L'héritage des Enfants de Dieu

Le Ciel

 

Enfants de Dieu par notre incorporation au Christ Jésus, qui, en nous donnant son Esprit, nous communique sa vie divine, nous acquérons un droit réel à l'héritage du Christ, le bonheur éternel du ciel. Tel est l'objet de notre espérance chrétienne, comme l'exposait saint Paul aux Romains:

 

« Vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier: Abba ! Père ! L'Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. Enfants, et donc héritiers; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ » (Rom 8, 15-16).

 

Saint Augustin considérait le désir du ciel comme étant non seulement l'expression de la vertu d'espérance mais aussi comme portant en lui un grand acte d'amour, capable de détacher notre pauvre cœur de tous les biens passagers et des plaisirs de la terre pour l'attacher de plus en plus intimement à Dieu seul:

 

« Oh ! si notre cœur pouvait soupirer quelque peu pour cette gloire ineffable ! Oh ! si nous gémissions de nous sentir en exil, si nous cessions d'aimer le monde, et si dans un pieux élan nous frappions continuellement à la porte de celui qui nous a appelés ! C'est par notre désir que nous pouvons recevoir; nous recevrons si nous donnons au désir toute l'extension possible. Telle est l'influence sur nous et de la sainte Écriture, et de l'assemblée du peuple chrétien, et de la célébration des mystères, et du saint Baptême, et des hymnes de louange à Dieu et de nos entretiens mêmes : non seulement semer et faire germer en nous ce désir, mais encore le faire croître et lui donner une telle capacité, qu'il puisse embrasser « ce que l’œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu et ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme » (1 Cor. 2,9 – St Augustin, Traité sur l’Évangile de saint Jean ML35, 1691)

 

Comment expliquer la nature du ciel ?

 

« Nulle langue humaine ne le peut, répond Mgr Gaume dans son Catéchisme de persévérance. Saint Paul nous assure que l’œil de l'homme n'a rien vu, que son oreille n'a rien entendu, que son cœur n'a jamais désiré rien de pareil au bonheur que Dieu réserve à ses justes pendant l'éternité. Contentons-nous de bégayer quelques mots et disons en général que le bonheur de la vie éternelle comprend, d'une part, la délivrance de tous les maux, et, d'autre part, la jouissance de tous les biens.

 

La délivrance de tous les maux : il est dit expressément dans l'Apocalypse que les bienheureux n'auront plus ni faim ni soif; que le soleil ni les vents brûlants ne les incommoderont plus; que Dieu essuiera les larmes de leurs yeux; que la mort ne sera plus; que les pleurs et les gémissements, les douleurs n'auront plus lieu.

 

La jouissance de tous les biens : Notre-Seigneur nous la révèle par cette étonnante parole : Courage ! dit-il, serviteur bon et fidèle, entrez dans la joie de votre Maître. Ainsi, la joie des bienheureux est si grande qu'elle ne peut entrer dans les cœurs, mais que les cœurs doivent y entrer, et qu'ils en seront environnés et pénétrés; qu'ils y seront perdus et abîmés comme le poisson au milieu de l'immense Océan ; en un mot, qu'ils y seront heureux et parfaitement rassasiés. Comment s'accomplira ce délicieux mystère ? par la participation aux deux sortes de biens qui composent la béatitude éternelle. Ces biens sont essentiels ou accessoires.

 

La véritable béatitude, celle qu'on peut appeler essentielle, consiste dans la vision de Dieu et la connaissance de sa beauté infinie, source de toutes les beautés et de toutes les amabilités créées. Nous verrons Dieu face à face, tel qu'il est; nous le posséderons, nous l'aimerons sans aucune crainte de le perdre jamais. Nous verrons le Père tout-puissant, qui nous a créés ; le Fils infiniment sage, qui nous a rachetés ; le Saint-Esprit infiniment bon, qui nous a sanctifiés. Non seulement nous verrons Dieu, mais nous l'aimerons et nous le posséderons sans aucune crainte de le perdre jamais.

 

Ce n'est pas tout encore. Non seulement nous verrons Dieu, source de toute beauté; non seulement nous posséderons Dieu, source de tout bien; non seulement nous aimerons Dieu, source de toutes délices, mais nous lui deviendrons semblables. Les Saints conservent toujours, il est vrai, leur propre substance, mais néanmoins ils reçoivent une force admirable et comme divine, qui les fait paraître plutôt des dieux que des hommes. Quoique la langue humaine soit impuissante à expliquer une si grande merveille, nous en voyons cependant quelque image dans les choses sensibles. Le fer qu'on met au feu prend la forme du feu; et, quoique sa substance ne soit pas changée, cependant elle paraît changée et réduite en feu.

 

Ainsi, les Saints, introduits dans la gloire céleste, sont tellement enflammés par l'amour de Dieu, que, quoique leur nature ne soit pas changée, ils sont néanmoins beaucoup plus différents de ceux qui vivent sur la terre que le fer incandescent de celui qui est froid. Pour tout dire, en un mot, le bonheur souverain et absolu, que nous appelons essentiel, consiste dans la possession de Dieu. Que peut-il manquer au parfait bonheur de celui qui possède le Dieu très bon et très parfait ?

