Immigration musulmane et culture antichrétienne

 

LA PRISE DE POSITION DU CARDINAL BIFFI

 

            A plusieurs reprises, le cardinal Giacomo Biffi, archevêque de Bologne, a insisté sur les menaces qui pèsent sur l’identité catholique de l’Italie : l’immigration musulmane et la pénétration en milieu chrétien d’une culture non chrétienne.  Ses remarques s’appliquent tout aussi bien à la France.

            Nous reproduisons ci-dessous quelques passages de sa lettre pastorale au clergé de son diocèse du 12 septembre 2000.

 

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            «Le Fils de l’homme, quand Il reviendra, trouvera-t-Il encore la foi sur terre?» (cf., Luc, 18, 8) : l’interrogation inquiétante que Jésus à laissée sans réponse nous aidera - en l’actualisant - à poursuivre notre réflexion avec le sérieux nécessaire.

            Les « défis » qui déjà nous menacent sont principalement au nombre de deux: l’afflux croissant de gens qui viennent chez nous de pays lointains et divers; la diffusion d’une culture non chrétienne au sein de populations chrétiennes (...).


 

LA QUESTION DE L’IMMIGRATION

 

            Après avoir montré que l’immigration avait été une surprise tant pour l’État (« qui donne une impression de désarroi et semble n’avoir pas encore récupéré la capacité de gérer rationnellement la situation ») que pour les communautés chrétiennes, Mgr Biffi aborde deux aspects de la question: les devoirs des chrétiens et le respect de l’identité chrétienne de la nation.

 

L’annonce de l’Évangile

 

            (...) Avant tout, l’annonce de l’Évangile. Il s’agit là d’un devoir statutaire de l’Église catholique et de tout baptisé : faire connaître à tous explicitement Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu mort pour nous et ressuscité, aujourd’hui vivant et Seigneur de l’univers, unique Sauveur de l’humanité entière (...).

            Il est très important que tous les catholiques se rendent compte de leur responsabilité - à laquelle ils ne peuvent échapper - à l’égard de tous les nouveaux venus, musulmans compris (...).

            Autre devoir : l’exercice de la charité fraternelle. Face à un homme en difficulté (quelles que soient sa race, sa culture, sa religion, la légalité de sa présence), les disciples de Jésus ont l’obligation de l’aimer d’une manière active et de l’aider dans la mesure de leurs possibilités matérielles (...).

 

Considérations générales

 

            (...) Les critères pour admettre les immigrés ne peuvent être uniquement économiques et sociaux (...). Il est nécessaire de se préoccuper sérieusement de sauver l’identité propre de la nation. L’Italie n’est pas une lande déserte ou à demi habitée, sans histoire, sans traditions vivantes et vitales, sans une physionomie culturelle et spirituelle incomparable (...), comme s’il n’y avait pas un patrimoine typique d’humanisme et de civilisation qui ne devrait pas être perdu (...).

            Il faut que celui qui veut résider chez nous de façon stable ait la possibilité de connaître au mieux les traditions et l’identité de l’humanité particulière dont il cherche à faire partie et y soit encouragé.

            Le cas des musulmans sera traité avec une attention particuli­ère. Ils ont un droit de la famille incompatible avec le nôtre, une con­ception de la femme très éloignée de la nôtre (jusqu’à admettre et pratiquer la polygamie). Surtout, ils ont une vision tout à fait intégriste de la vie publique, si bien qu’une parfaite identification de la religion et de la politique fait partie des éléments fondamentaux de leur foi (...).

 

Le catholicisme, «religion nationale historique»

 

            Enfin, il serait bien que personne n’ignore ou n’oublie que le catholicisme - qui n’est plus la « religion officielle de l’État » - n’en demeure pas moins la « religion historique » de la nation italienne, la source première de son identité et l’inspiration déterminante de nos grandeurs les plus authentiques.

            Il faut aussi dire que c’est une conception particulière de la démocratie que de faire coïncider le respect des minorités avec le non-respect de la majorité. C’est, de fait, ce qui arrive avec l’élimination de ce qui est acquis et traditionnel dans une communauté humaine.

            Une « intolérance substantielle » se manifeste, par exemple, quand on supprime dans les écoles les signes et les usages catholiques, chers à l’immense majorité, à cause de la présence de quelques élèves d’une autre religion.

