L’APPROCHE DE MINUIT

 

SUR LE DROIT À LA VIE

 

 par l’archevêque Fulton  J. Sheen

 

            Je parlais à des étudiants de l’UCLA l’année dernière, et quelqu’un dans l’auditoire m’a interpellé pour me poser une question : « Comment Jonas a-t-il pu rester trois jours dans le ventre d’une baleine ? » J’ai répondu, « Je n’en ai pas la moindre idée, mais en arrivant au paradis, je demanderai à Jonas ».  « Et si Jonas n’est pas là, a-t-il répliqué ? »  Je lui ai dit, « Eh bien alors, c’est vous qui lui demanderez ».

 

            Cette soirée doit être spéciale ;  je ne ferai donc pas comme ce professeur qui parcourait le pays dans une voiture avec chauffeur et donnait toujours la même conférence.  Un jour, le chauffeur lui dit, « Je crois bien avoir entendu au moins mille fois votre conférence et je pourrais la donner aussi bien que vous ».  « Parfait, répondit le professeur, alors ce soir, c’est vous qui serez en avant et moi je serai assis parmi l’assistance en tenue de chauffeur. »  Le chauffeur prononça parfaitement sa conférence, mais à la fin, une main se leva. « Il y a une question que je voudrais vous poser. Lorsque vous mélangez le H2SO4 avec le NaCl2 et que vous les comparez avec les plaques photographiques du soleil, comment obtenez-vous l’équation E=MC2 ? » Il répondit, « Voilà bien la question la plus sotte que j’aie entendue de toute ma vie, et pour vous prouver combien elle est bête, c’est mon chauffeur qui va y répondre. »

 

            J’étais en tournée de conférences dans la partie nord de l’État de New York et je suis entré chez un coiffeur qui ne m’a pas reconnu. Il me dit, « Est-ce que vous allez à la conférence de Mgr Sheen, ce soir ? »  « Oui .»  Il a continué, « Est-ce que vous avez un billet ? » « Non. »  « Eh bien, tous les billets sont vendus ; vous allez probablement devoir rester debout. »  Je lui ai dit, « Vous savez, c’est drôle, mais chaque fois que je vais entendre cet homme, je dois rester debout ! »

 

            Maintenant, vous n’avez absolument pas la moindre idée du moment où je vais terminer parce que je n’ai aucun papier, et rien devant moi qui pourrait vous l’indiquer.  Je ne vous vois pas très bien non plus à cause de ces lumières qui m’aveuglent et je ne peux pas savoir si vous avez commencé à dormir.  Une des raisons pour laquelle je n’ai pas de papiers, c’est que j’ai un jour entendu un prédicateur finir sa première page par ces mots, « Adam dit à Ève… » et il passe à page suivante en répétant, « Adam dit à Ève…, Adam dit à Ève… Il doit manquer une feuille… »  Et j’ai un jour entendu une vieille irlandaise dire d’un évêque qui lisait son sermon, « Que Dieu soit loué, mais si lui n’est pas capable de s’en souvenir, comment peut-il s’attendre à ce que nous on s’en souvienne ? »

 

            Avez-vous remarqué que c’est seulement depuis les cinquante dernières années que nous devons utiliser l’expression « Le droit à la vie » ?  Tous les peuples ont universellement cru à la vie – à la vie et à son droit.  Le code d’Hammourabi, écrit bien des siècles avant Jésus-Christ, croyait à ce droit.  Quelque chose a donc changé.  Mais derrière chaque mouvement se cache une philosophie.  Comme je suis philosophe, je ne vais pas vous parler en médecin ni en avocat, mais en philosophe.  Et tout le monde a une philosophie de la vie.  G. K. Chesterton a écrit : « Lorsque vous vous asseyez dans le fauteuil d’un dentiste, il a le droit de vous demander : « Quelle est votre philosophie de la vie ? »  Parce que si votre philosophie est mauvaise, il n’a aucune assurance que vous lui paierez ses honoraires.  Ainsi, chacun a une philosophie de la vie ;  mais quelle est la philosophie de la vie derrière l’avortement ? C’est ce que nous allons commencer par examiner.