 

Quant aux biens accessoires, les énumérer serait une chose infinie. Il est même impossible de les connaître tous. Nous devons savoir, en général, que tous les genres de biens et de plaisirs qu'il est possible de désirer et de goûter sur la terre, soit pour l'esprit, soit même pour le corps, nous les posséderons avec une pleine abondance, mais d'une manière si élevée et si incompréhensible, que, suivant l'Apôtre déjà cité, l’œil n'a rien vu, l'oreille n'a rien entendu, et le cœur de l'homme n'a jamais rien conçu de semblable.

 

Pour en toucher quelque chose, disons que le bonheur accidentel des Saints est une conséquence du bonheur essentiel dont ils jouiront, et ce bonheur consiste dans la satisfaction complète de tous les désirs que l'homme, devenu semblable aux Anges, peut avoir pour son corps et pour son âme. Ajoutons que l'âme bienheureuse jouira de trois dons, ou qualités élevées à leur plus haute perfection: la vision, la compréhension ou la possession, et la fruition, magnifique récompense des trois vertus théologales. La vision est la faculté de voir Dieu face à face ; elle sera la récompense de la Foi. La compréhension est la faculté de posséder Dieu comme souverain bien ; elle sera la récompense de l'Espérance. La fruition est la faculté de jouir délicieusement de Dieu, principe et fin de tout amour ; elle sera la récompense de la Charité. Ces trois ineffables félicités seront d'autant plus grandes que nous aurons pratiqué avec plus de perfection les trois vertus dont elles seront le prix.

 

Ajoutons encore que le corps jouira de quatre qualités : la clarté, l'agilité, la subtilité, l'impassibilité. De plus, le corps et l'âme de certaines classes de bienheureux jouiront d'une gloire particulière qu'on appelle auréole.

 

« L'auréole, dit saint Thomas, est la récompense privilégiée d'une victoire privilégiée. Comme il y a trois victoires privilégiées, dans les trois grands combats que l'homme doit soutenir sur la terre, il y a aussi trois auréoles. Dans les combats contre la chair, la victoire privilégiée, c'est-à-dire la plus excellente, c'est la virginité. Dans les combats contre le monde, la victoire privilégiée, puisqu'elle coûte au vainqueur son sang et sa vie, c'est le martyre. Dans les combats contre le démon, la victoire privilégiée, puisqu'elle chasse l'esprit de ténèbres et de mensonge non seulement de notre cœur, mais encore du cœur des autres, c'est la prédication.    « Ainsi, trois ordres de Saints dans le Ciel jouiront de l'auréole: les vierges, les martyrs et les docteurs. Dans cette dernière classe il faut comprendre les Prédicateurs, les Catéchistes, en un mot tous ceux qui enseignent par leurs paroles ou par leurs écrits les vérités du salut » (St Thomas, Somme théologique, III, q.91, a. 11).

 

Maintenant que sera cette auréole et quel avantage procurera-t-elle aux Saints qui en seront favorisés ? En elle-même l'auréole sera un rayonnement plus éclatant de la gloire essentielle des Saints. Pour l'âme, elle sera une félicité propre et particulière, en rapport avec la victoire dont elle sera la récompense; pour le corps, elle sera un éclat plus vif qui fera reconnaître parmi tous les bienheureux les vierges, les martyrs et les docteurs.

 

Ainsi, l'auréole des vierges sera une lumière d'une blancheur éclatante qui les enveloppera comme d'un nuage diaphane, au travers duquel on verra la pureté sans tache de leur âme. Elle leur attirera l'admiration et le respect de toute la Jérusalem céleste, avec l'amour particulier de Notre-Seigneur, dont elles formeront l'inséparable cortège, en chantant l'hymne éternel de leur double victoire, c'est-à-dire de la double intégrité de leur âme et de leur corps.

 

L'auréole des martyrs sera une lumière couleur de pourpre et de rose, qui enveloppera leurs corps et fera briller d'un éclat plus vif leurs glorieuses cicatrices, les fera reconnaître et admirer comme les héros de la foi et leur méritera les faveurs spéciales de la part de l'auguste Trinité et surtout de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le roi des martyrs.

 

L'auréole des docteurs sera une lumière semblable, suivant l'Écriture, par l'éclat et la couleur, à celle des étoiles du firmament, qui les fera reconnaître au loin pour ces astres bienfaisants dont les rayons dissipèrent les ténèbres de l'ignorance et de l'erreur, que le démon amoncelait autour de l'Église militante et s'efforçait de faire pénétrer dans chaque homme venant en ce monde.                         +

 

Mgr Gaume, Catéchisme de Persévérance, 2è édit., Tome III, p. 463-469.

 

Unanm Sanctam, No 3 –  juillet-septembre 2001  

 

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