Sainte Jeanne Beretta Molla (1922-1962)

 

            « Après une existence exemplaire en tant qu’étudiante, jeune fille engagée dans la communauté ecclésiastique, et comme épouse et mère heureuse, elle a offert sa vie en sacrifice afin que l’enfant qu’elle portait en son sein puisse vivre - cette jeune fille est aujourd’hui ici avec nous ! - Sa profession de médecin la rendait consciente du danger qu’elle encourait, mais elle ne reculera devant aucun sacrifice. »

 

Béatifiée le 24 avri11994

 

            Par ces mots, Jean-Paul II a synthétisé l’existence de Jeanne Beretta Molla, au cours de la cérémonie solennelle de Béatification, le 24 avril 1994, année dédiée à la Famille.

 

            « Nous désirons rendre hommage - a encore dit le Pape - à toutes les mères courageuses qui se consacrent sans réserve à leur famille, qui souffrent en accouchant et qui font face à toutes sortes de sacrifices pour leurs enfants, en cherchant à leur transmettre ce qu’il y a de mieux en elles. »

 

Canonisée le 16 mai 2004

 

            « Jeanne Beretta Molla fut une simple messagère de l’amour divin, disait le pape lors de sa canonisation, mais elle le fut de façon profondément significative. Quelques jours avant son mariage, dans une lettre à son futur mari, elle écrivait : L’amour est le plus beau sentiment que le Seigneur ait placé dans l‘âme des hommes. »

 

            « A l’exemple du Christ, qui ‘ayant aimé les siens... les aima jusqu’à la fin’ (Jn 13, 1), cette sainte mère de famille resta héroïquement fidèle à l’engagement pris le jour de son mariage. Le sacrifice extrême qui scella sa vie, témoigne que seul celui qui a le courage de se donner totalement à Dieu et à ses frères se réalise lui-même. Puisse notre époque redécouvrir, à travers l’exemple de Jeanne Beretta Molla, la beauté pure, chaste et féconde de l’amour conjugal, vécu comme une réponse à l’amour divin ! »

 

Son milieu familial

 

            Comme il arrive souvent, un geste de renoncement surtout s’il est conscient et médité, n’arrive uniquement qu’après une longue maturation intérieure. La famille de Jeanne, profondément chrétienne, avait été pour ses nombreux enfants, le milieu propice à l’enracinement peu à peu, des valeurs de la foi dans les actions quotidiennes. De ce terrain riche en valeurs spirituelles jaillirent d’excellents fruits.

 

            Elle est née à Magenta, près de Milan, au nord de l’Italie, le 4 octobre 1922. Après avoir fréquenté le lycée classique, elle s’inscrit à la Faculté de Médecine de l’Université de Pavie.

 

            Diplômée en novembre 1949, elle se spécialise en pédiatrie à l’université de Milan et - pendant qu’elle exerce la médecine - elle poursuit ses études en se spécialisant en gynécologie.

 

            Tout cela, avec l’engagement et l’enthousiasme de répondre à la Grâce de Dieu, par le soutien quotidien de l’Eucharistie et de la Parole de Dieu, par la participation active à l’Action catholique, par la pratique concrète de la charité en prenant part aux activités de la Saint-Vincent-de­-Paul.

 

            Depuis longtemps, elle cultivait l’idéal missionnaire, mais peu à peu, elle avait compris que, pour elle, la volonté de Dieu était différente. Dès qu’elle sut que Dieu l’appelait à l’état matrimonial, elle n’eut aucune hésitation, et l’exercice de son apostolat se fit auprès de son prochain qui venait tous les jours dans son cabinet médical.

 

            Elle ouvrit un cabinet à Mesero, un petit village tout près de Magenta et bientôt, elle jouit de la considération de tous les villageois qui appréciaient de plus en plus son esprit de sacrifice et son désintéressement. Virginie, sa soeur, témoigne :

 

            « Le besoin de se dévouer pour les pauvres et les indigents ne lui permit pas d’accepter la proposition que son fiancé venait de lui faire, c’est-à-dire de renoncer à exercer la médecine. Elle refusa carrément sans aucune hésitation et même après le mariage, elle se rendra tous les après-midi à son cabinet de Mesero. »

 

Médecin missionnaire

           

            D’autres témoignages nous démontrent comment Jeanne exerçait sa profession. L’infirmière, Luigia Galli, qui travaillait dans le cabinet de Jeanne, dit :

 

