande tentation est de n'en point avoir.

Une tentation, ce n'est pas seulement une mauvaise pensée d'impureté ou de haine ou de vengeance qu'il faut rejeter, mais ce sont tous les ennuis qui nous arrivent.

Il y avait une fois une bonne sainte (je crois bien que c'est sainte Thérèse qui se plaignait à Notre-Seigneur après la tentation, et lui disait : "Où étiez-vous donc, mon Jésus tout aimable, où étiez-vous donc pendant cette horrible tempête?" Notre-Seigneur lui répondit : "J'étais au milieu de ton cœur, qui prenais plaisir à te voir combattre."

On peut presque dire qu'on est heureux d'avoir des tentations : c'est le moment de la récolte spirituelle où nous amassons pour le ciel. C'est comme au temps de la moisson : on se lève de grand matin, on se donne beaucoup de peine, mais on ne se plaint pas parce qu'on ramasse.

Offrez aussi la tentation pour demander la conversion des pécheurs : ça dépite le démon et le fait fuir, parce que la tentation se tourne contre lui... Allez, après cela, il vous laissera bien tranquille.

Les combats nous mettent au pied de la croix, et la croix à la porte du ciel.

La tentation est un moyen pour gagner le ciel. En effet le peu de temps que nous restons sur la terre, si nous n'éprouvions aucune tentation, quel mérite aurions-nous à faire le bien?

Tous les soldats sont bons en garnison. C'est sur le champ de bataille que l'on fait la différence des courageux et des lâches.

Les plus grands saints, ce sont ceux qui l'ont été le plus (tentés).

Notre divin Sauveur ayant été notre modèle en tout a voulu l'être aussi dans la tentation.

Le démon ne tente que les âmes qui veulent sortir du péché et celles qui sont en état de grâce. Les autres sont à lui, il n'a pas besoin de les tenter.

Une fois que le démon verra qu'il ne peut rien sur nous, il vous laissera en paix.

Le Curé d'Ars, sa pensée, son cœur, Foi Vivante, Éditions Xavier Mappus, 1966

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ERIC RENHAS DE POUZET

 

La crise de l'Église


Chacun est au courant de la crise de l'Église. Elle s'étale sous nos yeux... Voici ce qu'en écrit un théologien allemand, Dietrich von Hildebrand, dans son livre "La Vigne ravagée" :

"Si l'on considère sans parti pris le ravage actuel de la Vigne du Seigneur, on s'aperçoit qu'au sein de l'Église s'est formée une 'Cinquième colonne' (désignée souvent, et cela même par des ecclésiastiques, du nom de maffia), un groupe de destructeurs de l'Église fort conscients de leur objectif. Le fait que des prêtres, des théologiens, des évêques qui ont perdu la foi ne sortent pas de l'Église, mais y conservent leur place, et y jouent aux sauveteurs de l'Église dans le monde moderne, ce fait constitue un symptôme suspect. Pourquoi ne s'en séparent-ils pas ouvertement, comme le firent un Voltaire, un Renan, et tant d'autres?... "

(...)

Il faut pourtant insister dès l'abord sur le fait que la destruction de l'Église est visée pour deux motifs tout à fait différents. Dans l'un des deux cas, il s'agit d'une conspiration, afin de miner la Foi, de détruire l'Église non plus de l'extérieur mais à partir de l'intérieur. C'est là proprement le système de la 'Cinquième colonne'. Des personnes qui se donnent pour catholiques, qui occupent des charges dans l'Église, essaient par l'intérieur de détruire l'Église sous prétexte de réforme et de progrès.

S'en distinguent entièrement, ceux qui ne veulent pas détruire l'Église comme telle, c'est-à-dire qui ne visent pas à la disparition de l'Église, mais qui veulent la transformer, en faire quelque chose qui soit en totale contradiction avec le sens et l'essence même de l'Église.

Ce groupe comprend tous ceux qui veulent faire de l'Église de Jésus Christ, une société purement humanitaire, qui lui volent son caractère surnaturel, qui veulent la séculariser et la désacraliser. Ils ont en commun avec les ennemis de l'Église cette intention qu'ils camouflent sous les mots de réforme, de progrès, d'adaptation à l'homme moderne. Mais ils voudraient ne pas réduire l'Église à néant. Pour eux, les slogans de réforme, de progrès ne sont pas de simples astuces, mais des objectifs auxquels ils croient.

Les activités de ce groupe aboutissent au même résultat, même si les motifs sont différents. Ils se récrieraient avec énergie si on leur disait que leur intention est de détruire l'Église. Mais ils ont perdu la vraie foi chrétienne au point de ne plus comprendre que cette organisation sécularisée et humanitaire, en quoi ils veulent transformer la Sainte Église, n'a rien de commun avec l'Église de Jésus-Christ et que, s'ils pouvaient atteindre leur but, ils détruiraient l'Église.

Henri de Lubac, s.j., a indiqué ce danger en termes saisissants:

"On se rend compte que l'Église est confrontée avec une crise profonde. Sous le nom d'Église nouvelle, d'Église post-conciliaire, on s'efforce souvent de bâtir une Église autre que celle de Jésus Christ, une société anthropocentrique, qui est menacée d'une apostasie immanente et qui se laisse entraîner à n'être plus qu'un mouvement de laisser-aller général sous le prétexte de rajeunissement. d'œcuménisme ou de réadaptation."