 

            Je voudrais vous donner quelques exemples de philosophies de la vie.  Par exemple, lorsque les Nazis disaient que les Ariens étaient la race choisie et que les autres étaient impropres à former une nation, vous ne pouviez pas à partir de là faire cesser le massacre des Juifs, parce que cette philosophie était mauvaise.  La philosophie de base en Russie est que « seul compte le Parti ».  Aussi, dès qu’un individu n’est plus d’accord avec le Parti, il est envoyé dans un asile d’aliénés et déclaré fou.

 

            Prenez la philosophie chrétienne de la vie.  Il en découle certaines conséquences.  Une de mes amies, qui avait passé sept ans dans les prisons communistes et qui était de religion judaïque, était devenue chrétienne.  Un jour, avant l’arrivée des communistes dans son pays, la Roumanie, un Nazi rendit visite à son mari, juif lui aussi (il est devenu chrétien par la suite), qui interrogea le Nazi : « Combien de juifs avez-vous tués au cours des dernières semaines ? » « Oh, dit l’Allemand, vingt-cinq mille. »  « Et dans ce village-là, combien de morts ? » « Dans ce village, j’ai tué tout le monde. »  L’homme lui demanda : « Avez-vous déjà demandé pardon à Dieu ? »  « Oh, dit-il, Dieu n’existe pas ;  il n’y a donc pas lieu de demander pardon. »  Très bien, dit le mari, ma femme est en haut.  Elle n’a pas entendu notre conversation. Je vais lui demander de descendre. Lorsque sa femme se présenta devant eux, le mari lui dit : « Savina, voici l’homme qui a tué ton père, ta mère, tes trois frères et tes deux sœurs. » Elle le considéra un moment, puis elle le prit dans ses bras et l’embrassa en disant : « Tout comme Dieu vous pardonne, je vous pardonne moi aussi. »  Ce pardon était la conséquence d’une philosophie chrétienne.

 

            Or quelle est la philosophie derrière l’avortement ? C’est-à-dire, quelle est l’ensemble des valeurs qui déterminent la destruction de la vie ? La philosophie derrière la destruction de la vie est une conception erronée de la liberté et une conception erronée de l’amour.  Premièrement, la liberté est interprétée comme le droit de faire tout ce qui vous plaît. On entend aujourd’hui les jeunes qui vous disent : « Je dois être moi-même, faire ce que je veux, être libre ;  personne ne va m’en empêcher. »  Il y a une négation absolue de toutes limites ;  le moi égoïste détermine tout et refuse toute limitation en considérant la loi comme une atteinte à sa liberté.  Et lorsque vous admettez que la liberté, c’est le droit de faire ce qui vous plaît, il faut en examiner les conséquences.  Vous pouvez mitrailler les poules de votre voisin ;  vous pouvez bourrer de lames de rasoir le matelas de votre tante Adèle.  La seule chose qui puisse vous retenir est la capacité d’agir.  Et, croyez-moi, si nous nous mettons à développer cette philosophie en Amérique, il va y avoir une réaction.  Et cette réaction a déjà fait prisonnier un tiers de la population mondiale : c’est le communisme, qui vous dit, « Non, la liberté c’est le droit de faire ce que vous devez faire ». Nous disons ici que « La liberté est le droit de faire ce que nous voulons ».  Mais lorsque cette philosophie est proclamée – que l’ego règne en maître, il n’y a plus de limites – et l’avortement s’ensuit.

 

            Je me demande comment nous en sommes venus à adopter cette position de refus des limites.  Je me demande pourquoi nos jeunes sont si préoccupés par leur identité.  Il y a trente ou quarante ans, personne n’avait un problème d’identité.  Pourquoi ? Parce qu’on admettait les frontières, les limites.  Comment reconnaissez-vous les limites, par exemple, de l’identité de l’État de l’Illinois ?  Par ses frontières.  Comment reconnaissez-vous les limites d’un terrain de basket-ball ? Par les lignes de hors-jeu. Comment connaissons-nous notre propre identité ?  Par les limites, les frontières, la loi, l’ordre.  Et je crois que nous avons perdu tout cela à 8 h 15, le 6 août 1945, lorsque nous avons laissé tomber la bombe sur Hiroshima.  Cette bombe a rendu floues les frontières entre la vie et la mort, entre les civils et les militaires, et la confiance entre les nations.  Voilà la première fausse philosophie.