            « Pendant qu’elle visitait les malades, elle les renseignait en même temps. Même durant son dernier mois de grossesse, si elle était appelée d’urgence pendant la nuit, elle se préparait promptement. Elle poursuivit l’assistance médicale jusqu’à la veille de son hospitalisation pour la naissance de sa dernière fille. Si le patient était indigent, Jeanne le recevait en consultation gratuitement et lui donnait des médicaments ou de l’argent. Elle ne quittait son cabinet qu’après avoir terminé sa dernière consultation, parfois à neuf heures et demie du soir. »

 

            Jeanne - d’après une de ses amies, Mariuccia Parmigiani - par son sourire, gagnait la confiance de tous ceux qui l’approchaient. Marie Barni, de Mesero, confirme son engagement qui n’était pas limité aux soins physiques :

 

            « Lorsqu’un malade n’était plus en mesure de poursuivre son travail pour des raisons de santé, Jeanne se donnait du mal pour lui en trouver un autre plus apte et très souvent, elle y arrivait : elle en a placé plusieurs. »

 

            Saint Joseph Moscati, en 1923, écrivait à un ami médecin :

            « Souvenez-vous que vous devez soigner non seulement le corps mais aussi les âmes gémissantes qui s’adressent à vous. Combien de douleurs vous soulagerez plus facilement grâce aux conseils et en vous approchant de l’esprit, au lieu de simplement prescrire des ordonnances à présenter au pharmacien ! Soyez joyeux, car vous devez donner l’exemple, à tous ceux qui vous entourent, de votre élévation à Dieu. »

 

            C’est la même recommandation que Jeanne Beretta exprime en parlant du médecin chrétien :

 

            « N’oubliez pas l’âme du malade. Nous avons des occasions que le prêtre n’a pas. Notre mission n’est pas terminée lorsque les médicaments n’ont pas d’efficacité, il y a l’âme qui doit être portée à Dieu. (...) Chaque médecin doit la remettre au prêtre. Que de médecins catholiques sont nécessaires ! »

 

            Et encore :

            « Qu’on puisse voir Jésus au milieu de nous et qu’Il puisse trouver beaucoup de médecins qui s’offrent pour Lui. »

 

            Notre vie est toujours le résultat de plusieurs décisions quotidiennes, de la plus importante à la plus banale. Jeanne, pour ainsi dire, s’était entraînée à toujours choisir la meilleure et elle désirait même que sa vie d’épouse soit consacrée à bon escient à Dieu :

 

            « Je désire fonder une famille tout à fait chrétienne - écrit-elle à son mari - où Dieu fait partie de la maison: un petit cénacle, où Il puisse régner dans nos cœurs et diriger nos programme. »

 

            C’est le secret de son existence, la clef pour comprendre la raison de tous ses choix et même du choix décisif pour lequel elle a été béatifiée : c’est-à-dire mettre toute circonstance de la vie sous le regard de Dieu, être disponible à comprendre Sa volonté à nos égards, de façon à ce que Dieu puisse éclairer vraiment toutes nos décisions :

           

            « Je désire fonder avec toi une famille riche d’enfants comme avait été celle dans laquelle je suis née et où j’ai grandi », avait-elle dit à son mari Pierre. Et trois enfants étaient venus au monde : Pierre-Louis, Mariolina et Laura, fruits de maternités acceptées avec joie. Mais à ce moment-là, le drame : la découverte, au deuxième mois de grossesse, d’un fibrome à côté de l’utérus qui menaçait sa vie et par conséquent la vie même de l’enfant. Elle réalise tout de suite, étant elle-même médecin, qu’un choix dramatique va s’imposer : sauver sa vie ou celle de son enfant en gestation.

 

Au service de la vie, coûte que coûte

 

            D’après le témoignage unanime de la famille et des médecins, sa première réaction fut de privilégier l’enfant qu’elle portait.

 

            Le médecin auquel elle s’adressa - dit le frère prêtre - lui avait fait un discours sérieux :

            « Si nous voulons vous sauver, nous sommes obligés d’interrompre la grossesse. »

            Sa réponse fut prompte :

            « Professeur, je ne le permettrai jamais ! C’est un péché de tuer dans le sein de la mère. »

 

            On propose en effet trois genres d’interventions, d’après son mari: une laparotomie totale avec l’ablation soit du fibrome soit de l’utérus, ce qui lui aurait sûrement sauvé la vie ; l’interruption de grossesse par avortement provoqué et ablation du fibrome, ce qui lui aurait permis d’avoir éventuellement d’autres enfants ; ou bien encore l’ablation du fibrome seulement, en essayant de ne pas interrompre la grossesse en cours.

 

            Jeanne avait choisi la dernière solution, la plus risquée pour elle. À cette époque, en effet, on pouvait prévoir qu’un accouchement, après une telle intervention chirurgicale, aurait été très dangereux pour la mère. Jeanne, en étant médecin, le savait très bien.