(...)

Ils entendent prendre le pouvoir dans l'Église et promouvoir les changements que voici:

- Détruire le sacerdoce, en remplaçant le prêtre par un "président", célibataire ou marié, homme ou femme, qu'élirait l'assemblée;

- Détruire la hiérarchie, en faisant de !'évêque un simple "ministre du lieu", chargé "d'authentifier les communautés de base" et d'établir entre elles des "rapports fraternels".

- Détruire l'Eucharistie, en la réduisant à un "repas communautaire", signe de l'unité de l'assemblée. Plus question de renouvellement du sacrifice du Christ.

- Détruire la foi de l'Église, chaque communauté inventant son propre Credo, à sa fantaisie, Jésus n'est plus qu'un homme, le plus grand des prophètes. La résurrection devient une simple "immortalité subjective ". Le Christ continue de "vivre" dans la mesure où des hommes vivent de sa parole. Il n'y a pas d'au-delà. Le Royaume de Dieu se réalise sur terre grâce aux efforts des militants qui luttent contre l'oppression, l'injustice, la misère.

- Détruire la morale de l'Église. L'épanouissement de l'homme exige la liquidation de la notion "aliénante" de péché. La fidélité conjugale représente une "option" parmi d'autres. Les divorcés et même les homosexuels sont porteurs de " valeurs " dans la mesure où ils ont eu le courage d'assumer, etc...

(...)

Et le grand théologien allemand [Dietrich von Hildebrand] de poursuivre:

"L'une des maladies les plus effroyables, si abondamment répandue dans l'Église de nos jours, est la léthargie de ceux qui en son sein doivent veiller sur le dépôt de la Foi. Je ne me réfère pas ici à ces évêques qui sont membres de la 'Cinquième colonne', qui travaillent à la destruction de l'Église du dedans ou qui veulent la transformer en quelque chose de tout à fait différent, ce qui revient en fait à la destruction de la vraie Église. Je pense aux évêques, bien plus nombreux, qui n'ont nullement cette intention, mais qui, quand il s'agit d'intervenir contre des théologiens ou des curés hérétiques, ou contre une transformation blasphématoire du Culte, ne font aucun usage de leur autorité.

Ou bien ils ferment les yeux et essayent par une politique d'autruche d'ignorer les graves désordres ainsi que l'appel de leur conscience qui leur enjoint de faire leur devoir. Ou bien ils ont peur d'être attaqués dans la presse et les télécommunications de masse et traités de réactionnaires, de gens à courte vue, moyenâgeux et étroits. Ils craignent les hommes plus que Dieu.

À eux s'applique le mot de saint Jean Bosco : 'La puissance des méchants se nourrit de la lâcheté des bons. '

Cette léthargie se trouve chez les parents, chez les présidents des universités, collèges et innombrables autres organismes, chez les juges et les ministres gouvernementaux. Mais que cette maladie se soit introduite également dans l'Église montre clairement que la lutte contre l'esprit du monde, engagée sous le vocable de l' 'aggiornamento', a fait place à un relâchement et à l'abandon à l'esprit du temps. Nous devons penser au mercenaire qui abandonne son troupeau à la rapacité des loups lorsque nous considérons la léthargie de tant d'évêques et de Supérieurs d'Ordres religieux, mais qui n'ont pas le courage de sévir contre les hérésies les plus flagrantes et les désordres de toute espèce dans leur diocèse ou dans leurs Ordres. Et il est particulièrement révoltant de constater que certains évêques, qui font preuve de cette léthargie envers les hérétiques, adoptent une attitude autoritaire envers les fidèles qui luttent pour l'orthodoxie, envers ces vrais croyants qui font ce qu'eux-mêmes auraient dû faire."

Imminence de la Parousie, Tome II, , Éditions Jules Hovine, 400, av. Jean Jaurès, 59790 Ronchin (France), pp. 335 et ss.

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INTERCESSIONS DE LA VIERGE MARIE

 

EN FRANCE


En 1629, des religieux issus de l'ordre des Ermites de Saint-Augustin ayant à construire leur couvent, avaient eu recours à Louis XIII dans leur pauvreté. Le Roi avait accepté d'être leur bienfaiteur à condition que leur église reçût le nom de Notre-Dame des Victoires en souvenir de tous les triomphes que Marie lui avait permis; l'un des plus importants était celui qu'il avait remporté à La Rocbelle sur les protestants, l'année précédente.

Les protestants avaient constitué un véritable État dans l'État, dont la capitale était La Rochelle et avaient fait alliance avec l'Angleterre. Le siège de la ville fut décidé. Le Roi demanda à Paris des prières publiques. A l'instigation de Marie de Médicis, la récitation du Rosaire eut lieu tous les samedis à dater du 20 mai 1627, dans l'église des Frères Prêcheurs du Faubourg Saint-Honoré. Le Roi fit prêcher et pratiquer la même dévotion dans son armée. Le 1er novembre 1628 un vent contraire empêchait la flotte anglaise de venir au secours de la ville, La Rochelle tomba.