 

LA DIFFUSION D’UNE CULTURE NON CHRÉTIENNE

 

            Plus que l’immigration, c’est la diffusion d’une « culture non chrétienne » parmi les populations d’une foi chrétienne séculaire comme la nôtre qui nous interpelle et demande une réponse. Le phénomène (...) a des dimensions continentales et mêmes planétaires.

 

Une culture étrangère au christianisme

 

            Il s’agit avant tout d’une culture qui, quand bien même elle ne serait pas par son origine et son programme hostile à la vision chrétienne, fait abstraction de celle-ci et lui est étrangère.

            C’est par exemple l’affirmation d’une rationalité scientifico-technologique visant à élaborer une pensée fonctionnelle et opérationnelle qui censure implicitement toute approche de la vérité en elle-même.

            C’est, dans le domaine économico-social, l’apparition d’un « mondialisme » (« globalizzazione ») préoccupant par ses conséquences possibles sur le monde du travail qui risque de tomber dans un état définitif d’aliénation à l’égard des puissances financières anonymes.

            C’est le développement toujours plus perfectionné des moyens de communication: ils portent en eux-mêmes la suprématie d’une culture visuelle et intuitive liée à la perception et à l’actualité, au détriment de la réflexion personnelle, de la mémoire historique, de la capacité à se projeter dans le futur.

            C’est la recherche d’une « liberté sans vérité » qui finit par restreindre la dimension morale de la vie. En conséquence de cette liberté inconditionnelle et vide de valeurs, l’homme est attaqué dans sa dignité propre et même dans sa survie : les fantaisies génétiques, l’effondrement de la natalité, le mépris de la vie humaine, surtout avec la légalisation honteuse de l’avortement, la glorification des déviances sexuelles, la corrosion de l’institution de la famille et la permissivité envahissante en sont les signes les plus manifestes.

            Dans cette tendance culturelle multiforme, qui en grande part paraît inéluctable, bien des aspects sont inacceptables; mais tout n’est pas pervers, tout n’est pas non rachetable. Il faut donc être habitué à évaluer et à discerner (...); évaluation et discernement qui devront obéir (...) à la fidélité absolue à l’égard de l’immuable vérité révélée et de notre identité de croyants.

 

L’attaque explicite contre le fait chrétien

 

            Aujourd’hui est en marche l’une des plus graves et vastes agressions contre le christianisme dont l’histoire se souvienne. Tout l’héritage de l’Évangile est progressivement renié par la législation, raillé par les « messieurs de l’opinion », chassée des consciences, en particulier chez les jeunes.

            Face à une telle hostilité, aussi violente que sournoise, nous avons tort de nous étonner à partir du moment où le Seigneur et ses apôtres nous l’ont annoncée à de nombreuses reprises : « Ne soyez pas étonnés si le monde vous hait » (1 Jean 1.26).

            On peut au contraire s’étonner de l’attitude des hommes d’Église qui ne savent ou ne veulent pas en prendre acte; en réalité, la seule chose que l’on peut craindre de qui est bien décidé à œuvrer dans la foi, est la stupidité des « fils de la lumière», lesquels parfois ne se contentent pas de « se réjouir avec qui est heureux et de pleurer avec qui pleure » (Lettre aux Romains, 12.15), mais finissent aussi par se perdre avec qui se perd.

 

En conclusion

 

            (...) Je pense que l’Europe redeviendra chrétienne ou sera musulmane. Ce qui me semble sans avenir est la « culture du rien », de la liberté sans limite et sans contenus, du scepticisme vanté comme conquête intellectuelle, qui semble être l’attitude dominante parmi les peuples européens, tous plus ou moins riches matériellement et pauvres spirituellement.

            Cette « culture du rien » (promue par l’hédonisme et par la recherche insatiable de liberté) sera incapable de soutenir l’assaut idéologique de l’islam qui ne manquera pas : seule la redécouverte de « l’événement chrétien » comme unique moyen pour l’homme de se sauver - et donc seulement la résolution de ressusciter l’ancienne âme de l’Europe - pourra offrir une issue différente à cette confrontation inévitable.

 

Paru dans Action familiale et scolaire, février 2001

 



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