CATÉCHISME EN CRISE : LE CANADA AUSSI

 

Depuis plus de trente ans, après l'abandon des catéchismes par demandes et par réponses, un peu partout dans le monde, la transmission de la foi entra dans une période de crise sans précèdent : 1'enseignement systématique et organique de la doctrine catholique aux enfants fut rejeté et même combattu. La vigilance des responsables ne portait plus désormais sur la doctrine à transmettre mais sur les pratiques et méthodes à mettre en oeuvre au sein du groupe de catéchèse. Une certaine interprétation de la vie des catéchisés, la quête du sens de l'Histoire et 1'action politique, humanitaire et sociale en vue du « monde meilleur » devenaient les préoccupations dominantes. Les termes de la foi étaient employés avec des sens tout différents de leur signification authentique, en sorte qu'il était difficile de prime abord de pénétrer les erreurs à 1'origine de cette « catéchèse » si déroutante. L'imposition autoritaire de cette nouvelle catéchèse, la perplexité des parents, leurs vains efforts pour retrouver des cours de catéchisme authentiques, des reformes sans effet et finalement le désastre de la déchristianisation de plusieurs générations, voilà une histoire qui pourrait s'écrire pour bien des pays.

 

Nous voulons présenter ici le témoignage passionnant d'une mère de famille canadienne, Lorene Collins, à travers son expérience, retrace la tragédie de la généralisation en 1966 d'un « Catéchisme Canadien » incapable de former des catholiques pratiquants. Elle évoque en même temps les vains efforts des parents pour obtenir qu'un enseignement authentique de la foi soit dispensé à leurs enfants. Ce livre fait toucher du doigt la difficulté de la lutte pour une véritable catéchèse. II s'agit bien de démasquer une habile manipulation des esprits pour introduire une « nouvelle religion ».

 

Les parents réagissent

 

Des 1966, les évêques du Canada approuvèrent, avant même sa publication, un nouveau catéchisme appelé à remplacer progressivement les résumés de la doctrine par demandes et par réponses alors en usage. Il ne s’agissait pas d’un seul livre comme l’avaient été les manuels pour enfants par le passé. Les parents canadiens sont alors en face d’un  ensemble de documents de 3 000 pages (1) comprenant des livrets pour les enfants, pour les professeurs, pour les parents, le tout complété par un matériel audio-visuel et cela pour chaque classe. Cet ensemble anonyme était en provenance de l’Office catéchistique de Montréal. Il ne fut pas imposé mais une majorité écrasante d’évêques l’employèrent dans leurs diocèses et l’impression se répandit que toute personne opposée à ce nouveau catéchisme était déloyale envers les évêques canadiens. Cette impression fut confirmée, d’ailleurs, par la plupart des évêques eux-mêmes.

 

            Les parents se sentirent de plus en plus mal à l’aise en découvrant le manque de contenu doctrinal des manuels de catéchisme et en entendant les déclarations des professeurs de catéchisme s’adressant aux enfants ou bien à leurs parents, lors des très nombreuses réunions organisées pour présenter le nouveau catéchisme et son mode d’emploi. En effet, jamais eux-mêmes, leurs parents ou leurs grands-parents, n'avaient entendu un prêtre ou une religieuse, ne parlons pas d'un évêque, contredire ouvertement 1'enseignement traditionnel de 1'Eglise. Ils n'avaient jamais eu de raison de se méfier de leurs écoles catholiques ou de leur presse catholique. Or toute la presse catholique soutenait la diffusion du Catéchisme Canadien. Les parents qui contestaient ce nouveau catéchisme étaient tournés en ridicule ou bien qualifies de rétrogrades. Des méthodes de pression psychologique ressemblant à celles des pays totalitaires s'exerçaient sur les parents réfractaires. Des réunions, des week-ends entiers de recyclage ressemblaient à de véritables « lavages de cerveau ». Prêtres et parents en sortaient blessés et désorientés. Par chance, un prêtre lucide et courageux, le père Charles Keenan, vint en aide à ces parents désemparés. Il leur donna raison et les encouragea fortement dans leur opposition au Catéchisme Canadien.