Le 9 décembre 1629 avait lieu la pose de la première pierre de Notre-Dame des Victoires sur laquelle était gravée en lettres d'or l'inscription suivante:

"Louis XIII, par la grâce de Dieu, Roi Très Chrétien de France et de Navarre, vaincu nulle part, victorieux partout, au souvenir de tant de victoires qui lui sont venues du ciel, spécialement de Celle qui a terrassé l'hérésie, a érigé ce temple aux Frères Augustins déchaussés du Couvent de Paris, en monument insigne de sa piété, et l'a dédié à la Vierge Marie, Mère de Dieu, sous le titre de Notre-Dame des Victoires, l'an du Seigneur 1629, le 9 du mois de décembre, de son règne le XXe."

Vers 1636 la Vierge Marie charge la Mère Anne-Marie de Jésus Crucifié, des Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire, de faire connaître au Roi son désir que la France lui soit consacrée. Le 6 juillet 1636 Richelieu envoie une lampe d'argent aux Calvairiennes du Marais. Le 9 octobre de la même année, Louis XIII prescrit que cette lampe, ainsi que celle qu'il offre à Notre-Dame de Paris, sera continuellement allumée devant l'autel de la Très Sainte Vierge pour

"demander à Dieu qu'il lui plaise de toucher le cœur des chrétiens et de tous les hommes, qu'il ne met au monde que pour le connaître, l'aimer et le servir, en sorte que ses saintes volontés soient à l'avenir beaucoup mieux accomplies qu'elles ne l'ont été jusqu'à présent et que leur ingratitude soit tellement vaincue par son saint amour que son nom soit à jamais aussi glorifié par eux en tout l'univers qu'il a été jusqu'à présent outragée par leur malice".

En 1637 le Roi, dans le secret de son cœur, répond aux désirs de la Vierge: la naissance miraculeuse de Louis XIV ne sera que l'occasion de la consécration officielle de la France à Notre-Dame. Louis XIII et Anne d'Autriche, malgré prières et pèlerinages n'avaient pas d'enfant. Dieu voulait se manifester comme le maître de la France, Il fit savoir à un saint religieux du couvent des Augustins, le Frère Fiacre, que la Reine aurait un fils lorsque trois neuvaines auraient été célébrées en l'honneur de la Vierge Marie, une à Notre-Dame de Grâces à Cotignac en Provence, une à Notre-Dame de Paris, une à Notre-Dame des Victoires. Le 3 novembre 1637, alors que le Frère est en prière dans sa cellule, la Vierge lui apparaît tenant un enfant dans ses bras:

"Ne craignez pas... Je suis la Mère de Jésus... L'enfant que voilà n'est pas mon Fils, mais le gentil Dauphin que nous donnons à la France..."


Le Frère Fiacre commence au nom de la Reine les trois neuvaines le 8 novembre; celles-ci se terminent le 5 décembre: le 5 septembre 1638 naissait Louis XIV prénommé Louis-Dieudonné.

... Le Roi n'avait pas attendu la naissance de son fils pour prononcer l'acte de consécration. Dès le 10 février 1638, il publiait l'Édit officiel de consécration de la France et de la Famille Royale à la Vierge:


"...Nous avons déclaré et déclarons que, prenant la Très Sainte et Très Glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de ce royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et nos sujets... Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris et néanmoins lui enjoignons que tous les ans, le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand-messe... et qu'après les Vêpres dudit jour il soit fait une procession,...ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises... Exhortons pareillement tous les Archevêques et Évêques de notre Royaume... de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leur diocèse..." (Les petits Bollandistes: Vie des Saints, t. IX, p. 569.)

Le 15 août suivant, étant à Abbeville, en l'église Notre-Dame de la Chapelle, Louis XIII, au moment de la consécration, voua son Royaume à la Vierge Marie.

Ainsi la Vierge a choisi son sanctuaire de Notre-Dame des Victoires (victoires sur les ennemis visibles et invisibles) comme gage de Sa protection sur la France -- protection qu'elle ne cessera d'étendre à travers les siècles.

Les Messages de la Vierge Marie, Roger Rebut, Tequi - 1968, pp.17-19

AU CANADA


Contre l'envahisseur

Cependant, notre peuple grandit, multiplie ses nobles gestes, ses œuvres de foi et de vie; nos villes voient s'accroître leur population. Déjà nos navires, construits chez nous, avec le bois de nos forêts, commencent d'étendre notre commerce au loin, et font l'importation des Antilles. L'ambition de nos voisins se sent aiguillonnée.

D'ailleurs, nos armes leur ont enlevé de larges tranches de territoire. Au nom du roy de France, les lys ont fleuri jusqu'au Golfe du Mexique. De toutes parts surgissent des rivaux qui veulent arrêter notre essor.

Si braves que soient nos défenseurs, la partie devient inégale, car, dit et répète l'histoire, "la France n'envoyait pas assez de secours". Deux de ses flottes, au reste, furent perdues.

En 1711, une armée anglaise forte de 3.000 hommes s'avançait vers Montréal. A l'Est, de nombreuses voiles battant pavillon britannique, sous les ordres de l'amiral Walker, remontaient le Saint-Laurent, avec Québec pour objectif.

Armée de terre, armée de mer dépassaient chacune de moitié la nôtre au grand complet. La seule vaillance de nos combattants faisait tout notre espoir. Pour notre, territoire, il était loin d'être également fortifié partout.