 

            La deuxième est une conception erronée de l’amour.  Les gens voient aujourd’hui l’amour comme une expérience.  L’amour, c’est le sexe, et l’autre personne n’a pas énormément d’importance.  La feuille de vigne que les sculpteurs de l’antiquité plaçaient sur les parties intimes de l’homme et de la femme, ils la mettent désormais sur leur visage.  Ils se soucient fort peu de savoir qui leur procurera l’ivresse.  C’est uniquement l’expérience elle-même qui compte, non la personne.  On boit l’eau et on oublie le verre.  Telle n’est pas la signification de l’amour. L’amour est réciprocité.  Il implique des personnes et également la responsabilité.  Et une des raisons, la raison principale pour laquelle nous avons des avortements aujourd’hui, c’est que les femmes se disent, « Voilà, je ne veux pas être dérangée.  Je ne veux pas devoir m’occuper de quelqu’un.  Je ne veux pas de fardeau.  Je veux pouvoir faire ce qui me plaît.  Je veux m’aimer moi-même ».  Voilà quelle est la philosophie actuelle.  Le résultat est que l’Amérique est divisée en deux catégories, les biophiles et les nécrophiles.

 

            Faisons un peu de grec pour nous distraire.  Avant de monter sur scène, j’ai demandé à l’évêque, « À votre avis, combien de personnes dans l’auditoire ont oublié leur grec classique ? »  Il m’a répondu, « Pas plus de huit ».  Eh bien, pour ces huit personnes, je vais devoir vous dire ce que ces mots signifient.  En grec, bios veut dire la vie et philia, l’amour.  Les biophiles sont donc ceux qui aiment la vie.  Necros en grec est un cadavre.  Il y a donc deux classes de gens en Amérique et dans le monde : les biophiles qui aiment la vie, et les nécrophiles qui aiment la mort. Pourquoi les biophiles aiment-ils la vie ?  Parce qu’au commencement, Dieu créa le ciel et la terre comme nous le décrit la Genèse.  « Dieu créa… », « Dieu dit… », jusqu’à ce qu’on en vienne à l’homme.  Mais alors, pour la première fois, nous entendons pour ainsi dire la Trinité des Personnes entrer en conseil et dire : « Faisons l’homme », parce que l’homme a été fait à la ressemblance et à l’image de Dieu.

 

            Les biophiles partent de là et croient que Dieu est à l’origine de la vie ;  et c’est pourquoi ils sont agacés par ceux qui disent, « Oh, vous ne savez pas si cette chose va être ou non une personne humaine ;  attendez trois mois, attendez six mois ». Est-ce que c’est vrai ?  Mais le problème n’est pas de savoir quand commence la vie humaine, le problème est de savoir qui l’a faite, qui l’a produite.  Les lis produisent des lis, les éléphants des éléphants, et les personnes humaines produisent des personnes humaines. Faites jouer par exemple le concerto pour piano No 1 de Tchaïkovski ou Leonora, de Beethoven.  Celui qui connaît la musique reconnaîtra dès les premières notes ce que vous faites jouer.  Durant la demi-heure qui suivra, la symphonie se déroulera exactement comme vous pouvez vous y attendre.  Il n’y a pas de musiciens dans votre appareil.  Il n’y a pas de notes sur le disque, mais tout est là depuis le commencement.  Et dès que le mari et la femme accomplissent l’acte procréateur, il peut y avoir la vie dès le commencement, et toute cette vie est structurée, écrite tout aussi clairement pour être humaine que les notes étaient écrites pour donner soit du Tchaïkovski soit du Beethoven.  La raison pour laquelle nous défendons la vie, comme nous le montrerons bientôt, c’est qu’il y a une horloge à la vie, et nous avons peur que cette horloge ne soit plus remontée.