 

            L’intervention chirurgicale, limitée à l’ablation du fibrome, avait eu lieu le 6 septembre 1961. Par conséquent, la grossesse pouvait continuer et Jeanne pouvait reprendre son travail de médecin jusqu’à l’approche de l’accouchement. Entrée en clinique le 20 avril 1962, le jour suivant - le Samedi Saint - elle donna naissance à son enfant: une petite fille, à laquelle on donna le nom de Jeanne Emmanuelle.

 

            Mais comme prévu, peu d’heures après l’accouchement, les complications surgirent et elle passa une semaine de souffrances atroces, causées par la péritonite septicémique. Ce fut un calvaire, pendant lequel sa foi se manifesta dans toute sa plénitude.

 

            Elle mourut chez elle à 8 heures le samedi suivant, le 28 avril 1962. Cette dernière fille, Jeanne Emmanuelle, était présente, le 24 avril 1994, à la Place Saint Pierre lors de la cérémonie de béatification de sa mère.

 

            Le geste héroïque de Jeanne Beretta Molla nous fait réfléchir à l’actualité d’un sujet : le débat sur l’avortement, déterminé à son tour par la valeur qu’on reconnaît à l’enfant conçu dans le sein de la mère. Comme tout croyant, Jeanne était profondément convaincue que l’enfant en gestation était une personne humaine complète, et par le fait même, digne du plus grand respect.

 

            C’était un don de Dieu à accepter comme tous les autres enfants. Par ce respect, qui en définitive est amour, Jeanne s’est mise au second plan et s’est offerte avec générosité afin que son enfant puisse vivre, tout en sachant que le prix de cette offrande aurait demandé le sacrifice de sa vie. Un prêtre qui avait connu Jeanne, l’abbé Mario Cazzaniga, avait écrit :

 

            « Elle m’a fait une telle impression qu’en enseignant à l’école professionnelle pour infirmiers, au cours des leçons sur l’avortement, je cite toujours le cas du docteur Jeanne Beretta Molla comme maternité généreuse et exemplaire. Je pense qu’à l’heure actuelle, où la maternité est dévaluée, nous devons faire connaître l’acte généreux du docteur. La société ne demande pas à être submergée par des avalanches d’exemples de faits divers, mais au contraire à connaître les actes généreux. »

 

            Voici les mots que Jeanne a adressés, en 1946, à un groupe de jeunes de l’Action catholique de Magenta : « Dieu désire nous voir près de Lui, pour nous communiquer dans le secret de la prière, le secret de la conversion des âmes que nous approchons. (...) Toute journée de la vie devrait avoir un laps de temps pour se recueillir auprès de Dieu. (...) Répandre la Bonne Parole, jeter notre petite graine sans jamais nous fatiguer. Ne nous arrêtons pas trop à considérer ce qu’il y aura. Si après avoir travaillé pour le mieux, un échec arrive, acceptons-le avec générosité : un échec bien accepté par un apôtre qui avait employé tous ses moyens pour bien réussir, est plus bénéfique au salut qu’un triomphe. »

 

(Traduction par Tilly Vanzina - Suzanne Crête) Egidio Ridolfo S.J.

 

 

Prière à sainte Jeanne Beretta Molla

 

            Sainte Jeanne, priez pour nous

            Sainte Jeanne, intercédez pour nous

            Sainte Jeanne, nous vous confions les chercheurs, les gouvernants, le personnel de santé et tous ceux qui servent et protègent la vie

            Sainte Jeanne, préparez le cœur des jeunes à un amour vrai, pur et enthousiaste

            Sainte Jeanne, accompagnez ceux qui se préparent au mariage

            Sainte Jeanne, protégez les enfants à naître

            Sainte Jeanne, protégez toutes les femmes, spécialement celles qui attendent un enfant, celles qui n’arrivent pas à avoir d’enfant

            Sainte Jeanne, protégez les femmes qui doivent subir une intervention chirurgicale mettant leur vie en danger ou celle de leur enfant

            Sainte Jeanne, consolez les mères qui pleurent un enfant

            Sainte Jeanne, soutenez les mères dans leur don quotidien

            Sainte Jeanne, secourez les personnes avec un handicap

            Sainte Jeanne, assistez les personnes âgées, les malades, les agonisants

            Sainte Jeanne, attirez-nous dans la contemplation du Verbe fait chair

            Sainte Jeanne, apprenez-nous à rayonner l’Évangile de la Vie dans l’Église et dans le monde

 

Unam Sanctam - No 4, octobre-décembre 2004

 

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