Quant à Ville-Marie, ses travaux de défense consistaient en quelques forts de pierre et une simple. palissade, qui ne pouvait résister aux canons, si petits qu'ils fussent en ce temps-là. La colonie ne pouvait donc qu'envisager la destruction et la défaite, à moins du secours d'En-haut et de quelque prodige de ses enfants.

Eh quoi! La mission confiée aux Français dans cette contrée, ne faut-il pas qu'elle se réalise?
Tant de hauts faits accomplis ne sauraient être perdus. Non! Les martyrs n'auraient pas en vain travaillé et souffert.

La prière, dans toute la partie chrétienne du pays, se plus pressante que jamais; à Ville-Marie spécialement, dans les chapelles tous se réfugient avec une même foi, redoublent les pénitences et les vœux. À la Congrégation mais aussi dans la ville et par toute la région, l'on demande l'intercession de la sainte Recluse [Jeanne LeBer, Première Reckuse du Canada français, (1662-1714)]. Aux dames pieuses, aux Enfants de Marie qui la consultent, elle suggère de faire un vœu : celui d'élever un sanctuaire à la Vierge. Ce sera plus tard Notre-Dame de la Victoire (1718). Sœur Saint-Charles, sa cousine, lui annonce la sinistre nouvelle. Elle lui expose le péril imminent, la conjure de détourner par ses supplications plus parfaites et ses bras levés, ses bras tendus en croix.

Sœur Saint-Charles dit : "Si les Anglais ont bon vent, ils seront bientôt à Québec, et c'en est fait de nous".

Jeanne l'écoute, grave, l'esprit concentré. Après un silence, elle prononce avec une calme conviction :

"Ma sœur, la Très Sainte Vierge aura soin de ce pays. Elle est la gardienne de Ville-Marie. Nous ne devons rien craindre."

La sainte fille, évidemment, parle sous l'inspiration du Ciel.

Sa prédiction peut sembler téméraire. Elle se répand dans tous les milieux. Dans l'armée, où l'on se rend le mieux compte du danger, l'on admet cependant que la voix d'une sainte va droit à Dieu et peut tout obtenir : l'on se prend à espérer.

Alors, le baron de Longueuil, cousin de Mlle LeBer, et commandant des troupes canadiennes, vient solliciter sa fervente cousine de lui faire un drapeau et d'y inscrire une prière de sa composition.

Jeanne façonne un étendard d'une toile que son frère avait peinte, représentant la Sainte Vierge. Elle y trace de sa main cette inscription :

"Nos ennemis mettent toute leur confiance leurs armes, mais nous mettons la nôtre au nom de la Reine des Anges, que nous invoquons. Elle est terrible comme une armée rangée en bataille. Sous sa protection, nous espérons vaincre nos ennemis".

Cet étendard, bénit solennellement par monsieur de Belmont, est remis au baron de Longueuil en présence de la foule, rassemblée en l'église Notre-Dame. Muni de ce précieux drapeau, le commandant et sa troupe se mettent en marche vers Chambly, bien déterminés à repousser l'envahisseur...

Celui-ci ne parut pas.


Victoire merveilleuse

Nicholson avait subitement retraité sans coup férir, "brûlant ses forts et ses munitions".

Un message lui était parvenu par courrier : sept navires anglais jetés sur les récifs de l'Île-aux-Oeufs, par une tempête d'une extrême violence. Ce désastre mettait fin aux opérations: la campagne était remise indéfiniment.

On trouva 3,000 morts sur le rivage et du matériel en quantité; parmi les morts, deux compagnies des Gardes de la Reine d'Angleterre, que l'on reconnut à leur uniforme.

Walker s'en retourne en Angleterre, désespéré; on apprend que, arrivé dans la Tamise, il a fait sauter son vaisseau et que lui-même a péri dans ses flancs, avec le reste de la flotte.

La Nouvelle France est sauvée, "au nom de la Reine des Anges", et nos troupes reviennent victorieuses, sans même avoir eu à combattre.

Extrait d'une lettre de Monsieur de Vaudreuil, Gouverneur général du Canada, au Ministre de la Marine en France (1711) :

"Nous allons rendre grâce à Dieu de la protection visible qu'il a bien voulu accorder à ce pays. Tous les peuples conviennent que Dieu leur a fait grande grâce en détruisant la flotte anglaise, sans qu'il en ait coûté une goutte de sang à cette colonie."

De son côté, M. de Belmont, p.s.s. n'a pas craint de comparer cette défaite à celle des Égyptiens dans la mer Rouge, et l'a appelée "le plus grand miracle depuis le temps de Moïse". Il n'hésite pas à l'attribuer à la puissante intercession de la Mère de Dieu, sollicitée par la sainte Recluse, Jeanne LeBer.


Jeanne LeBer, Beaupré (Marie), Éditions ACF Montréal, 1939, pp. 150-3.

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MISÉRICORDE ET JUSTICE


Si le purgatoire est l'œuvre de la divine justice, il n'est pas moins celle de la miséricorde infinie. Selon Saint Thomas d'Aquin, aucune souffrance temporelle n'est punitive: l'œuvre de la justice de Dieu est toujours basée sur sa miséricorde et sa bonté gratuite.