 

            Il n’est pas vrai non plus que l’amour décide seul si la vie est voulue. Vous rappelez-vous cette célèbre scène à la cour du roi Salomon ?  Deux prostituées avaient un enfant.  Au cours de la nuit, l’une d’elles se retourna sur son enfant et l’étouffa.  Elle prit le bébé mort, le plaça aux côtés de l’autre femme et mit le bébé vivant auprès d’elle.  Au matin, la vraie mère fut accusée d’avoir tué son propre enfant. L’affaire arriva jusqu’à Salomon.  Rappelez-vous que les deux femmes voulaient un enfant.  Elles avaient de l’amour pour leur enfant.  Ce n’est pas ce qui importait.  Salomon dit, « Apportez ici l’enfant vivant et donnez-moi une épée ».  Il prit l’épée et dit, « Je vais couper cet enfant en deux ;  je vous en donnerai chacune une moitié ».  Une des femmes s’écria, « Non ! donnez-lui le bébé vivant, mais ne le tuez pas ! » Et Salomon déclara, « Tu es la mère ! »  Et pourquoi était-elle la mère ?  Parce qu’elle aimait la vie.  C’est la vie qui venait en premier. 

 

            Nous sommes donc les biophiles et les autres deviennent des nécrophiles – des amoureux de la mort.  Aux États-Unis, on tue une vie naissante toutes les vingt secondes par avortement. Il y a autant de bébés tués par avortement en neuf jours aux États-Unis qu’il y a eu d’hommes tués en neuf ans durant la guerre du Viêt-nam.   La moitié de tous les bébés qui prennent vie dans le sein de leur mère à Washington D.C. sont agressés ;  on leur enlève la vie.  À New York, sur dix enfants dans le sein de leur mère, cinq sont détruits. 

 

            Nous sommes devenus une civilisation de mort et nous le voyons dans les films qui apparaissent sur nos écrans : la tour infernale, tremblement de terre !  Pourquoi vivons-nous dans un âge de destruction et de violence ? Simplement parce que les gens n’ont pas de vie en eux, ils ne créent rien à l’intérieur d’eux-mêmes, ils ne créent pas de vie humaine – ils l’avortent.  Et au lieu de créer de la vie, par la violence, ils la détruisent. Voilà ce qui explique ce genre de production cinématographique.  Freud n’avait pas tellement tort lorsqu’il parlait d’Éros et de Thanatos.  Nous voilà revenus au grec.  Eros, l’amour – pas la forme la plus élevée de l’amour.  Thanatos, la mort.  Freud disait que « l’instinct sexuel qui s’abandonne entièrement à sa satisfaction devient anormalement intéressé par l’instinct de mort ».  C’est ce qui arrive aujourd’hui.  À l’époque victorienne, la sexualité était taboue. De nos jours, la mort est taboue. Il ne faut pas en parler, et on utilise alors d’autres mots, comme les communistes lorsqu’ils parlaient de libération quand ils occupaient un autre pays ;  aujourd’hui, on dit que la mère porte un fœtus. Qui a jamais entendu parler d’une mère portant un fœtus ?  Une mère porte toujours un enfant, et c’est encore une sorte d’échappatoire verbale pour refuser d’admettre qu’elle porte la vie en elle.

 

            Ce qui m’amène au rapide progrès de notre culture américaine en direction de la mort.  Une femme avait connu Auschwitz, et comme tous ceux qui sont allés à Auschwitz, elle avait un numéro tatoué sur le bras.   Elle alla voir un médecin qui lui dit, « Je ne peux pas vous enlever ce tatouage ».  Elle répondit, « Je ne veux pas l’enlever.  Je ne sais pas où vous avez appris la vie, docteur, mais je sais où moi j’ai appris à la connaître : à Auschwitz.  Et après être passée par là, je ne voudrais pas écraser une mouche ».  Voilà le respect qu’elle avait pour la vie.

