Intervention du Président des Etats-Unis, M. George W. Bush

«Jean-Paul II a forgé l'histoire.»

 

Au cours de la cérémonie solennelle d'inauguration du «Pope John Paul II Cultural Center», qui a eu lieu le jeudi 22 mars 2001, le Président des Etats-Unis d'Amérique, M. George W. Bush, a prononcé l'allocution suivante:

 

            Je suis heureux de m'unir à tous les chefs de l’Église et aux invités spéciaux présents ici aujourd'hui pour inaugurer le centre culturel. C'est pour moi un grand honneur d'être ici.

Lorsque le Cardinal Wojtyla prit la parole ici, à l'Université catholique, en 1976, peu de personnes imaginaient le cours que devait prendre sa vie ou la façon dont elle devait forger l'histoire. En

1978, la majorité du monde le connaissait seulement comme le « Pape polonais ». Il exis­tait toutefois des signes qui laissaient présager quelque chose de différent et de plus profond.

Après avoir entendu la première bénédiction du nouveau Pape place Saint-Pierre, un journa­liste appela son éditeur et lui dit : « Ce Pape ne vient pas de Pologne, ce Pape vient de Galilée ». A partir de ce jour, la vie du Pape a écrit quelques-unes des pages les plus impressionnantes de l'histoire de notre temps.

            Nous nous souvenons de la première visite du Pape en Pologne, en 1979, lorsque la foi se transforma en résistan­ce et que commença la chute rapide de la dictature communiste. Le jeune prêtre pacifique, jadis contraint aux travaux forcés par les nazis, devint l'ennemi de la tyrannie et le témoin de l'espérance.

            Le dernier dirigeant de l'Union soviétique l'appelait « la plus haute autorité morale sur terre ». Nous nous souve­nons de sa visite dans une prison, lorsqu'il réconforta l'homme qui avait ti­ré sur lui. En répondant à la violence par le pardon, le Pape devint un symbo­le de réconciliation.

            Nous nous souvenons de la visite du Pape à Manille, en 1995, où il parla à une des foules les plus nombreuses de l'histoire :  plus de cinq millions d'hommes, de femmes et d'enfants.

            Nous nous souvenons qu'il y a cinquan­te ans, en tant que prêtre, il voyageait sur une charrette tirée par des chevaux pour enseigner aux enfants dans les vil­lages. Jusqu'à présent, il a embrassé le sol de 123 pays et guide un troupeau d'un milliard de personnes dans le troi­sième millénaire.

            Nous nous souvenons de la visite du Pape à Israël, de sa mission de récon­ciliation et de respect mutuel entre chrétiens et juifs. Il est le premier Pape moderne à être entré dans une synagogue et à avoir visité un pays islamique. Il a toujours uni la pratique de la tolérance à la passion pour la vérité.

            Jean-Paul II lui-même a souvent dit : « Il n'existe pas de simples coïncidences dans les desseins de la Providence ». La raison pour laquelle cet homme devint Pape est peut-être qu'il apporte le mes­sage que notre monde a besoin d'en­tendre. Aux pauvres, aux malades et aux personnes mourantes, il apporte un message de dignité et de solidarité avec leurs souffrances. Même lorsqu'ils sont oubliés par les hommes, il leur rappelle qu'ils ne sont jamais oubliés par Dieu. « Ne cédez pas au désespoir, dit-il, dans le sud du Bronx. Dieu préserve votre vie, vous accompagne, vous ap­pelle à de meilleures choses, vous ap­pelle à la victoire ».

            Aux riches, le Pape apporte le mes­sage que la richesse seule est un con­fort illusoire. Les biens du monde, enseigne-t-il, ne sont rien sans généro­sité. Chacun de nous est appelé non seulement à suivre son chemin, mais également à faciliter le chemin des au­tres.

            A ceux qui détiennent le pouvoir, le Pape apporte un message « de justice et de droits humains ». Et ce message a causé l'échec et la chute des dictateurs. Son pouvoir ne vient pas des armées ou de la technologie, ni même de la ri­chesse. Il s'agit de la force inattendue d'un enfant dans une étable, d'un hom­me sur la croix, d'un simple pêcheur qui a apporté un message d'espoir à Rome.

            Le Pape Jean-Paul II a apporté ce message d'espoir et de libération en chaque lieu du monde. A son arrivée à Cuba en 1998, il a été salué par des pancartes qui portaient l'inscription: « Fidel est la Révolution ! ». Mais, comme le biographe du Pape l'a dit, « Au cours des quatre jours qui ont suivi, Cuba a appartenu à un autre révolutionnaire ». Nous sommes certains que la révolution d'espoir que le Pape a instaurée dans cette nation portera des fruits à notre époque.

            Et nous avons la responsabilité de défendre la liberté humaine et la liberté religieuse partout où celles-ci sont niées, de Cuba à la Chine et au Sud du Soudan. Et, dans notre pays, nous ne pouvons pas ignorer les paroles que le Pape nous adresse. Au cours de ses quatre pèlerinages en Amérique, il a parlé avec sagesse et sensibilité de nos forces et de nos faiblesses, de nos vic­toires et de nos besoins.

            Le Pape nous rappelle que, de même que la liberté définit notre nation, la responsabilité doit caractériser nos vies. Il nous met au défi d'être à la hau­teur de nos aspirations, de représenter une société juste dans laquelle chacun est accueilli, estimé et protégé. Et il n'est jamais aussi éloquent que lorsqu'il parle en faveur d'une culture de la vie. La culture de la vie est une culture de l'accueil, qui n'exclut jamais, qui ne di­vise jamais, qui ne désespère jamais, et qui affirme toujours la bonté de la vie à toutes ses étapes.

            Dans la culture de la vie, nous de­vons réserver une place à l'étranger. Nous devons réconforter les malades. Nous devons prendre soin des person­nes âgées. Nous devons accueillir les immigrés. Nous devons enseigner à nos enfants à être bons les uns avec les au­tres. Nous devons défendre dans l’amour l'amour l'enfant innocent qui attend de naître.

            Le centre que nous inaugurons aujourd’hui célèbre le message du Pape, son réconfort et son défi. Ce lieu expri­me la dignité de la personne humaine, la valeur de chaque vie et la splendeur de la vérité. Et, surtout, il exprime, se­lon les paroles du Pape, la « joie de la foi dans un monde troublé ».

            Je suis reconnaissant que le Pape Jean-Paul II ait choisi Washington com­me siège de son centre. Cela est un honneur et, en même temps, répond à une nécessité. Nous sommes reconnaissants pour le message qui nous a été adressé. Nous remercions également le messager, sa cordialité personnelle et sa force prophétique ;  sa bonne humeur et son honnêteté prouvée, ses dons spirituels et intellectuels, son courage mo­ral, à l'épreuve de la tyrannie et de no­tre propre complaisance.

            Le Pape nous indique toujours les choses qui durent et l'amour qui sauve. Nous remercions Dieu pour cet homme rare, un serviteur de Dieu et un héros de l'histoire. Et je vous remercie tous d'avoir construit ce centre de conscien­ce et de réflexion dans la capitale de notre Nation.

 



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