L'amour tout-puissant s'est fait une loi de rester impuissant à secourir les âmes du purgatoire. Et pourtant, dans son ineffable providence, le Seigneur trouve le moyen de satisfaire les exigences de sa justice et d'abréger en même temps le châtiment de ses élus: il fait appel à ses enfants de la Terre et leur permet de payer les dettes de leurs frères défunts.

La Passion fut l'œuvre de la justice divine dans le Christ, chargé de tous les péchés des
hommes. Le purgatoire est l'œuvre de la justice divine dans l'âme séparée du corps.

Et quelle miséricorde de Dieu que la création même d'un purgatoire pour les âmes coupables! Un lieu de purification pour celles dont la robe nuptiale s'est ternie au contact de la terre, une période où le Seigneur lui-même complète l'œuvre de la vie, laissée inachevée par négligence ! Et cette purification, Dieu l'accorde non seulement à ceux qui se sont efforcés, avec des défaillances humaines, de suivre le chemin tracé par le Christ, mais même au plus coupable des pécheurs repentants!

Dans la Bulle d'indiction pour l'Année Sainte de la Rédemption donnée à Rome le 6 janvier 1983, S.S. Jean-Paul II relève:

"Il convient de redécouvrir le sens du péché et, pour cela, le sens de Dieu. Car le péché est une offense faite au Dieu juste et miséricordieux, et il demande à être convenablement expié dans cette vie ou dans l'autre. Comment ne pas se rappeler cet avis salutaire: " Le Seigneur jugera son peuple. Il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant! " (He 10, 30-31)

L'Église, dispensatrice par la volonté expresse de son Fondateur, accorde à tous les fidèles la possibilité d'accéder, moyennant l'indulgence (plénière), au don total de la miséricorde de Dieu, mais elle exige qu'il y ait la pleine disponibilité et la purification intérieure nécessaire, car l'indulgence n'est pas séparable de la vertu ni du sacrement de pénitence... Je désire avant tout que l'on accorde une importance fondamentale aux deux principales conditions requises pour acquérir toute indulgence plénière: la confession sacramentelle personnelle et complète, dans laquelle se réalise la rencontre entre la misère de l'homme et la miséricorde de Dieu, et la communion eucharistique reçue dignement."

N'oublions pas les exigences de la justice du Christ, relatées au chapitre 5 de l'Évangile selon Saint Matthieu. Après avoir enseigné les Béatitudes, Jésus précise qu'il n'est pas venu abolir la Loi et les Prophètes, mais l'accomplir. En renouvelant les interprétations concrètes de la Loi donnée au Sinaï Jésus affirme avec une intransigeance absolue les exigences de renouvellement du comportement humain, dans la perspective du Royaume: "Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux."

La Charité envers les âmes du Purgatoire, Éditions du Parvis, 1984, pp. 8-10.

***


"S'appuyant sur cette manière de manifester la présence de Dieu qui est Père, amour et miséricorde, Jésus fait de la miséricorde un des principaux thèmes de sa prédication. Comme d'habitude, ici encore il enseigne surtout en paraboles, car celles-ci expriment mieux l'essence des choses. Il suffit de rappeler la parabole de l'enfant prodigue, ou encore celle du bon samaritain, mais aussi, par contraste, la parabole du serviteur sans pitié...

Révélée dans le Christ, la vérité au sujet de Dieu 'Père des miséricordes' nous permet de le voir particulièrement proche de l'homme, surtout quand il souffre, quand il est menacé dans le fondement même de son existence et de sa dignité. Et c'est pourquoi, dans la situation actuelle de l'Église et du monde, bien des hommes et bien des milieux, guidés par un sens aigu de la loi, s'adressent, je dirais quasi spontanément, à la miséricorde de Dieu. Ils sont certainement poussés par le Christ, dont l'Esprit est à l'œuvre au fond des cœurs...

La justice bien comprise constitue pour ainsi dire le but du pardon. Dans aucun passage évangélique, le pardon, ni même la miséricorde qui en est la source, ne signifient indulgence envers le mal, envers le scandale, envers le tort causé ou les offenses. En chaque cas, la réparation du mal et du scandale, le dédommagement du tort causé, la satisfaction de l'offense sont conditions du pardon."

Dives in misericordia, Jean-Paul II

Si le purgatoire est l'œuvre de la divine justice, il n'est pas moins celle de la miséricorde infinie. Selon Saint Thomas d'Aquin, aucune souffrance temporelle n'est punitive: l'œuvre de la justice de Dieu est toujours basée sur sa miséricorde et sa bonté gratuite.

L'amour tout-puissant s'est fait une loi de rester impuissant à secourir les âmes du purgatoire. Et pourtant, dans son ineffable providence, le Seigneur trouve le moyen de satisfaire les exigences de sa justice et d'abréger en même temps le châtiment de ses élus: il fait appel à ses enfants de la Terre et leur permet de payer les dettes de leurs frères défunts.

La Passion fut l'œuvre de la justice divine dans le Christ, chargé de tous les péchés des
hommes. Le purgatoire est l'œuvre de la justice divine dans l'âme séparée du corps.

Et quelle miséricorde de Dieu que la création même d'un purgatoire pour les âmes coupables! Un lieu de purification pour celles dont la robe nuptiale s'est ternie au contact de la terre, une période où le Seigneur lui-même complète l'œuvre de la vie, laissée inachevée par négligence ! Et cette purification, Dieu l'accorde non seulement à ceux qui se sont efforcés, avec des défaillances humaines, de suivre le chemin tracé par le Christ, mais même au plus coupable des pécheurs repentants !