 

            Mais lorsque vous commencez à faire une loi et que la Cour suprême décide qu’une chose est légale, il faut se rappeler que la légalité n’est pas nécessairement morale.  Qui aurait imaginé, par exemple, lorsque le Reichstag a décrété sa première loi sur la suprématie arienne, qu’il y aurait six millions de juifs incinérés à Belsen, Dachau, Auschwitz et dans les autres horribles camps d’extermination de l’Allemagne ?  Et lorsque que vous avancez dans cette direction, le déclin arrive rapidement.  Si, par exemple, vous placez une grenouille dans une bassine remplie d’eau à bonne température pour une grenouille, et que vous commencez à chauffer cette eau imperceptiblement chaque jour, à la fin, elle va bouillir.  Vous ne pouvez pas dire si tel jour en particulier cette grenouille a commencé à se débattre contre l’eau chaude.  La mort l’a envahie de façon si graduelle qu’elle semblait presque normale ;  et un pays peut ainsi imperceptiblement sombrer et s’enfoncer jusqu’au moment où il arrivera à l’heure de l’horloge dont je vous parlais tout à l’heure.

 

            Si nous continuons à manquer ainsi de respect pour la vie, il se peut que nous franchissions finalement un seuil où notre nature va changer.  Si vous amenez de l’oxygène à 100 degrés sous zéro, il reste toujours un gaz.  Mais si vous descendez sa température à 180o sous zéro, le gaz devient un liquide.  Sa nature a changé ;  il a franchi un seuil.  Et si nous devenons une culture destructrice de la vie, notre nature pourrait changer et l’horloge continuera à faire tic-tac. 

 

            Je voulais regarder ma montre pour savoir depuis combien de temps je vous parle ;  je parle depuis trente minutes.  Je vous avais dit que je voulais vous parler de l’horloge - c’est pour ça que je regarde ma montre.  Vous savez, il est toujours préférable que votre auditoire se dise, « J’aurais bien aimé qu’il parle plus longtemps », que de l’entendre dire, « Il a perdu trois bonnes occasions de s’arrêter ».  On m’a raconté l’histoire d’une famille irlandaise qui avait quitté Dublin pour Boston, et un des fils avait déménagé à Chicago.  Le père est mort à Boston.  Son fils qui était à Chicago a envoyé un télégramme à son frère pour lui demander quels avaient été les derniers mots de son père.  Il a reçu la réponse suivante : « Papa n’a pas eu de derniers mots.  Maman est restée avec lui jusqu’à la fin. » 

 

            Bon. Je viens donc de vous dire que beaucoup de gens parmi notre population sont des nécrophiles, des amoureux de la mort. Et c’est très sérieux.  En combattant pour le droit à la vie, nous défendons aussi l’Amérique parce que, croyez-moi, comme le Seigneur nous l’a dit (ne me croyez pas moi, croyez ce que le Seigneur a dit), « Où est le corps, c’est là que se rassemblent les vautours. »  Ils descendront des montagnes au premier signe d’un corps en décomposition.  Et notre Seigneur parlait alors d’une culture et d’une civilisation, car dans l’espace d’une génération, Vespasien et Titus sont venus à Jérusalem et rien n’est tombé aussi vite depuis que Satan est tombé du Ciel.  Or il y a présence de cadavres : un tuyau d’égout dans un hôpital de Los Angeles est resté bouché par une centaine par des restes humains.  Le nécrophilisme est dans la cité. 

 

            Et maintenant, l’horloge.  Je vous demande d’imaginer une gigantesque horloge de vie.  Ici c’est l’aube (le matin), là c’est midi, ici le crépuscule (vers six heures du soir), et ici minuit. Dès le début de la journée, l’horloge de vie commence à éteindre la vie.  Foeticide  : meurtre de personnes humaines dans le sein de leur mère ;  c’est le premier coup de l’horloge.  Puis nous arrivons à midi, les vies sont à mi-chemin ; ce coup a déjà sonné : six millions de juifs tués par Hitler.  La vie à son commencement ;  la vie au milieu de son âge ; la vie à son crépuscule. On recommande maintenant l’euthanasie.  Génocide : le meurtre des vieux.  De fait, trois professeurs de grandes universités américaines ont déjà recommandé l’élimination de la population du Bangladesh en Inde pour que le reste puisse survivre.  Que va-t-il donc arriver à ce monde qui enlève la vie à l’aube, la vie à midi, et la vie au crépuscule ?  Il arrivera finalement à minuit.

 

            Les États-Unis et la Russie ont un armement nucléaire suffisant pour laisser tomber l’équivalent de dix tonnes de TNT sur chaque habitant de la planète, hommes, femmes et enfants.  C’est le minuit du nécrophilisme. 