 

Enquête de la conférence épiscopale

 

De nombreuses lettres furent adressées aux évêques canadiens signalant les déficiences, les erreurs et les omissions de ce nouveau catéchisme. L'auteur de Salvation Redefined, Lorene Collins, et son mari Edward rejoignirent l’Association américaine Catholics United For the Faith, et en constituèrent la première branche canadienne. Sous leur impulsion, se constitua tout un réseau de groupes « Catholiques unis pour la foi » en vue de dialoguer les uns avec les autres pour la défense d’un catéchisme authentiquement catholique. Ces groupes diffusaient des circulaires donnant des nouvelles du Pacifique à l’Atlantique. Il s’efforçaient, sans aucun moyen financier, de diffuser les documents romains utiles aux catéchistes mais délibérément ignorés par les responsables canadiens, comme le Credo du peuple de Dieu, de Paul VI (1968), et le Directoire catéchétique général (1971). Ces deux documents auraient suffi à rétablir une saine catéchèse s’il en avait été tenu compte. Mentionnons encore la création du programme-radio Fortitude, depuis une station de radio d’Alberta, à Camrose. Au Manitoba, un juriste fonde un nouveau magazine catholique Challenge en décembre 1973. Des cours de catéchisme privés sont organisés, par exemple à Nelson en Colombie Britannique.

           

            Enfin un grand espoir surgit. La Conférence épiscopale canadienne décide en 1973 de lancer une consultation auprès des catholiques canadiens pour évaluer le Catéchisme Canadien. Les évêques délèguent la tâche d'évaluation à deux comités : un comité anglophone et un comité francophone. Ils rédigent un questionnaire mais la diffusion très réduite du questionnaire prive l'enquê­te d'une réelle signification. Ainsi, par exem­ple, dans l'archidiocèse de Halifax (Nouvelle Écosse) personne n'a entendu parler de l'en­quête. Quelques rares personnes arrivent par hasard à trouver le questionnaire.

 

De même à Winnipeg (Manitoba) beau­coup de parents n'ont aucune idée que le Catéchisme Canadien est évalué et qu'ils sont consultés pour une éventuelle révision de l'ouvrage : Les membres de la branche de Winnipeg de Catholics United for the Faith essaient en vain d'avoir des exemplaires du questionnaire, en ayant eu connaissance par hasard. Un prêtre de la paroisse dit ne plus en avoir. Il les a tous remplis lui-même ! Fi­nalement seulement 3 000 réponses furent envoyées, dont les réponses de 700 parents.

 

            D'autre part, les questions posées ne four­nissaient pas le cadre nécessaire pour for­muler les critiques indispensables. Certains écrivent des lettres ouvertes. Ainsi le 10 avril 1974, Kevin Ahern envoie à chaque évêque du Canada un exemplaire de sa « Lettre ouverte à mon archevêque » (Open letter to my Archbishop) comprenant une cri­tique sévère des erreurs doctrinales conte­nues dans le Catéchisme Canadien: Soeur Mary Alexander, professeur dans une éco­le catholique de Hamilton Ontario, envoie aux évêques une Lettre Ouverte aux Cardinaux, Archevêques et Évêques de l'Église catholique au Canada, une analyse de 19 pages des documents du Catéchis­me Canadien pour l’école primaire.

 

Réagir !

 

Les « Catholiques unis pour là foi » ré­sument en une page la théologie défec­tueuse du Catéchisme Canadien et demandent que l'évaluation soit basée sur le Directoire Catéchétique Général et non pas sur les opinions exprimées en répon­se au questionnaire. Deux évêques émé­rites apportent leur contribution. L'ar­chevêque Henri Routhier, en retraite à Edmonton après avoir été archevêque dé Grouard-McLennan (Alberta), soumet à la conférence épiscopale une analyse détaillée du Catéchisme Canadien en anglais et en français, tandis que Mgr Leo Blais, évêque émérite de Prince Albert, Saskatchewan (1952-1959) et alors en retraite à Montréal, publie une critique en français intitulée Notre Catéchèse adres­sée « aux catéchistes et aux parents, avec le but de les aider à se servir de ce qui est bon dans le catéchisme et de remédier dès que possible et aussi bien que possible à ses nombreuses déficiences ». Cela fera penser à quelques Français au travail accompli par le SIEC dans les locaux de Tequi dans les années 1980 lors que les Parcours ­catéchétiques aberrants furent imposés, aux parents et catéchistes.

 

(1) Lorene Collins, Salvation Redefined, Catholic Parents and Religious Education in Post Vatican II Ca­nada, Life Ethics Information Center, Toronto, 2003: Madame Collins relate également dans Le Salut re­défini (traduction de Salvation Redefined) les lut­tes des parents pour soustraire leurs enfants à une éducation sexuelle détestable donnée dans les écoles catholiques. Cet ouvrage peut être commandé au prix de $ 25 à Life Ethics Information Center, 104 Bond St., Suite 303, Toronto, Ontario, M5B 1X9, Canada.      

-- Denise Nouaillhat est l’auteur, avec son mari, d’un livre et de plusieurs articles sur la catéchèse.

 

 

 


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