Dans la Bulle d'indiction pour l'Année Sainte de la Rédemption donnée à Rome le 6 janvier 1983,
S.S. Jean-Paul II relève:

"Il convient de redécouvrir le sens du péché et, pour cela, le sens de Dieu. Car le péché est une offense faite au Dieu juste et miséricordieux, et il demande à être convenablement expié dans cette vie ou dans l'autre. Comment ne pas se rappeler cet avis salutaire: 'Le Seigneur jugera son peuple. Il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant!'" (He 10, 30-31)

L'Église, dispensatrice par la volonté expresse de son Fondateur, accorde à tous les fidèles la possibilité d'accéder, moyennant l'indulgence (plénière), au don total de la miséricorde de Dieu, mais elle exige qu'il y ait la pleine disponibilité et la purification intérieure nécessaire, car l'indulgence n'est pas séparable de la vertu ni du sacrement de pénitence... Je désire avant tout que l'on accorde une importance fondamentale aux deux principales conditions requises pour acquérir toute indulgence plénière: la confession sacramentelle personnelle et complète, dans laquelle se réalise la rencontre entre la misère de l'homme et la miséricorde de Dieu, et la communion eucharistique reçue dignement."

N'oublions pas les exigences de la justice du Christ, relatées au chapitre 5 de l'Évangile selon Saint Matthieu. Après avoir enseigné les Béatitudes, Jésus précise qu'il n'est pas venu abolir la Loi et les Prophètes, mais l'accomplir. En renouvelant les interprétations concrètes de la Loi donnée au Sinaï Jésus affirme avec une intransigeance absolue les exigences de renouvellement du comportement humain, dans la perspective du Royaume: "Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux."

La Charité envers les âmes du Purgatoire, Éditions du Parvis, 1984, pp. 8-10.

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SAINTE CATHERINE DE SIENNE



"En vérité, le moine, hors de sa cellule, est comme un poisson hors de l'eau; il meurt.
Quel danger pour un moine de se répandre au dehors! Combien avons-nous vu de colonnes ainsi renversées! Ils sortaient de leur cellule sans que ce fût nécessaire. Lorsque l'obéissance ou un motif certain et pressant de charité fait sortir, l'âme n'en reçoit aucun dommage : mais elle en souffre lorsque c'est par légèreté ou pour un motif quelconque de charité. Certains religieux ignorants ne comprennent pas qu'ils sont victimes des illusions du diable qui les pousse à s'occuper du prochain afin de les faire demeurer hors de leur cellule... Ceux-là se nuisent à eux-mêmes, et ils nuisent au prochain en supprimant les prières qu'ils devraient faire pour lui pendant qu'ils discourent; et de plus ils sont d'un mauvais exemple." (Lettre au Frère Nicolas de Ghida, 37).
...
Que serait l'âme qui n'aurait pas à supporter les labeurs variés et les tentations si diversement accordées par la Providence? elle n'aurait qu'une vertu incertaine, car la vertu s'éprouve pas son contraire. (Lettres au B. Raymond de Capoue).
...
La vérité divine est celle-ci : Dieu nous a créés pour la gloire et la louange de son nom, pour nous donner participation de sa Beauté éternelle et nous sanctifier en Lui. (Lettres au B. Raymond de Capoue).
...
"Aimez-vous, aimez-vous les uns les autres. Mais prenez garde; si votre amour se fonde sur l'intérêt ou le plaisir que vous retirez les uns des autres, il ne durera pas et votre âme se trouvera vide. L'amour, fondé en Dieu, aime l'ami en considération de sa vertu et parce qu'il est créé à l'image de Dieu. Alors même que diminue mon plaisir ou mon intérêt, mon amour reste le même s'il est fondé en Dieu, car j'aime par amour pour la vertu, pour l'honneur de Dieu et non pour moi. Et même si la vertu diminue, celui qui aime en Dieu continuera à donner son amour. Certes, il ne peut aimer la vertu là où elle n'est pas; mais ne peut-il aimer son ami en tant que créature de Dieu et membre du corps mystique de la sainte Église? Au contraire, alors son amour augmente par une profonde et sincère compassion, et il enfante cette âme, dans les désirs, les larmes, les oraisons ardentes et continues en la douce présence de Dieu. Voilà l'amour que le Christ a laissé aux siens." (Lettre au Frère Guillaume, 292).
...
Leur vêtement, c'est le feu de la divine Charité : ils ne rougissent plus de la nudité de l'amour-propre qui dépouille l'âme de toute vertu.
(cf. Adam et Ève avaient honte parce qu'ils étaient nus.)

Pourquoi avez-vous perdu la certitude où vous étiez que tous les événements, ceux de minime importance comme les plus grands, sont à l'avance connus et déterminés par Dieu?
(Lettres au B. Raymond de Capoue).