 

            Au XIXe siècle, l’éditeur Jean Courte reçut la visite de Claude Bernard et d’Ema Botru, deux des plus célèbres scientifiques de leur temps ; et Ema Botru dit à Jean Courte, « Nous venons de commencer à énumérer l’alphabet de la destruction et nous aurons terminé au siècle prochain ».  Jean Courte répondit, « Lorsque ce jour arrivera, je crois que Dieu descendra du Ciel comme un veilleur de nuit en faisant tinter ses clefs, et Il dira : ‘Messieurs Dames, on ferme’ ».  Et il nous faudra tout recommencer à zéro.  Le onze février, deux ans avant l’explosion de la première bombe au Nouveau Mexique, Pie XII donna la mesure exacte du pouvoir explosif d’une once d’uranium.  Les savants atomistes étaient surpris qu’il le sache. Le Pape a dit, « J’espère qu’on se servira toujours de cette puissance de façon pacifique, car sinon, elle fera beaucoup de mal partout où elle sera utilisée et, finalement, à la planète entière. »

 

            Vous voyez donc, braves gens, que ce n’est pas seulement la vie à l’aube que nous protégeons, c’est la vie à midi, c’est la vie au crépuscule, c’est la vie à minuit.  Et ceux qui ont vécu près de la vie le comprennent bien.  Bien des pauvres filles qui ont avorté un enfant ont ressenti cette horreur le reste de leurs jours.  Comme dit le poète, « Souffrance des plus cruelles lorsque les forces vives de notre corps sont épuisées, et que toute vie nouvelle est absente ».  On comprend alors qu’il soit possible de porter la main contre soi-même et de goûter à la plus amère des punitions.  Lorsque vous reposez sans trouver le sommeil, la nuit vous fait voir plus clairement ces pâles petits visages pressés contre les carreaux de votre fenêtre, ces enfants à qui vous avez refusé la chaleur de votre sein.  Je vous lirai à ce sujet des passages d’une longue lettre envoyée par une jeune fille de Long Island.  Mais je voudrais avant cela pour présenter un cas authentique et un cas hypothétique concernant la destruction de la vie.

 

            La mère est tuberculeuse, le père est syphilitique.  Le premier enfant a survécu,  le deuxième est mort peu de temps après sa naissance, le troisième est né sourd-muet, le quatrième était tuberculeux.  La femme était enceinte et devait donner naissance à un quatrième enfant dans la famille.  Aurait-elle dû avorter ?  Le cas est authentique : elle aurait tué Beethoven. 

 

            Deuxième cas.  Il y a surpopulation, encombrement, manque de logements ;  en fait, c’est la misère et la honte, car on ne connaît pas le nom du père.  Cette femme aurait-elle pu avorter ?  Elle s’appelait Marie : elle aurait tué le Christ.

 

            Voilà maintenant la lettre de cette jeune femme.  Je ne vous en lirai que quelques passages :

 

            « Je vous en prie, écoutez-moi.  Ce que j’ai à dire pourra je l’espère être utile ; c’est en tout cas une des raisons principales de ma lettre.  Ma décision d’avorter n’a pas été prise rapidement.  Je savais bien en moi-même que c’était mal, mais j’ai cédé à mon égoïsme et j’ai choisi mon bien-être plutôt que celui de mon bébé.  J’ai pensé que je pourrais à moitié justifier mon acte en agissant à ma manière. J’ai reçu une injection saline et je suis retournée chez moi au lieu de rester à l’hôpital.  Je voulais être seule au moment de la mort de mon bébé. Je suis allée dans un motel et j’ai attendu le commencement des contractions.  Durant tout ce temps, je n’ai pensé à rien d’autre qu’à la douleur physique.  Et puis est arrivé ce petit bébé, une fille - morte. Il est impossible d’exprimer par des mots le choc et la douleur de tenir entre ses mains son propre enfant qu’on vient de tuer.  J’avais choisi de rester seule avec mon enfant pour pouvoir lui dire que j’étais désolée, mais lorsque ce moment est venu, comme les mots semblaient vides et ridicules !  Je ne voulais pas mettre mon petit bébé dans une poubelle et je lui ai fait un lit douillet.  J’étais là toute seule à réfléchir à tous ces mois d’indécision, à la peur, à mon angoisse physique et psychologique, et à mon propre enfant mort.  J’étais déchirée en me demandant pourquoi je n’avais pas attendu trois mois de plus, et mon petit bébé aurait été capable de me rendre mon amour.   Toutes les choses auxquelles j’aurais dû penser avant, c’est seulement maintenant que j’y pensais.  Je suis restée plusieurs jours avec ma petite fille morte, sans être capable de la quitter, sans me rendre compte que le jour même où j’avais pensé à ne pas l’avoir, je l’avais abandonnée avec tout ce à quoi j’avais jamais cru. J’ai enterré mon bébé et je me suis efforcée depuis de donner une nouvelle direction à ma vie, en espérant que ça servira à quelque chose.  Comme tous les égoïstes, nous avons tendance à plus réagir devant ce qui va nous arriver à nous dans cette vie, sans penser à la vie Éternelle.  Mais c’est tous les jours que je vis maintenant l’enfer.  Ne jamais entendre pleurer un petit enfant sans pleurer intérieurement ; compter les jours pour savoir quel âge aurait mon bébé ; voir le soleil se lever en pensant que mon enfant ne le verra jamais ; regarder les autres enfants et se demander de quoi le mien aurait l’air ; se demander ce que mon enfant aurait pu faire pour cette humanité désespérée ; se demander si mon enfant me pardonnera jamais, si elle m’écoute lorsque je lui parle ; se demander si j’aurais encore un jour l’occasion d’être mère, qui va me blackbouler ; se demander si Dieu me pardonnera jamais et s’Il me reprendra ; se demander si on pourra jamais participer encore à un service religieux sans se détester soi-même et se sentir hypocrite ; et c’est tout cet enfer mérité auquel je dois faire face. »

 

            Aux premiers temps du christianisme, Hérode a attendu que les petits enfants soient âgés de deux ans avant de les faire tuer, et environ trente et un ans plus tard, une autre vie innocente a été enlevée.  Il avait une croix sur ses épaules, Il l’a portée jusque sur les hauteurs rocailleuses du Golgotha d’où Il a pu voir un temple qui se détachait contre les rayons d’un soleil sur le point de se voiler le visage de honte.  Il était entouré de railleurs, mais il y avait aussi une pénitente, Madeleine, une Mère qui souffrait de voir qu’on enlevait la vie à son enfant, et Jean qui comprenait cette vie et la Vie Divine aussi bien que quiconque, à l’exception de la femme et de Celui qui était sur la croix.  Et du haut de cette croix la Vie Divine a dit, « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

 

            Pardonner à qui ?  Pardonner aux médecins qui prennent la vie dans la pénombre ? Pardonner aux hôpitaux qui participent au jeu des nécrophiles ?  Pardonner aux infirmières que ce spectacle rend malades, mais qui continuent quand même ?  Pardonner en particulier aux médecins qu’on paye pour faire ce travail et qui nous font presque craindre que si on les payait pour nous couper les doigts, on pourrait ne pas pouvoir sauver nos doigts ?  Mais s’ils se présentent jamais devant Celui qui était sur la croix, ils trouveront le pardon. Mais ils doivent se présenter, et ils doivent le demander.

 

            Chaque fois que le silence m’entoure, le jour comme la nuit, je suis surpris par un cri. Il venait de la croix la première fois que je l’ai entendu ; je suis sorti pour aller voir et j’ai trouvé un Homme dans les douleurs de la crucifixion et j’ai dit, « Je vais te descendre de là ». J’ai essayé de Lui enlever les clous des pieds, mais Il m’a dit, « Laisse-les ; car je ne pourrai pas descendre tant que tous, hommes, femmes et enfants, ne viendront pas ensemble me faire descendre. » Et j’ai dit, « Mais que puis-je faire, je ne supporte pas d’entendre Ton cri ? » Et Il a dit, « Va de par le monde et dis à tous ceux que tu rencontres, il y a de la vie dans le sein de la mère ! »    

 

            Que Dieu vous bénisse !

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