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WERENFRIED VAN STRAATEN


Une pastorale qui veut vous enlever la croix de la mortification, de la prière difficile, de la confession humiliante, de la rupture d'avec le monde, de la lutte contre votre nature déchue, cette pastorale-là n 'est pas chrétienne. Le pasteur qui ne dit mot sur l'imitation du Crucifié trahit le Christ, si pieuses ou intelligentes que puissent être ses paroles. Car c'est au pied de la croix que se séparent les chemins des fidèles et ceux des traîtres, les chemins de ceux qui se réconcilient avec le monde et de ceux dont le Christ a dit: "Parce que vous n 'êtes pas du monde, parce que mon choix vous a tirés du monde, le monde vous hait".

Il n 'est pas chrétien de vouloir éviter cette haine. La réconciliation avec le monde ne garantit pas le bonheur, et la haine du monde n'est pas toujours une source de malheur, car elle passe, la figure du monde. En réalité, la "sagesse" de Judas a abouti au suicide, tandis que la "folie" de la croix nous a donné la paix avec Dieu et Sa vie divine. C'est cette paix que je vous souhaite de tout cœur.

Aide à l'Église en Détresse - No 2 -- Mars 1998

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SOEUR THÉRÈSE BÉNÉDICTE DE LA CROIX



A l'époque de ma conversion, juste avant qu'elle se produisît et même longtemps après, je pensais que mener une vie religieuse signifiait renoncer à tout ce qui est terrestre pour ne vivre qu'en pensant aux choses divines. Mais peu à peu j'ai appris et compris qu'en ce monde c'est bien autre chose qui est exigé de nous et que même dans la vie la plus contemplative le lien avec le monde ne doit pas être rompu. Je vais jusqu'à croire que plus on est "attiré" en Dieu, plus on doit en ce sens "sortir de soi", c'est-à-dire s'offrir au monde, pour y porter la vie divine.

Il importe seulement que l'on puisse effectivement disposer d'un coin tranquille où pouvoir fréquenter Dieu, comme si vraiment rien d'autre n'existait, et ce quotidiennement: pour cela le meilleur moment me semble être le lever du jour, avant de se mettre au travail. Je crois, de plus, que c'est à ce moment-là que nous recevons notre mission particulière pour cette journée précise sans rien choisir par nous-mêmes; et que finalement nous parvenons à nous considérer comme rien d'autre qu'un instrument; nous voyons ainsi dans les forces avec lesquelles il nous faut spécialement travailler -- comme par exemple en ce qui nous concerne, l'intelligence -- quelque chose dont nous n'usons pas nous-mêmes mais dont Dieu use en nous.

Il me paraît bien plus grand de voir s'accomplir quelque chose que l'on a longtemps demandé dans la prière, que d'être exaucé immédiatement.

Mes méditations ne sont pas de hautes envolées spirituelles mais sont le plus souvent fort simples et modestes. L'essentiel en est le remerciement pour la place qui m'est offerte sur la patrie terrestre, étape vers la patrie éternelle.

La conviction qu'un peu de notre paix et de notre silence s'écoule dans le monde et soutient ceux qui sont encore en pèlerinage peut seule me faire oublier que j'ai été appelée dans cette merveilleuse retraite avant tant de gens plus dignes que moi. Vous ne pouvez savoir combien cela me confond quand quelqu'un parle de notre "vie de sacrifice". La vie de sacrifice, je l'ai vécue tant que j'étais au dehors. A présent je suis allégée de tous mes fardeaux et je dispose en abondance de tout ce qui naguère me manquait. Bien sûr il y a des sœurs parmi nous qui se voient quotidiennement appelées à de grands sacrifices. Et je m'attends bien à ce qu'un jour j'éprouve ma vocation à la Croix plus fortement que maintenant où le Seigneur me traite encore une fois comme un petit enfant.

D'ordinaire c'est une bien plus grande Croix qui nous échoit lorsque nous voulons nous débarrasser de l'ancienne.

Je viens de recevoir ce texte d'Ambroise: "Dieu fait tout en temps voulu. Jamais ce qu'il fait n'est en dehors du temps, mais toujours absolument au moment propice -- et tout advient pour moi au bon moment".

La pensée que la miséricorde de Dieu pourrait se limiter aux frontières de l'Église visible m'a toujours été étrangère. Dieu est la vérité. Qui cherche la vérité, cherche Dieu, qu'il en soit conscient ou non.

La pensée spéculative façonne de fins concepts mais ceux-ci n'ont pas davantage prise sur l'incompréhensible, ils ne font que le repousser au loin, dans le champ propre au conceptuel. Le chemin de la foi, mieux que ne le fait le chemin de la connaissance philosophique, nous donne un Dieu de toute intimité, un Dieu d'amour et de miséricorde et une certitude comme nulle connaissance naturelle ne le peut. Cependant même le chemin de la foi est un chemin obscur. Dieu lui-même doit accorder son langage sur celui des hommes pour nous rendre l'incompréhensible moins obscur.

La foi est une "lumière obscure". Elle nous donne quelque chose à comprendre, mais juste pour nous indiquer quelque chose qui nous reste incompréhensible. Parce que le fond ultime de tout être est un fond insondable, tout ce qui lui apparaît vient s'abîmer dans la lumière obscure de la foi et du mystère.

La foi est plus proche de la sagesse divine que toute la science philosophique et même théologique. Mais comme il nous est difficile de marcher dans l'obscurité, tout rayon de lumière qui, préfigurant la clarté future, tombe dans notre nuit, nous est, pour ne pas nous fourvoyer, d'une aide inestimable.

Vivre selon l'Eucharistie signifie s'arracher réellement à son étroite vie particulière pour grandir vers l'immensité de la vie du Christ. Qui a visité le Seigneur dans sa demeure, ne voudra plus se préoccuper uniquement de soi et de ses intérêts: il commencera à s'intéresser aux affaires du Seigneur. La participation à la messe quotidienne nous fait entrer involontairement dans la vie liturgique. Les prières et les habitudes du service à l'autel, dans le cycle de l'année liturgique, font sans cesse revivre devant les yeux de notre âme toute l'histoire du salut et nous fait pénétrer toujours plus avant le sens de cette histoire. La messe nous réinculque toujours le mystère central de notre foi, la charnière de l'histoire du monde: le mystère de l'incarnation et de la rédemption. Qui donc pourrait, l'esprit et le cœur ouverts, assister au saint sacrifice, sans être saisi par le sens même du sacrifice et être emporté par le désir d'ouvrir sa personne et sa petite vie particulière à la dimension de la grande œuvre du rédempteur? Les mystères du christianisme sont un tout indivisible. Si l'on s'enfonce dans l'un d'entre eux, on est conduit à tous les autres.

La passion et la mort du Christ se perpétuent dans son corps mystique et dans chacun de ses membres. Souffrir et mourir c'est le lot de tout homme. Mais quand il est membre vivant du corps du Christ, la divinité de la tête confère à sa souffrance et à sa mort une force rédemptrice. C'est la raison objective pour laquelle tous les saints ont aspiré à la souffrance. Ce n'est pas une propension maladive à la souffrance. Au regard de l'entendement naturel cela peut sans doute apparaître comme une perversion. A la lumière du mystère de la rédemption, cette aspiration est cependant la plus haute sagesse. Ainsi, l'allié du Christ pourra persévérer, imperturbable, même dans la nuit obscure de l'éloignement et de l'abandon subjectifs de Dieu; la providence divine lui impose peut-être ce supplice pour libérer quelqu'un d'autre qui est, lui, objectivement entravé. Aussi "que ta volonté soit faite" même et surtout dans la nuit la plus obscure.

Notre amour pour les hommes est la mesure de notre amour pour Dieu. Mais celui-ci est tout de même différent de l'amour humain naturel. L'amour naturel se porte sur celui-ci ou celui-là qui nous est lié par les liens du sang ou qui nous est proche par le caractère ou par communauté d'intérêts. Les autres nous sont "étrangers", ne nous concernent pas, peuvent même nous être désagréables par leur façon d'être, si bien que nous les tenons le plus possible à l'écart. Pour les chrétiens, il n'y a pas "d'homme étranger". Cet homme qui se tient devant nous et qui a besoin de nous, c'est toujours "le prochain". Il est indifférent qu'il soit parent ou non, que nous l'apprécions ou pas, qu'il soit "moralement digne" de secours ou non. L'amour du Christ ne connaît pas de frontières, ne cesse jamais et ne se voilà pas la face devant la laideur et la souillure. Il est venu par amour pour les pécheurs et non à cause des justes. Et si l'amour du Christ vit en nous, nous ferons comme lui: nous irons à la recherche des brebis égarées.

Edith Stein, La Puissance de la Croix, Nouvelle Cité, 1982

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Honoré de Balzac

L'association, une des plus grandes forces sociales et qui a fait l'Europe du moyen âge, repose sur des sentiments qui, depuis 1792, n'existent plus en France, où l'individu a triomphé de l'État. L'association exige d'abord une nature de dévouement qui n'y est pas comprise, puis une foi candide contraire à l'esprit de la nation, enfin, une discipline contre laquelle tout regimbe, et que la religion catholique peut seule obtenir. Dès qu'une association se forme dans notre pays, chaque membre, en rentrant chez soi d'une assemblée où les plus beaux sentiments ont éclaté, pense à faire litière de ce dévouement collectif, de cette réunion de forces, et il s'ingénie à traire à son profit la vache commune, qui, ne pouvant suffire à tant d'adresse individuelle, meurt étique.

On ne sait pas combien de sentiments généreux ont été flétris, combien de germes ardents ont péri, combien de ressorts ont été brisés, perdus pour le pays, par les infâmes déceptions de la Charbonnerie française, par les souscriptions patriotiques du Champ-d'Asile, et autres tromperies politiques qui devaient être de grands, de nobles drames, et qui ne furent que des vaudevilles de police correctionnelle. Il en fut des associations industrielles comme des associations politiques. L'amour de soi s'est substitué à l'amour du corps collectif. Les corporations et les hanses du moyen âge, auxquelles on reviendra, sont impossibles encore; aussi les seules Sociétés qui subsistent sont-elles des institutions religieuses auxquelles on fait la plus rude guerre en ce moment, car la tendance naturelle des malades est de s'attaquer aux remèdes et souvent aux médecins. La France ignore l'abnégation. Aussi, toute association ne peut-elle vivre que par le sentiment religieux, le seul qui dompte les rébellions de l'esprit, les calculs de l'ambition et les avidités de tout genre. Les chercheurs de mondes ignorent que l'association a des mondes à donner.

L'ENVERS DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE - Août 1848

- Éditions Rencontres 1967, p. 484-485

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